Bon, j'avais décidé de vous faire languir un peu. Mais je ne résiste pas au plaisir de publier ce chapitre ^^
Je dédie ce chapitre à Noel Even, qui a publié le 100e commentaire sur Broken Hearts.
Je tiens également à vous remercier tous, fidèles lecteurs. Sans vous, je n'en serai pas arrivé là dans cette histoire. Je suis vraiment heureux de pouvoir partager cela avec vous ^^
(message perso à thewayilovedyouBL : moi je trouvais ça super cool les cours sur les drosophiles. Mais méfie-toi, Orochimaru est peut être juste derrière toi, à vérifier que tu apprends bien ta génétique ^^).
Allez, trêve de suspense, allons voir si notre beau chirurgien s'en est sorti... ou pas!
Bonne lecture!
Chapitre 19: Une grande famille.
«Les gars, vous devez repartir!» lance le régulateur à l'équipe du SAMU, qui vient juste de rentrer d'une intervention.
Le Docteur Dan pousse un soupir.
«Mais qu'est ce qu'ils ont tous aujourd'hui? C'est quoi cette fois?»
«Accident de moto.»
«Ah merde, combien de blessés?»
«Un seul. Apparemment, un gars est passé à travers le parapet de sécurité sur la route 64. Des riverains ont entendu un gros bruit et ont vu de la fumée. Le gars devait rouler très vite. Les pompiers sont déjà sur place, ils tentent de remonter le gars. Il a fait un vol de 50 mètres en contrebas. Etat de choc, un arrêt cardiaque qu'ils ont récupéré de justesse. Va pas falloir traîner.»
«Ok, et bien on est reparti!» lance Dan en faisant un signe à son équipe.
L'ambulance, toutes sirènes dehors, fonce vers le lieu de l'accident.
Baki, l'infirmier du SMUR commente:
«Ca va encore être la boucherie, je le sens. Les accidentés de moto, c'est toujours gore.»
Le conducteur de l'ambulance répond:
«Ouais, ils sont fous ces motards. Encore heureux qu'il se soit planté tout seul, sans impliquer un autre véhicule.»
Dan reste silencieux, concentré. Il sait que l'homme doit être dans un état grave, et qu'il faudra agir vite.
L'ambulancier repère vite le camion des pompiers, qui est garé sur le bas côté, alors que les policiers régulent la circulation, peu importante à cette heure, pour permettre aux professionnels de faire leur travail en toute sécurité.
Dan bondit en dehors du véhicule, suivi de près par Baki, et ils se ruent tous les deux vers la civière que sont en train de remonter les pompiers.
Le blessé est toujours casqué, la coque de la civière recouverte d'une couverture masquant pour l'instant l'étendue des dégâts. Les pompiers déposent délicatement la civière au sol et Dan s'agenouille près de l'homme.
Il lève tout d'abord la visière. L'homme a les yeux fermés, probablement inconscient. Sa respiration est courte, erratique. Avec des gestes précautionneux, le médecin enlève délicatement le casque du motard, et ses yeux prennent une lueur horrifiée.
«Merde!»
Il croise le regard de Baki, tout aussi affolé, et les deux hommes tirent rapidement la couverture de survie qui couvre le blessé.
Baki découpe les vêtements de l'homme et installe les électrodes du scope sur sa poitrine. Ses mains tremblent un peu. Dan lui demande de poser une voie veineuse sur chacun de ses bras.
L'homme pousse un râle et tente d'ouvrir les yeux.
«Kakashi,» murmure le médecin, «c'est Dan, tu m'entends? Tu as eu un accident de moto. On va te tirer de là mon vieux, ok?»
Le chirurgien ne répond pas. A peine arrive-t-il à esquisser un léger mouvement de la main gauche.
Dan ausculte rapidement son ami, tentant de refouler ses sentiments pour ne laisser que le professionnel agir. Mais tout le monde sait qu'il n'y a rien de pire pour un médecin du SAMU que de tomber sur un ami ou un membre de sa famille.
La respiration de Kakashi se fait de plus en plus irrégulière. Il émet un long râle et crache un peu de sang. Mauvais signe.
L'un des pompiers donne quelques informations:
«Il a fait un arrêt cardiaque en bas, mais son coeur est reparti quasiment aussitôt avec le massage. Il a la jambe gauche en miettes, et a craché plusieurs fois du sang dans la remontée. En tout cas, il devait rouler super vite pour faire un tel vol. On n'a pas trouvé de papier d'identité. Ils sont vraiment barges ces motards quand même.»
Dan lève un œil courroucé vers le pompier, même s'il sait qu'il a raison. Kakashi devait rouler trop vite.
«Cet homme s'appelle Kakashi Hatake. Il est chirurgien dans notre hôpital. Dès qu'il sera stabilisé, nous l'emmènerons à l'hôpital. Son état est très grave, je veux une voiture de police sur le trajet pour nous ouvrir la route.»
Le pompier hoche la tête et part prévenir les policiers tandis que Baki et Dan s'activent sur le blessé.
Le médecin sait que Kakashi a besoin de soins urgents. Compte tenu des lésions qu'il a déjà constatées, le médecin sait que la survie de son collègue et ami reste plus qu'hypothétique. Sa seule chance, c'est d'arriver à l'hôpital le plus rapidement possible.
«Allez, on le bouge!» lance Dan
«Tu es sûr?» demande Baki, «il n'est pas très stable, regarde le scope. Il risque de nous refaire un arrêt.»
«Raison de plus pour l'emmener rapidement. Kakashi,» lance Dan au chirurgien, «tu dois t'accrocher tu m'entends? Ne me laisse pas tomber mon ami!»
Aidé par quelques pompiers, Dan et Baki soulèvent la civière, déclenchant un nouveau râle de la part du blessé.
Jamais l'ambulancier n'a ramené un blessé aussi rapidement aux urgences. La voiture de police devant lui trace un boulevard, et en moins de dix minutes, ils arrivent dans le sas des urgences.
Dan a prévenu par téléphone qu'il ramenait un blessé grave. Le médecin a donné l'identité du patient, et il n'est pas étonné de voir toute la fine fleur des médecins de l'hôpital attendre dans le sas. Hizashi Huyga, le réanimateur, Gai Maito, le cardiologue, Asuma Sarutobi, le neurochirurgien et meilleur ami de Kakashi, Shikaku Nara, l'orthopédiste, Zabuza Momochi le chirurgien viscéral, et Hayate Gekko le pneumologue sont tous là, l'inquiétude marquant leurs visages.
La nouvelle de l'accident grave de Kakashi a vite fait le tour de l'hôpital. Et les médecins sont tous venus en personne au lieu d'envoyer leurs internes de garde.
Kakashi est directement transporté dans la salle de déchoquage, suivi par la troupe de médecins. Les patients qui attendent sagement leur tour dans la salle d'attente sont interloqués devant le déploiement de force qui vient de se produire pour ce seul malade.
L'un d'eux, qui attend depuis deux heures pour une plaie à la main, interpelle Zabuza.
«Hé vous, ça fait deux heures que j'attends là. Vous avez besoin d'être aussi nombreux pour un seul patient? En plus on était là avant.»
Mauvaise pioche. Ce n'est pas à Zabuza qu'il fallait dire ça. Le chirurgien toise le patient de toute sa hauteur et lui adresse un sourire carnassier.
«Ok, tu penses que tu devrais passer avant lui. Alors viens voir un peu.»
Zabuza saisit fermement l'homme par l'épaule et le place devant la vitre du déchoquage, juste au moment où Shikaku Nara ôte la couverture masquant les jambes de Kakashi.
Le patient ne peut retenir un haut-le-coeur en voyant le massacre. La jambe gauche du chirurgien n'est plus qu'un amas de chair à vif, d'où ressortent le tibia et le péroné fracturés. Le blessé de la main tente de détourner le regard, mais Zabuza l'oblige à regarder.
«Non non je t'en prie, regarde. Il respire encore. Il doit donc pouvoir attendre que tu sois passé.»
au même moment, Kakashi pousse de nouveau un râle de douleur, et son corps entier se met à trembler.
Le patient finit par se libérer de la poigne du chirurgien viscéral, et court quelques mètres plus loin pour vider le contenu de son estomac dans une poubelle. Zabuza pousse un soupir irrité et pénètre dans la salle de déchoquage. Il se fraye un chemin parmi ses collègues et s'approche de Kakashi, à présent inconscient.
Chaque médecin se presse auprès de Kakashi pour tenter de faire son examen clinique. C'est une grande foire et les infirmières sont complètement perdues devant toutes les demandes de chacun. Les jeunes urgentistes sont eux aussi complètement dépassés.
Kakashi émet de nouveau un long et rauque râle, et se met à cracher une quantité de sang impressionnante.
Et Asuma décide alors de prendre les choses en main.
«Tout le monde dehors!» hurle-t-il d'une voix qui fait trembler la vitre du déchoquage.
Les médecins les regardent et commencent à émettre des objections, mais le regard d'Asuma les arrête sur place.
«Hizashi, Gai et Hayate, vous restez, on va commencer par checker le cœur et les poumons.»
Les deux hommes acquiescent tandis que tous les autres sortent et se postent devant la vitre.
Asuma sort également, et lance:
«Zabuza, tu empêche les internes ou qui que ce soit d'autre de venir voir ce qui se passe ici. Aucune information tant qu'on n'a pas fini le bilan lésionnel. Shikaku, appelle le scanner et dis-leur qu'on a besoin du radiologue immédiatement. Et préviens aussi Tsunade, et les chefs de pôle.»
«Et pour sa famille?»
Asuma marque un temps d'arrêt.
«Il n'a pas de famille proche. C'est nous sa famille.»
Après quelques secondes, il ajoute:
«Préviens Yugao et Yamato. Dis-leur de venir rapidement. Il va avoir besoin d'eux auprès de lui.»
Le neurochirurgien rentre dans la salle de déchocage, tandis que chacun part remplir sa mission.
«Merde, il fait une décompensation respiratoire! Il va falloir l'intuber! La tension chute aussi!»
Asuma sent un frisson parcourir son dos. C'est pas possible! Il ne peut pas perdre son ami comme ça! Il est tétanisé, mais il doit se ressaisir. Les meilleurs médecins de l'hôpital sont tous réunis, ils ne peuvent pas laisser mourir Kakashi!
Tandis que Gai s'affole, Hayate pose une main apaisante sur son bras.
«Attends, il fait un hémopneumothorax, qui comprime à la fois le cœur et le poumon gauche. Il faut juste évacuer l'hématome. Pouvez-vous appeler la banque du sang pour qu'il nous envoie des poches de O neg?» poursuit-il en s'adressant à l'une des infirmières.
Sa collègue a déjà sorti tout le matériel nécessaire au drainage. Hayate se prépare à réaliser son geste tandis que Gai allume l'échographe pour examine le cœur.
Kakashi a les yeux clos, luttant de plus en plus pour respirer. Gai pousse un soupir de soulagement:
«Il y a un énorme hématome effectivement. L'une de ses côtes a perforé la plèvre et le poumon. Mais le cœur n'a rien, et l'aorte est intacte.»
Hayate lève la tête et lui adresse un sourire rassurant, tandis qu'Hizashi contrôle la tension qui continue de chuter.
«Hayate, vas-y, il ne va pas tenir très longtemps.»
Le pneumologue n'a pas le temps de réaliser une anesthésie locale. Tandis qu'il enfonce le drain à vif entre deux des côtes du blessé, il murmure:
«Désolé Kakashi, ça fait mal, mais tu vas être soulagé grâce à ça.»
Le chirurgien n'entend pas les mots de son ami, il ne ressent qu'une nouvelle douleur le traverser. Un cri de douleur parvient à s'échapper de ses lèvres, qui ressemble plus à un râle agonique. Et puis plus rien. Pendant deux secondes, tous les médecins regardent incrédules leur ami, le regard vide, immobile, sans même penser à jeter un coup d'œil au scope.
Et puis Kakashi prend une profonde inspiration. La bouffée d'air qui le ramène quasiment à la vie. L'oxygène arrive enfin à pénétrer de manière efficace dans ses poumons. Il sent des larmes perler à ses yeux, mélange de douleur et de soulagement.
Kakashi alterne des phases de conscience et des pertes de connaissance depuis son arrivée aux urgences. Incapable de s'exprimer, il vit avec angoisse chaque seconde, la douleur lui vrillant le corps. Il a reconnu quelques voix, celle d'Asuma qui semble très inquiet, celle d'Hayate aussi. Il a compris le mot «hémopneumothorax". Il sait que ce n'est pas bon. Il se sent partir à plusieurs reprises mais quelque chose le retient. Il ne veut pas mourir.
Asuma est impressionné par la résistance de son ami. La plupart se seraient déjà évanouis depuis longtemps. Mais Kakashi semble lutter pour ne pas perdre conscience. Il lutte pour vivre.
La tension artérielle de Kakashi remonte lentement et finit par se stabiliser, de même que sa respiration. Les premiers résultats du bilan sanguin arrivent. Kakashi a perdu beaucoup de sang, mais le remplissage débuté sur les lieux de l'accident a permis de le maintenir en vie.
Alors qu'Hayate termine de fixer le drain, Zabuza pénètre dans la salle.
Il écarte Gai, qui a besoin de sortir un peu pour reprendre ses esprits. Et il pose une main sur le ventre de Kakashi. Palpant délicatement l'abdomen du chirurgien à la recherche d'une lésion, il lance d'un voix forte:
«Je pensais bien arriver à te tripoter un jour, Kakashi. Mais pas dans ces conditions là je t'avoue.»
Les autres médecins, rassurés par la stabilisation de leur ami, rient de bon cœur au trait d'humour, conscients que le plus dur est passé, même si le chirurgien est encore loin d'être tiré d'affaire.
«Bon, pas d'épanchement abdominal. Mais j'ai quand même un petit doute à droite. On verra ça plus précisément au scanner» conclut le chirurgien viscéral en s'écartant du patient pour laisser la place au suivant.
Kakashi sait que Zabuza vient de passer à côté de quelque chose. La douleur lancinante de son côté droit est trop importante pour n'être qu'une mâchure due à sa chute vertigineuse.
Il serre les dents lorsqu'une nouvelle vague de douleur l'assaille, et son corps se crispe.
Shikaku a fait son apparition, avec Tsunade. A la vue de Kakashi, Tsunade a du mal à réprimer des larmes. Elle ose à peine s'approcher.
«Que dit le premier bilan?» demande-t-elle à Asuma en détournant les yeux du corps brisé de son chirurgien cardiaque.
«Hémopneumothorax drainé, fonctions vitales stabilisées, a priori pas d'autre lésion interne, mais on va le passer au scanner dans les minutes qui viennent.»
Shikaku s'est rapproché et ajoute:
«Double fracture ouverte tibia-péroné, avec délabrement osseux et musculaire important. Sa jambe est dans un sale état. Je ne suis pas sûr de pouvoir la récupérer.»
Asuma et Tsunade pâlissent, et le neurochirurgien murmure:
«Shikaku, fais tout ce que tu peux pour sauver sa jambe. Et ne dis rien à personne pour l'instant. On verra après l'intervention ok?»
Shikaku hoche la tête.
«J'espère qu'il n'y aura aucune autre lésion au scanner. J'ai besoin de clichés radio rapidement, pour pouvoir envisager toutes les possibilités d'intervention. Je devrais pouvoir opérer dans quelques heures.»
Asuma acquiesce, tandis que les infirmières commencent à bouger le brancard pour emmener Kakashi en radio.
Le chirurgien cardiaque a tout entendu. C'est donc pour ça qu'il ne sent plus sa jambe. Il imagine déjà le pire. Délabrement osseux et musculaire important, ça signifie que Shikaku devra peut-être amputer sa jambe gauche. Son sex appeal risque d'en prendre un coup pense-t-il ironiquement, pour tenter de ne pas céder à la panique. Il ne la sent plus depuis longtemps sa jambe gauche en fait.
Dans le couloir, une cavalcade se fait entendre. Yugao et Yamato débarquent. Tandis que le chirurgien s'arrête à la hauteur des médecins pour faire un état de lieux, la jeune femme se précipite sur Kakashi, en larmes.
«Kakashi, mon dieu, Kakashi! Dans quel état tu t'es mis encore?» murmure-t-elle en entourant l'homme de ses bras. Kakashi laisse échapper un soupir de douleur, qui fait immédiatement se redresser Yugao.
Il tourne un regard épuisé et empreint de douleur vers la jeune femme, et tente de lui adresser un sourire crispé. Mais ce simple effort le vide de ses forces. Il lutte déjà depuis plusieurs heures pour ne pas sombrer dans l'inconscience, mais c'est de plus en plus dur. Il voit l'agitation autour de lui, il entend à présent un tas de voix connues murmurer autour de lui, mais n'arrive plus à comprendre. Il est épuisé.
Il sait qu'il est dans un état grave. Il ne sent plus du tout sa jambe gauche. Le reste de son corps n'est que douleur. Il arrive mieux à respirer, mais une douleur lancinante l'assaille au niveau de son flanc droit.
Il a envie de pleurer. Il a envie de dormir aussi. Il a envie d'abandonner. Trop mal. La voix de Yugao, qui l'accompagne au scanner, le rattache à la réalité. Alors il se raccroche à ça.
Vivre. Simplement vivre. Lui qui pensait que sa vie n'avait pas vraiment de sens, prend conscience qu'il ne veut pas mourir. Il y a encore tant de choses qu'il voudrait faire, tant d'endroits à visiter, tant de gens à aimer. Iruka. Le visage du jeune homme lui apparait, souriant, chaleureux, invitant. Kakashi se demande si l'interne sait qu'il a eu un accident. S'il est mort d'inquiétude, ou bien s'il s'en fout. Après tout, il a été odieux avec lui.
Dans le scanner, il ferme les yeux. Le bruit de la machine lui vrille les tympans. Il ne veut plus penser maintenant, se laisser aller. Il se sait entre les meilleures mains de l'hôpital.
Alors il lâche prise, il s'en remet à ses amis médecins. Qu'ils fassent de leur mieux, lui n'en peut plus de cette souffrance.
Kakashi perd conscience sur le trajet qui le ramène au déchocage, à l'instant même où toutes alarmes du scope se mettent à retentir.
...
Inconscient de tout ce qui se trame aux urgences, Iruka s'est réfugié dans sa chambre d'internat. Pas envie de voir les autres, pas envie de parler. Juste besoin de réfléchir, à l'attitude de Kakashi, aux mots acerbes qu'il lui a crachés au visage avant de s'enfuir. Sa colère semblait cacher une telle détresse! L'interne contemple le plafond et se repasse la scène. Il ne veut pas en rester là. Il veut obliger Kakashi à s'expliquer, une bonne fois pour toutes. Le chirurgien a besoin de crever l'abcès, au lieu de s'en prendre à lui. Iruka est prêt à le pousser au plus bas pour qu'il sorte enfin ce qui lui pourrit le cœur depuis si longtemps.
Iruka sait ce que c'est. Il est passé par là lui aussi. A la mort de son père, il a cru être libéré. Mais la culpabilité n'a pas tardé à le saisir. Il avait le même regard que Kakashi à l'époque, rongé par les remords. C'est Shizune qui l'a sorti de là, en l'obligeant à se confier. Elle a passé de longues heures à l'écouter, patiemment, à lui donner sa vision des choses. Et un jour elle a explosé, une colère phénoménale dont il se souviendra toute sa vie. Elle a dit des choses très dures, il a beaucoup pleuré. Et le lendemain, il s'est réveillé dans ses bras, apaisé.
Et Iruka sait que Kakashi a besoin du même traitement de choc.
Asuma et Kurenai ont bien essayé de le bousculer. Mais ils sont tous trop impliqués dans les vies des uns et des autres. Même si Iruka ne doute pas qu'Asuma puisse être dur avec Kakashi, l'interne sait qu'il n'osera jamais aller aussi loin qu'il le faudrait.
Alors Iruka prend son téléphone et compose le numéro de Kakashi. Il doit déjà être rentré chez lui à cette heure. En écoutant la sonnerie, il se répète déjà ce qu'il va lui dire.
Mais la sonnerie se poursuit et personne ne décroche. Il finit par tomber sur le répondeur, et décide de laisser un message au chirurgien. Une porte ouverte, une main tendue.
«Kakashi, c'est Iruka. Il faut qu'on parle tous les deux. Tu m'as dit des choses blessantes, et je suis prêt à mettre ça sur le compte de la colère. Mais je voudrais qu'on mette les choses au clair une bonne fois pour toutes. Alors rappelle-moi quand tu seras prêt à discuter, entre hommes.»
Iruka pousse un soupir en raccrochant. Il est étonné du ton ferme qu'il avait, mais maintenant la balle est dans le camp de Kakashi.
Au milieu des débris, le portable vibre quelques secondes avant de s'arrêter. Une petite lumière rouge se met à clignoter, éclairant l'herbe souillée d'huile de moteur.
...
«Il décompense! Magnez-vous le train! Je crois qu'on va devoir reporter ton intervention Shikaku, il ne tiendra jamais le coup sous anesthésie» déclare Asuma, qui commence à s'affoler en voyant la tension chuter de nouveau.
«Attends,» répond Zabuza, en tenant le cliché du scanner devant les yeux, «regarde, il a un épanchement hépatique. C'est là que ça saigne. Shikaku, tu me fais une place dans ton bloc? On va commencer par le foie, et tu enchainerais sur la jambe... Si ça se passe bien.»
Shikaku fronce les sourcils.
«Ça va être long pour lui, s'il décompense sur la table...»
«Il tiendra le coup» rétorque le chirurgien viscéral d'une voix ferme.
«Ok, de toute façon on n'a pas vraiment le choix» reprend Asuma, qui s'est ressaisi. «Prenez vos meilleurs internes, je veux tout le monde sur le pont dans dix minutes.»
Le neurochirurgien se retourne vers Yamato.
«Tu te sens de taille à intervenir si ça se passe mal?»
Le chirurgien cardio-thoracique hoche la tête. Hizashi intervient alors:
«Je viens aussi, on ne sera pas trop de deux pour contrôler l'anesthésie. J'ai prévenu Hiashi, il doit déjà nous attendre au bloc.»
Yugao, tremblante et le visage baigné de larmes, se met à crier:
«Moi aussi je veux être sur cette intervention. Il n'est pas question que Kakashi meure!»
Yamato la serre dans ses bras et murmure:
«Yugao, tu n'es pas en état. Je te promets qu'il va s'en sortir. Je te préviens dès qu'il sort du bloc d'accord? Tu vas aller te reposer un peu. Et je t'appelle dès qu'on a fini.»
La jeune femme lève des yeux implorants vers le chirurgien, qui lui adresse un sourire rassurant, ne voulant pas montrer sa propre inquiétude.
Dans les couloirs déserts de l'hôpital, une étrange course se déroule: Kakashi est rapidement descendu au bloc de chirurgie orthopédique. Hizashi a réussi une nouvelle fois à stabiliser le blessé, et confie Kakashi à son frère Hiashi, tout en laissant son regard fixé sur le scope.
Dehors, les chirurgiens s'habillent sans un bruit. Un silence de mort règne dans le bloc.
Les internes appelés en renfort sentent le poids de la tension tomber sur leurs frêles épaules au premier pas qu'ils font dans le bloc.
Genma, pour la chirurgie viscérale, Kankuro, pour la chirurgie orthopédique, Jugo pour la réanimation chirurgicale. Asuma bénit le ciel qu'Hizashi ait choisi Jugo plutôt qu'Iruka. Mieux vaut pour l'instant que le jeune homme ne sache pas ce qui se passe. Il l'apprendra bien assez tôt.
En se lavant les mains, Genma repense à sa réaction à l'internat. Il espère vraiment que Shizune saura tenir sa langue cette fois.
En effet, quelques minutes plus tôt, Genma était encore à l'internat, en train de passer une petite soirée tranquille avec Tsunami, Izumo, Hana et Shizune. Kotetsu était de garde et Iruka avait préféré s'isoler dans sa chambre. Bien sûr tout le monde avait entendu l'altercation entre Kakashi et lui, sans trop savoir ce qui s'était clairement dit.
Quand il a appris la nouvelle, Genma est devenu blême.
«J'arrive tout de suite» a-t-il répondu avant de se lever.
Tsunami lui a demandé ce qui se passait, et il a tenté d'esquiver.
«Je dois aller au bloc en urgence. Un gars qui s'est planté en moto. Rupture hépatique et jambe gauche broyée. On va opérer conjointement avec la chirurgie ortho.»
«Ah ben tu vas y passer toute la nuit je pense! Pas de chance.»
«Ouais, bon allez à plus tard.»
Shizune a immédiatement perçu que quelque chose n'allait pas. D'habitude, quand Genma est appelé en pleine nuit, il peste pendant au moins pendant dix minutes. Et là, rien, pas la moindre petite réaction d'agacement.
Alors juste avant qu'il ne sorte, elle rattrape son ami et le saisit par le bras.
«Qu'est ce qui se passe Genma?» demande-t-elle d'un ton ferme.
Quand il lève les yeux vers elle, Shizune y lit une profonde inquiétude, et la peur s'insinue immédiatement en elle.
«Je... Je ne peux pas te le dire» répond l'interne de chirurgie viscérale en détournant le regard.
«Genma, sans déconner, tu me fais vraiment flipper là. Qu'est ce qu'elle a de particulier cette intervention? Je vois bien que tu es bouleversé!»
Genma plonge son regard dans celui de la jeune femme, il sait pertinemment qu'elle ne lâchera pas l'affaire.
«Je n'ai pas le droit de te le dire.»
«Genma» gronde Shizune.
Le jeune homme pousse un soupir, et après avoir vérifié qu'aucune oreille ne trainait, murmure:
«C'est Kakashi.»
«Quoi?» répond Shizune, qui ne percute pas immédiatement.
«C'est Kakashi qui a eu un accident. Et apparemment son pronostic vital est engagé.»
Shizune pose sa main devant sa bouche pour étouffer un cri, et sent les larmes affluer dans ses yeux.
«Écoute,» reprend Genma d'une voix ferme, «ne dis rien aux autres tant que l'intervention n'est pas terminée. Et surtout, surtout ne dis rien à Iruka. Promets-le moi Shizune!»
La jeune femme hoche la tête et arrive avec peine à chuchoter un «je le promet» étouffé.
Genma la serre dans ses bras et file dans la nuit pour rejoindre le bloc, laissant Shizune en proie à une angoisse grandissante.
Et voilà comment il se retrouve au bloc, à devoir réprimer les tremblements de ses mains. Quand il pénètre dans la salle d'intervention et que ses yeux se posent sur Kakashi, déjà endormi sur la table, il se demande vraiment s'il sera capable d'assurer son rôle d'aide-opératoire. Plus qu'un chirurgien de l'hôpital, c'est maintenant un ami qui est allongé là, dans un état critique. Genma se force à ne pas regarder l'état de la jambe de Kakashi, qu'on lui a annoncée comme terrible.
Il se place en face de Zabuza, déjà prêt à commencer. Le chirurgien, conscient de l'atmosphère chargée et étouffante, lance d'une voix forte:
«Kakashi Hatake est notre collègue, et notre ami à tous. Il est hors de question que nous le laissions mourir aujourd'hui. Si certains d'entre vous ne se sentent pas de taille à affronter cette épreuve, qu'ils sortent maintenant.»
Zabuza laisse passer quelque secondes, et personne ne bronche. Il continue alors:
«Kakashi ne voudrait sûrement pas être opéré dans ce silence de mort. Asuma, mets-nous un peu de musique, histoire que notre ami fasse de beaux rêves pendant qu'on le répare.»
Asuma sourit et part récupérer la clé USB qu'il garde en permanence sur lui. Tous les amis proches de Kakashi se mettent eux aussi à sourire quand ils entendent les premières notes de Mescaline retentir dans le bloc. Zabuza lance un regard à Genma et lui murmure:
«Tu es prêt?»
L'interne hoche la tête, et Zabuza trace d'une main assurée un long sillon sur la peau blanche du flanc de Kakashi.
...
L'intervention a duré plusieurs heures. La rupture hépatique a été rapidement traitée par Zabuza, qui a pu circonscrire l'hémorragie. Dès que ce problème a été réglé, le travail de Shikaku a pu commencer, dans une atmosphère une peu plus sereine, Kakashi n'ayant plus à craindre d'hémorragie massive.
Cependant l'état de la jambe du chirurgien à donné du fil a retordre à l'orthopédiste. Le fracas osseux était important, et le redressement du tibia a été épique. Shikaku laisse Kankuro refermer la longue ouverture qui court sur la face antérieure de la jambe du chirurgien. Il gardera une belle cicatrice de cette petite aventure. Les dernières sutures sont rendues difficiles par le matériel mis en place par le chirurgien. Il a choisi de fixer les deux os de la jambe de Kakashi à l'aide de fixateurs externes. Le but est simple, récupérer une mobilité le plus rapidement possible. De nombreux vaisseaux sanguins ont été lésés dans l'accident. Et même si le travail acharné de Shikaku a permis de revasculariser un à un tous les muscles, ceux-ci ont souffert. Et la reconstruction osseuse prendra du temps. Il n'était donc pas question d'immobiliser la jambe du chirurgien dans un plâtre pendant de longues semaines, et ainsi retarder sa rééducation. Kakashi va souffrir, et il gardera peut être des séquelles de cet accident. Mais il remarchera. Pour l'instant, les impressionnantes broches externes maintiennent sa jambe en place.
Le chirurgien orthopédique s'essuie le front en poussant un soupir. Il jette un coup d'œil à la pendule du bloc. Huit heures du matin. Cela fait plus de dix heures que Kakashi a été pris en charge, dont six bonnes heures de bloc. Tandis que les chirurgiens quittent enfin la salle d'opération, les frères Huyga prennent le relais. Kakashi est transféré en Réanimation chirurgicale, encadré par Jugo et Hizashi. Le réveil sera long, et douloureux, mais Kakashi est à présent hors de danger.
Tous les chirurgiens se sont donné rendez-vous à l'internat pour débriefer et prendre un petit déjeuner bien mérité.
Iruka est surpris de voir tant de monde dans le réfectoire à une heure aussi matinale. Surtout les chefs. Il se sert un café noir et rejoint ses amis, qui se sont installés à une table à l'écart.
«Qu'est ce qui se passe ce matin?» demande naïvement l'interne.
Shizune lève des yeux fatigués vers son ami et lui demande de s'asseoir d'un ton doux. La jeune femme a veillé une bonne partie de la nuit pour attendre Genma. Et lorsqu'il est arrivé, ils ont décidé de rester éveillés jusqu'à ce que Kakashi sorte enfin du bloc. Ils ont vu arriver petit à petit les chirurgiens, et c'est Shikaku lui-même qui est venu leur annoncer que Kakashi était définitivement sorti d'affaire, et que sa jambe avait un pronostic fonctionnel acceptable.
Iruka lève un regard inquiet vers ses amis et reprend, en observant les mines fatiguées de la plupart des médecins présents:
«Sérieux, vous commencez à me faire flipper là!»
«Iruka, on a un truc à te dire. Mais d'abord, assieds-toi.»
Le jeune homme s'exécute, et lance un regard impatient à ses amis. Shizune jette un coup d'oeil à Genma, pour se donner du courage avant d'annoncer la nouvelle à son ami. Elle sait qu'il va réagir au quart de tour, et prend donc le temps de bien choisir ses mots:
«Iruka, Kakashi a eu un grave accident de moto hier soir. Et...»
Black out du côté d'Iruka. Les mots résonnent au ralenti: Kakashi, accident, grave. Associés à la présence des meilleurs chirurgiens de l'hôpital, et aux mines basses de tous, son cerveau imagine déjà le pire. Il n'entend déjà plus la suite. Dans un instant de lucidité, il relève la tête vers ses amis et demande d'une voix tremblante, sans savoir s'il veut réellement connaître la réponse:
«Il... Il est ...?»
Shizune lui offre un sourire rassurant.
«Il est vivant, Iruka. Kakashi est vivant» répète-t-elle jusqu'à ce qu'elle constate qu'Iruka a enfin percuté. «Mais ils ont dû lui enlever un morceau de foie pour enrayer une hémorragie massive. Et sa jambe gauche a été broyée.»
Iruka baisse le nez pour cacher les larmes qui montent inexorablement dans ses yeux, et murmure:
«Mais il est vivant», comme pour se convaincre lui-même.
Genma pose un bras affectueux autour des épaules de son ami.
«Oui, il est vivant. Il va avoir besoin de toi maintenant. Il est en Réanimation chirurgicale en plus. Donc tu vas prendre un bon petit-déjeuner, et aller le voir, dans ton service, d'accord? Et tu lui fera un gros bisou bien baveux pour qu'il se réveille plus vite.»
Malgré l'inquiétude, Iruka ne peut réprimer un petit rire. Après tout, si ça marche sur les princesses, pas de raison que ça ne fonctionne pas sur les princes charmants aussi!
Alors Iruka fait exactement ce que lui ont conseillé ses amis. Quand il sort de l'internat, toujours inquiet mais aussi impatient, il se fait arrêter par Asuma qui était en train de fumer une cigarette.
«Hé Iruka! J'aimerais te parler.»
L'interne s'approche du neurochirurgien. Celui-ci prend le temps de jauger l'interne avant de lancer:
«Ça va, tu tiens le choc?»
Iruka hoche la tête.
«Je voulais juste te dire. C'était un accident. La police est formelle: il roulait trop vite, et il a perdu le contrôle dans un virage parce que la route était mouillée. Je voulais que tu le saches c'est tout.»
Iruka se remémore la fuite de Kakashi, après leur altercation. La précision d'Asuma est importante à ses yeux. D'un hochement de tête, il remercie silencieusement le neurochirurgien, qui reprend d'une voix taquine:
«Allez, va t'occuper de ton nouveau patient. A mon avis, il va te donner du fil à retordre celui-là!»
Iruka sourit et part d'un bon pas vers l'hôpital. Il imagine très bien quelle va être la frustration de Kakashi, passant du statut de chirurgien à celui de patient. Cela promet de bons moments!
...
Une réunion spéciale a été organisée par Hizashi, pour annoncer l'arrivée d'un patient un peu spécial. Toute l'équipe est déjà aux petits soins pour Kakashi, qui émerge doucement de l'intervention. Iruka n'a pas encore osé franchir le seuil de sa chambre. Il a juste aperçu la chevelure argentée du chirurgien, au milieu d'un fatras de machines et de tuyaux.
L'interne s'est alors plongé dans le dossier du chirurgien. Il est devenu blême à plusieurs reprises, prenant conscience de la gravité de la situation initiale: un arrêt cardiaque, suivi de deux ou trois décompensations, un hémopneumothorax drainé en urgence, un hémopéritoine géré au bloc avec ablation d'un demi-lobe hépatique, et pour finir une réduction de double fracture ouverte. Kakashi a l'habitude de faire les choses en grand, mais là, on peut dire qu'il a atteint des sommets!
Iruka sait que le chirurgien ne va pas rester très longtemps dans son service. Dès qu'il sera assez réveillé et stable, il repartira dans le service du Professeur Nara, sa jambe étant à présent le problème principal.
Iruka a attendu l'après-midi pour aller enfin rendre visite à Kakashi. Le bip bip des machines l'accueille, et il retient ses larmes à la vue du chirurgien gisant dans son lit.
L'interne essaye de garder contenance, en vérifiant les constantes sur le scope. Il contrôle le drain thoracique, qui semble déjà ne plus faire refluer de sang. Une très bonne chose. les fixateurs externes qui sortent de la jambe de Kakashi lui retournent un peu l'estomac. Au moment où l'interne se décide enfin à approcher un peu plus près du lit, Kakashi esquisse un mouvement, accompagné d'un gémissement. Par réflexe, Iruka comble la distance et saisit la main du chirurgien.
«Chhh, ça va, tu es en sécurité» murmure le jeune homme.
Kakashi semble s'apaiser au son de la voix d'Iruka. Le jeune homme s'enhardit alors et reprend:
«Tu as fait une drôle de peur à tout le monde, hein Kakashi!»
Il balaye une mèche argentée collée sur le front du patient, qui se met à battre des cils d'une manière adorable. Ouvrant les yeux avec difficulté, Kakashi tente de reconnaitre son environnement. Il a la tête embrouillée, et la bouche pâteuse. Il a l'impression de flotter dans du coton aussi. La perfusion de morphine et l'anesthésie récente probablement.
Il se force à adapter sa vision, et arrive enfin à distinguer le visage qui lui fait face. Et il se met à sourire. Il pense un instant à tenter de parler, mais y renonce rapidement. Alors il fixe l'interne d'un regard fatigué mais d'une rare intensité, comme pour lui dire merci d'être là.
«Je vais aller chercher Hizashi. Il a demandé à être averti de ton réveil.»
Iruka se redresse mais la pression de la main de Kakashi sur la sienne le retient.
Encore un peu. Reste encore un peu semblent dire ses grands yeux noirs. Alors Iruka, dans un mouvement instinctif, se penche sur le chirurgien. Il lui caresse tendrement les cheveux et dépose un baiser sur son front, puis sur son nez, et enfin sur sa bouche. Trois petits contacts pour lui faire comprendre qu'il ne sera jamais bien loin. Kakashi referme les yeux dans un sourire apaisé.
Et Iruka s'empresse d'aller annoncer la nouvelle du réveil de Kakashi.
...
Jamais le service de réanimation n'a connu une telle animation. Une pancarte annonce maintenant la couleur sur la porte de la chambre du patient le plus populaire du service:
«Visites limitées à 5 minutes par personne, y compris pour les médecins!»
Kakashi a besoin de se reposer. Il est à présent totalement réveillé, mais le ballet incessant de ses amis de l'hôpital le fatigue. Et Iruka prend un malin plaisir à jouer les gendarmes. Il profite largement de sa position d'interne du service pour rappeler tout le monde à l'ordre.
«Je suis vraiment désolé Professeur Momochi, mais le Professeur Hatake a besoin de repos. Repassez demain après-midi si vous voulez.»
Le chirurgien viscéral fixe l'interne qui lui bloque l'entrée de la chambre. Un sourire narquois illumine son visage tandis qu'il répond:
«N'en profite pas trop non plus hein!» avant de tourner les talons.
Iruka entre dans la chambre de Kakashi, qui pousse un soupir de soulagement.
«Je croyais qu'il n'allait jamais partir. Je commence à en avoir marre qu'il vienne me papouiller le ventre tous les jours!» lance le chirurgien.
«Qu'est-ce que tu veux, tu es victime de ta popularité» lui lance Iruka taquin. Puis il prend un ton plus sérieux pour poursuivre:
«Bon, comment te sens-tu ce matin?»
«Ça va, mais j'ai encore l'impression de planer toute la journée. Et puis j'aimerais bien qu'on m'enlève ça» répond le chirurgien en montrant le drain.
«Hayate va passer cet après-midi. C'est lui qui décide» répond sobrement Iruka.
L'interne sait que ce drain thoracique est la seule chose qui oblige encore Kakashi à rester dans son service. Et lui aimerait bien que cela dure, encore un peu. Il s'est habitué à voir son chirurgien tous les jours, à s'occuper de lui. Il a même laissé tomber les interventions pour passer plus de temps dans le service. Quand on est amoureux, on cherche la moindre petite occasion pour voir l'objet de ses désirs. Et là, Iruka est royalement servi.
Kakashi se remet doucement. Hizashi lui a raconté tout ce qui s'était passé, et le chirurgien a conscience d'être revenu de loin. Le pronostic de sa jambe reste incertain quant à sa mobilité, mais il arrive à présent à bouger les orteils, et il sent parfaitement tout son membre inférieur gauche. Au pire, il boitera un peu. Mais surtout, surtout, il pourra continuer à opérer. Et rien que ça, c'est un grand soulagement.
Il voit régulièrement défiler tous ses collègues et amis. Asuma et Kurenai passent tous les jours. Il a aussi vu Gai, Zabuza et Hayate bien sûr, mais aussi Itachi, Yamato, Hidan et Kizame. Même Tsunade est venue lui rendre visite. Il ne compte plus le nombre de fois où il a dit qu'il allait bien! Les internes lui ont envoyé un énorme bouquet de ballons pour lui souhaiter un prompt rétablissement. Tout le groupe de Mescaline, ainsi que les petits amis respectifs lui ont rendu visite. Et cela sans parler du service de chirurgie cardio thoracique, qui a mis en place un système de relais, de sorte que chaque jour, au moins deux membres du service passent voir le chirurgien, sous prétexte de lui donner des nouvelles du service.
Kakashi bénéficie également de l'attention accrue de toute l'équipe de Réanimation chirurgicale. En quelques jours seulement, le chirurgien a pris conscience que les gens l'aiment vraiment, et qu'ils se sont fait beaucoup de souci pour lui. Sans être une véritable découverte, il se sent flatté et joyeux. Il n'est pas seul finalement. Si seulement il arrivait à laisser le passé derrière lui, il pourrait avoir une vie riche, entourée d'amis sincères. Cet accident lui aura au moins appris cela: il n'est pas seul.
...
Kakashi est plus qu'heureux de voir le pneumologue arriver. Les yeux brillants d'espoir, et la voix marquant nettement l'impatience, il lance à son collègue:
«Alors, tu es enfin venu m'enlever ce truc?»
Hayate reste dans la retenue, lui offrant un sourire pincé.
«Redresse-toi que j'écoute tes poumons."
Après l'auscultation, il prend le temps de regarder les derniers clichés radiologiques.
«Bon,» lance-t-il sur un ton professionnel qui fait sourire le chirurgien, «je pense pouvoir ôter le drain demain matin. Tu resteras en observation pendant une journée en réanimation. Si tout se passe bien, j'autoriserai ton transfert en chirurgie orthopédique pour jeudi. Ca te va?»
«Super!» lance Kakashi.
Hayate donne ses instructions à l'équipe et quitte le service. Et Iruka a du mal à cacher sa déception. Alors Kakashi va vraiment quitter le service, dans deux jours. Et il n'a même pas eu le temps de lui reparler de leur dernière altercation. L'interne n'a jamais trouvé le bon moment. Et surtout il n'a pas osé abordé le sujet. La relation particulière qu'ils ont entretenue pendant ces quelques jours dans le service était sympathique, parfois taquine. Mais toujours dans la retenue, d'un côté comme de l'autre.
Et maintenant que Kakashi est sur le point de partir, Iruka se demande s'il n'a pas laissé passer une occasion. Mais l'interne ne se sent pas la force d'entrer dans ce genre de discussion maintenant. Il a trop peur de la réaction de Kakashi. Ce n'est pas le bon moment.
Alors demain, il va profiter de ce dernier jour avec son chirurgien convalescent, il puis il le confiera à d'autres, le temps que Kakashi se refasse une santé. Et ils discuteront après, quand il aura récupéré des forces.
...
Iruka ne peut réprimer un soupir de frustration quand Hayate lui annonce que Kakashi quittera le service demain matin, pour la chirurgie orthopédique.
«Ne t'inquiète pas Iruka. Il sera autant cocooné là-bas!» lance le pneumologue d'un ton rassurant.
Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que c'est loin de rassurer Iruka. Il aimerait vraiment être le seul à pouvoir cocooner Kakashi, comme le dit si bien Hayate! Mais l'interne finit par se résigner. De toute façon, il va bientôt changer de stage. La logique voudrait qu'il retourne en chirurgie cardio-thoracique, mais l'intérêt est bien moindre, en sachant que Kakashi n'y sera pas.
Enfin, Iruka a encore quelques jours pour réfléchir. En attendant, il est bien décidé à profiter de sa dernière journée au chevet de Kakashi.
Un petit commentaire pour féliciter l'auteur d'avoir sauvé Kakashi? ^^
Sinon, j'ai une question, amis lecteurs: trouvez-vous les chapitres de Broken Hearts trop longs? Je ne me rends pas compte en fait, mais ils dépassent quand même régulièrement les 7000 mots, et j'espère que ce n'est pas trop.
Voili voilou! A bientôt pour la suite!
