_ Chapitre 3. Rouge_
musique : Låpsley - Hurt Me
And I know, and I know, and I know
Et je sais, et je sais, et je sais
Gotta let my mind find another space
Je dois laisser mon esprit oublier
Cause I heard these scars never go away
Car on m'a dit que ces cicatrices ne disparaissaient jamais
And now I'm runnin' out of ways to numb the pain
Et maintenant je m'égare pour apaiser ma douleur
Crowley marchait avec assurance dans les couloirs encombrés des enfers. Enfin, pas encombré pour lui. Tout démon ou âme se trouvant sur son passage lui dégageait le chemin, comme s'il était l'incarnation même de ces lieux.
Où était-ce parce qu'il avait déjà réduit en poussière une centaine de démons depuis son retour quasi-permanent aux enfers ?
Non, c'était définitivement son aura, pensa Crowley avec orgueil, ce qui le mit plutôt de bonne humeur.
- Tu as une démarche chaloupée, Crowley.
Il ne put s'empêcher de penser à cette remarque que lui faisait souvent Aziraphale sur sa façon de marcher.
Sa bonne humeur envolée, Crowley siffla à l'encontre d'un démon qui ne s'était pas éloigné assez vite du chemin, le fusillant du regard à travers ses lunettes noires et l'effrayant avec sa langue fourchue de serpents.
Il passa une porte, puis deux, descendit quelques escaliers et au fur et à mesure que le démon s'enfonçait dans les méandres des enfers, la population démoniaque se fit rare puis totalement absente. Il arriva devant une énième porte et tendit la main. Un fluide rouge s'écoula de ses doigts et fusionna avec le bois de la porte. Son sang s'introduit dans les veines du bois et Crowley s'avança. La porte des enfers le laissa passer en s'arrangeant néanmoins pour lui prendre le plus de sang possible dans la procédure. La fourbe.
Crowley arriva dans un immense salon au plus grand luxe et d'un geste de la main, alluma les nombreuses bougies de la pièce. Des dorures habillaient les nombreux miroirs des murs rouges et de nombreux fauteuils remplissaient le centre de la pièce. D'autres ornements venaient compléter l'aspect ostentatoire de la pièce. Crowley s'avachit sur l'un des fauteuils en soupirant lourdement. En retournant aux enfers, il avait ressenti le besoin d'avoir un espace bien un lui, des appartements privés en quelques sortes.
Quelques secondes plus tard, un petit miaulement se fit entendre et Crowley baissa les yeux vers une petite créature qu'il n'avait jamais vue en ces lieux précédemment. Un petit chaton blanc le regarda de ses 4 yeux un instant puis s'avança vers lui et lui sauta sur les genoux. 4 yeux oui. Car il avait 2 têtes. Super, pensa Crowley. La distribution universelle des chats n'échappe pas à l'enfer… Mais que faisait cette créature ici ?
Il la caressa néanmoins par automatisme.
- Pourquoi ne fais-tu pas en sorte que tes cheveux reste blanc Crowley ? Je trouve que ça t'irait bien d'avoir la même couleur que moi, comme avant ! Néanmoins, le rouge va bien avec tes superbes yeux !
Stupide ange aux cheveux blanc soyeux. Le pelage blanc du félin le lui rappelait beaucoup trop. Le sang de Crowley ne fit qu'un tour avec ce souvenir et le chaton s'enflamma. Quelques secondes plus tard, le feu s'éteignit et le chat était devenu noir, à deux exceptions : une de ses têtes était restée blanche avec des taches rousses et le bout de leur queue qui restait comme un petit point blanc au bout de cette dernière. Les deux têtes se regardèrent un instant avant de ronronner franchement et de se caler contre Crowley. Le démon caressa distraitement les deux têtes de la petite créature, comme si elle avait toujours été là, et de sa main libre fit apparaître un verre de vin rouge. Ses pensées s'égarèrent. Il pensa à ces derniers mois aux enfers. Il est devenu duc et son rôle était rapidement devenu plus important. Et le maître Lucifer avait été… Beaucoup trop conciliant par rapport à son rôle pour empêcher l'apocalypse au côté d'Aziraphale… Mais après tout, cette fin du monde avait été organisée par Dieu elle-même, donc en réalité le fait que cela avait fortement contrarié le ciel l'avait grandement satisfait. Et puis, il y avait d'autres occasions de détruire puis lentement et plus sournoisement les plans de Dieu sur terre. Et Crowley en été devenu un spécialiste. Détruire l'humanité. C'était le rôle fondamental des enfers, et désormais, Crowley y avait un rôle à jouer… Mais en avait-il vraiment envie ?
- Je vois que tu apprécies mon cadeau, mon petit serpent.
Crowley regarda le nouvel arrivant, puis Lupy, comme il venait de le baptiser, qui s'était doucement endormi sur ses genoux. Il s'enfila d'une traite son verre avant de se redresser, faisant fuir le petit chat de ses genoux, qui souffla un peu et alla se rouler en boule sur un autre fauteuil.
Lucifer fût sur lui en un instant et remplaça la place du chaton, à califourchon sur ses genoux.
- Je t'en pris mon petit serpent, reste à l'aise.
Lucifer attrapa soudainement les lunettes du démon et les envoya violemment s'écraser contre le mur latéral à eux, et Crowley frissonna un instant sous son regard réprobateur.
- Ne t'ai-je pas déjà dit de ne plus cacher tes sublimes yeux sous ces horribles choses humaines ?
Crowley allait répondre, mais d'un geste plus tendre, l'ange déchu s'avança, colla son torse contre celui de son démon et essuya d'un coup de langue la goutte de vin qui était restée sur la lèvre inférieure de Crowley, et d'un geste distrait, remplissa le verre de vin.
Crowley frissonna, mais le repoussa doucement, décollant son torse du sien.
- Et ne vous-ai-je pas dit que je n'appréciais pas cette proximité forcée, mon lord ?
Lucifer fit la moue un instant, mais accepta de s'éloigner. Il se releva et fit apparaître un parchemin dans ses mains. Quand il s'agissait de Crowley, Lucifer était étonnamment… Patient ?
- Alors parlons Business mon cher.
Crowley vida de nouveau son verre, espérant ainsi cacher le léger tremblement de ses mains.
Il s'était fait à la présence du roi des démons à ses côtés. Surtout que ce dernier n'hésitait pas à s'introduire dans sa bulle personnelle en étant extrêmement tactile, et lui parlait la plupart du temps d'un ton décontracté. Mais Crowley n'était pas stupide au point de ne plus le craindre et de savoir que le lord ne le considérais juste comme une de ses propriétés et le rouage d'un plan plus grand que lui.
- Ligur et Astur m'ont confirmé la présence de nombreux anges sur terre, commença Crowley. Ils semblent être assignés à des humains précis, ceux qui pourraient sans doute être envoyés en enfer. Les anges se positionnent alors comme des muses ou des consciences. Mais ces idiots ne sont pas habitués à la vie sur terre et sont naïfs. Les démons que j'y ai envoyés arrivent la plupart du temps à trouver les humains concernés et à faire pencher la balance.
- Et le jeune Tony ?
- Toujours sous la surveillance de Deber, les anges l'observent, mais à distance.
- Bien. dit-il en faisant disparaître le parchemin où le nom des humains concerné était inscrit. J'espère beaucoup de ce gamin. Après tout, un jour, il fera disparaître l'humanité pour de bons.
Crowley resta silencieux. Lui, qui avait tant aimé être sur Terre parmi ces humains, n'était peut-être pas totalement prêt à les faire disparaître.
- Je sais que tu es réticent à cette partie du plan, petit serpent. Néanmoins, je sais aussi que rien ne fera plus souffrir ton petit ange que la disparition de ces êtres abjects.
Une douleur sourde se mélangea à de la colère pure, et déjà, cette pensée le motivait un peu plus. Si Crowley se retrouve désormais duc des enfers, Aziraphale regrettera largement de ne pas avoir choisi leurs camps et de l'avoir abandonné.
Il sursauta quand Lucifer lui prit le menton, un sourire carnassier aux lèvres. Crowley s'était perdu dans ses pensées et ne l'avait pas vu s'approcher. Il avait baissé sa garde.
- Um… Je n'aime décidément pas quand tu penses à cet angelot alors que je suis juste devant toi. Je pense qu'il va falloir resserrer ces pensées sur l'essentiel, ne penses-tu pas ?
Cette fois, Crowley se laissa faire quand Lucifer lui mordilla la lèvre avant de l'embrasser à pleine bouche et de le basculer sur l'un des canapés de la pièce.
Il devait avouer que ces moments avec le roi des enfers étaient les seules où la petite voix d'Aziraphael se taisait dans son esprit. Même si sa culpabilité, elle, était bien vive.
Lucifer passa les mains dans ses cheveux roux et les tira légèrement pour que Crowley lève la tête et lui dévoile son cou. Le prince déchu se pencha donc vers la zone fraîchement découverte et Crowley ne put empêcher un gémissement de passer ses lèvres, pour la satisfaction de Lucifer. Ce dernier se redressa, et fit courir ses mains sur le torse du jeune démon.
- Demain, je te laisserai aller en personne sur terre voir ce qu'il en est. Il est temps.
Crowley trembla d'anticipation. Aussi bien de retourner sur terre après plusieurs mois dans les tunnels sombres et hostiles des enfers, que sous les doigts expérimentés du maître des lieux.
- Bien, mon roi.
