Kaiba et Sérénity n'étaient pas d'accord sur la façon de procéder.

Le PDG ne considérait même pas qu'elle pût avoir à donner son avis sur la question. C'était une jeune fille de seize ans qui était "civile", en gros elle n'avait rien à voir avec le Duel de Monstres ou à la rigueur les autorités de la ville, elle n'avait donc pas à se mêler plus avant de la situation.

Mais la cadette Wheeler avait bien observé Kaiba durant le peu de temps qu'ils s'étaient fréquentés. Il était fort mais devenait inconscient à chaque fois que la vie de Makuba était en jeu. Elle avait peur qu'il ne perde tous ses moyens et fonce vers la chambre du coffre-fort, sans se soucier de ce que les malfaiteurs étaient déjà à fleur de peau.

« Tu ne comprends pas, Kaiba ! protesta-t-elle en lui courant après sur les premiers mètres du trottoir. Ces gens perdaient patience contre mon frère et contre le tien aussi ! Si jamais tu débarques d'un seul coup…

-Raison de plus pour que je me dépêche, Wheeler, la coupa le Duelliste sans même la regarder. Je crois que c'est toi qui ne comprends pas. Je ne suis pas un niais irréfléchi comme ton frère ! J'ai bien assez de ressources pour sauver Makuba d'un duo de brigands de seconde zone.

-Je ne te laisserai pas dire du mal de Joey de cette façon ! … Kaiba… ! »

Le PDG était déjà loin. Ses jambes étaient beaucoup plus longues que celles de Sérénity et elle avait du mal à le suivre. Elle s'arrêta malgré le stress qui faisait tambouriner son cœur. Elle était persuadée que Kaiba faisait un mauvais choix en se précipitant comme ça sans réfléchir. Elle devait remédier à la situation du mieux qu'elle pouvait…

wowowowow

Dans la salle du coffre-fort du magasin de jouets, le Duel était presque terminé. Il était (surprenamment, ça mettrait sans doute Kaiba de très mauvaise humeur) en faveur de Joey. Le jeune homme ne pouvait s'empêcher de faire des signes de pouce rassurants à Makuba, toujours prisonnier des deux malfaiteurs, mais la crispation imperceptible de sa mâchoire parlait pour lui. Il ne pouvait pas empêcher son côté chevaleresque d'être scandalisé que ces hommes puissent s'en tirer après un coup aussi bas. S'il n'y avait pas eu la menace de cette arme, il leur aurait cassé la figure !

Y'avait peut-être moyen d'y remédier, après tout ? Quand ils seraient occupés à récupérer leur fric, ils feraient moins attention. Un coup de poing dans le nez, ça se négociait vite.

« Vous voyez ? Je vous avais bien dit que j'étais génial, se vanta Joey lorsque le dernier monstre qui fermait l'ultime verrou du coffre se vaporisa.

-Vas-y, lança le voleur armé à son comparse en désignant la porte ouverte avec la crosse du pistolet. »

Il n'y avait pas que les documents de transfert et les codes de sécurité à l'intérieur. Tout l'argent liquide y était également entreposé et Joey, même s'il pouvait donner l'impression d'un jeune homme ayant regardé un peu trop de films de cowboys, n'était pas aussi ingénu. Il avait passé une partie de son enfance dans un milieu difficile. Il savait que les types seraient déconcentrés par leur butin à portée de main et il recula avec précaution vers Makuba. Un peu en retrait, pour qu'ils le pensent livrant naturellement le passage au cambrioleur.

Son jeune ami lui jeta un coup d'œil et essaya de s'écarter lui aussi. L'homme qui le maintenait avait effectivement desserré sa prise sur lui et Joey se précipita dans sa direction. L'uppercut qu'il lui envoya le prit directement dans la mâchoire et le surprit suffisamment pour reculer, pas suffisamment pour lui faire lâcher son arme. Les choses devinrent un peu confuses pour Makuba, qui se baissa instinctivement en le voyant pointer le canon dans leur direction et sentit clairement l'impact de la balle dans le sol à travers la plante de ses pieds, ses nerfs, ses dents… Il se tourna vers Joey et essaya de le rejoindre.

« Ils ne doivent pas s'enfuir ! cria le type qui pillait le coffre-fort en dégainant son arme à son tour. »

Pendant ce temps, le jeune homme avait entrepris de mettre son ami à l'abri derrière lui. Il recula vers la porte du bureau mais, avant qu'il puisse l'ouvrir, une balle pulvérisa le loquet et condamna définitivement l'ouverture.

« C'est malin, leur jeta Joey, on est tous bloqués maintenant !

-Parce que tu crois que nous n'avions aucun plan de repli ! cria le malfaiteur. Ça ne change absolument rien. Écoute-moi bien ! Vous allez bien sagement vous asseoir près de cette table et vous attacher avec ces serre-câbles ! Si jamais tu opposes une résistance encore une fois, je te fous une balle dans la bouche ! »

Joey avait échoué une fois : il avait beau ne jamais être avare de démonstrations de sa chance, il savait quand la situation était perdue. Il posa sa main sur l'épaule de Makuba et la pressa avec force pour lui témoigner que tout irait bien. Il lui passa avec délicatesse les câbles infâmes et durs autour des poignets et laissa les preneurs d'otage en faire autant. Une fois ceci fait, ils remontèrent sur leurs visages et leurs costumes d'agents de sécurité une combinaison noire, en lainage épais, qui était pourvue de grandes ailes rigides dans le dos semblables à celles des planeurs qui faisaient du sport en se jetant des immeubles.

Ils empochèrent l'argent et s'apprêtaient à ouvrir la fenêtre pour s'enfuir lorsqu'elles devancèrent leur vœu : elles explosèrent purement et simplement, libérant une pluie de verre sur les deux hommes. Joey et Makuba fermèrent les yeux et détournèrent la tête par réflexe et manquèrent le moment où Kaiba faisait irruption dans la pièce en heurtant du genou l'un des deux malfaiteurs.

« Seto ! s'exclama l'adolescent en sentant un énorme sentiment de soulagement lui soulever la poitrine. »

Mais il ne dura pas longtemps car les voleurs n'entendaient pas se laisser faire aussi facilement. Pendant que l'un était à terre et se faisait écraser la main par Seto Kaiba, l'autre sortit son revolver, qu'il avait laissé caché, et le pointa sur Makuba.

« Non ! s'écria Joey en se tournant héroïquement sur le côté, tordant les câbles autour de ses mains, pour se mettre entre son ami et l'arme et le protéger. »

Le projectile fusa vers le dallage du bureau, rebondit dessus et frappa le Duelliste à un endroit qui pouvait être n'importe où dans son dos et se mit à saigner.

« Joey ! s'épouvanta Makuba, blanc de terreur.

-Saleté ! jura son frère, en un moment d'inattention que mirent à profit les deux malfrats. »

Ils se redressèrent, bondirent vers la fenêtre et se jetèrent dans le vide, déployant leurs ailes pour se caler sur un couloir d'air descendant et atterrir tout en douceur un peu plus loin.

« Qu'est-ce que t'attends pour les poursuivre, Kaiba ?! le houspilla Joey. Libère-nous et fonce à leurs trousses ! Ils ont volé l'argent de ces enfants !

-Non pas que ça me dérangerait de te voir la boucler définitivement, Wheeler, grinça le PDG en empoignant les liens de Makuba pour les trancher avec un cutter. Mais la Kaiba Corp. refuse toute implication dans des histoires d'homicides au sein de ses locaux. »

Il semblait donc que tout était fini pour ces orphelins, que cette année la joie que leur apportait l'entreprise de Kaiba leur serait ôtée.

En fait, ça aurait été bel et bien le cas si Sérénity n'avait pas été là. Elle voulait faire quelque chose pour son frère, pour Makuba et le sien et pour tous ceux qui dépendaient d'eux. Elle le désirait vraiment. Alors, au moment où elle avait renoncé à poursuivre Kaiba jusqu'au magasin, elle était retournée sur ses pas pour rejoindre Rébecca.

La jeune fille effectuait un stage pour la Kaiba Corp. au sein d'Elfe Myst. Distribution et elle était incroyablement douée pour pirater des trucs. Sérénity aurait bien aimé que Kaiba l'écoute; tout ce dont il avait besoin pour sauver son frère, l'argent de son magasin et accessoirement Joey se trouvait dans les locaux qu'il venait juste de déserter. Rébecca aurait pu hacker les caméras de surveillance, activer des pièges aux sorties du bâtiment quand les malfaiteurs tenteraient de s'enfuir, au moins aider le PDG, au moyen d'une oreillette, à suivre leurs mouvements !

Mais non, il s'était précipité sans réfléchir, trouvant sur le trajet elle ne savait quel moyen invraisemblable, mais au moins efficace, de parvenir auprès de Makuba et de le sauver. Elle espérait juste que cette hâte ne lui ferait pas commettre d'erreurs ! En attendant, elle avait demandé à Rébecca de pirater les caméras de surveillance, ça pouvait toujours servir de posséder des images des deux hommes.

La vidéo en direct avait été remplacée par une boucle fixe mais la jeune fille en était venue rapidement à bout. Juste à temps pour que Sérénity voie son frère se prendre une balle dans le dos.

Elle poussa un hurlement de terreur et se rattrapa au dossier du fauteuil de Rébecca. Enfonçant ses doigts dans la housse grise jusqu'à ce que ses ongles lui griffent la peau et, d'un coup, elle se redressa ses des jambes flageolantes et fonça vers la porte.

« Sérénity, attends ! la rappela son amie. Il est en train de se dis... »

Mais l'intéressée avait déjà disparu.

Elle ne se rendit pas compte qu'elle courait, courait jusqu'au magasin de jouets au point de perdre presque son souffle. Elle arriva juste au moment où Joey se faisait sortir sur le trottoir par un Kaiba de très mauvaise humeur – mais en fait, il était peut-être juste ébranlé –, des clients jaillissant du bâtiment en hurlant et un morceau de rideau plaqué dans le dos pour compresser sa blessure.

Les sirènes d'une ambulance et de deux voitures de police retentissaient au loin. Sérénity, d'une démarche maladroite sur ses jambes fauchées par le stress, zigzagua jusqu'à lui et en poussa presque Kaiba quand il l'eût assis sur le sol.

Le PDG ne se fendit même pas d'une remarque cinglante. Il se contenta d'attraper Makuba par l'épaule et de le serrer contre lui tandis que l'adolescent surveillait son ami d'un œil. Sérénity se blottit contre son frère. Le silence qui régnait sur leurs quatre silhouettes nichées deux par deux avait la texture des moments les plus intenses.