Chapitre 6 :Que la force soit avec toi.

«Maman, il me fait peur le monsieur!» chuchote l'enfant à l'oreille de sa mère, tandis que Gaara tente maladroitement de l'approcher pour l'examiner.

«Mais non voyons, c'est un gentil docteur. il veut juste regarder si tu vas bien» répond la maman d'une voix rassurante.

Peine perdue. Le gamin se met à hurler dès que l'interne pose sa main sur lui. Gaara pousse un soupir agaçé, tourne les talons et quitte la chambre sans un mot. Ce stage est un calvaire. Il a un problème avec les enfants, c'est évident. Ou plutôt les morveux doivent sentir qu'il ne peut lui même pas les encadrer. Pour Gaara, l'enfance est juste un passage obligé avant d'accéder au statut d'adulte, raisonnable, efficace, intéressant. Les enfants, c'est fatiguant, accaparant, dépendant et bruyant. surtout bruyant!

Le jeune homme rejoint ses collègues dans le bureau des externes.

«Houla Gaara, tu as la tête des mauvais jours!» lance Sakura en le voyant entrer.

«Parce qu'il a une tête des bons jours?» reprend Kiba en rigolant.

«Ce n'est pas très gentil Kiba!» réopnd Hinata d'une voix timide.

Gaara jette un regard dédaigneux à ses collègues. Il soupire sans prendre la peine de répondre, avant de se plonger dans un manuel de cardiologie.

«Je déteste les gosses» marmonne-t-il pour lui-même.

Le jeune externe fait un bond sur sa chaise quand il entend une voix lui répondre à l'oreille.

«Ces petits patients méritent autant de respect que les autres, Gaara.»

Le jeune homme se retourne pur faire face au docteur Inuzuka.

«Hé maman! Quand est-ce qu'on commence la visite?»

Le médecin tourne la tête vers Kiba et le toise.

«Ici, c'est Docteur Inuzuka, pour toi comme pour les autres, c'est compris?»

«Oui mam... euh, je veux dire Docteur...» bougonne le petit brun, sous les ricannements de ses collègues.

Pas facile de trouver sa place au sein de l'hôpital quand on fait partie d'une lignée de médecins.

«Allez les jeunes, on fait la visite!» lance Tsume Inuzuka joyeusement.

Dans le couloir, les internes regardent les externes sortir en rang d'oignon, bien disciplinés, poussant devant eux les lourds chariots remplis de dossiers. Shizune sourit en regardant ces apprentis médecins tenter de faire bonne figure alors qu'en fait, ils sont morts de trouille à la simple idée d'être interrogés par le Docteur Inuzuka. Celle-ci, d'un abord jovial, peut s'avérer être particulièrement cruelle quand les choses ne vont pas dans le sens qu'elle a décidé. Une femme médecin à lafois autoritaire et bienveillante en somme.

Alors que la visite se termine, la troupe de médecins arrive au niveau de la chambre du petit Nobu. Gaara se raidit instantanément tandis que Shizune lui demande s'il a examiné le petit, comme elle lui avait demandé.

«Je... Je n'ai pas pu» répond timidement l'externe.

Devant le regard interrogateur de son interne, il poursuit:

«Le mioche... Enfin je veux dire le patient ne veut pas que je le touche.»

Shizune émet un soupir compatissant.

«Ecoute Gaara. Je sais que ce n'est pas facile pour toi. Mais déjà si tu faisais l'effort de l'appeler par son prénom! Tu sais, les enfants sentent quand quelqu'un est mal à l'aise avec eux. Et ils ont tendance à réagir violemment dans ce cas. Le but de ce stage est avant tout de te familiariser avec l'examen des enfants.»

L'externe hoche la tête, peu convaincu par le discours de son aînée.

Le petit Nobu a cinq ans, et un caractère déjà bien trempé. Mais lorsqu'il voit débarquer toute la troupe de médecins, il stoppe immédiatement son jeu, impressionné. Shizune a un pincement au coeur quand elle voit le petit garçon se pelotonner contre sa mère, qui tente de masquer elle aussi son inquiétude.

Le Docteur Inuzuka a déjà expliqué à la maman que son fils avait une communication inter-auriculaire, un petit trou entre les deux oreillettes de son a vécu les quatre premières années de sa vie sans problème. Mais il a commencé à montrer un essoufflement à l'effort, qui s'est aggravé au fil des mois, poussant sa maman à consulter. aujourd'hui, Nobu est hospitalisé car il a fait un malaise à l'école. Et le diagnostic est sans appel. La communication est trop importante pour se refermer par elle-même, comme c'est le cas le plus souvent. Et Nobu va devoir être opéré. Tsume informe la maman que le chirurgien va passer les voir pour leur expliquer plus en détail ce qui va se passer pour Nobu. En sortant, le Docteur prend le soin de rassurer la maman:

«Ne vous inquiétez pas, nous allons demander au meilleur chirurgien cardiaque du pays de prendre Nobu en charge. Tout se passera bien, et il pourra retrouver une vie normale après ça!»

A peine sortie de la chambre, Tsume se tourne vers Shizune.

«Shizune, tu vas aller présenter le dossier de Nobu au Docteur Hatake. Et ne te laisse pas embobiner: j'exige que ce soit lui qui prenne en charge cet enfant. Ah, et emmène ton externe avec toi au staff de cardio-tho. Ca lui fera une bonne expérience.»

A l'heure du déjeuner, l'équipe de pédiatrie prend le chemin de l'internat. Shizune repère vite Iruka, en grande conversation avec ses collègues de chirurgie. Elle avance d'un pas assuré vers les garçons, Gaara collé à ses basques.

«Salut les gars, ça va? Iruka, il faut que je te parle.»

Les internes masculins prennent le temps d'admirer la jeune interne de pédiatrie qui s'éloigne déjà avec son ami, puis reprennent leur conversation.

Un peu à l'écart du brouhaha de l'internat, Shizune tend le dossier de Nobu à son ami.

«Tiens, c'est le dossier médical d'un de mes petits patients, Nobu. Il a cinq ans et présente une CIA. Il faudrait que Kakashi passe le voir pour nous donner son avis. Tsume m'a demandé de venir présenter le dossier de Nobu à votre staff.»

Iruka fronce les sourcils en consultant rapidement le dossier.

«Le Professeur Hatake, dit-il en accentuant chacun de ses mots, se déplace rarement pour donner un avis. Il envoie plutôt ses internes, Yamato ou Hidan. Justement on a un staff demain matin à neuf heures. Je leur dirai que tu vas passer, et ils décideront qui se déplace en fonction de ce que tu diras.»

Shizune sourit.

«Ok, Ruka. Il me faut absolument cet avis de Kakashi, reprend-t-elle en accentuant elle aussi sur le prénom du chef de chirurgie. Le Docteur Inuzuka a expressément demandé que ce soit lui qui voie Nobu. Tu peux bien m'arranger ça non? Lui en parler un peu avant, pour ne pas que j'aie à le supplier, et accessoirement me ridiculiser devant tout ton service?» conclut-elle en lançant un regard attendrissant à son ami.

Iruka soupire et la fixe avant de répondre:

«Bon, je vais voir ce que je peux faire. Mais je ne te garantis rien hein! Kakashi est difficile à convaincre.»

«Je suis sûre que tu sauras utiliser tous tes charmes pour obtenir cet avis!» répond crânement l'interne de pédiatrie.

Iruka hausse les épaules dédaigneusement, sachant pourtant très bien qu'il n'est pas crédible.

Depuis que Kakashi lui a offert cette place dans son équipe de recherche, les relations entre les deux hommes ont un peu évolué. Iruka a découvert un homme plus sensible et humain qu'il n'y paraissait à la base. Toujours aussi charmeur cependant, mais plus accessible. Iruka sait que son chef a une sorte de sympathie pour lui, et il est probablement le mieux placé pour obtenir qu'il se déplace en pédiatrie. Mais l'interne sait aussi très bien que cela risque de lui coûter plus qu'un simple merci. Tout service se paye à l'hôpital.

De retour en pédiatrie, Shizune libère Gaara, qui a du mal à masquer un soupir de soulagement. Le jeune homme rejoint ses camarades pour se rendre à la faculté. Progamme du jour, cours de cardiologie, puis pneumologie, et enfin une heure de TP de bactériologie. Encore une journée marathon qui se finira par les révisions de fin de soirée pour les partiels qui approchent.

Dans l'amphithéâtre, les futurs médecins discutent en attendant leur professeur de cardiologie.

«Tu es au point pour les partiels?» demande Sakura à son amie Hinata.

«Pas vraiment, répond l'intéressée, il me reste encore beaucoup de travail. On pourrait réviser ensemble, ça serait plus motivant» propose la jeune fille timidement.

«Pourquoi pas? Au point où j'en suis, je n'ai plus rien à perdre. J'aimerais vraiment éviter le rattrapage, et pouvoir enfin profiter de quelques jours de vraies vacances!» soupire Sakura.

«Les fiiiilllles!»

Sakura et Hinata poussent un soupir synchronisé, car elles ont reconnu la voix de leur collègue Lee. Sakura a eu le malheur, une seule et unique fois, de lui adresser la parole en cours pour lui demander ses notes. Depuis, le jeune homme s'accroche aux demoiselles comme une huitre à son rocher. Il faut dire que ce pauvre Lee n'a pas vraiment la côte. Sans avoir un physique totalement repoussant, on ne peut pas dire qu'il soit vraiment gracieux. La discrétion n'est pas son fort non plus. Mais il met tant d'énergie à réussir dans ses études qu'il en est touchant. Et Sakura reconnait qu'elle a eu un moment de faiblesse, un élan de sympathie pour ce jeune homme qui se donne tant de mal pour paraître cool. il n'est pas le seul dans le genre, remarquez. Naruto, qui vient de débarquer, en retard comme d'habitude, n'est pas mal non plus dans le genre boulet.

«Hé les filles, je peux me mettre à côté de vous?»

Deuxième soupir de Sakura, tandis qu'Hinata se met à bégayer en rougissant.

Bien entourées, entre Lee et Naruto, Sakura et Hinata voient arriver leur Professeur de cardiologie. Gai Maito. Tout un programme!

L'homme semble vivre pour sa spécialité, au point que ses yeux s'illuminent comme un sapin à Noël lorsqu'il en parle. Lee ne peut s'empêcher de commenter:

«Il a vraiment la classe, le Professeur Maito!»

Sakura lui lance un regard interloqué.

«Attends, on parle bien du docteur Maito là? Le gars qui s'habille comme un sac, qui parle fort en gesticulant comme un abruti et qui appelle le coeur «son petit chéri»?»

«C'est clair qu'il est pas net ce gars» répond Naruto d'un air blasé.

«Et il est tout sauf classe! Le docteur Uchiha est classe, le docteur Hatake est classe. Mais le docteur Maito, définitivement pas!»

«Vous là bas, pouvez-vous me dire ce qu'est une AC/FA?»

Sakura sursaute en voyant le Docteur Maito pointer son doigt vers elle. Mais Lee vient à sa rescousse. D'un bond, il est debout et récite sa leçon:

«L'AC/FA, ou arythmie cardiaque par fibrillation auriculaire est le trouble du rythme le plus fréquent caractérisé par des contractions désordonnées des oreillettes cardiaques, entrainant un dérèglement du pouls.»

Le Docteur Maito lance un «parfait!» tonitruant, le pouce levé en direction de l'élève. Lee bombe le torse de fierté tandis que Maito reprend:

«Je n'en attendais pas moins de l'un de mes externes! Bon, continuons la leçon.»

Sakura jette un regard en coin à Lee. Il faut bien reconnaître qu'il lui a sauvé la mise sur ce coup là. A charge de revanche.

A la fin de l'heure, le docteur Maito annonce que le prochain cours concernera la prise en charge chirurgicale de l'infarctus du myocarde. Il sera accompagné par l'un des chirurgiens de l'hôpital.

Une petite brune lève le doigt et pose la question que toutes les filles de la promo ont sur les lèvres.

«Ce sera quel chirurgien monsieur?»

Gai fronce les sourcils, sachant très bien ce que sous-entend la question.

«Je ne sais pas, ils n'ont pas encore décidé.» Le cardiologue sait parfaitement que les médecins de la chirurgie cardio-thoracique ne sont pas des fanatiques de l'enseignement aux externes en amphithéâtre. Il se demande d'ailleurs tous les ans comment les trois chirurgiens décident qui subira la «torture» comme ils l'appellent eux mêmes.

Les externes enchainent avec leur cours de pneumologie, puis leur TP de bactériologie. après les cinq heures de cours, ils sont épuisés et ravis de pouvoir regagner leurs petites chambres d'étudiants sur le campus.

Hinata et Sakura se retrouvent dans la salle d'étude, quasiment vide à cette heure. Les murs défraichis de la pièce renvoient la lumière pâle du néon qui clignote au plafond. Triste ambiance pour des révisions. Au bout de deux heures de travail, Sakura s'étire sur sa chaise en bois en baillant;

«Pfff, j'en ai marre! Si on allait faire un petit tour Hinata, histoire de se dégourdir les jambes? J'aimerais bien tester ce fameux petit bar. Tu sais, celui dont nous a parlé Kiba. Le Smooth je crois. Il parait que c'est LE bar branché du campus, et qu'il est squatté par des médecine.»

«Je... Je sais pas, tu sais c'est pas trop mon truc ce genre de bar et ...»

«Oh allez Hinata! faut te décoincer un peu! Si ça tombe, Naruto sera là. Et si on le fait picoler un peu, tu pourras le dragouiller sans problème!» reprend la jeune femme en riant.

«Sakura!» réplique la jeune fille en rougissant.

«Allez viens» répond Sakura en se levant, «on a bien mérité de s'amuser un peu ce soir!»

Arrivées dans le bar, les jeunes filles se faufilent parmi la foule dense et tentent de repérer une tête connue. Elles ne tardent pas à tomber sur Kiba, Choji et Shikamaru.

«Hé salut les gars! comment ça va? On peut s'asseoir avec vous?»

Shikamaru leur lance son légendaire regard impassible et fait un signe de tête que Sakura préfère interpréter pour un oui. Les deux externes s'installent donc à la table des garçons, tandis que le son d'une guitare résonne dans la pièce.

Les occupants du bar jettent à peine un regard au musicien, trop accaparés par leurs conversations. Le Smooth a ouvert ses portes récemment, et a été immédiatement investi par les externes et internes, voire même quelques médecins. L'établissement est devenu en quelques mois le «spot à la mode». Le patron du bar, un certain Kabuto, semble déjà bien connaître sa clientèle. Une petite scène au fond du bar accueille quelques soirs par semaine de petits groupes locaux. Aujourd'hui, c'est scène ouverte. Chacun peut venir jouer son petit morceau et tenter de capter l'attention du public.

Un jeune serveur, au regard louche, s'approche de la table des externes.

«Bonsoir, qu'est ce que je vous sers?» demande-t-il laconiquement.

Les jeunes gens passent commande, tandis que Sakura lance un regard circulaire à la salle.

«C'est bondé comme ça tous les soirs ici?»

«Bah depuis qu'ils ont ouvert, ça ne désemplit pas beaucoup. Regarde, c'est pas des internes de pédia là bas?» lui répond Choji.

«Ah oui, c'est Kimimaru et Yugito. Mais... Mais! Je ne savais pas qu'ils sortaient ensemble!»

«Et ben maintenant tu le sais» lui répond stoiquement Shikamaru, qui a l'air de s'ennuyer ferme.

«Tiens regarde Hinata, ton cousin arrive avec TenTen!»

«Salut, alors ce premier stage, ça se passe bien les enfants?» lance Neji.

«Ouais, tu es dans quel service toi?»

«Ophtalmo.»

Sakura passe immédiatement en mode «fangirl» et répond:

«La chance! alors, il est comment Itachi Uchiha? Ca doit être génial d'être en stage avec lui!»

Neji lève les yeux au ciel, préférant ne pas répondre.

«Et toi, TenTen?» demande Hinata.

«Chirurgie cardio-thoracique» annonce-t-elle fièrement.

L'externe aux cheveux roses trépigne sur son siège.

«Ahhhh, je suis trop jalouse là! Alors, alors, tu l'as vu au bloc? J'espère que t'as réussi à le mater dans le vestiaire!»

Les garçons, dépités, se regardent d'un air exaspéré tandis que TenTen répond que son chef est en effet diablement sexy mais qu'elle n'a pas encore eu l'opportunité d'admirer des beaux pectoraux. Shikamaru finit par intervenir:

«Les filles, il va vraiment falloir que vous arrêtiez votre délire de fanservice avec les médecins de l'hôpital. Juste un fait: vous, externes, eux Professeurs. Ya rien qui fait tilt dans vos têtes là?»

Choji et Kiba commencent à ricanner, et Neji préfère s'enfoncer dans son siège afin d'éviter de devoir participer à cette conversation absurde.

Les amis décident de quitter le bar après avoir pris un dernier verre. Sakura lance un dernier regard à Kimimaru et Yugito, qui sont toujours en train de roucouler. Et elle se dit que finalement, un interne ferait très bien l'affaire aussi. Shikamaru a raison, il ne faut pas viser trop haut non plus!

Le lendemain, juste avant neuf heures, Shizune cherche désespérément le dossier de Nobu. Elle a déjà regardé dans les chariots des externes, et commence à pester sur leur manque d'organisation.

«Ah, te voilà Gaara! Je n'arrive pas à remettre la main sur le dossier de Nobu. Il faut qu'on aille au staff de cardio-tho là! Aide-moi au lieu de rester planté là comme un idiot!»

Gaara jette un regard morne dans la petite salle, et repère le dossier rapidement. Il ne comprendra jamais cette faculté qu'ont les filles à paniquer pour un rien. L'exerne sait qu'il n'est jamais marrant d'aller présenter un dossier dans un service. On a la sale impression d'être attendu au tournant. S'il manque une information, on se fait descendre, si on ne connait pas bien la pathologie , on se fait descendre aussi. Pour peu que le médecin qui vous envoie ne puisse pas être encadré par le médecin dont vous sollicitez l'avis, et là c'est l'humiliation gratuite garantie.

Shizune prend à peine le temps d'attendre Gaara et fonce vers les ascenseurs. Si en plus elle arrive en retard, ça va vraiment craindre!

Pendant ce temps dans le service de cardio-tho, un véritable drâme est en train de se produire.

«Naaannn! C'est pas possible! Franchement je ne mérite pas ça!»

«Oh arrête, ça fait au moins trois ans que tu n'y es pas allé. Et puis tu as perdu, c'est comme ça.»

Kakashi se tourne vers Yamato et lui fait un regard larmoyant des plus crédibles, mais son collègue secoue la tête en signe de négation.

«Non, non, non. Tu ne m'auras pas comme ça! Tu as perdu, c'est la règle!»

Kakashi se renfrogne et range les dés et le gobelet dans le tiroir de son bureau.

«La prochaine fois, on joue ça au poker. Vous rigolerez moins, je vous le garantis!» lance le chirurgien en boudant.

Les trois hommes sotent du bureau en riant et Hidan reprend:

«Tu diras bonjour à Gai et aux morveux d'externes pour nous hein!»

Kakashi soupire et s'apprête à répondre, mais il est interrompu par l'un de ses internes.

«Professeur Hatake, je peux vous parler?»

Kakashi lève un oeil vers le jeune homme, amusé par son extrême politesse.

«Oui, mais vite alors, le staff va commencer.»

Kakashi se retourne pour faire face à Iruka tandis que ses deux collègues prennent la direction de la salle de réunion.

«Alors, qu'est ce que tu veux, jeune padawan?»

«C'est à propos du staff. L'interne de pédiatrie va venir présenter le dossier d'un patient, et le Docteur Inuzuka lui a demandé que ce soit vous qui alliez donner l'avis. Je sais que vous êtes très occupé, mais ça serait possible de le faire... Pour une fois?»

Kakashi semble dubitatif, et prend quelques secondes avant de répondre.

«C'est ton amie Shizune, l'interne de pédiatrie, c'est ça? C'est gentil de ta part de venir intercéder pour elle, mais tu sais très bien que je ne me déplace jamais pour donner des avis. C'est la prérogative des chefs ça! Et Tsume le sait très bien. Elle râlera un peu sur ton amie, mais elle aura son avis, c'est ce qui compte non?»

Iruka soupire. Il se doutait bien que Kakashi, ne serait-ce que pour le principe, allait dire non.

«Et vous ne voudriez pas être sympa et faire une petite exception pour une fois? Nous les internes, on est toujours en plein dans la ligne de tir entre vous, les médecins. C'est pénible à la longue.»

Kakashi pose un regard pesant sur Iruka, qui se sent petit, vraiment tout petit tout d'un coup. A la réflexion, il n'aurait peut être pas dû être aussi franc.

«Tu ne me trouves pas sympa Iruka?» demande le chirurgien d'une voix charmeuse. «Bon écoute, je vais voir. Si le cas m'intéresse, je ferai peut être un effort. Pour toi.»

«Pour moi?»

Kakashi lui sourit, énigmatique, lui tourne le dos,et reprend comme pour lui-même:

«Ce gamin a quelque chose de spécial, je le sens (1)»

Derrière lui, Iruka soupire tandis que Kakashi fait mine de manier un sabre laser. Et dire que c'est lui le plus grand chirurgien cardio-thoracique du pays. Il y a de quoi avoir peur quand même!

tout le monde est déjà installé dans la salle de réunion lorsque les deux hommes arrivent. Iruka repère Shizune, au premier rang. Elle n'a pas l'air très rassurée. A ses côtés son externe semble s'ennuyer ferme. Plusieurs autres internes sont venus eux aussi présenter des dossiers, et Kakashi ne peut réprimer un soupir.

L'interne de pneumologie commence les hostilités, en présentant son patient. La jeune femme commence à bégayer lorsque Hidan lui pose une question piège. Son sourire diabolique achève de faire perdre ses moyens à l'interne. Mais Yamato vient à son secours, assurant qu'il passera voir le patient. L'interne pousse un ouf de soulagement et se rasseoit.

Quand vient le tour de Shizune, Iruka jette un coup d'oeil discret à son chef, qui ne semble absolument pas s'intéresser à la réunion. alors que l'interne de pédiatrie achève la présentation du dossier de Nobu, Hidan s'apprête à prendre la parole, mais Kakashi est plus rapide.

«Ok, j'irai voir ce gamin cet après-midi. Suivant?»

Hidan se tourne vers son collègue et lui adresse un signe de tête interrogateur. Kakashi, d'un regard, lui intime l'ordre de ne pas commenter. Ses yeux se posent alors sur Iruka, qui lui renvoie un sourire gêné.

A la fin du staff, Shizune se glisse à côté de son ami.

«Merci Ruka! T'as assuré, je ne pensais pas qu'il accepterait si facilement!»

«Votre manque de foi me consterne (1)» répond une voix, volontairement grave, derrière eux.

Iruka lève de nouveau les yeux au ciel, et sans prendre la peine de se retourner répond, un brin ironique:

«Votre trop grande confiance en vous est votre faille!(1)»

«La force est avec toi, jeune Umino. Mais tu n'es pas encore un Jedi (1)»

Et Kakashi les dépasse en maniant encore une fois un sabre laser imaginaire dans l'espace, sous le regard interloqué de Shizune.

«Heu... tu es sûr qu'il va bien?»

«Ouais ouais, il se fait un délire Star Wars. Ca lui passera. Bon allez, je retourne bosser. A plus!»

Iruka a appris à composer avec le caractère particulier de son chef. Et s'il était totalement honnête, il reconnaitrait volontiers qu'il aime bien ce petit côté enfantin et joueur. Kakashi, sous son air charmeur et arrogant, est finalement assez attachant. Mais, et c'est un gros mais, Iruka ne sait jamais sur quel pied danser avec lui. Et c'est assez irritant. Kakashi peut passer de la plaisanterie au plus grand des sérieux. Travailler avec lui est nerveusement épuisant. Iruka secoue la tête, comme pour désencombrer son cerveau des pensées sur son chef, et rejoint le bloc. Une longue après-midi d'intervention l'attend avec Hidan.

Le lendemain en pédiatrie, c'est le branle bas de combat. Alors que le Professeur Hatake arrive d'un pas alerte dans le couloir, toutes les infirmières du service se ruent comme par magie dans le bureau infirmier, faisant mine de chercher ici un dossier, là un médicament. Un joyeux «Bonjour Professeur!» accueille le chirurgien, qui a du mal à réprimer un rire. Comme à son habitude, il leur adresse son fameux sourire à faire fondre la banquise. Les petits rires, à la limite de l'hystérie, attirent l'attention du Docteur Yohai, qui finit par débarquer dans le bureau.

«Qu'est ce qui vous arrive les filles? Kakashi, qu'est ce qui t'amène si loin de ton bloc?» demande la femme étonnée.

«J'ai été sollicité par l'une de tes charmantes internes pour un avis à propos de ... Nobu Mazashi» répond le chirurgien en consultant un petit bout de papier sur lequel il a pris soin de noter le nom de l'enfant.

Kurenai dévisage son ami, un sourire narquois sur le visage.

«Et bien elle a drôlement dû te taper dans l'oeil pour que tu déplaces toi même!» rétorque la pédiatre taquine.

Kakashi esquisse un sourire énigmatique avant de répondre:

«Tu sais bien que je ne sais rien refuser à une jolie fleur.»

Phrase qui entraîne immédiatement une deuxième salve de petits rires dans la pièce.

«Et bien je suis vraiment désolée de te décevoir, mais les internes sont tous partis à une conférence cet après-midi. Il va falloir que tu te contentes de l'externe!»

«Pas de souci!» déclare Kakashi en sautant sveltement du bureau où il était assis. «Je serais ravi que l'une de tes charmantes infirmières se donne la peine de me montrer la chambre du petit Nobu.» poursuit-il.

L'infirmière en charge du petit garçon, trop contente de l'aubaine, se précipite derrière le chirurgien, qui a déjà quitté le bureau, non sans avoir pris le temps de se retourner vers ses collègues pour leur tirer la langue d'un air ravi.

La jeune infirmière sur ses talons, Kakashi s'arrête tout d'abord au bureau des externes.

«Salut la jeunesse, qui s'occupe de Nobu Mazashi?»

Alors que Sakura tente de se remettre de cette apparition divine soudaine, Gaara se lève et répond sobrement:

«C'est moi.»

«Très bien, alors suis-moi, et embarque le dossier du gamin.»

«Il est juste... trop...sexy!» s'écrie Sakura alors que le chirurgien vient de quitter la pièce.

Kiba lève les yeux au ciel.

«T'as aucune chance ma pauvre. Il ne t'a même pas regardée.»

«Abruti!» lance la jeune fille en assénant un violent coup de poing sur la tête de son collègue. «J'ai bien le doit de rêver un peu non?»

Hinata ne peut s'empêcher de rire devant les chamailleries de ses deux amis.

Kakashi frappe doucement à la porte de la chambre avant d'entrer. Gaara remarque immédiatement que Nobu est très impressionné par la stature imposante du chirurgien. Kakashi a lui aussi perçu la crainte du petit garçon. Il se présente tout d'abord à sa mère et de tourne vers l'enfant, recroquevillé dans son lit.

«Bonjour petit bonhomme! Je suis Kakashi Hatake, est-ce que tu sais pourquoi je viens te voir aujourd'hui?»

Nobu fait un non timide de la tête, en serrant son doudou contre lui. Kakashi s'asseoit au bord du lit et reprend:

«J'ai cru comprendre que ton doudou avait un petit problème avec son coeur. Tu veux bien que je l'examine? Parce que mon travail à moi, c'est de réparer les coeurs des doudous, et des petits garçons. comment il s'appelle ton doudou au fait?»

Le garçonnet, intrigué, regarde son doudou puis le chirurgien. il finit par tendre sa peluche en disant:

«Il s'appelle Hachi.»

Et après une petite hésitation, Nobu reprend:

«Moi aussi j'ai un problème avec mon coeur il parait.»

Kakashi lui offre un sourire rassurant, et pose la tête de son stéthoscope sur le ventre de la peluche. il prend un air concentré et laisse passer quelques secondes avant de reprendre:

«Je vois, rien de bien méchant pour Hachi. Il devrait se remettre facilement si tu lui fais beaucoup de câlins. Et si on écoutait ton coeur à toi maintenant?»

Le petit garçon, confiant, s'approche du docteur pour se laisser examiner. Gaara, qui est resté en retrait afin de ne pas effrayer l'enfant, reste béat devant la facilité qu'a eue le chirurgien à obtenir l'adhésion de Nobu. Après avoir rapidement examiné l'enfant, Kakashi se tourne vers sa mère pour lui expliquer comment va se dérouler l'intervention. Juste avant de partir, Nobu attrape timidement la manche de Kakashi pour lui demander:

«Dis monsieur, tu vas le réparer mon coeur alors?»

Kakashi lui sourit tendrement et pose une main affectueuse sur sa tête.

«Oui, je vais le réparer. Tu pourras bientôt retourner t'amuser avec tes petits copains à l'école!»

Après avoir salué une dernière fois la maman du petit Nobu, Kakashi quitte la chambre et rejoint le poste infirmier. Il dicte ses instructions à Gaara, le chargeant de les transmettre à son interne et à son médecin référent, et quitte le service de pédiatrie, non sans avoir pris le temps de plaisanter quelques minutes avec les infirmières, visiblement sous le charme.

Kakashi arrive dans son service au moment où Iruka remonte du bloc.

«Tiens, tu as déjà fini d'opérer avec Hidan?»

«Hidan m'a envoyé finir sa paperasse en retard» repond l'interne grognon.

«Je vois, répond Kakashi en riant, ne fais pas la tête Iruka. Beaucoup encore il te reste à apprendre! (1)»

Iruka secoue la tête d'un air agacé.

«Vous pouvez pas arrêter deux secondes avec Star Wars? Franchement ça devient lassant à force!»

Kakashi a du mal à réprimer un rire devant l'énervement de son interne. il sait qu'Hidan a encore dû jouer avec les nerfs du jeune homme. Portant une main à son coeur, le chirurgien fait mine d'avoir été profondément blessé avant de répondre:

«L'énergie d'un Jedi émane de la force. Mais méfie-toi du côté obscur!(1)»

Iruka le regarde dépité, et soupire.

«C'est clair qu'Hidan est passé du côté obscur depuis belle lurette à mon avis.»

Kakashi ne peut s'empêcher d'éclater de rire cette fois.

«Allez viens, jeune padawan, je te fais grâce des courriers d'Hidan. Je lui dirai que j'avais besoin de toi pour mon étude.»

Le chirurgien passe un bras amical autour des épaules de son interne, et alors qu'ils se dirigent tous les deux vers son bureau, il lance un tonitruant:

«Si nous associons nos forces, nous pouvons mettre fin à ce conflit destructeur et ramènerons l'ordre et la paix dans la galaxie! (1)».

Iruka esquisse un sourire, avant de finir par éclater de rire.

«Vous êtes vachement crédible en Dark Vador en fait!»

(1): toutes les citations sont bien évidemment tirées de Star Wars.