Bill se réveilla à de multiples reprises dans la nuit, à chaque fois parce que son bras était trop engourdi ou douloureux. Ça ne l'empêcha pas de reprendre inlassablement la femme à ses côtés contre lui. Il aimait sentir le poids de sa tête contre son torse, ses doigts légers contre son flanc. Il aimait la tenir contre lui, humant le parfum de ses cheveux, leur corps imbriqués l'un contre l'autre. Il s'était réveillé à chaque heure mais il ne se souvenait pas avoir passé de meilleure nuit que celle-là depuis bien trop longtemps. Mais désormais la nuit était finie. Son horloge biologique venait de s'activer. Il retira avec précaution son bras qui servait d'oreiller à Laura, décolla son ventre de son dos, embrassant une dernière fois son épaule et se leva. Il était 5h, dans 3h il commençait sa nouvelle carrière et devait déjeuner avec Saul entre temps.

Il quitta la chambre sans bruits. Sa priorité : un café. Il descendit les marches de son pas le plus léger, essayant d'éviter de faire craquer le vieux bois. Il avança silencieusement jusqu'à la cuisine et sourit en voyant une tasse et une dosette préparées à son attention devant la cafetière. Il mis en marche la machine et regarda le liquide noir coulait avec délectation, savourant son effluve qui emplissait petit à petit la pièce. Il prit son mug, jeta la dosette utilisée et se mit en quête d'une cuillère. Même s'il prenait son café noir, il prenait plaisir à la remuer. Il ouvrit le premier tiroir devant lui et fut surpris d'y voir un pilulier bleu ainsi que plusieurs fioles de médicaments. Il referma le tiroir à la hâte, honteux d'avoir ainsi fouillé. Il s'interdit de s'interroger sur la signification de sa découverte et choisit d'étudier son environnement plutôt. Il devait attendre que son café refroidisse naturellement, il était hors de question qu'il rouvre quelque tiroir que ce soit.

La veille il avait eu l'impression de pénétrer dans un appartement vide d'émotions, dans un foyer qui n'en était pas un. Désormais il comprenait mieux son malaise passé. Il n'y avait pas de photos, pas la moindre photo. Ça lui donnait l'impression que l'endroit n'avait pas été personnalisé. Pourtant il pouvait voir que chaque pièce d'ameublement avait été choisie avec soin, tout était coordonné et en parfaite harmonie. Il remarqua quelques petites touches personnelles de si de là mais si discrètes, comme leur propriétaire. Des plaids étaient posés sur chaque fauteuil et canapé, ils pouvaient donner l'impression d'être là uniquement pour la décoration mais Bill était certain qu'il soulignait plutôt le fait que la maîtresse de maison était frileuse. Il remarqua des coquillages et petits bibelots en bois sur la bibliothèque, vestige probable de vacances passées. Quelques tableaux peints à la main ornaient les murs du salon. Il s'approcha et vit des signatures et styles différents pour chaque croûte, il en conclut qu'ils n'étaient pas l'œuvre de Laura. Ce n'était pas un appartement impersonnel comme il l'avait cru au début, bien au contraire, mais l'absence de photos l'intriguait.

Une fois son java fini, il remonta l'escalier. Il devait récupérer ses vêtements et avait très envie de prendre une douche. Il n'avait pas envie d'affronter la cohue du métro en se sentant collant. La cage d'escalier regorgeait de tableaux d'inspiration inuite. Il prit le temps de les regarder et se mit une note mentale d'en parler plus tard avec Laura. A l'étage, il découvrit une pièce qu'il n'avait pas vue la veille. De l'autre côté de l'escalier, donnant sur la rue se trouvait une petite chambre, visiblement prévue pour des invités. Entre les deux chambres trônait la majestueuse salle de bain. A la disposition de pièces il comprit qu'il s'agissait de deux appartement séparés transformé en un seul. Il se demanda si Laura était à l'origine de ces transformations ou si elle avait acheté ainsi. Il aimait vraiment ce qu'elle avait fait de cette maison. Il s'y sentait bien, comme chez lui. Il se fustigea, il pouvait bien se sentir à l'aise! Son appartement était une vraie catastrophe! Il était composé d'une seule pièce, était à la limite de l'insalubrité et meublé d'avance. Il l'avait pris dans l'idée de tester la vie Capricaine et d'investir plus tard s'il l'aimait. Son chez lui, c'était son chalet.

Il entra dans la salle de bain et sourit. C'était vraiment une pièce merveilleuse qui invitait à la détente. Les murs étaient pleins dans les tons ocres et donnaient un côté chaleureux à la pièce. La lumière n'était pas violente, comme dans beaucoup de salle de bain. Contre une fenêtre qui allait du sol au plafond trônait une baignoire sur pieds. Une petite étagère en bois reposait contre son bord, un livre et un verre de vin vide encore posés dessus. Des bougies plus ou moins fondues reposaient sur chaque surface et un petit haut parleur était posé à l'arrière des toilettes. Et la douche ... une immense douche à l'italienne avec de tout petits carreaux dans les tons gris marrons prenait tout un pan de mur et laissait filtrer la lumière extérieure grâce à sa parois vitrée . Il retira son caleçon et y entra. Il tourna le robinet et laissa les multiples jets masser ses épaules endolories. Quel bonheur ! Il pourrait y passer des heures. Il changea la position des jets et une fine pluie tropicale découla du plafond. Il changea à nouveau et un jet dru lui battit le scalp et la nuque. Il soupira de plaisir.

Il inspecta les différents flacons présents et se décida pour le gel douche à la vanille. Il avait souri en voyant la multitude de savons qui se trouvait contre la petite étagère: à la rose, à la vanille, sans fragrance pour peaux irrités, à la fleur d'oranger... il se demanda si Laura choisissait en fonction de son humeur l'odeur qu'elle voulait porter ou s'il y avait une autre raison pour tant de diversité. Après ce qui lui sembla être un amont absurde de temps, il sortit enfin de la douche et trouva une serviette propre encore pliée sur un petit banc en plastique. Elle l'avait visiblement laissé là à cet effet et il fut touché par les petites attentions qu'elle lui démontrait. Il pourrait facilement s'y habituer.