Chapitre 14: Quelqu'un d'autre que moi.

«Alors les enfants, qui peut m'interpréter le magnifique électrocardiogramme de Monsieur Uhara?»

Sasuke, Shino et Sakura baissent tous les trois le nez en même temps. Le Professeur Maito prend son rôle d'enseignant très à cœur, et les harcèle quotidiennement de questions. On ne peut pas considérer que le cardiologue soit le genre de médecin à stresser ses étudiants. Pas sur leurs connaissances théoriques en tout cas. Mais Gai Maito n'est pas un cardiologue classique. Il vit, mange et dort cardiologie. Rien n'est plus beau à ses yeux qu'un muscle cardiaque palpitant. «La quintessence de l'art!» a-t-il l'habitude de dire.

Shizune viendrait bien en aide aux externes, mais elle semble tout aussi au bout du rouleau qu'eux. Ce matin en se levant, elle s'est jurée de le rembarrer à la première comparaison foireuse. Mais finalement, elle n'arrive pas à s'y résoudre. Il est touchant quelque part, à partir dans ses trips passionnés. On n'a pas envie de le tacler. Enfin pas trop. Parce que là, il vient juste de repartir dans un délire sur la beauté orgasmique des pics et des vallées que forme une courbe d'ECG quand même!

Pour Sakura, deux petits mots clignotent en rouge dans son esprit: au secours! Shino finit par se dévouer pour interpréter le tracé. Quelques phrases succinctes, juste l'essentiel. Il reçoit les éloges du Professeur.

Shizune pousse un soupir alors que la petite troupe poursuit son chemin vers la chambre suivante, derrière le sautillant cardiologue. Si on lui demandait, à cet instant, un mot pour qualifier Gai Maito, la jeune interne répondrait sans hésiter: «trop».

Alors qu'ils s'apprêtent à pénétrer dans la dernière chambre du service, une infirmière déboule en courant dans le couloir.

«Professeur Maito! On a un problème en coro! Le patient vient de faire un malaise!»

Au début de son stage, Shizune vivait en permanence avec la crainte de devoir gérer ces situations d'urgence. Surtout lorsqu'elle était seule pour la contre-visite, ou bien lorsqu'elle était de garde. Mais si le Professeur Maito a le gros défaut d'être exubérant, il faut lui reconnaître une qualité essentielle et très appréciée des internes. Il refuse de laisser ses internes vivre leur stage dans le stress. Il a ainsi instauré une règle en cardiologie: quoi qu'il arrive, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, un cardiologue est joignable pour aider l'interne à gérer les situations difficiles. Dans la plupart des autres services, l'interne se démerde, c'est la règle. Au pire, il appelle les urgences, avec l'assurance de se taper la honte pendant plusieurs semaines en prime.

Gai Maito est comme ça, il a le cœur sur la main. Belle image pour un cardiologue non? Shizune emboite le pas de son chef, laissant les externes en plan au milieu du couloir.

Gai prend juste le temps de se tourner vers eux pour lancer:

«Je vous confie le service les enfants!»

Et les deux médecins foncent vers la salle de coronarographie.

Là, Shizune découvre pour la première fois un autre Professeur Maito. Ses ordres sont brefs et précis. Ses gestes sont sûrs, rien de superflu. Le patient, passé en fibrillation au cours de l'examen invasif, est rapidement stabilisé. A peine a-t-il fini de gérer la situation, sous les yeux admiratifs de Shizune, qu'il se retourne vers la jeune femme dans une pose outrageusement ridicule. Jambes écartées, pouce pointé en l'air au bout de son bras tendu fièrement en avant, il assène une phrase qui vient briser la magie en un instant:

«Ma chère Shizune, nous venons de sortir ce vaillant petit cœur de la tempête agitée qui l'assaillait!»

L'interne s'attend presque à voir débarquer une troupe d'angelots pour chanter un cantique de louanges.

Tandis qu'ils repartent finir la visite, Gai continue son monologue sans fin. S'il ne l'avait pas impressionnée quelques minutes auparavant, elle aurait probablement craqué. Mais elle doit le reconnaître: Gai Maito est un cardiologue sensationnel. Au diable son comportement excentrique, il vient de sauver la vie de son patient. Et cela suffit à forcer le respect.

Gai Maito a beau être exubérant, il n'en est pas moins très apprécié au sein de l'hôpital. Ses compétences et son dévouement, ainsi que son travail acharné pour faire du service de cardiologie de l'hôpital central de Konoha une référence nationale font de lui l'un des piliers de l'établissement. Shizune ne peut s'empêcher de penser que, face à des médecins comme Kakashi, Asuma et Itachi, le Professeur Maito part avec de grosses lacunes. Et c'est peut être pour cela qu'il a développé ce caractère si particulier. Et l'interne sourit finalement lorsque son chef lui lance de nouveau une de ces phrases dont il a le secret. Gai Maito est un personnage très attachant au fond.

Alors Shizune se promet de ne plus traiter Gai Maito de taré ou d'illuminé. Elle a beaucoup de choses à apprendre de lui, et pas seulement en cardiologie. Elle n'ira pas jusqu'à trouver une artère coronaire sensuelle, ça non! Mais ce que glorifie Gai au fond, c'est la vie tout simplement. Et la jeune interne vient juste de le comprendre.

Après la visite, les externes s'éclipsent pour partir en cours, tandis que Shizune et Gai partent manger à l'internat. Le Professeur est à la fois surpris et enchanté lorsque la jeune femme lui propose de se joindre à elle et à son groupe d'amis. Kotetsu, Iruka et Genma lui lancent un regard horrifié lorsqu'ils la voient s'approcher avec Gai. L'interne de Réanimation amorce un mouvement discret pour se lever, mais le regard de Shizune le glace sur place. Pas question de se défiler apparemment. Iruka se rassoit en ronchonnant.

Finalement, la compagnie du Professeur Maito se trouve être plutôt sympathique. On se marre bien avec lui en fait. Après son départ, les garçons doivent reconnaître qu'ils ont apprécié de discuter avec le cardiologue.

«Et on peut savoir à quoi est du ce revirement de situation soudain, Shizune?»

La jeune femme adresse un franc sourire à Genma avant de répondre:

«Je me suis dit que j'étais en train de devenir aussi acerbe et mesquine qu'un chirurgien avec le Professeur Maito. Il a des qualités indéniables, il faut juste savoir faire abstraction de la première impression.»

Iruka lève un œil intrigué vers son amie, avant de s'adresser à Kotetsu.

«Je me méfierais si j'étais toi, Ko'. Bientôt elle va trouver que tes coronaires sont plus sexy que ton c...»

«Iruka!» lance Shizune outrée, tandis que les garçons éclatent de rire.

«Et bien, c'est qu'il se dévergonde le petit Iruka!» réplique Genma.

«Si tu savais!» lâche Kotetsu.

A l'instant où la phrase lui échappe, il la regrette déjà. Et le regard assassin d'Iruka confirme ses craintes. Shizune parvient cependant à détourner subtilement la conversation.

«Au fait, vous êtes prêts pour le concert de samedi?»

«Ouais, j'ai trop hâte d'y être!»

«Fais chier, je suis de garde moi. Tsunami me fait la gueule à cause de ça en plus.»

«Tu ne peux pas l'échanger?»

Genma secoue la tête d'un air navré.

«Déjà essayé. Personne ne veut.»

Il tourne alors un regard larmoyant vers Iruka.

«Non, pas question de faire ta garde Genma. J'ai déjà pris celle de vendredi à Hana.»

«Oui mais toi tu es célibataire, tu t'en fous de travailler beaucoup!»

Iruka prend un air offusqué.

«Ben justement, c'est pas en restant 24 heures sur 24 à l'hôpital que je vais me trouver quelqu'un.»

«Pas faux» répond Izumo. «On va pouvoir profiter du concert pour draguer du coup!»

Un grand éclat de rire derrière eux attire l'attention du groupe d'amis. Le staff de chirurgie cardio-thoracique semble particulièrement joyeux aujourd'hui. L'interne de première année qui a succédé à Iruka fait le pitre pour amuser la galerie. Et les chirurgiens sont au bord des larmes tellement ils rient devant ce qui semble être une imitation du Docteur Zetsu, le dermatologue.

Tandis que Genma et Izumo partent récupérer des cafés pour tout le monde, Iruka observe la scène du coin de l'œil, blasé.

«Quelqu'un connait ce type?» demande-t-il sèchement.

«C'est Suigetsu, un interne d'Iwa. Il est là pour un semestre seulement.»

«Il a l'air marrant en tout cas» lance Kotetsu.

Le regard glacial que lui jette Iruka fait sourire Shizune.

«En tout cas, les chirurgiens ont l'air de bien l'apprécier» reprend-elle, histoire de titiller son ami.

«C'est pas le tout de faire le comique, encore faut-il assurer au bloc» lâche Iruka avec dédain.

L'interne de réanimation voit le sourire machiavélique de Shizune s'agrandir et comprend qu'il vient de tomber à pieds joints dans le piège énorme tendu par son amie.

Agacé, il ne lui laisse pas le temps de répliquer.

«Bon allez, je retourne bosser. A ce soir.»

Shizune et Kotetsu se lancent un regard complice.

«Il est jaloux.»

«Donc amoureux.»

«Élémentaire mon cher Kotetsu!»

...

Devant le grand portail de bois, Iruka se demande encore pourquoi il n'a pas tout simplement déposé la valise au secrétariat de cardio-tho. Si ça tombe, Kakashi n'est même pas chez lui en plus! L'interne de Réanimation se décide finalement à sonner à l'interphone. Tandis que la sonnerie retentit à l'autre bout, l'interne tente d'enfouir la petite voix qui lui susurre la vérité.

Tu crevais juste d'envie de le revoir. Surtout depuis que tu l'as vu tant s'amuser avec ce type là, Suigetsu. Tu as peur qu'il te remplace.

Mais le remplacer pour quoi d'ailleurs? Tout à ses pensées, Iruka fait un bond quand il entend la voix du chirurgien lancer un «c'est ouvert!». Iruka s'apprête à répondre pour se présenter, mais Kakashi semble déjà avoir disparu à l'autre bout de l'interphone. L'interne hésite, et finit par remonter en voiture pour se garer devant la porte d'entrée. Valise en main, il frappe à la porte. Bruit de pattes d'un chien qui accourt, mais la porte reste close.

Après quelques instants d'hésitation, Iruka finit par ouvrir lui même. Il est immédiatement assailli par Jack et Mia. La chienne se met à japper tandis que le dalmatien s'attaque au bas de son pantalon.

«Jack, arrête, mais arrête bon sang!»

Iruka lance un regard circulaire dans la pièce, à la recherche de Kakashi. Personne. L'interne voit alors les deux chiens filer en direction du jardin. après avoir appelé le nom de son chef, et n'avoir obtenu aucune réponse, il se décide à suivre les deux animaux. Il passe donc dans la véranda, et son attention est immédiatement attirée par des bruits d'eau. Iruka n'a pas remarqué la grande piscine couverte qui trône en effet dans le prolongement de la véranda, la dernière fois qu'il est venu. Il n'a pas remarqué non plus la vue magnifique sur le grand jardin qui s'étend à l'arrière de la maison. Plus qu'un jardin, c'est un véritable parc.

Iruka est tiré de sa contemplation par la voix du chirurgien.

«Iruka? C'est toi qui a sonné? Je croyais que c'était Inoue!»

Devant le regard interrogateur de l'interne, Kakashi poursuit:

«Inoue, ma femme de ménage. Elle passe à cette heure là d'habitude. Tiens, attrape-moi la serviette là» conclut-il en montrant une chaise longue du doigt.

Iruka, serviable, se dirige vers la serviette. Mais son regard est immédiatement attiré par le torse ruisselant de Kakashi, alors que celui-ci appuie ses mains sur le rebord de la piscine pour s'extirper de l'eau. D'un pas souple, il se redresse, la lumière du jour faisant briller les gouttelettes d'eau sur sa peau. Iruka tourne rapidement la tête, tentant de masquer son trouble, et finit par lui tendre la serviette, en prenant soin de ne pas croiser son regard.

«Qu'est ce qui t'amène, Iruka?» reprend le chirurgien en se dirigeant vers le salon de jardin. Tandis qu'il s'affale dans un fauteuil moelleux, Iruka lui désigne la valise, qu'il tient toujours en main.

«Je te rapporte ta valise, et ton costume, qui sort juste du pressing.»

Kakashi lève un regard amusé vers son ancien interne.

«C'est gentil! Mais il ne fallait pas te déplacer pour si peu!»

Iruka sent immédiatement la honte l'assaillir. Il le savait, il aurait du laisser la valise au secrétariat de cardio-tho. Mais qu'est-ce qui lui a pris de venir lui rapporter en main propre, un samedi en plus?

«Mais ça me fait plaisir de te voir en tout cas» reprend Kakashi, amusé par trouble bien visible d'Iruka.

L'interne ne sait pas trop comment se comporter. A cet instant, s'il le pouvait, il creuserait un trou bien profond pour se cacher. Il n'ose pas lever les yeux, Kakashi ayant vicieusement décidé de rester en simple maillot de bain. A croire qu'il le fait exprès!

«Allez ne reste pas planté là. Viens t'asseoir. Tu veux boire quelque chose?» reprend gentiment le chirurgien.

Iruka sait qu'il devrait décliner poliment et s'en aller. Mais il ne peut résister à la tentation de rester encore un peu avec Kakashi.

Le chirurgien finit par passer un T-shirt et un short, au grand soulagement d'Iruka, avant de lui tendre un verre de soda.

«Tu sais qu'on a un concert au Smooth ce soir, avec Mescaline?»

L'interne hoche la tête et Kakashi reprend:

«Tu vas venir?»

Sans attendre la réponse, le chirurgien poursuit:

«J'aimerais bien que tu viennes.»

Le ton neutre employé semble en totale contradiction avec le regard brillant que le chirurgien lui adresse. A moins qu'il ne soit encore en train de se faire des vieux films.

Iruka trouve la situation un peu bizarre. Kakashi et lui sont là, à papoter autour d'une verre, comme deux potes. Mais c'est l'un de ses supérieurs quand même. Un supérieur particulièrement attirant, sexy, désirable... Stop, il est temps d'arrêter le délire. Iruka se lève et balbutie un remerciement à son hôte, avant de reprendre la direction du salon.

Kakashi le regarde s'éloigner, pensif, en grignotant quelques mûres. Il finit par se lever d'un bond pour le rattraper.

«Hé Iruka attends! J'ai un truc à te montrer!»

Kakashi ne sait pas pourquoi il a réagi comme ça. Besoin impérieux de le retenir. Inventer un truc, vite. Sauf que là, il se retrouve tout con, parce qu'il n'a rien de spécial à montrer à Iruka en fait.

Iruka se retourne, intrigué, et Kakashi qui arrive trop rapidement derrière lui le percute, faisant au passage voler les mûres du bol qu'il tient encore en main.

Et voilà deux belles taches de fruit qui viennent orner un T-shirt et une chemise. Un partout, balle au centre. Les deux hommes se regardent, et éclatent de rire en même temps.

«Et merde, ça part comment une tache de mûre?»

«Aucune idée.»

«Quoi? Tu ne connais même pas un vieux truc de grand-mère pour enlever les taches de mûre?» relance Kakashi taquin.

Iruka lui lance un regard blasé avant de répondre:

«J'ai une tête à connaître des trucs de grand-mère. Je suis chirurgien moi, pas Monsieur Propre!»

Kakashi éclate de rire une nouvelle fois.

«Ça t'irait pas la boule à zéro de toute façon.»

Iruka bouscule Kakashi pour le principe, en lui tirant la langue, ce qui déclenche un nouvel accès de rire de la part du chirurgien.

«Bon ben on n'a plus qu'à regarder sur internet.»

Les deux hommes se retrouvent dans le canapé du salon, à chercher désespérément une astuce pour sauver leurs vêtements respectifs.

«Sur ce site, ils disent qu'il faut mettre du lait. Tu as du lait, Kakashi?»

«Euh, du lait en poudre ça marche?» demande le chirurgien sur un ton naïf qui fait sourire Iruka.

«Je pense pas non. Sinon de l'alcool à 90.»

«Ah ça j'en ai!» répond Kakashi avec enthousiasme. «Amène-toi!» reprend-il en tirant Iruka par le bras en direction de la buanderie.

«Alors, moitié eau et moitié alcool c'est ça?»

Iruka acquiesce, à moitié penché par dessus l'épaule de Kakashi, pour observer le chirurgien doser scrupuleusement le mélange.

Kakashi se tourne vers le jeune homme et commence à déboutonner sa chemise.

«Je peux le faire tout seul» dit Iruka gêné, en faisant un geste pour écarter les mains du chirurgien.

«Mais j'aime bien te foutre à poil en fait!» rétorque aussi sec Kakashi, avant de se mettre à rigoler.

Il ne manquait plus que ça tiens! Il se retrouve confiné dans une buanderie exiguë, avec un Kakashi torse nu quasiment collé à lui, qui lui balance des allusions bien douteuses!

Le chirurgien étale son T-shirt sur la machine à laver et entreprend de tamponner la tache avec le mélange.

«Ça s'enlève pas!» déclare-t-il déçu.

«Il faut attendre un peu, idiot!»

Kakashi tente de prendre un air vexé, pas crédible pour deux sous cependant, avant d'éclater de rire. Sans prévenir, il lance une attaque surprise sur l'interne, en le ceinturant pour le chatouiller.

Iruka ne supporte pas qu'on le chatouille. Surtout au niveau de côtes. C'est vraiment un truc insoutenable pour lui. Alors il se met à se dandiner, tentant maladroitement d'échapper aux mains du chirurgien. L'amusement retombe pourtant d'un seul coup lorsque son coude rencontre malencontreusement le nez de Kakashi.

«Ouch!» laisse échapper les chirurgien en s'écartant. Une trainée de sang apparait sur le dos de la main qu'il vient de se passer sous le nez.

«Merde, je suis désolé Kakashi!»

«C'est pas grave, t'affole pas comme ça» répond le chirurgien en maintenant une narine pincée. Amusé par l'air affolé du jeune homme, il reprend:

«Tu m'as juste pété le nez. Je vais avoir l'air malin pour le concert.»

Les yeux d'Iruka s'écarquillent, horrifiés.

Kakashi éclate de rire.

«Mais je plaisante Iruka! Je plaisante! Regard, ça ne saigne déjà plus» dit-il en posant sa main sur la joue d'Iruka. Il laisse son pouce courir sur la pommette du jeune homme, comme pour tenter d'effacer l'air contrit de l'interne.

Iruka sait qu'il doit s'écarter, qu'il doit rompre ce contact physique. Au lieu de ça, il pose une main sur le torse musclé qui se trouve devant lui, et réduit la distance qui le sépare de cette bouche si désirable.

Kakashi, pris au dépourvu, ne répond pas au baiser. Iruka interrompt immédiatement le contact, conscient d'avoir dérapé. Leurs yeux se croisent, le temps s'arrête. Et cette fois c'est Kakashi qui se précipite sur la bouche, puis sur le cou, les épaules du jeune homme. C'est un véritable combat qui s'engage, pour savoir lequel dominera l'autre. Ils se dévorent plus qu'ils ne s'embrassent. Iruka sent tout à coup les mains de Kakashi de glisser sous ses aisselles, pour le soulever. Il retombe violemment sur la machine à laver, et resserre instinctivement des jambes autour de la taille du chirurgien lorsque celui-ci vient de plaquer contre lui. Kakashi a visiblement décidé de prendre les choses en main. Et Iruka entend par «choses» leurs deux sexes tendus par l'excitation. Les soupirs de plaisir que pousse Kakashi à chaque mouvement de main ne font qu'augmenter la fébrilité d'Iruka, qui finit par lâcher dans un râle:

«Kakashi, je vais...»

«Moi aussi» gronde le chirurgien dans un souffle. Il intensifie le mouvement d'une main, tandis qu'il saisit la nuque d'Iruka de l'autre, le forçant à le regarder en face. Dans les deux regards, le même désir, la même passion, et tout au fond une lueur de culpabilité.

Ils finissent par se tendre dans un même souffle, se laissant envahir par un orgasme puissant. Après un dernier soubresaut, Kakashi s'écarte et contemple le ventre maculé d'Iruka. Il n'ose pas affronter son regard, envahi par des sentiments contradictoires, de plénitude et de honte.

Iruka ne laisse pas le temps au malaise de s'installer. Il attire Kakashi d'un geste brusque vers lui, et enserre ses épaules de ses deux bras. joue contre joue, il lui murmure:

«Je ne me suis pas déplacé pour rien finalement.»

Il sent un sourire se dessiner sur les lèvres de son amant, posées sur son épaule. Kakashi rompt à regret l'accolade et saisit une serviette dans le panier qui traine à ses pieds. Il commence par essuyer en silence, le ventre d'Iruka, puis fait de même sur lui. Puis il quitte la buanderie, toujours sans un mot. Iruka remonte rapidement son jeans, et décidant que la tache de mûre attendra, enfile la chemise qui a gis au sol pendant leur ébat.

Il rejoint Kakashi sans le salon, fraichement habillé, et semblant contrarié.

«Kakashi, écoute, je...»

Mais le chirurgien ne le laisse pas finir, répondant sur un ton nonchalant:

«Merci pour la valise. Je ne veux pas te mettre dehors, mais je dois y aller. J'ai rendez-vous au Smooth pour les balances.»

Iruka hoche la tête tristement. Sont-ils condamnés à ne pas savoir communiquer autrement que par le sexe? Iruka salue le chirurgien et quitte rapidement la maison, alors qu'une amertume palpable s'installe dans le salon.

...

L'agitation règne au Smooth en ce samedi après-midi. Une grosse soirée se prépare en effet. Kabuto, le patron, pousse un soupir las en raccrochant pour la énième fois de la journée le téléphone.

«Dis donc les gars, vous avez prévu de ramener tout l'hosto ce soir ou quoi?»

Une cigarette éteinte aux lèvres, Asuma se fend d'un sourire posé.

«Estime-toi heureux qu'on ai choisi ton rade pour notre premier concert. Tu vas faire une sacrée recette ce soir.»

«J'espère bien, parce qu'avec tout le bordel que vous êtes en train de me mettre!» rétorque Kabuto en pointant du doigt l'entrelacs de fils qui jonchent la scène, entre les amplis, les pieds de micro et la batterie de Kotetsu, qui mange à elle seule la moitié de la place.

Le carillon du bar retentit au moment où Kurenai pousse la porte. Les quelques clients du bar la suivent du regard tandis qu'elle s'avance vers le groupe des musiciens.

«Bonjour tout le monde! Alors, pas trop stressé?»

Kotetsu pousse un soupir. Si, il est stressé! Pas la peine d'en rajouter quoi! Sa mine dépitée fait sourire Asuma, qui passe affectueusement un bras autour de la taille de la jeune femme.

«Disons que la pression monte tout doucement» répond-t-il.

«Ce serait bien que Kakashi se pointe là. On va finir par être à la bourre!» lance Aoba, visiblement tout aussi stressé que Kotetsu.

Ils savent tous que le premier concert de Mescaline va attirer du monde. Essentiellement de l'hôpital bien sûr, mais ce ne rend pas la pression moins vive. Au contraire, s'ils se vautrent, ce sera devant des gens qu'ils croisent tous les jours au boulot.

«Bon, je vais fumer une clope en attendant notre bon à rien de chanteur. Tu m'accompagnes ma belle?» conclut-il alors que Kurenai hoche la tête.

Un silence confortable s'installe entre les deux médecins, dont l'attention est attirée par Tsunami et Genma, en grande conversation sur le trottoir d'en face.

«Je suis désolé, j'aimerais vraiment venir! Mais personne n'a voulu prendre ma garde. Même Iruka n'a pas voulu me remplacer.»

«Et ça t'étonne?»ronchonne la jeune femme visiblement irritée.

Genma lève un sourcil interrogatif.

«Ben oui un peu. C'est pas sympa de sa part.»

«Je pense qu'il a autant de raison que toi de ne pas vouloir louper ce concert» conclut Tsunami en tournant les talons, laissant Genma dubitatif.

«Hé attends-moi! Pourquoi tu dis ça?»

«Pour rien» répond Tsunami en soupirant. «Bon écoute, c'est pas grave, on en fera d'autres des concerts. Et puis tu es plus à plaindre qu'autre chose, tu vas louper une super soirée, tout ça pour bosser comme un âne toute la nuit.»

«Merci de me remonter le moral» grogne Genma.

Tsunami lui tire la langue, taquine.

«Désolée, c'était un coup bas j'avoue. Allez fais-moi un bisou avant de partir.»

Tandis que Genma et Tsunami s'enlacent, Kurenai et Asuma, qui ont surpris une bonne partie de la conversation, s'échangent un regard complice.

«Tu le connais toi, cet Iruka?»

«Un peu» répond Asuma.

«Et?»

«Et quoi?»

«Tu penses qu'il a les épaules assez solides?»

«Honnêtement j'en sais rien. Mais Kakashi risque de tout faire foirer, comme d'habitude.»

«Il serait temps qu'il passe à autre chose non?»

«Il n'est pas prêt.»

«Le sera-t-il un jour?»

Asuma tire sur sa cigarette, et finit par répondre, en regardant la fumée s'élever:

«Quelqu'un finira bien par réussir à lui ouvrir les yeux.»

Kurenai pose tendrement sa main sur la cuisse d'Asuma.

«Ah, notre petit épouvantail. Un oiseau plus téméraire que les autres arrivera bien à se poser contre son cœur!»

«Espérons ma belle, espérons.»

Les deux médecins rentrent dans le Smooth alors que Kakashi vient juste d'arriver.

«Ah tiens, tu te décides enfin à montrer le bout de ton nez, toi!» lance Tsunami.

«Les vraies stars savent se faire désirer» lance Kakashi sur un ton emphatique.

«Ouais et ben la star, elle va bouger son petit cul et aller faire les balances du piano» répond Aoba.

Kakashi lui tire la langue d'un air mutin, et part s'asseoir au piano. Les premières notes résonnent, tandis que le reste du groupe se met en place derrière les instruments et micros. après une demi-heure de balance, le groupe est fin prêt à en découdre.

Le soir commence déjà à descendre sur la ville. Les quelques clients de l'après-midi laissent la place à ceux du soir, venus fêter la sortie du boulot entre amis. Shizune arrive, heureuse d'avoir été invitée à participer au repas d'avant-concert. Malgré son insistance, Iruka n'a pas voulu l'accompagner. Elle l'a même trouvé un peu bizarre. Ailleurs. Elle a même du lui faire promettre de passer au Smooth ce soir, parce que toute la motivation du jeune homme pour assister au concert semble s'être évaporée en une après-midi. Deux précautions valant mieux qu'une, elle a fait promettre à Izumo de trainer leur ami de force s'il le fallait.

Kotetsu ne cache pas son soulagement lorsqu'il voit la jeune femme débarquer au Smooth. Il se précipite littéralement dans ses bras pour quémander un câlin.

Kakashi s'est isolé au fond du bar, dans un de ces fauteuils moelleux qui appellent à la détente. Après avoir choisi l'ordre des chansons du set, il se cale confortablement au fond du fauteuil et ferme les yeux, se laissant bercer par les sons déjà lointains du bar. Les images de l'après-midi lui reviennent en tête. Son regard plein de passion, la douceur de sa peau, le goût de ses lèvres. Kakashi frotte inconsciemment l'arête de son nez, qui lui fait encore un peu mal. Pourquoi n'arrive-t-il pas à résister? Ce gamin lui fait perdre tous ses moyens. Non, Iruka n'est plus un gamin depuis longtemps. Il semble même savoir exactement ce qu'il veut. Mais derrière le sexe, Kakashi pressent l'attachement, d'un côté comme de l'autre. Il a déjà vécu cela, et ça s'est très mal fini. Il s'est juré de ne plus jamais revivre ça. Mais la barrière de glace dont il s'est enveloppé semble fondre inexorablement dès qu'Iruka pose les yeux sur lui. Il doit vraiment prendre ses distances, maintenant.

«Tu m'as l'air bien morose ce soir mon ami.»

Asuma vient de s'asseoir face à lui, interrompant le combat interne de ses pensées. Kakashi lui offre un sourire charmeur, qui ne trompe cependant pas son ami de longue date. Le chirurgien thoracique préfère alors fuir le regard inquisiteur.

«Juste un peu fatigué. J'ai eu une dure semaine» tente-t-il, mais le trémolo de sa voix le trahit.

«Kakashi, tu as le droit d'être heureux tu sais.»

Le chirurgien fronce un sourcil, feignant de ne pas comprendre, mais Asuma n'est pas dupe.

«Tu sais très bien de quoi je veux parler.»

Kakashi s'étire avant de se lever, coupant court à la discussion.

«Allez, viens manger au lieu de dire des bêtises. On va assurer ce soir mon pote!»

L'apparent enthousiasme retrouvé de son ami fait soupirer le neurochirurgien. Les deux hommes rejoignent le groupe. Après un diner rapide, les musiciens s'isolent pour se concentrer, tandis que la petite salle se remplit rapidement. Kurenai et Shizune décident de s'installer à la table qui fait face à la scène.

«Privilège de groupie!» lance Kurenai en riant.

«Bonsoir Mesdames».

Les deux femmes se retournent, et le visage de Kurenai se fend d'un large sourire.

«Ah Ino, vas-y installe-toi, ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vues! Shizune, je te présente Ino, la secrétaire de chirurgie cardio-thoracique.»

«Salut!» lance la blonde.

«Ino, voici Shizune, qui était mon interne le semestre dernier.»

La jeune femme lui rend son salut tandis que Kurenai ajoute:

«Shizune est la meilleure amie d'Iruka.»

«Ah ok! J'espère qu'il vient ce soir, ça me ferait plaisir de le revoir.»

«Il n'avait pas l'air très motivé, mais je pense qu'il fera un effort.»

«Oui, ne serait-ce que pour voir Kakashi jouer» répond Ino d'un air entendu.

Shizune marque un temps d'arrêt. Ino la dévisage en souriant, et finit par reprendre en levant les yeux au ciel.

«Non mais sans rire, ne me dites pas que vous n'avez pas remarqué. Il se passe un truc entre ces deux-là c'est évident!»

Kurenai esquisse un sourire devant la gêne de Shizune. Mais Ino poursuit déjà.

«Si vous voulez mon avis, Iruka est grave in love. Et Kakashi, il joue les branleurs, mais il est loin d'être indifférent! Ça ne m'étonnerait pas qu'ils aient déjà couché ensemble d'ailleurs.»

Shizune manque de s'étrangler avec son cocktail. Mais c'est qui cette fille qui parle ouvertement des histoires de cul de son patron sérieusement? Kurenai se met à ricaner, tandis qu'Ino repart dans un monologue sans fin sur l'attirance évidente que les deux hommes ont l'un pour l'autre.

Quand la secrétaire se lève enfin pour aller se chercher un verre, Kurenai penche sa tête d'un air pensif, puis laisse son regard malicieux se poser sur son ancienne interne.

«Tu en sais plus que tu ne veux en dire toi, non?»

«Moi?» répond Shizune d'un ton le plus innocent possible. «Absolument pas!»

Kurenai laisse ses yeux se perdre sur la scène, encore vide.

«Tu sais, Kakashi n'a pas toujours été comme ça.»

Shizune attend la suite, qui tarde à venir. Mais Kurenai finit par reprendre.

«Il est fragile.»

Un long silence s'installe de nouveau, Shizune tourne la tête pour voir où en est Ino. Elle n'aimerait pas que celle-ci revienne trop tôt, car Kurenai semble décidée à lever une partie du voile qui entoure le mystérieux Kakashi Hatake. La pédiatre plonge son regard ténébreux dans celui de Shizune, qui ne peut réprimer un petit frisson.

«Kakashi a vécu une histoire d'amour tragique il y a longtemps. Avec un homme. Marié de surcroit. Et depuis, il est rongé par la culpabilité. Il tente de se cacher comme il peut, derrière son personnage de don Juan. Mais en réalité, il est très malheureux.»

Kurenai sourit à l'interne gênée.

«Si je te raconte tout ça, c'est pour ton ami, Iruka. Pour qu'il sache dans quoi il s'engage. Kakashi fera tout ce qu'il peut pour l'éloigner. Si Iruka veut vraiment Kakashi, il va falloir qu'il se batte.»

Shizune hoche la tête, pas très sûre cependant d'avoir compris où voulait en venir la pédiatre.

«En gros, vous êtes en train de me dire qu'Iruka risque de morfler» finit par répondre l'interne.

«En gros c'est ça.»

«Ok, et je suis sensée faire quoi alors?»

«Rien de particulier, être attentive. C'est la première fois que je sens Kakashi perturbé par quelqu'un. Je veux dire sentimentalement. Et il est temps qu'on lui secoue un peu les puces, à ce chien fou sans collier.»

«Qu'est-il devenu? L'homme dont Kakashi était amoureux.»

«Il est mort.»

«Ah.»

«Au fait, on pourrait peut être se tutoyer maintenant non? Surtout qu'on va être amenées à se voir souvent grâce à Mescaline!» reprend Kurenai, qui a vu Ino revenir à leur hauteur.

Shizune hoche la tête tandis qu'une salve d'applaudissements et de sifflets s'élève dans la salle.

Le groupe s'installe dans la pénombre, jusqu'à ce que Kakashi apparaisse dans le cercle de lumière central, derrière le micro. il balaye la salle du regard, s'attardant quelques secondes sur une silhouette dans l'ombre, tout au fond.

Shizune se retourne discrètement, et reconnait sans peine son meilleur ami. Iruka est venu, c'est une bonne chose. Mais les mots de Kurenai résonnent encore dans la tête de la jeune femme.

Alors que les premières notes de musique s'élèvent déjà dans la salle, Iruka se tapit un peu plus dans l'ombre du recoin où il a réussi à entraîner Izumo. Il ne perd pas Kakashi des yeux, tentant de décrypter la moindre émotion sur le visage angélique de celui avec qui il a partagé un moment intime il peine quelques heures.

Les morceaux s'enchainent, le public déjà acquis semble totalement sous le charme de Mescaline. Izumo a finalement réussi à trainer Iruka à la table des filles. C'est le moment que choisit Kakashi pour annoncer la dernière chanson.

«Messieurs dames, nous espérons vous avoir fait passer une soirée sympathique. La dernière chanson s'intitule 'Unlike me'. Elle est dédiée à ... quelqu'un qui se reconnaitra» conclut le chirurgien en fixant le manche de sa guitare.

(Unlike me- Charlie Winston)

La voix envoûtante de Kakashi s'élève pour un dernier round dans la salle, empreinte de mélancolie. Kurenai et Shizune ne peuvent se retenir de jeter un coup d'œil discret à Iruka, tandis que Kakashi conclut le premier refrain. Les chœurs de Tsunami et Aoba prennent le relais alors que Kakashi se dirige lentement vers le piano.

La chanson se termine sur ces tristes notes, sous les doigts habiles du chirurgien.

Iruka n'entend pas les applaudissements qui fusent. Il ferme les yeux, semblant digérer le message. Shizune pose une main réconfortante sur le poing qu'il a fermé sur sa cuisse. Puis l'interne rouvre les yeux, croise le regard triste de Kakashi, se lève en glissant discrètement à Shizune qu'il a besoin de prendre l'air. La jeune femme hésite à le suivre, mais Kurenai secoue la tête.

Shizune s'étonne de sentir la colère monter en elle. Elle a presque envie de sauter sur la scène pour aller gifler Kakashi, pour lui hurler qu'il ne mérite par l'intérêt d'Iruka. Mais le groupe a déjà quitté la scène.

Tandis que la foule s'éparpille dans et à l'extérieur du bar, les musiciens réapparaissent. Ils sont largement félicités. Kurenai fend la foule pour aller plaquer un baiser fougueux sur les lèvres d'Asuma. Marquer son territoire semble effectivement être une bonne option, Shizune s'empresse donc de suivre l'exemple de son aînée et s'approche de Kotetsu pour l'enlacer amoureusement.

Ino, loin d'être en reste, s'accapare Aoba, sous l'œil amusé de Kakashi. Il sait depuis longtemps que sa secrétaire préférée en pince pour l'interne. Et la voir passer à l'action le réjouit sincèrement, d'autant qu'Aoba ne semble pas insensible aux charmes de la belle blonde.

Plusieurs personnes viennent féliciter le chirurgien. Il reconnait des internes, mais aussi des infirmières et même un brancardier particulièrement entreprenant. les verres s'enchainent et les rires fusent. Iruka a rejoint Izumo, en grande conversation avec Tsunami, Aoba et Ino. L'interne de réanimation semble avoir retrouvé le sourire, participant activement à la liesse générale.

Kakashi, de son côté, a déjà rangé sa guitare. Les gestes du brancardier à son égard sont particulièrement explicites. Tandis que le jeune homme glisse un mot à l'oreille de Kakashi, ce dernier croise le regard d'Iruka. Il se fige et détourne les yeux, puis répond au brancardier dont les yeux s'illuminent. Iruka ne peut détacher les yeux de Kakashi, mais la foule du bar lui fait perdre quelques instants le contact visuel. Quand il retrouve la trace de son chirurgien, c'est pour le voir quitter le bar en compagnie du brancardier. Un bouffée de colère monte alors en lui. Pas de la jalousie, non. Une colère sourde, une colère qui fait mal.

Shizune, qui l'a rejoint, l'entend murmurer:

«Comment peut-il faire ça?»

Inconsciente de ce à quoi vient d'assister Iruka, elle lui répond:

«Ne le juge pas trop vite Iruka.»

L'interne lui lance alors un regard glacial.

«Depuis quand plaides-tu sa cause Shizune?»

L'interne de cardiologie se raidit. Elle a rarement vu Iruka dans un tel état de colère. Elle répond prudemment:

«Il a des excuses...»

Mais Iruka ne la laisse pas finir.

«Shizune, j'ai couché avec lui cet après-midi, chez lui. Il vient de partir avec un autre à l'instant, devant mes yeux. Honnêtement, même avec toutes les excuses du monde, je crois que je ne suis pas de taille à encaisser ça.»

Et Iruka fend la foule pour atteindre la porte.

«Iruka, attends!» lance Shizune, mais Kotetsu la retient.

«Laisse-le. je pense qu'il préfèrera être seul. Kakashi est vraiment en connard.»

Shizune fait un geste agacé pour se libérer du bras de Kotetsu. Mais il est déjà trop tard, Iruka a disparu. La jeune femme pousse un soupir. Iruka est amoureux, cette fois c'est sûr.