Chapitre 21 - Le calvaire mortifiant commence
Drago passa quelques jours agréables dans un état de plaisir flottant. Rien ne pouvait le mettre en colère. Il était à la dérive sur de joyeux petits nuages. Il ne se disputa pas avec sa mère au sujet des événements auxquels elle voulait qu'il assiste. Il serra Zabini dans ses bras de bon cœur lorsqu'il le croisa. Il charma un gobelin de Gringotts pour qu'on lui fasse une fleur. Au travail, il salua Potter et Weasley si gentiment qu'ils le plaquèrent au sol, convaincus qu'il était sous Imperius.
C'est alors - avec son visage sous l'aisselle de Potter - que Drago commença à réaliser que quelque chose de dangereux était à l'œuvre. Quelque chose d'indigne de la part de Drago Putain de Malefoy.
Puis le bien-être commença à refluer et la raison commença à affluer. Drago, le visage éloigné de l'aisselle moite de Potter, passa un temps considérable à se demander ce qui diable n'allait pas chez lui. S'il était honnête avec lui-même - sensation désagréable - c'était le Quelque chose avec Granger. C'était Quelque chose qu'il couvait depuis quelques semaines. Peut-être quelques mois.
Quand est-ce que ça avait commencé? Il n'en était pas sûr. Il y avait eu, maintenant qu'il regardait en arrière et tentait d'être objectif, certains moments cruciaux. Peut-être quand ils avaient dansé. Peut-être en Provence. Peut-être quand elle avait touché la cicatrice de sa Marque. Peut-être quand elle s'était magiquement épuisée pour le sauver d'une menace inexistante sur le terrain de Quidditch. Ou quand elle l'avait qualifié de force dans son analyse SWOT. C'était peut-être à l'époque où elle s'était follement enthousiasmée pour de la mousse. Il ne savait pas. Ça avait été progressif, lent et il l'avait facilement ignoré.
Cependant. Un Quelque chose de quelque sorte que ce soit entre Granger et lui était dangereux et inacceptable. Les problèmes évidents - horribles - insurmontables - de leur passif, de leurs bagages et de leur antagonisme général mis à part, elle était sa Cible, et un Quelque chose était strictement interdit entre les Aurors et leurs protégés. L'attraction était une chose, mais les sentiments (s'il devait donner un nom au Quelque Chose) étaient une violation du Code de Conduite – et du bon sens. Drago enfreignait un grand nombre de règles, mais celle-ci n'était pas de celles qu'il était prêt à bafouer. Les sentiments obscurcissaient le jugement et mettaient en danger à la fois l'Auror et la Cible. C'était irréfléchi. C'était négligent.
Et en plus – en plus ! – Drago détestait les sentiments. Ils étaient irritants et distrayants dans le meilleur des cas et une hideuse vulnérabilité dans le pire. Il avait réussi à esquiver les sentiments dans toutes ses relations avec la gent féminine, y compris ses fiançailles avec Astoria. C'était une bonne habitude à entretenir. Cela gardait les choses propres et bien rangées. Cela le maintenait insoumis et libre.
Et voilà, qu'il en avait. S'attarder à la porte de Granger et se perdre dans ses yeux parmi les glycines avait ouvert une monstrueuse boîte de Pandore. Des sentiments. Légers, mais quand même. Les pensées. Les rêveries. Elles s'approchaient de lui au moment où il s'y attendait le moins, lorsqu'il prenait son petit-déjeuner, qu'il arrêtait un sorcier maléfique ou qu'il esquivait un Cognard. Elles n'avaient absolument rien à faire dans sa tête, et pourtant elles y étaient.
Il soupirait avec nostalgie environ deux cents fois par jour. Il revivait les souvenirs d'anciennes conversations avec Granger, ces tirades qui étaient parfois de simples plaisanteries et parfois des combats. L'odeur des roses faisait larmoyer ses yeux et le rendait stupide. Il rêvait de ses baisers sur ses joues et du plaisir de son étreinte. Quand il se réveillait dur, il pensait à Granger faisant d'autres choses - des fantasmes vivaces dont il n'était pas fier après, mais, merde, ils lui venaient tout seul.
Il vérifiait quotidiennement sur son Carnet au cas où il aurait manqué un message de Granger. Pathétique. Il cherchait des raisons stupides pour lui en envoyer. Pathétique aussi. Il accordait plus d'attention à la bague que d'habitude. Encore plus pathétique. Il résista à l'envie de vérifier son emploi du temps et de se rendre là où elle se trouvait, mais le simple fait qu'il ait pu avoir cette envie était atrocement pathétique.
Le pathétique était omniprésent depuis la nuit sous les glycines. Il lui fallait une rectification immédiate.
Drago organisa une réunion d'urgence avec Théo.
ooo
Ils se rencontrèrent au domaine Nott, quelques jours après que Drago ait traîné à la porte de Granger. Drago avait tout d'un personnage dramatique à faire les cent pas dans le salon, ses robes noires flottant derrière lui. À ce stade, il était très fâché de la situation.
Pendant ce temps, Théo, étant un type oisif (contrairement à Drago, qui était une bête de travail) était allongé sur une chaise, un verre à la main. Étant inutile, comme toujours.
"Si tu me disais qui c'était, je pourrais peut-être mieux te conseiller," dit Théo.
"Je ne veux pas de tes conseils."
"Alors qu'est-ce que tu veux de moi ?"
"Je veux - j'ai besoin - je ne sais pas - d'un seau d'eau froide dans la figure."
Théo agita sa baguette. Un seau, contenant de l'eau glacée, apparut. Drago le fit disparaître d'un geste. "Pas littéralement, espèce d'idiot."
Théo parut humilié. "Tu m'envoie des messages terriblement contradictoires. Je veux juste aider."
"J'ai besoin d'une potion anti-amour." Drago s'arrêta brusquement. "Est-ce que ça existe ? Une potion de haine."
"Qui voulons nous détester ?" demanda Théo. "On déteste déjà tout le monde, de toute façon, non ?"
"Oui. Sauf elle. Mais j'ai besoin de la détester. Enfin - peut-être pas détester. Ne pas l'aimer. Ou - ou plutôt continuer de me désintéresser d'elle. Pas l'aimer, en tout cas."
Théo prit une gorgée de vin. "Pourquoi ?"
"Parce que je suis Drago Putain de Malefoy, et je ne donne pas dans les putains de petites implications émotionnelles avec - avec cette putain de -"
"Qui ?"
"Elle."
"Peut-être que tu devrais. Tu pourrais trouver ça plus spirituellement enrichissant que tes habituels coups d'un soir."
"Je n'ai pas besoin d'enrichissement spirituel."
"Mmh. Je ne suis pas d'accord."
Drago ricana, refit quelques pas, puis passa une main dans ses cheveux. "C'est grave."
"Grave à quel point ?"
"Grave. Des rêveries. Des rêveries. Moi !"
"Ooh," dit Théo en se tortillant avec délice. "Parle moi de tes rêveries."
"Non."
"Est-ce que ce sont des rêveries du genre baiser au clair de lune ? Ou des fanstasmes coquins avec elle au lit ? Ou - oups ! - de mariage et d'enfants ?"
"Ferme la."
"Tout ça à la fois, alors," dit Théo. Il mangea un raisin, l'air satisfait.
"Rien de tout ça. Va te faire foutre."
Drago fila vers un coin de la pièce, y bouda pendant un moment, puis revint vers Théo. "Il y a des centaines - des milliers - de raisons pour lesquelles je ne devrais pas avoir ces sentiments."
"Énumère-moi ces raisons."
"Non."
"Mais je veux voir si elles sont valides."
"Tu devinerais qui c'est en un instant. Non."
"J'ai déjà deviné", dit Théo. "C'est plus affaire de confirmer ma théorie."
"Quelle est ta théorie ? En fait, je ne veux pas savoir. Ne réponds pas."
"Es-tu en train d'Occluder ?" demanda Théo.
"Oui."
"Pas la peine. Je ne suis pas un Légilimens."
"C'est plus facile de penser à ces idioties sans - eurk - sentiments."
"Est-ce qu'elle te rendrait heureux ?"
"Non. On peut à peine supporter la vue l'un de l'autre. Nous sommes fondamentalement incompatibles."
Théo pressa ses mains contre son torse. "Oh, c'est délicieux. Bien plus intéressant que tes sordides histoires habituelles. Dans le top trois, au moins."
"Je suis désolé, je n'avais pas réalisé que nous classions mes flirts."
"Si, si." Théo mangea un autre raisin. "Par pure curiosité intellectuelle, est-ce qu'elle rendrait ta mère heureuse ?"
Drago s'arrêta et réfléchit un moment. Il dit finalement. "Je n'en ai pas la moindre idée."
"Hm," dit Théo. "Ça ne va pas dans le sens de ma théorie."
"Bien."
Drago reprit ses allers-retours agités à travers le salon. Ses robes tourbillonnantes attrapèrent la bouteille de vin de Théo et elle se brisa contre un mur.
Théo siffla. "Tu as de la chance que j'en avait déjà bu une bonne partie. Elle a été mise à vieillir à l'époque ou je n'étais encore qu'une sorte de zygote. Et maintenant regarde ça - elle disparaît parce que Drago Malefoy a un béguin.
Drago fit disparaître les éclats de verre. "Ce n'est pas un béguin."
"Alors qu'est ce que c'est ?"
"C'est - d'accord. D'accord. C'est un foutu béguin."
"Quand la vois-tu la prochaine fois ?"
"Je ne sais pas. Je n'en ai pas envie. Je pense que c'est mieux si je ne la vois plus du tout. Le temps que ça se dissipe."
"L'absence attise l'affection," dit Théo.
"Alors qu'est-ce que tu suggères ? Je ne veux pas la revoir ; je ne vais être qu'un fou aux yeux brillants essayant de trouver une excuse pour mettre une fleur dans ses cheveux."
"Je te dirais bien de trouver quelqu'un pour te distraire, mais j'ai l'impression que c'était ta première intention et que ça a été un échec retentissant."
Le fait que Théo ait raison l'irrita profondément. "Et comment tu sais ça ?"
"Les rumeurs vont vite. Tu as éconduit un bon nombre de sorcières ces derniers mois, tu sais. Tu as heurté des sensibilités."
"Ah."
"Apparemment tu es devenu difficile. Certaines blâment Narcissa de te freiner. D'autres ont fait l'hypothèse que tu avais commencé à te chercher une épouse. Luella suggère une soudaine impuissance."
"Quelle sorcière charmante, celle-là."
"Que devrais-je dire, la prochaine fois que j'entends ta réputation se faire ternir ?"
"Ma mère fait une excuse bien pratique."
"D'accord." Théo invoqua une autre bouteille de vin et la plaça loin de Drago. "Tu n'en veux vraiment pas ? Ou ces allers-retours dramatiques te font office de libation ce soir ?"
"Je ne peux pas," dit Drago. "G- Ma Guérisseuse a dit que je devais rester sobre pendant deux semaines. J'en ai encore jusqu'à mardi."
"Pauvre chéri. Je vais en boire pour toi, alors. Et parle-moi de ta Guérisseuse - c'est Granger, n'est-ce pas ? Apparemment c'était un sacré coup de génie, ce qu'elle a fait pour te sauver."
"C'était elle oui." Drago s'efforça de paraître nonchalant. "Elle a tenté de m'expliquer mais je ne peux pas prétendre avoir compris un seul mot. Des méthodes moldues, tu sais. Mes yeux étaient plutôt vitreux."
"Tu dois te sentir tellement reconnaissant envers elle."
Drago regarda Théo, mais Théo semblait poursuivre innocemment ses interrogations. "Bien sûr. Je vais faire une contribution à Sainte Mangouste en remerciement."
"Vous travaillez toujours ensemble ?"
"Oui," dit Drago. "Où veux-tu en venir avec ça ?"
"Nulle part," dit Théo. "J'ai juste entendu dire qu'elle était extraordinaire."
"D'accord."
"Je devrais l'inviter à ma prochaine fête." réfléchit Théo. "Présenter à tout le monde la sorcière qui a sauvé la vie de notre Drago."
Drago, assez certain qu'il le taquinait à présent, renifla simplement. "Si tu penses qu'une Guérisseuse je-sais-tout serait une addition intéressante à notre groupe habituel."
"Je pense qu'elle pourrait l'être. Et penses-y - tu pourrais danser avec elle et choquer Luella à la vue de Granger blottie contre toi-"
Drago resta sourd au reste de la phrase ; ses fonctions cognitives étaient entièrement occupées par la charmante idée de tenir Granger dans ses bras. Encore une robe dos nu, certainement. En vert c'était bien. Ou noir ? Elle serait probablement ravissante en noir. Et des talons qui amèneraient à la bonne hauteur pour -
Non. Putain.
"Bien," dit Drago, sèchement, pour cacher sa rêverie imbécile. "Je m'en vais. Tu as prouvé que tu étais assez inutile."
"Je pourrais t'aider à trouver une sorte de potion de haine. Mais tu sais que ses effets ne seraient que temporaires."
"Comme j'ai dit : inutile."
"Je pense qu'elle est très chanceuse, personnellement," dit Théo, s'adossant à sa chaise. "Qui qu'elle soit. Je ne t'ai jamais vu développer quelque chose de plus romantique pour une sorcière qu'un désir de juter partout sur ses seins."
"Et toi ?"
"J'ai aimé et perdu," dit Théo avec un soupir tragique.
"Et juté."
"Oh oui."
Drago pressa ses doigts sur ses sourcils. "J'ai besoin d'aller directement à la partie où je perds et de continuer ma vie."
"Si vous deux êtes aussi incompatibles que tu le dis, je suis certain qu'elle va bientôt t'insulter de façon impardonnable et éteindre la flamme de la tentation qui brûle dans ton cœur. À ce stade, les sentiments sont délicats."
"Elle m'a traité de goule opportuniste et je l'ai presque embrassée."
"Mon dieu."
"Ses yeux étaient en feu; elle était à deux doigts de m'étrangler. C'était surprenament excitant."
"Oh la la," souffla Théo. "Tu deviens lyrique au sujet des yeux. C'est dangereux."
"Ah oui ?"
"Terriblement. Tu tenteras les sonnets la prochaine fois. Et ça ne sera plus un béguin, ça sera de l'amour."
Drago frissonna. "Putain de bordel de merde, non."
Théo posa son verre avec une grande finalité. "Je ne lirai pas tes poèmes, si cela arrive. Je te le dis tout de suite, je refuse. Ils seront absolument horribles."
"Il n'y aura pas de foutus poèmes," dit Drago. "Je devrais peut-être y aller par la force. Lorsque que les pensées surgissent, je n'ai qu'à simplement les réprimer."
"Les réprimer ."
"Oui."
"Ça ne m'a pas l'air très sain, mon jeune ami," dit Théo, cueillant un raisin. "Mais qu'est-ce que j'en sais."
"Rien, comme cette conversation nous l'a clairement prouvé. Je m'en vais. Je n'ai pas besoin de te demander de garder ça pour toi."
"Evidemment."
"Je devrais te lancer un Oubliettes, juste au cas où."
"Mais je ne me souviendrais pas de la meilleure façon de te défendre contre les calomnies de Luella."
"Bah," dit Drago, sortant du salon à grands pas.
"Passe le bonjour à Hermione," lui cria Théo.
"Va te faire foutre."
ooo
Au cours des semaines suivantes, Drago fut satisfait de lui-même - la Répression fonctionnait. À chaque fois que son esprit s'égarait vers Granger, il redirigeait violemment ses pensées vers d'autres choses. Travail. Investissements. Dîners d'affaires. Venin de Nundu. Voldemort. Tonks. Il développa un véritable arsenal de sujets pour contrer les pensées suspectes, incluant les souvenirs d'yeux sombres, de frôlements du bout des doigts ou des conversations par-dessus des tables parsemées de roses.
Granger et lui parlaient peu, avec seulement quelques messages occasionnels de sa part pour l'informer de sa participation à des événements publics ou à des déplacements en dehors de la ville. De Larsen, il n'entendit plus rien. Granger dit que l'homme était devenu distant et ne semblait plus intéressé pour la rencontrer. Drago prit cela comme une bonne nouvelle, même si le Viking et son intérêt pour Granger lui pesaient toujours. Il ajouta nonchalamment la description de Larsen à la liste des personnes d'intérêt des Aurors, avec un mot indiquant de le contacter immédiatement si cet individu était repéré sur le sol anglais.
Drago se convainquit que le Quelque Chose n'avait, après tout, rien été du tout - une erreur de jugement momentanée, un regrettable béguin d'été.
Il était si confiant - ou peut-être désireux de se le prouver - que quand Granger l'informa de sa prochaine expédition aux astérisques, il décida de l'escorter.
Vraiment ? dit Granger. C'est Poudlard.
Ça a rapport avec ton projet, dit Drago.
Très bien. Mais ne me reproche pas de t'ennuyer à mort. Mardi 1er aout, 16h, Pré-au-lard.
Drago se dit que son impatience pour le rendez-vous était simplement due au fait que c'était une fin agréable et facile au programme de son lundi, qui consistait en une visite à Sainte Mangouste pour une voir le service Janus Obavard avec les responsables de l'hôpital, suivi d'une partie de chasse au Nécromancien.
Ainsi passèrent les derniers jours de juillet et ce fut le premier août : Lughnasadh.
C'était une journée offensivement lundesque. C'était lundi, mais ce jour n'avait pas à être si odieux à ce propos. Quoi qu'il en soit, Drago se retrouva à Sainte Mangouste, se préparant à visiter l'aile Janus Obavard à l'heure détestable de neuf heures du matin.
Il était accompagné d'une horde d'administrateurs et de membres du conseil de Sainte Mangouste, qui avaient tous entendu parler de la visite de Mr. Drago Malefoy en vue d'un don substantiel à l'hôpital. La foule s'affairait et bavardait avec suffisance sur le plaisir de cette visite du service alors qu'ils montaient les escaliers jusqu'au quatrième étage.
Drago avait été présenté aux membres les plus importants de la horde, dont Hippocrate Smethwyck (un Guérisseur aux manières douces récemment nommé à la tête de Sainte Mangouste) et quelques membres du conseil d'administration.
Le parasite connu sous le nom de McLaggen avait même jugé bon de les honorer de sa présence. Drago lui serra la main et lui demanda comment allait sa vieille caboche - les commotions cérébrales étaient une affaire sérieuse, vous savez. McLaggen était un peu froid, et le devint encore plus lorsqu'il apprit, de la conversation générale, que le don de Drago résultait du travail extraordinaire de la Guérisseuse Granger.
"Oui", déclara Smethwyck. "Elle est assez peu traditionnelle dans certaines de ses approches - et Dieu merci pour cela, hein, Mr. Malefoy ? La Guérisseuse Granger est un grand atout pour notre hôpital."
"Peu traditionnelle de quelle façon ?" s'enquit un membre du conseil. Drago pensait que son nom devait être Penlington.
"Elle est autant médecin que Guérisseuse," dit Smethwyck.
"Vous voulez dire un des fous du scalpel moldu ?" demanda Penlington, sa moustache se hérissant de façon alarmée.
"Oui," dit Smethwyck. "Mais elle est aussi une Guérisseuse diplômée, bien sûr. Son score à l'examen final a même dépassé celui de Gummidge -"
"Un médecin, vous dites ? Permettons-nous ce genre de pratique à Sainte Mangouste ? Je n'en avais aucune idée," dit un autre membre du conseil.
"Est ce que les patients qu'elle voit sont informés de ce fait ?" demanda quelqu'un d'autre. "Ne devaient-ils pas le savoir ?"
Il y eut un murmure général de déconcertation parmi la horde. Drago sentit que quelques commentaires désobligeants bouillonnaient - mais de façon subtile, vous savez. Suggérant qu'ils étaient choqués ; mais que, bien sûr, si la Guérisseuse Granger était autorisée à continuer ses activités, c'était que ça allait. Bien sûr. Il ne s'agissait pas du fait qu'elle soit née-moldue, ou quoi que ce soit, c'était simplement l'expression d'une inquiétude et d'une surprise quant au fait qu'il était assez peu sorcier d'avoir un médecin moldu parmi le personnel. Le fait qu'elle soit une Guérisseuse sorcière pleinement qualifiée semblait n'être qu'anecdotique.
Drago connaissait ces subtilités. Il était habitué à les manier, dans les cercles où de telles choses ne se disaient pas, mais s'insinuaient silencieusement.
"Je suis en vie aujourd'hui grâce aux approches assez peu traditionnelles de la Guérisseuse Granger," dit Drago, sa voix tranchant les murmures. "Si elle s'en était tenue à nos méthodes de Guérison, comme les trois Guérisseurs qui m'ont vu avant qu'elle arrive, le traitement aurait consisté à crier qu'il n'y avait pas d'antidote. Et je serais mort."
"Tout à fait, tout à fait," approuva Smethwyck.
Drago se tourna vers les membres du conseil. "C'est la Guérisseuse Granger qui m'a demander d'adresser mon don à Sainte Mangouste. Je n'en avais aucune intention ; je voulais avancer les fonds pour son entreprise de recherche à Cambridge. J'espère que vous la remercierez, la prochaine fois que vous la verrez."
Il y eut un murmure d'assentiment et beaucoup de hochements de tête. Quelques membres du conseil avaient l'air embarrassé, certains avaient l'air réellement confus que Drago Malefoy, d'entre tous, défende catégoriquement une Guérisseuse ayant une ascendance moldue.
McLaggen observait Drago pensivement.
Une activité dangereuse.
Cela coupa tout murmure. Les membres du conseil étaient tous des hommes d'affaires ou des politiciens ; ils pouvaient sentir l'argent de Drago et se comporteraient en accord avec lui.
Enfin, ils arrivèrent au quatrième étage. Granger n'avait pas exagéré en décrivant l'aile des soins longue durée comme sombre. Alors qu'ils passait la porte, Drago remarqua que le J et le O manquaient sur le panneau, qui proclamait poussièreusement :
Aile
anus
bavard
Drago le regarda gravement.
Les membres du conseil eurent l'air perturbé.
Smethwyck les conduisit à travers l'aile, commentant leur progression avec des détails sur le nombre de lits, les Guérisseurs par patient, la durée moyenne de séjour et d'autres faits qui auraient probablement captivé Granger (pas que Drago ne pense à elle, car il Réprimait).
Il y avait trente lits à ossature métallique, tous séparés par des cloisons en toile crasseuse. Il y avait deux salles de bains fatiguées mais propres, équipées de toilettes et d'une douche. Le sol était en carrelage usé, à travers lequel s'étendaient des chemins légèrement creusés aux endroits les plus empruntés. Il n'y avait qu'une seule fenêtre, au fond de la salle, sous laquelle quelques plantes filandreuses survivaient vaillamment.
L'étage tout entier sentait l'oubli ; comme un espace de stockage pour les choses qui n'avaient plus d'utilité mais qui ne pouvaient pas vraiment être jetées.
Les patients étaient variés - certains très âgés, d'autres jeunes. Environ la moitié étaient des victimes de la guerre, atteints de maux résiduels incurables. Même Drago fut touché à la vue de certains patients : il repéra le garçon Crivey (maintenant un petit homme apathique), Lavande Brown (tellement ravagée que presque méconnaissable), Michael Corner (luttant contre des sangles), Mitchell quelque-chose de Poufsouffle (s'adressant à un mur à voix basse), et d'autres qu'il ne pouvait pas nommer.
D'autres lits étaient entourés de rideaux tirés. Une voix s'éleva derrière l'un d'eux, douce, triste et familière, mais Drago n'arriva pas à la remettre. Un enfant répondit.
Une Guérisseuse au visage sombre et son assistant passaient d'un lit à l'autre. Quelques patients avaient des visiteurs. Ils regardèrent avec surprise Drago et le groupe inhabituellement nombreux et bruyant autour de lui. Il comprenait pourquoi ; il avait le sentiment que cette salle était généralement un endroit calme et abandonné.
Granger avait voulu un piano.
Le groupe finit sa visite et se rassembla près de la fenêtre, ce qui était de loin l'endroit le moins lugubre.
Smethwyck regardait Drago avec une sorte d'effroi, attendant son jugement. Cependant, ce n'était pas Smethwyck qui tenait les cordons de la bourse, c'était le Conseil d'administration. Ce fut cette collection d'hommes moustachus qui reçut le plus gros de la censure de Drago.
Il ne haussa pas le ton, mais ses questions étaient mordantes : y avait-il une raison pour laquelle le Conseil n'avait pas jugé bon d'injecter des fonds dans cette aile depuis, selon toutes apparences, 1903 ? Pourquoi les fonds destinés à la maintenance et à l'entretien n'avaient-ils pas été affectés ici ? Avaient-ils été détournés ailleurs ? Trop de déjeuners et de dîners du Conseil d'administration au Seneca, peut-être ? Le Conseil n'avait-il pas effectué des visites régulières à l'hôpital ? Considéraient-ils cette aile comme acceptable ? Pourquoi cela semblait-il être la première fois qu'ils venaient ici ? Pourquoi n'y avait-il de budget que pour 1,5 Guérisseurs dans cette salle, alors que le café à l'étage offrait du chocolat chaud Porcelana ? Pourquoi les vaillants survivants de la guerre n'avaient-ils qu'une seule fenêtre et pas de baignoire ? Pourquoi, pour l'amour de Merlin, ne pouvaient-ils pas remplacer ce foutu « J » sur la porte d'entrée ?
Le groupe se tenait à présent dans des poses mortifiées ou coupables.
"Bien," dit Drago. "Nous pouvons faire mieux que ça."
Il se tourna vers Smethwyck. "Je vais vous faire une importante injection de liquidités. Vous comprenez ?"
"Oui," dit Smethwyck.
"Ça sera le premier don à l'hôpital d'une telle magnitude."
"Tr- très bien."
"Ça sera transformationnel."
"Oui, Mr. Malefoy, merci-"
"Il y aura des conditions attachées."
"Des conditions ?"
"Des conditions. Des stipulations. Sur le recrutement. Sur la remise à neuf. Sur les opérations. Et il y aura -" Drago jeta un œil noir aux membres du Conseil "- des garanties mises en place pour éviter les fuites."
"Oui, Mr Malefoy, bien sûr-"
"Voilà," dit Drago, pressant une épaisse enveloppe dans les mains de Smethwyck. "Les détails et les stipulations. J'attend que vous me recontactiez avec un plan."
"Oh, excellent - merveilleux - Mr. Malefoy, je - comment pouvons-nous vous remercier -"
"Ne me remerciez pas. Remerciez Granger. C'est pour elle."
Drago sortit à grands pas.
Des regards ébahis le suivirent jusqu'à la porte.
Il entendit Smethwyck ouvrir l'enveloppe.
Il y eut une exclamation suivie de ce qui semblait être le bruit de Smethwyck tombant dans les pommes.
