Dès que Harry et les victimes avaient quitté le château, Mark y était revenu avec une équipe d'Auror spécialisée dans l'analyse des scènes de crime. Ils avaient pris des photos, prélevé des échantillons, fouillé les lieux. Pendant ce temps, des guérisseurs et des guérisseuses examinaient les quatre jeunes gens au Ministère et Harry attendait les résultats tout en rédigeant le rapport de l'arrestation. Nestor Achab était allé voir le ministre pour l'informer de la situation et Kingsley avait eu l'air sonné comme s'il avait reçu un coup. Ça allait être un scandale sans précédent, assurément. Les journaux allaient lyncher le ministère et tout le monde allait s'en prendre plein la gueule. Nestor Achab avait haussé les épaules, indifférent. Il était Auror, son travail était d'arrêter les malfaiteurs, point final.
Harry, qui s'était vu confier toute cette enquête, se rendit dans les bureaux des guérisseurs du Ministère pour avoir leurs verdicts. Il fut accueilli par la guérisseuse Dewet qui dirigeait le bureau.
- Alors ? demanda Harry, nerveux.
- Alors Gregory Goyle a des traces de brûlures et de coups sur de nombreuses parties du corps. Drago Malefoy a une cicatrice récente au visage mais il a refusé de dire comment il s'était fait ça, ce qui est suspect. On dirait un éclat de verre. Rien de notable ou de visible chez Pansy Parkinson et Theodore Nott. En revanche, ils ont tous été drogués. Goyle et Nott ont bu une potion stimulante, surement pour les aider à entrer en érection. Parkinson et Malefoy ont bu une potion calmante.
- Pour les rendre plus dociles ? suggéra Harry.
- Pour que ça rentre plus facilement, je dirais, répondit la guérisseuse d'un ton morne.
Harry mit quelques secondes à comprendre ce qu'elle voulait dire, rougit un peu et détourna le regard.
- Gregory Goyle a également ingéré une potion anti-douleur très forte qu'on réserve aux grands brûlés et aux blessés graves à Ste Mangouste. C'est un produit interdit mais il a admis que ce n'étaient pas les suspects qui la lui avaient donnée. Apparemment, il en boit toujours avant d'aller à leurs soirées.
- On comprend pourquoi… souffla Harry. D'autres choses ?
- Aucun signe de viol. Des signes de rapports sexuels, oui, mais rien qui indique des viols.
- D'accord, merci.
Harry emporta le rapport de la guérisseuse. Il s'y attendait. Pour avoir des preuves plus solides, ils auraient dû intervenir plus tard et laisser Kyle et ses amis violer leurs victimes. Mais ce n'était pas envisageable. La présence de drogues et de signes de torture était toutefois incriminante, ils n'avaient pas rien.
Ils décidèrent d'interroger les victimes d'abord, pour ne pas les obliger à attendre trop longtemps ici. On leur avait permis de se laver et de se changer s'ils le souhaitaient après l'examen mais Harry devinait qu'ils préféreraient être ailleurs. Il n'avait pas besoin d'interroger Pansy, elle lui avait déjà raconté tout ce qu'elle savait. S'il avait de nouvelles questions, il la convoquerait plus tard. Il commença par Theodore Nott à qui chaque réponse semblait écorcher la bouche.
- Kyle Long nous forçait à venir à ses soirées, oui.
- Comment faisait-il pour vous forcer ?
- De plusieurs manières. Déjà, il ne nous autorisait à utiliser notre argent qu'après les soirées. Si on ne venait pas, pas d'argent. Ensuite, il nous menaçait de nous envoyer à Azkaban ou de nous donner en pâture à des Détraqueurs. Il l'a fait une fois avec Gregory et Drago. Et puis… il nous fait peur. Long, c'est le genre de type qui peut te parler doucement et te frapper juste après. Il est… sournois et diabolique.
- D'accord. Et aux soirées, qu'est-ce qui se passait ?
Nott se recula dans le dossier de sa chaise et regarda le mur à côté de lui.
- Il fallait faire ce qu'ils voulaient. S'ils voulaient jouer, on devait jouer, s'ils voulaient du sexe, il fallait qu'on le fasse.
- Jouer ?
Theodore ne répondit pas. Pansy avait déjà parlé des jeux stupides auxquels les invités de Kyle se livraient parfois. Des jeux d'alcool, souvent. C'était lors d'un de ces jeux que Drago avait eu sa cicatrice, d'après Pansy. Quand les invités perdaient, ils avaient une chance de se rattraper en lançant leur verre à la tête d'un des jeunes gens. S'ils visaient juste, ils gagnaient, sinon, ils devaient boire. Apparemment, ils trouvaient cela très drôle. Drago s'était pris un verre qui lui avait éclaté à la figure.
- Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de ce qui passe pendant les soirées, dit Theodore.
- Ah bon ? s'étonna Harry.
- C'est que je ne suis pas vraiment là, tu vois.
Harry ne voyait pas vraiment, non.
- Tu dois bien avoir quelques souvenirs quand même. Est-ce que Kyle Long t'a déjà violé ?
- Merde avec tes questions Potter ! Oui, une fois, oui ! Mais il préférait Drago.
- Donc le reste du temps, c'était toujours Clay et Helen Manure qui…
- Clay et Helen Manure ? répéta Nott, abasourdi. Ce sont leurs noms ?
- Oui.
Theodore murmura les noms pour s'en imprégner et Harry le regarda faire, mal à l'aise. Il voulut poser d'autres questions mais Theodore n'avait jamais de réponse à lui donner. Visiblement, il ne se souvenait d'aucun détail précis.
Harry laissa Theodore s'en aller, un peu déçu. Il n'avait rien appris ou presque. Gregory Goyle avait plus de choses à dire. Les effets de sa potion commençaient à se dissiper et il prenait lentement conscience de ce qui s'était passé. Il lança un regard presque haineux à Harry quand il rentra dans la salle d'interrogatoire. Harry devinait qu'au fond, ce n'était pas vraiment lui que Goyle détestait mais que c'était plus facile. Il était clair que Goyle avait honte de s'être laissé faire et d'avoir obéi à Kyle. C'était le moins docile de tous et c'était le seul qui avait réellement essayé de rebeller. Cela avait fini dans une salle du Ministère, avec un Détraqueur qui l'avait quasiment privé de son âme. Goyle se mit à avoir des tics convulsifs en en parlant. De toute évidence, ça l'avait traumatisé et il avait perdu de sa combativité. Lillian et Randall Rot ? Ah, c'était comme ça qu'ils s'appelaient, donc ? Lillian le méprisait et le traitait comme un chien, comme s'il était le représentant de tous les Mangemorts. Elle adorait lui faire mal, jamais trop, juste ce qu'il fallait. Elle aimait le frapper avec sa cravache et le chevaucher ensuite. Elle aimait lui interdire de lâcher le moindre bruit et le menacer de lui faire encore plus mal s'il dérogeait à la règle.
- Cette salope est complètement folle ! cracha Gregory.
Harry eut une image très nette de Goyle essayant de tuer Hermione lors de la bataille de Poudlard, dans la Salle-sur-Demande et sa compassion refroidit légèrement. D'accord, il n'avait jamais souhaité que Lillian Rot le torture et le viole mais tout de même… C'était toujours moins drôle quand la haine et la violence s'abattaient sur soi, n'est-ce pas ?
Enfin, Harry alla parler à Drago Malefoy. Il se rendit compte qu'il avait volontairement gardé cet entretien pour la fin parce que, force était de le constater, il n'avait pas très envie d'avoir cette conversation avec Drago. Ce dernier ne l'accueillit pas avec plus de chaleur que Gregory mais au moins, il ne lui lança aucun regard haineux. De toute évidence, Drago était incapable de le regarder dans les yeux.
- Il fallait que ce soit toi, hein ? attaqua Drago. Il fallait que ce soit toi qui entres dans cette chambre et qui me voies comme ça.
- Je n'y suis pour rien. Crois-moi, j'aurais préféré ne pas assister à ça. Et crois-moi aussi, j'ai essayé de monter dans la tourelle le plus vite possible pour arriver à temps.
- Arriver à temps, ça aurait été arriver un an et demi plus tôt.
- D'accord, dit Harry en sortant son carnet. Cette conversation ne sert à rien, je ne suis pas responsable de ce qui t'est arrivé. Je veux simplement envoyer Long et tous les autres à Azkaban pour ce qu'ils vous ont fait. Aide-moi.
Drago se détendit un peu et réussit à croiser le regard de Harry.
- Je ne vois pas comment t'aider, je n'ai aucune preuve. Et je n'ai aucune envie de te raconter en détail ce qu'il faisait. Ça servirait à quoi ? Tu l'as entendu ? Il va simplement dire que c'était consenti et je ne peux pas prouver le contraire. Non, je n'ai pas de marques ou de blessures, oui je me laissais faire. Voilà.
- Je n'ai pas dit que ce sera facile mais si vous refusez de parler, c'est sûr qu'il ne sera jamais puni.
- Qu'est-ce que tu veux savoir ?
- Parle-moi du début.
Le témoignage de Drago ressemblait à tous les autres. Soit ils s'étaient mis d'accord, soit ils disaient la vérité. Long les avait menacés et traités comme de la merde, il les privait d'argent et ne leur en fournissait que lorsqu'ils s'étaient donnés à ses amis. Long l'avait enfermé avec un Détraqueur. Long le détestait à cause d'une rancune envers son père et faisait tout ce qu'il pouvait pour l'humilier. Ils avaient mille fois souhaité s'enfuir mais pour s'enfuir, il fallait de l'argent et c'était Long qui détenait le leur. Et puis en plus, il leur avait apposé un sortilège semblable à la Trace des mineurs pour pouvoir les retrouver. Ils étaient faits comme des rats. En parler à quelqu'un ? Et à qui ? Qui croirait leur histoire ?
- Moi, dit Harry.
- Et tu crois que j'ai envie de venir discuter avec toi du fait qu'un homme malfaisant me viole ? Sérieusement Potter, est-ce que tu peux arrêter d'être aussi stupide ?
Harry se sentit stupide et furieux en même temps. Il s'apprêta à répondre froidement à Drago mais les mots moururent sur ses lèvres quand il se rendit compte que ce dernier s'était mis à pleurer. Harry le fixa, stupéfait et mal à l'aise. Il n'avait jamais vu Drago pleurer. Ou si, une fois, quand ce dernier devait tuer Dumbledore et n'y parvenait pas. Il y eut un silence gêné pendant lequel Drago essaya vainement d'essuyer ses larmes.
- Arrête de me regarder, bafouilla Drago.
Harry tourna la tête vers le mur. Il lui aurait bien tendu un mouchoir mais il n'en avait pas et il le laissa se débrouiller tout seul.
- Tu as d'autres questions ? demanda Malefoy au bout de quelques minutes.
- Non, ça ira pour aujourd'hui.
Drago se leva et sortit de la salle d'interrogatoire sans lui dire au revoir. Harry regardait toujours le mur et ne s'était pas tourné vers lui, soulagé de le voir partir. Le point commun très net entre Pansy, Theodore, Gregory et Drago était la peur que leur inspirait Kyle. Et puis leur détresse, aussi, qui envahissait toute la pièce. Harry savait qu'ils ne mentaient pas et leur détresse commençait à déteindre sur lui. Il avait mal à la tête, tout à coup, il allait faire une crise. Harry s'empressa de quitter le Ministère et de rentrer chez lui, sans préciser ce qu'il faisait. Il reviendrait dès que ce serait terminé.
OoOoOoO
Comme il fallait s'y attendre, l'affaire fit scandale et on ne parla plus que de cela. Les quatre enfants des Mangemorts enfermés accusaient Kyle Long et plusieurs de ses amis de les avoir violés et torturés. Pouvait-il y avoir quelque chose de plus obscène et croustillant que ça ? Surement pas. Les quatre victimes restèrent cloîtrées chez elles pour fuir les journalistes qui voulaient à tout prix des détails de l'affaire et on interdit les interviews aux suspects tant qu'ils n'avaient pas parlé aux Aurors.
De son côté, Kingsley Shacklebolt rendit à Parkinson, Malefoy et aux autres la main mise sur leur argent et supprima la Trace que Long leur avait apposée. Il expliqua à la presse que, pour le moment, il ne savait pas encore si cette histoire de viol et de prostitution était vraie mais dans tous les cas, il ne cautionnait pas le fait que Long ait à ce point brimé les quatre jeunes gens. On lui avait demandé de les surveiller, pas d'en faire des esclaves privés de droits. C'était tout pour le moment.
Harry, Edmund et Mark avaient interrogé les suspects. Globalement, ils tenaient tous le même discours : oui, ils avaient couché avec les quatre jeunes gens mais cela avait toujours été avec leur accord. Pourquoi avoir attaché Drago dans ce cas ? Ce n'était qu'un jeu pour pimenter les ébats, ce n'était pas si original que ça. Et les blessures sur le corps de Gregory ? Il aimait la douleur, ça l'excitait. Et les drogues ? Simplement pour rendre les choses plus agréables.
Les trois Aurors s'étaient retrouvés après les interrogatoires, mal à l'aise et frustrés.
- Ils savent que nous n'avons rien de vraiment tangible contre eux, résuma Edmund. Et d'ailleurs, rien ne nous prouve vraiment que Pansy Parkinson a dit la vérité.
- Pourtant tout nous le prouve, répliqua Harry. Sur les quatre, j'aurais pu croire qu'il y en ait un qui couche avec eux de son plein gré, ils font bien ce qu'ils veulent. Mais les quatre ? Les quatre qui décident de coucher avec Kyle Long et ses amis. Un peu gros, non ? Nous savons tous que Pansy dit la vérité.
- Oui, admit Mark. Mais ça ne suffira pas devant le Magenmagot. Il faut que nous trouvions des preuves.
- Cherchons-en alors, c'est notre travail. Il y a forcément des gens qui étaient au courant des menaces et des chantages.
Pendant une semaine, Harry et ses collègues interrogèrent un grand nombre de témoins et fouillèrent partout où ils le purent. Edmund obtint la preuve que Kyle Long utilisait une salle, dans les sous-sols du Ministère où il enfermait un Détraqueur pour son usage personnel. Et un employé du Ministère, chargé du ménage, avoua que oui, il avait déjà vu Long faire rentrer Malefoy et Goyle dans cette salle. C'était un bon début. Rien que ça, ça constituait déjà un crime. Mark ne lâchait pas Lillian Rot. Il avait repéré qu'elle était la plus fragile, parce qu'elle avait objectivement torturé Gregory et que ça ne jouait pas en sa faveur. Si elle craquait, elle pouvait se mettre à dénoncer Long.
Les journaux continuaient à en parler et se délectaient de l'affaire. Certains articles fustigeaient et blâmaient la conduite de Kyle Long et de ses amis, d'autres restaient plutôt neutres dans l'attente de la suite et quelques-uns doutaient sans se cacher de la véracité des accusations. Harry préférait ne pas lire les journaux et il se demandait si Pansy les lisait. Il espérait que non. Être harcelés par les journalistes devait déjà être assez pénible comme cela. Pansy avait fini par répondre à des questions et dénoncer sans retenue ce que Braxton Turd et Adlen Litter lui avaient fait, ce qui avait fait gonfler le scandale.
Harry attendait dans un pub moldu peu fréquenté, perdu dans une ruelle quasiment déserte. Il avait pris un café, il ne voulait pas boire durant ses heures de service, même s'il était déjà tard. Cette enquête malmenait Harry et le rendait nerveux. Il savait que des gens comptaient sur lui, il savait aussi que d'autres feraient tout pour le voir échouer. Il savait qu'il essayait de s'en prendre à l'un des hommes les plus puissants du Ministère et il n'aimait pas ça. Il n'avait pas aimé ses rencontres avec Kyle Long. Quand il le regardait, il pensait à Drago attaché nu sur un lit et ça le rendait furieux. C'était sans doute parce qu'il connaissait Drago depuis qu'ils étaient petits que pour une fois, la victime devenait très humaine et concrète pour Harry. Le sexe de Kyle près de la bouche de Drago aussi. Harry trouvait ça dégueulasse. Il s'était tendu quand Kyle lui avait souri doucement, comme s'ils étaient amis.
- Auror Potter, avait-il dit d'un ton presque paternaliste. Je suis heureux de voir que vous faites correctement votre travail et c'est normal que vous enquêtiez sur cette affaire. Mais entre nous, nous savons tous les deux qu'ils mentent, n'est-ce pas ? Ils veulent simplement récupérer leur argent et ils sont prêts à me reprocher n'importe quoi. Ils ne gagneront pas cette bataille, vous le savez. Vous feriez mieux de laisser tomber. Je vous récompenserai à la fin, quand j'aurai été innocenté. J'aime les Aurors loyaux qui font bien leur travail.
Harry l'avait regardé et avait ressenti de la haine pour lui. Ce ton mielleux, cette façon de croire qu'il allait bosser pour lui, ça lui rappelait Fudge, Ombrage, même Voldemort. Il détestait vraiment les gens comme Kyle Long, ceux qui essayaient à tout prix de vous forcer à faire leur volonté. Ombrage avait essayé de le forcer à mentir, Fudge aussi. Voldemort forçait les autres à tuer pour lui. Kyle avait forcé Drago et les autres à laisser des étrangers les toucher contre leur gré. Ils étaient tous aussi abjectes les uns que les autres.
- Je ne crois pas qu'ils mentent, Mr Long, avait répondu Harry. Je vais donc mener mon enquête et si vous êtes coupable, vous irez en prison comme n'importe qui.
Kyle Long lui avait souri avec ironie, avec cette certitude insupportable de s'en sortir qu'ont les gens riches et puissants.
- Potter, dit une voix près de Harry.
Harry se tourna pour regarder Drago qui venait d'entrer dans le pub et qui s'asseyait face à lui. Harry avait des questions à lui poser mais Drago avait refusé de venir au Ministère. Il y avait trop de journalistes qui guettaient les entrées, il préférait le rencontrer dans un lieu moins exposé. Harry avait accepté, il se fichait de l'endroit tant que Drago répondait à ses questions. Ce dernier alla prendre un verre au comptoir, pas du café. Il se rassit, clairement mal à l'aise de se retrouver devant Harry. La dernière fois, il avait pleuré.
- Du nouveau ? demanda-t-il d'un ton faussement détaché.
- J'ai la preuve que Long t'a enfermé avec un Détraqueur dans une salle du Ministère. D'après le témoignage de l'employé, c'est même arrivé plusieurs fois.
Drago but une longue gorgée de Gin et reposa son verre.
- Est-ce que ce sera comme ça à chaque fois ? demanda-t-il. Tu vas me convoquer et ne me parler que de choses désagréables ?
- C'est mon travail, j'ai rarement des conversations agréables avec les gens.
- Je n'ai jamais voulu parler de tout ça, c'est Pansy qui a…
Il se tut, but une autre gorgée de Gin et se perdit dans ses pensées un instant. Il releva enfin la tête pour regarder Harry.
- Est-ce que Kyle a dit quelque chose ?
Il y avait un mélange de peur et d'espoir dans sa question.
- Non, il maintient que c'étaient des relations consenties. De toute façon, il ne peut rien dire d'autre donc il va s'accrocher à ça.
Drago hocha la tête et but à nouveau. Il ne s'était pas attendu à grand-chose mais tout de même, il avait envie que Kyle avoue la vérité, qu'il reconnaisse ce qu'il avait fait. Ça aurait été un soulagement.
- Alors, le Détraqueur ? répéta Harry. C'est arrivé plusieurs fois ?
Drago grimaça.
- Tu ne lâches rien… C'est arrivé plusieurs fois.
- Pansy et Gregory n'ont parlé que d'une seule fois, fit remarquer Harry.
- Ils ne sont pas au courant pour le reste, c'était entre Kyle et moi. De toute façon, Kyle me déteste personnellement, à cause de mon père. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre eux, mon père a dû le faire chanter ou le menacer dans le passé comme il le faisait souvent. En tout cas, Kyle me le faisait payer dès qu'il le pouvait.
- Donc… il t'enfermait avec le Détraqueur sans raison ?
- Il avait ses propres raisons. Au début, j'aimais lui résister, c'était la seule chose qui me faisait me sentir encore un peu…
Il ne trouva pas de mot, termina son verre de Gin et alla en chercher un autre. Harry l'attendit patiemment, satisfait que Drago accepte de parler. Il s'était attendu à plus de réticence.
- Tu lui résistais ? reprit Harry comme s'il n'y avait pas eu d'interruption.
- Oui, tu sais… Je l'insultais, je me débattais, je refusais de faire ce qu'il voulait. Je l'ai même mordu une fois, c'était un beau moment. Et pour me punir, il me trainait dans sa salle avec le Détraqueur. Je savais qu'il ne le laisserait pas m'embrasser pour de bon mais je ne pouvais jamais en être totalement sûr…
- C'est arrivé combien de fois ?
- Cinq fois. Et après, j'ai arrêté de lui résister. Les Détraqueurs ont une façon bien à eux de saper toute volonté. Alors je me contentais de m'allonger et d'attendre que ça passe.
Harry regarda Drago, un peu choqué de l'entendre parler de ça avec sa voix trainante et désabusée. Il observa ses joues un peu rouges et ses yeux un peu vagues et il se dit que Drago venait de s'enfiler un verre de Gin pur et qu'il devait être un peu ivre. En fait, Harry se rendit compte que Drago avait déjà dû boire avant de venir, pour se donner du courage. C'était sans doute pour cela qu'il parlait. Harry reposa son carnet sur la table et le regarda vraiment. Il se sentait désolé pour lui brusquement, il se sentait horrifié par ce que Long lui avait fait. Harry n'en savait rien pour les viols mais l'idée d'être enfermé dans une cellule avec un Détraqueur lui donnait la chair de poule et faisait naitre en lui une angoisse palpable.
- Tu as d'autres questions ?
- Non. A moins que tu aies autre chose à me dire qui pourrait m'aider.
- Non, à moins que tu veuilles que je te raconte en détail comment Long me baisait ?
- Non, répondit Harry en détournant le regard. Ça ira.
Il y eut un silence. Harry rangea son carnet, prêt à s'en aller. Drago avait l'air saoul et en colère, ce qu'on ne pouvait pas vraiment lui reprocher. Harry savait que, pour une fois, ce n'était pas contre lui que Drago était en colère. Il but la moitié de son verre de Gin et fixa la table avec tristesse. Harry était nerveux à l'idée qu'il pleure encore.
- Dans les journaux, il y a des gens qui ont envoyé des lettres pour dire que c'était bien fait pour nous et qu'ils se fichaient de savoir que Long nous ait donnés à des Détraqueurs ou à des pervers parce que de toute façon, on ne méritait pas vraiment mieux que ça. Il y a une femme qui disait que son fils de quatorze ans, Né-Moldu, ne méritait pas non plus de se faire tuer par des Rafleurs et que pourtant, personne n'avait été arrêté pour autant. Ou encore, un type qui disait que sa femme n'avait pas mérité de se faire torturer par Bellatrix Lestrange et que ça, c'était vraiment de l'injustice.
Harry s'était figé sur sa chaise en entendant Drago parler. Il hésita puis se leva et marcha vers le comptoir. Il prit une bière et revint s'asseoir face à Drago. Ce dernier eut un rire amer.
- J'ai cru que t'allais partir comme ça, sans me répondre.
- Je ne suis pas méchant à ce point, rétorqua Harry. Santé.
Il toucha le verre de Drago avec le sien et but sa bière. Drago but son Gin. Il régnait une ambiance calme et feutrée dans le pub, Harry s'y sentait bien.
- Les gens font des choses stupides quand ils souffrent, dit Harry.
- T'as dû beaucoup souffrir alors.
- Et tu n'en as jamais rien eu à faire.
Drago ne prit pas la peine de répondre et termina son verre. Il se leva pour aller en chercher un troisième et Harry ne le retint pas. Il se fichait bien que Malefoy soit ivre ou non, ce n'était pas son problème. Drago se rassit devant Harry et joua avec son verre.
- C'est vrai, je n'en avais rien à faire que tu souffres. Ne te sens pas obligé de compatir à ce qui m'arrive ou à me regarder avec pitié, je ne te demande rien.
- Très bien, je vais garder ça en tête.
Drago sourit vaguement et ils burent chacun leur verre en silence. Ce n'était pas un silence désagréable et c'était bizarre d'être là avec Malefoy mais Harry n'avait pas eu la cruauté de le laisser seul dans un moment pareil. Il se demanda si Drago avait espéré du réconfort de sa part ou s'il avait simplement eu besoin d'exprimer le fait que des gens trouvaient juste qu'il soit violé et torturé par Long.
- Je ne crois pas trop à cette histoire de mériter quelque chose ou non mais je ne pense pas qu'il y ait la moindre justice dans ce qui vous arrive. Il n'y a aucun rapport entre ce qui s'est passé pendant la guerre et ce que Long vous a fait.
- J'étais certain que tu ne pourrais pas t'empêcher de me consoler. Est-ce que ça t'arrive de haïr vraiment quelqu'un ou est-ce qu'il faut toujours que tu cherches à lui pardonner ?
- J'ai tué Voldemort, répondit Harry sans se démonter.
Il se rendait compte que les piques de Malefoy n'avaient plus aucun impact sur lui. Il était bien trop blasé de la vie et bien trop traumatisé lui aussi pour que ces gamineries aient la moindre importance. Drago frissonna en entendant le nom de Voldemort et eut un nouveau rire amer, un rire un peu surpris, comme s'il était sidéré. Il se pencha vers Harry, doucement, comme un serpent.
- Tu m'as débarrassé de Tu-Sais-Qui, tu m'as débarrassé de Kyle Long. Est-ce que tu vas me débarrasser de tous mes cauchemars, Potter ?
Harry fut surpris de la déclaration et se sentit mal à l'aise. Il ne répondit pas, il ne savait de toute façon pas quoi répondre à ça et Drago ne semblait rien attendre. Ils ne parlèrent plus et se contentèrent de boire. Ils auraient pu s'en aller mais ils tiraient tous les deux un certain réconfort à être là. Ce n'était pas vraiment un moment amical mais ils ne se détestaient pas non plus. C'était étrange. Au fond de lui, Drago était heureux que Harry enquête sur Kyle Long, il était même terriblement heureux que quelqu'un le fasse et qu'on ne les ait pas abandonnés à leur sort. Il n'aimait pas trop que ce soit Harry Potter mais il fallait croire que Harry était fait pour chasser les ténèbres de sa vie. Les questions de Harry le faisaient chier et lui faisaient mal, elles le remplissaient de honte et de dégoût de lui-même mais en même temps, il avait envie que Harry continue. Parce que tant qu'il continuait, cela voulait dire qu'il existait une personne dans ce monde qui s'intéressait à lui et qui cherchait à l'aider. Et pour les mêmes raisons, Drago avait aussi été heureux que Harry reste boire avec lui, en tant que camarade de classe et non pas en tant qu'Auror. C'était le signe qu'il était encore un être humain digne de ce nom aux yeux de quelqu'un.
Ils ne se forcèrent pas à se parler, ils n'avaient rien à dire. Enfin, tout bien réfléchi, il y avait des choses qu'ils auraient pu se dire mais elles auraient été désagréables. Ils préféraient profiter d'un moment de calme et de paix, même si c'était en compagnie d'une personne qu'ils n'appréciaient pas. Harry se fit la réflexion que c'était la première fois qu'il partageait un tel silence avec quelqu'un et la première fois que ce silence n'était pas pesant.
Il faisait nuit quand ils sortirent du pub et Harry s'acheta un hot dog dans le premier Fast Food qu'ils croisèrent. Drago n'avait pas faim. Ils s'appuyèrent à la rambarde de métal, face à la Tamise et Harry mangea son hot dog. Drago avait fermé les yeux et s'était accroché à la rambarde, comme si elle l'empêchait de tomber.
- Il faut rentrer, dit Harry dès qu'il eut terminé.
Drago ne répondit pas. Il s'était avachi sur le métal froid de la rambarde et ne semblait pas avoir entendu Harry. Ce dernier lui donna un coup de coude mais n'obtint pas davantage de réaction.
- Malefoy, dit fermement Harry en lui prenant le bras.
Puis Harry se rendit compte que Drago était tellement saoul qu'il ne le voyait même plus. Finalement, la rambarde l'empêchait vraiment de tomber. Harry poussa un soupir agacé et tira Drago vers lui.
- Allez, je te ramène chez toi.
Grâce à l'enquête, il savait où Drago habitait. C'était Kyle Long qui leur avait trouvé des appartements et qui les avait logés, après leur avoir pris leurs demeures familiales pour les transformer en hôtel ou les revendre. Toute leur vie, en fait, dépendait de Kyle. Harry transplana avec Drago et se retrouva devant un immeuble sombre et peu avenant pas très loin de la Tamise. Il déposa Drago sur les marches et le regarda avec agacement.
- Voilà, rentre chez toi maintenant.
Drago posa sa tête contre le mur de l'immeuble, comme s'il allait s'endormir là. Harry songea qu'il avait fait ce qu'il devait faire et que rien ne l'obligeait à prendre davantage soin de Drago que ça. Il lui tourna le dos et fit un pas pour transplaner.
- Attends, fit la voix suppliante de Drago.
Il y avait de la peur dans sa voix et Harry se retourna pour le regarder.
- Quoi ?
- Je ne me sens pas très…
Drago s'interrompit pour vomir sur le perron de son immeuble et Harry l'observa faire avec une expression dégoûtée. Il ne manquait plus que ça, songea Harry avec irritation.
- Tu vas mieux maintenant ?
Mais Drago n'avait franchement pas l'air bien et Harry l'aida à se relever pour l'entrainer dans l'immeuble. Il croisa les doigts pour que Drago ne vomisse pas dans l'ascenseur puis attendit patiemment que Drago retrouve sa clé dans ses poches, chose qu'il fut incapable de faire. Harry fit venir la clé à lui d'un coup de baguette, ouvrit la porte avec détermination et traina Drago à l'intérieur. Il l'emmena dans la salle-de-bain, le lâcha devant les toilettes et s'éloigna quand il se mit à vomir encore. Harry observa le reste de l'appartement en se demandant ce qu'il foutait là, vraiment. Il était trop gentil, il fallait qu'il arrête. Il imaginait d'ici la voix de Ron lui dire qu'il n'avait pas besoin d'aider tout le monde et que certaines personnes ne méritaient pas qu'il fasse quoi que ce soit pour elles. Drago Malefoy ne méritait pas son aide, non, c'était sûr. Méritait-il alors les mains de Kyle Long et le froid des Détraqueurs ? Non, Harry savait que non.
Harry sursauta en entendant une sorte de gémissement plaintif et revint dans la salle-de-bain. Malefoy n'allait vraiment pas bien, comme tous ces gens qui buvaient trop et se mettaient dans des états pathétiques. Harry releva Drago, le pencha au-dessus du lavabo et lui mit de l'eau fraiche sur le visage. Après ça, il le porta presque jusqu'au lit. Il n'y avait qu'une seule pièce dans l'appartement de Drago, même s'il y avait de l'espace. Tant mieux, c'était plus facile comme ça. Harry le mit dans son lit comme un enfant et le regarda avec hésitation. Drago respirait trop vite et il semblait avoir complètement perdu conscience de ce qui se passait. Harry hésita à partir mais fut envahi par l'idée désagréable que Drago risquait de s'étouffer dans son vomi ou de faire un malaise important s'il le laissait seul. Résigné, Harry attrapa une chaise et s'assit près du lit de Drago pour le surveiller.
Il resta là quelques minutes avant de trouver que c'était inconfortable. Il était crevé lui aussi, il n'avait pas envie de rester assis sur cette chaise au dossier raide. Il se leva et alla s'asseoir sur le lit de Drago, à côté de lui. Il laissa ses chaussures sur le sol et son manteau sur la chaise puis se cala contre l'oreiller. La respiration de Drago s'apaisait un peu et il ne revomissait pas, tant mieux. Harry s'endormit comme une masse, fatigué par l'enquête, sa crise de l'autre jour et tout le reste.
Il se réveilla à moitié durant la nuit parce qu'il avait froid et il se glissa sous la couverture avant de se rendormir immédiatement sans se poser de question. Il ne se réveilla vraiment que plus tard, parce que Drago bougeait à côté de lui et essayait de se relever. Harry s'assit rapidement dans le lit et le regarda faire.
- Salut, marmonna-t-il. Ça va mieux ?
Drago lui lança un regard vitreux et se laissa retomber sur son matelas. Il y eut un silence embarrassé cette fois-ci et Harry finit par sortir du lit. Il remit ses chaussures puis s'approcha de Drago.
- Je…
- Nous sommes habillés, chuchota Drago. Nous n'avons rien fait, n'est-ce pas ?
Harry se redressa et le regarda de haut avec agacement.
- Bien sûr que non, ne sois pas stupide.
- On ne sait jamais.
- Je n'aime pas spécialement les garçons, dit Harry d'un ton blasé.
- Mais moi si. Et tu étais dans mon lit…
Harry lui jeta un regard gêné.
- Je suis resté veiller sur toi parce que j'ai eu peur que tu fasses un genre de coma éthylique ou je ne sais quoi. Tu as vomi plusieurs fois et tu ne parlais plus. Je me suis endormi, c'est tout. Tu devrais simplement me remercier au lieu de dire n'importe quoi.
- Tu aurais peut-être simplement dû me laisser crever, chuchota Drago.
- C'est ça.
Harry remit son manteau et le regarda une dernière fois. Il n'allait plus faire de malaise, assurément, mais il n'allait pas bien.
- Tu as de la potion contre la gueule de bois ? demanda Harry.
- Deuxième placard à gauche, souffla Drago.
Harry partit à la recherche du flacon, le trouva sans peine et fit du thé. Il versa quelques gouttes dans la tasse et entendit Drago se redresser dans son lit, derrière lui. Drago marmonna quelque chose d'indistinct dont Harry ne comprit que « Pourquoi » et « gentil ». Il se posait la même question, à vrai dire. Pourquoi se sentait-il obligé d'être gentil avec Drago Malefoy ? Sans doute parce que Drago faisait vraiment pitié. Harry lui apporta la tasse et la lui fourra dans les mains. Ensuite, il se détourna d'un geste déterminé et marcha vers la porte.
- Bonne journée, dit-il brusquement.
Et il sortit sans attendre de réponse. Il en avait fait bien assez comme ça. Dans son lit, Drago avait vraiment envie de pleurer, déjà parce qu'il avait mal à la tête et qu'il se sentait comme une merde mais aussi parce qu'il trouvait cela désespérant d'être heureux que Harry soit resté auprès de lui pour le veiller. A quand remontait la dernière fois où quelqu'un s'était réellement inquiété pour lui ? Drago pensa à ses parents enfermés à Azkaban et eut un frisson nerveux. Parfois, il se disait qu'il aurait été finalement mieux à Azkaban, loin de Kyle Long. S'il avait eu le courage de dire non dès le début, Kyle l'aurait peut-être fait condamner pour une raison absurde et il aurait eu la paix. Tout ça ne serait jamais arrivé. Et l'idée qu'il préfèrerait être à Azkaban plutôt que dans sa vie actuelle lui donnait vraiment, vraiment, envie de crever.
OoOoOoO
Harry était assis dehors, sur un banc en pierre à moitié écroulé, les mains dans les poches pour se protéger du froid. Le mois de mars pouvait être encore frais et sournois. A côté de lui, Hermione lisait le dernier exemplaire de la Gazette.
- Je me sens dépassé, déclara Harry à mi-voix.
Ron donna un léger coup de pied dans un caillou et resserra son manteau autour de lui.
- Ils n'auraient pas dû te donner cette enquête, dit Hermione. Tu n'as pas assez d'expérience pour ça.
- C'est à moi que Pansy s'est confiée.
- Et alors ? demanda Ron.
- Je pense que c'est parce que Nestor Achab a confiance en moi pour rester impartial. Et je ne suis pas seul, Edmund est avec moi.
- Alors pourquoi te sens-tu dépassé ? demanda Hermione.
- Parce que j'ai l'impression que je ne pourrai pas les aider.
Le silence gêné d'Hermione le conforta dans cette idée et ne lui fut d'aucun secours. Cette affaire s'annonçait pénible et ils pressentaient tous qu'elle serait mal gérée, tout comme le Ministère avait mal géré la disparition de Voldemort à la mort des Potter, avait mal géré son retour, la guerre, l'après-guerre. Le Ministère avait toujours du mal à gérer les crises.
- J'y pense souvent, avoua Ron en jouant avec un autre caillou. Je ne sais pas pourquoi ça me remue autant, peut-être parce qu'on les connait depuis des années. Mais je me dis… Après la bataille à Poudlard, ça ne m'aurait pas spécialement dérangé que Malefoy et Goyle aillent passer quelques temps à Azkaban, je le reconnais. Mais ça, c'est juste… Et puis je repense à Fudge, à Croupton, à Long et je me demande quand nous aurons un Ministère qui ne soit pas peuplé de lâches ou de cinglés. C'est vraiment rageant.
- C'est bien pour cela que je veux travailler au Ministère, dit Hermione avec détermination. Pour remplacer tous ces incompétents et faire avancer les choses.
Ron lui lança un regard mi moqueur mi admiratif et Harry sourit. Il se leva, un peu rasséréné par le soutien de ses amis et frissonna.
- Rentrons, dit-il. Ta mère doit nous attendre.
Les trois amis retournèrent dans la chaleur du Terrier et essayèrent de chasser leurs idées noires.
Malgré tout, l'enquête continuait. Certains membres du Ministère défendaient officiellement Kyle Long et crachaient sur Pansy, Drago et les autres dès qu'ils en avaient l'occasion. Certains avaient abandonné Kyle immédiatement et ne voulaient plus entendre parler de lui. Toutes ces guérillas internes n'aidaient pas Harry dans son enquête, il ne savait jamais qui croire. Et la politique commençait à le dégouter sérieusement.
Ils durent également fouiller les vies des victimes. Harry cherchait surtout des indices pour prouver leurs accusations même s'il savait qu'on risquait de se servir de ce qu'il trouverait pour les rendre coupables, justement. Edmund alla poser des questions sur les lieux de travail de Theodore et Gregory tandis que Harry chercha du côté de Pansy et Drago. Pansy travaillait au Ministère et se formait pour s'occuper des affaires d'héritages. C'était visiblement quelque chose qui lui plaisait. Sa supérieure n'avait rien de négatif à dire sur elle, elle était appliquée et consciencieuse. Le scandale l'avait choquée, elle ne s'y attendait pas. Elle n'avait pas d'avis sur la question et elle préférait s'abstenir. Harry estima que c'était peut-être la personne la plus saine et intelligente qu'il avait rencontrée depuis le début de l'affaire.
Ensuite, il se rendit à Manchester dans la seule fabrique de tapisseries et de tapis magique qui existait en Europe. Toutes les tapisseries qui ornaient les murs de Poudlard venaient d'ici, comme l'apprit Harry en arrivant. C'était un savoir-faire qui se transmettait de génération en génération par les membres de la famille propriétaire et par les artisans qualifiés qu'ils embauchaient. Harry fut accueilli par Robert Howe qui dirigeait l'entreprise avec sa sœur Margaret. Robert eut l'air honoré de rencontrer Harry Potter et le fit asseoir dans son bureau avec beaucoup de prévenance. Harry ne savait pas si ça lui plaisait ou si ça le rendait mal à l'aise.
- Je viens au sujet de Drago Malefoy, annonça Harry.
- Oui, je m'en doute.
Robert Howe expliqua qu'il connaissait Kyle Long depuis longtemps et qu'il lui avait rendu un service en acceptant de former Drago Malefoy. Pansy, Theodore et Gregory n'avaient pas eu trop de mal à être embauchés mais Drago, c'était différent. Son nom était trop connu et trop connoté, personne n'avait envie d'être associé à un Malefoy. Robert avait fini par accepter de le mettre à l'essai en précisant à Kyle qu'il le virerait si Drago ne se montrait pas à la hauteur. Finalement, il s'était révélé plutôt bon. Il avait une capacité de concentration plus élevée que la moyenne et pouvait rester des heures devant sa machine à tisser sans commettre la moindre erreur. Robert l'avait donc gardé et il ne l'avait jamais regretté.
- Vous dîtes que vous connaissez Kyle Long depuis longtemps, nota Harry.
Robert Howe eut l'air mal à l'aise.
- Nous étions à Poudlard ensemble.
- Qu'avez-vous pensé en apprenant les accusations de Pansy Parkinson et des autres ?
Robert joua avec les plumes qui trainaient sur son bureau puis il regarda Harry avec un peu de tristesse.
- Un jour – ça faisait six mois que Drago travaillait pour moi – Kyle est venu me rendre visite. Il voulait faire le point, savoir si Drago faisait bien son travail, si j'étais content de lui, ce genre de chose. Kyle était responsable des quatre gamins donc c'était normal qu'il vienne. Je n'avais que du bien à dire sur Drago et à la fin de l'entretien, Kyle a demandé qu'on fasse venir Drago pour qu'il le félicite en personne. Je me souviens de ce moment parce que quand Drago est entré dans la pièce et qu'il a vu Kyle, il a complètement changé. Il avait l'air… je ne sais pas, comme un pantin. Il répondait à peine, il regardait droit devant lui comme s'il essayait de faire un effort pour respirer. C'était étrange. Je me suis dit qu'il devait avoir peur de Kyle, qu'il devait être impressionné parce que c'était le Directeur d'un département important ou quelque chose dans le genre.
- Donc… vous dîtes qu'un an plus tôt, Drago avait déjà peur de Long ?
- Oui, c'était évident.
- Vous serez prêt à témoigner de ça, même si Kyle est votre ami ?
Robert secoua légèrement la tête.
- Je n'ai pas dit que Kyle était mon ami, j'ai dit que nous étions à Poudlard ensemble. Je serai prêt à témoigner de ça, oui, même si ce n'était que mon ressenti et que ça ne prouvera rien.
- Ce serait important quand même.
Robert Howe sourit légèrement, peu convaincu mais résolu à témoigner tout de même pour Drago. Harry ne s'y était pas attendu, il pensait que Robert défendrait Kyle. C'était réconfortant de constater que certaines personnes gardaient leur humanité. Robert sembla deviner le soulagement de Harry car il sourit davantage.
- J'aime bien Drago, vous savez. C'est un gamin arrogant et pourri gâté qui s'est pris une grande claque et qui a tout perdu. Au début, il me faisait penser à ces chats abandonnés qui griffent et qui crachent mais qui veulent simplement un peu d'amour et d'attention.
Harry fixa Robert, mal à l'aise. Déjà parce qu'il venait de traiter Drago de gamin alors qu'il avait le même âge que Harry et ensuite parce qu'il avait du mal à associer l'image de Drago Malefoy à ce que l'homme venait de dire. Harry se contenta donc de remercier et libéra Robert Howe de sa présence. Il hésita un instant à s'en aller tout de suite mais il traversa le couloir pour se rendre dans les ateliers. C'était impressionnant de regarder les grandes machines magiques fonctionner toutes seules. Enfin, un tisserand lui rétorquerait qu'elles ne fonctionnaient pas seules, c'étaient eux qui les dirigeaient et les contrôlaient. On ne faisait pas des vêtements à la chaine ici, on fabriquait des tapisseries uniques et précieuses.
Harry trouva Drago devant sa machine, concentré sur les fils qui s'entremêlaient dans une danse fascinante. Il le regarda de loin, pour ne pas le déranger. C'était paisible à observer, un peu hypnotisant à vrai dire. Et Harry ne connaissait pas l'expression sereine et grave qu'il lisait sur le visage de Drago. De toute façon, il en avait davantage découvert sur Drago en deux semaines qu'en six ans de scolarité commune. Harry pensa à aller le saluer mais pour être honnête, il n'avait rien à lui dire de particulier. Harry fut sur le point de se détourner pour partir quand Drago l'aperçut et lui jeta un regard étonné. Etonné et fâché, comme d'habitude. Harry se sentit obligé d'approcher, désolé malgré lui de voir que Drago était contraint d'arrêter la machine.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Drago. Il y a du nouveau ?
- Non, je venais parler à Robert Howe.
- De quoi ?
Le ton de Drago était suspicieux et froid. Ça ne lui plaisait pas que Harry parle à son patron.
- De toi.
Drago pâlit un peu puis détourna le regard vers sa machine.
- Je ne veux pas que tu parles de ça avec Howe. Pourquoi est-ce que tu le mêles à tout ça ?
- Pour trouver des indices qui t'aideront, répliqua sèchement Harry. Et Howe est prêt à t'aider.
Harry commençait à trouver cela pénible de rappeler sans cesse à Drago qu'il était là pour l'aider et non lui nuire. Il se démenait pour lui, pourtant, dans cette enquête de merde où la moitié des gens semblait penser qu'il était du mauvais côté.
- Mais si tu ne veux pas, je peux aussi te laisser crever, comme tu l'as suggéré l'autre jour. Je peux accepter la proposition de Kyle, à savoir admettre que vous mentez pour le faire tomber et ne pas m'embêter à chercher plus loin. Il serait innocenté, il me récompenserait pour loyaux services et tout irait bien pour moi.
Drago dévisagea Harry pendant un instant, surpris par la déclaration, énervé et triste. Il finit par baisser la tête vers la machine à tisser.
- C'est ce que tu penses ? Que nous mentons ?
- Non, assura Harry. Je ne l'ai jamais pensé.
Drago sembla moins énervé mais toujours triste. Ils restèrent silencieux quelques secondes et Harry repensa à ce que Howe avait dit, sur les gamins pourris qui voulaient simplement être aimés. Peut-être qu'il avait raison. Harry désigna la machine du doigt.
- Tu me montres comment ça fonctionne ?
- Il faut que je me remette au travail.
- Alors vas-y, j'observe comment tu fais.
Drago lui lança un regard presque horrifié, ouvrit la bouche pour le rembarrer puis finalement, se tut. Il fit une moue hautaine qui signifiait « Moi je travaille, fais ce que tu veux. » Harry le regarda relancer la machine avec sa baguette puis diriger l'enchevêtrement des fils. Il l'observa pendant cinq minutes puis s'en alla parce qu'après tout, il avait quand même autre chose à faire que de regarder Drago.
OoOoOoO
Les rayons du soleil entraient doucement dans la chambre et venaient baigner le lit d'une lumière apaisante. Pansy resta allongée sous la couverture, contre la peau chaude de Gregory. C'était réconfortant. Elle le sentit bouger près d'elle mais elle n'essaya pas de le regarder.
- Tu as bien dormi ? demanda-t-elle à voix basse.
- Non. J'ai encore rêvé que je devais y retourner.
Pansy se serra davantage contre lui.
- Est-ce que tu m'en veux encore d'avoir parlé à Potter ?
- Non, assura Gregory après une légère hésitation. Je ne voulais pas que les gens soient au courant, c'est vrai. Mais finalement, peu importe, du moment que ça s'arrête.
- C'était aussi ce que je pensais.
Elle se retourna vers lui et il passa un bras autour d'elle. Ils restèrent là, immobiles et silencieux, pensant à des choses qui leur faisaient mal et qu'ils n'arrivaient pas à dire. Pansy pouvait encore sentir les effets de la potion qu'ils avaient bue la veille. Elle n'était pas illégale, elle ne créait qu'une légère euphorie agréable. Pansy et Gregory n'arrivaient toutefois pas à coucher ensemble sans en boire. Ça les débloquait. Et puis ensuite, quand ils commençaient, ils se détendaient et se laissaient aller, leurs corps se reconnaissaient et s'acceptaient et tout allait bien. Ou presque. Il faudrait du temps, sans doute. Pansy eut une pensée pour Braxton et Alden, fut parcourue d'un frisson de haine et submergée par une tristesse sans nom. Quand ils seraient en prison, se sentirait-elle mieux ?
Ils se décidèrent à sortir de leur lit et s'empressèrent de s'habiller en recevant un message de Drago qui leur disait de venir chez lui. Quand ils arrivèrent, Theodore était déjà là, ainsi que Harry Potter, assis à la seule table de la pièce. Theodore leur fit un léger signe de tête pour les saluer mais ne se força pas à sourire. Pansy se demanda à quand remontait la dernière fois où elle l'avait vu sourire sincèrement.
- Alors, qu'est-ce qu'il y a ? demanda Pansy.
- Kyle Long a obtenu le droit d'être interviewé par des journalistes de la Gazette, expliqua Harry. Le journal ne peut pas publier sans l'accord des Aurors, c'est ce que le ministre a exigé, pour ne pas fausser l'enquête et donner des informations confidentielles. L'article qui va sortir demain a été validé. En gros, Kyle donne sa version des faits.
Ils se doutaient tous que la version de Kyle ne serait pas la même que la leur et ils n'eurent pas de réaction particulière. Theodore haussa les épaules avec fatalisme.
- Et quoi ? Il dit que nous étions d'accord pour les soirées, c'est ça ? C'est ce qu'il dit depuis le début.
- C'est un peu différent, rétorqua Harry.
Il se tourna vers Drago qui était assis face à lui à la table. Harry se sentait mal à l'aise et coupable, alors que ce n'était pas sa faute.
- Kyle maintient que ça a toujours été consenti, c'est vrai, mais il retourne la situation. Il dit dans l'interview que c'est Drago qui l'a séduit et qui lui a proposé des faveurs sexuelles en échange d'argent. Je… je vous lis un extrait. « Je sais que j'aurais dû refuser et j'accepte mon erreur mais c'est la seule que j'ai commise. Drago Malefoy est jeune et séduisant, j'ai voulu refuser mais je me suis laissé tenter. Il me demandait des choses en échange, de l'argent, des vêtements. Je voulais lui faire plaisir. J'ai été faible et je le regrette mais c'est ce qui s'est passé. C'est lui qui a commencé tout cela, lui qui m'a séduit. Je ne l'ai jamais forcé à rien. »
Il y eut un silence terrible dans le petit appartement. Nott avait l'air dégoûté, Pansy furieuse. Drago fixait Harry, les yeux légèrement écarquillés.
- Donc… souffla Drago d'une voix étrange. Je l'ai séduit. C'est moi qui l'ai séduit. C'est moi qui ai commencé.
Harry ne répondit pas et Drago se leva vivement de sa chaise. Il se mit à faire quelques pas nerveux près de la cuisine, il avait l'air au bord de la crise de nerfs.
- Je l'ai séduit, moi ? cria-t-il. Il dit que c'est ma faute, je n'arrive pas à y croire ! Comme si j'avais… Je n'ai jamais…
Il poussa une sorte de cri de rage qui ressemblait presque à un râle et tout le monde l'observa avec pitié et hésitation.
- Je ne l'ai pas séduit, j'aurais préféré être embrassé par ce Détraqueur plutôt que de le séduire. Il est complètement fou ! Comment peut-il dire ça ? Quel salaud. Il ne m'a jamais forcé, hein ? Il n'a fait que ça, ce gros porc ! Merde ! Les gens vont croire à ces conneries, c'est sûr. Tout le monde déteste mon père, ils vont croire Kyle.
Drago se tut, l'air épouvanté.
- C'est bon, tu as fini ton cirque ? demanda sèchement Gregory Goyle.
- Mon cirque ?
- Oui, es-tu vraiment obligé de crier et de te lamenter comme ça ? Tu ne peux pas la fermer un peu et rester digne ?
Drago lança à Gregory un regard haineux.
- C'est facile de la fermer quand on est perpétuellement défoncé pour fuir la réalité, hein ? T'étais vachement mois digne quand…
- Stop, ordonna froidement Pansy. A quoi vous jouez ? Si on ne se sert pas les coudes, personne ne nous aidera.
- Dit celle qui nous a trahis en parlant à Potter dans notre dos, fit remarquer Theodore.
Harry les observa l'un après l'autre, sidéré. Ils avaient l'air de se détester, il n'avait encore jamais remarqué ça. C'était sans doute leur haine, leur déception et leur souffrance qui les dressaient les uns contre les autres.
- Vous êtes vraiment des crétins, dit Harry d'un ton blasé. Pas étonnant qu'on n'ait jamais pu s'entendre. Même dans des moments pareils vous vous disputez et vous êtes incapables de vous soutenir. C'est sidérant.
Les quatre Serpentard se tournèrent vers lui, bouche bée.
- Va te faire foutre Potter, dit Goyle d'une voix hargneuse.
- Oui, c'est ce que je vais faire. Je voulais simplement vous tenir au courant de l'article qui allait sortir. Pour l'instant, c'est Drago qui va en pâtir mais préparez-vous. Les Manure, les Rot, Turd et Litter vont surement finir par donner leurs versions eux aussi. Sur ce, bonne journée.
Harry se leva et sortit de l'appartement sans que personne n'essaie de le retenir. Drago croisa les bras et fixa la porte qui venait de se refermer d'un regard vide. Theodore poussa un profond soupir et se tourna vers Gregory.
- Pourquoi est-ce que tu t'en prends à Drago comme ça ? demanda-t-il avec un agacement évident.
- Parce que je ne l'aime pas, dit Gregory. C'est en partie sa faute si on en est là.
- Cette discussion ne mène jamais à rien, coupa Pansy. Le passé est…
- Si tu m'avais laissé tuer Potter ou si ta famille s'en était chargée correctement, les choses seraient totalement différentes aujourd'hui ! cria Gregory en direction de Drago. Nous serions à la tête du Ministère et les gens comme Lillian seraient en train de nourrir les Détraqueurs.
Drago décroisa les bras et regarda Gregory avec un mélange de mépris et de colère.
- Tu te défonces à coups de potion pour supporter le fait qu'une femme t'ait laissé quelques brûlures et t'ait donné quelques coups de cravache. J'aurais aimé voir, Gregory, comment tu aurais supporté la brûlure de la Marque des Ténèbres sur ton bras ou encore comment tu aurais supporté le sortilège Doloris qu'il distribuait sans hésitation à tous ceux qui le décevaient un peu.
Gregory avait pâli imperceptiblement mais il resta solide face à Drago.
- Tu ne peux pas comparer.
- Si, je peux, parce que je l'ai vécu. Toi non. Alors laisse-moi en paix avec ça. Je préfère encore Kyle. Lui au moins, il est mortel et il a été arrêté.
- C'est ton opinion.
- Et donc ? demanda Drago en regardant à la ronde. Vous êtes d'accord avec Gregory, c'est ça ? Vous pensez aussi que votre vie serait meilleure si le Seigneur des Ténèbres avait vaincu ?
Theodore et Pansy hésitèrent une seconde, mal à l'aise.
- Non, dit enfin Pansy. Mes parents ont toujours été terrifiés par Tu-Sais-Qui, même s'ils essayaient de le cacher. Le soir où il est revenu, il a torturé plusieurs de ses Mangemorts et il était prêt à nous tuer tous, à la bataille de Poudlard. Je ne veux pas suivre un sorcier comme ça. Kyle, Braxton et Alden, au moins, ce sont nos ennemis et nous pouvons les combattre. C'est ce que j'ai fait. Et si nous avions été moins lâches, nous les aurions dénoncés immédiatement.
Il était clair que Gregory ne partageait pas son opinion. Theodore n'avait pas d'avis et selon lui, ce débat ne servait à rien. La seule chose dont ils devaient se préoccuper, là maintenant, c'était des répercussions que l'interview de Kyle Long allait avoir. Et aussi d'essayer de survivre à tout ça.
