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Notes de l'Auteure :

J'étais à Belfast du mercredi 10 avril au samedi 13 avril 2024, avec ma sœur. Je suis rentrée chez moi, à Drogheda, le dimanche 14, et hier, j'ai commencé à écrire une histoire 'originale' (qui ne vient pas d'un cauchemar) que je vais devoir mettre de côté, car...

... Hey bien, oui, je me souviens de l'horrible cauchemar de cette nuit. Comme toujours, j'en ai fait plusieurs, mais je vais écrire celui qui est apparu ce matin. J'utiliserai la chanson :

'Quitter Bruxelles' de Najoua Belyzel. Pour illustrer mon songe, car elle passait sur 'Radio Alisone' dans le Palais Mental ce matin, et que les paroles correspondent plutôt bien au cauchemar...

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'Quitter Bruxelles, prendre la mer, partir incomprise,

Suivre l'étoile inaccessible, cap sur les Marquises,

Là où tu es, rien ne s'achève,

Je fais en boucle le même rêve.'

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Je devais y arriver.

Je n'avais pas le choix. Je devais le ramener à moi.

Mick Davies.

Mon mari.

Il faisait nuit noire, seul la lune et quelques étoiles éclairaient le ciel sombre. J'étais enfermé dans une voiture louée, à relire encore et encore le même sortilège écrit à l'encre de Chine sur l'énorme grimoire de Nécromancie que je tenais entre mes mains tremblantes. Je connaissais le sort par cœur et j'avais les artefacts en ma possession.

Cette nuit-là, je portais une étrange robe. D'ailleurs, je ne suis pas sûr de pouvoir appeler ce vêtement une 'robe'.

Déjà, j'étais nu-pieds. La couleur de ma parure était d'un or pur, aux reflets ambrés, donnant un petit air de tenue de soirée. C'était comme un bustier, qui enveloppait ma poitrine, en s'attachant dans le dos, sans aucune manche, ni bretelle. Le tissu, très fin, tombait jusqu'à mes hanches, s'arrêtant tout juste au-dessus de mes genoux. Je portais des sous-vêtements, évidemment, mais la robe courte laissait apparaître ma peau blanche, pâle, ainsi que mes os saillants. J'avais toujours mes longs cheveux châtains, noués en plusieurs tresses fines, ce qui donnait un peu plus de volume à ma chevelure. Certes, la robe faisait apparaître mon corps et ma maigreur, mais je me fichais éperdument de ma tenue, j'avais une chose bien plus importante à faire...

Avant qu'elle ne me retrouve...

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'Nager sans fin, toujours plus loin, trouver ton asile,

Croiser Gauguin sur mon chemin, ton dernier vigile,

Et pour m'offrir à ta lumière,

Nue, je m'allonge sur la pierre.'

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J'ai quitté la voiture, en tenant entre mes doigts les deux artefacts :

Une bague en or blanc, surmontée d'un diamant étincelant, ainsi qu'une alliance.

La sienne. Celle de Mick.

J'ai marché, toujours nu-pieds, sur le sol froid. J'ai poussé l'énorme porte en fer forgé d'un noir ébène, sur laquelle des lettres gothiques indiquaient :

'Cimetière'.

Le portail grinça dans la nuit. J'ai longé le petit chemin de graviers, jusqu'à arriver devant la tombe qui m'intéressait :

Rest In Peace

Michael Davies

24.09.1982 / 08.04.2024

My Love

Un courant d'air glacé parcourut mon échine, ce qui me rassura. En me tournant, je souris jusqu'aux oreilles.

- Mick !

Oui, le fantôme de mon mari se tenait là, debout devant moi, flottant à quelques centimètres du sol de graviers. La lune et les étoiles illuminèrent son esprit, transparent dans la nuit noire, mais je pouvais facilement discerner ses traits fins, ses cheveux ébène, ses yeux translucides, sa chemise blanche et sa barbe de trois jours. Même en fantôme, il paraissait fatigué, éreinté par l'autre côté du Monde.

J'aurais voulu me jeter dans ses bras, mais je savais pertinemment que je passerais au travers.

- Alisone... Nous devons nous dépêcher... Elle arrive... Et le jour va bientôt se lever...

J'acquiesçai en me mettant au travail.

J'allais déchirer la fabrique entre les réalités, pour ramener Mick. Je devais attendre le moment parfait, lorsque la lune se coucherait et que le soleil se lèverait, ces quelques seconde pendant l'aube, qui mélangeait nuit et jour.

J'avais l'alliance de Mick dans ma main gauche et la bague de diamant dans la droite. Je me suis tenue debout sur la tombe de Mick, fraîchement retournée pour l'occasion, mes pieds nus s'enfonçaient dans la terre.

Je m'apprêtais à réciter mon sort, lorsque j'ai entendu au loin, porté par le vent de la nuit, une voiture se garer sur le parking du cimetière.

Mick paniqua.

- C'est elle. Elle est là...

Oh, non...

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'Me jeter à l'eau, over the rainbow,

Comment te dire ? Je t'ai dans la peau,

Mon cœur se déchire, le ciel peut mourir,

J'suis sous l'emprise de tes mots.'

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Antonia Bevell, ma rivale, voulait elle aussi utiliser MON sort de résurrection, pour ramener Arthur Ketch à la vie. Mais une seule personne pouvait revenir du Royaume des Morts, et que le Diable m'en soit témoin : Mick serait cette personne !

Pas Arthur.

Cependant, l'heure n'était pas encore parfaite pour jeter mon sortilège, alors lorsque l'horrible Antonia se mit à courir dans le cimetière pour se poster devant moi, un sourire sadique illumina son visage.

- Oh, Alisone... N'y pense même pas ! Le sort ramera Arthur, pas Mick...

Le fantôme de mon mari flotta à ma gauche. Un mauvais rictus déforma le visage d'Antonia, qui marcha lentement vers moi, malgré ses hauts talons aiguilles.

- Sale petite Sorcière... Qu'est-ce que tu crois ? Moi aussi, j'ai fait mes devoirs et je connais deux ou trois sortilèges...

J'allais lancer un sort, lorsqu'elle me devança en hurlant :

- Awendaþ eft wansæliga neat !

Une puissante force me décrocha de la tombe de Mick. Durant quelques secondes, je volais dans l'air froid de la nuit, jusqu'à violemment tomber sur le chemin de gravier, cinq mètres plus loin. Allongée de tout mon long sur le dos, j'ai utilisé mes coudes pour me relever et découvrir, avec horreur, Antonia se diriger vers la tombe d'Arthur.

Oh, non...

J'allais enfin me relever pour me battre, mais Antonia jeta un second sort contre moi :

- Flíeh on nu moras !

Soudain, je découvris avec horreurs, des longues lianes qui paraissaient noires en pleine nuit, quitter les racines des grands arbres du cimetière, pour slalomer vers moi. J'étais toujours allongée sur le dos, sur les graviers, lorsque les tiges s'acheminèrent vers moi. J'entamai mon sort :

- Hleap on bæ...

Sans avoir le temps de le terminer et de le jeter, j'en ai peur, car les lianes arrivèrent de tous les côtés. Certaines s'enroulèrent d'abord autour de mes jambes, m'empêchèrent ainsi de bouger, puis autour de mes bras et poignets pour finir autour de ma bouche, me privant de ma voix pour lancer mes sorts.

Pendant ce temps, Antonia sortait son propre grimoire et ses propres artefacts, pour utiliser MON sort afin de ramener Arthur à la vie.

Non...

Je me débattais comme une folle contre les lianes. Mais plus je tirai sur ces dernières et plus elles resserraient leurs forces sur ma peau et mes os. Elles commençaient à m'étouffer et à faire craquer mes articulations. Des larmes de douleur coulèrent le long de mes joues, tandis que Mick hurlait contre Antonia, sans pouvoir la toucher.

L'aube n'allait pas tarder à arriver, avec elle les quelques secondes utiles à mon sort. Je devais agir vite.

Très vite...

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'Me jeter à l'eau, over the rainbow,

Comment te dire ? Je t'ai dans la peau,

Mon cœur se déchire, le ciel peut mourir,

J'suis sous l'emprise de tes mots.'

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Mick utilisa toute son énergie pour interagir avec le corps vivant de notre ennemie. Je pense que de me voir à la merci de ses sorts, engloutis sous les tiges des Enfers qui m'étouffaient, cela lui donna toute la force nécessaire pour passer sa main au travers de la poitrine de l'Anglaise.

Bien sûr, sa main traversa tout son corps, mais il réussit à atteindre son cœur (apparemment, elle en avait un) pour lui faire le plus mal possible.

Son souffle se coupa et, durant quelques secondes, il lui était impossible de se concentrer sur sa magie noire. Pendant ce court laps de temps, les lianes des plantes n'exerçaient plus d'emprise sur moi. J'en ai ainsi profité pour me sortir de ce piège, me relevant le plus vite possible, en hurlant dans la nuit :

- Ablinn ðu forlæte ðu nu !

Ce fut au tour d'Antonia de se faire propulser loin de la tombe d'Arthur.

Il était temps, car l'aube arrivait. Je n'ai pas perdu plus de temps, j'ai attrapé mes deux artefacts et je me suis ancrée à nouveau dans le parterre au-dessus du cercueil de Mick. La lune se couchait devant moi, tandis que les rayons du soleil commençaient à percer le ciel noir. J'ai levé mes mains en l'air, chacune tenait un artefact. J'ai fermé les yeux pour me concentrer sur mon long sortilège :

- Blah khien barrah fweelah. Blah khien aiza krum. Aloe khio bragam harah eefnell. Broe floe mesing lah, breeyoolah naaadryu. Broilin sar akhwah, roe hagroe nonestroe. Broilin sar akhwah, mortsin danah dradeh. Broilin sar akhwah, noe. Weeben proe, proe sah yakmah, haryay nakhah !

La lune éclaira pour la dernière fois l'alliance de Mick, tandis que le soleil illumina pour la première fois le diamant, qui étincela dans tout le cimetière.

Le fantôme de Mick, juste à côté de moi, ressentit les effets de la magie que je venais d'activer.

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'Mon océan, mon archipel, ma terre promise,

Sous ton manteau, à fleur de peau, se cache une église,

Où je viendrai nourrir moi-même,

Auprès de toi les chrysanthèmes.'

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Une vive lumière nous aveugla quelques secondes.

Puis, enfin, le soleil se leva et le cimetière fut bercé par les rayons de l'aube. L'alliance de Mick disparut de ma main.

Pleine d'espoir, je me suis retournée et j'ai découvert une chose merveilleuse :

Le fantôme transparent de Mick commençait à reprendre des couleurs, son corps se matérialisa petit à petit, pour revenir dans le Royaume des vivants.

- MICK !

Je souris jusqu'aux oreilles, en découvrant mon mari revenir à moi. Son alliance apparut à l'annulaire de sa main gauche, tandis que les rayons du diamant étincelant terminèrent de recréer sa personne.

Lorsqu'il revint pour de bon dans la réalité, la bague et sa gemme se brisèrent, et je me suis jetée dans les bras de mon amour.

Je ne suis pas passée au travers, au lieu de ça, il m'a enlacé de toutes ses forces, comme pour se raccrocher à moi, pour vraiment comprendre que tout cela était réel.

Oui.

C'était réel.

Nous nous sommes embrassés passionnément, au milieu des tombes.

Tout à coup, un bruit.

Un hurlement dans le matin.

En nous retournant, nous découvrîmes avec horreur Antonia Bevell, se relevant, avec colère, nous tuant du regard.

Elle voulait d'ailleurs nous tuer pour de bon...

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Puis, je me suis réveillée...

Il était 6h15 et je devais me lever.

J'étais allongée sur le dos, le long de mon lit, comme dans mon cauchemar, sur les graviers du cimetière...
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16.04.2024

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