Nous arrivons à la moitié du 2e arc, et à un tournant de l'histoire.

Je tenais à remercier particulièrement tous les gentils lecteurs qui ont pris le temps de laisser un commentaire. A vous, reviewers fidèles qui vous reconnaitrez, je dédie ce chapitre entier! Vos encouragements sont une source de motivation incroyable. Alors un grand merci!

(j'essaye, dans la mesure du possible, de réponde à tous les commentateurs par mp. si j'ai oublié quelqu'un, je m'en excuse platement).

Bonne lecture!

Chapitre 18: La main tendue d'Enma.

«Les externes, ramenez vos fesses dans mon bureau!» lance Kakashi dans le couloir, sous le regard étonné de ses deux collègues et des internes, alors que la visite vient juste de commencer. Déjà, le fait que Kakashi leur ait demandé de commencer sans lui est inhabituel. Et le chef de service a l'air particulièrement soucieux. Shikamaru, Choji, Hinata et Sai s'échangent des regards inquiets, et aucun n'ose broncher. Kakashi, déjà arrivé à hauteur de son bureau, se retourne pour lancer sur un ton franchement agacé:

«Je parle chinois ou quoi? Allez dépêchez-vous, on n'a pas toute la journée!»

Puis il passe la porte pour aller s'installer dans son fauteuil de chef.

Yamato reprend d'une voix douce:

«Allez-y, il ne va pas vous manger. Les internes présenteront les dossiers pour une fois!» conclut le chirurgien en lançant un regard taquin aux quatre aînés.

La petite troupe d'externes trotte jusqu'au bureau, et entre d'un pas mal assuré. Shikamaru semble déjà s'ennuyer ferme. Il se demande ce que peut bien leur vouloir le Professeur Hatake. A priori, personne n'a fait de boulette. Son cerveau est déjà en train d'élaborer plein de théories quand Kakashi les invite à s'asseoir dans le canapé posé dans un coin de la pièce.

Les quatre externes, mains posées sur leurs genoux serrés, osent à peine lever le nez. Et Kakashi sourit: ce qu'ils peuvent être impressionnables ces petits poussins quand même!

Le chirurgien décide de profiter de cette autorité naturelle et annonce d'une voix grave:

«Bon, si je vous ai convoqués dans mon bureau, c'est parce que j'ai une mission très importante à vous confier. J'attends de vous de la rigueur, et surtout des résultats.»

Après une courte pause, qui lui permet de jauger les quatre étudiants, il reprend d'un air nonchalant:

«Bien sûr, cela comptera pour vos évaluations de stage. Autant vous dire que vous avez intérêt à être à la hauteur.»

Shikamaru finit par redresser la tête, et fixer le chirurgien de son regard perçant.

«Quelque chose me dit que ça n'a rien à voir avec la cardio-tho, je me trompe Professeur?»

Clairvoyant, le fiston Nara. Connaissant son chirurgien orthopédiste de père, Kakashi n'est pas étonné. Il laisse apparaître un sourire narquois sur son visage et répond:

«En effet, j'aimerais que vous cherchiez quelque chose pour moi, ici dans l'hôpital. Enfin plutôt un endroit.»

«Un endroit?» demande Saï.

«Oui, un genre de laboratoire secret. Il peut être n'importe où dans l'hôpital. Il va falloir que vous fouilliez partout. Concentrez-vous sur les réserves et les salles de stockage, d'accord?»

Choji, qui a discrètement sorti un paquet de bonbons de sa poche, pousse un soupir. C'est quoi encore, cette tache à la con qu'on confie aux externes? Ils sont là pour apprendre de la médecine, pas pour jouer aux détectives privés!

«Je vous demande cependant une discrétion absolue. Si vous vous faites chopper à un endroit où vous ne devez pas être, je nierai être à l'origine de tout ça, c'est compris?»

Les quatre externes acquiescent, mais cette dernière remarque les a rendu encore plus inquiets. A part Shikamaru.

«Professeur Hatake, est-ce que ça a un rapport avec les embryons congelés?»

Kakashi pose un regard pesant sur les quatre externes. Hinata a du mal à réprimer un frisson. Son regard s'arrête sur le fils Nara, qu'il fixe pendant de longues secondes.

Avant même que le chirurgien n'aie le temps de répondre, l'externe reprend:

«Vous cherchez un laboratoire secret qui aurait pu héberger des expériences douteuses sur ces fameux embryons. Je croyais que l'affaire était classée pourtant, que c'était une erreur d'étiquetage.»

Kakashi se remet à sourire. Décidément, ce gamin va lui donner du fil à retordre. Alors autant jouer franc-jeu.

«C'est le cas, c'est bien une erreur d'étiquetage qui est à l'origine de la destruction accidentelle des embryons. C'est la version officielle, celle qui doit rester imprimée dans vos petites cervelles. Mais j'ai de bonnes raisons de croire que cette affaire est plus complexe. Vous allez faire ce que je vous demande, sans poser plus de questions, c'est compris? Et une fois que vous aurez trouvé ce que je cherche, vous oublierez tous les quatre ce que vous avez vu et entendu à propos de cette histoire. Si j'en prends un à raconter quoi que ce soit sur cette conversation ou sur cette ... mission... Je peux vous assurer que sa carrière de médecin est d'ores et déjà terminée. C'est clair pour tout le monde?»

Hinata, Saï et Choji hochent rapidement la tête, complètement flippés. Shikamaru prend une pose lascive dans le canapé, et croise négligemment les jambes.

«Si on trouve cette fameuse salle, vous validerez notre stages à tous les quatre, et vous nous mettrez 18 sur 20.»

Shikamaru se redresse, et fixe Kakashi, qui se retient de rire devant l'audace du jeune homme.

«Non, je mettrai 18 sur 20 à celui qui trouve la salle. 16 sur 20 si vous ne vous faites pas prendre. Et si l'un de vous se fait attraper, non seulement je nierai vous avoir ordonné de faire ça, mais en plus je vous invaliderai votre stage comme sanction.»

Hinata et Saï se regardent horrifiés, tandis que Shikamaru pousse un bâillement.

«Vous êtes dur en affaire. On n'a pas d'autre choix que de réussir si je comprends bien?»

«C'est ça!» répond joyeusement Kakashi.

«Tenez!» reprend-t-il en tendant deux clés. «Je vous conseille de faire deux équipes, voici un passe qui ouvre toutes les portes de l'hôpital. je me lave les mains de tout ce sur quoi pourront tomber vos yeux chastes» finit le chirurgien en se levant.

«Allez, ouste maintenant! Plus vite vous trouverez, et plus vite vous pourrez retrouver le chemin de l'exceptionnel bloc de chirurgie cardio-thoracique!» conclut le chirurgien, une lumière de malice brillant dans les yeux.

...

Trois jours. Trois jours que Shikamaru et Choji écument les couloirs de l'hôpital à la recherche de ce fameux laboratoire secret. Un mélange d'Indiana Jones et de James Bond en somme. Shikamaru préfère ne pas s'imaginer le délire que pourrait se faire son chef de service en partant là dessus. Il leur a déjà fait un remake des dents de la mer une fois: arrivant tel un requin fourbe, une main sur la tête pour mimer un aileron, il a sauté sur la pauvre Hinata en faisant semblant de la mordre. La pauvre ne s'en est toujours pas remise! Tout ça parce qu'il avait mangé avec Kizame, l'ORL, le midi, et qu'il trouve qu'il a une tête de requin. Oui, les délires du Professeur Hatake sont assez... particuliers. L'externe se demande même s'il n'est pas, parfois, sous l'emprise de la drogue. Enfin bref, tout ça pour dire que ça devient vraiment chiant cette recherche.

Shikamaru a passé quelques nuits à réfléchir à la situation. Et il y a un truc qui le chiffonne. Maintenant que l'affaire est classée, Kakashi devrait être content: l'hôpital s'en sort avec une sanction purement administrative, et la directrice a fait hier une conférence de presse où elle a présenté ses plus plates excuses aux familles, en expliquant que des sanctions disciplinaires avaient été prises à l'encontre du chef du service concerné. En gros, 'circulez, il n'y a plus rien à voir'.

Alors pourquoi Hatake s'entête-t-il à farfouiller autour de cette histoire? Tout en réfléchissant, Shikamaru suit Choji, qui vient d'ouvrir la dernière porte d'un couloir de la chaufferie. Ils entrent tous les deux dans la pièce, totalement vide à l'exception d'une grande armoire contenant des vieux dossiers poussiéreux. Shikamaru s'attarde sur le haut de la pile. Les dates mentionnées remontent à plus de cinquante ans. Encore des archives oubliées, perdues dans les tréfonds de l'hôpital. Alors que Choji ouvre un énième paquet de chips, Shikamaru soupire et s'apprête à quitter la pièce. Et puis quelque chose fait tilt. Il sort de la pièce en courant.

«Hé, Shikamaru! Tu vas où?»

«Reste là Choji, je vérifie un truc et je reviens!» lance-t-il à son ami.

L'externe se précipite dans la pièce qui précédait. Il ouvre la porte d'un geste brusque. Les rouages de son cerveau tournent à plein régime. A peine deux secondes plus tard, il revient dans la pièce où Choji gobe toujours ses chips.

«Aide-moi à pousser ça!» s'exclame-t-il en commençant à tirer un côté de l'armoire. Les dossiers ajoutent du poids au meuble imposant, et Shikamaru n'arrive qu'à faire tomber la poussière accumulée sur le meuble. Choji le regarde s'exciter sur l'armoire, et finit par lâcher de manière nonchalante:

«Laisse, je vais le faire.»

Sous le regard interloqué de Shikamaru, Choji se saisit du côté de l'armoire, et dans un cri rauque la tire sur le côté.

Shikamaru n'en croit pas ses yeux. Il a remarqué que la pièce était beaucoup moins large que la précédente. Et l'ouverture cachée par l'armoire vient confirmer ses soupçons. Une deuxième salle existait bel et bien, condamnée par cette armoire massive.

Shikamaru se risque à faire quelques pas dans la salle obscure. Ils ont pour ordre de ne rien toucher surtout. S'ils trouvent quelque chose, ils doivent immédiatement appeler Kakashi. Et ce qu'ils trouvent va bien au delà de tout ce que Shikamaru avait imaginé.

Choji vient en effet d'actionner l'interrupteur, et un néon grésillant leur offre une lumière pâle, mais suffisante pour constater qu'un véritable petit laboratoire secret a été monté ici même.

Sur une grande table centrale, des tubes à essais, une centrifugeuse, et tout le matériel du parfait petit savant fou. Sur des étagères, des fœtus semble-t-il humains flottent dans des bocaux remplis de formol. Certains présentent des difformités difficilement soutenables à la vue des deux externes. Au fond de la pièce, trois conteneurs ressemblant étrangement à ceux que Shikamaru a pu voir dans les journaux sont alignés contre le mur.

«Je crois qu'on a trouvé ce qu'on cherchait Choji» murmure l'externe en sortant de la pièce, écœuré.

«Chouette, ça veut dire qu'on aura 18 à l'évaluation de stage!» chantonne Choji, inconscient de l'implication d'une telle découverte. Shikamaru fronce les sourcils. Il comprend à présent la clause de confidentialité que leur a imposé Kakashi en les menaçant. Si ce qu'il vient de voir était connu de la presse, l'hôpital aurait de très gros ennuis.

Après avoir replacé l'armoire, Shikamaru et Choji se ruent dans le service de chirurgie cardio-thoracique. Quand Kakashi les voit arriver, il comprend que ses externes ont trouvé. Son regard s'assombrit à la vue de Shikamaru.

«C'est bien ce que je pensais?» demande-t-il, conscient que le jeune homme, particulièrement intelligent, a tout compris depuis longtemps. Shikamaru hoche la tête.

«Où?»

«Dans la chaufferie, dernière porte du couloir de droite. L'entrée est cachée par une armoire.»

«Vous avez...»

«Tout remis en place évidemment» répond Shikamaru sur un ton neutre.

«Ok, vous vous rappelez les consignes que j'avais données?»

Les deux externes hochent la tête. Pas un mot sur cette histoire.

«Très bien. Allez chercher vos deux camarades, et reprenez la visite avec Yamato et vos internes.»

Kakashi se retourne et chuchote un mot à l'oreille de son collègue, avant de quitter le groupe d'un bon pas.

Juste avant de quitter le service, il se retourne et lance:

«Shikamaru, Choji, vous avez fait du très bon travail!»

Les deux externes regardent le Professeur quitter le service.

«Depuis quand il connait nos prénoms?» demande Choji étonné.

«Le Professeur Hatake semble beaucoup plus attentif qu'il ne le laisse paraître» marmonne Shikamaru.

...

Tsunade a convoqué Orochimaru dans son bureau. Elle est tendue. La presse a complètement abandonné cette histoire d'embryons congelés. Les familles ont été indemnisées par l'hôpital, après un arrangement à l'amiable. Cela a coûté cher à l'établissement, financièrement parlant. Mais ils ont échappé à un procès qui aurait terni l'image de l'hôpital.

Tsunade croyait cette histoire terminée quand elle a quitté le petit podium d'où elle a donné sa conférence de presse. Les questions des journalistes, et particulièrement celles du Konoha Daily Press, ont été pointues et acerbes. Mais la directrice maitrise à la perfection l'art de la langue de bois et du 'caressage' dans le sens du poil.

Mais quand elle a vu Kakashi entrer dans son bureau la veille, elle a de suite compris que l'histoire n'était pas finie.

Et aujourd'hui, elle attend de pied ferme le responsable de tout ce merdier.

Orochimaru a toujours ce petit sourire narquois quand il entre enfin dans son bureau. Il a été mis à pied trois semaines, endossant la responsabilité de l'erreur commise dans son service. Il avance fièrement vers Tsunade, persuadé qu'elle va lui annoncer qu'il peut dès à présent réintégrer son laboratoire. Mais le regard de dégoût que lui jette la femme le fait tressaillir. Serait-elle au courant? Non, impossible.

Quand la directrice se lève et le saisit par le col, il fait un pas en arrière sous la force de sa poigne.

«Espèce d'immonde serpent! Tu croyais vraiment qu'on n'allait pas découvrir tes magouilles? Tu me dégoûtes Orochimaru!»

Elle le plaque alors violemment dans un des fauteuils. Kakashi, resté dans l'ombre, avance alors, rempart contre une fuite éventuelle du généticien.

«Tiens, votre toutou obéissant est là lui aussi?» siffle Orochimaru.

«Je crois que tu n'es pas vraiment en position de pouvoir plaisanter» gronde le chirurgien.

Orochimaru fait mine de s'étirer et croise délicatement les jambes, en signe de décontraction.

«Et je peux savoir ce qui me vaut d'être molesté de la sorte?»

«Enfoiré!» lance Tsunade. Elle est à deux doigts de lui balancer un poing dans la figure, mais se retient. Elle fait finalement le tour de son bureau, s'assoit et prend quelques secondes pour se calmer.

Puis elle dépose une série de photos devant le nez du médecin. Celui-ci prend le temps de contempler les clichés. Un frémissement imperceptible le parcourt. Ils savent.

«Très joli. Votre laboratoire personnel?» lance-t-il avec ironie.

Une main lourde vient plaquer sa tête à un tout petit centimètre du bureau.

«Espèce de salopard, Tu n'es qu'un grand malade. On devrait te faire enfermer à vie pour un truc pareil!» gronde Kakashi en maintenant la pression sur la nuque du généticien.

«Maiiiiis...» murmure Orochimaru, «vous ne pouvez rien faire, car l'hôpital serait obligatoirement entraîné dans ma chute, n'est-ce pas?» répond Orochimaru d'une voix perfidement chantonnante.

Kakashi raffermit la pression sur la tête du médecin.

«Tu me dégoûte» crache-t-il avant de finalement laisser Orochimaru se redresser.

Le médecin plante un regard brillant d'excitation dans celui de Tsunade. A croire qu'il se réjouit d'être en si mauvaise posture.

«Alors, que fait-on maintenant, Madame la directrice?»

«Je ne veux plus jamais te revoir dans cet hôpital. Tu vas poser ta démission sur le champ, en arguant que cette histoire t'a secoué et que tu as besoin de prendre du repos. Tu vas partir loin, très loin de Konoha. Et tu n'y remettras plus jamais les pieds, c'est compris?»

«Ou alors?»

«Ou alors je serai le premier à te faire la peau!» reprend Kakashi.

Orochimaru émet un petit rire sadique.

«Nos destins sont liés maintenant, Tsunade. Si jamais quelqu'un apprenait la vérité, vous tomberiez pour ne pas m'avoir dénoncé à la police.»

«Il n'y a aucune preuve de l'existence de ce laboratoire. Kakashi a fait le nécessaire. Tout a été détruit, y compris les preuves qui nous ont permis de remonter jusqu'à toi. Si tu parles, ce sera ta parole contre la nôtre. Et crois-moi, rien que ta sale tête suffirait à te faire condamner» répond Tsunade en lui tendant une feuille.

Orochimaru parcourt les quelques lignes de sa lettre de démission. Elle stipule qu'il ne pourra plus jamais être embauché dans quelconque hôpital de la région de Konoha. Il partira évidemment sans aucune indemnité. Effet immédiat à signature.

Après qu'Orochimaru ait signé et quitté le bureau, Kakashi s'affale dans le fauteuil que le généticien occupait.

«Tu es sûre d'avoir pris la bonne décision? Ça pourrait te revenir dans la face un jour ou l'autre.»

«Je n'ai pas le choix Kakashi. Nous n'avons vraiment pas besoin d'un scandale en ce moment. Et puis le temps joue pour nous: plus il passe, et plus les gens oublieront cette sordide histoire. Je ne pense pas qu'Orochimaru ait le cran de faire quoi que ce soit. Ce n'est pas dans son intérêt de toute façon.»

«Il risque de recommencer ailleurs» lâche Kakashi, dégoûté.

«Je sais» rétorque Tsunade sur un ton dur. Puis elle se radoucit pour ajouter:

«C'est ma décision Kakashi, pas la tienne. Ne te sens pas responsable de ça ok?»

Le chirurgien lui envoie un sourire mais au fond, son estomac se tord. Tsunade n'a vu que les clichés, mais lui, les a vus en vrai. Ces pauvres êtres vivants qui n'avaient déjà plus rien d'humain. Des fœtus difformes, victimes de manipulations génétiques ayant engendré des malformations monstrueuses. Orochimaru cherchait visiblement à créer des chimères. Kakashi a vu ces petits êtres ici recouverts d'écailles, là affublés d'un troisième œil. Immonde. Tout simplement insoutenable. Le chirurgien a tout détruit, de nuit, avec l'aide de Shikamaru. Il sait que l'externe ne dira rien, conscient de l'enjeu.

Alors que la nuit tombe sur l'hôpital, Kakashi se remémore la scène d'horreur dans ce laboratoire diabolique. Pour sûr, il ne dormira pas bien ce soir.

...

Aujourd'hui c'est samedi. Et Kakashi n'est pas d'astreinte. Et c'est tant mieux, parce que l'histoire d'Orochimaru a accaparé toute sa semaine. Alors en ce beau samedi matin de Printemps, le chirurgien s'octroie une petite baignade dans sa piscine. L'eau délasse ses muscles, levant toutes les tensions de ces dernières heures. Il fait la planche en regardant les nuages défiler lentement dans le ciel.

Son portable sonne. Pas envie de répondre.

«Ya personne!» lance-t-il, comme si l'interlocuteur pouvait l'entendre. Il se met à rire tout seul de sa blague. Mais devant l'insistance du téléphone, il finit par s'extirper de l'eau en soupirant.

«Pas moyen d'être tranquille chez soi» marmonne-t-il, «j'espère que ce n'est pas l'hôpital.»

Le temps d'attraper une serviette, le téléphone a cessé de sonner.

Kakashi reconnait cependant immédiatement le numéro en absence.

«Merde! J'avais complètement oublié!»

Il hésite un instant, et lance la messagerie vocale. Une voix bien connue se fait alors entendre:

«Salut Kakashi, c'est Iruka. Euh... Euh excuse-moi de te déranger... Ben voilà...Euh... On est samedi et je voulais savoir si... Ben si ça tenait toujours notre petite virée en ville ce soir. Bon ben rappelle-moi! A ce soir... J'espère!»

La voix mal assurée d'Iruka fait sourire le chirurgien. Trop mignon! Korben, Jack et Mia ont rejoint leur maître sur la terrasse.

«Alors mes loulous, qu'est ce que je dois faire d'après vous?»

Korben se couche en bâillant, tandis que Mia tente encore et toujours d'attraper sa queue. Jack semble plus attentif, sagement assis, et penchant la tête sur le côté, comme s'il réfléchissait sérieusement à la question. Kakashi se met à rire en voyant la tête de son dalmatien.

«Tu crois que je dois sortir avec Iruka ce soir, Jack?»

Au prénom de l'interne, le chien se met à agiter joyeusement la queue.

«Bon ben je vais prendre ça pour un oui!»

Aussitôt dit, Kakashi compose le numéro du jeune homme. Prenant une voix outrageusement sexy, il confirme pour le soir. Les deux hommes conviennent de se retrouver dans un petit bar lounge de la ville. En raccrochant, le chirurgien a le sourire aux lèvres.

Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'à l'autre bout du fil, il n'y avait pas qu'Iruka. Il a fini pas tout balancer à Shizune, comme d'habitude. Celle-ci n'a bien sûr pas pu se retenir de le dire à Kotetsu, qui a immédiatement vendu la mèche à Izumo et Genma. Ainsi la petite troupe a passé sa matinée à harceler le pauvre interne de réanimation pour qu'il appelle le chirurgien, afin de confirmer leur rendez-vous.

Leur premier rendez-vous officiel. Iruka plane sur un petit nuage. Même si au fond de sa tête, une petite voix lui dit que ce mot n'a pas vraiment la même signification pour eux. Kakashi est habitué à sortir avec toutes sortes de personnes. Pour lui, un rendez-vous galant, c'est presque comme une partie de tennis entre potes. Un échange bref, physique, intense, et puis une bonne douche, jusqu'au prochain match.

Mais Iruka est heureux. Ils vont enfin pouvoir discuter, apprendre à se connaître. On se croirait presque dans un de ces romans à l'eau de rose. Il ne manque que les petits cupidons virevoltants dans une pluie de pétales de fleurs de cerisiers tombant mollement au sol.

Il ne voit d'ailleurs pas le temps passer aujourd'hui. A dix-neuf heures trente, Genma vient frapper énergiquement à sa porte, alors qu'il se refait pour la quinzième fois la courte discussion au téléphone, cherchant à décrypter les intonations de voix du chirurgien.

«Ben alors, t'es pas encore prêt? Qu'est-ce que tu fous, tu vas finir par être en retard!»

Iruka se relève et percute.

«Merde! Bon ben je pars direct...»

Mais son mouvement est immédiatement arrêté par le bras de son ami.

«Quoi?» demande naïvement Iruka.

«Tu ne vas pas y aller comme ça quand même?»

«Ben quoi?» demande toujours aussi naïvement l'interne. Bon d'accord, il a un vieux jeans un peu usé, un T-shirt trop grand pour lui et un pull informe, qui a visiblement trop tourné dans la machine. Genma pousse un soupir en ouvrant le placard de son ami. Il en sort un jeans bleu foncé quasi neuf, une chemise blanche toute simple et...

«Tu n'as aucun pull potable?»

Iruka se renfrogne.

«Ben quoi, ils sont très bien mes pulls.»

«Pour aller au lycée peut être. Mais tu es chirurgien maintenant Iruka. Et puis tu sors avec LE chirurgien sexy de l'hôpital. Tu ne vas pas y aller en loques quand même!»

Genma lève des yeux au ciel en voyant l'air blasé d'Iruka.

«Bon, pars devant, je te rejoins dans le hall.»

Iruka récupère les clés tendues par son ami et quitte sa chambre.

Dans le hall de l'internat, il tombe, comme par hasard, sur Shizune et Kotetsu.

«Ça va, pas trop stressé?» demande la jeune femme, une pointe d'anxiété dans la voix.

«Mais c'est vous qui allez me stresser si vous continuez. J'ai l'impression d'aller à mon propre enterrement là!»

Genma réapparait déjà, un pull bleu ciel cintré à la main, sobre mais élégant.

Effectivement, Iruka fait très chic-décontracté dans cette tenue. Shizune, qui imite maintenant à la perfection la pose «super Gai», lance son pouce dressé en avant.

Iruka lève les yeux au ciel et file. Avec un peu de chance, il n'y aura pas trop de bouchons sur la route.

...

Dans la bar, les petites tables sont éparpillées dans la pénombre. Une musique d'ambiance style jazz est juste suffisante pour apporter un peu d'intimité aux conversations de chacun. Kakashi est arrivé pile à l'heure, ce qui et assez rare pour être noté. Ne voyant pas Iruka, il a choisi une table et a commandé un premier verre.

Au bout d'une dizaine de minutes, le chirurgien voit débarquer Iruka essoufflé, jetant des regards stressés dans toute la pièce à sa recherche visiblement. Il sourit et lève un bras nonchalant pour attirer l'attention du jeune homme. Malgré la pénombre, le soupir de soulagement d'Iruka ne manque pas à l'œil expert de Kakashi. Croyait-il qu'il allait lui poser un lapin?

Pour être tout à fait honnête, Kakashi y a sérieusement pensé. Et puis finalement, il s'est laissé convaincre par sa petite voix intérieure, lui susurrant qu'il allait probablement passer une très bonne soirée, voire une très bonne nuit.

Iruka s'installe face à lui, et le chirurgien prend le temps de le dévisager de la tête aux pieds.

«Salut Iruka, tu es très élégant ce soir» lance-t-il, un soupçon de taquinerie dans la voix. Pas loupé, l'interne tente immédiatement de se justifier d'une voix mal assurée:

«C'est... C'est Genma qui m'a prêté ce pull. Les fringues, tout ça, c'est pas trop mon truc...»

Kakashi laisse passer quelques secondes, avant de répondre amusé:

«C'était un compliment Iruka. Détends-toi un peu, on dirait presque que tu arrives d'un enterrement!»

Iruka marque un temps d'arrêt, puis éclate tout simplement de rire. Devant le regard interrogatif de Kakashi, il répond:

«Non c'est rien, une blague avec Shizune.»

Iruka commande lui aussi à boire, et les deux hommes décident de trinquer.

«A notre premier rencart alors!» lance joyeusement Kakashi.

Ne voulant pas laisser le silence s'installer entre eux, le chirurgien renchérit aussitôt:

«Bon alors, parle-moi un peu de toi, Iruka. Tu viens d'où?»

Iruka commence à se gratter le nez, nerveux. Puis il plante ses yeux dans ceux de Kakashi. Il ne va quand même pas jouer les vierges effarouchées. Après tout, il s'est déjà tapé le mec qui se trouve devant lui. Plusieurs fois!

«Je viens d'un petit village de pêcheurs, sur la côté Est. Shiba. Mon père était pêcheur.»

«Etait?»

«Il est mort il y a plus de dix ans.»

«Désolé. Et ta mère, elle vit toujours là bas?»

«Oui, j'aurais aimé qu'elle vienne habiter avec moi à Konoha. Mais elle a une santé fragile, et l'air de la mer lui fait du bien.»

Pour le coup, Kakashi ne sait pas trop quoi répondre. L'histoire de la famille d'Iruka ferait presque pleurer dans les chaumières. Comment rebondir là dessus?

«Et sinon, tu as des passions dans la vie? Un truc qui te botte?»

Iruka se remet à se gratter le nez, et Kakashi trouve ça mignon.

«Bah la chirurgie.»

Le chirurgien ne réagit pas immédiatement, absorbé par sa contemplation du jeune homme. Quand il percute enfin, il secoue la tête:

«Non Iruka, la chirurgie c'est ton métier. Je te parle d'une passion, un hobby. Regarde, pour moi par exemple, c'est la musique, le cinéma... Et les chiens!» conclut-il en souriant.

Iruka semble réfléchir intensément.

«Bah j'aime bien le cinéma aussi. Et puis j'aime beaucoup dessiner.»

«Ah oui? Et tu fais quoi, des portraits, des paysages?»

«Un peu de tout, ce que je trouve beau.»

Iruka sent ses joues rosir sous le regard perçant de Kakashi. Et le chirurgien ne peut bien sûr pas laisser passer une telle occasion:

«Il me semble que vous rougissez, M. le grand artiste. Je n'imagine pas M. Monet en train de rougir (1)»

Iruka se met à sourire.

«Tu aimerais que je te dessine?»

«Pourquoi pas»

«Comme Rose dans Titanic alors!»

Kakashi sourit devant l'audace du jeune homme.

«C'est une proposition bien indécente pour un jeune homme si élégant» rétorque le chirurgien, qui arbore maintenant un sourire malicieux.

S'il avait des doutes sur les intentions d'Iruka ce soir, Kakashi sait maintenant à quoi s'attendre.

L'atmosphère finit par se détendre, et les deux hommes passent d'un sujet à l'autre, sans voir le temps passer. Alors qu'ils commandent leur troisième verre, le téléphone de Kakashi se met à sonner. Le chirurgien fronce les sourcils et décroche.

«Allo?»

«Oui Yamato, quoi? Mais c'est génial! Ok ben j'arrive tout de suite! Ouais à tout'!»

Le visage de Kakashi s'est illuminé au moment même où celui d'Iruka s'est assombri. La soirée était bien partie, et voilà qu'un imprévu vient tout bouleverser.

Kakashi se lève précipitamment et se tourne vers Iruka.

«Ben alors, tu viens?»

«Quoi?» répond l'interne, qui attend une explication.

«Viens je te dis, je me doute que tu n'avais pas imaginé finir la soirée comme ça. Mais crois-moi, tu ne vas pas être déçu!» répond le chirurgien, gardant volontairement le mystère.

...

Au bloc, c'est l'effervescence malgré l'heure avancée. Une greffe de cœur, rien de moins! C'est ce à quoi Kakashi vient d'inviter Iruka. Le genre d'opération que l'on est même pas sûr de voir une fois dans sa vie! L'interne comprend à présent l'enthousiasme du chirurgien quand il a reçu le coup de téléphone de Yamato.

Tous les chirurgiens sont mobilisés sur cette intervention à haut risque. Le patient qui va être transplanté a seulement trente ans, et une insuffisance cardiaque sévère avec pour seule option la transplantation. Cela fait déjà plusieurs années qu'il est sur la liste de greffe, plusieurs années qu'il vit avec une épée de Damoclès au dessus de la tête. Et le jour tant attendu est enfin arrivé pour lui!

Les minutes sont comptées. Ainsi Yamato et Hidan vont prélever le cœur du donneur, tandis que Kakashi va débuter l'intervention du patient greffé en installant la CEC. Et puis Hidan apportera le greffon et Kakashi réalisera l'implantation. Ils ont répété ces gestes des centaines de fois, afin d'être prêt le jour J. Ce qu'Iruka ne sait pas encore, c'est que pour Kakashi aussi, c'est une grande première. Il a eu la chance d'assister des chirurgiens pour plusieurs greffes, mais n'a encore jamais volé en solo. Le chirurgien semble pourtant serein.

Kakashi et Iruka ont fini la mise en place et attendent, debout à côté de la table de bloc, que le greffon arrive. Les deux hommes s'observent, et Iruka finit par dire, la voix étouffée à travers son maque:

«Franchement, je ne te remercierai jamais assez Kakashi.»

«Tu étais au bon endroit au bon moment!» répond le chirurgien en souriant sous son masque.

«Ou plutôt avec la bonne personne» lâche Yugao sur un ton malicieux.

Kakashi se tourne lentement vers la jeune femme. Ils n'ont pas besoin de mots pour se comprendre, l'expression de leurs regards suffisant amplement. Kakashi lève les yeux au ciel tandis que l'infirmière laisse échapper un petit rire taquin. Et Iruka remercie le ciel d'avoir un masque sur le visage, tant il doit avoir une tête d'ahuri à cet instant.

Mais il est tiré de ses pensées par Hidan qui arrive enfin. L'homme lève un regard interrogatif vers Iruka mais ne dit pas un mot. Il dépose délicatement le cœur dans les mains de Kakashi, qui l'insère dans la poitrine du patient pour commencer ses sutures. Iruka n'a qu'un rôle de spectateur bien sûr. Mais le simple fait d'être là, d'assister à ça, est tout bonnement exceptionnel. Et le jeune homme mesure pleinement sa chance.

L'opération va durer de longues heures, et les chirurgiens en sortent épuisés, de par la durée de l'intervention, mais aussi de par l'intensité et le stress générés.

Le patient est loin d'être sorti d'affaire. Mais quand Kakashi demande l'arrêt de la CEC, et qu'il voit le cœur du malheureux accidenté reprendre vie dans la poitrine de son jeune malade, il ne peut retenir une exclamation de joie. Après quelques secondes incertaines, la salle s'emplit d'applaudissements.

Kakashi vient d'accrocher un nouveau succès à son tableau de chasse. Et Iruka est particulièrement fier d'avoir pu assister à cela.

...

Le lundi matin, tout l'hôpital ne parle que de la transplantation cardiaque qui a eu lieu dans le weekend. Iruka a bien sûr raconté en détail l'intervention. Ses amis internes oscillent entre admiration et déception: admiration pour la réussite de Kakashi, déception de n'avoir pas pu assister eux même à cette intervention. Shizune, quant à elle, est plutôt déçue qu'Iruka et Kakashi aient été interrompus dans leur petit rendez-vous. Pour une fois qu'ils avaient la possibilité de discuter sans finir obligatoirement par coucher ensemble, à croire que le sort s'acharne.

Mais Iruka a l'air tellement heureux ce matin, qu'elle ne préfère pas le faire tomber de son petit nuage en parlant de ça.

Quand Kakashi arrive à l'internat à midi, tous les internes et médecins présents se lèvent et l'applaudissent. Kakashi remercie tout le monde, explique que ce fut un travail d'équipe et qu'il faut aussi féliciter Hidan et Yamato. Mais tout le monde sait pertinemment que le succès de cette greffe lui revient en premier lieu.

D'ailleurs, une journaliste télé est venue, avec son équipe, pour tenter d'interviewer le chirurgien. La jeune femme, rousse et sexy, perchée sur des talons hauts, et portant un chemisier laissant entrevoir la naissance de sa poitrine généreuse, s'approche d'un pas décidé vers le chirurgien.

«Professeur Hatake, Enchantée, je suis Mei Terumi, de Channel 2. Nous faisons un reportage sur la formidable prouesse que vous avez réalisée avec cette greffe de cœur. Pourriez-vous m'accorder quelques minutes?»

Elle est charmeuse, il faut bien l'avouer. Kakashi la dévisage de haut en bas, et finit par lui offrir lui aussi un sourire charmeur. Le contact semble passer immédiatement entre les deux.

«Mais bien sûr. Venez, allons dans le salon, vous serez plus à l'aise avec tout votre matériel.»

Il laisse passer la journaliste devant lui et pose une main dans son dos pour la guider. Le geste n'a échappé ni à Iruka, ni à Asuma et Kurenai.

«Il va se la taper tu crois?»

«Probablement.»

«Il ne devait pas sortir avec Iruka hier soir?"

«Si. Mais tu connais Kakashi, il ne peut pas résister à ce genre d'invitation. Tu as vu comment elle l'aguiche aussi?»

«Ce n'est pas une raison,» rétorque Kurenai sèchement. «Vous êtes capables de raisonner avec autre chose que votre queue, non? C'est dingue ça! »

«Hé! Ne te fâche pas sur moi, c'est Kakashi le coupable, pas moi!» répond Asuma en enlaçant sa compagne.

«Oui, et bien en tant que meilleur ami, tu as le devoir d'aller lui faire la morale!»

Asuma lève les yeux au ciel.

«Qu'est ce que tu veux que je lui dise hein?»

Kurenai plante son regard dans celui de son homme.

«Tu vas lui dire qu'il est en train de faire souffrir un jeune homme qui compte beaucoup pour nombre de ses amis ici. Et que son comportement d'enfant gâté commence à être pénible. Et que...»

«Ça va, ça va, j'ai compris. J'irai lui parler.»

Iruka, de son côté, ne peut pas lâcher la rouquine des yeux. Elle rit à chaque blague de Kakashi, en passant négligemment sa main dans ses cheveux. Elle a croisé les jambes en s'asseyant, laissant remonter sa jupe et entrevoir la dentelle de ses bas de soie. Kakashi ne semble pas indifférent à la belle. Et Iruka est à peine étonné de voir Mei tendre sa carte de visite au chirurgien. Il ne réagit pas lorsqu'elle prend un stylo et qu'elle y ajoute ce qui doit être son numéro de portable privé. Mais son cœur se serre. Kakashi l'a prévenu, pas d'exclusivité avec lui. Il pensait pouvoir assumer cela, mais il se rend finalement compte que c'est très dur à encaisser.

Iruka est amoureux, et Iruka a juste envie d'aller crever les yeux de cette bombasse en train de draguer son chirurgien.

...

Quand Asuma remonte l'allée dans sa voiture, il serre à droite pour croiser une petit Austin mini, conduite par une jolie rousse. Le neurochirurgien pousse un soupir. On peut dire que Kakashi n'a pas traîné.

Le chirurgien cardio-thoracique est affalé sur son canapé, torse nu, en train de grattouiller son ukulélé.

Asuma ne prend pas la peine de frapper avant d'entrer, et va se poser juste en face de son ami.

«J'espère que c'était un bon coup au moins» lâche-t-il acerbe.

«Bof,» répond Kakashi, «les filles qui surjouent, ça me gonfle rapidement en fait.»

«C'était bien la peine alors!» rétorque Asuma agacé.

Kakashi lève un œil vers son ami.

«Laisse-moi deviner Asuma... Kurenai a ses règles et t'as pas pu tirer ton coup. C'est pour ça que tu es de sale humeur non?»

«Je sais pas ce qui me retient de te foutre mon poing dans la gueule sérieux. Ça te remettrai peut être les idées en place.»

«Oh ça va hein. Je plaisante.»

«Kakashi,» répond Asuma sur un ton assez sec pour attirer l'attention du chirurgien, «il ne s'agit pas de ta remarque déplacée sur Kurenai. Il s'agit de toi. Tu recommences à faire n'importe quoi, tu pars à la dérive, encore une fois! Kakashi, sans déconner, il faut que tu te réveilles mon vieux! Tu as un beau mec, intelligent, gentil, adorable, qui ne demande qu'à t'aimer. Tu as des sentiments pour lui... Ah! Ne dis pas le contraire, tout le monde l'a remarqué!» poursuit-il alors que Kakashi s'apprêtait à répondre.

«Quand est-ce que tu vas comprendre que gâcher ta vie ne le ramènera pas! Il est mort, Kakashi! Minato est mort!»

Kakashi reste abasourdi quelques secondes devant la dureté des propos d'Asuma. Le regard dans le vide, il laisse les mots violents entailler son esprit. Il a envie de pleurer, encore et toujours à l'évocation de son nom. Mais il ne craquera pas, pas maintenant, pas devant Asuma. Il a envie de hurler, à pleins poumons, mais il est complètement hagard. Il se sent vide.

«Kakashi,» reprend Asuma d'une voix plus douce, «il est temps d'arrêter tes conneries mon vieux.»

Et le neurochirurgien se lève, serre d'un geste tendre l'épaule de son ami et quitte la maison, sans un mot de plus.

Kakashi sent finalement les larmes couler sur ses joues. Il se dégoûte, mais ce n'est pas encore assez. Pas encore assez pour se punir, pas encore assez pour oublier, ni pour arriver à se pardonner.

...

Quand il arrive à l'hôpital le lendemain, Kakashi semble éteint. Il sourit, mais ça sonne faux. Il est mal, et Ino le sait. Quand elle frappe doucement à sa porte pour lui apporter un café, il se contente de la remercier et la congédie, de manière polie mais ferme.

Il hésite à aller manger à l'internat, il n'a pas envie de voir du monde aujourd'hui. Finalement, Yamato réussit à le traîner de force pour qu'il mange un petit quelque chose avant de retourner s'enfermer dans son bureau. Il a refilé sa seule opération du jour à Hidan. Et pour que Kakashi refile ses interventions, c'est que quelque chose cloche sérieusement.

Mais la vie a décidé d'emmerder Kakashi Hatake en ce joli jour de mai.

A peine a-t-il posé un pied à l'internat que Naruto lui saute littéralement dessus. L'externe lui chuchote à l'oreille qu'il doit absolument lui parler, en privé. Et depuis quand il est devenu le confident de ce morveux hein? Tout le monde à l'hôpital connaissait son père, il n'a qu'à demander aux autres chirurgiens merde!

Kakashi suit Naruto à l'écart d'un pas traînant. Il va expédier cette conversation et aller bouffer tranquille, sans plus adresser la parole à qui que ce soit.

Quand ils sont enfin seuls, Naruto se retourne vers le chirurgien, qui tressaille sous le regard dur du blondinet.

«Professeur Hatake, j'aimerais que vous m'expliquiez ceci» commence l'externe en tendant une photo à son aîné.

Kakashi jette un œil sur la photo, et soupire. Toujours cette histoire de photo. Mais le cliché est différent: Minato, Obito et lui. La fine fleur de la chirurgie cardiaque de l'hôpital de Konoha, et cela une vingtaine d'années en arrière.

«C'est ton père, Obito Uchiwa et moi. On était les internes de cardio-tho de l'époque.»

«Je ne parle pas de ça, Professeur. Je parle de ça» répond Naruto en pointant du doigt le bracelet que Kakashi porte sur la photo.

Le cœur du chirurgien fait un bond. Merde! Comment a-t-il pu voir ce détail, et faire le rapprochement?

Kakashi lève les yeux vers Naruto. Le jeune homme attend une réponse. Et cette fois, il ne se laissera pas embobiner.

«Et bien c'est un bracelet que j'avais à l'époque.»

«Vous l'avez toujours?»

«Non.»

«Parce que c'est celui-ci» déclare Naruto en désignant le bracelet qu'il porte lui-même au poignet. «Le fameux bracelet qu'on a retrouvé dans la main de mon père quand il est mort.»

Kakashi préfère rester silencieux, l'évidence pouvant difficilement être niée. Après un long soupir, il finit par déclarer:

«J'ai donné ce bracelet à ton père parce que je l'estimais beaucoup. Il a gentiment accepté, pour ne pas me vexer sûrement.»

«Je pense qu'il l'a accepté de bon cœur, Professeur Hatake. C'était même la chose la plus précieuse qu'il semblait posséder au jour de sa mort.»

Kakashi ne peut réprimer un haut-le-cœur en entendant ces paroles. Il a envie de courir, juste de fuir ce jeune homme, qui lui renvoie en pleine face sa culpabilité et son malheur.

«Professeur Hatake,» murmure Naruto, «Kakashi, je pense que mon père vous aimait sincèrement. Et j'espère qu'un jour, vous trouverez le courage de me raconter votre histoire. J'ai compris depuis longtemps que mes parents avaient des problèmes de couple. Mais je me refuse à croire que mon père était un homme mauvais, comme ma mère me le laisse entendre en permanence. Je crois que vous seul pouvez me dire qui était vraiment mon père.»

Kakashi serre les poings, pour se retenir de hurler sa peine. Il aimerait juste que cela cesse, que Naruto arrête de parler. Le jeune homme pose une main sur l'épaule du chirurgien et conclut:

«Quand vous serez prêt, vous me raconterez.»

Et le jeune homme laisse le chirurgien seul, pour rejoindre ses camarades dans le réfectoire. Kakashi chancelle, et a besoin de s'asseoir.

Iruka, qui vient juste d'arriver à l'internat, aperçoit le chirurgien, tête entre les mains dans le petit salon. Il s'approche et appelle doucement:

«Kakashi?»

Le chirurgien relève la tête, et Iruka voit tant de souffrance dans son visage qu'il se rue auprès de lui pour le prendre dans ses bras.

«Mais qu'est ce qui t'arrive Kakashi? Parle-moi, dis quelque chose!»

Le chirurgien semble être en proie à une telle souffrance qu'Iruka ne pense qu'à un problème organique. Il est à deux doigts d'appeler du secours mais une main tremblante se pose sur son avant-bras, tandis qu'une voix rauque lui murmure:

«Iruka, je ... Je suis une ordure. Éloigne-toi de moi, arrête de m'aimer, parce que tu vas souffrir pour rien.»

«Qu'est ce que tu rac...»

Le regard que lui jette alors le chirurgien est chargé d'une sorte de folie frénétique, confirmée par les mots qui suivent:

«Tu l'as vue la journaliste, Iruka, tu sais la petite rouquine? Et bien je l'ai baisée pas plus tard qu'hier! Je suis comme ça Iruka. Je suis un salaud, un pauvre type. Tu vaux mieux que ça, vraiment. Allez va-t-en, oublie-moi, trouve-toi un petit interne mignon et gentil, comme toi.»

Kakashi se lève brutalement et rejoint le hall de l'internat.

La violence de ses mots laisse Iruka scotché sur place. L'interne sait que Kakashi a volontairement choisi de le blesser, parce qu'il est en lui-même dans une détresse psychologique incommensurable. Mais Iruka n'a pas la force de le rattraper. C'est trop dur. Il voit Kakashi quitter l'internat. Alors que la porte se referme sur le chirurgien, il tend la main et murmure juste un «Kakashi attends!» que le chirurgien n'entendra jamais.

...

Kakashi roule vite. Le flot de ses pensées galope au même rythme dans sa tête. Il sent le vent battre ses flancs contre son blouson de cuir. Sur sa moto, il s'enfuit. Loin, loin. Il ne veut plus penser, ni à Minato, ni à Naruto, ni à Iruka, et encore moins à sa piteuse vie. Il sent enfin les larmes couler, amères. Ses yeux s'embuent et il serre les poings sur les poignées de son engin.

Il accélère un peu, prend des courbes serrées dans les virages. Se sentir vivant, mais mort à l'intérieur. S'il pouvait, il se mettrait à hurler: sa colère, sa détresse, son amour perdu, et celui qu'il est en train de perdre à nouveau.

Il accélère encore. Une petite pluie de Printemps a détrempé la route par endroits. La vue est magnifique, la route serpentant à flanc de colline. Son regard se perd dans les paysages.

Une seconde d'inattention. Les pneus crissent sur l'asphalte humide.

Et il s'envole, haut dans le ciel. Il ne maîtrise plus rien. Il vole, et il ne pense déjà plus à rien.

Et puis soudain tout s'éteint. Le noir complet. Le vide infini. Il voit la main d'Enma se tendre vers lui. Une main chaleureuse, promesse muette de ne plus souffrir.

Il a envie de saisir cette main. Et dans un dernier instant de lucidité, il espère que le visage qui lui apparaitra au bout de ce bras sera celui... D'Iruka.

...

(1) Titanic.

Et voilà, fiction terminée! Mais non, je plaisante ^^

L'auteur se réserve cependant le droit de ne pas réanimer tout personnage en état de mort cérébrale dans cette fiction. - ça c'est juste pour coller à ma soi-disant image d'auteur sadique.

Si vous voulez que Kakashi survive, il va falloir laisser un commentaire (yark yark).