Check Mate DxD

Chapitre 135 : Procès d'Intention/Ito no Saiban

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Draco descendit les marches menant au cachot en prenant bien garde à ne pas montrer de nervosité. Il savait qu'il était suivi. Alors qu'il se trouvait dans les escaliers du Grand Hall, il avait senti un frisson et sa nuque s'était mise à le picoter. Il ne s'était pas retourné pour ne pas alerter l'homme. Il avait conservé son allure et continué son trajet.

Il arriva devant la paroi qui dissimulait l'entrée des Souterrains de Serpentards et murmura le mot de passe, "Voltiflor". Comme c'était Severus qui le choisissait, c'était toujours des noms d'ingrédients ou de potions rares. C'était à la fois prévisible et complexe puisque généralement, on n'entendait pas ces noms en cours. Il y avait donc peu de possibilités d'intrusion.

Le mur s'ouvrit et Draco pénétra dans la pièce. Heureusement, il n'y avait personne.

De son côté, Maugrey Fol'Oeil regarda le jeune garçon disparaitre dans sa Salle Commune. Dumbledore lui avait dit qu'il n'était pas nécessaire de s'intéresser à lui. Au contraire même, puisqu'il s'agissait d'un proche du Prince, il préférait qu'il soit laissé tranquille. Mais l'Ancien Auror se méfiait de lui. C'était le fils de Lucius Malefoy après tout et les chiens ne faisaient pas des chats. Son vieil ami avait beau lui avoir dit qu'il ne possédait de toute façon plus le statut pour faire quoi que ce soit, il n'avait pas confiance. Même s'il semblait presque totalement ostracisé par sa maison, tout cela pouvait n'être qu'un complot.

Sauf que ça, Maugrey n'en était pas sûr. Il avait surpris des réunions secrètes entre lui et le rejeton du Clan Zabini. Il y avait des rumeurs que son père était un Mangemort. Lady Zabini, elle, clamait sa neutralité, mais c'était comme les Blacks, une des familles sombres adeptes de la Magie Noire. L'exclusion du morveux Malefoy pouvait donc être une ruse afin de faire baisser sa garde au Prince et pouvoir le manipuler tout en continuant à donner des ordres à toutes les apprenties Mangemorts comme le faisait son géniteur à l'époque.

Dumbledore était naïf de négliger ce gamin parce qu'il pensait que son emprise sur le futur Roi était absolue. Mais ce n'était pas son cas. Il s'était fait avoir une fois, mais pas deux. "Vigilance constante". Il devait donc poursuivre sa surveillance afin de le prendre la maison dans le sac. Malheureusement, cela semblait assez difficile ces derniers temps. Il avait essayé à plusieurs reprises de le filer, mais il parvenait toujours à s'échapper. Soit il empruntait un passage secret (ceux-ci lui étant fermé pour il ne savait quelle raison même s'il suspectait de la Magie Noire) soit il disparaissait complètement (encore une fois à l'aide de la Magie Noire, il en était certain).

C'était par hasard qu'il était tombé sur lui et avait décidé de le suivre. Mais quand il avait vu qu'il se rendait tout simplement dans son antre de serpent visqueux, il s'était rendu compte qu'il ne pourrait pas aller plus loin. Il avait interdiction d'entrer dans les salles communes des élèves, surtout celle de Serpentard. Rogue l'avait menacé de représailles et il préférait éviter de se confronter à lui dans l'immédiat. Son année d'enfermement dans la malle de Croupton Junior avait laissé des séquelles. Toutefois, il lui réservait un chien de sa chienne pour plus tard. Encore un Mage Noir qui devrait être derrière les barreaux au lieu de se pavaner au milieu des gens bien. Cette manie qu'avait Dumbledore de donner des secondes chances lui tapait sur les nerfs.

Se cachant dans l'ombre, il décida de rester en observation pour voir si le gamin Malfoy réapparaissait. Après tout, il avait peut-être utilisé la Magie Noire pour sentir sa présence et tenter une diversion. Si c'était le cas, alors il ressortirait bien assez tôt. Draco, lui, sourit en voyant faire l'Auror. En fait, une fois rentré dans la Salle Commune, il était reparti dans l'autre sens avant que le mur ne se referme, mais ça, l'Auror ne l'avait pas remarqué. Satisfait de l'avoir berné encore une fois, Draco se détourna pour reprendre la direction des cachots.

Il savait que le vieil Auror le suivait depuis quelque temps. C'est pour cela qu'il ne s'était pas inquiété quand il avait ressenti une présence dans son dos. Il avait l'habitude maintenant. La filature avait en fait commencé peu après son arrivée au château. Mais comme l'homme était sous surveillance, Hariel avait été mis au courant assez rapidement et avait pris des mesures. Ainsi, à plusieurs reprises ces dernières semaines, Draco avait reçu des messages par téléphone qui lui indiquait quand Maugrey était en "chasse" et quand il se rapprochait. Cela lui avait permis ces fois-là de lui échapper, mais il ne pouvait pas avoir tout le temps de la chance.

Il était tout de même reconnaissant de ces messages, surtout que ceux-ci provenaient d'une personne qu'il ne s'attendait pas à voir l'épauler. Après tout, il avait connu Drust quand celui-ci était encore seulement Dobby et qu'il était au service de sa famille. La vie qu'il avait mené là-bas ne devait pas lui rappeler de très bons souvenirs. Il était donc étrange, voire même touchant, qu'il aide l'un de ses anciens maîtres.

Draco continua à s'avancer dans les cachots jusqu'à arriver d'avant un cul-de-sac. Là, il frappa le mur avec un rythme précis. Le bruit de ses coups résonna dans le couloir, mais ce n'était pas celui de la pierre. Au contraire, on aurait dit qu'il avait heurté du bois. Il attendit quelques secondes puis recommença une nouvelle fois la séquence. L'illusion se dissipa alors et la porte qui se trouvait derrière s'ouvrit. Blaise Zabini se dessina dans l'encadrement, les yeux froncés, troublés de ne rien voir alors que le code avait été donné à deux reprises comme il était convenu. Il sursauta quand Draco retira la Cape d'Invisibilité et réapparut devant lui.

« Tu m'as fait peur » siffla l'autre Serpentard avec colère.

« Désolé » ricana Draco. « J'ai pas pu résister… et puis j'ai dû éviter Maugrey. »

« Il te suit encore ? »

« Ouais. Et là, il est en station devant la Salle Commune. »

Blaise frissonna en apprenant que l'homme n'était pas loin.

« Il y a qui avec toi ? » lui demanda Draco.

« Personne, heureusement. Il n'y avait pas de réunion prévue aujourd'hui. »

Il avait commencé environ deux mois après la rentrée, à la mi-novembre. Depuis le début des cours, Blaise semblait préoccupé, mais Draco n'était pas parvenu à le faire parler. Finalement, celui-ci avait craqué et Draco avait été choqué d'apprendre la mort d'André Zabini, le père de Blaise. Cela n'avait paru nulle part. Ni dans la presse ni dans les cercles aristocratiques. Aucune explication ou excuse n'avait été donnée à lui ou à Jezara, sa mère. Mais pour eux, c'était clair. Si André avait été tué, c'était parce que Voldemort avait eu quelque chose à lui reprocher.

Ce n'est que durant l'été qu'il avait compris la raison. Peu après son retour, il avait commencé à subir des pressions pour rejoindre les rangs des adeptes de Voldemort. Bien sûr, à cause de la présence de Dumbledore à l'école, il ne pouvait pas encore prendre la Marque. Il avait donc un certain répit.

Malheureusement, même s'il ne pouvait pas en faire l'un de ses serviteurs officiels, il pouvait toujours "l'éduquer". En effet, sous prétexte de lui permettre de recevoir les connaissances nécessaires pour le servir, il lui avait adjoint des "tuteurs". En fait il s'agissait ni plus ni moins de certains de ces Mangemorts qui devaient demeurer cachés pour éviter d'être arrêté. Pour son malheur, la Maison Zabini avait accueilli les trois Lestrange.

Dès leur arrivée, Rodolphus, l'aîné des frères, s'était comporté comme le maître des lieux. C'était lui qui avait "pris en main" Blaise. Il lui avait appris l'Occlumancie, dont il avait déjà les bases et quelques Sorts de Magie Noire. Toutefois, il savait que ce n'était pas le seul but de Voldemort en les plaçant là. Le Seigneur des Ténèbres voulait avoir accès aux connaissances ancestrales du Clan Zabini.

Depuis des temps immémoriaux, ils s'étaient spécialisés dans les Protections Magiques et les façons de les détruire. Certaines légendes disaient même qu'un Zabini avait participé à celles de Poudlard. Pas les originales, mais celles qui avaient été ajoutées quelques siècles plus tard. Il était probable que le Mage Noir cherche ces informations pour l'aider à prendre d'assaut l'école entre autres projets maléfiques. André Zabini, comme de nombreux Sang-Pur, était soucieux des traditions. Ainsi, quand son Maître lui avait ordonné de circonvenir son épouse afin d'avoir accès à ses connaissances, il avait vraisemblablement dû s'y opposer. André n'était pas le Seigneur de la Maison Zabini. Il s'agissait de son épouse dont il avait pris le nom lors de leur mariage ainsi que le voulait l'usage. Et c'était cette même tradition qui faisait qu'il se refusait à aller contre elle. Si lui-même était Mangemort, c'est parce que cela avait été autorisé par Jezara, Celle-ci acceptant certains compromis pour conserver sa neutralité. Toutefois, elle avait toujours exclu que les connaissances du Clan servent quelqu'un d'autre qu'eux-mêmes, raison pour laquelle André n'avait pas accédé à l'injonction de son maître et qu'il avait été puni pour cela.

Blaise, en tant qu'Héritier da sa mère, pouvait également avoir accès à ces informations. Même sans forcément obtenir la permission. Mais, tout comme son père, et malgré la crainte que lui inspirait le Seigneur des Ténèbres, il s'y refusait. Et à cause des particularités des héritages magiques familiaux, personne ne pouvait pas le forcer. C'est pour cela que Rodolphus ne l'avait que peu quitté durant l'été, tentant par tous les moyens d'user sa volonté. Toutefois, Blaise était presque certain que les anciens savoirs de sa Maison n'étaient pas les seules raisons de son obstination à vouloir demeurer proche de lui. À de nombreuses reprises, il avait senti des regards pressant de sa part et avait vu ses yeux s'égarer sur son corps avec une concupiscence qui l'avait fait frémir.

De son côté, Rabatsan, le plus jeune des frères, s'était intéressé à sa mère. Il s'était montré insistant envers elle et assez peu discret sur ses intentions. Jezara Zabini était resté de marbre face à ses attentions, mais Blaise ne savait pas si l'homme n'avait pas profité de son départ pour dépasser certaines limites. Elle ne faisait aucune allusion dans ses lettres, mais Blaise n'était pas stupide. Si Le Seigneur des Ténèbres l'ordonnait, alors ses deux séides se montreraient bien moins courtois envers sa mère… et envers lui.

Le plus étrange, cependant, avait été l'attitude de Bellatrix. Comme tout le monde, Blaise avait entendu dire qu'elle était folle, que c'était une femme cruelle et sans scrupule qui vénérait son Maître et adorait particulièrement apporter de la douleur aux gens. Son séjour à Azkaban avait dû briser son esprit. Folle, elle l'était bien, mais elle ressemblait plus à une âme en peine qu'à une Banshee sanguinaire.

Pendant les deux mois où il m'avait fréquenté, il l'avait vu errer dans le manoir familial, le regard hagard. Elle mangeait à peine et dormait encore moins. Parfois, elle se mettait à crier sans raison pendant des heures avant de s'effondrer, épuisée. Ni Rabastan, ni même Rodolphus, son époux, ne semblait se préoccupait d'elle. Elle était comme livrée à elle-même.

Un jour, alors que Blaise faisait tout pour l'éviter, il s'était retrouvé nez à nez avec elle au détour d'un couloir. Il s'était figé face à cette apparition soudaine, incapable de penser à un moyen de s'enfuir. Quand elle avait levé la main, il avait fermé les paupières de crainte, mais la femme s'était contentée de lui caresser les cheveux en murmurant quelque chose qui ressemblait à « bon petit, bon petit ». Mais quand Blaise avait rouvert les yeux, il avait senti son cœur rater un battement. Le sourire sur le visage de la femme était atroce. Large, complètement fou. Et ses iris semblaient affamés de quelque chose même s'il ignorait ce que c'était. Blaise s'était alors enfui et, par la suite, avait redoublé d'efforts pour l'éviter.

Malheureusement, il n'avait pas été le seul dont l'été avait été éprouvant. Nombre de ses camarades étaient eux aussi liés au Seigneur des Ténèbres, parfois plus directement encore que lui. Alors qu'ils avaient toujours été fiers de leur appartenance au camp de l'ombre, leurs avis s'étaient plutôt nuancés durant cette période. Ils avaient vu leurs parents, si hautains, si suffisants, si superbes, ramper devant le Mage Noir et souffrir des punitions qu'il leur avait infligées. Ils avaient également appris la face plus sombre encore du fait d'être un Mangemort. La torture, la violence et la mort auxquelles ils avaient été confrontés et celles qu'ils avaient été forcés de provoquer avaient radicalement changé leurs perspectives sur l'avenir.

Mais les Serpentard avaient appris très jeune à ne jamais montrer leurs émotions, à affecter un masque en public afin que personne ne puisse deviner leurs pensées. À cause de cela, Blaise avait mis du temps à s'en rendre compte et Draco, lui, n'avait même rien vu. C'était assez normal. Étant donné ses allégeances, ses camarades étaient encore plus méfiants envers lui que les autres.

Blaise, quant à lui, avait préféré garder tout cela pour lui. Au début du moins. Puis finalement, il avait fini par l'avouer à Draco. Celui-ci s'était immédiatement senti coupable de ne pas avoir réussi à percer à jour le masque de ses condisciples de Maison. Sans compter qu'il aurait dû savoir ce que le retour de Voldemort signifiait pour leurs familles.

Beaucoup parmi les Serpentards étaient devenus indécis après les évènements de l'été. Il ne leur en faudrait pas beaucoup pour changer de camps. Ou au moins, se déclarer neutre et ne pas supporter celui du Seigneur des Ténèbres. Mais ils avaient peur. C'était normal, ce n'étaient que des enfants.

C'est à peu près à cette époque qu'Hermione avait commencé à créer Ed. La mort dans l'âme, elle avait accepté le fait qu'il était trop risqué d'inclure les Serpentards dans son association. Non seulement il était trop difficile de savoir qui était ou n'était pas fidèles, mais la défiance envers eux de la part des autres maisons s'était accrue. Évidemment, tous ceux qui faisaient partie de son groupe croyaient au retour de Voldemort et donc se méfiaient de ceux qui pouvaient le suivre.

Même en sachant que certains pouvaient faire défection, Draco ne pensait pas qu'il serait bon de les faire participer à Ed. Les préjugés étaient trop forts. Et quand les Serpentards se retrouvaient face à des gens hostiles, ils avaient tendance à se refermer et à répondre par une même hostilité. Ils devaient donc rester à part malgré leur volonté d'apprendre à se défendre afin de devenir plus assuré et résister au Seigneur des Ténèbres.

C'est pour cela qu'au départ, Draco pensait n'être qu'un professeur pour eux. Il leur enseignait ce qu'il avait lui-même appris sur la Magie sans Baguette et les exercices de flux de Mana. Mais sans s'en rendre compte et surtout sans le vouloir, les Serpentards s'étaient mis à dépendre de lui. Ils se fiaient aveuglément à lui pour leur enseigner, mais aussi pour les défendre si jamais le pire venait à arriver.

C'était une pression énorme pour Draco, mais également quelque chose de flatteur. Dans sa jeunesse, il avait toujours été au-dessus des autres grâce à son nom, son argent et à l'autorité de son père. Mais là, c'était une position qu'il avait acquise par lui-même. Les Serpentards, d'ordinaires si méfiants, lui faisaient confiance. Aveuglément.

Draco serait senti mal à l'aise quand il s'en était aperçu pour la première fois. Pansy, Théo, Millicent et même Vincent et Gregory, tous ses anciens camarades le regardaient avec des étoiles dans leurs yeux fatigués et l'espoir qu'il y voyait le faisait frémir. Mais rapidement, il s'y était fait. Toutefois au-delà d'un sentiment de fierté, il savait que c'était une responsabilité. Une lourde responsabilité.

Malheureusement, avec le retour de Fol'Oeil et son obsession des Serpentards en Général et de Draco en particulier, c'était devenu plus difficile de se voir. Le stress avait augmenté parmi son groupe surtout que les endroits où ils pouvaient se rassembler étaient restreints. Ils ne pouvaient rien faire dans l'enceinte de leur tour, car tous ne s'étaient pas mis à douter. Certains au nombre des plus âgés étaient toujours de fervents adeptes. Les souffrances qu'ils devaient faire subir aux autres ne les dérangeaient pas. Au contraire. C'était d'ailleurs au sein de cette minorité qu'Ombrage avait trouvé les membres de sa Brigade Inquisitoriale. Il fallait donc leur cacher leurs progressions à tout prix.

Ce cachot éloigné était donc devenu leur repère. Dissimulée par une Magie Zabini, il était impossible de voir au travers de l'Illusion. Même pour le fameux œil magique de Maugrey. Malheureusement, c'est le trajet qui était, lui, problématique. L'ancien Auror rôdait souvent dans les souterrains donc les déplacements s'étaient faits de plus en plus difficiles.

C'est alors que Draco avait pris le partit d'en parler à Hariel.

Il n'avait en fait rien dit à personne à propos de son groupe d'étude spécial. D'abord, c'était parce qu'il voulait leur faire la surprise, montrer à Hariel et Hermione qu'il pouvait faire des choses seules, sans leur aide. Et puis le goût du secret s'était installé et il avait continué à se taire.

Mais bien sûr, Hariel était au courant. Il n'avait donc pas été étonné quand son compagnon lui avait exposé son problème et avait même fourni une solution à la plus grande stupéfaction de Draco.

« C'est ça ? » Demanda Blaise en désignant le tissu argenté presque liquide que Draco tenait entre ses mains.

Oui, c'était ça. La Cape d'Invisibilité d'Hariel. Il l'avait confié à Draco quand il avait eu Excalibur. Le pouvoir de l'épée lui permettait déjà d'être invisible donc il n'en avait pas vraiment besoin. Mais Draco possédait également un moyen de disparaitre facilement grâce à son Sacred Gear.

À aucun moment il n'aurait songé demander à Hariel de prêter sa Cape à Blaise. C'était impensable. Pourtant, c'était Hariel lui-même qui l'avait proposé. Il avait cependant effectué une petite modification avant de la lui donner. En effet quand Dumbledore l'avait eu en sa possession, il avait bridé les pouvoirs de l'artefact afin de limiter ses capacités et pouvoir voir au travers. À cause de cela, l'œil magique de Maugrey le pouvait aussi. Or, à sa pleine puissance, l'objet faisait pois que rendre invisible. Il pouvait rendre indicible. Faire disparaitre le corps, mais également l'odeur, la présence, la Magie, l'aura, les sons produits voire même permettait d'être aussi intouchable qu'un spectre.

Jusque-là, Hariel n'avait pas trouvé utile d'enlever les sceaux, mais si le but était de se cacher de Maugrey alors il n'avait plus hésité. C'est pour cela que Draco avait pu sortir au nez et à la barbe de l'ancien Auror un peu plus tôt, parce que sous le vêtement, il avait imperceptible.

« Hariel veut bien te la prêter, mais seulement à toi » le prévint Draco. « Cela veut dire que seul toi pourras l'utiliser, d'accord ? »

Blaise acquiesça. D'après ce que Draco lui avait dit des capacités réelles de la Cape, celle-ci pouvait s'étendre presque à l'infini et dissimuler de très nombreuses personnes sous elles. Enfin, tant que l'une d'elles la maintenait fermée et que les autres restaient en dessous.

Il avança la main et toucha le tissu. Il sentit alors comme un courant passer en lui. Ce n'était pas désagréable, seulement étrange. Comme un écho lointain. Draco, lui, perçut une sensation similaire puis, quand son ami prit enfin la Cape, il ressentit une impression singulière, comme si deux pièces s'emboîtaient. Comme si quelque chose d'important était arrivé.

Mais il ne savait pas quoi.

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C'était très différent d'une cession classique du Magenmagot. Hariel n'avait jamais assisté à un regroupement en dehors de l'hémicycle. Il pensait que les délibérations se feraient là-bas, mais il se trouvait à présent dans une antichambre située à l'arrière de la salle d'audience qu'ils venaient de quitter. Quelques heures plus tôt, c'était par là qu'ils étaient arrivés, mais il n'avait pas été très attentif, concentré sur la tâche qu'il lui faudrait accomplir à ce jour.

En effet, aujourd'hui, un peu plus de 3 semaines après son arrestation, se tenait le procès de Dolores Ombrage et, pour la première fois, Hariel allait y siéger.

Le nombre de membres à participer était presque autant que lors de celui que Fudge avait tenté de lui intenter durant l'été à cause de l'incident des Détraqueurs. En tant normal, pour une affaire de cette importance, la Directrice du Département de Justice Magique aurait dû présider, sa connaissance de la loi faisant autorité. Toutefois, Amelia Bones avait choisi de se récuser. La présence de sa nièce parmi les victimes en plus du fait qu'elle avait elle-même mené l'arrestation faisait qu'elle était bien trop impliquée à son goût. Elle s'était donc mise à la disposition de l'accusation pour témoigner.

Il n'était pas obligatoire pour un Directeur du Département de Justice Magique de se récuser quand un membre de sa famille ou lui-même était impliqué dans un litige. Après tout, Bartemius Croupton avait bien instruit le procès de son propre fils. Toutefois, Amelia était différente. Elle se refusait à être jugée et partit. En cela, Hariel était tout à fait d'accord avec elle. Il s'agissait de l'un des nombreux manques du système judiciaire Sorcier qu'il comptait bien changer dans les années à venir.

Toujours était-il qu'il avait fallu nommer quelqu'un d'autre pour le poste. Hariel avait décliné quand on lui avait proposé. Il trouvait que ce n'était pas sa place. Pour son règne, il désirait une séparation stricte des pouvoirs donc il préférait ne pas commencer à présider des procès. Il avait hésité à refuser d'y participer complètement, mais il voulait avoir un aperçu du fonctionnement de la procédure de l'intérieur.

C'est comme ça qu'il se retrouvait à présent assis autour d'une large table avec tous les autres membres. L'une des extrémités était vide et sur l'autre trônait Fiermont Crane. Celui-ci avait accepté la demande de ses paires de siéger. Hariel l'ignorait, mais, dans sa jeunesse, il avait été juriste. Son expertise de la loi était des plus pointue et il était rigoureusement impartial. C'était du moins ce qu'on disait à l'époque et le Prince doutait qu'il ait changé.

Le procès avait débuté à 8h30, mais Hariel était arrivé à 7h comme la majorité des membres du Magenmagot. Déjà, une foule se pressait à proximité de l'entrée de la salle d'audience. Journalistes ou simples badauds. Tous n'étaient pas rentrés, mais cela ne voulait pas dire que certains d'entre eux n'avaient pas attendu derrière les portes closes.

Fort heureusement, toutes les personnes liées directement à l'affaire avaient été épargnées. Notamment les jeunes témoins. Eux aussi étaient arrivés avant l'heure du début du procès afin d'être introduits dans la salle par une porte dérobée. C'était autant pour les besoins de la procédure que pour les protéger du public.

Bien sûr, ils savaient déjà à quoi s'attendre. Ils avaient été préparés par un Assistant de Justice, Jordan Webb, une personne chargée d'instruire les affaires judiciaires pour le compte de l'État. C'était donc l'équivalent Sorcier d'un procureur. Dans le monde Sapiant, ils dépendaient aussi du Ministère de la Justice. Sauf que là-bas, le corps des juges était généralement indépendant de ce Ministère afin de conserver sa probité. À l'avis d'Hariel, même si cela semblait antinomique, ce n'était pas au Ministère de la Justice d'occuper les fonctions d'un juge. Et encore moins l'organe législatif.

Toujours est-il que l'homme était venu plusieurs fois à Poudlard pour parler aux étudiants qui avaient accepté de témoigner. C'est lui qui leur avait appris comment s'adresser à la cour, quoi répondre, à quel moment. Il les avait réconfortés, fait répété et il les avait même, un week-end, amené au Ministère pour leur montrer les lieux et leur expliquer le déroulement du procès. Il s'était conduit avec un professionnalisme qui avait ravi Hariel. Il ne s'attendait à rien de moins d'un subordonné proche d'Amelia Bones.

À 8h00, les portes de la salle d'audience s'étaient ouvertes pour permettre au public de rentrer. Ils avaient d'abord fait passer les familles des victimes ainsi que les proches. Certains étaient des Sapiants. Ils se tenaient généralement en groupe serré et semblaient dépassés par les évènements. L'habitude faisait qu'ils avaient en fait très peu de contact avec le Monde Magique. Il était rare qu'ils puissent approcher d'un lieu Sorcier sans le concours de leurs enfants. Ils se contentaient donc de les accompagner sur le Chemin de Traverse et à la gare. Le reste du temps, en dehors de quelques courriers, ils étaient totalement isolés.

Hariel avait déjà entendu des témoignages de Sapiants étant parvenus à atteindre la rue commerçante sans leur enfant. Généralement pour faire les courses de la rentrée alors que ceux-ci étaient ailleurs. Ils s'étaient heurtés à des Sorciers soit méfiants soit condescendants envers eux et leur méconnaissance de leur monde. L'un dans l'autre, ce n'était pas une expérience très agréable.

Les journalistes avaient ensuite été accueillis dans la salle. Ceux-ci pouvaient assister à toutes les audiences s'ils le désiraient et possédaient même parfois des sièges réservés. C'était, de l'avis d'Hariel, un mal pour un bien. Il est vrai qu'il n'appréciait pas vraiment transformer un procès en spectacle médiatique, mais il était nécessaire que la population soit plus au fait de l'actualité judiciaire afin de se sentir impliquée.

Dans le Monde Sorcier, il n'existait pas de procédure à huis clos (si l'audience auquel avait participé HariEx pendant l'été avait été aussi peu médiatisée, c'est parce que Fudge n'avait pas voulu faire de vague et donc personne n'avait été mis au courant). C'était une chose que voulais pouvoir modifier Hariel, la possibilité pour certains témoins de demander à ce que le procès soit tenu sans public ou au moins qu'ils n'aient pas à devoir raconter leur histoire devant une foule d'inconnus. Heureusement, aucun des adolescents n'avait sollicité cela, mais cela ne voulait pas dire qu'aucun ne l'avait jamais fait ou ne le ferait à l'avenir.

Finalement, le reste des bancs avaient été remplis par des badauds intéressés jusqu'à saturation. Hors de question de garder des gens debout dans la salle donc une fois les places prises, il avait été demandé aux autres de partir. Puis, à 8h30 très précise, Fiermont avait annoncé le début du procès à l'aide d'un coup retentissant de la pierre qu'il avait à la main. Équivalent du marteau des juges, il s'agissait d'une relique de l'ancien temps qui était également utilisé par le Président du Magenmagot lors de séances pour rappeler à l'ordre. Lors d'affaires d'importance, c'était celle-ci qui était utilisée plus qu'un autre outil.

Quand le bruit avait résonné dans la pièce, l'une des portes de côté s'était ouverte et l'Assistant de Justice était entré accompagné de ses témoins, experts et des victimes. Après qu'ils se soient installés, Dolores Ombrage était arrivée encadrée par deux agents de sécurité du tribunal et suivie de son avocat.

Hariel avait froncé les sourcils à son état. Elle était sale, décoiffée et ses vêtements étaient défaits. Il s'agissait de plus de ceux qu'elle portait lors de son arrestation. Cela voulait dire qu'elle avait passé trois semaines dans les mêmes vêtements et, à en juger par son niveau de crasse, sans pouvoir se laver. Il savait qu'elle avait été enfermée dans une prison du Département de Justice Magique en attendant son procès plutôt qu'à Azkaban. Il espérait donc la voir en meilleur état. Peu importe son crime, elle n'en demeurait pas moins humaine et aurait dû avoir droit de pouvoir d'avoir accès à des sanitaires et qu'on lui fournisse des habits propres, même s'il s'agissait d'une tenue de prisonnier, pendant son incarcération.

Fort heureusement, l'instruction avait déjà été faite quelques jours plus tôt. Jordan Webb, l'Assistant de Justice, ainsi que l'avocat de Dolores Ombrage, Corey Dobson, avaient exposé à Fiermont et à l'assemblée des juges leurs éléments d'enquêtes, preuves et témoins. Ceux présentés par Dolores Ombrage étaient de moralité. Personne ne semblait s'être déplacé pour attester qu'elle n'avait pas commis les faits qui lui étaient reprochés.

C'est pour cela qu'une fois tout le monde installé, Fiermont avait commencé par lire l'acte d'accusation, c'est-à-dire la liste de tous les crimes pour lesquels Ombrage se trouvait inculpée. Et il y en avait beaucoup. Son arrestation avait mené à des investigations très poussées sur ses activités et d'autres délits avaient été ajoutés à l'inventaire. Rien d'aussi grave que la torture d'enfants, mais qui lui vaudrait tout de même de lourdes sanctions.

La matinée avait ensuite été suivie par l'audition des différents témoins puis des experts et enfin des victimes. Amelia Bones, en tant que personne ayant arrêté l'accusée avait été la première à s'exprimer. Avait suivi l'Auror Gawain Robards qui s'était chargé de l'enquête. C'était le subordonné direct et successeur désigné de Rufus Scrimgeour, le Directeur actuel du Bureau des Aurors. C'était celui-ci qui l'avait personnellement nommé pour conduire cette épineuse enquête. Certains de ses collègues avaient aussi été appelés à la barre pour témoigner de leurs découvertes.

Jordan Webb avait interrogé chacun avec précision. Ce n'était pas difficile puisqu'ils avaient répété et s'étaient mis d'accord par avance sur ce qu'ils allaient dire. Il avait été décidé avec Amelia Bones ainsi que sa nièce, Susan, de ne pas dissimuler le fait qu'elle s'était mise elle-même en position de se faire punir afin que la femme soit prise sur le fait. Si jamais cela devait ressortir lors du contre-interrogatoire, cela aurait pu jeter une ombre de doute sur la culpabilité d'Ombrage.

Certes, le risque que cela arrive était assez faible. Le jeune Corey Dobson n'avait pas vraiment demandé à être présent. Point positif pour le Monde Sorcier, il existait le droit pour tout accusé d'être défendu par une personne du métier. Malheureusement pour Ombrage, tous les cabinets qu'elle avait contactés avaient refusé. Le cas "Dolores Ombrage" était une bombe politique auquel aucun juriste censé, aussi ambitieux soit-il, ne voudrait toucher de peur qu'elle lui explose à la figure. Elle s'était donc retrouvée avec un avocat commis d'office, un tout jeune diplômé qui avait eu le malheur de déplaire à quelqu'un et qui avait été assigné pour instruire le dossier. S'il avait de la chance, tout le monde oublierait rapidement son implication dans l'affaire. Sinon…

Un gobelin avait été appelé en expert pour expliquer au public les particularités des Plumes à Sang. Cela aurait pu être un Sorcier, mais Hariel avait usé de son autorité pour demander à un non humain. Ce n'était pas dépourvu de logique puisque les banquiers utilisaient souvent ces artefacts pour leur travail. Mais par ce geste, Hariel voulait impliquer d'autres espèces dans le processus juridique, une manière d'entamer l'enrayement du spécisme Sorcier.

Il y avait également eu deux Medicomages, l'un qui avait expliqué les dégâts que pouvait causer l'usage de la plume sur le corps et un second qui avait été appelé pour traiter les blessures des élèves qui avaient été victimes de torture. C'était à partir de là qu'il s'était mis à y avoir du chahut dans la salle. Des commentaires indignés avaient fusé avant que Fiermont ne lance un appel au calme.

Cela avait ensuite été au tour des victimes. Parmi elles, Susan, bien sûr, Hermione, qui avait commencé tout ça, et aussi, Hariel. En effet, l'enquête qui avait été menée avait révélé l'implication d'Ombrage dans l'attaque de Détraqueurs contre lui durant l'été. Bien entendu, la personne sur le banc des témoins n'était pas vraiment Hariel. C'était bien évidemment Excalibur sous forme humaine. Plus qu'un moyen de continuer sa mascarade, ce n'était que justice que ce soit l'Épée qui s'exprime puisqu'au départ, c'était elle qui s'était retrouvée dans la mêlée.

Leur témoignage avait été suivi d'un interrogatoire puis d'un contre-interrogatoire. Chacun avait été formé aux deux. Les questions que devait leur poser Monsieur Webb avaient été répétées et l'homme avait également émis des hypothèses sur celles que pourrait poser la partie adverse. Toutefois, durant cette préparation, L'Assistant de Justice ne les avait cependant pas mis en porte-à-faux. Il n'avait pas jugé utile de devoir simuler les attaques verbales auxquelles des avocats avec une éthique moins présente auraient pu avoir recours. Il ne pensait pas que son adversaire avait suffisamment de cran pour utiliser ces méthodes donc il ne voyait pas la nécessité de soumettre des adolescents à ce genre de stress. Et comme il l'avait prévu, le contre-interrogatoire avait été plus que correct envers les jeunes victimes en particulier.

Puis, finalement, après une pause dédiée au déjeuner, cela avait été au tour de Dolores Ombrage elle-même de comparaître devant l'assemblée et elle se comporta exactement comme Hariel l'avait espéré : elle avait accablé le Ministre. Quelles que soient les charges, elle les avait toutes avouées les unes après les autres tout en tentant de reporter la faute sur Cornélius Fudge. Selon elle, il lui avait demandé d'agir et elle avait agi. Elle l'avait mis au courant de ce qu'elle faisait et il lui avait simplement dit de continuer.

Elle pensait pouvoir s'en sortir en expliquant que la seule chose qu'elle avait faite, c'était obéir aux directives d'un supérieur. Mais cela ne fonctionnait pas et pour une raison très simple. Aucun des ordres que Cornélius Fudge lui avait donnés n'était spécifique aux crimes qu'elle avait commis.

« Dame Ombrage » avait demandé Jordan Webb sans omettre son titre, toujours bien présent, « le Ministre Cornélius Fudge vous a-t-il spécifiquement ordonné de faire utiliser une Plume à Sang aux élèves lors de vos retenues ? »

Bien entendu, la réponse s'était fait attendre, mais cela avait bien sûr été "non". Non, le Ministre ne lui a pas ordonné d'utiliser une Plume à Sang sur des adolescents, il lui avait demandé de faire régner la discipline dans l'école et de décourager tout comportement dissident contre le Ministère. Non, le Ministre ne lui avait pas ordonné d'envoyer des Détraqueurs attaquer Harry Potter, il lui avait dit de trouver un moyen de le faire taire.

Ainsi, tous les crimes et délits qui lui étaient reprochés et surtout qu'elle avait avoués lui étaient imputables à elle et seulement à elle puisque c'était elle qui en avait eu l'idée et qui les avait exécutés. Alors certes, le Ministre avait une part de responsabilité, mais guère plus que celle d'un complice. Il était au courant des agissements d'Ombrage, mais ne l'avait pas arrêté et l'avait même encouragé à continuer. Il était certainement aussi coupable, mais rien qui ne puisse la dédouaner.

Ainsi, toute sa défense consistant à rejeter la faute des accusations sur une autre personne totalement obsolète. Si son avocat était un tant soit peu intelligent, il avait dû lui dire que cette tactique ne fonctionnerait pas. Mais au vu de son caractère, elle avait dû l'obliger à l'employer.

Par la suite, Hariel avait à peine écouté les plaidoiries. Pour lui, l'affaire était entendue. Il dut cependant convenir que le jeune Corey Dobson était plus doué qu'il ne le pensait, car son discours s'était avéré assez bien amené et bien conçu. Certes, le sujet n'était pas brillant et il avait dû pas mal broder, mais le résultat était tout de même digne d'éloges. Hariel espérait que cette affaire ne pénaliserait pas trop sa carrière. Il avait un certain potentiel.

Ce n'était qu'après cela que Fiermont Crâne avait annoncé que le Magenmagot allait se réunir pour délibérer de l'affaire. La salle sétoise donc vidée, le public et les personnes impliquées vers l'extérieur du tribunal et Hariel et les autres membres de l'assemblée juridique dans la petite pièce dans laquelle ils se trouvaient à présent.

« Eh bien, chers collègues » dit Fiermont Crane quand ils se furent tous installés autour de la table, « que les débats commencent. »

0o0o0

« DOLORES OMBRAGE CONDAMNÉE À AZKABAN »

C'est ce que disait le Skeeter du lendemain du procès que tenait Hariel, un titre qui avait été repris dans pratiquement toutes les publications d'actualités.

Les discussions avaient été rapides. C'était à la fois une bonne chose et un problème. Bien sûr, cela avait permis de rendre justice aux nombreuses victimes d'Ombrage en la faisant incarcérer, mais Hariel avait un goût amer. Au départ, il semblait qu'un débat allait se dessiner, mais dès qu'il avait donné son opinion, tout le monde était aligné sur lui. L'esprit de mouton de Panurge des Sorciers était toujours bien présent et c'était une des choses qu'il faudrait absolument changer à l'avenir. Plus que les lois et les institutions, c'était leur mentalité qui devait évoluer.

Sans cela, rien ne serait possible… ou plutôt, sans cela, Hariel devrait toujours être sur leur dos sinon aucun d'eux ne serait capable d'avoir des idées suffisamment brillantes pour continuer à développer la société. Et sans indépendance d'esprit, ils seraient à la merci de n'importe quel tyran qui passerait dès qu'il aurait tourné les talons.

Un dernier point encore le faisait grimacer et c'était Azkaban. Même si son parrain n'y avait pas été enfermé, le principe qui dirigeait cette prison le rendrait malade. Savoir que des personnes étaient incarcérées dans des cellules sans lumières et sans préoccupation pour leur confort de base était révoltant. Même si c'étaient des criminels, ils avaient des droits. Droit de ne pas avoir froid, droit de pouvoir dormir et manger correctement, droit de pouvoir faire leur besoin autre part que dans un vulgaire seau qui n'était vidé qu'une fois par semaine si les gardes y pensaient. Peu importe le crime, ces gens restaient des citoyens.

Et puis il y avait le principe des Détraqueurs. Laisser des créatures telles que celles-ci à proximité de personnes était inadmissible. L'effet qu'ils avaient sur les gens pourrait être considéré comme un acte de torture dans de nombreux pays civilisés (ou même moins civilisés). Surtout que même des détenus avec des peines courtes y étaient incarcérés et se retrouvaient marqués à vie par la suite.

Pour finir, il semblait en fait que les Sorciers ignoraient totalement le principe de réinsertion. Rien n'était fait pour préparer les prisonniers à ce qui se passerait après leur sortie. Ils étaient simplement renvoyés sur le continent puis oubliés… du moins jusqu'à leur retour. Parce que puisqu'ils n'étaient pas aidés, ils retombaient souvent dans la délinquance. Et aussi, si les autorités les oubliaient, les gens, eux, n'oublient pas. Ceux qui sortaient d'Azkaban avaient du mal à trouver un travail honnête et finissaient invariablement par retourner dans leur ancien travers ou même rencontrer les mauvaises personnes.

Le but de la prison n'était donc pas la réhabilitation des détenus, mais leur simple mise à l'écart sans aucun souci pour ce qui pourrait leur arriver pendant ou après leur incarcération.

Et ça ne pouvait plus durer.

0o0o0

Il avait été décidé que ce serait relâche totale ce week-end, juste avant les examens. Comme chaque année, ceux des élèves de la 1re à la 4e année et de la 6e se déroulaient la première semaine de juin. Pendant ce temps-là, les professeurs qui n'étaient pas de service pour les surveiller étaient à la disposition des 5e et 7e années pour répondre à leurs questions avant leurs BUSEs et leurs ASPICs qu'ils passeraient pendant les 2 semaines suivantes avant de reprendre le Poudlard Express.

Ainsi, pour se donner du courage, les membres d'Ed avaient décidé d'organiser une petite fête dans la Salle sur Demande le vendredi soir. Ce soir-là, le dîner avait été comme d'habitude, du moins pour les professeurs. La nourriture apparaissait puis disparaissait des assiettes à un rythme assez habituel. Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que celle-ci était loin d'avoir fini dans les estomacs des adolescents.

Dès que les adultes ne regardaient pas, les étudiants agitaient leur baguette pour que les aliments devant eux s'évanouissent. Bien entendu, le plan avait été créé en amont et Hermione comme Hariel avaient interdit à leurs camarades de lancer le Sortilège de Disparition sur ce leurs assiettes. Aucune recherche n'avait jamais été faite pour savoir allait la matière une fois disparue. Est-ce qu'elle était téléportée au hasard ? Désagrégée ? Transformée en ses éléments fondamentaux ? Personne ne le savait.

C'est pour cela que dans un souci de ne pas gâcher la nourriture, ils avaient ordonné aux étudiants de plutôt utiliser le Sort de Transfert. Les Brownies, complices, avaient des plats vides à dispositions dans les cuisines pour accueillir les aliments. Quant aux élèves de 1re, 2e et 3e année qui ne connaissaient pas encore le Sort, les plus âgés le faisaient pour eux.

L'un dans l'autre, cela avait fonctionné et tous les adolescents étaient à présent suffisamment affamés pour bien profiter de la fête. Ils étaient néanmoins retournés chacun à leur tour pour donner le change, mais dès 20h, le "pèlerinage" avait débuté. Par petits groupes, les étudiants avaient parcouru le chemin, plus ou moins long de leur Salle Commune jusqu'à la Salle sur Demande en empruntant autant de passage secret que possible. Ils étaient suivis par leurs Préfets qui montaient la garde au cas où un professeur, notamment Maugrey Fol'Oeil, se pointerait. Par la suite, ils seraient chargés d'effectuer des rondes à tour de rôle afin de donner le change aux autres habitants du château.

À la demande d'Hermione, les Brownies avaient préparé un buffet dînatoire avec, principalement, certains des restes que les élèves avaient délaissés plus tôt ainsi que quantité de sandwich et de canapés. Plusieurs personnes avaient sorti les réserves de bonbons achetées durant le dernier voyage à Pré au lard et les Jumeaux Weasley s'étaient occupés des boissons. Hermione les avait surpris à glisser quelques bouteilles d'alcool parmi les bièraubeurres, mais à la surprise générale, elle avait laissé couler. Des quantités impressionnantes de chips et de snacks Sapiants avaient été ajoutées au mélange sans que personne ne sache exactement qui pouvait bien les avoir fournis. Toutefois, certaines personnes comme Dean, Draco ou Hermione l'avaient parfaitement deviné.

Il y avait une piste de danse et également de la musique. Hariel et elle avaient déguisé une enceinte Bluetooth en boîte à musique et utilisaient la Magie pour diffuser le son du petit appareil dans tout l'espace. Il était bien trop tôt pour que tout le monde apprenne qu'une technologie magique existait.

C'était alors que la fête battait son plein que la jeune fille se rendit compte que quelqu'un l'observait. Elle était assise à l'une des myriades de petites tables qui parsemaient la Salle, tout autour de la piste de danse. Grâce à ses nombreuses heures passées avec Ed, elle connaissait à présent la quasi-totalité des élèves de l'école. Elle savait donc qu'il s'appelait Roger Davies. C'était l'un de ses camarades de Serdaigle et l'ex-capitaine de l'équipe de Quidditch. Il avait cédé sa place à un autre de leurs condisciples, Christopher Bradley (apparemment le neveu de Spencer, de la Table Ronde d'Hariel) afin de se concentrer sur ses ASPICs imminents.

Assis non loin, il semblait hésiter à venir la voir. C'était devenu une manie de certains élèves depuis quelques mois. Alors qu'au début, chacun se sentait libre de l'aborder à n'importe quel moment durant leurs sessions, ceux-ci avaient de plus en plus pris l'habitude de montrer une certaine retenue quand ils devaient s'adresser à elle. Voir même, oserait-elle le dire, une certaine déférence. Elle espérait que c'était dû au fait qu'elle avait pris en main l'organisation et qu'elle la menait d'une main de maître. Au départ, certaines 6e et 7e années s'étaient senties mal à l'aise de rendre des comptes à une personne plus jeune. Mais au fur et à mesure, ils s'étaient rendus à l'évidence. Elle se montrait bien plus mature et compétente qu'eux, et ce, malgré son âge.

Oui. Elle espérait que ce soit cela… et pas autre chose. Comme par exemple le fait qu'ils aient ressenti quelque chose dû à son titre de Grande Prêtresse de la Déesse ou de Reine des Fae. Personnellement, elle ne se sentait pas différente, du moins pas trop. Son corps avait subi quelques changements, notamment ses cheveux et ses yeux, mais elle pouvait toujours accuser des produits de soin magique pour les premiers alors que les seconds étaient constamment dissimulés derrière ses lunettes.

Toutefois, elle craignait de s'être mise à diffuser une sorte d'aura autour d'elle qui dénonçait sa vraie nature. Dean ne lui avait rien dit à ce sujet. Hariel et Draco non plus. Mais chacun d'eux était très puissant donc ils pouvaient ne pas être affectés ou alors, le fait qu'ils soient avec elle en permanence les avait peut-être immunisés, elle ne savait pas. Elle ne savait même pas si cette théorie avait un sens. Cependant, ce soir-là, quand elle tourna les yeux vers Roger Davies, celui-ci sursauta comme pris sur le fait et se précipita dans sa direction.

« B… Bonsoir Hermione » dit-il, gêné et rougissant. « Je peux te parler une minute ? »

Il jeta des coups d'œil sur Hariel, Draco et surtout Dean qui se trouvaient avec elle. Ce dernier avait le regard dur qui lançait des éclairs. Roger déglutit, mais ne bougea pas.

« Bien sûr Roger » lui répondit Hermione. « Qu'est-ce qu'il y a ? »

« En fait, je… euh… je… » balbutia-t-il.

« Tu ? » Demanda Dean sur un ton menaçant, le défiant de terminer sa phrase.

« Il faut que je t'avoue un truc en fait » poursuivit-il. « Je… je suis allé seul dans la Forêt Interdite. »

La déclaration prit tout le monde de cours. Hariel écarquilla les yeux puis gloussa quant à son cousin, il se mit à papillonner d'étonnement. Sa jalousie passagère s'était évaporée pour laisser la place à une incompréhension totale.

« J'avais peur pour les examens, notamment la Botanique. Tu sais que j'ai des problèmes avec ce sujet. »

En effet, elle le savait. Le pauvre Roger semblait totalement hermétique à la flore sauvage et magique. Il reconnaîtrait à peine un sapin d'un chêne. Alors deux plantes presque identiques, mais aux effets radicalement différents, n'en parlons pas.

« J'espérais qu'apprendre au grand air me ferait du bien au lieu d'être tout le temps enfermé ici. »

C'était l'un des problèmes avec le fait qu'Ed soit secret. Ils étaient en permanence enfermée dans une seule et unique salle. De quoi rendre neurasthénique. Certes, celle-ci pouvait adapter ses dimensions pour que les élèves ne soient pas à l'étroit. Elle pouvait modifier son apparence pour éviter la monotonie. Elle pouvait même générer un environnement extérieur. Mais ce n'était pas pareil. C'était artificiel.

« Mais pourquoi la Forêt Interdite ? » Demanda Hariel.

« Elle est connue pour rassembler une flore très importante et représentative des différents climats de l'archipel Britannique. Je me suis dit qu'en révisant avec les véritables végétaux sous les yeux, je pourrais mieux retenir. »

Hermione leva un sourcil. C'était un argument défendable. Et cela prouvait qu'il avait au moins retenu quelque chose. Mais pourquoi le leur disait-il ? Est-ce qu'il voulait… se faire pardonner ou quelque chose comme ça ?

« Écoute, si tu as besoin d'un support visuel plus important, le professeur Chourave va ouvrir toutes ses serres durant la période des examens pour nous perm… »

« Non ! » S'écria Roger. « Enfin oui, je sais et j'y serais probablement toute la semaine, mais ce n'est pas pour ça que je suis venu te voir. »

Hermione fronça les sourcils. Qu'est-ce que ça pouvait bien être d'autre ?

« En fait, hier, durant la balade, j'ai vu quelque chose. »

Il avait ajouté ces derniers mots à voix basse, à voix presque trop basse pour être perçu derrière la musique. Sentant les difficultés à venir, Hermione agita la main. Aussitôt, les sons commencèrent à diminuer de volume jusqu'à n'être plus qu'un bourdonnement inaudible.

« Voilà, personne ne nous entendra » dit-elle.

Et nous on pourra t'entendre, ajouta mentalement Hariel.

« Tu disais que tu avais vu "quelque chose" ? » demanda Hermione.

« Oui. Je sais qu'il y a beaucoup de Créatures dans la forêt, mais c'était différent. »

« Différent comment ? »

« Je connais la faune de la Forêt Interdite. Je suis plutôt bon en Soin aux Créatures Magiques. »

« Et donc, ce n'était pas une Créature que tu connais ? »

« Si… mais elle n'avait rien à faire là. Je… je crois que j'ai vu un Géant. »

Les quatre amis se regardèrent. Un Géant ? Dans la Forêt Interdite ? Ça, c'était inédit. Ils vivaient généralement dans les zones reculées d'Europe du Nord, là où les Sorciers les avaient cantonnés. Qu'ils se trouvent sur les îles britanniques était inquiétant… et cela pouvait être la preuve d'activités de Voldemort.

Durant la Première Guerre, celui-ci était parvenu à s'en faire des alliés. Hariel devait d'ailleurs avouer qu'il était impressionné (même s'il ne l'avouerait jamais). Les Géants étaient résistants à la Magie en plus d'être assez réfractaires à la discussion (surtout si elle traînait en longueur). Et comme Voldemort, lui, ne jurait que par la Magie, Hariel se demandait bien comment il avait bien pu faire pour les rallier. L'hypothèse la plus probable était qu'il leur avait promis quelque chose qu'il désirait. Comme… tuer des Sorciers.

Pour éviter que la situation se répète, Dumbledore avait donné à Hagrid et Madame Maxime la mission de l'aider à contacter certaines tribus de Géants. Ils en avaient parlé durant l'été à l'occasion d'une réunion de l'Ordre du Phœnix auquel Hariel n'avait pas assisté, mais dont il avait eu des échos par son espion involontaire (alias Maugrey Fol'Oeil). Toutefois, cela n'avait pas vraiment fonctionné.

De l'avis d'Hariel, c'était normal. Les Géants avaient encore plus de mépris pour les Métis que pour les Humains. Ils considéraient les seconds comme des proies alors que les premiers étaient des versions abâtardies et faibles d'eux-mêmes, ce qu'ils ne toléraient pas. Avec cela, il n'était guère étonnant qu'ils aient refusé de même leur parler. À croire que Dumbledore avait fait exprès de saboter les négociations.

« Tu es sûr que ce n'était pas Hagrid ? » Demanda tout de même Hermione.

« Je connais Hagrid quand même » répliqua Roger en roulant des yeux. « Celui que j'ai vu grognait plus qu'il parlait et il était bien plus grand. Au moins 3 ou 4 m de haut. »

« Un Géant adulte fait entre 8 et 10 m » remarqua Dean. « Un enfant alors ? »

« Mais qu'est-ce qu'un jeune Géant pourrait bien faire ici ? » Demanda Draco.

Là était toute la question.

0o0o0

Roger n'avait pas été extrêmement précis sur le lieu où il avait croisé le Géant. Il se souvenait seulement qu'il était entré dans la Forêt au niveau de la cabane d'Hagrid et qu'il avait suivi un sentier. Le problème, c'est qu'ils étaient assez nombreux à partir de là. Ils avaient été tracés année après année par le garde-chasse et lui permettaient de faciliter ses rondes sur les bordures du bois et dans certaines parties plus profondes.

Hariel et Hermione accompagnés de Draco et Dean passèrent discrètement à côté de la maison et de glissèrent en direction du potager. Ils se figèrent en entendant des aboiements. Crockdur, le mâtin noir d'Hagrid se mit à trotter dans leur direction en remuant la queue et en continuant à pousser des cris de joie. Rapidement, Hariel se pencha vers lui afin de le calmer et le chien se tut immédiatement quand il lui en donna l'ordre. Son empathie animale, le premier de ses pouvoirs élémentaires à s'être éveillé à l'ouverture de ses sceaux, était toujours aussi efficace.

Malheureusement, le mal était fait. Avec tout ce bruit, ils s'attendaient à voir Hagrid sortir en trombe de sa maison d'un instant à l'autre. Ce n'est pas qu'ils n'avaient pas le droit d'être ici, on était seulement samedi matin après tout, mais ils n'avaient pas vraiment envie de devoir trouver une excuse à leur présence. Toutefois, alors même qu'Hariel réfléchissait à une raison qui n'impliquerait pas de rester prendre une tasse de thé avec le Demi-Géant, celui-ci ne semblait pas décider à venir à leur rencontre. Un Sort de détection leur apprit qu'il ne se trouvait en fait pas chez lui.

C'était assez surprenant puisque les seuls moments où l'homme était hors de chez lui, que ce soit pour du jardinage dans le parc ou une patrouille en forêt, il emmenait toujours son chien avec lui. Celui-ci n'était pas très brave, mais plutôt fidèle. Cela voulait donc dire qu'Hagrid lui avait ordonné de rester. Il faut dire que son comportement avait été assez inhabituel depuis quelque temps. D'après ce que Draco lui avait rapporté, il n'était pas revenu avant plusieurs mois après la rentrée et, à partir de ce moment-là, il arborait souvent des bleues et des blessures diverses. Draco avait mis cela sur le compte d'un nouveau croisement de créature particulièrement hasardeux qu'il craignait de devoir étudier dans l'avenir lors des cours de Soins, mais cela ne s'était, à son plus grand soulagement et celui de ses camarades, jamais produit.

« Étrange » marmonna Hariel.

Il y avait un jeune Géant dans la nature et leur propre Géant résidant se mettait à agir de façon inhabituelle. Tout cela était suspect. Hariel espérait vraiment qu'Hagrid ne s'était pas encore embarqué dans l'une de ses folles histoires.

« Pointe Rubeus Hagrid » dit-il en levant sa paume vers le haut.

Une flèche carmin apparut alors au creux de sa main, tourna quelques instants avant de se figer. Elle pointait droit vers la forêt.

« Je propose qu'on la suive » dit-il.

« Tu penses qu'Hagrid est impliqué ? » Lui demanda Dean.

« Un jeune Géant aperçu dans une forêt où patrouille en quasi permanence un Demi-Géant qui rentre juste d'une mission chez des Géants ? » lui résuma Hermione. « Ça ne peut pas être un hasard. Je sens une histoire se dessiner et ça ne me plaît pas trop. »

« Tu ne crois quand même pas qu'Hagrid… »

« Quoi ? Non ! » S'exclama Hermione au grand soulagement de son compagnon. « En aucun cas, je pense qu'Hagrid ne puisse nous trahir ou autre chose. Mais il s'est déjà laissé manipuler et il a quand même essayé d'enlever un Dragon. Seul. Dans une cabane en bois. »

« Pas faux » admit Dean.

Prenant soin de demander à Crockdur de rester à la maison, ils s'enfoncèrent entre les arbres en suivant la lumière écarlate de la flèche magique. Elle leur permit ainsi de choisir l'un des sentiers qu'ils suivirent jusqu'à arriver devant un cul-de-sac. En voyant cela, Hariel jura. C'était malheureusement la différence entre un guidage satellite et une boussole. Cette dernière indiquait bien la direction, mais cela ne voulait pas dire que le chemin qui allait dans cette même direction était le bon…

« Qu'est-ce qu'on fait ? » Demanda-t-il alors. « On fait le tour ? »

« Pas sûr… » répondit Draco.

Il s'avança vers la paroi de pierre couverte de végétation qui se trouvait devant eux. Il la tâta en plusieurs endroits jusqu'à ce que sa main s'enfonce entre de longues lianes de lierre.

« On dirait qu'il y a une ouverture là. »

Aidé de ses camarades, il écarta les végétaux, révélant une ouverture par laquelle Hagrid aurait sans doute pu passer… mais certainement pas un jeune Géant de 3 ou 4 m de haut.

« Ce rocher-là… » remarqua Dean en touchant une énorme pierre qui bloquait partiellement l'entrée. « La végétation est plus sèche, comme si elle avait été coupée et la mousse semble assez récente à ses pieds. Il a dû être déplacé. »

« Donc c'est comme ça qu'Hagrid a pu le faire passer. »

À l'intérieur, l'espace était assez grand pour que le Demi-Géant ait pu s'y tenir debout, mais pas son compagnon. Celui-ci avait dû se mettre à quatre pattes au moins. En tout, les cas, le sable sur le sol de la grotte étaient couverts de traces de pas.

« Qu'est-ce que c'est au bout ? » Demanda Hermione.

En effet, il y avait de la lumière au fond de la caverne. En s'avançant, les adolescents s'aperçurent qu'il s'agissait d'une autre ouverture, elle aussi en partie obstruée. Elle débouchait sur une sorte de cirque de pierre, aux parois assez élevées pour dissimuler ce qui se trouvait à l'intérieur même si ce quelque chose était très grand. Hagrid était bien là. Et à ses côtés, assis sur le sol, le jeune Géant.

Roger avait bien évalué sa hauteur, près de 4 m. Toutefois, le mot "jeune" ne le décrivait pas vraiment. Il paraissait en fait plus âgé que ne le suggérait sa taille. Comme Hariel et les autres le savaient, la moyenne de stature des Géants adultes était d'environ 9 m. On avait alors estimé que les dimensions de ces derniers étaient de 5 fois celle des Humains. À la naissance, les bébés mesuraient donc entr m. Cela faisait du spécimen devant leurs yeux un être particulièrement petit. Est-ce que c'était lui aussi un métis, comme Hagrid ? Est-ce que c'était pour cela que celui-ci l'avait amené ici ?

Ils étaient tout de même assez différents. Hagrid demeurait en fait bien plus petit que son congénère. Celui-ci ne faisait que 2,5 m. Même assis, l'autre Géant le dépassait. Il fait dire que sa physionomie était des plus particulières.

En temps normal, les Géants étaient presque en tout point identiques aux humains. Mais en plus grand. Leur silhouette, cependant, était plus large. Cela venait principalement du fait que leurs os devaient être plus épais afin que leur squelette supporte la pression due à la gravité sur leur corps. Leurs traits étaient également assez semblables à l'exception de front plus bombé et de mâchoires plus fortes. Associé à un crâne légèrement plus petit en proportion et il avait été facile pour les Sorciers de les railler en considérant leur apparence comme grotesque.

D'ailleurs, de nombreuses représentations des Géants avaient exagéré leurs traits afin de se moquer d'eux. Ils étaient souvent montrés comme des mélanges de Trolls des Montagnes et d'Hommes de Cro-Magnon ce qui était totalement faux. Toutefois, certaines autres caractéristiques, notamment au niveau de leur nature, étaient exactes. En effet, les Géants étaient une société guerrière peu avancée socialement et technologiquement. Ils vivaient dans des grottes, s'habillaient à peine et faisaient preuve d'une grande violence et d'un important appétit de destruction. Ceux-ci pouvaient être dirigés contre des individus d'espèces différentes comme de leurs semblables. Ils pratiquaient la loi du plus fort et possédaient une hiérarchie complexe uniquement basée sur la puissance physique.

D'ailleurs, il était possible qu'à cause de cela, le compagnon d'Hagrid avait été harcelé et maltraité chez lui. Probablement que celui-ci n'a pas supporté cette vision et a décidé d'agir en ramenant son compatriote en Angleterre. En effet, non content d'être plus petit, il semblait s'être développé de façon assez étrange. Ses membres supérieurs et inférieurs paraissent plus longs que la normale, mais cela venait plutôt du fait que son torse était en fait plus étroit. Ce fait, en plus de ses mains épaisses qui lui arrivaient aux genoux et ses jambes arquées participait à lui donner une apparence simiesque. Son visage était aussi plus plat et son nez écrasé au point que ses narines soient visibles.

Sa peau était également différente de celle de ses semblables. Leur épiderme était généralement dans les tons de gris allant du presque blanc à l'anthracite. Celle du petit Géant tirait légèrement sur le rose chair. Chez un humain, un teint pareil serait un signe de déshydratation, mais cela ne semblait pas le cas pour lui.

Un léger bruit de cailloux qui s'entrechoquent tira Hariel de ses observations. Il se tourna vers Draco qui ouvrait de grands yeux gênés.

« Oups ? » Dit simplement celui-ci.

« Qui va là ! » S'écria alors Hagrid en se tournant dans leur direction.

L'autre Géant se releva et fronça les sourcils tout en arborant un air assez menaçant. Sachant que les deux finiraient par les trouver, Hariel décida que ce n'était plus la peine de se cacher. Il se glissa par le passage somme toute assez étroit à cause des pierres qui le bouchait et émergea dans l'amphithéâtre naturel suivi par ses amis.

« Ah ! C'est vous… » dit Hagrid, visiblement soulagé.

Mais l'autre Géant, lui, se saisit d'un tronc d'arbre arraché qui se trouvait à proximité et le brandit dans leur direction.

« Non, Grawp ! » S'écria Hagrid en se plantant devant lui, les bras levés en signe d'apaisement. « Ce sont des amis ! Tu comprends ? Amis ! »

« Amis de… Rubus ? » demanda l'autre d'une voix à la fois jeune et caverneuse. « Pas taper ? »

Il semblait avoir des difficultés à s'exprimer. Il ne détachait pas bien ses syllabes ce qu'il faisait qu'il mangeait ses mots, comme par exemple le prénom d'Hagrid. Et puis il y avait des lacunes en grammaire.

« Non » reprit Hagrid. « Pas taper ! Pas taper ! D'accord ? »

« D'accord, Rubus » dit le Géant en reposant le tronc d'arbre et en se rasseyant.

« Qu'est-ce que vous faites ici ? » Demanda Hagrid en se tournant cette fois vers le groupe d'adolescents.

« L'un de nos camarades a aperçut… euh…"Grawp" c'est ça ? »

« Oui, c'est ça… enfin, c'est ce que je comprends quand il prononce son nom. Et comme il y répond… Donc quelqu'un l'a vu, c'est ça ? »

« Il n'est pas spécialement discret… » fit remarquer Dean.

« Je lui avais pourtant dit de rester ici » grommela Hagrid. « Il est pas encore prêt pour… vous savez, pour rencontrer des gens. »

« C'est ce qu'on a remarqué » constata Draco en jetant un regard évocateur au tronc délaissé par Grawp.

« Il faut dire qu'il n'a pas vraiment de place ici » dit Hermione. « il devait vouloir se dégourdir les jambes quand R… quand notre camarade l'a aperçu. »

« Et vous avez décidé de venir voir ? » Demanda Hagrid sur un ton légèrement accusateur.

« C'était… inhabituel » dit Hariel en haussant les épaules.

Pas besoin de dire qu'ils avaient voulu vérifier que Voldemort n'avait pas envoyé une avant-garde dans la Forêt Interdite pour servir ses noirs desseins. À présent qu'ils le voyaient, ils se doutaient que l'autre Géant n'était pas un espion.

« Vous savez que c'est dangereux qu'il soit là » lui dit alors Hermione. « Pour les autres, mais aussi pour lui. »

« C'est pour ça que je l'éduque ! » Répliqua Hagrid. « J'essaye de lui apprendre à bien se tenir et il a beaucoup retenu depuis cet été. »

« Ah oui ? » Demanda Draco, cette fois en désignant vraiment le tronc d'arbre.

« Vous l'avez surpris » dit le garde-chasse en haussant les épaules.

Puis il baissa les yeux et son regard se fit triste.

« Vous comprenez… je pouvais pas le laisser là-bas. »

« C'est vrai qu'avec sa taille, ça ne devait pas être facile pour lui tous les jours » convint Hariel.

« Non. Il se faisait maltraiter par tout le monde. Même par notre mère. »

« Attends, quoi ? » S'exclama soudain Dean. « Votre mère ? »

« Oui. Grawp est mon frère. Mon demi-frère » expliqua Hagrid. « Peu après ma naissance, ma mère nous a quittés, mon père et moi. Elle me trouvait trop chétif. »

Ça, ils le savaient. Toutes les informations sur Hagrid et ses parents étaient parues l'année précédente dans l'article que Rita Skeeter avait écrit sur lui. Sa mère, Fridwulfa, était partie quand il avait 3 ans, laissant son père avec le cœur brisé. Par la suite, il était facile d'imaginer qu'elle avait trouvé un autre compagnon une fois retourné dans sa tribu. Mais apparemment, elle ne semblait pas avoir eu plus de chance avec son fils cadet.

En effet, si celui-ci était un géant de pure souche, alors sa petite taille était à la fois inexplicable et un indice quasi certain d'une quelconque malformation.

« Bon, très bien, c'est votre frère. Mais qu'est-ce que vous allez faire de lui par la suite ? » Demanda Draco.

« Je vais continuer à lui apprendre l'anglais et à bien se comporter en société » répondit Hagrid.

« Oui, mais après ? » Insista Hariel. « Qu'est-ce que vous allez faire ? Lui construire une cabane à sa taille à côté de la vôtre et demander à Dumbledore d'en faire un second garde-chasse ? C'est vraiment ce que vous voulez pour lui ? Ce que lui veut pour lui ? »

« Je… je ne sais pas… » finit par admettre Hagrid après quelques instants. « J'imagine que c'est le mieux auquel je peux penser pour lui. »

Il se tourna pour regarder son frère qui jouait avec des cailloux.

« Il n'est pas bien malin, mais je l'aime quand même… » dit-il avant de s'adresser à nouveau aux adolescents. « Vous ne direz rien à personne, n'est-ce pas ? »

« Bien sûr que non » répondit Hariel pour le groupe.

« Ça risque de lui exploser à la figure » commenta Hermione alors que leur ami repartait discuter avec son frère. « Si jamais d'autres que nous le trouvent… »

« Je comprends bien » intervint Hariel. « Mais ce n'est pas comme si on pouvait le ramener chez lui. Après, on peut peut-être l'emmener ailleurs. Peut-être que Tannin pourrait nous aider à nous occuper de lui. Il ne serait pas handicapé par la différence de taille. »

« Il serait quand même mieux entouré de ses semblables. »

« Sauf que pour l'instant, le seul semblable qui veut de lui est ici. »

« Il pourrait y en avoir d'autres » dit alors une voix haute perchée.

Surprise, Hermione se pencha vers la poche de sa robe d'où émergeait un petit museau beige. Elle avait presque oublié que Kylie était toujours à ses côtés.

« Que veux-tu dire par "d'autres" ? » Lui demanda Hariel. « Tu parles d'autres tribus que la sienne ? Tu penses qu'ils le traiteraient mieux ? »

« Les Géants ont à peu près tous la même mentalité, je doute que ça fonctionne » fit remarquer Draco.

« C'est différent pour les Géants de Cormorán. »

« Cormorán ? » Demanda Draco, incrédule. « Ça me dit quelque chose… »

La petite Balmus se hissa hors de la poche de tissus et sauta dans la paume de la main d'Hermione qu'elle leva à hauteur de visage tout en s'éloignant pour qu'Hagrid ne la voie pas. Les trois garçons avec elle se mirent tout autour afin de cacher la Fae aux allures de souris.

« Il y a très longtemps, les Géants étaient bien plus nombreux en Europe. Mais ils ont décidé de s'exiler à cause des Humains. C'était à peu près à l'époque où les Sorciers se sont séparés des Sapiants. »

« Vraiment ? Et pourquoi certains sont-ils restés ? »

« Ils ne voulaient pas abandonner leurs terres. Il s'agissait des éléments les plus violents et les moins sociables de leur peuple. »

« Donc il existe des Géants… pacifistes ? » Demanda Draco, incrédule.

« Bien sûr ! Ce sont même des êtres très sages et intelligents. Des artistes et des érudits. »

« On ne dirait pas en voyant… » commença Draco.

Mais un coup de coude d'Hariel le fit taire. Celui-ci avait parfaitement compris de qui il parlait.

« Je te rappelle qu'Hagrid est parvenu à réparer sa baguette tout seul et à la camoufler » lui fit-il remarquer. « Tu sais à quel point il est difficile de réparer une baguette cassée ? »

C'était vrai. Que ce soit le bois ou l'élément magique qui l'a composait, leur intégrité était primordiale au fonctionnement du médium. Même une simple fissure pouvait altérer son fragile équilibre, provoquant des accidents.

« Et je te rappelle qu'il a également créé une nouvelle espèce par croisements » rajouta Hermione.

« Quoi, tu parles de ces satanés Scroutt-à-Pétards ? » Demanda Draco avec une grimace visible.

Il avait eu le malheur de rencontrer ces Créatures l'année précédente pendant les cours de Soin au Creature Magique. Il n'avait jamais eu autant envie de changer d'option que cette année-là. Les Créatures étaient hideuses, difformes et surtout sacrément dangereuses. Pas un seul de ses camarades n'en était sorti sans plaies ou brûlures.

« Il en reste que c'est une nouvelle espèce » insista Hermione. « Et que c'est lui qui l'a créé. Je suis donc prête à croire en l'intelligence de ces Géants. »

« Mais peut-être que ça vient de son côté Humain » grommela tout de même Draco sans trop de conviction.

« Le tout reste de savoir s'ils accepteront de s'occuper de… Grawp » intervint Hariel.

« Si Sa Majesté le demande, ils le feront » répondit Kylie.

« Moi ? Pourquoi, moi ? » S'étonna Hermione.

« Quand ils ont fui ce monde, ils se sont réfugiés en Faerie où le Roi Obéron, en tant que Souverain de la Cour d'Automne et du Grand Peuple, leur a accordé des terres pour y bâtir leur cité. »

Hermione se renfrogna. Elle n'aimait pas vraiment Obéron. Quelque chose chez cet homme, enfin, ce Fae, la dérangeait. Il semblait trop… opportuniste. Elle espérait vraiment qu'elle n'aurait pas affaire à lui s'ils se rendaient à Cormorán.

« Donc ces Géants sont des Fae ? » Demanda Dean.

« Pas du tout. Ce sont des Êtres Magiques. Au même titre que les Magiciens. »

« Si ce ne sont pas mes sujets, alors pourquoi m'obéiraient-ils ? » S'étonna Hermione.

« C'est par la grâce de la Déesse dont vous êtes la représentante qu'ils peuvent vivre sur ces terres. Ils lui sont très reconnaissants de les avoir accueillit et sauront se montrer serviable envers vous. »

Hermione se tut pendant quelques instants pour réfléchir à la situation.

« Très bien… » dit-elle finalement. « Ça vaut le coup d'essayer. »

« Qui va le dire à Hagrid alors ? » Demanda Dean à la cantonade.

Les quatre adolescents se tournèrent vers le Demi-Géant. Celui-ci discutait avec passion avec son frère, laissant échapper des rires joyeux de temps en temps. Même si c'était nécessaire, les séparer serait un crève-cœur.

À suivre…

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Et voilà un nouveau chapitre. J'espère qu'il vous a plu.

Je suis content d'avoir trouvé l'occasion de développer le personnage de Maugrey dans ce chapitre. Lui et Dumbledore représentent deux archétypes du « faux gentil ». Dumbledore, c'est l'hypocrite manipulateur qui utilise ce fait passer pour un gentil pour avoir un ascendant sur les autres et obtenir du pouvoir. Maugrey, lui, c'est plutôt celui qui se considère comme bon et qui veut éliminer tous ceux qu'ils considèrent comme mauvais, quelle que soit la méthode même si celle-ci est pire que ce qu'utilisent les méchants. Il considère que la fin justifie les moyens et ne se remet jamais en question.

Bon, j'avoue, j'avais complètement oublié Grawp. J'espère au moins que je me suis rattrapé. Et encore, vous allez voir au prochain chapitre, ça va être grandiose (littéralement).

Encore une fois, j'espère que ça vous a plu. N'hésitez pas à me laisser un commentaire et je vous dis à la prochaine fois.