Chapitre 15: Tempête sur l'hôpital.
La pluie frappe les carreaux du réfectoire de l'internat en ce lundi matin. Et les internes semblent tous fonctionner au ralenti. La moitié du deuxième stage est déjà passée, et les organismes ont été mis à rude épreuve. Devant son bol de café, Iruka est pensif. Il a soigneusement évité de croiser Kakashi depuis le concert au Smooth. Shizune a bien tenté d'aborder le sujet, mais l'interne de Réanimation a décidé de se murer dans un silence total. Pas envie de réfléchir à ça.
Iruka repense à ses premières années de médecine, quand il se noyait dans ses cours pour oublier un peu la solitude. Bien sûr il y avait Shizune, et les garçons. Iruka se dit que, finalement, les choses sont restées les mêmes. Ses amis sont toujours là, mais ils semblent s'épanouir personnellement. Izumo vient de lui annoncer qu'il sort avec Hana Inuzuka. Il est sincèrement content pour son ami, mais la morsure de la solitude se fait d'autant plus cruelle à présent. Iruka laisse son esprit dériver doucement vers les sombres pensées de son enfance. Il a toujours été solitaire, le petit garçon qui reste dans l'ombre des autres. Le bon copain que tout le monde aime bien, le bon pote sur qui on peut compter. Le travailleur acharné toujours prêt à dépanner aussi.
L'hôpital l'a changé, il le sait. Il s'étonne parfois lui-même de l'égoïsme dont il est capable de faire preuve maintenant. Pas plus tard qu'hier, il a renvoyé paître un interne de troisième année, qui voulait encore lui refiler une garde. A croire que tout le monde le prend pour une bonne poire. Iruka n'a pas envie d'être serviable, ni même aimable. Il est devenu irascible depuis quelques temps. Il a bien remarqué que ses amis prennent leurs distances, à part Shizune peut-être. Il est en train de faire le vide autour de lui, petit à petit. Il le sait. Mais il s'en fout. Ça n'a rien à voir avec ce connard d'Hatake, quoi qu'en disent les autres. Kakashi, il le désire physiquement, c'est tout. Il a eu ce qu'il voulait, plusieurs fois. Si l'occasion se représentait, Kakashi ne dirait pas non. Le chirurgien semble ne jamais dire non. Et finalement ce n'est pas plus mal comme ça. Tu tires ton coup et tu t'arraches. Kakashi, c'est un peu une pute de luxe, sauf que tu n'as pas besoin de le payer. tout bénef'.
Iruka se laisse bercer par le bruit de la pluie sur les tuiles. Il pousse un long soupir fatigué. Se concentrer sur son travail. Toucher enfin à son but, et devenir chirurgien cardio-thoracique. Voilà la seule chose qui compte, la seule et unique chose qui a jamais compté. Le reste est accessoire.
Alors que la plupart des internes émergent juste, Iruka est déjà prêt pour sa nouvelle journée de travail. Il croise Genma et Tsunami dans le hall, les salue rapidement avant de sortir. La fraîcheur de la pluie printanière le fait frissonner. Il respire à pleins poumons l'air saturé en humidité. Il est vivant, il est chirurgien. Et à cet instant, c'est tout ce qui compte.
...
Dans le grand bureau de la directrice, Kakashi fait les cent pas, impatient d'en découdre.
Tsunade l'a convoqué, en tant que directeur du pôle «coeur-poumons», pour une réunion extraordinaire. Tous les directeurs de pôle sont également présents. Ne manque que le principal intéressé, le Docteur Orochimaru, généticien.
Lorsque la directrice claque violemment la porte derrière elle et avance d'un pas décidé vers son bureau, tout le monde se fige. C'est mauvais, très mauvais apparemment.
La femme fait craquer ses phalanges, visiblement prête à en découdre. Après quelques minutes de silence, où pas un souffle d'air ne semble vouloir venir lever l'atmosphère pesante, un bruit se fait entendre à la porte.
Le «Entrez!» qu'aboie Tsunade fait frémir les occupants de la pièce.
Orochimaru pénètre d'un pas nonchalant dans le bureau, une petit sourire narquois sur le visage.
«Bonjour Messieurs, Madame la directrice» salue-t-il en ajoutant une petite courbette respectueuse. Kakashi guette la réaction de la directrice. Il la connait maintenant assez bien pour savoir qu'elle peut exploser à tout moment.
«Je suppose que tu sais pourquoi tu as été convoqué, Orochimaru» déclare Tsunade.
Celui-ci, loin de se démonter, feint l'incompréhension.
«Madame la directrice, vous savez que je ne sors que rarement de mon laboratoire. Et mes chers collègues réunis ici me rendent rarement visite pour m'entretenir de la petite vie de l'hôpital.»
«Assez!» crache la directrice. «Tu sais très bien de quoi je veux parler!» reprend-t-elle en lui balançant un journal au visage. Tous les chefs de pôle ont déjà lu l'article de la troisième page, celui qui relate une sombre histoire de manipulation d'embryons à des fins de recherche. Orochimaru se baisse pour ramasser le journal, et fait mine de parcourir les premières lignes de l'article. Puis il lève des yeux faussement étonnés vers Tsunade.
«Cette histoire sordide, encore! Qui serait capable de faire une telle chose?» s'offusque-t-il.
Le ton est grossièrement exagéré, et Kakashi s'étonne de ne pas voir Tsunade se mettre à hurler. La contenance de la directrice est particulièrement remarquable aujourd'hui.
«Docteur Orochimaru, une plainte vient d'être déposée à l'encontre de l'hôpital central de Konoha pour trafic d'embryons, et recherche illégale sans le consentement des parents. Étant responsable du pôle «recherche et génétique» de cet établissement, vous êtes donc directement mis en cause. Qu'avez-vous à dire?»
Orochimaru laisse filer un sourire malsain sur ses lèvres.
«Madame la directrice, mes chers collègues, me croyez-vous réellement capable de commettre des faits aussi graves?» répond le médecin, une pointe d'ironie perceptible dans la voix.
«Tu veux une réponse honnête?» renchérit Hizashi Huyga, passablement énervé.
Orochimaru se tourne lentement vers le Réanimateur et s'apprête à répondre, mais Tsunade ne lui en laisse pas le temps.
«La police m'a déjà fait part qu'une enquête est en cours. A partir de cet instant, ton laboratoire est fermé, Orochimaru. Vous avez interdiction d'y mettre les pieds, toi ou tout membre de ton personnel. Par ailleurs, tu es mis en disponibilité jusqu'à nouvel ordre. S'il s'avère que tu es mis en cause dans cette sordide histoire, sache que l'hôpital se retournera contre toi. Maintenant, quitte cet établissement sur le champ.»
Orochimaru incline la tête, un sourire provocateur barrant son visage, et quitte le bureau.
Tsunade pousse un long soupir et regarde un à un ses chefs de pôle.
«Messieurs, nous devons nous attendre au pire. Si les faits sont avérés, c'est la réputation entière de l'hôpital qui sera mise à mal. Les journalistes ne vont pas se gêner pour nous tailler en pièces. En attendant les résultats de l'enquête, je vous demande à tous d'être irréprochables. Aucune erreur ne sera tolérée. Le moindre écart de conduite sera sanctionné. A vous de tenir vos troupes en ordre de marche. Vous serez tenus responsables du moindre faux pas d'un membre de votre personnel, des médecins aux agents de service. C'est compris?»
Les chefs de pôle acquiescent, conscients de l'enjeu, avant de quitter un à un le bureau de la directrice.
«Kakashi, tu peux rester une minute?»
Tandis que les autres médecins sortent, le chirurgien cardio-thoracique s'installe dans l'un des fauteuils faisant face au bureau.
Il pousse un soupir las avant de parler.
«On est dans la merde cette fois, hein?»
Tsunade fixe le jeune chirurgien.
«Kakashi, tu es mon atout charme dans cette histoire. Les médias vont nous tomber dessus comme des vautours. J'ai besoin d'une image jeune, dynamique, brillante, pour tenter d'éviter un maximum de dommages collatéraux. Tu te sens de taille pour ça?»
«Je ferai au mieux. Mais si Orochimaru a réellement fait ce dont on l'accuse, les retombées risquent d'aller bien au delà du seul service de génétique.»
«Je sais déjà tout ça, Kakashi» répond Tsunade agacée. «Je ne suis pas naïve, et je ne pense pas que l'exclusivité obtenue par le Konoha Daily Press sur cette affaire soit le fruit du hasard. Qu'Orochimaru soit coupable ou non ne change rien finalement, ce qu'ils veulent tous, c'est ma tête.»
«Toujours avoir un coup d'avance sur l'ennemi. Tu peux me faire confiance, Tsunade, on se battra, et on gagnera. Je t'emprunte ça!» répond Kakashi en saisissant le journal, avant de se lever pour quitter le bureau.
«Kakashi!» lance Tsunade alors que le jeune chirurgien s'apprête à sortir, «Ceci concerne avant tout l'hôpital. Ne t'implique pas personnellement, d'accord?»
Kakashi ne prend pas la peine de répondre, se contentant d'un sourire décidé.
...
A l'internat ce midi, les conversations vont bon train. Plusieurs exemplaires du Konoha Daily Press circulent de main en main, chacun y allant de son petit commentaire.
A peine a-t-il franchi le seuil de l'internat que Kakashi soupire. Cette effervescence le fatigue déjà. Il s'attarde sur le panneau d'affichage à l'entrée, chargé de petites annonces en tout genre. Quand il se retourne pour rejoindre la queue du self, il tombe nez-à-nez avec Iruka. Visiblement, il s'est levé avec un très mauvais karma ce matin.
«Salut.»
«Salut.»
Sobre et économe. Après un moment de flottement, Iruka finit par lancer:
«Très sympa le concert de samedi.»
«Merci.»
Kakashi préférerait mettre un terme rapide à la conversation. Le regard froid d'Iruka ne lui laisse rien présager de bon. C'est Yamato qui vient le sauver de ce mauvais pas, à la grande déception de l'interne. Iruka avait préparé quelques répliques cinglantes, qui auraient sûrement fait mouche chez le cinéphile séducteur pathologique. Kakashi se contente de lui adresser un petit signe gêné, comme une excuse, et s'empresse d'aller rejoindre son collègue.
Iruka sursaute quand il entend une voix derrière lui.
«Fuir pour ne pas faire face aux conséquences de ses actes. Typique.»
L'interne de Réanimation se retourne lentement et reconnaît immédiatement Karin, l'interne de psychiatrie. Celle-ci lui adresse un franc sourire, tout en remontant négligemment ses lunettes sur son nez. Comme Iruka ne répond rien, Karin se sent obligée de préciser:
«Je parlais de Kakashi.»
«J'avais compris merci» répond sèchement Iruka.
Karin penche la tête, doigt sur la tempe, comme si elle était en proie à une réflexion intense. Elle finit par lâcher brutalement:
«Vous avez couché ensemble. Plusieurs fois.»
Le ton affirmatif de la phrase est sans appel, et laisse Iruka sans voix.
Karin lui offre alors un sourire amical.
«Pas de quoi fouetter un chat! Mais ça a l'air de te perturber. Lui aussi d'ailleurs» poursuit-elle en posant son regard sur le chirurgien assis au milieu de la salle.
«Karin, j'apprécierais que tu gardes tes commentaires pour toi à l'avenir» répond Iruka.
«Tu es en colère.»
Iruka lève les yeux au ciel.
«T'as pas bientôt fini ton petit jeu, Karin! Occupe-toi de tes affaires s'il te plait!»
Le sourire compréhensif de Karin est irritant, vraiment très irritant. Iruka se retourne pour reprendre sa place dans la queue, et saisit un plateau d'un geste rageur. Il n'a pas avancé de trois pas qu'il entend la voix aiguë de Karin reprendre.
«Comprendre l'origine de sa colère, c'est une base fondamentale.»
Iruka émet un long soupir et se tourne vers Karin.
«Oui je suis en colère. Et l'origine de cette colère est tout simplement assise là-bas!» déclare le jeune homme en désignant Kakashi d'un mouvement de tête discret. Iruka attrape l'assiette tendue par Teuchi, et rajoute:
«Alors contente?»
Karin fronce les sourcils tandis qu'Iruka part d'un bon pas vers une table vide et isolée. A peine a-t-il posé les fesses sur sa chaise que Karin s'installe face à lui, comme si de rien n'était.
«Mais tu peux pas me foutre la paix, Karin?» balance Iruka exaspéré. «Fais-moi plaisir, trouve-toi quelqu'un d'autre à psychanalyser, tu veux bien?»
Karin commence à manger en observant le jeune homme. Après de longues minutes de silence, elle répond enfin:
«J'aimerais vraiment t'aider.»
«M'aider?» reprend Iruka. «M'aider à quoi?»
Cette fois c'est Karin qui pousse un soupir agacé.
«T'aider à comprendre comment il fonctionne.»
«Honnêtement Karin, je me contrefous de savoir comment il fonctionne.»
«Tu en es sûr?» demande la jeune femme en faisant la moue.
Iruka prend le temps de planter son regard sombre dans celui de la jeune femme et répond d'une voix qu'il veut assurée:
«Oui, j'en suis sûr.»
«Pourtant tu es en colère.»
«Je suis en colère parce que c'est un connard fini. Point barre. Fin de la discussion.»
Karin hoche la tête pensive. Elle tourne la tête vers Kakashi, laissant passer quelques secondes, avant de lâcher, le plus naturellement du monde:
«Kakashi Hatake multiplie les conquêtes pour dissuader quiconque de s'attacher à lui. Pour être franche, il présente une labilité émotionnelle assez déroutante. Il semble être envahi par un profond sentiment de culpabilité, en rapport avec une ancienne histoire d'amour probablement. Paradoxalement, il semble avide d'affection. Son langage corporel est très intéressant lui aussi. Il ne laisse personne entrer dans son périmètre de sécurité. Malgré la proximité, il arrive à maintenir les gens à distance. Tiens regarde, il vient de le faire juste là!»
Iruka se rend compte qu'il a fixé Kakashi pendant tout le monologue de Karin. Et effectivement, le chirurgien vient de faire un imperceptible mouvement en arrière lorsque Suigetsu s'est penché devant lui pour attraper le sel. Karin reprend une bouchée de purée avant de reprendre, l'air de rien:
«Dis-moi Iruka, quand vous avez couché ensemble, qui a fait le premier pas vers l'autre?»
La tête du jeune homme s'allonge. Il n'est pas question qu'il réponde à cette question! Cette discussion tourne au ridicule et il est temps que cela cesse. Mais Karin ne lui laisse pas le temps de s'énerver.
«C'est toi n'est-ce-pas? Kakashi t'a laissé pénétrer dans sa bulle d'intimité. Et maintenant il se sent vulnérable. Il va tout faire pour te maintenir à distance. Et pour cela, il utilise sa technique favorite, à savoir passer pour un beau salaud. C'est à la fois pathétique et touchant. J'ai beaucoup aimé la dernière chanson du concert, pas toi? »
Iruka reste sans voix. Karin lui adresse un sourire compatissant et se tourne de nouveau vers Kakashi.
«Si j'étais toi...»
«Mais tu n'es pas moi» réussit enfin à placer Iruka. «Karin, je te remercie pour cette brillante analyse, mais on va s'arrêter là ok? Cette histoire ne te concerne pas, et j'apprécierais que tu ne te mêles plus de mes affaires à l'avenir.»
La jeune femme se met à sourire, ce fameux sourire compréhensif et empathique dont les psy ont le secret.
«L'ignorer ne servira à rien. Si tu le veux vraiment, il va falloir le pousser dans ses retranchements, jusqu'à ce qu'il cède et reconnaisse ses sentiments.»
Sur ces dernières paroles, Karin se lève et s'éloigne en lui lançant un «bon après-midi!» enjoué.
Iruka n'a pas le temps de reprendre ses esprits que Shizune vient prendre la place de l'interne de psychiatrie.
«Qu'est ce que Karin te voulait?»
Iruka pousse un long soupir avant de lancer:
«Je déteste les psy!»
Shizune se met à rire.
«Je te comprends! Karin semble vivre dans un autre monde parfois. Bon à part ça, comment vas-tu?» demande la jeune femme d'un air concerné.
«Très bien.»
Shizune fait la moue avant de reprendre:
«Tu veux qu'on en parle?»
«Qu'on parle de quoi?»
«Tu le sais bien.»
«Non» répond l'interne en se levant, «je crois que j'ai eu ma dose pour aujourd'hui. Je retourne bosser!»
Iruka se lève et s'étire bruyamment avant de saisir son plateau.
«Allez, à ce soir Shizune. Bon courage pour cet aprèm'!»
Quand il dépose son plateau dans le chariot, son regard croise celui de Kakashi un bref instant. Le chirurgien baisse rapidement les yeux, et poursuit sa conversation comme si de rien n'était. Karin a raison au fond, l'ignorer ne servira à rien. Et si Kakashi croit que ses petites tentatives pour le rendre jaloux vont suffire à lui faire lâcher l'affaire, il se fourre le doigt dans l'œil jusqu'à l'omoplate! Kakashi veut jouer, ils vont jouer. Quitte à y laisser des plumes, l'un comme l'autre.
Alors qu'il remonte dans le service, Iruka se met à rire, tout seul. Labilité émotionnelle déroutante, tu m'étonnes! Et lui n'est pas mieux que Kakashi en fait! Hier, il détestait le chirurgien et aurait pu lui arracher les yeux. Aujourd'hui, il est prêt à combattre pour obtenir l'exclusivité de Kakashi. Caractère pathologiquement versatile dirait sûrement Karin. Iruka ne sait pas encore comme il va s'y prendre pour pousser le chirurgien dans ses retranchements, mais il semble avoir retrouvé toute sa combativité. S'il faut passer sur le corps de chacun des amants de Kakashi, il le fera sans ciller.
tout ce que tu veux, fais en sorte de l'obtenir. Et bien Kakashi, tu ne vas pas être déçu!
...
Genma sort du bloc, et s'apprête à rejoindre la salle de réveil pour donner ses consignes. Il est ravi de la tournure qu'ont pris les événements en chirurgie viscérale. Croyez-le ou pas, mais il est devenu pote avec Zabuza! Le chirurgien semble apprécier son travail. Bon il se prend bien quelques réflexions par ci par là. Mais rien de terrible par rapport au calvaire que subit son collègue. Genma prend plaisir à venir au travail, même Tsunami ne le reconnaît plus! Et quand Genma lui a annoncé à midi qu'il allait prendre un verre avec le chirurgien ce soir, elle a cru défaillir. Bon, Zabuza lui a un peu forcé la main c'est vrai. Quand il a entendu l'interne inviter quelques collègues à sortir le soir même, il s'est tout simplement invité! Genma n'a bien sûr pas osé refusé, et ses amis n'ont pas eu d'autre choix que d'accepter la présence de l'étripeur, qui s'est alors fendu d'un large sourire en s'exclamant qu'ils allaient bien s'amuser.
Après une âpre négociation, Tsunami, Kotetsu et Shizune se sont finalement laissé convaincre de venir eux aussi.
Et finalement, Zabuza avait raison car les rires fusent rapidement, et les langues se délient sous l'effet de l'alcool. Les petits potins de l'hôpital sont passés au crible, et la discussion dérive sur le fameux article paru dans le Konoha Daily Press.
«Nan mais sans rire, vous croyez vraiment qu'un médecin aurait pu faire des expériences sur des embryons congelés, au sein de l'hôpital, sans que personne ne s'en rende compte?» demande Genma.
«Moi il m'a toujours donné froid dans le dos, le Docteur Orochimaru» répond Tsunami.
«Attends, c'est du délit de sale gueule ça» rétorque Izumo.
«Peut-être, mais avoue qu'il a une tête de sadique» répond la jeune femme, sous l'œil amusé de Zabuza.
«Moi je pense que c'est tout à fait le style d'Orochimaru» lance le chirurgien négligemment.
«Sans déconner?»
«Sans déconner ouais!» reprend-t-il en se fendant d'un large sourire. «Personne ne sait vraiment ce qu'il bidouille dans son laboratoire. Si ça tombe, il fabrique des hybrides, un peu comme dans X-men!»
Zabuza part dans un grand éclat de rire, tandis que les internes se lancent des regards désabusés.
«C'est pas drôle, Professeur Momochi. il va bien falloir qu'Orochimaru s'explique sur la disparition de ces embryons de toute façon. C'est sa responsabilité, pas celle de l'hôpital.»
«Et bien c'est là que ça se corse. A partir du moment où les faits se sont déroulés au sein de l'hôpital, celui-ci peut être tenu pour responsable, de même que la directrice.»
«Et je te raconte même pas pour la réputation de l'hôpital!»
«En tout cas, tous les journalistes de la ville semblent être au taquet sur cette histoire.»
«Surtout le Konoha Daily Press. Ils font un article par jour sur cette histoire!»
«Ça les enfants, c'est à cause de leur rédactrice en chef, elle a juré de faire la peau à Tsunade» répond Zabuza.
Les internes fixent tous le chirurgien, curieux.
«Pourquoi?» finit par demander Genma.
«Ah ça, c'est une longue histoire!» répond Zabuza énigmatique, avant de se lever. «Bon c'est pas tout ça, mais yen a qui bossent demain! Allez salut la jeunesse. Genma, je t'attends au bloc à huit heures tapantes.»
Alors que le chirurgien quitte le Smooth et que les conversations reprennent, Shizune jette un œil discret sur la couverture du numéro du Konoha Daily Press qui traîne sur la table.
Rédactrice en chef: Kushina Uzumaki.
...
Au bout de quelques jours, la tension semble être retombée. Les journaux se sont lassés de cette histoire d'embryons. L'enquête est en cours, aucun élément nouveau à se mettre sous la dent. Même le Konoha Daily Press semble avoir lâché l'affaire.
Dans son bureau, Kakashi jubile en raccrochant le téléphone. Il vient de convaincre la deuxième plus grande chaine télévisée du pays de faire un reportage sur la nouvelle maison des parents qui vient de s'ouvrir à l'hôpital. Un très bon moyen de s'attirer les bonnes grâces du public. L'enquête sur les embryons semble s'orienter sur une destruction accidentelle d'embryons, suite à une erreur d'étiquetage. Faute grave, qui risque de ternir l'image de l'établissement. Mais Tsunade devrait pouvoir sauver sa tête, et c'est ce qui compte. Orochimaru en revanche, risque de perdre sa place. Kakashi n'a jamais vraiment aimé le généticien. Quelque chose de malsain émane de cet homme. Son visage reptilien, son regard froid, son sourire pincé. Le chirurgien ne peut réprimer un frisson de malaise à l'évocation du médecin. Il décide de se reconcentrer sur son travail du jour. Quelques courriers à contresigner, et la contre-visite avec les internes. A peine a-t-il fini de relire la pile de courrier que trois coups brefs résonnent sur la porte.
«Entrez!»
«Kakashi, je t'apporte d'autres courriers. Et il y a un jeune homme qui aimerait te voir» déclare Ino en déposant une pile de feuilles sur le bureau. Kakashi pousse un soupir: la paperasse, ce n'est vraiment pas son truc. Il penche la tête sur le côté et aperçoit une chevelure blonde. Ino le fixe et chuchote:
«Tu espérais un autre jeune homme peut-être?»
Kakashi lui lance un regard faussement blasé.
«Fais-le entrer Ino.»
La jeune femme s'exécute et l'externe pénètre dans le bureau, un peu impressionné.
«Naruto, qu'est ce que je peux faire pour toi?» lui demande Kakashi en lui désignant un siège.
«Je...»
Le jeune homme hésite. Kakashi lève les yeux au ciel en signe d'agacement.
«Je voulais savoir si vous aviez connu mon père» lâche brutalement Naruto.
Kakashi reste sans voix, et son visage devient blême.
«Pou... Pourquoi me demandes-tu ça?»
«Parce que j'ai retrouvé ça dans un vieux carton en rangeant le grenier.»
Kakashi reconnait immédiatement le cliché. Il a été pris ici, dans ce bureau. On y voit le Professeur Minato Namikaze, entouré de sa brochette d'internes du moment. Kakashi serre les poings sur ses genoux pour empêcher ses mains de trembler. Il lève un visage impassible vers l'externe.
«Ta mère sait-elle que tu es là?»
Naruto, étonné par la question, marque un temps d'arrêt.
«Ma mère? Non pourquoi? Je ne lui ai même pas montré la photo. A chaque fois que j'évoque mon père, elle refuse d'en parler et finit par se mettre en colère.»
Kakashi se lève et tourne le dos à Naruto, pour contempler la vue du jour qui commence déjà à baisser.
«Que veux-tu savoir au juste?»
«Je ne sais pas trop, des anecdotes. C'était un très bon chirurgien à ce qu'il parait.»
«Le meilleur» murmure Kakashi, avant de se retourner brusquement.
«Ton père était un chirurgien très talentueux. Et un très bon enseignant. Cet hôpital lui doit beaucoup, et moi aussi. Il a fait de ce service de chirurgie cardio-thoracique un fleuron du pays, et ça a été un grand honneur pour moi de prendre sa suite.»
Kakashi se rassoit dans son fauteuil et repose les yeux sur la photo. Il reconnait chacun des visages. Et son cœur se serre.
«Ma mère ne semble pas avoir la même estime que vous pour mon père" murmure Naruto sur un ton amer. «Mais je suis rassuré de savoir qu'il était apprécié à l'hôpital. Merci d'avoir pris le temps de me parler de lui, Professeur Hatake.»
Naruto se lève pour partir.
«N'oublie pas ta photo!» lance Kakashi en lui tendant le cliché.
L'externe saisit la photo, remercie le chirurgien et sort du bureau. Il sait que le médecin ne lui a pas tout dit. Mais il finira bien par découvrir qui était vraiment son père, et pourquoi sa mère semble encore tellement en vouloir à cet hôpital, malgré toutes ces années.
...
Voilà plusieurs jours qu'Iruka se torture l'esprit pour savoir comment s'y prendre. Il a beau tourner le problème dans tous les sens, il se sens démuni. Cela en devient presque obsessionnel. Alors il s'est finalement résolu à lui demander. Ils ont passé la soirée à discuter, une soirée assez agréable en fait. la jeune femme fait preuve d'une clairvoyance presque effrayante parfois. Quand il lui a demandé pourquoi elle semblait tellement intéressée par son histoire avec Kakashi, l'interne de psychiatrie lui a crânement répondu qu'elle trouvait qu'ils faisaient un sujet d'étude particulièrement passionnant. «Un cas d'école» a-t-elle ajouté.
En gros, chacun y trouve son compte apparemment.
Et c'est sur le conseil de Karin qu'Iruka se retrouve aujourd'hui dans la coursive donnant vue sur le bloc de chirurgie cardio-thoracique. L'interne de psychiatrie a été claire: occuper le terrain, s'imposer en force pour provoquer une réaction. Tout un programme!
Quand Iruka voit entrer Kakashi, il sent son cœur battre un peu plus vite. Encore un peu et il se transforme en une lycéenne à jupette, transie d'amour pour le quaterback le plus populaire de l'école! Karin a été claire cependant: plus il poussera Kakashi dans ses retranchements, et plus celui-ci tentera de l'éloigner. Iruka ne sait pas encore s'il pourra encaisser ça, mais il est prêt à tenter le coup. Il a presque l'impression de partir en guerre en fait.
Quand Kakashi se tourne pour laisser Yugao attacher sa blouse, ses yeux croisent ceux d'Iruka, et son cœur manque un battement. Pas question de montrer la moindre once de fébrilité. Il s'acharne à éviter le jeune homme depuis plusieurs semaines déjà, ce n'est pas pour craquer maintenant. Mais le chirurgien sent le regard soutenu de l'interne sur lui, et a du mal à réprimer son agacement. Il a fait une croix sur Iruka, depuis le concert au Smooth. Et il s'y tiendra.
L'intervention se déroule bien, Suigetsu est un très bon aide-opératoire. Quand Kakashi confie l'agrafeuse à l'interne pour qu'il referme la peau du patient, Iruka ne peut s'empêcher de se fendre d'un sourire narquois. Le chirurgien ne lui a confié cette tache qu'au bout de quatre mois. La faveur faite à Suigetsu est-elle en lien avec sa présence? Il entend une voix au fond de sa tête lui dire «évidemment!». Une voix qui ressemble étrangement à celle de Karin.
Kakashi quitte le bloc rapidement, sans un regard vers la coursive. Un point pour Iruka. L'interne se précipite à l'extérieur et dévale les escaliers pour tenter de croiser le chirurgien. Arrivé dans le couloir qui relie le bloc au reste de l'hôpital, Iruka se ravise. Si la théorie de Karin est la bonne, il aura plus de chance par là. A peine a-t-il poussé la porte des escaliers de service qu'il entend des pas un peu plus bas. Gagné! Il se met à courir pour rattraper le chirurgien. Mais au lieu de s'arrêter à sa hauteur, il poursuit sa course en bousculant Kakashi au passage. Le chirurgien sursaute en reconnaissant l'interne. Iruka prend juste le temps de se retourner, et dans un grand sourire, lance au chirurgien:
«Ah désolé Kakashi! Superbe intervention au fait! A plus!»
Kakashi reste planté là, tandis que l'interne disparait à l'étage inférieur. Il se fait la remarque qu'Iruka a l'air d'aller bien. il finit par reprendre sa route, en tentant maladroitement de faire taire la pointe de déception qui vient de jaillir dans un coin de son esprit. Il est vraiment temps que cette journée s'achève! Kakashi est épuisé, tant physiquement que moralement. Tout à ses pensées, il manque de louper la dernière marche et se prend le coin de la porte qui vient de s'ouvrir. Il est quitte pour une belle égratignure sur le front!
«Je suis désolée!» s'écrie Shizune tandis que Kakashi porte une main à sa tête, à moitié sonné.
«Putain, mais vous pouvez pas faire attention. qu'est ce que vous avez tous aujourd'hui sans déconner?» lance rageusement le chirurgien avant de reprendre sa route en râlant.
Shizune reste les bras ballants devant la réaction un peu exagérée à son goût du médecin. Il a dû se lever du pied gauche ce matin.
...
Quand elle arrive finalement à l'internat, Shizune est surprise de voir Iruka entretenir une conversation animée avec Karin. Les deux internes semblent particulièrement complices. Et pendant un instant, Shizune se demande si son ami n'a pas décidé de virer de bord après sa déconvenue avec Kakashi. Elle décide de prendre part à la conversation et se glisse sur le canapé à côté d'Iruka.
«Hé Shizu, ça va? Tu as passé une bonne journée?» demande Iruka, visiblement très enjoué ce soir.
«Oui, bizarrement Maito a été très sobre aujourd'hui. J'ai fait ma première coro en solo, j'ai appris pour la énième fois aux externes à interpréter un ECG, j'ai contrôlé une bonne vingtaine de pace maker, et j'ai fini ma journée en balançant une porte en pleine tête à Kakashi.»
Shizune a balancé tout ça sur un ton monocorde, juste pour voir. Iruka se tourne lentement vers elle, et la dévisage.
«Tu as frappé Kakashi?» demande-t-il d'une voix blême.
«Mais non idiot, il arrivait derrière la porte quand je l'ai poussée c'est tout. Pas de panique, son beau visage d'ange n'a rien, juste une immonde balafre sur le front.»
Shizune marque une pause avant de reprendre, taquine:
«Je trouve que tu réagis bien vite pour quelqu'un qui ne voulait plus entendre parler de lui il y a quelques jours à peine!»
«Nous venons de lancer l'opération 'à la conquête de Kakashi'!» lance joyeusement Karin.
Iruka la regarde blasé.
«C'est quoi ce nom ridicule?»
«Tu as un meilleur nom peut-être?» demande l'interne de psychiatrie faussement vexée.
Iruka lève les yeux au ciel tandis que Shizune le fixe d'un air interrogateur.
«Tu m'expliques là?»
«Ya rien à expliquer, Karin me donne juste quelques conseils, c'est tout.»
«Des conseils, pour la conquête de Kakashi. Rien que ça!»
«N'empêche qu'il était assez troublé pour ne pas voir une porte lui arriver en pleine tête. On tient le bon bout Iruka!» rétorque Karin, pouce en l'air, un peu à la manière de Gai.
Shizune fixe successivement Karin, puis Iruka, avant de s'adresser directement au jeune homme.
«Iruka, je ne te reconnais plus là. Qu'est ce qui t'arrive?» reprend la jeune femme, une pointe d'inquiétude dans la voix.
«Oh ça va Shizune, arrête un peu de te faire du mouron pour moi. Je suis un grand garçon tu sais!»
«Ok, et donc c'est quoi la prochaine phase de votre plan machiavélique?» rétorque sèchement l'interne de cardiologie.
«Attaque frontale!» lance Karin dans un sourire lumineux.
«Mon Dieu, je m'attends au pire!» lance Shizune en levant les yeux au ciel.
«Le principe est simple» reprend Karin en remontant ses lunettes pour prendre un air sérieux, «faire passer Kakashi du statut de chasseur à celui de proie.»
«En gros, je le drague outrageusement jusqu'à ce qu'il rende les armes. Au pire, je gagne quelques bonnes parties de jambes en l'air, au mieux je gagne son cœur.»
«Oh, comme c'est mignon!» lance Shizune ironique. «Mais vous êtes complètement malades ma parole! Iruka, tu ne vas quand même pas faire ça! Je pensais que tu avais un peu plus de dignité que ça!»
«Je ne vois pas ce que la dignité vient faire là dedans» rétorque l'interne de réanimation. «Ce mec me rend dingue, j'y peux rien c'est comme ça. Tu étais la première à me pousser dans ses bras au début. J'ai décidé de prendre les choses en main. Et même si ça ne marche pas, au moins je ne regretterai rien.»
Iruka se lève et salue les jeunes femmes avant de prendre la direction de sa chambre. Shizune se tourne alors vers Karin:
«J'espère que tu as conscience de ce que tu es en train de faire...»
«Iruka n'est pas aussi fragile que tu le crois, Shizune» répond sèchement l'interne de psychiatrie. «Il sait ce qu'il veut, et il l'obtiendra, crois-moi.»
...
