Chapitre 17: le tourbillon des sentiments.

Iruka prend le temps de se servir un grand mug de café à la cuisine. Il entend des éclats de rires et des bruits d'éclaboussures dans la véranda. Visiblement ses amis ont décidé de squatter la piscine.

Shizune le fixe, et il ne peut s'empêcher d'émettre un petit soupir irrité lorsqu'elle lui indique le canapé d'un air autoritaire.

Il s'assoit donc face à la jeune femme et commence à siroter son café en évitant le regard de son amie.

«A voir ton air réjoui ce matin, je suppose que tu as passé une bonne nuit» lance-t-elle sur un ton qu'Iruka trouverait volontiers acerbe.

«Plutôt oui» répond laconiquement l'interne de réanimation.

«Et je peux savoir ce que tu envisages pour la suite maintenant?»

Iruka lève la tête et observe son amie, tentant de déchiffrer l'expression de son visage. Plus que de l'inquiétude, elle a l'air en colère après lui. Alors le jeune homme feint le dédain, ce qui ne lui sied pas vraiment.

«Je n'envisage rien du tout. Je prends ce qu'il me donne. C'est tout.»

Shizune se tourne vers la véranda, pensive. Elle finit par répondre sur un ton particulièrement dur:

«Iruka, je n'aurais vraiment jamais cru que tu serais capable d'en arriver là. Tu es en train d'utiliser ton corps comme un objet. Et tu crois sérieusement que Kakashi va finir par développer des sentiments pour toi, si tu lui donnes cette image de mec facile, qu'il a juste besoin de siffler pour que tu écartes les jambes. Tu es juste en train de lui donner une bien piètre image de toi.»

Iruka sent la colère monter en lui. Mais il sait que cette colère ne fait que masquer le sentiment de honte qu'il sent déjà naître en lui. Il sait aussi que le désir physique qu'ils semblent éprouver l'un pour l'autre est loin d'être suffisant pour une relation sérieuse. Mais comment percer ce mur que Kakashi a bâti, si ce n'est en le provoquant comme lui a conseillé Karin? Iruka se sent perdu ce matin. La violence du dernier rapport qu'il a eu avec Kakashi ne semble, a posteriori, pas de si bon augure qu'il ne l'avait d'abord envisagé.

Et ce matin, Iruka se sent sale. Karin l'a emmené dans une voie qui le met mal à l'aise. C'est un peu facile de rejeter la faute sur l'interne de psychiatrie cependant. Comme le dit si justement et crûment Shizune, personne ne l'a forcé à coucher avec Kakashi cette nuit.

Iruka se sent sale, et triste. Il lève un regard perdu, presque désespéré à Shizune, qui ne met que quelques secondes à se précipiter pour l'entourer de ses bras.

«Allez, allez, tu ne vas pas te mettre à pleurer quand même» lui murmure-t-elle à l'oreille tandis qu'Iruka s'enfouit dans les bras réconfortants de son amie.

«Je... Je ne sais plus quoi faire pour qu'il m'aime. J'ai envie d'être avec lui, tout le temps, mais il me repousse dans cesse. Les seuls moments où on arrive à partager quelque chose, c'est quand on couche ensemble» répond-t-il à voix basse, comme pour se justifier.

Shizune s'écarte de son ami pour planter son regard dans le sien.

«Je pense sincèrement que tu devrais arrêter de le harceler. Quoi que tu fasses, tu ne pourras pas le forcer dans une relation s'il ne le veut pas.»

Iruka pousse un long soupir de déception. Shizune a raison, et il le sait. Mais la jeune femme reprend déjà:

«Cependant, je pense que Kakashi éprouve plus qu'un simple désir charnel à ton égard.»

Iruka relève le nez, étonné. Shizune lui offre un sourire malicieux et reprend:

«Il est attiré par toi, c'est évident. Il a peur de s'engager dans quelque chose de sérieux c'est tout. Et je ne suis pas la seule à le penser.»

Iruka ne peut réprimer un geste d'agacement.

«je suppose que c'est LE sujet du moment entre vous, non?»

Shizune répond d'un ton ferme:

«En même temps, vu le spectacle que vous nous offrez tous les deux depuis quelques semaines, comment veux-tu que nous n'en parlions pas hein? Tu croyais que personne n'allait remarquer ton petit jeu de «je m'arrange pour être toujours dans les pattes de Kakashi».

Et puis le coup de la chanson de Nirvana, sans déconner Iruka!» conclut-elle en levant les yeux au ciel.

«Pas très subtil je reconnais» marmonne l'interne.

«Bel euphémisme ouais! Et Kakashi, tu crois qu'il est mieux avec les soi disant messages subliminaux qu'il t'envoie dans ses chansons. Il a même été foutu de se couper la main tellement tu le perturbes!»

Tandis qu'Iruka se renfrogne devant la petite leçon de Shizune, celle-ci reprend d'un ton plus doux:

«Honnêtement, vous devriez arrêter votre petit jeu, discuter une bonne fois pour toutes, entre adultes. Peut être que Kakashi refusera d'avouer ses sentiments, et tu seras déçu et triste. Mais ce n'est pas en le harcelant sexuellement que tu obtiendras ce que tu veux, quoi qu'en dise Karin.»

Iruka fait la moue, mais il doit se rendre à l'évidence. Son attitude de ces dernières semaines n'est pas digne de lui, l'image qu'il renvoie actuellement n'est pas très glorieuse en effet.

Il pousse un soupir las et pose sa tête sur l'épaule de son amie.

«Je crois que tu as raison. Je vais arrêter mes conneries, et essayer de lui parler.»

«Bien», répond Shizune en pinçant gentiment le bout de son nez, «je suis heureuse que tu aies accepté d'en discuter avec moi en tout cas. Ah oui, je ne t'ai pas dit, mais tu as des alliés de poids dans cette histoire.»

Iruka lève un regard interrogatif vers la jeune femme.

«Asuma et Kurenai. Ils semblent convaincus que Kakashi éprouve pour toi beaucoup plus de choses qu'il ne veut bien l'avouer. Ils vont lui secouer les puces tu vas voir!»

Iruka sourit à son amie, mais Shizune sent bien que ce sourire cache beaucoup d'incertitude.

Elle resserre son bras autour des épaules de son meilleur ami, alors qu'Ino et Aoba débarquent dans le salon.

«Ah salut Iruka!» lance Aoba, avant de reprendre sur un ton concerné, «ça va tous les deux?»

Shizune hoche la tête.

«Oui oui, on était juste en train de remettre quelques petites choses au point. On va aller rejoindre les autres maintenant, hein Iruka?»

Le jeune homme acquiesce en se levant. Il ferme les yeux deux secondes, et quand il les rouvre, il a retrouvé son sourire et son regard pétillant.

Ino laisse Aoba partir devant, et s'arrête à la hauteur du jeune homme.

«Iruka, ça me ferait plaisir que tu passes me voir dans le service, quand tu auras un moment. On pourra papoter un peu, autour d'un café. Et je suis sûre que les infirmières seraient contentes que tu passes leur faire un petit bonjour aussi.»

Iruka comprend qu'Ino ne l'invite pas uniquement pour prendre le café. Elle veut probablement, elle aussi, ajouter son petit grain de sel dans cette histoire compliquée. Alors qu'il fronce les sourcils, la blondinette reprend:

«Écoute, je vais être franche avec toi, Iruka. Kakashi n'est pas seulement mon patron, c'est aussi mon ami. Et je vois bien que toute cette histoire, avec toi, le perturbe beaucoup. Alors j'aimerais bien qu'on en discute tous les deux. Il y a des choses sur Kakashi que tu as besoin... Que tu as le droit de savoir plutôt. Alors passe me voir quand tu auras un peu de temps d'accord?»

Iruka jette un coup d'œil à Shizune, qui hoche la tête discrètement, l'encourageant à accepter.

Il offre donc un sourire à Ino et accepte son invitation.

Tandis qu'Ino rejoint Aoba dans la cuisine, pour l'aider à ramener de quoi nourrir la petite troupe, les deux internes prennent la direction de la piscine.

Kotetsu et Asuma discutent tranquillement, étendus sur les chaises longues, tandis que Genma et Kakashi font les fous dans l'eau, sous le regard amusé de Tsunami.

«Wouhou!» hurle Kakashi en se ruant dans la piscine, éclaboussant tous ceux qui se trouvent à proximité.

«Kakashi! Tu fais chier!» râle Asuma, qui vient de recevoir de l'eau en pleine figure.

«Hé, Shizune, Iruka, vous venez vous baigner?» lance Genma tandis que Kakashi se met à faire la planche.

Les deux internes se rapprochent, mais Shizune préfère s'asseoir près de Tsunami, sur le rebord de la piscine. La jeune femme enlève ses chaussures et laisse ses pieds tremper dans l'eau.

«C'est agréable un peu de fraîcheur.»

«Méfie-toi, ces deux là sont tout fous, tu n'es pas à l'abri d'une douche!»

Les deux jeunes femmes se mettent à rire.

Iruka quant à lui, est très tenté par la piscine. Il a toujours beaucoup aimé nager. Mais la présence de Kakashi en premier lieu, mais également l'état d'excitation des deux garçons dans l'eau lui font craindre le pire. D'ailleurs, Genma et Kakashi semblent comploter un plan machiavélique, chuchotant dans un coin de la piscine.

Aoba et Ino réapparaissent avec des sandwichs et des boissons. Et malheureusement pour les filles, dont l'attention a été attirée par la voix joyeuse d'Ino annonçant le déjeuner.

Car les deux diables ont réussi à s'approcher sournoisement du bord en nageant sous l'eau. Quand ils émergent en lâchant un cri diabolique, juste au niveau des filles, celles-ci poussent un hurlement de peur synchrone et Tsunami manque de tomber à l'eau.

«Mais vous êtes vraiment trop cons!» lâche-t-elle en tentant de retrouver une contenance.

Shizune envoie, d'un mouvement du pied, une gerbe d'eau dans le visage narquois de Kakashi, qui lui tire la langue en riant.

«Allez, venez manger les garçons, au lieu de faire des bêtises» lance Ino. «De vrais gosses ces deux-là!» conclut-elle en levant les yeux au ciel, ce qui fait rire toute la petite troupe.

Kakashi prend le temps de se sécher un peu, tandis que Genma réclame, taquin, un câlin à Tsunami, alors qu'il est encore trempé. Il y gagne seulement une bonne claque derrière la tête. Après un rapide déjeuner, Asuma se propose pour aller faire les cafés, et Iruka décide de l'accompagner pour l'aider. L'apparente bonne humeur de Kakashi lui est difficile à supporter en fait. Le chirurgien était peut être plus sérieux qu'il n'en avait l'air quand il lui a balancé que c'était juste une histoire de cul entre eux.

Dans la cuisine, Asuma sifflote en préparant le café. Iruka fouille dans les placards à la recherche de tasses. Quand il se retourne, il voit le regard du neurochirurgien posé sur lui. Il tente de ne pas y prêter attention, mais devant la silencieuse insistance d'Asuma, il finit par lancer un simple «quoi?» agacé.

«Tu vas devoir être patient.»

Iruka fronce les sourcils, faisant mine de ne pas comprendre. Cette fois c'est Asuma qui montre des signes d'agacement.

«Iruka, je suis sérieux là. Je suis prêt à t'aider, mais je ne cautionne pas ta façon d'agir en ce moment.»

Iruka oscille entre la colère de voir quelqu'un se mêler de ses affaires, et la honte d'avoir agi de manière si stupide. Il préfère garder le silence et baisse la tête, comme un enfant qu'on viendrait de sermonner pour une grosse bêtise.

Asuma pousse un soupir et saisit la cafetière pour commencer à remplir les tasses.

«Kakashi est un idiot. Mais tu n'arriveras à rien avec lui en le prenant de front. Je crois qu'il a compris que tu étais tenace. Plus tenace que les autres en tout cas.»

Asuma marque une pause, et ouvre un placard pour sortir la boite de sucre. Il semble très bien connaître la cuisine. Iruka saisit le plateau et amorce un mouvement vers le salon.

«Je n'ai pas fini» lâche Asuma fermement.

Iruka pousse un soupir discret et se retourne, conscient qu'après Shizune, c'est au tour d'Asuma, le meilleur ami de Kakashi, de lui donner des conseils avisés.

Asuma se met à sourire en voyant la tête blasée d'Iruka.

«Je pense que tu as été assez clair sur tes aspirations avec lui. Laisse-le venir maintenant. La possibilité qu'il puisse effectivement y avoir quelque chose entre vous, quelque chose de sérieux je veux dire, vient juste d'émerger dans sa tête. Laisse l'idée mûrir.»

Iruka hoche la tête, plus par politesse qu'autre chose. S'il y réfléchit, les conseils qu'il reçoit sont finalement complètement contradictoires: entre Karin qui le pousse à agresser Kakashi autant qu'il le peut, Shizune qui lui conseille une bonne discussion entre hommes, et Asuma qui vient de lui faire comprendre qu'il doit s'éloigner de Kakashi pour lui laisser de l'air, vous avouerez qu'il y a de quoi devenir cinglé!

Mais Asuma ne laisse pas le temps à Iruka de se remettre les idées en place:

«Une dernière chose, si tu espères avoir rapidement l'exclusivité avec Kakashi, abandonne tout de suite. Il va falloir t'armer de patience et accepter de le voir coucher avec d'autres pour réussir à l'obtenir."

Au moins là, les choses sont claires. Kakashi est un salaud qui partage sont pieu avec qui veut, incapable d'être fidèle. Même si toutes ses alertes «attention, relation foireuse» clignotent dans sa tête, Iruka n'arrive pas à se résoudre à abandonner. Et en y réfléchissant, que ce soit Shizune, Karin, Ino ou Asuma, tous le poussent indirectement à persévérer. De divers manières certes, mais à persévérer tout de même.

Iruka ressent le besoin de conforter cette idée auprès d'Asuma.

«Tu es en train de me dire que je dois m'accrocher, ou bien que je dois laisser tomber? Parce que là je t'avoue que c'est pas très clair.»

Asuma se met à sourire, et pose une main sur l'épaule de l'interne.

«Je pense que tu es le genre de personne qui pourrait rendre enfin Kakashi heureux. Ce sont donc clairement des encouragements. Mais en tant qu'ami proche de Kakashi, je me devais de t'avertir, c'est tout.»

«Ok.»

Iruka semble avoir reçu le message. Asuma saisit donc le plateau des mains de l'interne et repart vers la véranda. Alors qu'il entre sur la terrasse, il croise Kakashi. Celui-ci le stoppe pour attraper une tasse, et Asuma lui lance:

«Prends-en une deuxième pour Iruka, il est à l'intérieur.»

Kakashi plante son regard dans celui de son ami et fronce les sourcils. Il s'apprête à parler mais le neurochirurgien ne lui en laisse pas le temps.

«Kakashi, prends cette putain de tasse, apporte-là à Iruka. Et profite-en pour discuter avec lui. Ça vous changera un peu pour une fois!»

L'allusion fait soupirer Kakashi. Asuma sait ce qui s'est passé cette nuit, c'est clair.

Il se résigne donc à obéir, et rentre dans le salon, les deux tasses à la main. Il ne tient pas, mais alors absolument pas à discuter avec Iruka. Il n'a rien à lui dire, et en plus il se sent trop mal par rapport à la nuit dernière.

D'habitude, quand Kakashi tombe amoureux, il se débrouille pour mettre fin à la relation très rapidement. En général, le fait de coucher avec quelqu'un d'autre réduit rapidement à néant toute velléité de la part de ses prétendants. Mais avec Iruka, c'est différent. Il n'arrive pas à le repousser. Et le jeune homme ne fait rien pour lui faciliter la tache. Il s'accroche, comme un coquillage à son rocher. Kakashi a déjà vécu cela, ce désir irrépressible d'être en sa présence, ce besoin de le voir, de le toucher, de lui faire l'amour aussi. Une fois, il s'est laissé aller, une seule fois il s'est laissé envahir par le sentiment amoureux. Et cette simple fois a suffi à lui faire comprendre que la perte est la plus terrible des souffrances.

Vacciné. Kakashi s'est répété maintes et maintes fois qu'il était à présent vacciné. Et que jamais plus il ne retomberait dans ce piège à la con qu'on appelle amour.

Mais il suffit qu'il pose son regard sur Iruka pour que toutes ses bonnes résolutions volent en éclat. Il lui a fait mal hier, il le sait. Il l'a violenté.

Mais Iruka est resté.

Il a espéré jusqu'au bout, que le jeune homme lui demande d'arrêter, ou bien qu'il parte en pleurant juste après l'acte.

Mais Iruka est resté.

Et toute la nuit, il a senti ce corps chaud contre le sien, dormir paisiblement alors que lui était assailli par une tempête de souvenirs et d'émotions.

Que peut-il bien lui dire à présent? Qu'il crève de ne pouvoir lui offrir mieux ? Qu'il préfère abandonner avant même d'avoir essayé, parce qu'il ne veut plus jamais revivre la douleur de la perte? Qu'il le fera immanquablement souffrir, comme il a toujours fait souffrir ceux qui se sont approchée trop près de lui?

Kakashi s'approche d'Iruka et lui tend une tasse, sans un mot. La gêne est palpable, mais aucun d'eux n'ose briser le silence.

Kakashi finit par murmurer:

«Je suis désolé pour hier soir. Je ne voulais pas que ça se passe comme ça.»

Puis il tourne les talons et s'enfuit, sans laisser le temps à Iruka de répondre.

...

Dans son bureau, Kakashi soupire en feuilletant le rapport que vient de lui apporter Ino. C'est le rapport d'enquête sur l'affaire des embryons congelés. Le chirurgien est heureux de voir que les conclusions sont en faveur d'une erreur d'étiquetage. Le préjudice moral pour les parents va bien sûr devoir être indemnisé. Mais l'hôpital est assuré pour ce genre de choses. Tsunade devra probablement faire des excuses publiques, mais elle restera à la tête de l'établissement. Orochimaru, en tant que chef du service de génétique, se prendra un blâme. Fin de l'affaire.

Pourtant Kakashi n'est pas satisfait. Il a la vague impression que quelque chose lui échappe. Et il déteste cette sensation. Alors il décide de reprendre le dossier depuis le début. Et tant pis s'il commence déjà à faire nuit. De toute façon, personne ne l'attend à la maison, à part ses chiens peut être. Jack va se demander pourquoi son maître n'est toujours pas rentré. Il doit déjà être allongé sur le tapis, à guetter le bruit de la voiture dans l'allée.

Kakashi s'étire et se lève. D'abord un café, voire deux. Et il s'y remet.

Alors qu'il se dirige vers la salle de pause, son attention est attirée par des rires dans le bureau d'Ino. Elle devrait déjà être partie depuis plus d'une heure. Intrigué, Kakashi change de direction et se rapproche discrètement, le sourire aux lèvres. Il y a sûrement matière à taquiner sa secrétaire préférée ce soir. Sûrement Aoba.

Alors qu'il tend le cou pour voir quelle est la raison de cette hilarité, il se fige immédiatement en reconnaissant Iruka, de dos.

Il a recroisé l'interne deux ou trois fois depuis le fameux weekend. Les échanges ont été courts mais amicaux. Kakashi apprécie vraiment qu'Iruka ait cessé sa pression psychologique. Il arrive à être relativement serein en sa présence, mais il sait aussi que le désir est toujours là. Le chirurgien a aussi constaté que le simple fait d'apercevoir le jeune homme, de voir son visage si expressif s'animer quand il discute avec d'autres internes le rendait lui même joyeux.

N'allez pas croire qu'il passe son temps à observer Iruka! Enfin, un peu quand même, il doit bien le reconnaître.

Bon ok, Kakashi est amoureux. Ça vous va? Mais ça ne change rien au fond. Il ne se sent pas encore prêt à se dévoiler. Le simple fait de côtoyer le jeune homme, de loin, lui suffit en fait. Pour être honnête, il ne dirait pas non à une session plus intime. Les rares relations sexuelles qu'il a eu depuis ce fameux weekend lui ont semblé bien fades.

Tout à ses pensées profondes, Kakashi sursaute quand il entend Ino se mettre à crier:

« Hé ho, monsieur l'espion pas très discret! Tu veux que je t'aide, à écouter aux portes?»

L'air faussement fâché d'Ino fait sourire Iruka, tandis que Kakashi apparaît dans l'encadrement de la porte. Il se passe la main dans les cheveux et répond d'un air taquin:

«Bah, j'ai vu de la lumière. Je me suis dit qu'il y avait peut être un voleur!»

«Un voleur, dans un secrétariat d'hôpital. Mais bien sûr!»

Iruka ne peut s'empêcher d'éclater de rire, rapidement suivi par les deux autres.

«Bon ok, j'avoue, je me demandais avec qui tu pouvais bien rire autant à cette heure tardive. Parce qu'on vous entend du milieu du service quand même!»

«On papotait avec Iruka et on n'a pas vu l'heure. D'ailleurs, je m'excuse Iruka, mais il va falloir que j'y aille. Aoba m'attend déjà depuis quinze minutes!»

«Ah je suis désolé! Il fallait me dire que tu...»

«Tsss, une femme doit toujours se laisser désirer. Un homme aussi d'ailleurs» rajoute-t-elle en lançant un regard entendu à Kakashi.

Celui-ci laisse passer la jeune femme en mimant une petite courbette et lui souhaite une bonne soirée. Puis il se retourne vers Iruka, qui est visiblement un peu gêné.

«Bon ben je crois que je vais y aller.»

Kakashi pousse un soupir avant de répondre:

«Bonne soirée alors. Moi je dois encore me taper cette saloperie de dossier sur les embryons.»

«Ah? Je croyais que l'affaire était classée» lance innocemment l'interne.

«Oui je sais, mais ya un truc qui me chiffonne, un truc pas clair. Et ça m'agace. J'ai beau relire ce dossier, je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.»

«Peut être parce qu'il n'y a rien à trouver» répond laconiquement Iruka.

Kakashi prend un air faussement vexé.

«Sache que mon intuition me trompe rarement, jeune homme!»

Iruka se fend d'un sourire, se retenant de lui demander si c'est son intuition qui l'a poussé à l'emmener à Suna. Mais il préfère s'abstenir. Alors qu'il fait quelques pas pour quitter le secrétariat, il se retourne et lance naïvement:

«Dans les films policiers, c'est souvent quand quelqu'un lit le dossier à haute voix que le super flic finit par trouver ce qui cloche.»

Kakashi lève un sourcil, et un sourire apparaît sur son visage.

«Ouais je vois tout à fait. C'est une super bonne idée. Alors ramène tes fesses, tu vas me servir de lecteur!»

Iruka marque un temps d'arrêt, et son regard se pose sur la pendule du bureau d'Ino. Kakashi finit par lui saisir le poignet pour le tirer derrière lui.

«Kakashi, c'était juste une remarque comme ça! Pas une proposition d'aide...»

Le chirurgien pousse l'interne dans son bureau et referme la porte. Il pousse Iruka jusque dans un des fauteuils et lui colle le dossier dans les mains. Puis il commence à faire les cent pas dans la pièce et dit:

«Vas-y, commence à lire.»

Iruka le regarde interloqué, se demandant comment il a bien pu tomber dans ce traquenard. Il est vingt heures trente, il n'a pas mangé, et il travaille demain. Et Kakashi fait vraiment chier là! Bon, il n'est pas mécontent de se retrouver en tête à tête avec le chirurgien. Mais si c'est pour lui servir de larbin, non merci!

Tandis qu'Iruka est tout à ses pensées, Kakashi montre des signes d'impatience.

«Iruka, s'il te plait!» dit il en ajoutant une mimique adorable. Iruka pousse un soupir et commence la lecture.

...

A l'internat, c'est soirée poker. Une demi-douzaine de tables de sont constituées, chaque vainqueur accédant directement à la finale. Les internes ont pimenté le jeu en demandant un droit d'entrée de quelques ryos. Ainsi le grand vainqueur remportera une petite cagnotte de cinquante ryos, histoire de marquer le coup.

Genma, affublé d'une paire de lunettes de soleil, toise ses collègues et annonce: tapis!

Des soupirs se font entendre. La plupart des joueurs se couchent, mais Shizune décide de suivre. Pas question de se laisser battre par ce petit morveux! la jeune femme est encouragée par Kotetsu, qui a déjà été éliminé à une autre table, et qui est venu soutenir sa belle.

«Je suis sûr qu'il bluffe !» lance l'interne. Genma ne laisse paraître aucune émotion, pas plus que Shizune. La tension est palpable, ce qui amuse beaucoup les spectateurs.

Tsunami vient elle aussi encourager son chéri.

«Vas-y mon cœur, plume-la!»

L'enthousiasme de la jeune femme entraîne une volée de rires, et les participants des autres tables se retournent, intrigués pas le raffut.

Le flop est posé, Shizune croit lire une hésitation dans le comportement de son collègue et ami. Quand la river tombe, un sourire narquois vient éclairer son visage.

«Pauvre Genma!» lance-t-elle ironique en abaissant son jeu. Effectivement, grâce à la river, elle vient d'obtenir une quinte flush. Assez rare pour être souligné. Genma pousse un soupir dégoûté: il n'a qu'une couleur.

«C'était bien tenté,» déclare l'interne de cardiologie, «mais tu as perdu Genma!»

«Bien joué ma chérie!» lance Kotetsu, particulièrement fier de sa petite amie.

Genma pousse un nouveau soupir agacé.

«Bon ben je vais noyer mon chagrin dans l'alcool alors. Les gars, je compte sur vous pour laver cet affront.»

Les autres joueurs acquiescent timidement, mais Shizune semble vraiment être une experte. Elle vient d'éliminer trois joueurs coup sur coup, et la montagne de jetons qui s'accumule devant elle est impressionnante.

Genma et Tsunami se dirigent vers le petit salon, où les perdants se sont réunis, en attendant que le jeu se termine. Les discussions vont bon train, et les deux internes rejoignent Ino et Aoba, qui discutent avec Izumo et Hana.

«Au fait, quelqu'un a vu Iruka?» demande Izumo, après avoir enfin décollé ses lèvres de celles de sa petite amie.

«Il n'était pas inscrit au poker il me semble. Il doit encore être en train de bosser dans sa piaule» répond Tsunami.

«Si c'est ça, je vais le chercher, on va l'obliger à se détendre un peu pour une fois!» lance Genma en se levant.

«Ça m'étonnerait qu'il soit dans sa chambre» répond sobrement Ino.

Tous les regards se tournent alors vers elle. La jeune femme prend un air innocent avant de relancer:

«Je l'ai laissé dans le service il y a une heure. Et je ne l'ai pas encore vu revenir.»

«Qu'est ce qu'il faisait en chirurgie cardio-tho?» demande Aoba en fronçant les sourcils.

«Et bien il était venu me voir pour papoter, tout simplement!» répond Ino sur un ton malicieux, juste pour voir la réaction de son petit ami.

Aoba se renfrogne et Ino trouve ça trop mignon. Elle préfère cependant ne pas laisser la situation dégénérer. Provoquer un peu de jalousie met du piquant dans une relation selon elle, mais il faut savoir la doser de manière juste.

«On a essentiellement discuté de Kakashi... Jusqu'à ce que l'intéressé débarque. Du coup j'ai préféré m'éclipser, pour les laisser entre hommes» conclut-elle en accompagnant son propos d'un clin d'œil suggestif.

Aoba, Izumo et Tsunami, déjà plus ou moins au courant de la situation, se mettent à sourire de toutes leurs dents, tandis que Genma leur lance un regard d'incompréhension.

«J'ai du louper un truc là, Kakashi et Iruka, ils...?» demande Genma.

Ino répond par un petit hochement de tête, suivi d'un petit rire mutin.

«Oh ben merde alors! Iruka aurait pu nous le dire quand même!» déclare l'interne de chirurgie viscérale, presque vexé.

«Tout s'explique du coup» lâche Aoba en enlaçant la blondinette.

«Je ne suis pas sûre que ce soit aussi simple que ça» reprend Tsunami. «Vous connaissez Kakashi, il n'est pas du genre à se fixer.»

«C'est pour ça que je les ai laissés ensemble tout à l'heure» répond Ino en levant les yeux au ciel. «Si on ne les pousse pas un peu, ces deux-là seront encore à se faire des 'je t'aime, moi non plus' dans trois mois.»

«Ok, donc tu as décidé d'attirer Iruka dans ton bureau, en sachant que Kakashi était encore là, histoire de forcer un peu le destin.»

«C'est ça!» reprend joyeusement Ino.

«Tu sais que c'est particulièrement machiavélique comme plan» balance Aoba en souriant.

Ino fait la moue, qui la rend particulièrement craquante selon Aoba, et répond en chantonnant:

«N'empêche qu'Iruka n'est toujours pas là!»

Genma, toujours abasourdi par la nouvelle, lâche pensif:

«Mais comment j'ai pu passer à côté de ça?», avant de reprendre à l'intention d'Izumo:

«Et toi, tu étais au courant et tu ne m'as rien dit!»

Izumo lui offre un sourire gêné:

«J'avais promis à Shizune et Iruka de garder le secret.»

«Ok, donc j'étais le seul couillon à ne pas être au courant.»

«Toujours est-il qu'il vaut mieux ne pas ébruiter cette histoire. Je pense qu'ils ne savent pas trop eux-même où ils vont. Donc attendons de voir comment ça évolue» conclut sagement Aoba, avant de faire dévier la conversation sur un autre sujet.

...

«Attends, répète un peu ce que tu viens de lire» lance Kakashi avec empressement.

Iruka lève un œil vers le chirurgien, qui semble en proie à une intense réflexion. L'interne pousse un soupir et reprend sa lecture. S'il avait su, il n'aurait pas répondu à l'invitation d'Ino ce soir. D'ailleurs il a été très étonné de recevoir un sms de sa part, lui demandant de passer au secrétariat de cardio-tho après son travail. Tout en lisant mécaniquement, il repense à ce qu'elle lui a dit quelques heures plus tôt.

...

«Tu as sûrement entendu parler de l'ancien chef du service, le Professeur Namikaze.»

Iruka hoche la tête.

«Et bien Kakashi et lui... Comment dire... Une rumeur a circulé à l'époque, disant qu'il auraient eu une liaison.»

Iruka commence à entrevoir les prémisses d'une explication quant au comportement du chirurgien. Minato Namikaze est mort brutalement dans un accident de moto il y a plus de vingt ans. Il a laissé derrière lui une femme enceinte, et un service amputé de sa tête. Iruka a du mal à croire qu'un homme de cette stature ait pu mettre en péril son couple et sa carrière pour une amourette avec l'un de ses internes, mais il laisse Ino poursuivre.

«Quand Minato est mort, Kakashi était effondré. C'était un véritable mentor pour lui tu comprends? Nous avons cru un moment qu'il ne s'en remettrait jamais. D'autant que très peu de gens savaient pour Minato et lui. Il n'a même pas osé assister à son enterrement, de peur de croiser sa femme. Et puis les choses ont dégénéré. Je ne pourrais pas vraiment te dire ce qui s'est passé, mais Tsunade s'en est mêlée. Il y avait beaucoup de prétendants au titre de chef, mais contre toute attente, c'est Kakashi qui l'a remporté. Tu imagines bien que ça a jasé. C'est à partir de ce moment-là qu'il s'est construit son personnage de séducteur je-m'en-foutiste.»

Ino marque une pause et dévisage Iruka, qui ne sait pas trop quoi penser de ces révélations. Ino pousse alors un soupir et reprend:

«Ce que je veux te faire comprendre Iruka, c'est que Kakashi n'a pas toujours été comme ça. C'est un gars formidable, mais il s'auto-détruit volontairement depuis des années, tellement la culpabilité le ronge. C'est la première fois, depuis la mort de Minato, que je le vois laisser tomber le masque. Grâce à toi. Alors je sais que c'est dur pour toi, mais ne le lâche pas s'il te plait. Il en vaut vraiment le coup crois-moi.»

Iruka ne sait pas trop quoi répondre. On lui en dit tellement en ce moment, sur Kakashi, sur lui aussi. Il sourit faiblement à la jeune femme, et finit par dire:

«J'aimerais vraiment que tout soit plus simple entre nous.»

«Sois toi-même.»

Iruka fixe la jeune femme. C'est peut être le conseil le plus sensé qu'on lui ait donné depuis quelques semaines. Alors il lui sourit, franchement cette fois, et hoche la tête.

...

Kakashi se penche sur son bureau et Iruka prend le temps d'admirer la vue. Lorsque le chirurgien se relève, il replonge les yeux sur le dossier, comme un gamin pris en flagrant délit de bêtise. Kakashi ne peut réprimer un sourire quand il voit les joues de l'interne rosir. Il est trop mignon.

le chirurgien parcourt les lignes de chiffres s'étalant sur la feuille qu'il tient en main et demande:

«Tu viens de dire que vingt conteneurs d'embryons congelés en 2013 ont été étiquetés 2003 et ont donc été détruits par erreur. Il y a eu 62 conteneurs détruits en tout, c'est bien ça?»

Iruka relit le dossier et confirme.

«Bon, si je recoupe avec les archives de l'hôpital, on note qu'il y a exactement 45 conteneurs référencés sur l'année 2003. Si on ajoute les vingt conteneurs de 2013 mal étiquetés, on arrive à un total de...»

«65 conteneurs» répond Iruka en écarquillant les yeux. «Comment les enquêteurs ont-il pu passer à côté de ça?»

«Tout simplement parce qu'ils n'ont pas pensé à vérifier les archives. Et ils cherchaient des conteneurs détruits en trop, pas en moins.»

«Toujours est-il que si les vingt conteneurs de 2013 ont bien été détruits avec ceux de 2003, on devrait arriver à 65.»

«Hors en en n'a que 62. La question est donc: que sont devenus les trois conteneurs non détruits?»

Kakashi et Iruka se regardent, conscients qu'ils viennent de soulever un sacré lièvre.

«Tu crois qu'Orochimaru a organisé tout ce cinéma pour subtiliser trois conteneurs?»

«Je n'en sais rien. Mais il va falloir qu'il s'explique. Parce que là, ce n'est plus le blâme qu'il risque, c'est la radiation.»

Kakashi recommence à faire les cent pas dans le bureau, et son regard se pose sur la pendule.

«Merde, je n'avais pas vu l'heure! Je suis désolé de t'avoir gardé si longtemps Iruka» lance Kakashi en se retournant. Il bute alors dans Iruka qui s'est levé pour se dégourdir les jambes. Leurs regards se croisent à nouveau, dans le silence de la nuit.

«Ça m'a fait plaisir de t'aider» murmure Iruka en baissant les yeux, et il fait un pas de côté pour se diriger vers la porte. Kakashi, dans un mouvement mécanique, le retient par le bras. Iruka se retourne lentement et sent les lèvres du chirurgien frôler les siennes, comme une demande silencieuse. L'interne ferme les yeux et approfondit le baiser, juste quelques secondes. Puis il se détache du chirurgien, lui souhaite une bonne nuit d'une voix tremblante et quitte le bureau.

Kakashi reste immobile dans la pénombre pendant de longues secondes. Il se demande ce qui lui a pris. Il avait tellement envie de ce baiser. Une simple caresse, douce et sensuelle. Très loin de la violence de leurs ébats précédents. Il secoue la tête, comme pour laisser s'échapper ce moment de grâce.

Alors qu'il s'apprête à retourner vers son bureau pour ranger ses papiers, la porte s'ouvre brusquement, puis se referme aussitôt. Le temps de donner un tour de clé, et Iruka se précipite sur le chirurgien, dans un élan presque désespéré. Kakashi n'a que le temps d'ouvrir les bras en grand pour accueillir l'interne contre sa poitrine. Plaqué contre son bureau, il sent Iruka peser de tout son poids contre lui, la tête enfouie au creux de son épaule. Tandis qu'il resserre son étreinte autour de la taille du jeune homme, il l'entend lui murmurer:

«S'il te plait, ne me repousse pas Kakashi.»

Les mots sonnent comment une supplique. Kakashi se laisse happé par les yeux noisette. Hypnotisé, il se voit réduire lui même la distance entre leurs deux visages. Le contact de sa bouche est délicieux. Il veut y goûter encore et encore. Il sent l'excitation monter, mais les images de leur dernière nuit lui reviennent immédiatement en mémoire de manière violente. Il se force alors à rompre le contact, mais garde Iruka contre lui.

«Pas ici, et pas ce soir, Iruka» susurre-t-il, une pointe de frustration nettement perceptible dans la voix.

«Quand alors?» répond Iruka, d'une voix à la fois impatiente et frustrée.

Kakashi lui sourit tendrement, et Iruka se noie dans ce sourire. Kakashi lui offre un deuxième baiser, plus appuyé, avant de répondre d'un ton taquin:

«Je rêve ou tu es en train de me proposer un rancard?»

Kakashi est conscient que sa remarque moqueuse risque de briser cet instant charmant, mais il n'a vraiment pas pu s'empêcher de taquiner l'interne.

Celui-ci, loin de se démonter, rétorque:

«Ouais, tu veux pas que je me mette à genoux pendant qu'on y est?»

Kakashi se met à rire, avant de se redresser complètement du bureau.

«Non, ça risquerait de te donner des idées.»

Iruka préfère ne pas relever l'allusion sexuelle. Il sent que l'un comme l'autre peuvent déraper à tout moment. Et même s'il crève d'envie de sauter sur Kakashi, il sait que le chirurgien vient de lui laisser, enfin, une ouverture sur quelque chose de plus sérieux. Et il ne veut pas gâcher cette chance. Suspendu à la réponse de Kakashi, Iruka se recule un peu, pour laisser le chirurgien faire le tour du bureau et commencer à rassembler ses affaires.

Alors que Kakashi finit de ranger ses papiers, il lance d'une voix mal assurée, sans relever les yeux vers l'interne:

«On pourrait aller prendre un verre quelque part un de ces quatre. Rien que tous les deux.»

Iruka sourit lui aussi. Le masque est en train de se fendiller, imperceptiblement. Alors l'interne sourit et acquiesce. Un silence bizarre s'installe entre eux, Kakashi n'ayant visiblement pas l'habitude de ce genre de proposition. Iruka décide alors de prendre les choses en main.

La semaine prochaine, disons samedi soir. J'ai entendu parler d'un bar sympa, au centre-ville, ça nous changera un peu du Smooth.» Il laisse passer quelques secondes avant de reprendre:

«Et on sera plus tranquille.»

Le soupir de soulagement de Kakashi est très discret, mais Iruka l'a quand même noté. Le chirurgien ne tient pas à faire étalage de ce rendez-vous, signe évident qu'il y a accorde plus d'importance qu'à ses coups d'un soir.

Iruka se penche au dessus du bureau pour déposer un baiser sur la joue de Kakashi, avant de lui souhaiter une bonne nuit et de sortir du bureau.

Kakashi se laisse retomber dans son fauteuil. Samedi prochain. Il pourra toujours annuler s'il ne le sent plus. Mais ce soir, il est trop tard pour y réfléchir. Demain, il va devoir gérer ce problème avec Orochimaru, et la partie risque d'être serrée.

Les externes reviennent dans le prochain chapitre, c'est promis ^^ A bientôt amis lecteurs, et n'oubliez pas de laisser un petit commentaire (j'adore savoir ce qui se passe dans vos petite têtes en lisant cette histoire ;) )