Chapitre 12: Succès.
Alors voilà, on y est! Iruka prend une grande inspiration, jette un dernier coup d'œil à son chef, assis au premier rang, et débute sa présentation.
L'auditoire est réceptif, le silence de la salle témoignant de l'intérêt porté au sujet.
Iruka fait défiler les images tout en expliquant les résultats de l'étude menée par le service de chirurgie cardio-thoracique de l'hôpital de Konoha.
«L'étude a donc porté sur 153 patients, qui ont tous bénéficié en première intention d'une revascularisation myocardique à cœur battant. Après une voie d'abord par sternotomie, le stabilisateur mis au point par le laboratoire Kumi a été systématiquement utilisé. L'équipe de circulation extra corporelle a assuré un «stand by» permanent en salle d'opération...»
Kakashi se laisse porter par la voix de son interne. Il connaît déjà tout cela par cœur, et est assez fier du résultat. C'est une avancée majeure dans l'histoire de la chirurgie cardiaque. Quoi qu'il se passe durant la présentation d'Iruka, le succès est indéniable, car les chiffres parlent d'eux-mêmes. D'ailleurs en parlant de chiffres, Iruka embraye maintenant sur la partie que toute l'assemblée attend, les fameux résultats de l'étude.
«Sur les 153 patients opérés de pontages à cœur battant, trois seulement ont nécessité une conversion en CEC, due essentiellement à des troubles rythmiques induits par l'ischémie myocardique initiale. Les 150 patients opérés par stabilisateur ont tous survécu à l'intervention, avec une revascularisation satisfaisante et la récupération d'une fonction cardiaque strictement normale après quinze jours d'hospitalisation, soit un temps de convalescence diminué par deux par rapport à la technique par CEC. Deux des trois patients ayant nécessité une conversion en CEC ont eu des résultats post-opératoire similaires à une intervention classique de pontage sous CEC. Sur les 153 patients intégrés à l'étude, nous déplorons cependant un échec, avec le décès du troisième patient ayant nécessité une CEC d'urgence...»
Iruka marque une courte pause, cherchant Kakashi du regard. Il esquisse un léger sourire avant de reprendre:
«Perdre un patient n'est pas quelque chose d'anodin. Ça vous rappelle en permanence que la vie ne tient qu'à un fil.(1)»
De son pupitre, Iruka perçoit des chuchotements amusés. Visiblement il a fait mouche. Son regard croise celui de Kakashi, dont le franc sourire l'encourage à poursuivre.
« Si les résultats de cette étude vont en effet largement dans le sens du bénéfice de la technique à cœur battant, il semble cependant absolument nécessaire de disposer d'une équipe de CEC disponible immédiatement. Les patients pouvant prétendre à ce genre d'intervention doivent également être rigoureusement sélectionnés, certains facteurs aggravants comme le diabète ou les troubles du rythme associés étant des contre indications formelles en l'état actuel des choses. Merci pour votre attention.»
Les chirurgiens se plient à la tradition et applaudissent le présentateur, avant qu'un micro ne soit mis à leur disposition pour d'éventuelles questions.
Iruka redoute ce moment, mais il a maintenant fait le plus dur, et il sait que Kakashi n'est pas loin, prêt à intervenir s'il le sent en difficulté sur une question.
Un premier chirurgien se lève.
«Tout d'abord, je tiens à vous féliciter jeune homme. Il n'est jamais facile de faire sa première présentation devant une assemblée de vieux ours mal léchés comme nous. J'aimerais cependant vous poser une question technique. La mise en place du stabilisateur semble en théorie assez simple sur vos images, mais en pratique, n'y a-t-il pas une difficulté à placer correctement l'outil?»
Iruka sourit: Kakashi lui a déjà posé cette question lorsqu'ils s'entrainaient.
«La mise en place du stabilisateur demande en effet de la rigueur et une connaissance approfondie de la cartographie vasculaire du cœur du patient. Une angiocoronarographie a été systématiquement réalisée avant chaque intervention, afin de déterminer précisément où devait être fixé le stabilisateur.»
Le chirurgien hoche la tête, satisfait de la réponse, et tend le micro à l'un de ses collègues. De nombreuses questions techniques sont posées, auxquelles Iruka donne des réponses claires et concises. L'interne bénit le ciel d'avoir passé autant de temps à revoir les moindres petits détails de la technique mise au point par Kakashi. Les chirurgiens présents sont tous des pointures, et leurs questions sont à la hauteur de leur notoriété dans le milieu.
Une question acerbe vient cependant prendre Iruka au dépourvu.
«Jeune homme, il me semble qu'il existe un biais certain dans votre étude, à savoir le rapport bénéfice-coût. Ne pensez-vous pas que cette technique est particulièrement coûteuse d'un point de vue matériel et humain. J'entends par là, vous mobilisez une équipe de CEC, comme pour un pontage normal, tout en introduisant du matériel particulièrement cher. Et vous faites des angiocoronarographies à chaque patient! En outre, si l'hôpital central de Konoha a les moyens de pratiquer cette intervention, je ne suis pas convaincu qu'il en soit de même pour les autres hôpitaux, plus modestes. N'avez vous pas peur de participer, en promouvant ce genre de technique, à développer une médecine à deux vitesses?»
Danzo se rassoit, visiblement très fier d'avoir déstabilisé le jeune interne. Kakashi fait un signe au speaker pour intervenir, mais interrompt son geste quand il constate qu'Iruka est sur le point de répondre.
«Si vous parlez du coût financier, il me semble évident qu'une technique de pointe et novatrice comme celle mise au point par le Professeur Hatake peut paraitre peu rentable. Tout travail de recherche a bien entendu un coût non négligeable. Cependant j'attire votre attention sur le gain, financier également, obtenu par la réduction du temps d'hospitalisation des patients. En outre, le gain en matière de santé est indéniable, et l'hôpital central de Konoha peut s'enorgueillir d'avoir de jeunes et brillants chirurgiens, qui tentent de faire passer chaque jour la qualité de vie de leurs patients avant les aspects financiers.»
«Bien envoyé!» peut-on entendre être lancé dans la salle, suivi d'un «Brillant!» et d'autres encouragements, tandis qu'une partie des chirurgiens commencent à rire devant la mine déconfite de Danzo. Le chirurgien tente de garder contenance alors qu'il quitte la salle, lançant un dernier regard assassin à Iruka en passant devant lui.
Le speaker décide de reprendre la parole après l'échange houleux.
«Bien, une dernière question peut-être?»
Plusieurs mains se lèvent, et le speaker désigne un chirurgien qu'Iruka reconnait. A son grand soulagement, Tazuna se lève, le sourire aux lèvres.
«Tout d'abord félicitations pour ce travail admirable. Mes collègues et moi n'en attendions pas moins du Professeur Hatake et de son équipe.»
Kakashi, toujours enfoncé dans son fauteuil, lève une main nonchalante en guise de remerciement tandis que des murmures d'approbation s'élèvent pour confirmer les propos du vieux chirurgien.
«Je dois cependant me faire le porte-parole de nombre de mes collègues qui, comme moi, sont curieux de savoir de quel film est tirée la citation que vous avez subtilement glissée dans votre présentation.»
Iruka lève les yeux au ciel tandis que Kakashi ne peut réprimer un rire. Le chirurgien l'avait prévenu, c'est sa marque de fabrique. L'interne s'apprête à répondre mais il voit Kakashi se lever et se tourner vers Tazuna. L'air mutin plaqué sur son visage ne lui dit vraiment rien qui vaille.
«Chers collègues, vous connaissez le jeu, j'offre un verre à qui trouvera le nom du film, ou plutôt de la série télé qu'a citée Iruka.»
La plupart des chirurgiens, maintenant habitués aux frasques de leur jeune collègue, se lèvent en riant, et prennent la direction du hall où les attend un buffet gargantuesque.
Kakashi retrouve Iruka au pied de l'estrade.
«Alors, soulagé d'avoir fini?» demande-t-il d'un air rieur.
«Plutôt oui» répond Iruka.
«Tu as été parfait Iruka.»
Kakashi marque une pause avant de reprendre dans un murmure: «Je suis très fier de toi!».
Iruka lui offre un sourire lumineux, flatté du compliment.
«Bon, si on allait profiter du buffet avant que nos morfales de collègues n'aient tout mangé!» déclare Kakashi en entraînant son interne par le bras.
A peine ont-ils fait quelques pas dans le hall qu'ils sont assaillis par leurs collègues venus les féliciter et demander plus de détails sur leur nouvelle technique.
Kakashi n'en finit plus de serrer des mains. Iruka tente de se mettre en retrait, mais son chef est bien décidé à partager la réussite avec son brillant interne. Iruka réussit finalement à s'extirper tant bien que mal de la foule pour atteindre le buffet. Il a vraiment besoin de manger un peu pour éponger tout le liquide alcoolisé qu'il a déjà ingurgité.
Un groupe de jeunes s'approche de lui, des internes comme lui visiblement.
«Hé salut! Félicitations pour ta présentation, t'as assuré mec!»
«Ouais, ça a dû être génial de participer à cette étude avec Hatake!»
Iruka hoche la tête, un peu gêné.
«C'était Vampire Diaries, non?»
L'interne de Konoha se fend d'un sourire avant d'acquiescer.
«Franchement moi j'oserais jamais faire ça dans une présentation!» reprend l'un des internes.
«Bah je n'ai pas trop eu le choix hein!»
Le petit groupe part dans éclat de rire, tandis qu'ils trinquent au succès d'Iruka.
«Vous venez d'où les gars?» demande Iruka.
«Nous deux on est de Suna, on est en quatrième année.»
«Moi je suis de Konoha comme toi, mais j'ai foiré le concours d'internat. du coup je me retrouve à l'hôpital Nord.»
«Ah, pas de chance» répond Iruka sur un ton sincère.
L'hôpital Nord est situé, comme son nom l'indique, à la frontière Nord du pays. Et Iruka sait maintenant que le service de chirurgie thoracique de cet hôpital est dirigé par le fameux Danzo.
«Pas trop dur de travailler avec Danzo?»
L'interne fait une mine de dégoût.
«Honnêtement? Il est aussi horrible qu'il en a l'air. J'ai adoré comme tu l'as mouché en tout cas. On va peut être avoir la paix pendant une semaine dans le service grâce à toi!» déclare le collègue d'Iruka en riant.
«Tiens en parlant du loup, je crois que ton chef te cherche.»
«Et merde» répond l'interne concerné, «bon ben je vous laisse les gars, amusez-vous bien, et content de t'avoir rencontré Iruka!»
Le jeune homme lui offre une poignée de main chaleureuse. La discussion se poursuit entre les internes, qui commencent à être un peu échauffés par l'alcool. Les propos dérivent rapidement sur les petits déboires respectifs que leur font subir leurs chefs vénérés.
«Ah ouais, alors moi ya un truc qui m'énerve particulièrement, c'est quand mon chef se la joue cowboy de l'Ouest devant les infirmières du bloc. Franchement ça fait pitié.»
«Il faut croire que c'est un truc de chirurgien cardio-thoracique ça de jouer les stars!» répond Iruka en riant.
«C'est vrai que ton chef est un sacré client apparemment! Les rumeurs arrivent même jusqu'à Suna c'est pour dire!»
Les internes partent une fois de plus dans un grand éclat de rire, attirant à eux d'autres internes, qui se joignent naturellement à la conversation. Iruka passe une excellente soirée en compagnie de ses collègues internes. Ils ont les mêmes aspirations, les mêmes difficultés et les mêmes peurs au bloc. Iruka se sent membre d'une famille, la petite famille des internes en chirurgie cardio-thoracique. Et cela lui fait du bien. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, les internes finissent petit à petit par rejoindre leurs chambres. Le réveil risque d'être un peu douloureux demain d'ailleurs!
Iruka a la tête qui tourne, et sent ses jambes flageoler. Il aimerait bien aller se coucher en fait. Il jette un regard circulaire dans le hall, et repère Kakashi. Celui-ci est en grande conversation avec un bel homme d'une trentaine d'années. Iruka sent une bouffée de jalousie l'étreindre. Leurs corps sont proches, se frôlant ostensiblement. L'homme rit alors que Kakashi semble lui murmurer quelque chose à l'oreille. Iruka hésite, il aimerait aller interrompre ce petit jeu. Mais il se sent aussi un peu ridicule. Kakashi n'est pas à lui, Kakashi ne semble être à personne d'ailleurs. Il butine à droite à gauche, insaisissable papillon. L'homme décide finalement de quitter le hall, après avoir laissé sa carte de visite au chirurgien.
Levant une main en guise d'appel vers son chef, Iruka se rattrape de justesse à la table du buffet, ce qui ne manque pas de faire sourire Kakashi. Celui-ci a rejoint quelques autres collègues, dont Tazuna.
«Bon, je vais vous laisser Messieurs. Je crois que mon interne a un peu abusé du buffet! Je vais aller le récupérer avant qu'il ne fasse une bêtise!»
«Ah, il faut bien que jeunesse se passe!» répond Tazuna, «Rappelle-toi ton premier colloque, il me semble que tu n'étais pas dans un état très brillant non plus!»
Les chirurgiens se mettent à rire et Kakashi leur serre une dernière fois la main avant de traverser le hall d'un pas assuré pour rejoindre son interne.
«Hé Kakashi! Tu veux trinquer avec moi?» demande Iruka, dont les yeux brillants font sourire le chirurgien.
«Non, jeune homme,» répond Kakashi en saisissant le verre d'Iruka et le déposant délicatement sur la table, «je crois qu'il est temps que les petits internes aillent faire de beaux rêves!» conclut-il en passant une main dans le dos d'Iruka pour le guider vers les ascenseurs.
Iruka ronchonne un peu pour le principe mais se laisse faire docilement. La petite sensation électrique dans son dos est très agréable en fait.
Dans l'ascenseur, Iruka s'adosse à la paroi et ferme les yeux. Après quelques secondes de silence, il lâche d'un air innocent:
«Au fait, je n'ai pas eu ma sérénade hier soir!»
Kakashi le regarde incrédule, et finit par éclater de rire.
«S'il n'y a que ça pour te faire plaisir!»
Iruka se retient de répondre qu'en fait, il y aurait bien autre chose qui lui ferait plaisir. Plus que plaisir même. Mais il est encore assez clairvoyant, malgré l'alcool, pour ne pas déraper.
Durant la montée, Kakashi s'amuse à faire tourner la petite carte entre ses doigts. Iruka distingue clairement un numéro de chambre écrit au feutre sur le dos de la carte. Il fronce les sourcils devant l'invitation subtile. Il a très envie de balancer une crasse à Kakashi, du genre «je suppose que je vais avoir la chambre pour moi tout seul cette nuit", mais il se retient. Après tout, il n'a aucune raison d'être si vexé. Cela ne le concerne pas. Mais quand même.
Dans le couloir menant à leur chambre, Iruka manque de trébucher, rattrapé de justesse par Kakashi. Celui-ci pousse un soupir amusé. D'une main, le chirurgien ouvre la porte tandis qu'il passe un bras fort autour de la taille de son interne. Il se prend à se demander si Iruka ne le fait pas un peu exprès d'ailleurs, se laissant porter quasiment de tout son poids.
Iruka se libère finalement pour aller s'avachir dans le canapé.
«Ahh! Ça fait du bien de se retrouver au calme!» déclare-t-il en s'étirant comme un chat.
Kakashi s'assoit au pied du lit et entreprend de se libérer de sa veste et surtout de ses chaussures. Il finit par s'étendre de tout son long sur le lit.
«Au fait, pas mal la citation de Vampire Diaries!» lance-t-il sur un ton amusé.
«Je n'étais pas certain que tu apprécierais.»
«Tu rigoles, j'adore les histoires de vampire! Et d'ailleurs, aucun chirurgien n'a trouvé, c'est marrant non?»
«Ce n'est pas trop leur génération je pense."
Iruka pousse un soupir amusé. Et Bam! L'interne a besoin de quelques secondes pour réaliser que son chef vient de lui balancer un oreiller en pleine tête. Il lui lance un regard incrédule, avant de demander:
«Euh... tu m'expliques là?»
«Ya rien à expliquer, c'est juste un acte purement gratuit!» rétorque Kakashi en éclatant de rire.
«Ah ouais?» répond Iruka en attrapant les coussins qui ornent le canapé. Une rafale s'abat sans prévenir sur Kakashi qui tente maladroitement d'éviter les projectiles.
«Stop, stop! Je me rends!» finit-il par lâcher tandis qu'Iruka tient encore quelques munitions dans ses mains.
L'interne arrête son geste, mais un sourire machiavélique apparaît sur son visage.
Avec un dernier coussin en main, il se rue sur Kakashi et recommence à lui asséner des coups sur tout le corps. Kakashi se protège comme il peut avec ses bras et tente de s'échapper à l'attaque en règle en s'appuyant sur ses pieds pour remonter plus haut dans le lit. S'ensuit une bataille rangée marquée par des éclats de rire entremêlés de cris joyeux.
Kakashi finit par se laisser tomber à plat dos sur le lit en tendant un pouce suppliant.
«Pouce! On arrête! Tu as gagné Iruka!»
Iruka s'assoit en tailleur à côté de son chef et le nargue.
«Il ne doit en rester qu'un!(2)» déclare-t-il en dressant un coussin au-dessus de la tête de Kakashi. Celui-ci a juste le temps de se redresser sur ses coudes pour saisir délicatement le poignet d'Iruka et stopper son geste. Leurs regards se croisent, et Iruka laisse retomber sa main en souriant. Presque inconsciemment, il balaye une mèche argentée sur le front de Kakashi. Leurs visages sont proches, trop proches. Iruka laisse courir ses doigts sur la joue puis sur le cou du chirurgien, qui tente de réprimer un frisson.
Kakashi voit la distance se réduire entre eux sans qu'il n'ait le temps, ni la force d'intervenir. Il sent le souffle court d'Iruka au creux de son cou, et la douceur de ses lèvres qui frôlent sa peau.
«Iruka...» murmure-t-il en guise d'avertissement. Mais il est lui même surpris par le ton de sa voix, qui semble plus le supplier de continuer que de s'arrêter.
«J'en ai tellement envie...» entend-il Iruka lui répondre dans un souffle.
«Tu... Tu as trop bu...»
«Et alors?»
«Tu le regretteras demain.»
«Je ne crois pas non» reprend l'interne en poursuivant son exploration, de la tempe vers la mâchoire du chirurgien.
Kakashi se sent partir. Il sait qu'il doit réagir, repousser son interne trop téméraire, mais ses forces, sa volonté semblent l'avoir complètement abandonné.
«Quelqu'un m'a dit récemment» reprend Iruka d'une voix suave, «que tout ce que je désires, je dois faire en sorte de l'obtenir.»
Reconnaissant ses propres mots, Kakashi tente un dernier argument:
«Tu connais mes principes, je ne couche jamais avec l'un de mes internes.»
Iruka s'écarte brusquement de Kakashi et tourne les yeux. Kakashi comprend qu'il a définitivement perdu la partie lorsqu'il voit Iruka quitter le réveil des yeux et lui murmurer:
«Techniquement je ne suis plus ton interne depuis trois minutes.»
Kakashi sourit. Et Iruka sait qu'il a gagné. Lorsque leurs lèvres se touchent enfin, c'est pour échanger un baiser passionné. Les mots sont désormais superflus, les deux hommes se laissant aller à corps perdu dans le désir qui les ronge depuis longtemps.
Kakashi semble allier à la perfection la douceur des gestes et la brutalité de la passion. Iruka se met à trembler de désir lorsque le chirurgien lui remonte délicatement les jambes, sans jamais quitter des yeux le regard plein d'envie de son ex-interne. Emportés par la passion, les deux hommes se donnent l'un à l'autre dans une sauvage chevauchée vers le plaisir, intense, extatique.
Lorsqu'il sent Kakashi s'écrouler dans ses bras, Iruka les referme instinctivement autour du torse moite de son amant. Laissant courir sa main dans la chevelure argentée, il murmure:
«C'était une belle sérénade.»
Iruka ne voit pas le sourire sur le visage de Kakashi, qui a plongé la tête dans l'oreiller le plus proche. Sentant le poids de l'homme commencer à peser, Iruka se dégage délicatement pour admirer le corps nu de celui qui vient de l'emmener bien au-delà du paradis.
Kakashi semble déjà s'être endormi, sa respiration lente et régulière à peine perceptible. Iruka laisse courir ses doigts sur son dos avant de s'allonger auprès de lui. Pas envie de penser au lendemain. Juste savourer cet instant, le figer dans le temps comme un souvenir inestimable, impérissable. Unique.
...
Lorsqu'il ouvre les yeux, Iruka ne peut réprimer un grognement. Une barre douloureuse lui enserre la tête, et un sale goût pâteux semble collé à sa langue. Il se retourne dans le lit, pour mettre ses yeux à l'abri de cette lumière agressive.
Au loin, il entend quelqu'un chantonner sous le bruit de l'eau. Kakashi. Tous les événements de la veille lui reviennent en pleine face comme un boomerang. Iruka ne sait pas quelle attitude adopter. Après la nuit sulfureuse qu'ils viennent de partager, impossible de feindre l'indifférence. Et pourtant, Iruka se doute que ce n'était qu'une parenthèse, certes éblouissante, mais néanmoins éphémère, dans sa petite vie. Il se force à se redresser au moment où Kakashi revient dans la pièce principale.
«Bien dormi?» lance le chirurgien nonchalant.
L'interne se contente de hocher la tête, de peur que le son de sa voix ne trahisse quelque émotion. Ni l'un ni l'autre n'a visiblement envie d'aborder le sujet. Mais Kakashi reprend déjà:
«J'ai commandé le petit déjeuner. Il ne devrait pas tarder à arriver.»
Le chirurgien laisse ses yeux dériver sur la peau tannée d'Iruka, ce qui n'échappe pas à l'interne. Iruka s'enroule dans le drap et file jusqu'à la salle de bain. Il a une faim de loup ce matin, mais il a surtout besoin d'une bonne douche.
Après le petit-déjeuner, les deux hommes décident d'aller faire un peu de tourisme dans la ville. Leur avion ne décollant qu'à quinze heures, ils ont largement le temps d'en profiter. Flânant dans les rues, sous le chaud soleil du Pays du Sable, ils évitent soigneusement tout contact physique. Iruka ne regrette rien, et il aimerait le dire à Kakashi. il ne veut pas que l'homme se sente coupable. Mais Kakashi ne laisse transparaitre aucune émotion aujourd'hui, jouant de son éternel sourire enjôleur.
Après avoir rapidement déjeuné dans un petit restaurant de la ville, les deux hommes retrouvent leur chambre pour se préparer au départ. Tandis qu'Iruka plie soigneusement son costume pour le ranger dans sa valise, Kakashi s'isole sur le balcon avec son ukulélé.
(Bars ans Dens- Damon Hill)
Iruka entend une douce chanson s'élever dans les airs, et s'approche discrètement pour observer le chirurgien. Le ton est emprunt d'une mélancolie telle que l'interne voudrait à cet instant le prendre dans ses bras pour consoler. La voix du chirurgien est douce et sensuelle, un peu triste même.
Kakashi a senti la présence d'Iruka derrière lui. Il prend le temps de terminer sa chanson et se retourne en souriant. Il a envie de se ruer dans les bras du jeune homme, de se perdre à nouveau dans son corps, tout en lui désire Iruka. Mais qu'a-t-il à lui offrir, à part une âme abimée par la vie? Pourquoi faut-il que cela arrive maintenant?
Sans un mot, le chirurgien rentre dans la chambre. Ne pas parler, ne pas le regarder même. Mais au moment où il dépasse le jeune homme, celui-ci saisit son poignet pour bloquer son avancée.
«Kakashi, tu vas bien?»
Une simple phrase, empathique et concernée. Et Kakashi ressent alors le besoin de se justifier.
«Écoute Iruka, pour hier soir...»
Mais il n'a pas le temps de finir sa phrase. Il sent le torse de l'interne se coller contre son dos tandis que deux bras viennent l'étreindre tendrement.
«S'il te plait, ne dis rien. Ne gâche pas tout maintenant» murmure le jeune homme.
Kakashi se détache à regret d'Iruka et répond sans se retourner:
«Tu mérites mieux que ça Iruka.»
«Mieux que quoi?» rétorque l'interne, une pointe d'agacement dans la voix.
«Mieux que moi» reprend furtivement Kakashi avant de se diriger vers sa valise.
Iruka hausse les sourcils. S'il y a bien une chose qui l'énerve particulièrement, c'est bien ce genre de plan foireux du gars qui se retranche derrière un pseudo mystère inavouable. Iruka avait envie de Kakashi, et il a couché avec lui. Un point c'est tout. Et il n'hésiterait pas à le refaire si l'occasion se représentait. D'ailleurs, l'occasion est trop belle. D'un pas décidé, l'interne rejoint Kakashi qui se retourne étonné, et le pousse violemment sur le lit.
«Ce petit jeu ne prend pas avec moi Kakashi!» gronde-t-il. «Et je suis assez grand pour savoir ce que je fais!» poursuit-il en ôtant son haut. L'interne s'installe à califourchon sur les jambes de son ancien chef, l'empêchant ainsi de bouger.
Il détache un à un les boutons de la chemise de Kakashi, sous le regard hébété de celui-ci. Le chirurgien se redresse par réflexe pour laisser Iruka faire tomber le vêtement de ses épaules.
«Iruka, je...»
«Tss... Pas un mot!» ordonne Iruka tandis qu'il déboutonne le pantalon du chirurgien.
Passée la surprise, Kakashi se met à sourire. Décidément, ce petit interne ne manque pas d'audace. Kakashi se redresse sur les coudes pour croiser le regard d'Iruka, qui vient d'ôter son propre jeans.
«Iruka, tu n'as plus l'excuse d'être ivre auj... oh merde!» finit-il alors qu'une vague de plaisir l'envahit, au moment où Iruka laisse sa langue courir le long de son sexe. Il se laisse retomber comme une masse sur le lit, savourant les sensations.
La respiration de Kakashi devient haletante, Iruka abandonne le membre dressé pour remonter lentement le long du torse de son amant. Kakashi ne peut réprimer un sursaut lorsqu'il sent un doigt s'insérer doucement dans son intimité. Il entend à peine Iruka lui murmurer:
«Kakashi, je ne te demanderai jamais plus que ce que tu veux bien me donner.»
Le chirurgien se sent happé par ses yeux noisette hypnotisants. Il ne sent pas la douleur de la pénétration, bercé par la voix de son bel amant.
« Mais laisse-moi t'aimer là, maintenant. laisse-moi te donner du plaisir.»
Le va-et-vient délicieux s'intensifie, Kakashi renonce à lutter, se laissant totalement envahir par le plaisir physique.
«Je te partagerai s'il le faut, mais ne me laisse pas de côté Kakashi.»
La seule réponse qu'Iruka obtient est un râle profond tandis que Kakashi se tend, submergé par l'orgasme. Le regard encore incrédule, le chirurgien voit les mêmes spasmes secouer Iruka alors que le jeune homme se déverse en lui.
L'interne ouvre les yeux, croise le regard brillant de Kakashi, et dépose un furtif baiser sur ses lèvres avant de se glisser en dehors du corps chaud. Sans un mot ni un regard, il tourne les talons et prend d'un pas tranquille la direction de la salle de bain.
Kakashi, complètement secoué, a besoin de quelques minutes pour se remettre de ses émotions. Il a l'habitude de toujours être l'initiateur dans ce domaine, les candidats se bousculant pour avoir ses faveurs. C'est bien la première fois qu'il se retrouve à la place de la proie! L'invitation d'Iruka à partager de nouveaux moments intenses résonne dans sa tête comme une promesse, une délicieuse promesse à laquelle il voudrait bien croire. Vraiment.
...
Alors que l'avion commence à accélérer, Kakashi jette un coup d'œil furtif à Iruka. Le jeune homme semble serein, les yeux clos et la respiration posée. En six mois, l'interne a pris énormément d'assurance, au point d'en arriver à coucher avec lui... Deux fois! Kakashi sent ses joues rosir au souvenir érotique de ces dernières heures. Son surnom serait presque galvaudé face à l'audace d'Iruka. La relève est assurée, pas de doute! Mais Kakashi est amer, parce qu'il sait qu'il ne donnera pas suite à cette histoire balbutiante. Il ne veut pas, non, il ne peut pas. Trop de souvenirs, trop de souffrance. Après sa mort, il s'est juré de ne plus jamais tomber amoureux. Mais ce que le chirurgien commence à comprendre, c'est qu'il est loin de pouvoir décider de cela.
Dans l'espace étriqué de l'avion, Iruka se laisse aller à la rêverie. Il ne regrette aucune de ses actions. Il se sent comme un nouvel homme, prêt à conquérir les étoiles. Si Kakashi préfère se morfondre dans ses souvenirs douloureux, libre à lui. Lui, il est prêt à lui proposer un avenir. Et Iruka sait que la patience est l'une de ses qualités. Un sourire se dessine sur ses lèvres tandis qu'il se rejoue le film du weekend. Le visage de Kakashi, à la fois bouleversé et empli de désir. C'est le plus beau souvenir qu'il gardera de Suna.
...
Après avoir déposé Iruka à l'internat, Kakashi arrive enfin chez lui. Jack a bien envie de lui faire la fête, mais l'animal perçoit immédiatement le malaise qui assaille son maître. Le chien s'approche prudemment et pose sa truffe mouillée contre la main du chirurgien.
«Tel est pris qui croyait prendre, mon chien» murmure l'homme.
Kakashi se laisse tomber sur son grand lit vide, les bras en croix. Après quelques instants d'immobilité parfaite, les yeux fixés au plafond, il finit par rouler sur le côté pour atteindre une petite boite cachée sous son lit. Il ôte le couvercle et saisit les quelques photos que contient l'objet en carton.
«Minato» murmure-t-il, «tu me manques toujours autant!»
La phrase sonne comme une justification, face aux événements du weekend.
Kakashi se jette de nouveau sur le lit, et tend son bras pour observer la photo. Deux hommes, l'un blond, au sourire radieux, l'autre qui regarde l'objectif un peu gêné. Lui. Lui et Minato. Histoire aussi intense qu'éphémère. Kakashi a envie de pleurer. Pourquoi faut-il que tout soit toujours aussi compliqué? Pourquoi a-t-il fallu qu'Iruka débarque dans sa vie, avec sa fausse candeur et sa rayonnance solaire?
Kakashi sait qu'il n'est pas prêt, pas encore. Mais Iruka, ce jeune homme si désirable qui semble le comprendre, au delà des mots, Iruka saura-t-il attendre?
Et pour la première fois, ce n'est pas Minato, son ancien mentor, qui peuplera ses rêves, mais un jeune homme brun aux yeux noisettes, à la peau cuivrée et au sourire flamboyant.
...
Juste envie de fracasser ce réveil de malheur. Nous sommes lundi, et Iruka débute son nouveau stage, en réanimation chirurgicale. Nouvelle équipe, nouveaux externes, nouveau chef. Laissant son esprit dériver sur les événements de Suna, Iruka pousse un long soupir avant de se lever d'un bond. Au diable la nostalgie, toujours aller de l'avant! Iruka se prépare rapidement, et après un petit déjeuner rapide, part d'un pas décidé rejoindre son nouveau service.
Ne laisse jamais passer ta chance.
Les mots de Kakashi résonnent en lui alors qu'il franchit les portes du service de réanimation chirurgicale.
...
(1) Vampire Diaries
(2) Highlander
Hello!
Nous voici à la fin du premier arc de Broken Hearts.
Je vais faire une petite pause, le temps de poursuivre un peu ma 2e fiction, "Otoosan".
L'histoire de Kakashi et d'Iruka est, comme vous pouvez vous en douter, très loin d'être finie. Je vous dis donc à très bientôt pour la suite ^^.
Une amie à moi dit de manière très juste: "les commentaires sont la nourriture de l'auteur" ^^
Alors merci à tous les gentils lecteurs qui prennent le temps de laisser un commentaire. J'essaye de répondre personnellement à chacun (quand c'est possible), et je m'excuse si j'ai pu oublié quelqu'un.
A bientôt ^^
Victor.
