L'arrivée de Zhuque avait été brutale, violente et spectaculaire.
Celle du second shishen de Boya avait été… infiniment plus tranquille.
L'Appel avait été lancé dans le Jardin des Fragrances.
Boya avait attendu plusieurs heures sans qu'aucun esprit ou démon ne vienne toquer à la porte de son appel mental. Par contre, un démon-ratel était venu se présenter à la porte du Domaine.
Il avait entendu l'Appel de Boya. S'il voulait de lui, il serait honoré de le servir.
Zhuque avait salué le démon entre deux âges, tout autant surpris que Boya.
QingMing n'avait pas été étonné. Qu'un démon présent non loin entende l'Appel et y réponde n'avait rien d'exceptionnel.
Avant que Boya n'accepte, il avait pris le temps de discuter avec lui et Zhuque.
Le démon-ratel était un calme tranquille. Il aimait son confort, il aimait travailler et il aimait lire. Un poste de serviteur personnel de Boya lui plaisait.
Boya avait très vite réalisé l'humour noir et froid du démon, son manque total complexe et son érudition. Zhuque avait immédiatement apprécié le nouveau venu.
Avant la fin d'après-midi, ils étaient en train déjà en train de se balancer des insultes sous couvert d'esprit ce qui les faisaient mourir de rire tous les trois.
Alors Boya avait proposé au démon de devenir son servant.
Le démon-ratel avait accepté avec plaisir. Servir Anbei-Furen était secondaire pour lui. Servir Yuan Boya était ce pourquoi il était venu. Il resterait à son service quelques temps puis demanderai à partir. Boya le savait déjà. Mais il était comme QingMing. Il n'avait aucun problème à laisser un servant faire ce qui était le mieux pour lui.
"- Je m'appelle Suì ZhǐJī" Déchiqueteur. Charmant. "J'ai eu une jeunesse un peu… énervée."
Boya ne put se retenir de rire. Enervée, hein.
"- Alors nous sommes deux. Je suis heureux de faire ta connaissance, Suì ZhǐJī. Bienvenue parmi nous."
Le démon-ratel s'inclina profondément. La chaleur qu'il recevait de Boya lui assurait qu'il avait fait le bon choix. Lui qui errait depuis des décennies sans quoi faire de sa peau avait trouvé un but pour quelques temps. Un but qui lui permettrait en même temps d'assouvir sa soif de connaissances.
Boya lui fit faire le tour des appartements de Anbei Furen, lui expliqua quels seraient ses devoirs qui se résumaient plus ou moins à veiller à ce que Boya ne fasse pas honte à leur Seigneur avec une mise ridicule, le faire manger quand il oubliait et, s'il le fallait, en dernier recours, de le protéger. Probablement davantage de lui-même que de l'extérieur d'ailleurs.
Suì ZhǐJī était satisfait. Il aurait suffisamment de temps libre pour lui-même et ses recherches.
La seule chose qui le fit soupirer fut de devoir s'entrainer au combat avec son nouveau maître, son garde du corps et le chef de sa garde. Il y avait longtemps qu'il ne s'était pas battu. Heureusement, il était un ratel. Combattre, c'était dans son sang.
"- Boya ! Alors. Qui est notre nouvel ami ?"
Suì ZhǐJī sursauta. La présence écrasante de Anbei QingMing lui vida les poumons de tout son air. Il n'avait jamais vu le Seigneur-Démon d'aussi près ! Et le renard le fixait avec la suspicion du prédateur qui protège son partenaire.
"- QingMing, voici Suì ZhǐJī. Mon nouveau shishen."
La menace trouble disparue immédiatement.
"- Vraiment ? Bienvenue. J'espère que tu prendras soin de Boya, Suì ZhǐJī. Il le mérite."
Le démon-ratel s'inclina profondément.
"- Bien sûr, Seigneur Anbei. C'est mon devoir et mon privilège."
"- alors nous nous entendrons très bien. Lui as-tu faire rencontrer Sha ShengShi, MiChong et la Multitude ? "
"- Pas encore, QingMing. Je voulais d'abord l'installer chez lui, lui trouver de quoi se vêtir, le laisser s'acclimater et les lui présenter demain."
"- Je pourrais m'occuper de son acclimatation, Anbei Furen." Sussura Shi Weilan en ronronnant presque.
Suì ZhǐJī sursauta visiblement.
Un Shi ! C'était un Shi ! Sans doute celui de son nouveau maître. Ces humains-là étaient plus dangereux que bien des démons. Ils n'étaient pas les gardes du corps du Seigneur Anbei pour rien.
"- Ha. Avec plaisir." Tenta le démon avant de remonter ses petites lunettes rondes sur son nez.
Weilan eut un sourire de pure satisfaction, pour une fois honnête. Il n'allait plus devoir tenir la main de son maître ! C'était un soulagement, il fallait avouer. Ce n'était pas son boulot. Lui, il était là pour le protéger et tuer des gens.
L'assassin entraina Suì ZhǐJī avec lui dans la Maison, bien déterminé à lui remettre Boya très vite dans les pattes.
Suì ZhǐJī tentait de rester calme.
Il avait rejoint son nouveau maître depuis deux semaines maintenant.
Contrairement à ce que Boya croyait, il n'avait pas été le seul à entendre son Appel.
Tout le Domaine l'avait entendu. Des dizaines de démons avaient levé le doigt. Des dizaines avaient fait le premier pas.
Ils étaient une poignée à avoir fait une descente du coude sur ceux qui avaient fait ce pas en avant avec de finir de régler les choses entre eux à la phalange.
Suì ZhǐJī était celui qui avait physiquement put venir vers Boya pendant que les autres ramassaient leurs gencives au sol.
Mais en toute amitié et dans le respect bien sûr, hein ! On était pas des humains.
Bref. C'était une bonne chose que Boya ne soit pas au courant de ce détail.
Déjà qu'il était stressé à en faire des nœuds avec ses orteils, ça ne l'aurait pas aidé.
Suì ZhǐJī repoussa physiquement Shi Weilan qui s'accrochait à son maître en pleurant comme un veau.
"- JE VEUX PAS QUE VOUS PARTIEZZZZZZZ !"
"- Mais je serais revenu avant même que tu te rendes compte de mon absence." Le pauvre chasseur était un peu dépassé par l'orage émotionnel que l'annonce de son départ pour le Yin yang venait de causer parmi les membres du Domaine Intérieur.
Boya tentait de calmer son garde du corps qui s'accrochait à lui de toutes ses forces comme un enfant qu'on veut prendre à sa mère. C'était à ce genre de comportement que la folie de la famille Shi était visible. Encore plus que lorsqu'ils éventraient un quidam avec une pince à escargot un grand sourire aux lèvres. Bien sûr.
Le pauvre chasseur semblait quelque peu dépassé par la crise de colère de Weilan.
"- Weilan, enfin..."
"- Je suis votre Général ! Je dois être avec vous ! Tout le temps ! Qui va vous protéger si je ne suis pas là, hein ? Hein ?"
"- J'ai Zhuque et Suì ZhǐJī."
"- MAIS ILS NE SONT PAS MOI !"
"- Tu ne fais pas confiance à Zhuque pour me protéger?" Le dieu gardien semblait outré qu'on puisse sous-entendre qu'il pourrait laisser arriver quelque chose à Boya.
"- NON ! VOUS ETES A MOI !"
La possessivité des Shi n'était pas proverbiale pour rien. Rares étaient ceux qui avaient eu la "chance" que le Seigneur Anbei les confie à un membre de cette famille mais tous ceux qui y avaient eu droit était dithyrambiques sur leur possessivité. Et sur leur folie.
Boya se passa un main dans les cheveux. Maladroitement, il finit par tapoter l'épaule de Weilan.
"- Je ne serais absent que quelques semaines."
"- Et qui sait ce qui pourra vous arriver quand je ne serais pas là pour vous surveiller et vous protéger ?"
"- Je ne suis pas tout seul. Je serais à l'abri au Yin yang."
"- Zhong Xing a dit que le trône voulait vous récupérer."
"- Mais il a aussi dit qu'aucun autre fonctionnaire n'était venu."
"- Et puis tu n'es plus un esclave." Rappela Zhuque.
"- Zhuque..
"- Non, rappelle-toi. Ton renard a payé ton travail pour avoir protégé la Capitale en tant que Anbei Furen avant que tu ne sois effectivement Anbei Furen. Il a payé assez pour rembourser ce qui restait de ta dette et pour que tu ais en prime un petit pécule en retournant au Temple. Ajoute à ça ton traitement effectif en tant que Anbei Furen et tu as plus d'or sous ton oreiller que Zhong Xing lui-même." Boya ouvrit la bouche pour protester encore mais Zhuque ne lui en laissa pas le temps. "Et si je ne m'abuse, tu m'as bien dit que tu touchais un large pourcentage de la vente de ton encre si pratique ? En presque deux ans, combien crois-tu que le Yin Yang en a vendu alors que tous les temples, sectes et monastères de l'empire en réclament à cor et à cri? Je suis certain que même le trône en achète !" Après tout, Boya avait travaillé sur une version pour "riches" qu'il avait finalisé avant de partir. Zhong Xing devait la vendre comme des petits pains et à prix d'or aux nobles.
Boya était tout perturbé. Il avait oublié ça. Son encre n'avait jamais été qu'un outil qu'il avait offert au Yin Yang puisque JingYun n'en avait pas voulu. Elle avait juste été son premier pas vers une indépendance retrouvé et un début de guérison. Il avait depuis longtemps complètement laissé ça de côté. Même son pourcentage sur les ventes n'était qu'un vague élément secondaire. Après tout, il était un esclave et un esclave ne touchait rien de son travail. Mais…
Il était un esclave et il était Anbei Furen.
Il était un esclave qui avait touché plus d'argent qu'il n'aurait pu imaginer.
Et il continuait à engranger l'argent chaque jour.
Suffisamment ?
"- Alors... Je suis...vraiment libre ?" Souffla-t-il d'une petite voix.
"- Techniquement, tu l'es depuis un bon moment, mon élu. Tu l'es depuis que tu as posé le pied dans le nord. Il n'y a pas d'esclavage dans les Marches." Insista Zhuque. "Mais encore fallait-il que tu l'acceptes." Boya n'était l'esclave que de lui-même depuis son arrivé au Yin Yang.
Le chasseur eut besoin de s'asseoir.
Weilan avait arrêté de geindre pour se ruer sur lui et le soutenir avec son second shishen. Inquiet, l'assassin hésitait à appeler de l'aide.
"- Qu'est ce qui se passe ?"
"- Je ne sais pas." Murmura Suì ZhǐJī.
La conversation entre Zhuque et Boya avait été totalement mentale, comme toujours. Si le démon-ratel subodorait que Zhuque et leur maître discutaient ensemble, il n'entendait pas ce qu'ils se disaient.
"- Anbei Furen ? Voulez-vous que j'aille chercher le Seigneur Anbei ?"
Boya secoua la tête. Il n'avait pas besoin qu'un renard démon, quand bien même le sien, vienne lui tenir la main. Il avait juste besoin de prendre la mesure de ce qui venait le souffleter violement au visage.
Il était libre.
Il l'était depuis des mois.
Mais ce n'était que maintenant qu'il était capable de le comprendre et de l'accepter.
Il était libre.
Vraiment libre.
Il se mis soudain à pleurer en silence.
Weilan lâcha un coassement d'angoisse. La seule chose qui l'empêcha de filer chercher QingMing était le calme tranquille de Zhuque qui avait pris son poussin sous son aile pour le cajoler gentiment.
Boya finit par renifler très fort. Il avait mal à la tête, les yeux rouges et la gorge douloureuse. Bien calé contre le large bréchet de Zhuque, il se remettait lentement de son énième crise existentielle.
Celle-ci lui laissait la tête et le cœur légers malgré ses sinus douloureux.
"- Pourquoi personne ne me l'a dit ?" Finit par murmurer Boya à voix haute.
"- Parce que tu n'écoutes personne sur le sujet depuis que tu es arrivé dans le nord." Rappela Zhuque un peu sèchement. "Tu t'es accroché à ton malheur comme une patelle à son rocher. Je peux comprendre. Parfois, le malheur est la seule chose qui donne un sens à l'existence. Ce n'est pas parce que je n'étais pas près de toi à ce moment-là que je ne te connais pas."
"- Anbei Furen ?" Finit par risquer doucement Weilan. "Qu'est ce qui se passe ?"
Boya renifla encore lourdement.
"- Zhuque vient de me dire que je suis libre."
Le pauvre assassin était perdu.
"- Libre ?"
"- Je ne suis plus un esclave. J'ai de quoi racheter ma liberté."
"- Mais... Mais il n'y a pas d'esclavagisme institutionnel dans le nord." Le pauvre garçon était perplexe. Un esclave qui passait la frontière des Marches du Nord était automatiquement libre. Juste parce qu'il était trop compliqué de vivre autrement.
"- HA !"
Weilan n'entendit pas l'éclat de Zhuque bien sûr mais le phénix aurait pu pointer Weilan du bout de l'aile pour montrer à Boya qu'il n'était pas le seul à le dire qu'il l'aurait fait.
Boya ouvrit la bouche pour expliquer mais la referma en secouant la tête.
"- C'est compliqué." Finit-il par soupirer.
"- Vous êtes un compliqué." Pesta Weilan. "Il faut toujours que vous intellectualisiez tout. Au lieu de vous faire des rouleaux de lecture dans la tête, vous feriez mieux de demander au Seigneur Anbei. Lui il sait. Il est vieux."
"- Et sage ?"
"- Le Seigneur Anbei ? Sage ? La blague. Non. Mais il est vieux alors il sait plein de trucs. Et puis, il a imposé ses lois même chez les humains dans le nord. Alors ce qu'il dit à plus d'importance que ce que peut bien chouiner le vieux sur le trône dans l'Est."
Boya resta interdit une seconde avant d'éclater de rire.
"- Le vieux dans l'Est ? C'est de l'Empereur dont tu parles!"
"- Peut-être, mais ce n'est pas le mien." Non, lui, il servait dans l'ordre Boya, puis le Seigneur Anbei, le Domaine et enfin sa famille. Le reste...Tuer l'Empereur si Boya le lui ordonnait, il le ferait sans sourciller.
"- Ha Weilan... Tu es incroyable."
Le jeune assassin ne put que gonfler le torse. Il était fier.
Si la crise avait été repoussée de quelques heures, elle était revenue avec enthousiasme lorsque QingMing avait annoncé à sa Cour que Boya allait retourner auprès de sa famille pour quelques temps.
Les rumeurs avaient immédiatement fusé. Est-ce que le couple s'était disputé ? Est-ce que le Seigneur Anbei avait choisi de répudier son époux? Est-ce que c'était Boya qui voulait divorcer? Mais MiChong avait calmé tout le monde.
Il fallait simplement que Boya rentre chez lui pour qu'ils puissent tous organiser le mariage proprement.
La rumeur s'était propagée a la vitesse d'un météore : Le couple s'était enfuit pour se marier hors de tout contrôle des parents de Boya.
C'était romantique, c'était honteux, c'était scandaleux.
C'était donc parfaitement attendu de la part de Anbei QingMing. Enlever un puissant chasseur de JingYun, le faire tomber amoureux de lui, l'integrer au Yin Yang, faire de lui Anbei Furen... C'était totalement tordu. Donc absolument irréprochable.
Bien mieux encore, Boya était la Furen la plus parfaite que le Domaine aurait pu espérer.
Le départ momentané de Boya ne fut plus si redouté même si son absence allait peiner pas mal de monde.
"- Weilan... Je croyais qu'on en avait déjà discuté. Tu ne peux pas venir avec moi."
"- Vos shishen viennent bien avec vous !"
"- Ce sont mes shishen. Tu n'es pas mon shishen."
Le scandale était évident sur le visage de l'assassin.
"- Seigneur Anbei ! Dites quelque chose !"
"- Je suis navré, mais Boya à raison."
"- Anbei Furen est ma charge ! Qu'est-ce que je vais faire s'il lui arrive quelque chose ?"
"- Que voudrais-tu qu'il lui arrive au sein même du Yin Yang ?"
"- J'en sais rien mais quoi qu'il se passe, je DOIS être là. Ces animaux-là seraient bien capables de l'oublier dans un placard !"
QingMing soupira silencieusement. Près de lui, son quatrième général hochait vigoureusement la tête, les bras croisés sur le torse. Son petit frère avait raison. Lui-même ne quittait jamais son maitre, sauf mission d'assassinat. Et encore était-il remplacé par un ou plusieurs de ses frères, sœurs, oncle, cousin peu-importe, dans ces cas-là. Le Seigneur Anbei avait choisi de confier sa Furen à l'un d'eux, il était hors de question qu'il ne s'en occupe pas. C'était le devoir de Weilan de le protéger de sa vie s'il le fallait. Plus d'un Shi était tombé au champ d'honneur pour leur Seigneur.
"- Weilan...Tu ne peux pas y aller. C'est tout."
"- Mais.."
"- Weilan." Pour la première fois, Boya avait pris une voix réellement sèche et autoritaire. "Non." L'assassin se mis à chouiner comme un gamin une fois de plus mais cessa de réellement insister.
Boya partait dans dix jours. Allaient-ils vraiment tous lui gâcher ses derniers jours avant son départ ? Même Sha ShengShi faisait la gueule. Pas plus que les autres il ne voulait voir partir Boya. Kuang HuaShi boudait et même Xue TianGou était visiblement ronchon. MiChong ne disait rien mais gavait Boya de ses plats préférés pour le rembourrer avant son départ. Les humains avaient tendance à maigrir une fois qu'elle n'était plus là pour les nourrir. Ils étaient si fragiles...
Une fois la session de cours enfin terminée après avoir rassuré tout le monde que Boya allait revenir bientôt, QingMing se retira pour le reste de la journée avec ses plus proches amis, conseillers et membres de sa famille.
Pour la peine, les quatre généraux étaient présent.
Boya avait l'habitude du Premier et du Quatrième, beaucoup moins des deux autres. La démone-lapin était rarement là, son troisième collègue encore moins. Boya ne savait même pas s'il avait entendu son nom. Il savait qu'il s'agissait d'un esprit semi-aquatique mais à part ça…
"- Il reste à adresser la Garde de Boya."
"- Si je ne peux pas aller avec lui, je vois pas pourquoi eux iraient." Bouda immédiatement Weilan.
"- Il n'est pas question qu'ils y aillent, Weilan." Soupira QingMing même s'il aurait évidemment préféré que Boya soit protégé comme une tasse de la plus fine des porcelaines, ébréchée par trop d'années de maltraitance.
"- Allez-vous tous cesser de me traiter comme une petite chose fragile et délicate? Je peux encore tous ou presque vous mettre à terre." Rappela Boya que cette frénésie autour de son départ et de sa personne commençait à gentiment agacer.
"- Pardonnez-nous, Boya. Nous nous sommes tous attachés à vous. Vous allez nous manquer. Ne nous reprochez pas de vous voir déjà rentré à la maison alors que vous n'êtes pas encore partit." Sourit doucement MiChong. Sa jalousie et sa colère contre lui étaient bien loin.
Les autres hochèrent la tête pour approuver.
C'était gentil mais Boya était quand même agacé
"- QingMing, puis-je compter sur vous pour m'ouvrir un portail ?"
Le renard soupira mais accepta, ne serait-ce que pour être sûr que Boya ne se retrouve pas sur la lune.
"- Pendant que vous serez au temple, maintenant que vous avez accès à votre troisième œil pourquoi n'essayeriez-vous pas d'ouvrir un portail ? Il faut une référence visuelle, mais chacun voit le monde avec ses yeux après tout. Je ne vois pas pourquoi vous n'y arriveriez pas maintenant que vous pouvez voir."
Boya fut surpris mais… pourquoi pas ?
"- Il se fait tard."
Que le couple puisse profiter de ses derniers jours ensembles avant un long moment.
Boya était partit à l'aube.
QingMing lui avait ouvert un portail que le chasseur avait dignement passé avec ses deux shishen.
Shi HuJian avait assommé son petit frère pour qu'il ne le suive pas.
A peine le portail était-il refermé que leur Seigneur avait pris sa forme de renard géant pour disparaitre dans la foret la plus proche.
Ils savaient tous qu'ils ne le reverraient pas avant le soir-même. Au mieux.
L'absence de Boya n'avait que quelques heures mais se faisait déjà sentir. Il leur manquait à tous. La Maison elle-même regrettait son absence et la faisait sentir à tout le monde.
Le jeune fils d'un courtisan avait eu une réflexion qui avait fait grimacé chacun.
"- C'est comme si le Domaine avait perdu son cœur." Sentimental, romantique, excessif, niais à tout le moins mais… C'était ce qu'ils ressentaient tous.
Ils s'étaient tellement habitués à sa présence, à ses coups de gueule, à son pragmatisme brutal pour régler les problèmes.
Leur Furen leur manquait à tous.
Pendant qu'ils reprenaient leur train-train quotidien avec un manque d'enthousiasme et d'énergie évidents, Boya avait été accueilli par Seimei et Zhong Xing au Yin Yang.
"- BOYA !"
Les bras puissant du vieux maître s'étaient refermés sur ses épaules pour le serrer contre lui.
"- Seimei, vous m'avez manqué."
Boya se sentait bien dans les bras de l'humain. Très bien. Trop bien. Aussi bien que dans ceux de QingMing.
Ses doigts se crispèrent une seconde sur les robes de Seimei avant qu'on ne l'arrache de ses bras.
"- Boya !"
Zhong Xing était jaloux. Lui aussi il voulait dire bonjour.
Un peu en retrait, Zhuque et Suì ZhǐJī soupirèrent silencieusement. Boya n'avait pas dormit de la nuit. Il l'avait passé entière roulé en boule dans son lit avec le Seigneur Anbei contre lui.
Le vieux démon n'avait pas dormit davantage.
La séparation était difficile pour tous les deux.
Leur relation s'était créé bizarrement, avait progressé de façon incongrue et les séparait douloureusement. Elle n'en serait sans doute que plus forte mais pour l'instant, la patience de Boya était mise à rude épreuve par la jalousie de Zhong Xing.
Suì ZhǐJī vint décrocher Zhong Xing de son maître.
"- Pardonnez-moi, Daren, mais mon maître n'est pas votre rocher à singe."
"- Que…"
"- Shifu, voici Suì ZhǐJī. Mon second shishen."
"- Ho."
Zhong Xing ne s'y attendait pas mais le démon-ratel le distrayait suffisamment pour que les shidi de Boya lui sautent dessus et le sauvent du chef de secte.
Fangyue gronda son mari.
"- Avez-vous finit de vous comporter comme un idiot ? Je vais finir par être jalouse de votre intérêt pour Boya !"
Le chef de secte fut immédiatement horrifié.
"- Fangyue ! Enfin !"
Elle gloussa sans pitié pour son mari.
"- Laissez le tranquille, Zhong Xing. Il n'est plus l'enfant blessé qu'il était en partant d'ici. Il reviendra vers nous quand il aura repris ses marques. A vous accrocher à lui, vous allez juste le chasser davantage. Ne faites pas avec lui les erreurs que nous avons fait avec notre fils."
Le chef de secte eut l'envie d'aboyer après son épouse. Parce qu'elle avait raison.
Il se força à méditer quelques instants pour reprendre son propre contrôle.
"- Mes excuses. Vous avez raison. BOYA !"
Le jeune homme se redressa. Il avait trois de ses shidi dans les bras et les trois autres attachés à la taille que de monstrueux rémoras.
"- Shifu ?"
"- Quand tu auras repris tes marques, viens prendre le thé dans mon bureau. Que nous voyions tes responsabilités pour ton séjour."
Le jeune chasseur eut un sourire aussi surpris que timide.
"- Merci, Shifu."
Zhong Xing se dégonfla comme un ballon. Il avait perdu Boya. Il le savait mais s'accrochait quand même. Il devait le laisser partir lui aussi.
C'était difficile de voir les enfants grandir.
Seimei se redressa avec surprise quand il entendit que quelqu'un grattait à sa porte.
Personne ne venait jamais le voir dans ses appartements, sauf catastrophe. A part Gold Spirit. Mais le shishen ne s'embarrassait jamais de gratter. Il entrait directement.
Curieux, le vieux prêtre ouvrit. Il recula avec un petit hoquet de surprise lorsqu'une masse rouge et noire pleine de plumes lui passa à ras du nez pour aller se poser sur le bord du bureau.
Boya entra à sa suite, Suì ZhǐJī sur les talons qui referma la porte.
"- Bonsoir, Boya. Que me vaut votre visite ?"
Le jeune homme soupira de soulagement.
"- Puis-je vous demander asile, Seimei ? Tout le monde semble déterminé à avoir un bout de ma personne. Je n'ai même pas put encore regagner ma chambre."
Le vieux maître eut un petit rire amusé.
"- Bien sûr, Boya. Présentez moi vos shishen et installez-vous. Vous pouvez rester ici aussi longtemps que vous en avez besoin."
"- Merci."
Le pauvre homme était déjà épuisé.
"- La nouveauté de votre retour va vite se calmer, rassurez-vous. Le temple sera déjà plus tranquille dès demain."
"- J'espère. Mais voici Zhuque, le dieu-gardien du Sud."
Le phénix gonfla le jabot pour toiser Seimei qui s'inclina respectueusement devant l'oiseau.
"- Zhuque, salutations. Je suis heureux de savoir Boya en si excellente compagnie et protection. Il en bien besoin."
"- Ha non, ça ne va pas recommencer !" Se plaignit immédiatement le chasseur pendant que Zhuque approuvait bruyamment.
"- Boya, je vous aime beaucoup, mais il faut être réaliste. Vous êtes un lemming."
"- SEIMEI !"
Le rire du vieux maître réchauffa le ventre de Boya comme celui de QingMing lui envoyait des papillons dans l'estomac. Une fois de plus, il se prenait dans la figure son intérêt pour les deux hommes. Il aimait profondément QingMing. Il n'en doutait pas une seconde. Alors pourquoi Seimei l'attirait-il aussi si fort ? Il en était… gêné et un peu perdu
"- Voici Suì ZhǐJī, mon second shishen. Il a chassé tous les autres quand j'ai appelé quelqu'un à moi. Comme Zhuque finalement."
Le démon-ratel s'inclina devant le vieux maître.
"- Maître Boya a une capacité rare à attirer à lui des créatures possessives et protectrices."
"- Et puissantes."
Quelque chose passa dans les yeux de Seimei qui disparut avant que Suì ZhǐJī soit certain de l'avoir vu. Est-ce que le Seigneur Anbei allait avoir le vieux maître comme rival ?
En tant que shishen, Suì ZhǐJī n'avait pas son mot à dire sur les choix de son maître, mais tant que Boya ne lui imposerait pas un ordre direct, il ferait en sorte que Anbei Furen n'oublie pas son rang et son statut. Le vieux maître était peut-être puissant, mais il n'était qu'humain. Boya avait besoin de bien mieux qu'un vieil humain, aussi séduisant pouvait-il être.
"- Je vais faire du thé." Proposa Seimei. "Et je dois avoir encore des petits gâteaux."
"- Je ne voudrais pas m'imposer trop longtemps" Murmura doucement Boya, finalement un peu gêné d'être venu là.
Il était venu voir Seimei comme il serait venu voir QingMing. Comme il allait le voir le soir parce qu'il lui manquait. Boya étai perturbé de ce reflexe. Pourquoi venir là comme si c'était QingMing ?
"- Ma porte vous sera toujours ouverte, Boya. Toujours. N'en doutez jamais.
