Chapitre 3: we're gonna rock tonight!
En ce samedi matin pluvieux, Iruka s'offre une grasse matinée. C'est Kankuro qui est d'astreinte aujourd'hui. Comprenez : il fait la visite des patients du service ce matin, et l'interne de garde prend le relais en cas de problème à partir de midi. Mais si une intervention urgente est nécessaire dans le WE, il doit être disponible pour aller opérer avec Hidan. Iruka stresse un peu à l'idée qu'il devra bientôt faire sa première garde lui aussi. Mais pas la peine de se mettre la pression à l'avance. Aujourd'hui, il a un autre problème à gérer : réussir à survivre à sa première soirée d'internat.
C'est d'ailleurs l'effervescence dans le bâtiment. De sa petite chambre à l'étage, Iruka perçoit les préparatifs. Il finit par se lever en ronchonnant. Un peu de sport lui fera du bien. Malgré le temps, il décide d'aller faire un petit footing. S'il arrive à mettre la main sur Genma, celui-ci voudra peut être l'accompagner. Il parait qu'il y a un beau lac artificiel pas loin de l'hôpital, et que l'endroit est très prisé des joggeurs du WE.
Dans le réfectoire, quelques internes sont en train de mettre la décoration en place, sur le thème de la rentrée apparemment. Une sorte de scène improvisée a été installée dans un coin, et des petits bureaux d'écoliers sont placés devant un grand tableau noir. Les grandes tables sur lesquelles les internes prennent habituellement leurs repas ont été poussées le long des murs, et sont déjà jonchées de bouteilles d'alcool. Des petites ardoises ont été disposées un peu partout, ainsi que des cartables d'écoliers desquels dépassent divers objets médicaux. Iruka manque de se faire renverser par un interne chargé de cartons soigneusement emballés.
« Hé, fais gaffe à toi ! »
Iruka tend la main pour retenir les cartons tandis que l'interne tente de retrouver son équilibre.
« Ouf ! Merci mon vieux. Ya des choses fragiles la dedans. T'es nouveau, non ? Je me présente, Aoba Yamashiro. Je suis le président du bureau des internes. Et toi, tu es ? »
« Iruka Umino. »
« Ah c'est toi la nouvelle recrue de chirurgie cardio-tho ? Kankuro m'a parlé de toi. Il parait que tu te débrouilles pas mal. Bon si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à venir nous voir au bureau des internes. Il est au premier. Allez à plus ! »
Aoba reprend son chemin avec ses cartons, tandis qu'Iruka va frapper à la porte de Genma.
« Hého, Gen ! T'es réveillé ? Tu voudrais pas venir courir avec moi ? »
Un grognement se fait entendre de l'autre côté de la porte. Celle-ci finit par s'ouvrir pour laisser apparaître un Genma en caleçon, encore à moitié endormi.
L'interne d'orthopédie se gratte machinalement le ventre en baillant.
« Putain, il est quelle heure Iruka ? »
« Dix heures. Tu veux pas venir courir avec moi ? » répète le jeune interne.
« Mouais. Mais il fait un temps de chien. »
« Et alors, t'es pas en sucre. »
« Ok, ok, j'arrive. Vas me préparer un café au lieu de râler. »
Après un petit déjeuner rapide, les deux amis partent en direction du fameux lac en trottant.
« Putain Iruka, ya que toi pour avoir envie d'aller courir sous la flotte un samedi matin ! »
« Arrête donc de râler et regarde. Ya plein de jolies joggeuses qui ne demandent qu'à rencontrer un bel interne en orthopédie fraichement débarqué de sa campagne. »
A petites foulées, les deux internes commencent leur tour du lac. Malgré le froid et la pluie, nombreux joggeurs et cyclistes se partagent le large chemin goudronné qui s'enlace autour du plan d'eau. Au bout de vingt minutes, Genma commence déjà à montrer des signes de fatigue.
« Sérieux Genma, va falloir que tu t'entraînes si tu veux faire le semi-marathon avec moi au Printemps ! »
« Nan mais j'avais dit ça pour rigoler moi. »
« Ouais, dis plutôt pour draguer la minette qui ne parlait que de grands sportifs bien gaulés. »
« N'empêche que ça a marché ! » réplique Genma en tirant la langue à son ami.
Iruka lève les yeux au ciel et reprend :
« Bon allez, j'ai pitié de toi. On va jusqu'au banc là bas et on fait une pause. »
Quelques secondes plus tard, Genma s'affale sur le banc tandis qu'Iruka en profite pour faire quelques étirements. Un magnifique dalmatien s'approche des deux jeunes hommes et semble vouloir jouer.
« Et bien, il est où ton maître toi ? » demande Iruka à l'animal en lui tapotant la tête gentiment. Le chien redemande des caresses et finit par se dresser sur ses pattes arrière pour tenter de lécher le visage de son nouvel ami.
« Non, arrête ! C'est dégueu ! Allez stop ! » dit Iruka en saisissant l'animal par son collier pour le faire assoir.
« Voilà, bon chien ! »
Iruka caresse de nouveau la tête de l'animal et entend alors crier au loin :
« Jack, au pied ! »
L'animal file en direction de l'appel tandis que les yeux d'Iruka s'écarquillent. Sur tous les chiens qui se promènent ce matin, il a fallu que ce soit celui de son chef de service qui vienne lui renifler les mollets !
Genma, qui a repris son souffle, ne peut s'empêcher de commenter :
« Encore un bon point pour toi, Iruka : le chien d'Hatake a l'air de t'adorer ! »
Iruka hausse les épaules, tout en continuant d'observer son chef, en grande conversation avec deux jolies demoiselles.
« Tu crois qu'il va conclure ? » demande Genma en rigolant.
«Apparemment oui » répond sèchement Iruka, tandis que Kakashi fourre le papier que vient de lui tendre l'une des deux filles dans sa poche.
« Merde ! Il vient par là ! »
Iruka bouscule Genma pour qu'ils reprennent leur course, mais il est déjà trop tard. Le chirurgien et son chien arrivent déjà à la hauteur des deux internes.
« Tiens en voilà une surprise ! Jack, pas bouger » leur lance le chirurgien alors que le dalmatien tente à nouveau de faire la fête à Iruka.
« Votre chien s'appelle… Jack ? » demande Genma, dont l'impertinence fait frémir Iruka.
« Ben ouais, t'aurais préféré que je l'appelle Pongo peut être ? »
La réflexion arrive à tirer une esquisse de sourire à Iruka.
« En tout cas vous avez raison d'utiliser votre temps libre pour faire un peu de sport. L'endurance, c'est essentiel pour un chirurgien. Bon, je vous laisse les jeunes » dit Kakashi en repartant avec Jack. Il se retourne après quelques foulées et leur lance un « A ce soir » avant de disparaitre de leur champ de vision.
« Va falloir qu'on trouve un autre spot pour courir » lâche Iruka.
« Ben pourquoi ? Il est bien ce coin ! »
« Pas si je tombe sur mon boss à chaque fois que je viens. »
« Oh arrête de jouer les rabat-joie. Ya plein de belles nanas par ici » rétorque Genma en suivant des yeux deux jolies joggeuses. « Et puis qu'est ce que ça peut foutre que tu croises Hatake franchement ? »
« Ca me fout que je le vois déjà toute la semaine, et ça me suffit. »
«Si je ne te connaissais pas bien, je dirais que tu en pinces pour ton sexy chef de service» répond Genma en ricanant.
« Et justement, tu me connais bien, et tu sais que ce genre de tombeur de minettes n'est pas du tout mon type. Fin de la discussion. »
Iruka repart au trot, accélérant le rythme de sorte que Genma ne puisse plus parler en courant. Ils arrivent tous les deux essoufflés et trempés à l'internat une demi-heure plus tard.
« Je te retiens Iruka, avec tes plans foireux d'aller courir sous la flotte ! La prochaine fois ce sera sans moi je te préviens ! »
« Oh écoutez-la, la petite nature ! » réplique Iruka moqueur. « Allez viens au lieu de râler. Je t'offre un café. »
« Pff, on a le café gratuit à l'internat. »
« Ben justement, c'est pour ça que je te l'offre, abruti ! »
Les deux internes font un détour par leurs chambres respectives pour se sécher et se changer avant de redescendre dans la salle commune, où les attendent Shizune, Izumo et Kotetsu.
« Salut les gars, vous étiez passés où, ça fait une heure qu'on vous cherche ! »
« On est allé courir sous la pluie, histoire d'attraper une belle pneumonie » ronchonne Genma.
« Tenez, on doit remplir ça pour la fête de ce soir » répond Shizune en tendant un questionnaire aux deux garçons.
« Qu'est ce que c'est que ce truc encore ? » dit Iruka en fronçant les sourcils à la lecture des questions. « Pas question que je remplisse cette connerie. »
« Iruka, je te rappelle que tu as promis de faire un effort » soupire Izumo. « Le but c'est de s'amuser, monsieur Je-suis-le-sérieux-incarné. »
« Izumo a raison, il faut le prendre comme un jeu ! » l'encourage Shizune.
«Parce que « quelle est votre position sexuelle préférée ? » tu trouves ça marrant toi ? »
Les quatre amis d'Iruka poussent un long soupir commun.
« Bon, on va t'aider à répondre si tu veux. Je te jure, t'as vraiment l'humour d'une huitre laiteuse ! » déclare Kotetsu en saisissant le questionnaire d'Iruka.
« Bon alors, ton idole, Iruka ? »
«… »
« Mets Kakashi Hatake » balance Genma.
" Très drôle. Je sais pas moi, t'as qu'à mettre Gandhi."
« Tu plaisantes ? »
« Nan il plaisante pas » répond Izumo dépité.
« Tu vas passer pour un coincé du cul Iru. »
« Et alors ? Rien à carrer de … »
« Tss… Ne commence pas à t'énerver, on fait ça pour t'aider » le coupe Shizune. « Mets plutôt Batman, ça sera plus marrant. Ca te va Batman ? »
Iruka hoche la tête en soupirant.
«Ensuite, bon ben ta position préférée ? » relance Kotetsu d'une petite voix.
Regard noir d'Iruka, et Genma qui répond en rigolant :
« T'as qu'à inventer un truc à la con »
« Nan, ils seraient capables de lui demander de mimer. »
« Haha, ça serait trop fort ! »
« Mets l'étoile de mer » balance Iruka en soupirant.
Quatre visages incrédules se tournent vers le jeune interne.
« Mais c'est qu'il arrive à faire de l'humour finalement. Alléluia ! »
« Bon allez, balance la question suivante qu'on en finisse » rétorque Iruka, une pointe d'agacement dans la voix.
« Ton animal préféré ? »
«Le chien. Bon ça y est, c'est fini ? »
« Ouep. Plus qu'à aller le mettre dans la boite. »
« J'ose même pas imaginer ce qu'ils nous préparent avec ce questionnaire ! »
« Bon et si on se faisait un petit billard pour passer le temps jusqu'à ce soir ? »
Les cinq amis jouent jusqu'à l'heure du déjeuner. Après un rapide repas, ils partent faire un tour en ville, histoire de changer un peu d'air. A leur retour vers dix-huit heures, la fête semble déjà avoir commencé dans le réfectoire. Certains internes ont attaqué l'alcool alors que la fête n'est censée commencer qu'à vingt heures. Iruka évite de justesse l'un de ses collègues, titubant dangereusement dans le couloir.
« Si vous voulez manger un morceau avant la fête, c'est le moment » déclare une voix derrière eux. « Bon c'est pas terrible, parce que Teuchi est pas là le WE. Mais il y a des barquettes de l'hôpital dans le frigo. »
A la vue des barquettes jaunes, entassées à la va vite dans le grand réfrigérateur collectif, les estomacs semblent émettre une morne complainte.
« Beurk, c'est quoi cette bouillie informe ? »
« Epinards à la crème. »
« On dirait du gerbi de vache. »
« Ca gerbe les vaches ? »
« Bon ben on se commande une pizza ? »
« Carrément. »
Préférant battre en retraite dans la chambre de Shizune en attendant leur repas, les quatre internes poussent uu soupir de soulagement quand Genma revient une heure plus tard avec des pizzas dignes de ce nom. Ils engloutissent leur dernière bouchée au moment où retentit une assourdissante sirène de pompier.
« Qu'est ce que c'est que ce bordel ? Ya le feu ou quoi ? »
Mais déjà une voix forte s'époumone dans un haut parleur.
« Mesdames, Messieurs les internes, la première soirée de l'année de l'internat de Konoha va démarrer ! Vous êtes donc tous attendus dans la salle principale ! »
S'ensuit un hurlement bestial augurant de l'état d'excitation des organisateurs. Des bruits de casserole et autres objets métalliques divers frappés les uns contre les autres résonnent dans le couloir. La porte de la chambre de Shizune s'ouvre brusquement et deux internes de quatrième année, sac d'écolier sur le dos et entonnoirs sur la tête, se mettent à hurler :
« Allez les jeunes, suivez-nous. C'est parti pour la fêtttttte ! »
Et ils repartent aussi vite qu'ils sont apparus. Les cinq amis rejoignent la cohue pour débouler dans le réfectoire. A peine ont-ils mis un pied dans la pièce qu'ils se retrouvent chacun avec un verre de vodka à la main. La salle est bondée et la musique résonne déjà à fond dans la sono.
De petits groupes se forment. Shizune et Kotetsu entraînent leurs amis chirurgiens en herbe pour rejoindre leurs collègues de pédiatrie, eux même déjà en grande conversation avec les internes de neurologie.
Le son d'une cloche retentit et tout le monde cesse de parler. Aoba, debout sur la scène, se gratte la gorge puis lance à l'assemblée :
« Bienvenue à tous à la première soirée de l'internat de l'année. Nous sommes très heureux d'accueillir pour cette rentrée des classes de la chair fraich… Enfin je veux dire de mignons petits nouveaux internes, à qui on va demander de bien vouloir s'avancer dans la lumière. »
Les internes plus âgés s'écartent afin que les plus jeunes puissent se diriger vers le centre de la pièce, éclairé par un disque de lumière descendant d'un puissant spot au plafond. Aoba reprend :
« La voici donc, la nouvelle promotion, qui va nous permettre à nous, vieux routards de l'hôpital, de nous décharger des corvées de ménage à l'internat, de café dans les services, et d'engueulades des chefs parce que c'est bien évidemment TOUJOURS la faute des petits nouveaux Haha ! »
L'assemblée se met à rire et à acclamer le président du bureau des internes, qui poursuit :
« Jeunes collègues, rassurez-vous. Tout ceci n'est bien sûr qu'une plaisanterie, destinée à vous accueillir comme il se doit parmi nous. Cette soirée a été organisée pour vous par tous vos désormais confrères qui sont réunis ici ce soir. Alors levons nos verres à cette nouvelle fournée d'internes tous chauds et tous dorés. Kampai ! »
D'un seul élan, tous vident leur verre cul sec. La musique et les conversations reprennent, tandis que des internes de quatrième année les plus populaires fendent la petite foule des nouveaux arrivés pour se présenter et entamer la discussion.
« Alors les jeunes, contents de l'accueil ? » demande l'un des internes de chirurgie orthopédique. « Allez, Genma, présente moi tes petits copains ! »
Les discussions se poursuivent tandis que certains commencent à danser. Comme toujours certains se font remarquer par leurs bruyantes démonstrations. Les premiers verres se cassent. Des petits jeux ont été organisés afin d'égayer la soirée. Iruka et Shizune préfèrent se retirer dans un coin sombre et discret, même s'ils savent pertinemment qu'ils ne pourront probablement pas fuir ce qui les attend.
Ils voient Aoba remonter sur scène, tandis que deux internes rapprochent les bureaux d'écolier au centre.
« Mes amis, il est temps de commencer nos petits jeux. Et pour cela, je vais appeler deux internes de première année. »
Une clameur d'encouragement monte de la foule, alors qu'Aoba plonge sa main dans un grand vase pour en ressortir deux papiers. Iruka fait un rapide calcul : à raison d'une trentaine de nouveaux internes, il a environ une chance sur quinze d'être tiré au sort. Ce ne serait quand même vraiment pas de bol si…
« Iruka et Kotetsu ! » hurle Aoba sous les acclamations des autres internes. Shizune pose un regard compatissant sur son ami.
« Vas-y, tu seras débarrassé après » lui murmure-t-elle en guise d'encouragement.
Les deux amis se retrouvent assis sur les petites chaises d'écolier. Iruka se trouve ridicule, lui qui déteste par-dessus tout être exposé comme cela à la vue de tous. Kotetsu, en revanche, a l'air de trouver la situation amusante.
« Hou ! On commence bien : un match chirurgie contre médecine ! » reprend le maitre du jeu. « Bon, le but du jeu est simple : vous devez trouver les surnoms de nos vénérés chefs de service, surnoms qui ont été savamment attribués par nos prédécesseurs internes et par nous-mêmes. »
Le tableau noir est retourné : deux colonnes ont été tracées à la craie. L'une contient le nom des principaux chefs de service de l'hôpital, et l'autre des surnoms variés.
« Bien sûr un jeu d'internat n'en serait pas un sans…. »
« Alcool ! » répond la foule hilare.
« Et oui, à chaque mauvaise réponse, c'est un cul sec messieurs ! »
Et merde. Iruka est au degré zéro de la tenue à l'alcool. Il risque de rouler sous la table en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il jette un regard anxieux à Kotetsu, qui lui semble bien déterminé à faire bonne impression à ses collègues.
« Mais dans notre infinie clémence, nous allons vous allouer un joker. Et pas n'importe quel joker messieurs : un joker grand luxe ! Alors qui de nos valeureux chefs de service vont venir soutenir nos jeunes internes ? » reprend Aoba en se tournant vers le fond de la salle, où les médecins de différents services observent la scène amusés.
« Chers maîtres, vous le savez à présent. Ici à l'internat, c'est la voix du peuple qui parle. Alors chers collègues, quel médecin souhaitez-vous voir soutenir Kotetsu ? »
Tout étant orchestré à l'avance, l'assemblée se met à crier « maître Gai ! ».
Le cardiologue sourit et fend la foule d'un pas décidé, fier de pouvoir participer au spectacle.
« Et qui est le mieux placé pour défier notre chef de cardiologie préféré, pour défendre l'honneur de la chirurgie queeeeee….. »
« Kakashi ! Kakashi ! Kakashi ! »
Le chirurgien laisse glisser un sourire sur ses lèvres. Il n'a jamais refusé un seul défi lors de son propre internat. Et compte tenu de sa popularité chez les internes et de sa présence à quasiment chacune des fêtes de l'internat, il est régulièrement sollicité pour ce genre de petit jeu. Il avance donc d'un pas nonchalant jusqu'à la scène et s'assoit juste derrière Iruka.
Le jeune interne n'a pas bronché. Il a fermé les yeux quelques instants, se demandant pourquoi le sort avait décidé de s'acharner sur lui. Et puis il a finalement pris son parti de jouer le jeu. Que faire d'autre de toute façon ?
« Je te préviens, il n'est pas question que je me fasse ridiculiser par Gai ! » lui murmure son chef à l'oreille en riant.
« Messieurs, le jeu va commencer. Je vous rappelle qu'à chaque erreur, c'est un verre cul sec. Juste une précision, votre joker a interdiction de vous souffler les bonnes réponses. »
« Mais à quoi sert-on alors ? » demande innocemment Gai alors que Kakashi, semblant connaître le jeu, se fend d'un large sourire.
« Messieurs les chefs, vous êtes là … pour boire les verres des perdants bien sûr ! »
La foule pousse un hurlement de joie à l'annonce de cette variante du jeu, mise de côté depuis plusieurs années après que certains chefs se soient retrouvés complètement bourrés. Cela avait bizarrement refroidi les ardeurs des médecins à participer. Mais l'arrivée relativement récente d'une flopée de jeunes chefs, à la réputation de fêtards déjà bien ancrée, a permis de faire revivre cette vieille règle, pour le plus grand plaisir des internes.
« Que le jeu commence ! »
A chaque nom de chef annoncé, Iruka et Kotetsu doivent lever le doigt, comme à l'école. Le plus rapide a le droit de prendre la parole au tableau. Il doit alors tracer un trait entre le nom du médecin et le surnom qu'il pense correspondre. S'il a juste, il peut se rasseoir et le chef de l'équipe adverse boit, s'il se trompe, c'est son chef qui boit. Simple comme bonjour.
Aoba annonce le premier nom : « le Professeur Choza Akimichi ! »
Silence. Ni Iruka ni Kotetsu ne bronche. Après quelques secondes, Aoba décide d'intervenir :
« Allez les gars, tentez le coup ! Vous êtes là pour jouer. »
Kotetsu prend son courage à deux mains et lève le doigt. Aoba lui lance alors une craie et le jeune interne s'avance vers le tableau en hésitant.
« Alors, quel peut bien être le surnom de notre chef d'endocrinologie. Je te donne un indice : il adore ce qui est gras et salé. »
Les spectateurs se mettent à rire tandis que Kotetsu parcourt les différents surnoms inscrits sur le tableau. Son visage s'éclaire et il trace un trait vers le mot « chips ».
« Et merde » murmure Kakashi, plutôt amusé.
« Et c'est une bonne réponse ! Kakashi, à toi l'honneur ! »
Le chirurgien se lève et saisit le verre tendu. Il le lève pour saluer la foule et l'avale d'un trait. Il prend une seconde pour laisser le feu brûlant de l'alcool couler le long de son œsophage alors que les internes l'acclament.
« Deuxième tour : attention c'est facile, il va falloir être rapide… Zabuza Momochi ! »
Les deux garçons lèvent le doigt quasiment en même temps. Mais Kotetsu a visiblement eu un quart de seconde d'avance. Iruka est dépité car tout le monde sait bien que le chef de chirurgie viscérale est surnommé l'étripeur, sans qu'il s'en offusque d'ailleurs. L'interne entend Kakashi pousser un soupir derrière lui et n'ose pas se retourner. Après avoir avalé son deuxième verre, Kakashi se rassoit en glissant à son interne :
« Je te préviens, si je finis bourré devant tout l'internat, tu seras de corvée de post-op pendant deux mois. »
«Iruka lui lance un regard horrifié qui fait littéralement exploser de rire son aîné.
« Mais je plaisante Iruka ! Allez, tu vas bien en trouver un quand même ! »
Aoba lance déjà le troisième nom : Asuma Sarutobi.
Iruka jette un œil à Kotetsu et lève le doigt, le sourire aux lèvres. Celui-là, il l'a déjà entendu, et de la bouche même de son chef, qui est accessoirement le meilleur ami dudit Asuma.
Sûr de lui, l'interne saisit la craie et trace sans hésitation un trait vers le mot Smoker.
L'assemblée se met à acclamer Iruka tandis que Gai se voit offrir un petit verre de vodka.
Les noms s'enchainent, ainsi que les verres, sous les cris d'encouragement des internes.
Grisés par le jeu, les deux internes de première année ne se sont pas rendu compte qu'eux aussi ont pas mal picolé. L'alcool aidant, une complicité s'est installée entre les internes et les deux chefs. Ceux-ci redoublent d'effort pour encourager leurs poulains et remporter le jeu.
Le score est serré : cinq points partout. Tout va se jouer sur le dernier nom, alors qu'il reste six surnoms sur le tableau, histoire de brouiller les pistes. Quand Aoba hurle le nom de Kakashi, Iruka lève le doigt par réflexe. Bien que ne connaissant absolument pas le surnom de son chef, il se plante devant le tableau.
« Alors Iruka ? Ta réponse ? »
Un sourire malicieux apparait sur le visage du jeune interne éméché. Il se retourne vers son chef et lance plein d'une audace dont il n'aurait jamais été capable s'il était resté sobre :
« Le surnom de Kakashi ? C'est forcément Jolicoeur ! »
Toute la salle explose de rire tandis que Kakashi bondit et tape dans la main levée d'Iruka en criant :
« Yes ! Ca c'est un interne comme je les aime ! »
Puis il saisit deux verres. Mais au lieu d'en tendre un à Gai dépité d'avoir perdu, il s'avance vers Iruka. Passant un bras autour des épaules du jeune homme, il l'entraîne au devant de la scène et lève son verre :
« A la victoire d'Iruka, pour la chirurgie cardio-thoracique ! »
Kakashi fait tinter son verre contre celui d'Iruka et les deux hommes boivent d'un trait leur vodka sous les hourras de la salle.
Iruka manque de tomber quand Kakashi l'entraîne dans la foule. Happé par le mouvement, il se voit congratulé de toutes parts pour sa victoire par des internes complètement bourrés qui ne le reconnaitront probablement pas le lendemain. Guidé par la main ferme de Kakashi, Iruka finit par s'extraire du troupeau de viande saoule pour tomber sur Shizune, qui réceptionne tant bien que mal son ami titubant.
« Salut ma belle, c'est quoi ton nom ? »
Kakashi est presque obligé de hurler tellement la musique est redevenue assourdissante.
« Shizune. »
« OK ! Et bien Shizune, je te confie Iruka. Quand il aura dessaoulé, tu pourras lui dire qu'il vient de gagner une semaine entière au bloc » reprend le chirurgien avant de rejoindre ses collègues au fond de la salle.
Shizune fait asseoir Iruka, qui a tout à coup pris un teint tirant sur le gris-vert. Elle sent la catastrophe arriver et appelle silencieusement Izumo et Genma à l'aide. Iruka se met à rire bêtement et à s'agiter quand ses deux amis lui saisisse chacun un bras pour l'entraîner dans les toilettes. Iruka n'a pas l'habitude de boire autant et son estomac a décidé de lui faire part de sa vigoureuse protestation.
Quelques minutes et un estomac vidé plus tard, Iruka rejoint la salle principale pour s'affaler dans un fauteuil. Les jeux ont repris mais pour être tout à fait honnête, Iruka irait bien se coucher là maintenant. Quand Shizune lui demande s'il va bien, il hoche simplement la tête, incapable d'aligner deux mots. L'interne de pédiatrie juge plus sage d'attendre le lendemain pour lui annoncer la bonne nouvelle pour le bloc.
Iruka sort de sa léthargie au bout de deux bonnes heures, juste au moment où un pauvre interne de maladies infectieuses, dont il ne connait même pas le nom, se voit obligé de mimer une scène reprenant les trois réponses du fameux questionnaire. Dans une fulgurance, Iruka pousse un soupir de soulagement alors que ses trois mots lui reviennent : Batman, étoile de mer et chien. Il jette un coup d'œil à ses camarades qui semblent tout aussi soulagés que lui. Rien que pour échapper à ça, ça valait bien le coup de se bourrer la gueule avec son chef de service !
Iruka fait remarquer à Shizune, Genma et Izumo que vu l'état d'alcoolisation avancée des participants, personne ne remarquera son absence. Ses amis arrivent à le retenir encore une heure, mais finissent par abdiquer, l'appel de leur lit étant trop fort.
Kakashi jette un coup d'œil par-dessus l'épaule de l'interne qu'il tient dans ses bras pour voir passer son interne de première année. Il ne peut s'empêcher de penser que ce gamin lui ressemble quelque part. Mais il se replonge rapidement dans les vapeurs enivrantes de la jeune femme qui a commencé à attaquer son cou. Il ne connait pas son nom. Aucun intérêt. Demain, elle ne se souviendra probablement pas avec qui elle aura passé la nuit, car il sera déjà parti quand elle se réveillera avec une belle gueule de bois.
Le lendemain matin au réfectoire. Iruka zigzague entre les cadavres de bouteilles et les internes qui n'ont pas trouvé la force de regagner leur lit. Il se sert un café fort, puis un deuxième. Les autres n'ont pas encore montré le bout de leur nez, mais il n'a pas envie de les attendre. Dehors, le temps est frais mais sec. Il a besoin de prendre un bon bol d'air frais pour dissiper les dernières traces d'alcool de son organisme.
L'interne hésite avant de prendre la direction du lac. Très faible probabilité de croiser son chef aujourd'hui : il doit encore être en train de roupiller dans les bras de la belle demoiselle d'hier soir. Parce qu'il ne faut pas croire, Iruka l'a bien vu emballer cette pauvre interne complètement saoule. Mais Kakashi avait l'air bien fait lui aussi, un peu par sa faute d'ailleurs.
Iruka commence par faire quelques étirements, puis part au petit trot pour un tour du lac à la cool. Et cette fois c'est un beau berger belge entièrement noir, et surgi de nulle part, qui commence à lui faire la fête. Décidément, il a le don d'attirer les clébards ! Iruka se retourne pour voir si le propriétaire du chien est dans le coin, et fait un bond.
« Salut ! » lui dit une personne bien connue en lui offrant son plus beau sourire.
« Bordel, vous m'avez fait peur ! Ca va pas d'apparaître sans bruit derrière les gens comme ça ? »
« Je suis un ninja ! » déclare Kakashi en prenant une pose à la Bruce Lee.
Iruka lève les yeux au ciel.
« Ne me dites pas que ce chien est le vôtre ? »
« Bien sûr que si. C'est Tyler ! Viens mon chien, mais oui tu es un bon chien… »
Iruka laisse son chef de service gagatiser devant son clébard pendant quelques secondes et tente sournoisement de lui fausser compagnie. Mais c'est sans compter sur la rapidité légendaire de ninja-Kakashi.
« Hé ! Te sauves pas Iruka ! »
Les épaules du jeune interne s'affaissent et Kakashi reprend :
« Je ne pensais pas te voir ici de si bon matin ! »
« Moi non plus » répond sèchement le jeune homme.
Kakashi ne sait pas trop comment il doit prendre cette réponse, alors il préfère faire comme si de rien n'était.
« Shizune t'a dit pour le bloc ? »
« Euh… non » répond Iruka, un peu étonné car il n'a aucun souvenir de Kakashi ayant parlé à son amie.
« Je lui ai dit de te dire que tu avais gagné une semaine au bloc » reprend Kakashi d'un air satisfait.
« Que… Quoi ? Mais pourquoi ? »
« Parce que tu as brillamment remporté ton duel hier. Et que tu as fait honneur au service de chirurgie cardio-tho » répond Kakashi en lui adressant un clin d'œil.
« Ok. Ben merci alors. Et si j'avais perdu ? » finit par demander Iruka.
« Ben tu aurais été privé de bloc pendant une semaine. »
Iruka ne préfère pas répondre, tellement l'attitude de Kakashi lui semble puérile. Comment un type comme ça peut-il être chef d'un service de renommée internationale sans déconner ?
« N'empêche, tu as trouvé mon surnom, je suis super fier ! »
« Ya pas de quoi être fier ! » balance Iruka en reprenant sa route. Alors qu'il s'éloigne, Kakashi l'entend maugréer « Jolicoeur, nan mais sans rire ! ».
Kakashi doit se retenir de ne pas exploser de rire. Il laisse filer son interne, en sachant très bien qu'il va prendre un malin plaisir à continuer de le titiller. Le jeune homme est mignon à croquer quand il s'énerve.
