Je rappelle que l'histoire présentée ici ne m'appartient pas, pas plus que les personnages qui lui sont propres. Ils appartiennent à moviefan-92, le site m'empêche de vous mettre un lien directement ici, mais vous pouvez la trouver en tapant son nom dans la barre de recherches des auteurs.
Les personnages et l'univers du Voyage de Chihiro appartiennent bien évidemment au Studio Ghibli.
(A/N : Pfiou, ce chapitre m'a pris pas mal de temps à écrire. Mais ça valait le coup. Chihiro va enfin rencontrer le Seigneur Okaia. Et maintenant la question est, va-t-il pouvoir l'aider ? Il faudra lire pour le savoir.)
Disclaimer : Je déteste tellement les disclaimers
Chapitre 16 : Le Seigneur Okaia
"On est arrivés ?", demanda Chihiro. Elle en était toute surprise. "Tu es sûre ?"
Zeniba acquiesça, "Oui, le sceau indique bien que c'est ici qu'est le Seigneur Okaia."
Chihiro regarda autour d'elle. Non seulement, c'était bien le dernier endroit où elle aurait pensé trouver le sorcier le plus puissant du monde des esprits, mais en plus, selon la prédiction, il lui restait encore plusieurs épreuves à traverser.
"Mais, je ne comprends pas.", murmura-t-elle pour elle-même, "D'après la prédiction, ça n'aurait pas dû être aussi facile."
Zeniba haussa un sourcil. "Tu aurais voulu que ce soit plus difficile ?"
"Non !", s'écria Chihiro, "Je suis juste surprise. Peut-être que la prédiction n'était pas correcte."
Zeniba se frotta le menton, "Ou peut-être que le plus dur reste à venir."
Chihiro grogna. Elle n'y avait pas pensé. Elle était persuadée qu'une fois avoir trouvé le Seigneur Okaia, son "voyage" serait fini. En parlant du loup, où était ce fameux sorcier ?
"Euh, mamie, s'il est censé être ici, où est-il ?"
"Euh …", Zeniba regarda autour d'elle, Chihiro avait raison. "L'entrée de la résidence du Seigneur Okaia est probablement cachée. Donne-moi quelques minutes." Elle ferma les yeux et se concentra. Cela prit un moment, mais elle finit par repérer une barrière magique. "Là !", s'exclama-t-elle en pointant un rocher. "Il est scellé. Révèle ton secret !"
Une lueur illumina les yeux de Zeniba et soudain la roche devint transparente, laissant voir une grotte cachée. Chihiro fixa l'entrée ébahie. Tu m'étonnes que personne ne sache où vit le Seigneur Okaia.
"Il est dedans ?"
Zeniba hocha la tête, "Apparemment."
"Super."
Chihiro commençait à se sentir nerveuse à l'idée de rencontrer le Seigneur Okaia. Bien sûr, elle l'avait déjà rencontré, mais c'était juste en rêve. Elle allait maintenant devoir faire face au puissant sorcier et le supplier de la changer en esprit au nom d'un amour qui n'était peut-être même pas réciproque.
"Mamie, je m'inquiète."
Le Sans-visage posa une main réconfortante sur l'épaule de Chihiro. "Ah, ah, ah."
"Sans-visage a raison.", approuva Zeniba, "Tu te débrouilleras très bien. Aies confiance en toi. Et n'aies pas peur de lui. De ce que j'ai entendu, il peut être un peu dur mais il a un bon fond."
Chihiro avala sa salive. "Si tu le dis."
Le Sans-visage la poussa légèrement vers l'avant. Chihiro regarda l'entrée de la grotte. Elle était plutôt grande. Elle espérait que le Seigneur Okaia n'était pas un genre de monstre effrayant. Elle prit une grande inspiration puis traversa la barrière.
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Haku avait enfin retrouvé son odeur. Au début, il se sentit aussi soulagé qu'heureux mais il déchanta très vite en s'apercevant qu'il se trouvait face à une forêt toxique. Ces spores empoisonnés pouvaient tuer les humains en quelques minutes.
Sa peur baissa un peu lorsqu'il sentit que l'odeur de Chihiro s'arrêtait à une distance relativement sûre de la forêt et de ses spores. La peur s'empara à nouveau de lui lorsqu'il s'aperçut qu'il ne sentait plus l'odeur de Chihiro au-delà de cette zone. Où avait-elle pu aller ? Il eut une idée de qui pouvait avoir cette information. Si quelqu'un devait savoir, ce serait eux.
"Esprit de la forêt, moi, Nigihayami Kohaku Nushi, esprit de la rivière Kohaku, implore votre aide !", demanda-t-il.
Quelques secondes passèrent avant qu'un esprit, avançant gracieusement, fasse son apparition à l'orée de la forêt. Haku s'inclina devant elle et elle s'inclina en retour.
"Comment puis-je vous aider ?", demanda-t-elle.
"Ô grand esprit, je suis à la recherche d'une humaine nommée Chihiro.", répondit Haku, "J'ai suivi son odeur jusqu'à l'entrée de cette forêt. Savez-vous ce qui est arrivé à cette fille ?"
L'esprit sourit, "Ah, oui, l'humaine. Elle est bien passée par ma forêt."
Haku écarquilla les yeux, terrifié, "Quoi ?"
L'esprit en face rit doucement, "Oh, non, je devrais être plus claire. Elle n'est pas passée à travers ma forêt, elle est passée au-dessus." En voyant le regard perdu d'Haku, elle ajouta, "Un monstre Sans-visage et une sorcière l'ont emmené en volant au-dessus de ma forêt. Je ne permettrais pas à un humain d'entrer dans ma forêt. Je sais que les spores qui y sont partout sont mortels pour eux. N'aies pas peur pour elle, elle est saine et sauve. Ils sont passés au-delà de ma forêt il y a un moment déjà."
Haku soupira, soulagé. Tout allait bien. Chihiro était saine et sauve, loin de la forêt toxique. Désormais, il avait juste à retrouver son odeur.
"Puis-je demander une autre faveur ?"
L'esprit de la forêt acquiesça, "Bien sûr."
"Pourriez-vous -"
Avant qu'Haku ne finisse sa phrase, un éclair frappa le sol entre l'esprit de la forêt et lui. Un esprit particulièrement en colère se tenait désormais devant lui.
"Qui êtes-vous ?", demanda l'esprit de tempête, sa voix roulant comme le tonnerre, "Pourquoi avez-vous approché l'esprit de cette forêt ?"
Haku ne recula pas, cela pour deux raisons. D'une, il pouvait aisément deviner d'après l'expression de l'esprit de tempête qu'il entretenait une relation avec l'esprit de la forêt et qu'il se faisait de fausses idées. Et de deux, il était plus puissant que l'esprit de tempête. Cependant, il ne voulait pas causer de problème.
"J'ai simplement demandé de l'aide.", dit-il.
L'esprit de tempête gronda. Haku savait que les esprits de tempête étaient d'humeur changeante et il essayait de rester aussi poli que possible. Malgré tout, il vit l'esprit de tempête s'apaiser lorsque l'esprit de la forêt posa une main sur son épaule massive.
"Calme-toi, mon amour.", dit-elle doucement, "Il dit la vérité. Et tu n'as aucune raison d'être jaloux. Tu es mon seul amour." L'esprit de tempête se calma tout à fait, mais il fusillait encore Haku du regard. "Alors maintenant, que voulais-tu demander ?"
Haku essaya à nouveau, "Pourriez-vous me montrer par où a-t-elle quitté votre forêt ?"
L'esprit de la forêt gloussa, "C'est tout ?" Elle agita la main et les arbres et les buissons s'écartèrent, laissant un passage à travers la forêt. "Suis le chemin que je t'ai fait. Tu retrouveras son odeur de l'autre côté."
Haku s'inclina à nouveau devant elle. "Merci. Je vous suis reconnaissant pour votre aide."
Sans un regard pour l'esprit de tempête, il les dépassa. Les arbres et les buissons regagnaient leur place une fois qu'il les avait dépassés. L'esprit de la forêt le regarda disparaître en sa forêt. Elle arborait un grand sourire. L'esprit de tempête le remarqua.
"Qu'y a-t-il, ma chère ?", demanda-t-il.
L'esprit de la forêt rit. "N'est-ce pas évident ?", dit-elle, "Il est amoureux."
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Chihiro et la petite compagnie s'enfonçaient dans la grotte. Lorsque la lumière du jour fut trop faible, des torches sur les murs de roche s'allumèrent. Cela ne fit que terrifier un peu plus Chihiro. Elle se sentait comme dans un film d'horreur, lorsque le héros s'aventure dans l'antre du monstre.
Le tunnel conduit le groupe à une porte à double battant massive et froide. Chihiro avala sa salive en réalisant qu'elle touchait au but … elle l'espérait. L'attente la rongeait. Elle voulait juste en finir.
"Eh bien, on y va.", dit-elle.
Elle fit un pas en avant pour aller frapper à la porte mais cette dernière commença à s'ouvrir au même moment, la pétrifiant de terreur. Elle n'avait pas besoin de ça, elle était clairement déjà assez terrifiée comme ça.
Le 'portier' fit un pas dehors et Chihiro fut accueillie par une paire d'yeux jaunes familiers. C'était le même esprit qui était venu aux bains pour lui faire une prédiction.
"Vous êtes donc arrivés.", dit l'esprit.
Chihiro le pointa du doigt, "Eh, vous êtes le messager du Seigneur Okaia."
L'esprit s'inclina, "En effet. Mon maître vous attend. Entrez, je vous prie."
L'esprit mena le groupe à l'intérieur. Ils furent pour le moins surpris, de la manière de vivre du Seigneur Okaia. Pour quelqu'un qui vivait dans une grotte, il avait très bon goût. L'intérieur ressemblait à un palais. On pouvait voir plusieurs serviteurs, pour la plupart des esprits ombres, travailler.
Leur guide les amena jusqu'à une autre pièce dont la porte était juste entrouverte. "Mon maître vous a attendus. Je vous prie d'entrer."
Chihiro s'inclina. "Merci à vous.", dit-elle, et d'une main temblante, elle ouvrit la porte. La pièce était comme le reste de la maison, au moins trois fois trop grande. Elle était aussi très sombre, seulement éclairée par la lueur d'un feu. Et, assis près du feu, dans un large fauteuil rouge, lisant calmement un livre, se tenait le Seigneur Okaia. Il leva les yeux de son livre lorsque ses invités entrèrent.
"Oh, vous êtes enfin arrivés.", dit-il, la puissance et la sagesse transparaissait dans sa voix, "Je suis ravi de voir que vous êtes arrivés sains et saufs."
Il se leva et s'avança dans la lumière. Chihiro put enfin voir l'esprit. Il ressemblait à un homme, un très grand homme d'au moins quatre mètres et demi. Il portait une robe de chambre digne d'un roi, peut-être que certains esprits le considéraient comme tel d'ailleurs. Sa peau était aussi pâle que du papier et de longs cheveux aussi sombres que la nuit, lui tombaient jusqu'aux pieds. Mais ce qui intriguait le plus Chihiro était ses yeux. Ses yeux étaient dorés, et on pouvait y lire un grand savoir et une grande compassion. En le regardant dans les yeux, Chihiro ne fut soudain plus si effrayée. Seulement, jusqu'à ce qu'il sourit, révélant des dents pointues qui semblaient appartenir à un animal carnivore.
Zeniba sortit Chihiro de ses pensées lorsqu'elle s'inclina devant le Seigneur Okaia, "Grand Seigneur Okaia, c'est un honneur de vous rencontrer."
Le Seigneur Okaia s'inclina en retour, "C'est également un honneur de vous rencontrer. Pardonnez-moi de n'être pas venu à votre rencontre moi-même, mais, parfois, quand je me plonge dans quelque chose je perds la notion du temps." Il plaça un marque-page dans son livre et le posa. Il remarqua que Chihiro essayait de lire le titre du livre et il lui sourit. "C'est 'Si tu tends l'oreille' de Shizuku Amasawa. Un très bon livre. C'est une autrice très connue dans ton monde. C'est même le premier livre qu'elle a écrit. Son mari, un célèbre luthier, Seiji Amasawa, est l'un de ceux qui l'a inspiré. "Il ferma les yeux et sembla se perdre dans ses pensées. "Certains humains sont si créatifs. C'est bien de dommage que tant d'esprits ne s'en rendent pas compte ; ils ne voient que la capacité des humains à détruire." Il eut soudain un petit rire. "Pardonne-moi, je radote. Vous avez fait un long chemin. Asseyez-vous, je vous en prie."
Le groupe entier pu s'asseoir sur un seul fauteuil. Le Seigneur Okaia s'assit à nouveau sur celui qu'il occupait à côté du feu. Il les regarda avec curiosité. Ses yeux dorés s'attardèrent sur Yu-bird. Il l'observait, le sourcil levé.
Chihiro fit quelques aller-retour du regard entre le Seigneur Okaia et Yu-bird. "Quelque chose ne va pas ?", demanda-t-elle.
Le Seigneur Okaia se tourna vers elle, "Non pas du tout. Je suis juste surpris de voir Yu-bird ici. J'avais vu qu'aucun de ceux qui t'avaient menti sur la durée de ton séjour dans le monde des esprits ne seraient là. Mais, le futur n'est pas encore gravé dans la pierre. Cependant, je suis très heureux de te voir parmi nous Yu-bird. Il en va de même pour Chihiro, Zeniba et Kaonashi."
Chihiro fronça les sourcils, confuse et regarda le Sans-visage. "Kaonashi ?", demanda-t-elle.
Le Sans-visage acquiesça, "Ah, ah."
Le Seigneur Okaia ricana, "Il semblerait que je vous perde un peu. Je m'en excuse. Nous avons bien d'autres sujets à aborder. Certains ou certaines souhaiteraient-ils du thé ?"
Zeniba hocha la tête, "Ce serait parfait."
Le Seigneur Okaia claqua des doigts et deux serviteurs entrèrent, proposant du thé et des pâtisseries.
Le Seigneur Okaia fit un geste vers les plateaux présentés. "Servez-vous. Ce thé est un mélange spécial que le Baron Humbert a enseigné à mes serviteurs. Il disait toujours qu'il était un peu différent à chaque fois alors je ne garantis pas le goût."
Zeniba pris une gorgée, "Il est très bon."
Le Seigneur Okaia sourit. "Alors, je dirai à mes serviteurs de vous donner la recette.", dit-il. Ses yeux dorés se posèrent sur Chihiro. Elle avala difficilement sa salive. Le Seigneur Okaia sourit : "Tu n'as pas à avoir peur de moi. Je n'ai aucune intention de te faire du mal." Ses yeux glissèrent sur la main de Chihiro qui avait porté le symbole du sortilège de feu. "J'imagine que tu as trouvé mon sort utile."
Chihiro cligna des yeux, perdue, et regarda sa main. "Oh, oui. Merci. Cet esprit de colline voulait jouer et il ne pouvait pas entendre qu'on lui dise non."
Le Seigneur Okaia rit franchement, "Ah oui, Ju-Ju est une vraie boule d'énergie. Mais il est très gâté. Si tu avais commencé à jouer avec lui, il t'aurait probablement gardé auprès de lui plusieurs jours. Ce bonhomme a tellement d'énergie."
"Je pense que je l'ai bien contrarié par contre.", avoua Chihiro, coupable, "Il y a déjà bien assez d'esprits qui n'aiment pas les humains. J'espère que je n'ai pas empiré les choses."
Le Seigneur Okaia balaya ses doutes. "Pas du tout. Il était juste contrarié parce que tu as utilisé du feu contre lui. Il a peur du feu, et c'est exactement pour cette raison que je t'ai donné ce sort. Il a déjà tout oublié. De plus, tu as agit comme je l'avais prédit. Tu as apporté la Colère à la Joie."
Cela rappela soudain sa prédiction à Chihiro, "C'est vrai. Vous avez envoyé votre messager pour me transmettre une prédiction. Il m'a dit ce qui allait arriver, mais il ne m'a rien expliqué."
Le Seigneur Okaia hocha la tête, "Oui, il ne t'a dit que ce que je l'ai autorisé à te dire. Tu n'étais pas prête pour entendre plus. Mais, tu es ici à présent, je peux donc t'expliquer tout cela plus en détail."
A vrai dire Chihiro n'avait pas prêté plus d'attention que cela à la prédiction du Seigneur Okaia. Son but était d'arriver ici et de demander à devenir un esprit. "En fait, monsieur, je ne suis pas venue pour savoir ce que voulait dire ma prédiction. Je suis venue pour-"
Le Seigneur Okaia leva une main pour l'interrompre. "Je sais pourquoi tu es ici. C'est lié à la prédiction. Le voyage dont j'ai parlé, tu es en train de le faire. Tu souhaite devenir un esprit pour pouvoir être avec Kohaku. Tu es venue me supplier de t'aider."
Chihiro se mit à genoux et s'inclina devant le sorcier. "Oh, grand Seigneur Okaia, m'aiderez-vous pour que je puisse rester aux côtés de celui que j'aime ?"
Le Seigneur Okaia lui sourit chaleureusement. "Relève-toi, jeune fille. J'ai déjà accepté de t'aider. Tu es guidée par un amour pur. Tu suis ton cœur, espérant pouvoir être avec un être dont tu n'es même pas sûr de ses sentiments pour toi." Son sourire disparut. "Malheureusement, je suis au regret de t'annoncer que je ne suis pas capable de t'aider. Pas même avec le pouvoir du sceau d'or de Zeniba."
Le silence fut assourdissant, on entendait seulement les craquements du feu. L'esprit de Chihiro essayait d'accepter ce que venait de dire le Seigneur Okaia. Elle avait placé tous ses espoirs en lui, et il ne pouvait pas l'aider. Si le sorcier le plus puissant du monde des esprits ne pouvait pas l'aider, qui pourrait ?
"Mais, vous étiez censé pouvoir m'aider.", dit-elle, se parlant plus à elle-même qu'autre chose. Les larmes commençaient à emplir ses yeux. "Vous êtes sûr que vous ne pouvez pas m'aider ?"
Le Seigneur Okaia ferma les yeux et soupira tristement. "Chihiro, je suis peut-être puissant mais ce que tu demandes est surnaturel, même pour les esprits. Je n'ai pas le pouvoir de faire de toi un esprit.
Chihiro s'effondra au sol, anéantie. C'était fini. Son unique chance de vivre avec Haku venait de s'échapper. "Non … ce n'est pas possible…", murmura-t-elle, "s'il vous plaît …"
Le Seigneur Okaia ouvrit lentement les yeux. "Cependant, il existe un être qui peut."
Chihiro se releva si vite qu'on aurait pu la croire tirée comme une marionnette. "Quoi ?"
Même Zeniba avait l'air perdu. "Je ne comprends pas. Qu'est-ce que quelqu'un d'autre peut faire que vous ne puissiez pas ?"
Le Seigneur Okaia restait impassible, il semblait essayer de ne pas penser à quelque chose de triste. "Tu n'as pas pris le problème dans le bon sens. Tu as cherché quelqu'un de puissant, et puisqu'elle ne pouvait pas t'aider, tu as cherché quelqu'un d'encore plus puissant. Mais il existe un certain type de magie qui ne vient pas avec le pouvoir."
"Je ne comprends pas.", dit Chihiro.
Le Seigneur Okaia sembla pensif. "Laisse-moi te le reformuler. Certains esprits naissent de la Terre et sont directement liés à elle. Kohaku est l'un d'entre eux. Il est né de sa rivière. Tes amis ici,". Il fit un mouvement vers Zeniba, le Sans-visage et Yu-bird. ", sont nés d'autres esprits. Mais ce qui rend les esprits liés plus puissants que les non liés, ce sont les pouvoirs qu'ils ont dès la naissance. Prenons en exemple l'esprit de tempête que tu as rencontré. Il a un pouvoir sur le temps. Il est né d'une tempête et ainsi il a hérité de ses caractéristiques. Tu comprends ?"
Chihiro pensa que oui, "Oui, je pense."
Le Seigneur Okaia acquiesça. "Bien, écoute attentivement. L'esprit que tu cherches est unique en son genre. Je ne peux te dire son nom car iel n'en n'a pas. Iel est l'esprit de la vie. Iel est là depuis le début de la vie. Pour obtenir ce que tu demandes, ton existence même doit être modifiée. Seul l'esprit de la vie a un tel pouvoir."
Chihiro hocha la tête. Elle était submergée par la joie, il y avait encore une chance qu'elle puisse devenir un esprit, mais elle s'inquiétait également. Haku ne pouvait pas l'aider, elle était donc allée trouver Zeniba qui n'avait pas non plus pu l'aider. Elle avait ainsi parcouru un long chemin pour trouver le Seigneur Okaia, pour découvrir qu'elle devait à nouveau trouver quelqu'un d'autre.
Soupirant, elle se tourna vers Zeniba. "Mamie, pourquoi ne m'as-tu pas parlé de cet esprit ?"
Zeniba grimaça, s'excusant, "Je suis désolée, ma chérie. Pour dire vrai, l'existence de cet esprit est juste un mythe."
"Non.", dit le Seigneur Okaia, secouant la tête. "Je l'ai vu. Iel est magnifique. Un être né de la vie elle-même. Seulement iel peut t'aider, j'en suis sûr. Mais je ne sais pas s'iel acceptera."
"Que voulez-vous dire ?", demanda Chihiro.
"Tu devras les convaincre de t'aider. Iel ne le fera pas sans une bonne raison. Mais si tu suis ton cœur, tout ira bien." On frappa à la porte. Le Seigneur Okaia regarda la porte et agita la main, ce qui l'ouvrit. "Entrez."
Un esprit ombre entra lentement dans la pièce. Il s'inclina devant le Seigneur Okaia qui répondit par un hochement de tête. "Mon Seigneur, une sorcière nommée Kiki a une livraison pour vous."
Le Seigneur Okaia sourit et se leva. "Ah quel timing !" Il se tourna vers ses invités. "Je vous prie de m'excuser un instant. Je reviens rapidement."
Il sortit de la pièce silencieusement, fermant la porte derrière lui. Chihiro était assez soulagée par cette interruption. Elle avait besoin de quelques minutes pour rassembler ses pensées.
Zeniba remarqua que Chihiro fixait un point dans le vide et elle reposa doucement sa main sur l'épaule de l'humaine, la prenant par surprise. "Tu vas bien ?"
Chihiro hocha la tête. "Je suis juste un peu dépassée par tout ça. J'ai l'impression que tout se complique petit à petit. Je ne sais pas si je vais pouvoir aller au bout de ce voyage dont à parlé le Seigneur Okaia. Je veux dire, regarde toutes les fois où on a frôlé la catastrophe : sauter d'un train, la forêt toxique, l'esprit tempête, l'esprit colline. Je ne sais pas si je vais m'en sortir."
"L'amour surmonte tout.", dit la sorcière. Le Sans-visage gronda en soutien aux paroles de Zeniba. "Fais comme te dit le Seigneur Okaia. Suis ton cœur et tout se passera bien."
La porte s'ouvrit à nouveau et le Seigneur Okaia revint. Il avait quelque chose enveloppé dans du tissu à la main.
"J'ai commandé ça quand j'ai su que tu venais.", dit-il, tendant le paquet à Chihiro. Elle le prit et retira le tissu pour trouver une étrange dague à la lame argentée translucide et au manche doré. Elle leva les yeux vers le Seigneur Okaia. "Cette dague a été faite par une sorcière spécialisée dans le soin. Tu en auras besoin au cours de ton voyage. Il y a un sortilège lié à cette dague qui pourra tuer infection et maladies. Utilise-là contre Tristesse."
"Tristesse ?" Chihiro regarda la dague prudemment. "Que voulez-vous dire par Tristesse ?" Et à propos de Colère ? Je ne comprends pas la prédiction que vous m'avez faite."
Le Seigneur Okaia soupira. "Alors, il est temps de répondre à tes questions." Il avança une table qui se plaça entre lui et les autres. Une pile de cartes y était posée. Chihiro reconnut les cartes comme celles qui lui avaient été tirées par le messager. Le Seigneur Okaia regarda Chihiro avec curiosité. "Chihiro, sais-tu pourquoi les cartes sont le meilleur moyen de regarder dans l'avenir ?"
Chihiro regarda les cartes. "Non."
"Et je n'ai pas le don de Vision.", dit Zeniba.
Le Seigneur Okaia acquiesça. "Très peu de personnes le possèdent. Je vais vous dire pourquoi les cartes sont les meilleures." Il se renfonça dans son siège et commença son explication. "Le destin est comme un jeu de cartes. Lorsque tu regardes dans le futur, ce que tu vois n'est qu'une suite d'événements qui repose sur ce qui se passe et ce qui s'est passé. Maintenant, les cartes que tu tiens dans ta main sont des événements qui vont survenir. Ton destin représente ta stratégie de jeu. Imagine-toi que cette pile est ton futur et que les cartes sont des événements qui ne sont pas encore survenus. Tu peux regarder dans le futur, ce qui serait comme jeter un oeil à la prochaine carte du jeu. En faisant cela, en regardant ce qui va advenir, tu pourrais changer toute ta stratégie, et ainsi changer ton destin. Tu l'as déjà fait."
"Je l'ai fait ?", demanda Chihiro.
Le Seigneur Okaia pointa Yu-bird. "A l'origine Yu-bird n'était pas destinée à t'accompagner. Tu l'as découvert et tu as décidé de l'amener avec toi, donc dans un sens tu as changé de stratégie, ou plutôt ton futur. Mais il y a également beaucoup d'autres façons de changer ton destin, si quelqu'un pioche ta prochaine carte et regarde dans ton futur. Tu comprends ?"
Chihiro hocha la tête, "Je crois que oui."
Le Seigneur Okaia sourit. "Non, tu ne comprends pas, mais tu comprendras quand le moment sera venu. Chihiro, le futur que je t'ai prédit n'est pas sûr à cent pourcents. Personne ne peut totalement prédire l'avenir, parce que chacun a la liberté de le changer. Si tu le souhaites, tu peux te détourner maintenant. D'une certaine façon, tu défausserais toutes les cartes que tu as en main, tu mélangerais la pioche et tu piocherais une nouvelle main, changeant ainsi ton destin. " Il sourit en voyant la réaction de Chihiro. "Mais suis assez sûr que tu ne veux pas renoncer après tout ça." Chihiro acquiesça. "Je le savais. Mais il y a plus que ce que je t'ai déjà dit. Tout ce que je t'ai dit n'était que d'un point de vue. Il y a d'autres joueurs dans ce jeu. Chacun avec son propre destin, et il peut affecter les autres joueurs s'ils piochent leurs cartes. J'ai fait ça. Un humain dans le monde des esprits a attiré mon attention. Et cela arrive très rarement. Alors, j'ai regardé ton destin. Si je n'avais pas interféré, je suis désolé de te dire que les choses ne se seraient pas bien passées. Les dangers dont t'ont avertie tes amis aux bains seraient très certainement survenus."
Cela surprit grandement Chihiro, "Alors, vous m'avez sauvé la vie."
Le Seigneur Okaia acquiesça. "D'une certaine manière, oui. Mais, je ne m'avancerai pas là-dedans. Si je t'avais dit ce qui aurait pu t'attendre, ou ce qui pourrait toujours advenir, cela changerait ce que j'ai vu, et ainsi rebattrait les cartes."
"C'est pour cela que votre messager m'en a dit si peu ?"
Le Seigneur Okaia acquiesça à nouveau. "En effet. En te disant uniquement ce que tu avais besoin de savoir, tu as pris la décision de venir ici. Que se serait-il passé si je t'avais annoncé tout ce qui se passerait ? Serais-tu allée voir Zeniba en sachant qu'elle ne pourrait pas t'aider, et ainsi, aurais-tu eu tes amis à tes côtés une fois devant la forêt toxique ?"
Chihiro essaya de réfléchir à tout cela, mais elle ne faisait que pousser une migraine. Elle décida qu'elle choisirait son propre destin sans que personne n'interfère.
Le Seigneur Okaia sembla remarquer sa confusion. "Je vois que je te perds. Cela fait beaucoup d'informations à digérer. Commençons une nouvelle lecture de cartes pour toi." Il prit la pile de cartes et ferma les yeux. "Par le pouvoir du vent et de l'eau, de la terre et du feu, je vous demande de me révéler ce que vous souhaitez que je vois. Forces de la nature, montrez-moi." En gardant les yeux fermés, il mélangea lentement le jeu et le coupa. Lorsqu'il eut fini, il le plaça devant lui et ouvrit les yeux. "Es-tu prête pour voir le chemin qui t'attend ?"
Techniquement, Chihiro savait déjà ce qui l'attendait, juste qu'elle ne le comprenait pas. Elle hocha la tête en réponse et le Seigneur Okaia prit la première carte. Au contraire de son messager, il ne lui cacha pas la carte. La première carte était une image de 6 étoiles. Deux étaient rouges, deux bleues, et les deux dernières étaient jaunes. Une ligne les connectait entre elles. Une ligne orange connectait une étoile bleue à une étoile rouge, une verte connectait une étoile bleue à une étoile jaune et une ligne violette connectait une étoile rouge une bleue.
"Le croisement des trois émotions.", expliqua le Seigneur Okaia, "Joie, tristesse et colère. Tu as déjà fait face à joie et tu lui as apporté la colère. Prochainement tu vas rencontrer un être empli de tristesse auquel tu devras apporter la joie. Et après, tu feras face à un être empli de colère auquel tu devras apporter la tristesse."
Chihiro se pencha sur la carte. "Qui sont-ils ?", demanda-t-elle.
Le Seigneur Okaia secoua négativement la tête. "Je ne peux pas te le dire. Si je te le dis, ma stratégie change et ainsi changer ton futur." Il prit la carte suivante. C'était une image de deux hommes battant en retraite face à une foule. L'un d'eux criait, en colère lorsque l'autre pleurait. "Les deux esprits que tu vas rencontrer ont été trahis par les humains. Soit prudente lorsque tu seras en leur présence, surtout Colère."
Chihiro avala sa salive nerveusement. "Y a-t-il quelque chose que je peux changer pour ne pas les rencontrer ? Vous disiez qu'on pouvait changer sa destinée."
Le Seigneur Okaia hocha la tête. "En effet, tu peux la changer. Mais parfois, quel que soit le chemin que tu choisisses de prendre, certaines choses restent immuables. Si tu veux trouver l'esprit de la vie, tu devras faire face à ces deux êtres. Ils sont un test que l'esprit de la vie te prépare. Crois-moi quand je te dis que lorsque l'esprit de la vie ne veut pas être trouvé, iel ne l'est pas. Iel apparaîtra une fois que tu auras passé ses tests."
Chihiro soupira. "D'accord, et ensuite ?"
Le Seigneur Okaia prit la prochaine carte. Il y jeta rapidement un regard avant de la mettre de côté. Cette carte était très importante. Elle montrait un cœur blessé par un couteau, le sang coulant de la blessure. Chihiro n'avait pas besoin de connaître cette carte car rien de ce qu'elle pourrait faire ne pourrait y changer quelque chose, mais si un imbécile de dragon l'écoutait, tout se passerait bien.
La carte suivante représentait une mariée. A sa droite se tenait un marié et à sa gauche apparaissait ce qui devait être sa famille. "Une fois que tu auras atteint l'esprit de la vie, si tu l'atteins, tu devras faire un choix entre deux amours. Ce sera dur pour toi. Qu'importe ce que tu décides, une personne que tu aimes souffrira."
Chihiro se souvint que le messager lui avait annoncé cela. "Je m'en souviens ! Qu'est-ce que ça veut dire ? Je ne veux blesser personne."
Le Seigneur Okaia soupira tristement. "Je le sais bien, mais tu n'auras pas d'autre choix. Et j'en suis désolée mais je ne peux pas t'en dire davantage."
Il prit la carte suivante, il écarquilla les yeux quand il la vit. Sans la montrer à personne, il la mit de côté et prit une autre carte. Une fois encore, il fut choqué et ne montra pas la carte à ses invités.
"Je crains que ce ne soit le bout de ce que je puisse voir pour l'instant. Lorsque je regarde dans ton futur, je ne peux voir que ta rencontre avec l'esprit de la vie, si tu arrives à l'atteindre."
Chihiro fronça les sourcils. Certaines de ses questions avaient trouvé une réponse mais elle en avait toujours plus qui attendaient encore. Cependant, elle s'inclina devant le puissant sorcier. "Merci, monsieur. Je vous suis reconnaissante de ce que vous avez fait pour moi."
Le Seigneur Okaia sourit, mais il y avait de la tristesse dans ses yeux. "Ne me remercie pas. Je suis reconnaissant d'avoir pu apporter à quelqu'un d'autre ce que je n'ai pas pu obtenir."
Chihiro pencha la tête sur le côté, "Que voulez-vous dire ?"
Le Seigneur Okaia soupira, il se recula dans son fauteuil et croisa les doigts comme s'il priait. "Tu n'es pas la première humaine que j'ai rencontrée. Il y a 500 ans, un autre humain est tombé par hasard dans notre monde. Une jeune femme. Elle a immédiatement commencé à disparaître et elle a crié à l'aide. Je suis apparu devant elle et je l'ai aidée. Je n'avais jamais rencontré d'humain auparavant, je l'ai invitée à rester à mes côtés. J'étais curieux, vois-tu. Mais bien assez vite, la curiosité se mua en amitié, et l'amitié en amour."
Chihiro écarquilla les yeux, "Vous êtes tombés amoureux d'elle ?"
Le Seigneur Okaia sourit, se remémorant un bon souvenir. "Nous sommes tombés amoureux l'un de l'autre.", corrigea-t-il, "Nous ne voulions plus être séparés. Après quelques temps, je lui ai proposé de se lier spirituellement."
Zeniba émit un "Awww", mais Chihiro n'avait aucune idée de ce que cela pouvait être. "Qu'est-ce que ça veut dire "se lier spirituellement" ?", demanda-t-elle.
Le Seigneur Okaia rit. "Elle m'a dit la même chose. Se lier spirituellement, est la version du monde des esprits du mariage, disons que c'est plus profond et plus permanent. Elle m'a répondu qu'elle adorerait, mais qu'elle ne pouvait pas, qu'elle était mortelle, et que moi, ayant une vie éternelle, je lui survivrai. Elle ne pouvait pas me laisser souffrir de devoir perdre ma femme pour tout le reste de l'éternité."
'Tout comme Haku et moi.', pensa tristement Chihiro. Tout comme la femme dont le Seigneur Okaia était tombé amoureux, elle ne pouvait pas se résoudre à faire subir à celui qu'elle aimait un deuil éternel.
"C'est à ce moment que j'ai commencé à rechercher l'esprit de la vie.", continua le Seigneur Okaia, "Je voulais la changer en esprit pour qu'elle puisse, elle aussi, vivre éternellement. C'était la seule manière pour nous de pouvoir être ensemble. J'ai donc commencé mes recherches. Et je l'ai trouvé. J'ai supplié l'esprit de la vie de faire d'elle un esprit. L'esprit de la vie fut ému par mon amour pour une mortelle et accepta de m'aider. J'étais si heureux que je suis rentré aussi vite que j'ai pu, amenant avec moi l'esprit de la vie pour la changer en esprit."
Tout signe de joie quitta le visage du sorcier, remplacé par une immense tristesse. "Malheureusement, j'étais si pris par mes sentiments que j'ai été aveugle. Vois-tu, un de mes serviteurs était le genre d'esprit qui hait les humains au plus profond de lui-même. Il ne l'avait jamais blessée lorsqu'elle était juste mon invitée, mais après avoir appris qu'elle allait devenir ma femme …" Des larmes apparurent dans les yeux dorés. "Alors que j'étais loin, à la recherche de l'esprit de la vie, il l'emmena. Il refusa de la nourrir et elle … elle disparut."
Chihiro était bouleversée. Zeniba, Yu-bird et le Sans-visage le semblaientt tout autant. Le Seigneur Okaia essuya les larmes de ses yeux, d'autres les remplaçant aussitôt.
"Lorsque j'ai appris ce qu'il avait fait, je suis entré dans une grande colère. Je n'avais jamais ressenti autant de rage de toute ma vie. Je l'ai presque tué, presque. Mais je l'ai épargné. C'était mieux que rien. Mais je l'ai puni. Je lui ai retiré ses pouvoirs et je l'ai banni de mon territoire."
"Vous pouvez faire ça ?", se demanda Chihiro à voix haute.
"Seuls les esprits les plus puissants le peuvent.", murmura Zeniba. Elle se tourna à nouveau vers le Seigeneur Okaia. "Je suis tellement désolée d'apprendre ce qui vous est arrivé. Si vous me le demandiez, je vous dirais qu'il méritait la mort."
Le Seigneur Okaia secoua la tête. "Non, chacun mérite la vie, même s'ils en prennent. De plus, cela ne ramènerait pas celle que j'aime. Elle est morte, et je vis encore, pour toujours." Il ferma les yeux et prit une longue inspiration pour se calmer. "Elle me manque, tous les jours. J'aimerais tant la revoir. C'est pour cela que les esprits et les humains ne devraient pas être ensemble. Mais nous étions si proches du but, de finalement pouvoir être ensemble, notre chance nous a été volée." Il leva les yeux au plafond, comme s'il regardait le paradis même. "Je pourrais en finir. Je pourrais terminer ma propre vie et rejoindre celle que j'aime dans l'Après. Il est probable que je ne meurs jamais, même si j'étais l'esprit le plus faible qui ait jamais existé. Mais je continue. Je continue de vivre." Il regarda Chihiro, soudain sérieux. "La vie est précieuse, Chihiro. Tu n'en n'as qu'une. Ne l'oublie jamais. Certains esprits, dans leur vie éternelle, ont tendance à l'oublier. Ils commencent à prendre les choses à la légère, et ça explique le peu de valeur qu'ils accordent à la vie des autres également, surtout celle des humains. Ils les voient comme des êtres inférieurs, tout comme un humain verrait un insecte. Yubaba a été comme cela, mais elle a changé, pour le mieux. Elle a compris, après avoir presque perdu son fils, la valeur de la vie. Chacun la mérite, même une créature aussi infime qu'un insecte." Il essuya les larmes qui restaient dans ses yeux. "Je veux que tu vive, et que tu sois heureuse. C'est pour cela que je t'aide. Je veux que tu puisse avoir ce que je n'ai pas pu avoir, ce que je n'aurai jamais."
Aucun d'eux ne savait quoi dire. Voir le grand Seigneur Okaia pleurer si ouvertement était déjà bien surprenant, mais apprendre que son passé renfermait une histoire aussi tragique était encore au-delà.
Le Seigneur Okaia se reprit rapidement et se leva. "Pardonnez-moi, mais il nous reste peu de temps. Je dois vous demander de partir."
"Quoi ?", bégaya Chihiro prise au dépourvu. Ils étaient là à avoir une discussion sérieuse et soudain le Seigneur Okaia les congédiait. Avaient-ils fait quelque chose de mal ?
"Quelqu'un vient te chercher.", expliqua le Seigneur Okaia, "Quelqu'un que je ne peux pas encore t'autoriser à voir."
"Qui ?"
Le Seigneur Okaia ne répondit pas. Il se tourna vers Zeniba avec laquelle il échangea un regard. La sorcière hocha la tête. Elle savait exactement qui était en chemin. Il les avait rattrapés bien vite ; ne sous-estimez jamais un dragon amoureux. Elle se demanda pourquoi le Seigneur Okaia ne voulait pas que Chihiro et Haku se croise, mais qui était-elle pour remettre en question une personne si sage ?
"Viens, Chihiro. Allons-y.", dit-elle.
"Hein ?" Chihiro regarda alternativement Le sorcier et la sorcière. "Mais-"
"Pas de 'mais', ma chérie. Le Seigneur Okaia est un homme occupé, nous lui avons pris suffisamment de temps." Elle se tourna à nouveau vers le sorcier. "Merci pour tout ce que vous avez fait pour nous."
Chihiro voulait rester encore un peu, mais elle décida de ne pas faire de scène. Elle s'inclina devant le grand sorcier. "Oui, merci. Je vous suis très reconnaissante."
Le Seigneur Okaia inclina la tête dans sa direction. "Je vous en prie. J'espère que nous nous reverrons."
Il claqua des doigts et un de ses serviteurs entra dans la pièce. "Mon Seigneur ?"
Le Seigneur Okaia désigna le groupe d'un geste. "Escorte-les à la porte, s'il-te-plaît, mais donne leur d'abord assez de nourriture et tout ce dont ils pourraient avoir besoin." Il se tourna vers Zeniba. "Une dernière chose, puis-je voir votre sceau doré ?"
"Bien sûr."
Zeniba lui tendit le sceau. Le Seigneur Okaia posa sa main sur la sienne qui tenait le sceau. Une lumière argentée entoura le sceau puis disparut. "Le sceau vous guidera maintenant vers l'esprit de la vie. Je ne vais pas vous mentir, c'est un voyage difficile, mais si tu suis ton coeur, Chihiro, tout ira bien."
Le groupe s'inclina une dernière fois et ils sortirent. Une fois la porte fermée derrière eux, le sourire du Seigneur Okaia se transforma en une mine inquiète. Il regarda les deux dernières cartes qu'il avait piochées. La première représentait un coeur, moitié noir, moitié rouge, une flèche transperçant la partie rouge et ressortant de la partie noire.
"L'amour et la haine.", murmura le Seigneur Okaia.
Il regarda la deuxième carte. C'était une pierre tombale sur une colline à l'aube, un arc-en-ciel en jaillissant.
"La vie et la mort.". Il ferma les yeux. "Je ne laisserai pas se reproduire une telle tragédie. Mais d'abord …" Il ouvrit les yeux et regarda le mur, semblant voir directement à travers. "Je dois gérer un dragon qui n'en fait qu'à sa tête."
Il y eut un flash de lumière argentée et le Seigneur Okaia disparut.
(AN : Pauvre Chihiro, pas une seconde pour souffler. Maintenant elle doit trouver l'esprit de la vie. Et pour Haku ? Le Seigneur Okaia va avoir une petite discussion avec lui. Et que veulent dire les deux dernières cartes qu'il n'a pas montrées à Chihiro ? Toutes ces questions trouveront des réponses. D'ailleurs, avez-vous apprécié le Seigneur Okaia ? Je me sens mal de lui avoir créé un passé aussi tragique. Peut-être que Chihiro et Haku n'auront pas à subir le même destin, mais il faudra attendre pour le savoir.)
