Il était étrange de voir Stiles aussi calme… Et mou. Ce genre de comportement, qu'on souhaitait très souvent qu'il ait, ne lui seyait finalement pas le moins du monde… Surtout que l'on remarquait le fait qu'il ne s'agissait pas d'un effort. Stiles n'essayait pas le moins du monde de se rendre discret et c'était justement tout ce qui faisait qu'on le remarquait. C'est quoi cette gueule de six pieds de long ? se demanda Jackson lorsqu'il le vit s'installer à l'une des places au fond de la salle… Loin de Scott, loin de Lydia, loin de tous ceux à côté de qui il avait l'habitude de s'assoir. Jackson nota d'ailleurs le regard quelque peu surpris de son ex petite-amie : de toute évidence, elle n'était pas au fait de ce léger changement. M'enfin, si quelqu'un devait savoir quelque chose ici concernant Stiles, c'était elle. Dans le cas où l'incrédulité se peignait sur ses traits de cette façon, cela voulait dire qu'il y avait de quoi s'étonner. Et c'était effectivement le cas.

Car Jackson trouva l'air de l'humain fatigué. Oui, vraiment fatigué. Un peu pâlot, aussi. Il sortait ses affaires de son sac avec des gestes empreints d'une lenteur telle qu'il était fort difficile de le reconnaître, de se dire… Que c'était lui, Stiles Stilinski. Jackson n'irait certainement pas se plaindre d'une petite accalmie de son côté, mais celle-ci… Lui paraissait un peu trop radicale. C'était ça qu'il trouvait fatigant, chez Stiles : cette façon qu'il avait de passer du tout au tout, sans transition aucune. Il était réellement difficile de savoir sur quel pied danser, avec lui. Par chance, il ne faisait pas partie de ses proches – Jackson n'étant rien de plus qu'un collègue de meute. Leurs interactions étaient donc… Limitées et c'était fort bien comme ça.

Mais quelque chose d'insidieux titilla longuement l'esprit pourtant pragmatique du kanima. Des souvenirs très récents, et courts. L'image d'un Stiles perturbé, complètement désorienté, soutenu par Malia tant il peinait à marcher… Et que l'on avait fait rentrer chez lui, par précaution – pour qu'il se repose aussi. La chose, suffisamment rare pour être soulignée, relevait de l'évènement. L'on n'écartait jamais Stiles d'une affaire surnaturelle tant on reconnaissait sa présence nécessaire et ses idées, efficaces – bien qu'elles frôlent souvent la paranoïa. Parfois, celle-ci leur servait.

Alors ce calme de la part de Stiles dérangea Jackson, en particulier parce qu'il dura.

Et que ce que dégageait son odeur était aussi fort que peu plaisant. Le kanima osa un regard en direction de Scott, histoire de vérifier si celui-ci sentait la même chose que lui. Il eut ainsi la surprise de découvrir un latino parfaitement concentré sur le cours et ses prises de notes. Scott ne lui sembla d'ailleurs pas le moins du monde concerné par l'étrange attitude de son meilleur ami, comme si celle-ci n'avait aucune importance à ses yeux ou qu'elle ne méritait pas que l'on s'attarde sur elle. Honnêtement, Jackson n'y ferait pas autant attention si Stiles ne semblait pas aussi peu en forme et si son odeur ne dégageait pas de tels effluves. De la confusion, une sorte de mal-être… Mais pas de peur ou de colère. Les deux émotions primaires – presque primales – étaient aisées à appréhender et dévoilaient partiellement leur origine de par leur simple existence. Ce que semblait ressentir Stiles était bien plus difficile à analyser. Sa pâleur, elle, ne l'était pas. Il ne lui avait pas l'air très bien remis…

Et il avait raison. Car Stiles peinait sincèrement à ne serait-ce qu'essayer de se sentir bien ou, à défaut de cela, de suivre le cours de façon normale. Ce qui était d'ordinaire pour lui une facilité relevait en ce jour de l'effort. Il ne suivait, si l'on était optimiste, pas grand-chose – et même rien, si l'on se montrait réaliste. Réfléchir, il y arrivait, mais pas suffisamment pour se considérer capable de faire quelque chose de concret. Stiles mit bien évidemment cet état confus sur le compte de cette pseudo maladie incompréhensible. Je n'ai pas de chance, se dit-il en poussant un soupir discret. C'était dingue parce que… La notion abordée par le professeur, il la reconnait et connaissait. La frustration n'en était par conséquent que plus grande tant il se savait capable de grandes choses scolairement parlant. Il avait même pour habitude de prendre de l'avance – il était clair que cette fois-ci ferait exception. Stiles hésita même très sérieusement à s'en aller dès la fin de l'heure. A quoi sa présence servirait-elle ? Pas à grand-chose, mise à part à lui éviter une absence qu'il lui faudrait justifier – auprès du lycée et de son père. Car si Noah Stilinski se montrait régulièrement complaisant avec lui, il lui arrivait parfois de devenir si rigide qu'il était impossible pour Stiles de négocier quant à une éventuelle sanction. Et ce, en particulier lorsqu'il se trouvait dans un mauvais jour. L'hyperactif le sachant tendu en ce moment n'avait pas envie de prendre le moindre risque, surtout pour une raison aussi futile qu'une espèce de rhume… Sans éternuement, sans toux, sans rien d'autre que cette faiblesse aussi étrange que généralisée. Ainsi, il tarda à l'hyperactif que sonne l'heure de la pause. Il décida alors qu'il mangerait un bout, dans l'espoir de se requinquer et par extension, de se ressaisir. Cette journée, aussi nulle soit-elle déjà, il comptait bien la passer au lycée.

Et pourtant, Stiles ne fut pas le premier à se lever lorsque le professeur les libéra tous une fois le cours achevé. Son corps lourd le traîna, tant et si bien qu'il prit son temps pour ranger ses affaires. A vrai dire, il ne se préoccupa pas de ses amis, lesquels avaient déjà commencé à sortir. Seule Lydia l'attendit à l'entrée de la salle, un air concerné peint sur le visage, tendant quelque peu vers la contrariété. Car à l'instar de Jackson, elle n'était pas aveugle.

- Tu as bien dormi, cette nuit ? Lui demanda-t-elle lorsqu'il arriva finalement à sa hauteur.

Stiles lui assura que oui – et elle ne lui trouva pas l'air menteur. Il lui paraissait juste… Atrocement fatigué.

- Je pense que… J'ai dû choper un truc nul, un truc que mon corps a du mal à encaisser. Il faisait froid, hier ? S'enquit-il.

Parce qu'il ne se souvenait pas vraiment de ce détail, qui ne l'avait pas marqué outre mesure. Puis de toute façon, il avait la fâcheuse tendance à ne pas faire attention à nombre de choses qui pouvaient avoir un certain impact sur sa vie. En outre, la météo était le cadet de ses soucis.

- Pas spécialement, lui répondit-elle en passant un bras autour du sien.

Autrefois, Stiles y aurait vu le signe d'un rapprochement de sa part : aujourd'hui, il savait qu'il ne s'agissait là que d'une démonstration amicale de cette confiance sans bornes qu'elle lui accordait. Peu de gens pouvaient se targuer d'être si bien apprécié de la divine Lydia Martin, laquelle choisissait ses fréquentations avec prudence et précision. Stiles avait appris à gagner tout autant sa sympathie et son respect : elle le lui rendait bien, faisait attention à lui sans oublier de le considérer à sa juste valeur.

- Dis-moi, est-ce qu'il s'est passé… Quelque chose que je ne saurais pas ?

Lydia faisait bien évidemment référence à ce jour si étrange, ce jour où Stiles était entré méfiant à l'intérieur de ce manoir et qu'il en était ressorti complètement ailleurs sans que personne, pas même lui, ne soit capable d'expliquer ce qu'il s'était passé. Aucun des loups-garous présents dans la bâtisse ni la coyote n'avait perçu le moindre bruit suspect. Rien.

Stiles eut l'air de sincèrement réfléchir, et les deux jeunes gens s'arrêtèrent au niveau des casiers. L'hyperactif ne le vit pas, mais Jackson se trouvait à peine à quelques pas d'eux.

- Non, je ne pense pas… Finit-il par répondre dans un souffle.

Lydia jeta presque automatiquement un regard à son ex, qui lui confirma d'un signe de tête que Stiles n'avait pas menti sur ce fait. Lorsqu'il remarqua la présence de Jackson, Stiles le salua mollement, sans qu'aucune peur ne le traverse comme elle l'avait fait à son arrivée au lycée.

Il avait totalement oublié la rayure qu'il avait faite sur sa voiture.