Les Malfoy avaient besoin de rien ni de personne. Pourtant si son defun père avait appris que Draco s'apprêtait à supplier la dernière personne qu'il aurait voulu, il se serait retourné dans sa tombe.

Sous le poids d'un héritage familial dévastateur, la reconstruction après guerre de tout ce qui avait forgé Draco Malfoy n'allait pas être une tâche facile. Encore moins lorsque sa sombre réputation entraîne dans son sillage son fils dévasté par la mort de sa mère.

Seule la ministre de la magie pouvait l'aider à le sortir de cette infortune. Dommage qu'il s'agisse d'Hermine Granger.

Dramione avec scène +/- explicite à la fin. POUR PUBLIC AVERTI - Merci

disclamer : pas à moi mais à notre intemporelle J.K Rowling

note : la vie veut que nous remanions sans cesse l'ordre de ses priorités mais la passion reste intacte. Alors quand je décide de me trouver du temps pour écrire (tous les 2-3 ans apparemment...), je le fais avec plaisir et même avec obsession parfois ^^ (coucou les longues veillées nocturnes pour relire, effacer, reprendre les mots...). Parce que je suis une indécrottable romantique fascinée les amours interdits et torturés, j'ai décidé d'innover en tentant un Dramione (et oui cher lecteur, si tu t'égard sur mes autres textes tu comprendras vite que mon domaine de prédilection c'est plutôt les yaoi xD). Bien sûr c'est après avoir posté son texte que la satisfaction retombe, et qu'on se relit avec plus d'intransigeance, mais j'espère que toi, cher lecteur tu appreciera cette histoire dans laquelle j'ai essayé de rester la plus fidèle possible aux personnalités d'Hermione et Draco.

Enjoy !


Si Draco Malfoy avait un jour pu avoir un tant soit peu d'admiration pour la brillante Hermione Granger, cela aurait été vite étouffées par des valeurs familiales inculquée avec application depuis sa plus jeune enfance : les sangs de bourbe ne sont pas dignes du moindre intérêt. D'ailleurs ils ne sont bons à rien

Hermione Granger était la seule sang de bourbe qui faisait exception dans la véhémence de l'éducation de ses parents. Et si ce n'était pas une forme de fascination malsaine qu'il avait développé au cours de ses années à Poudlard, c'était au moins une irritation sévère : elle avait toujours excellé dans tout ce qu'elle avait entrepris et tout lui semblait d'une facilité déconcertante que ça en devenait exaspérant. Mais dans son obsession de sa réussite, Draco avait réussi par se convaincre qu'en étant sang de bourde, elle avait tout à prouver pour atteindre ne serait-ce que la cheville d'un véritable sorcier de sang pur, ce qui faisait d'elle une irrépressible Mademoiselle Je-sais-tout.

Bien sûr, il n'était pas surprenant qu'elle ait depuis réussi à décrocher un des plus hauts postes à responsabilité au sein du ministère de la Magie. Son intégrité irréprochable jumelée à une ambition et une intelligence hors du commun avait suffi à essuyer le moindre obstacle qui aurait pu se présenter à elle dans son ascension. Son nom était devenu aussi célèbre que Celui qui avait survécu, mais Draco était prêt à lui concéder que sa renommée était bien plus méritée que celle de Saint Potter qui n'avait jamais rien fait pour.

La chute du Seigneur des ténèbres avait entrainé avec lui le noble nom des Malfoy, si prestigieux à l'époque et qui sonnait à présent comme une malédiction. Toutes ses valeurs, si contestables soient-elles, s'étaient effondrées comme un château de cartes et n'avaient clairement plus leur place dans ce nouveau monde en reconstruction. Ses parents reconnus coupables de la pleine conscience de leurs agissements durant la guerre, parjuré par son propre nom, Draco avait essayé de prendre un maximum de distance avec cette période de sa vie.

Malheureusement, rejeter sa famille et son passé n'avait pas suffi à lui rendre le peu d'intégrité perdu dans le procès sans appel de ses parents. Leur jugement avait fait la une des journaux durant plusieurs semaines pour affirmer clairement la nouvelle direction du Ministère de la Magie qui voulait se laver des bavures contestables dont eux même étaient coupables, notamment d'avoir laissé l'un des Mangemorts les plus fidèles du seigneur des ténèbres accéder aux hautes sphères de la hiérarchie, et donc à des informations sensibles sans s'en apercevoir. Les Malfoy avaient servi d'exemple, et leur sentence intraitable avait été dépourvue de toute impartialité. Mais qui était en mesure de feindre l'objectivité quand tant de mal avait été fait ?

Draco avait échappé à un jugement. Peut-être avait-on estimé que la disgrâce de ses parents était largement suffisant, qu'il n'avait été qu'une victime de leur éducation, et qu'il était moindre danger pour le monde de demain. Mais bien vite Draco avait compris que son sort n'était pas plus enviable, qu'il était même beaucoup plus pervers que celui de ses parents. Certes il était libre, mais on lui avait tout simplement ôté le droit d'exister. Le nom de ses parents le poursuivait et lui avait irrémédiablement fermé toutes les portes à une existence normale.

Rejeté par ses paires, forcé à vivre en exil, il avait eu tout le loisir de remettre en question tout ce qui avait forgé le Draco Malfoy qu'il avait été jusqu'à lors. Il avait d'abord haï le Ministère qu'il estimait coupable de tous ses maux, puis ses parents qui n'avaient pas su le protéger ni reconnaitre le bon camp tant qu'il en était encore temps. Et alors qu'il s'enlisait dans sa propre aversion, à deux doigts de se faire engloutir par la noirceur de son être, il avait finalement décidé de ne pas suivre les voies obscures et dangereuses de la haine. Mais cette nouvelle version de lui n'était qu'une pâle imitation de ce qu'il avait été, illustrement jadis. Moins assuré, moins arrogant, constamment rattrapé par les frasques de son passé, sa réhabilitation était d'autant plus ardue qu'elle était souvent réfrénée par le regard et les jugements silencieux des autres.

Sa marque des ténèbres était tout aussi préjudiciable que son titre de sang pur, et s'il avait pu se débarrasser du premier à force de multiples mutilations, il était plus compliqué d'occulter le second. Il s'était surpris à cette époque à repenser à Hermione, celle qu'il avait toujours méprisé pour son sang, et il n'avait pu s'empêcher de déceler une certaine ironie cuisante à sa propre situation.

Mais rien n'existe que la litanie du temps n'apaise et plus de 7 ans après la chute du Seigneur des ténèbres, le monde s'oublia dans la Paix et Draco avait réussi à retrouver une place moindre parmi les siens. Il ne doutait pas que la mort de son père avait certainement joué un rôle majeur dans sa réintégration sociale, comme si toutes les horreurs dont on le rendait coupable à cause d'un simple lien du sang étaient parties avec lui. Ce n'était certainement pas un hasard s'il avait commencé à trouver du travail seulement à cette période-là.

Bien sûr, sa perte l'avait affecté, il aurait voulu être là, au moins pour soutenir sa mère. Mais l'opinion publique lui avait volé son deuil. Il était suffisamment intelligent pour connaitre les conséquences s'il avait eu l'audace de se présenter aux obsèques de son paria de père. D'ailleurs, à part sa mère, personne n'avait eu le cran de venir ce jour-là. Sa mère, elle, n'avait plus rien à perdre, elle était tombée avec lui et savait qu'elle finirait ses jours dans l'indifférence et le mépris, et qu'aucun acte ne rachèterai ce pourquoi elle avait été condamnée. Resignée, elle s'était donc appliquée à rester soudé à l'homme de sa vie, tout en affranchissant de leurs liens son fils unique pour qu'il ait une chance de prétendre à une nouvelle vie. Elle était morte quelque mois à peine après son mari et n'avait jamais pu rencontrer son petit-fils Scorpius, fruit de son union avec Astoria Greengrass.

Son mariage était à l'image de son existence, une désillusion totale. Il ne savait pas s'il avait su aimer Astoria. Ils s'étaient rencontrés à la première réunion des anciens élèves de Poudlard, la seule à laquelle il n'avait jamais participé. Cette réunion avait été un véritable fiasco et rétrospectivement il s'en était voulu d'y être allé avec autant de naïveté. Sa famille était en procès à ce moment-là et il avait vite déchanté face à l'accueil glacial qu'il avait reçu. Habitué à être catalogué par les autres maisons, en s'en était beaucoup amusé à l'époque, il ne s'était pas attendu à recevoir ce même traitement de la part de sa propre maison. Il était loin de se douter que cet incident n'était qu'un simple préquel de ce qui l'attendait dehors. Mais à l'époque il avait encore suffisamment d'arrogance et de suffisance pour ne pas prêter attention outre mesure aux agissements des anciens Serpentard. Seule Astoria Greengrass, de 2 ans sa cadette et présente à cette réunion par un concours de circonstances, avait daigné lui adresser la parole. Elle était de sang pur et à ce moment-là cela était encore largement suffisant pour attiser l'intérêt du Grand Draco Malfoy. Ils s'étaient revus plusieurs fois et avait été une des rares personnes à être restée dans son entourage après sa tombée en disgrâce.

Peut-être était-ce la solitude, ou la résignation de ne pouvoir prétendre à ne jamais être aimé, peut-être avait-il simplement besoin de se sentir exister en tant qu'homme mais une simple histoire de sexe s'était transformée en relation, puis en mariage et Astoria lui avait offert les joies de la parentalité. Mais leur union avait été celle de deux âmes esseulées qui n'arrivaient plus à avancer seules dans cet océan de désolation et d'ostracisme. Bien qu'il y avait beaucoup d'affection et d'attachement, Draco savait que le ciment de leur mariage était la solitude, pas l'amour.

Les mois précédent l'arrivée de son fils, Draco avait été pris d'un véritable sentiment de culpabilité, chose qu'il n'avait jamais senti auparavant et qu'il avait été bien en mal de gérer. Pour la première fois il avait pris conscience de l'héritage familiale qu'il allait laisser peser sur son enfant à naitre et avait eu véritablement honte. Il pouvait essuyer les jugements mais il n'était pas prêt à assumer le poids des regards intransigeants sur son fils innocent.
Mais dès lors où il rencontra son fils, toutes ses craintes s'étaient éteintes dans la douce mélodie de ses premiers cris. Il avait mis du temps pour mettre des mots sur ce qu'il avait ressenti ce jour-là mais il avait fini par comprendre qu'il s'agissait d'un un amour inconditionnel, irrationnel, véritable pour ce petit être qui ne le quitterait plus jamais. S'il avait renoncé à l'idée de se battre pour sauver le petit garçon qu'il avait été, il ferait tout en son pouvoir pour protéger la chaire de sa chaire et savait qu'il en serait capable.

Ils avaient décidé de le laisser porter le nom de sa mère. Draco n'avait pas réussi à la convaincre de garder le sien lors de leur mariage, il ne lui avait pas laissé le choix pour leur fils. Mais Astoria était loin d'ignorer les conséquences qu'engendrerai son fils à s'appeler Malfoy et avait aisément accepté la condition. Et ce fut une des rares choses que Scorpius garda en héritage après le décès de sa mère.

Maintenant qu'il était père, son existence avait pris une tournure un peu moins amer. Piégé dans une relation sans sentiments profonds, il n'en était pas moins attaché à celle qui avait donné la vie et qui lui avait offert par la même occasion une forme de renaissance. Et la vie n'était finalement pas si mal.

La première fois qu'il revu Granger, autre que ses rares apparitions dans la gazette du sorcier qu'il avait arrêté de lire depuis bien longtemps, ce fut sur les bords du quai 9 3/4. Leur regard s'étaient croisés par hasard et ne s'était pas attardé. Comme un fantôme vestige d'un lointain passé dont il avait tout fait pour oublier, il n'avait pas pu s'empêcher de remarquer ce regard sagace plein d'intelligence, ces cheveux bruns indomptable tiré en un chignon négligé, ces quelques mèches retombant sur ce visage épuisé par le poids des responsabilités et pourtant si rayonnant. Cette attitude de femme aimante, de mère fière qui regardait avec une confiance sans faille son enfant prendre son envol. C'est seulement en se détachant de l'étiquette qu'il lui avait collé qu'il l'observa réellement au-dessus de tout préjugé et ce fut comme s'il la voyait pour la première fois.

Astoria mourut quelque temps après la rentrée de Scorpius suite à une maladie que même les meilleurs médecins du pays n'avaient pu expliquer. Et contre toute attente dans cette période de déchirement, son passé avait ressurgi comme un animal sournois et perfide et il s'était de nouveau retrouvé dans la tourmente entrainant malgré lui son précieux fils, anéanti par la mort de sa mère. Il ne faisait aucun doute pour personne que les circonstances de la mort d'Astoria étaient bien trop obscures pour que Malfoy n'y soit pas pour quelque chose. N'était-il pas d'ailleurs un génie qui excellait dans l'art subtile et délicat des potions ? Pointé du doigt, il n'avait pas réussi à protéger son fils de lui, de son passé, contre cette machine du blâme qui était sans pitié, qui s'était remis en marche et écrasait tout sans vergogne dans son sillage.

En désespoir de cause, impuissant face à cette vague de haine déferlante sur lui, il rangea les lambeaux d'une vieille fierté tenace dans sa poche et se résigna à aller demander de l'aide à Hermione Granger, Ministre et à ses heures perdues directrice du département de régulation des créatures magiques. Un rôle qui semblait d'ailleurs avoir été cousu main pour elle. Il avait longuement hésité avant de frapper à la porte menant à son bureau, une partie de lui hurlait que l'idée n'était pas si lumineuse qu'il s'était forcé à croire. Mais Granger était malheureusement pour lui la seule personne qu'il connaissait de suffisamment haut placée et d'influente pour espérer une rédemption salutaire dans sa néfaste notoriété qui lui collait à l'âme et qui allait anéantir son fils. Et pour lui, il était prêt à tout, même à ramper devant une sang de bourbe s'il le fallait.

Il donna 3 coups sec contre la porte en bois, chacun raisonnant comme un glas dans sa tête, puis attendit poliment le droit d'entrer mais la permission n'arriva pas. Seul l'écho d'un silence froid revint à lui. Draco n'avait jamais cru au karma, c'était pour lui une notion bien trop pratique derrière laquelle on pouvait se cacher pour expliquer tous des fléaux qui pouvaient tomber sur quelqu'un. Mais il ne put s'empêcher de se demander si finalement ce silence n'était pas une juste réponse face au comportement qu'il avait eu avec elle, et pour lequel il ne s'était jamais excusé. Le Draco arrogant n'aurait même pas daigné s'attarder sur ce genre de considération, mais celui d'aujourd'hui ne pouvait que trop comprendre ce qu'elle avait endurée pour être lui-même passé par là. Et le silence était définitivement une bonne façon de punir son insolence.

Résigné, il s'apprêta à faire demi-tour lorsqu'il percuta de plein fouet celle vers qui il était venu à la rencontre. Cachée derrière une multitude de parchemin branlant, elle ne l'avait pas vu et avait foncé droit vers son bureau, apparemment habituée à ne rencontrer aucun obstacle. Les rouleaux volèrent en tout sens mais le hoquet de surprise amorcé par Hermione avait été étouffé par la stupéfaction de se retrouver face à Draco Malfoy. Ils se jaugèrent du regard quelques instants, Hermione peinant à comprendre la présence du Serpentard devant sa porte. Il était évident qu'il venait la voir elle spécifiquement, généralement peu de personne traînait autour de son bureau, mais les raisons de sa visite lui étaient totalement obscures et elle resta figée sur place.
Elle qui était habituellement assez loquace elle ne sut pas comment réagir, ce qui n'échappa pas à Draco. Elle était intelligente mais contrairement à lui, elle n'avait jamais su garder le contrôle sur ses émotions : on pouvait aisément lire sur les trais de son visage comme dans un livre ouvert. Bien malgré lui, sans même s'en apercevoir, cette observation le fit sourire brièvement.

- Bonjour Malfoy, dit-elle méfiante tout en s'afférant à réunir l'ensemble de ses parchemins d'un coup de baguette pour qu'ils aillent se poser parfaitement sur son bureau. Draco se demanda pourquoi elle n'avait pas fait ça depuis le début au lieu de s'encombrer. Probablement une vieille habitude récupérée de ses moldus de parents. Lui qui avait un jour vécu dans la noblesse n'avait jamais eu le reflex de s'encombrer de la sorte, on le faisait pour lui, ou la magie le débarrassait.

- Granger, répondit-il avec un hochement de tête.

L'ambiance était devenu soudainement lourde et pesante comme rattrapée par leur passé commun et c'est seulement à ce moment-là que Draco se rendit compte qu'il n'avait pas pensé une seule seconde à ce qu'il allait lui dire. Avec du recul, rien dans son plan n'avait de sens et de cohérence. C'était le Désespoir qui s'était exprimé et il n'était pas réputé pour son pragmatisme.

- Est-ce tu veux rentrer ? Invita-t-elle d'un accompagnement de main, J'ai beaucoup de travail mais je suppose que je peux t'accorder quelques instants.

Draco s'engouffra d'un pas raide dans le bureau de la Ministre de la Magie. Malgré le désordre ambiant, l'endroit était feutré et une douce odeur de cannelle flottait dans l'air. Un chevalet portant son nom gravé en lettres d'or était en équilibre précaire sur le bord du bureau, repoussé de force par la masse de chemises en tout genre étalée sur le meuble. Hermione essaya de remettre un peu d'harmonie dans cette anarchie de note et de paperasse mais ne réussit qu'à faire écrouler une pile de documents qui semblaient être resté plus longtemps que nécessaire à cet endroit. Draco était resté debout au milieu de la pièce

- Je n'ai jamais été très doué pour mettre les formes Granger, alors je vais aller droit au but pour nous faire gagner du temps à tous les deux, commença Draco, tu n'es pas sans savoir qu'Astoria, ma femme, est morte il y a peu

- Mes condoléances Malfoy.

Ses mots étaient sincères, il lui avait suffi d'un coup d'œil pour le voir.

- En fait je ne sais pas exactement ce qui m'a poussé à venir à ta rencontre. Ni ce que j'avais cru imaginer en venant te demander de l'aide. Je sais que tu ne me dois rien Granger, mais aujourd'hui je te demande d'oublier l'Homme et d'écouter le Père.

Hermione le dévisagea longuement, sans animosité, sans jugement. Si elle écoutait le père c'était l'homme qu'elle regardait à cet instant. Un homme grand, fin et élancé d'une rare élégance. Malgré toutes les épreuves qu'il avait traversées, bafoué dans son intégrité, il n'avait jamais renoncé à son style raffiné. Draco avait toujours aimé les belles choses. Son costume était sur mesure, saillant et ajusté à la perfection. Il semblait avoir accordé une attention toute particulière au moindre détail de sa tenue jusqu'à ses boutons de manchettes choisi avec soin. Ses cheveux d'un blond presque blanc étaient plaqués en arrière comme depuis toujours lui donnant un air strict, ses traits étaient fins et tirés, malmenés par une existence chaotique et sans pitié, son visage nacré était resté impassible. Seuls ses yeux avaient changé depuis Poudlard. Il était incapable de maitriser l'orage qui grondait au fond de ce regard mercure.
Elle voyait l'homme, anéanti, à qui on avait tout pris sans résistance et dont on était en train d'arracher le fils.

- Je sais que je n'ai pas été une personne honorable et que nombreux de mes choix étaient plus que contestables. La Punition était méritée et à mon goût payée au centuple. J'ai accepté cette vie de parias, je me suis résigné car peut-être que c'est vraiment que ce que je mérite, peut-être que je suis vraiment cette personne méprisable que les autres décrivent. J'ai tout perdu dans cette guerre, jusqu'à mon identité. Mais là il s'agit de Scorpius. Je ne veux pas que l'histoire recommence, je ne veux pas qu'on le rende coupable d'être né dans la mauvaise famille, qu'on le rende coupable de choix qui n'étaient pas les siens. Il n'a plus de mère, je suis tout ce qui lui reste et je ne peux rien lui apporter d'autre que la sombre notoriété qui colle au nom des Malfoy. Combien de temps vais-je devoir encore payer, combien de fois vais-je devoir m'excuser d'avoir aimé mes parents, d'avoir eu confiance en eux, d'avoir cru en leur valeur et suivi leur éducation ? Il faut que tout ça cesse.

L'orage dans ses yeux avait tourné en tempête pourtant il avait dit ses derniers mots plus bas, dans un souffle, plus pour lui-même comme une prière. Il reprit sa respiration, planta son regard franc dans celui d'Hermione et ajouta décidé :

- Tu n'imagines même pas ce qu'il me coûte de te demander ça, mais je t'en supplie Granger, sors nous de cette spirale.

Hermione l'avait laissé finir sans l'interrompre et s'assura avec prévenance qu'il n'avait rien d'autre à ajouter. Il avait besoin d'aide mais surtout d'écoute. Sa demande avait été clair et assumée, elle ne doutait pas qu'elle avait été terrible pour l'Homme, si digne, si fière, de supplier la Sang de Bourbe qu'elle avait toujours été pour lui. Mais comme il lui avait dit, c'était le Père qui s'adressait à elle, et elle savait combien cette facette pouvait l'emporter sur tout quand il fallait protéger son enfant. Dans le silence qui suivi, Draco sembla se raviser, et quelque chose passa dans ses yeux, comme s'il prenait soudainement conscience d'avoir fait quelque chose de stupide.

- Laisse tomber.

Il se dirigea déjà vers la sortie se maudissant intérieurement de son audace.

Comment avait-il pu se rabaisser à ça. Mais avant d'atteindre la porte, il entendit Hermione s'adresser à lui

- En fait Malfoy, pour être totalement transparente avec toi, il avait été sollicitée une enquête à ton encontre car la mort de ta femme semblait controversée. Je me suis opposée

Draco se figea dans son mouvement. Hermione Granger était certes brillante, mais elle avait toujours manqué de tact et était d'une maladresse épouvantable lorsqu'il s'agissait de comprendre la complexité des sentiments lorsqu'ils s'exposaient à elle dans toute leur splendeur. Et si sa confession était dépourvue de méchanceté, ses mots avaient eu l'effet d'un poignard.

- Je... je pensais que tu étais venu me voir à cause de ça, s'excusa-t-elle en se rendant compte que trop tard de la violence de ses paroles

Draco lâcha un rire dénué de tout humour, amer et plein de rancœur. Il s'était attendu à quoi. Hermione Granger avait toujours eu la faiblesse de venir en aide aux créatures oppressées, très sensible à l'intégrité de tout être vivant dont le sort importait peu au reste du monde. Était-il réduit à un pauvre animal blessé et rejeté par ses semblables à ses yeux ? Une cause perdue ? A cette simple idée une fureur venant du plus profond de ses entrailles, une fureur qu'il avait réussie à contenir et étouffer malgré toutes les épreuves passées se mis à bouillir instantanément et embraser chaque particule de son corps et de son âme. Une fureur dévastatrice, qui faisait mal et qui semblait avoir attendu le moment parfait pour ressurgir et éclater. Fureur qui ne demandait qu'à anéantir tout sur son passage pour se venger de toutes ces années à avoir courbée l'échine.

- Je ne veux pas de ta pitié, siffla-t-il entre ses dents serrées.

Fureur puérile d'un enfant balloté dans les tourments d'une existence ou tout n'était que souffrance, et que personne ne pourrait jamais comprendre.

- Finalement cette enquête n'est peut-être pas une si mauvaise chose.

A présent Draco était sidéré et dévisagea Hermione comme si elle était devenue complètement folle ou qu'elle se jouait de lui. Cette dernière soupira en tentant vainement de cacher son agacement, comme à chaque fois qu'elle avait une brillante idée et qui lui échappait totalement qu'on ne puisse pas comprendre une évidence aussi flagrante

- Ce que je veux dire, c'est qu'il ne fera aucun doute qu'absolument toutes les ressources et les moyens seront mis à disposition pour tenter de prouver ton implication dans la mort d'Astoria Greengrass, chose qui malheureusement n'a pas été fait de son vivant pour tenter de la sauver. Ce serait l'occasion de lever le voile sur ce qui a tué ta femme et ainsi te permettre le deuil que tu n'as pas pu faire, et ensuite de te laver de toutes soupçon et faire taire définitivement tout cet acharnement contre toi. Je n'ai jamais cru en ta culpabilité Malfoy, on peut t'accuser de beaucoup de chose, mais pas de ça. Je serais de ton côté.

- Et qu'en pensera Weasmoche de tout ça ?

Hermione s'était attendu à toute sorte de réaction mais pas à entendre un surnom immature ressurgir des tréfonds d'un lointain passé à un moment pareil. Et elle ne put s'empêcher d'éclater d'un rire mélodieux et doux. En y repensant Draco n'avait pas souvenir de l'avoir un jour entendu rire, c'est peut-être pour ça que quelque chose au fond de sa poitrine se serra. La situation était en train de déraper totalement, en fait rien n'avait vraiment de sens dans toute cette conversation.

- Je suppose qu'il n'approuvera pas cette position. Mais nous ne sommes plus mariés, il n'aura pas besoin de faire semblant de comprendre, ça lui épargnera une simple concession.

- Je suis désolé, dit Draco qui s'était soudainement radoucit, surpris d'apprendre une telle nouvelle.

- Ne le soit pas, répondit-elle avec un sourire, je pense qu'il en a eu assez de vivre dans l'ombre des autres, et que ma nomination en tant que ministre de la magie était l'élément de trop. J'ai fait le choix de la carrière, lui de l'émancipation.

Il n'y avait aucune tristesse, aucun regret dans l'exposition de sa situation personnelle à par une infinie tendresse pour cet homme qui avait été son meilleur ami, l'amour de sa vie, son mari et le père de ses enfants. Peu de gens était amène à comprendre qu'aimer c'était aussi savoir laisser partir l'autre, et c'est ce qu'elle avait fait. Draco ignorait ce que cela lui avait coûté. Mais alors qu'il ne pouvait pas prétendre plus longtemps ignorer la sensation qu'était devenue lancinante au creux de sa poitrine et qu'il n'expliquait pas, il repensa à la proposition qu'elle lui avait fait quelques instants plus tôt. En y réfléchissant bien c'était assez malin, mais pas surprenant venant d'elle.

- Ça ne sera pas une partie de plaisir, ça risque d'être un processus intrusif. On va essayer de fouiller dans les moindres recoins de ta vie. On va dire des choses fausses sur toi ou sur ta femme ou même ton fils juste pour te faire flancher.

- S'ils avaient voulu trouver quelque chose ça aurait été fait depuis longtemps. Et puis ce n'est pas comme si j'avais eu une réelle intimité depuis tout ce temps. Je n'en suis pas à ma première perquisition Granger. Mais merci de t'en inquiéter.

Elle lui répondit avec un sourire tandis que la chaleur se raviva en une vague dans ses entrailles cette fois ci. C'était la troisième fois en trop peu de temps quelque chose n'allait pas. Il voulut prendre congés mais Hermione le devança

- Je dois y retourner, s'excusa-t-elle, mais tu peux passer me voir ce soir. Si tu es partant, il va falloir nous préparer. Je t'enverrai mon adresse par hibou.

Puis elle repartie comme un songe, laissant flotter dans son sillage une vague odeur boisée

Ainsi, Hermione Granger avait fini par accepter à venir en aide au tortionnaire repenti Draco Malfoy.