Chapitre 7: Attitudes.

A peine a-t-il posé les pieds dans l'amphitéâtre que Kakashi se met à rire intérieurement. Il prend son temps pour descendre les marches, guettant d'un regard en coin la réaction des étudiants. Le réverend silence qui accompagne son petit trajet jusqu'à l'estrade est à deux doigts de le faire exploser de rire. Dingue comme ces gamins sont impressionnables quand même!

Le chirurgien pousse un soupir au bas de l'escalier, tandis que Gai l'accueille avec un tonitruant «Bonjour cher collègue!» D'ici, il arrive à imaginer le sourire hilare de Yamato et d'Hidan, en train de tranquillement finir leur café à l'internat, avant de retourner au bloc.

Le cardiologue a forcément un truc pour être toujours survolté à ce point. Kakashi imagine Gai en train de se faire des shoots de stéroides tous les matins dans sa cuisine, et un sourire narquois apparait sur son visage. Le chirurgien s'installe sur la chaise, et pose ses jambes sur le bureau en ouvrant un dossier, d'un air peu intéressé. Il lance à son collègue:

«Bon, à toi l'honneur. Je n'interviens qu'à la fin pour le traitement chirurgical de toute façon.»

Gai, pouce en l'air (soupir de Kakashi sous le regard amusé des élèves), lui répond, d'une voix assez forte pour que tout le monde en profite:

« Merci Professeur Hatake! Je suis sûr que nos futurs petits collègues vont être passionnés par notre cours commun sur l'infarctus du myocarde. C'est un sujet palpitant haha!»

Kakashi préfère ne pas relever le jeu de mot douteux, et jette un regard amusé sur les premiers rangs. Il n'est pas le seul à trouver Gai exubérant apparemment.

«Commençons donc notre leçon du jour!» reprend le Professeur Maito en se tournant vers l'assemblée.

L'oeil morne des externes ne décourage pas le cardiologue, qui commence, à grand renfort de croquis tout aussi exubérants que lui, son cours thérorique et donc relativement soporifique.

Au bout d'une heure, Gai interrompt la leçon pour une petite pause bien méritée, avant de débuter la partie «traitement» du cours. La plupart des externes se lèvent pour aller s'agglutiner devant les machines à café ou fumer une cigarette. Sakura et Hinata suivent le mouvement, bien contentes de pouvoir se dégourdir un peu les jambes.

«Ahhh, qu'est ce qu'il peut être chiant ce prof!» déclare la jeune fille aux cheveux roses.

«Tu trouves?» répond Hinata. «C'est un cours important quand même, ça risque de tomber aux partiels.»

«Hé, hé Sakura! tu pourras me filer tes notes?» s'exclame Naruto, dont la tête vient de s'allonger devant la déclaration d'Hinata.

«Nan mais Naruto, sans déconner, tu étais en cours avec nous. Tu pourrais suivre un peu quand même, au lieu de passer ton temps à roupiller!»

«Dans toutes les classes, il faut un cancre» déclare une voix grave derrière eux.

«Ah tiens, Sasuke l'externe modèle! C'est facile d'avoir de bonnes notes quand on passe son temps à lécher le cul des profs!» rétorque Naruto vexé.

Aussitôt une main vient lui balancer une violente claque à l'arrière de la tête.

«Ne parle pas comme ça de Sasuke, espèce d'idiot!» s'écrie Sakura. «Ne fais pas attention à cet imbécile Sasuke...»

Mais l'externe lui jette un regard dédaigneux avant de dépasser le petit groupe pour regagner sa place dans la salle de cours.

Sur l'estrade, Kakashi sirote un café en regardant Gai mettre un peu d'ordre dans ses notes. Il faut dire que Gai a le don de faire des démonstrations pétulantes lors de ses cours, qui entrainent inexorablement une anarchie rapide et complète dans les feuilles dont il se sert pour ses cours.

«Hé Gai, si on commençait la partie sur le traitement par un peu de pratique?»

«Quelle brillante idée a encore eu ton cerveau de génie mon ami?» demande Gai dans un haussement de sourcils digne d'un acteur de film muet.

Kakashi ne peut se retenir de lui foutre une claque mentale, et préfère répondre laconiquement:

«Laisse-moi faire ok?»

Gai acquiesce tandis que les étudiants regagnent docilement leurs places. Naruto, qui est bien décidé à ne pas laisser passer l'insulte de Sasuke, décide de rejoindre le premier rang. Il va lui montrer, à ce connard d'Uchiha, que lui aussi peut faire des étincelles en cours.

Sakura et Hinata se sont elles aussi rapprochées, sous l'impulsion de tout un groupe de filles. Elles investissent les premiers rangs, après avoir gentiment fait dégager les quelques étudiants qui s'y trouvaient juste avant. Les étudiantes veulent être aux premières loges pour l'intervention du Professeur Hatake.

Kakashi sourit quand il voit la première partie de l'amphi se remplir, alors qu'ils s'agglutinaient tous dans le fond pour la partie de Gai, celui-ci ayant la fâcheuse habitude de vouloir rendre ses cours interactifs en posant plein de questions aux étudiants. S'ils croient que le chirurgien est du genre à épargner la jeune génération de médecins en se la jouant cool, ils se trompent lourdement! Il en a déjà sa claque au bout d'une heure, alors pour le coup il va le rendre palpitant ce cours, n'en déplaise à Gai!

Kakashi attend patiemment que chaque étudiant soit à sa place. Il se lève, jette un regard circulaire sur les externes. Plusieurs secondes passent, dans un silence religieux. Kakashi aime faire durer le plaisir. Ls secondes se transforment en minutes, certains externes commencent à se jeter des regards en coin.

«Qu'est ce qu'il attend?» entend-on chuchoter.

Le Professeur Maito, tout aussi intrigué, se racle la gorge et s'apprête à interroger Kakashi. Mais il se pétrifie sur place lorsque le chirurgien, d'une voix tonitruante, se met à hurler sans prévenir:

«Aaahhh! J'ai mal! Dans la poitrine et dans le bras!»

Et il s'écroule par terre à la manière théâtrale de Gai.

Les externes se regardent interloqués, sans oser broncher. Certains de redressent et se penchent par dessus leurs pupitres pour voir le chirurgien allongé par terre, qui ne bouge plus d'un pouce.

Kakashi laisse passer quelques secondes, mais devant le peu de réaction des étudiants, finit par lever la tête et leur lancer:

«Euh, ça ne vous dérangerait pas de réagir là? Je suis en train de faire un infarctus quand même! Vous êtes des futurs médecins les enfants!»

L'assemblée commence à chuchoter, personne n'osant se manifester. Gai tente de venir à leur secours en s'approchant de Kakashi pour tenter de jouer le jeu:

«Oh mon Dieu! Un homme vient de s'écrouler à terre! Il faut intervenir, vite! Que faire? Que faire?» dit il en se prenant la tête entre les mains.

Les étudiants du premier rang lancent un regard désabusé à leur professeur de cardiologie, qui comme d'habitude surjoue à fond. Kakashi laisse échapper un soupir et finit par se redresser sur ses coudes. Il balaye les premiers rangs du regard et désigne d'un geste impitoyable:

«Toi, toi et toi, ramenez vos fesses ici.»

Sasuke, Shikamaru et Kin se lèvent timidement et s'approchent du chirurgien penauds.

«Alors, j'ai mal à la poitrine et dans le bras. Il est évident que je fais un infarctus massif. Enfin, vu votre réaction, je suis probablement déjà mort là hein!»

Et pour accompagner son propos, Kakashi s'écroule à nouveau en faisant le mort.

Kin lance un regard affolé à Sasuke qui hausse les épaules, tandis que Shikamaru soupire.

«Fait chier» murmure-t-il avant de s'agenouiller à côté du Professeur.

«Bien, yen a au moins un qui réagit!» reprend Kakashi en souriant. «Bon, je suis en arrêt cardiaque, tu fais quoi?»

«Massage cardiaque?» propose Shikamaru.

«Ok, vas-y. Je te rappelle que vous êtes trois, donc...»

Shikamaru place ses mains sur le torse du chirurgien et tourne la tête vers ses deux camarades. Kin, affolée, secoue la tête et pousse Sasuke en lui murmurant un «vas-y toi!» implorant. Sasuke sent un frisson parcourir son dos. Ce salopard de chirurgien ne va pas l'obliger à faire ça quand même! Kakashi lui adresse un sourire machiavélique et lui fait signe de s'approcher. Et merde, il va vraiment le faire!

Tandis que Shikamaru appuie à un rythme régulier sur le torse de Kakashi, Sasuke se penche sur le visage de son professeur. Sasuke, à quelques centimètres seulement de la bouche du chirurgien, le fusille du regard. Kakashi doit vraiment se retenir de rire. D'ailleurs il donnerait cher pour voir la tête des étudiants qui regardent la scène en ce moment, surtout les filles! Le chirurgien murmure de manière à ce que seuls Shikamaru et Sasuke l'entendent:

«Allez Sasuke, ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Imagine si ça t'arrive dans la rue, avec un ivrogne qui vit dehors hein? Estime toi heureux et fais ton boulot de médecin ok?»

Sasuke pousse un soupir et pose sa bouche ouverte sur celle de Kakashi, pour insuffler une bouffée d'air. Kakashi peut percevoir l'agitation qui s'est emparée de l'assemblée. Bizarrement, il n'entend plus Gai.

Le chirurgien met fin au calvaire des deux externes en se redressant d'un bond, faisant mine de reprendre vie.

«Ah je suis vivant!» déclare-t-il sous l'oeil médusé des étudiants. «Mais j'ai toujours très mal» reprend-il aussitôt. «Je suppose que votre collègue a prévenu les secours» dit-il en se penchant sur le côté pour regarder Kin. La jeune femme devient rouge écarlate et commence à bégayer. Kakashi pousse un soupir et se tourne vers la classe.

«Bon, on va dire qu'elle a effectivement appelé le Samu. Retournez à vos places vous trois. Alors qui veut jouer l'équipe du Samu? toujours pas de volontaires? Allez, toi, et toi, en route.»

Tandis que Naruto et Hinata se lèvent hésitants, Kakashi se met à chantonner «pin pon pin pon» jusqu'à ce que les deux externes l'aient rejoint. Des petits rires commencent à s'élever dans l'amphithéâtre.

«Alors, vous arrivez, mes sauveteurs, dit-il en désignant Sasuke et Shikamaru, vous ont expliqué la situation. que faites-vous?»

Hinata et Naruto se regardent, elle trop timide et lui trop à l'ouest pour répondre.

«Allez les enfants, le Professeur Maito vient de vous faire un magnifique cours sur le diagnostic et la prise en charge de cette pathologie!» reprend Kakashi pour les encourager.

Hinata murmure un timide : «on fait un électrocardiogramme?»

«Oui! c'est ça!» répond Kakashi pour l'encourager à continuer. «Mais j'ai toujours très mal, alors le temps que ton collègue fasse l'ECG, que peux-tu faire pour me soulager?»

Hinata réfléchit quelques secondes avant de répondre:

«Je mets en place une perfusion et je vous passe de la morphine en bolus.»

«Ok, et tant que tu y es, tu me mets une deuxième voie veineuse, parce que tu auras sûrement d'autres choses à me passer le temps qu'on arrive à l'hôpital non?»

Hinata acquiesce et semble prendre confiance en elle. Elle répond donc immédiatement:

«Je dois aussi vous administrer un dérivé nitré sous la langue pour voir si la douleur cède...»

«Très bon réflexe, sauf que ça ne me soulage pas. Je te rappelle que je fais un infarctus massif, qui est d'ailleurs confirmé par l'ECG que tu as demandé à ton gentil collègue de faire.»

Kakashi se retourne vers Naruto, qui blêmit instantanément.

«D'ailleurs il voit quoi sur l'ECG le collègue?» demande Kakashi, conscient de l'angoisse du jeune homme. Celui-ci, honteux, jette un regard implorant vers Hinata. Kakashi pousse un soupir et reprend:

«Bon je t'aide, il y a un magnifique sus décalage de ST sur ton ECG, qui confirme l'infarctus massif. Donc tu le dis à ta charmante et efficace collègue et ensemble vous décidez de...?»

Kakashi laisse sa phrase en suspens tout en attendant une réponse. Naruto secoue la tête négativement d'un air dépite. Kakahi semble décu des lacunes évidentes de n'a absolument rien écouté au cours du Professeur Maito. Mais Kakashi choisit de ne pas l'enfoncer devant ses camarades. Hinata vient à la rescousse du blondinet:

«Je passe de l'aspirine dans la perfusion, ainsi que du risordan. Je vous demande si vous avez des facteurs de contre indication à une éventuelle thrombolyse sur place parce que ça fait moins de douze heures que vous avez débuté votre infarctus.»

«Très bien, je n'ai pas de facteurs de risque à une thrombolyse. Ensuite?»

«Ok!» répond la jeune externe qui semble se prendre totalement au petit jeu, «je vous passe un bolus d'altéplase en surveillant votre tension artérielle, et je surveille votre état neurologique et votre rythme cardiaque.»

«Parfait!» lui répond Kakashi en souriant. «Je sens que la douleur diminue, l'ECG que tu as demandé à ton collègue de refaire montre que le sus décalage disparait» reprend le chirurgien en lançant un regard en coin à Naruto, qui semble en dire long. «Tu n'oublies pas de me mettre sous anticoagulant, le temps qu'on arrive à l'hôpital d'accord?»

La jeune fille hoche la tête tandis que Kakashi se relève.

«Bon cette jeune fille...comment t'appelles-tu?» demande Kakashi, tandis qu'Hinata lui répond, «Je disais donc Hinata vient de me sauver la vie. Les cours théoriques peuvent vous sembler barbants, mais ils doivent devenir des automatismes. Dans la vraie vie, vous devez connaitre ça par coeur pour pouvoir agir sans avoir à trop réfléchir. C'est la vie de vos patients que vous avez dans les mains, c'est compris? Bon, il s'avère qu'à l'hôpital, l'angiographie a montré que j'avais une artère coronaire bouchée. Je vais donc devoir subir une intervention chirurgicale. Reprenez vos places vous deux, on va commencer le cours.»

Tandis que Naruto regagne son siège penaud, Kakashi glisse à Hinata:

«Très bon travail jeune fille!»

Celle-ci pique un fard avant de reprendre sa place à côté de Sakura. Celle-ci lui murmure à l'oreille:

«Tu as trop assuré Hinata! Alors il est encore plus beau de prêt non?»

Mais le Professeur Hatake a déjà repris son cours, et sa petite mise en scène lui a permis de gagner l'attention soutenue de tous les étudiants.

A la fin du cours, Kakashi pousse un soupir de soulagement. C'en est enfin fini de la corvée. Gai s'approche de lui pour le féliciter:

«Ah cher collègue, tu as été formidable! tu as réussi à capter de manière magistrale l'attention de nos jeunes confrères. Quel talent d'enseignant, c'était vraiment...»

«Gai?»

«Oui cher collègue?»

«Tu peux pas arrêter deux secondes ton cinéma? Je te ramène à l'hôpital à une seule condition, tu la boucles sur tout le trajet, c'est compris?»

Le cardiologue, loin de s'offusquer, tente de répondre qu'il est d'accord, mais Kakashi lève un doigt et reprend:

«Chut! Un simple hochement de tête suffira!»

Gai s'exécute et les deux médecins quittent la salle pour rejoindre le parking.

A son retour dans le service, Kakashi décide d'aller jeter un coup d'oeil dans la salle des internes. Le chirurgien perçoit des voix semblant réciter sur un ton monotone. Le quatre internes sont en effet en train de dicter les courriers de leurs patients tout juste sortis du service. La corvée ingrate dévolue à tout interne. Surtout quand il est réalisé dans une pièce confinée, la concentration rendue particulièrement difficile par le son des voix de ses collègues réalisant le même travail fastidieux.

Kakashi sourit en voyant ses quatre internes affairés, qui n'ont même pas réalisé qu'il était là.

«Yo les jeunes! Je vois que ça bosse dur!»

La mine dépitée que lui lance les quatre jeunes hommes le fait éclater de rire.

«Si je peux vous donner un conseil, vous devriez aller chacun dans une pièce différente, ça serait plus facile pour vous concentrer je crois.»

«Et tu veux qu'on aille où?» réplique Kankuro visiblement agaçé.

«Et bien, par exemple Mozuku tu vas aller dans la salle de pause. Iwashi, voici les clés de la salle de conférence» dit-il en lui tendant un trousseau. «Je te préviens que tu n'as pas intérêt à les paumer» rajoute-t-il tandis que les deux internes, trop contents de l'aubaine, filent déjà avec leurs dossiers sous le bras.

Kakashi regarde les deux internes restants et semble réfléchir. Kankuro ricane car il sait qu'il n'y a pas d'autre salle disponible, et qu'il va donc devoir rester faire ses courriers avec Iruka, qui semble peu concerné par le problème. Mais Kakashi a toujours une solution. Un sourire se dessine sur ses lèvres tandis qu'il reprend:

«Et toi, Iruka, je te prête mon bureau. Kankuro, tu récupères la salle des internes pour toi tout seul, content?»

L'interne de quatrième année tente de masquer son étonnement alors qu'Iruka lève un regard incrédule vers son chef.

«Je...Je peux prendre votre bureau?»

«Oui, allez viens, j'ai deux trois trucs à récupérer et je te laisse la place.»

A peine arrivés dans le bureau, Kakashi débarrasse les quelques dossiers qui trainent sur son sous main en cuir et désigne la place à Iruka. Celui-ci hésite sous le regard amusé du chirurgien.

«Ne fais pas ton timide, Iruka. Vas-y, installe-toi. Tiens, tu n'oublieras pas de fermer en partant» ajoute-t-il en lui tendant ses clés. «Tu me les rendras ce soir» relance-t-il innocemment.

«Ce soir?» répond Iruka.

«Oui, ce soir petit malin, sinon je ne pourrai pas entrer dans mon bureau demain matin! Je t'attendrai au Smooth ce soir, tu vois de quel bar je parle?»

Devant l'acquiescement d'Iruka, Kakashi poursuit:

«Ca nous permettra de parler un peu de notre étude. Il nous reste très peu de temps pour compiler nos données et rédiger notre article. Et je dois aussi te parler des modalités du voyage pour le colloque.»

«Ah, parce que je suis sensé venir avec vous au colloque?»

Kakashi marque un temps d'arrêt.

«Bien sûr, je te l'ai dit au début non?»

«Mais je croyais que vous plaisantiez moi, que c'était juste pour m'appâter!» répond Iruka.

Kakashi se penche à quelques centimètres du visage d'Iruka, qui sent immédiatement ses joues s'empourprer.

«J'ai bien des atouts pour t'appâter, mais ce colloque n'en fait pas partie. Et puis c'est toi qui va présenter notre travail au colloque, alors je suis bien obligé de t'emmener» conclut le chirurgien en se relevant brusquement.

«Que...Quoi? Mais il y aura tous les grands pontes de la chirurgie cardiaque! Je ne saurai pas...»

«Tss, tsss. Tu seras parfait crois-moi!»

Devant le regard effaré d'Iruka, Kakashi se rapproche de nouveau, et prenant une voix mielleuse, se met à chantonner:

«Aie confiance, crois en moi, que je puisse...(1)»

Mais Iruka lève les yeux au ciel et soupire agacé, tout en interrompant son chef:

«Vous faites dans les dessins animés maintenant?»

Kakashi éclate de rire et se retourne, juste avant de quitter le bureau:

«N'oublie pas, ce soir au Smooth, disons à neuf heures!»

Sans laisser le temps à son interne de répondre, le chirurgien qui le bureau. Tandis qu'il s'éloigne dans le couloir, Iruka l'entend se remettre à chantonner.

«Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux...(1)»

La voix s'estompe petit à petit tandis qu'Iruka se remet au travail. Décidément, il est vraiment tombé sur un chef en tous points particulier!

Le soir même à l'internat, Shizune discute tranquillement avec Genma, Izumo et Tsunami. Ces deux derniers roucoulent comme des adolescents, sous l'oeil amusé de l'interne en pédiatrie. Kotetsu finit par les rejoindre, après avoir terminé sa répétition avec Asuma et Aoba. Ils ont instauré un rythme de deux répétitions par semaine, une avec Kakashi et Tsunami, et une entre eux, pour caler les morceaux et mettre en place les arrangements sur les créations originales de leur leader. Il arrive parfois que Kakashi assiste à leur répétition instrumentale, pour donner son avis ou simplement par plaisir de les entendre jouer. Ce soir, ils ont bien avancé, et leur répertoire s'étoffe progressivement. Ils ne sont pas loin d'avoir un set complet, qui leur permettrait de faire des petits concerts dans les bars du coin. Kotetsu maitrise bien les anciens morceaux du groupe. Asuma trouve qu'il est bien meilleur que leur précédent batteur, et le jeune interne semble avoir perdu sa timidité du début.

Lorsqu'il s'affale dans le fauteuil à côté de son amie, ses yeux pétillent de joie.

«Et bien, ça te réussit d'avoir repris la musique, tu es rayonnant Kotetsu!» lui lance Shizune.

«Ouais, franchement j'adore ce groupe. Je prends un pied pas possible à jouer avec eux. J'avais un peu peur au début, avec Asuma et Kakashi. Mais ils sont super cool en fait!»

«Et bien je suis ravie que ça te plaise. Tu pourras dire merci à Iruka d'avoir appelé pour toi!» reprend la jeune femme en lui adressant un clin d'oeil.

Kotetsu fixe l'interne de pédiatrie d'un air pensif, et finit par lui demander.

«Shizu, ça te dirait qu'on aille prendre un verre au Smooth ce soir?»

«Oui pourquoi pas, vous venez aussi vous deux?»

Genma a juste le temps de percevoir le regard univoque que lui lance son ami, avant de répondre:

«Euh, on va plutôt rester là avec Tsunami. On va se regarder un film en amoureux» conclut-il en intimant d'un regard à Tsunami d'aller dans son sens.

«Ah oui, le fameux film dont tu m'as parlé, j'ai trop envie de le voir!»

Shizune trouve que leur réaction n'est pas très naturelle, mais ne relève pas.

«Bon, et bien ce sera entre nous deux alors! Je vais quand même prévenir Iruka, il aura peut être envie de nous rejoindre» déclare la jeune femme en saisissant son portable, sous l'oeil dépité de Kotetsu.

Après quelques minutes au téléphone, Shizune reprend la parole:

«Iruka doit finir ses courriers. Et après il a un rendez-vous.»

Genma, Tsunami et Kotetsu la regardent, curieux. Mais elle soupire en reprenant:

«Un rendez-vous pour le travail a-t-il précisé».

Les trois internes se mettent à rire, tandis que Shizune reprend, à l'attention de Kotetsu:

«Allez, viens Ko', ne laissons pas tous ces rabat-joie nous gâcher notre soirée.»

Tandis que les deux amis quittent l'internat, Genma susurre à l'oreille de Tsunami:

«Je crois que Kotetsu est amoureux de Shizune.»

«Et je crois qu'elle n'en a absolument pas conscience» chantonne Tsunami.

«Pourtant ils iraient bien ensemble non?»

«Carrément! Mais Kotetsu est un grand garçon, il faut juste qu'il trouve le courage de déclarer sa flamme à sa belle!»

Les deux internes se mettent à rire avant de reprendre leur séance de bécotage en règle.

Le Smooth est encore une fois bondé ce soir. Iruka se faufile dans la foule compacte et tente de repérer son chef. Il finit par le localiser, dans un coin discret de la pièce, juste devant la scène. Il est seul, attablé devant une bière, de nombreux papiers étalés devant lui.

«Ah, te voilà! Alors tu as fini tes courriers?» demande Kakashi taquin.

Iruka lui tend les clés de son bureau.

«Tout mon travail est à jour chef!» lance l'interne au garde à vous, ce qui déclenche un fou rire du chirurgien.

«Allez, assieds-toi, on doit discuter. Tu bois quelque chose?» reprend Kakashi en levant la main pour attirer l'attention du serveur.

«Euh... une pression» demande Iruka au serveur.

Kakashi lui tend une feuille où sont imprimées les données médicales d'un patient qu'ils ont opérés dans la semaine, selon la nouvelle technique de Kakashi.

«Bon, c'est notre trente-cinquième patient opéré avec succès. Je pense qu'on a assez de données positives pour commencer les statistiques de cette étude. J'aimerais que tu commences à rédiger la partie concernant la procédure. Il faut que tu sois clair et concis, pas la peine d'en faire un pavé non plus. Moi je vais faire l'analyse des données, et je te filerai les chiffres pour que tu puisses rédiger la suite, ok?»

«Vous savez que c'est le premier article scientifique que je rédige. Il y a des codes à respecter et je ne sais pas si...»

Kakashi interrompt la lecture du document qu'il a entre les mains et fixe le jeune homme en souriant.

«Iruka, je ne te confierais pas ce travail si je n'étais pas sûr que tu sois en mesure de le réussir. Tu as vraiment besoin de prendre de l'assurance. Tu es compétent, et plus travailleur que tous les internes que j'ai vu passer jusqu'à présent. Je ne risquerais pas ma réputation si je n'étais pas absolument sûr de tes capacités. Enfonces-toi ça dans le crâne une bonne fois pour toutes, et arrête de te poser cent mille questions à la seconde, ok?»

Iruka regarde son chef, indécis quant à l'attitude à adopter. Il finit par prendre une grande inspiration avant de lancer:

«Bon ok, je suis un interne super compétent, je vais vous faire un article aux petits oignons et on sera les stars du colloque. Ca vous va?»

«Parfait!» répond Kakashi en lui adressant un franc sourire.

«Bon, maintenant que ce problème est réglé, voyons les modalités du voyage. Tous les frais sont pris en charge par l'hôpital. On arrivera la veille du colloque. Notre, enfin je veux dire ta présentation se passe le deuxième jour, histoire de finir en beauté! Et on repart le lendemain. Il va me falloir la photocopie de ton passeport et...»

«Mon passeport? Je n'en ai pas!»

Kakashi lève un regard interrogatif vers son interne.

«Tu n'as jamais quitté le pays?»

«Ben non!» répond Iruka, presque gêné.

Kakashi marque un temps d'arrêt, avant de répondre.

«Bon et bien ce sera une première. Je suppose que tu n'as jamais pris l'avion non plus?»

Iruka hoche la tête négativement, sous le regard amusé de Kakashi.

«Bon, il faut que tu fasses faire ton passeport au plus vite. Ca serait trop bête que je doive te laisser là pour de la paperasse.»

Après avoir discuté encore un peu du fameux colloque, Kakashi commande deux nouvelles bières. En attendant que le serveur revienne, il range tous les papiers, tandis qu'un muscicien en herbe gagne la scène pour tenter sa chance devant le nombreux public du soir.

Kakahi, bière en main, tourne sa chaise pour faire face à la scène.

«J'aime bien ce petit bar. Pas toi?» demande-t-il sans se retourner.

Iruka sent sa langue se délier sous l'effet de l'alcool. La discussion à la fois professionnelle et amicale qu'il vient d'avoir avec son chef de service a réussi à le mettre complètement à l'aise.

«Tu devrais venir y jouer avec ton groupe. Je suis sûr que vous feriez un carton!»

Cette fois, Kakashi se retourne, un sourire amusé sur le visage.

«Tiens, tu as enfin décidé de me tutoyer?» répond-il de son air taquin habituel. Virement au rouge immédiat de la part d'Iruka.

«Je...Je suis désolé, ça m'a échappé!»

Kakashi se met à rire.

«Pas grave, Ne te prive pas pour continuer, j'ai l'impression d'avoir cinquante ans quand tu me vouvoyes!»

Iruka laisse échapper un petit rire nerveux.

Le chanteur, accompagné d'un ami jouant sur une guitare sèche désaccordée, semble avoir du mal à capter l'attention du public. Il finit sa chanson et quitte la petite scène un peu dépité.

Un deuxième musicien se présente déjà, alors que brouhaha de la salle ne semble pas vouloir diminuer. A la fin du morceau, Kakashi se tourne vers son interne et lui demande d'un air mutin:

«Tu veux que je te chante une chanson?»

Iruka hoche la tête d'un air résolu. Il sait qu'il en faut plus pour effrayer le chirurgien qu'une petite scène de bar.

Kakashi se lève et rejoint donc la scène. Il prend la guitare entre ses mains et commence à l'accorder. Laissant ses doigts courir sur les six cordes, il murmure:

«Voilà, maintenant on peut jouer.»

(Holes-Passenger)

Il lance un regard circulaire à la salle. A l'exception d'Iruka, les clients semblent absorbés par leurs discussions et ne prêtent aucune attention à ce qui se passe sur scène. Kakashi fixe Iruka pendant de longues secondes, puis entame un rythme à la fois plein de douceur et entraînant. Lorsque sa voix s'élève, les yeux se tournent vers lui et le brouhaha diminue progressivement.

Quelques personnes se rapprochent, rapidement suivies par d'autres. Iruka ne perd pas Kakashi des yeux, et commence, comme la plupart des clients, à agiter la tête en rythme.

Shizune décide d'entrainer Kotetzu juste devant la scène. Elle passe une très bonne soirée avec le jeune homme, même si celui-ci n'est pas très bavard. Sa timidité est attendrissante au fond. La jeune femme, qui a reconnu Kakashi, se met à reprendre le refrain de la chanson, et Kakashi lui fait un petit signe de tête pour l'encourager à poursuivre. L'assistance, maintenant concentrée devant la scène, reprend elle aussi en choeur le refrain.

We've got holes in our hearts

Yeah we've got holes in our lives

Well we've got holes, we've got holes

But we carry on.

Sur les derniers accords, Kakashi remercie le public qui l'applaudit à tout rompre et lance:

«C'était une chanson pour Iruka. Merci!»

Tandis qu'il repose la guitare sur son pied et qu'il quitte la scène, Shizune et Kotetsu lancent un regard en direction de la table, où Iruka essaye de se faire tout petit.

Et merde, il va en entendre parler pendant un moment, c'est sûr!

«Alors, tu as aimé?» demande Kakashi qui vient de se rasseoir.

Iruka tente de reprendre contenance, et finit par répondre:

«Oui, c'est une très belle chanson!»

«Ravi que ça te plaise. Il faudra que tu viennes à une de nos répèt un jour, tu pourras emmener ta copine Shizune aussi. Je ne savais pas qu'elle sortait avec Kotetsu!»

«Que... Quoi?»

«Ah, tu n'es pas au courant? Bah peut être que je me trompe après tout.»

Après avoir encore discuté une demi-heure, Kakashi finit par proposer à Iruka de le ramener en voiture à l'internat. Celui-ci n'ose pas refuser. Un silence confortable s'installe entre les deux hommes durant le trajet, et Iruka se met à fredonner inconsciemment la chanson de son chef. Kakashi se met à sourire. Juste avant d'entrer à l'internat, Iruka se retourne et lève la main en signe d'au revoir. tout compte fait, il a passé une bonne soirée. Il faudra quand même qu'il pense à demander des explications à Shizune et Kotetsu.

(1) le livre de la jungle