Salut les jeunes! Je m'excuse pour l'attente, mais ça valait le coup (enfin je crois *-*)

En espérant que ce chapitre vous plaise!

Chapitre 21: Aux petits soins.

Kakashi ouvre difficilement les paupières. Il se sent flotter dans une brume épaisse. Aucune douleur cependant, juste l'impression de peser trois tonnes.

Le chirurgien tente de rassembler ses idées tandis que ses yeux essayent machinalement de reconnaître son nouvel environnement. Mais la pénombre de la pièce rend les choses difficiles. Il distingue à peine les contours de ce qui semble être du mobilier de bureau. Sensation de déjà-vu.

Kakashi est bien. Il s'étonne de sentir le poids d'une couette chaude et moelleuse sur lui. Quelques éléments de la nuit passée lui reviennent. Les filles! Qu'ont-elle manigancé cette fois?

Tout à ses pensées, Kakashi manque de faire un bond dans son lit lorsque la porte s'ouvre brutalement. Il tente de se protéger de la lumière agressive du couloir avec sa main, tandis qu'une voix bien connue lui lance:

«Ah, tu es réveillé Kakashi! On pensait que tu dormirais plus longtemps que ça!»

L'autre personne émet un petit rire taquin.

Kakashi rouvre prudemment les yeux et fixe les deux femmes, d'un air faussement sérieux.

«Je peux savoir à quoi vous jouez toutes les deux? Et où suis-je d'abord?»

Yugao se rapproche et s'assied sur le rebord du lit, tandis que Koharu ouvre les volets.

La jeune infirmière de bloc passe une main affectueuse sur le front du chirurgien et lui répond dans un sourire:

«Tu es chez toi!"

Le chirurgien est bel et bien chez lui, enfin dans son bureau, en chirurgie cardio-thoracique! Son lit trône en plein milieu de la pièce, et la triste couverture de l'hôpital a été remplacée par une couette douillette.

Kakashi pousse un soupir, et appréhende déjà les répercussions de cette petite blague de son équipe soignante. Il imagine la panique de l'équipe de chirurgie ortho quand elle va s'apercevoir de sa disparition. Il se tourne alors vers Koharu. Comment sa cadre de santé, réputée intransigeante et particulièrement à cheval sur les règles, a-t-elle pu accepter cette plaisanterie?

Devant le regard interrogateur du chirurgien, la vieille infirmière lance:

«Nous n'allions quand même pas te laisser aux mains de cette équipe de bras cassés quand même. Et puis on leur a laissé un mot, on n'est pas des barbares non plus. De toute façon, on est les mieux placés pour soigner notre chirurgien. Leur kiné peut bien se déplacer jusqu'ici non?»

Kakashi lève les yeux au ciel.

«Mais vous êtes complètement barges en fait! Vous allez vous faire défoncer par Nara, je vous préviens! Vous ne croyez quand même pas qu'il va accepter que je reste ici?»

«Attends de voir ta chambre. A mon avis, tu seras le premier à vouloir rester avec nous quand tu l'auras vue!» réplique Yugao sur un ton mystérieux.

Kakashi pousse un soupir tandis que les deux femmes font rouler son lit dans le couloir, vers la chambre la plus au fond dans le service. Le chirurgien lève une main en guise de salut quand il voit que toute l'équipe le regarder passer, hilare.

Ok, c'est un plan diabolique de toute la cardio-tho en fait. Mais Kakashi, sous ses faux airs de mécontentement, est particulièrement touché et amusé par le geste de son équipe. C'est le genre de blague qu'il aurait volontiers organisée lui-même.

Yugao pousse lentement la porte de la dernière chambre du service, et Kakashi reste sans voix alors que Koharu pousse son lit dans la pièce. Celle-ci n'a plus rien à voir avec une chambre d'hôpital.

La couleur jaune pâle des murs a quasiment entièrement disparu sous des posters des groupes de musique préférés de Kakashi, et des photos agrandies de ses amis. En face de l'emplacement réservé au lit, une commode sur laquelle est posé un magnifique écran plat, ainsi qu'une console de jeux. Dans un coin, Kakashi remarque immédiatement un pied portant sa guitare sèche et son ukulélé. Sur la table de nuit, un petit clavier électrique est posé. Ce sera toujours mieux que le piano sur tablette! Il y a également, à portée de main, une petite étagère contenant toutes sortes de livres et plein de CD.

Le personnel de la chirurgie cardio thoracique a même été jusqu'à installer un petit frigo, rempli de boissons, de fruits et de glaces.

Tandis que Koharu et Yugao immobilisent le lit, Kakashi n'a toujours pas retrouvé l'usage de la parole.

«Alors, on a bien travaillé non?» lance Koharu d'un ton fier.

«Vous... Vous êtes de grands malades sérieux!» finit par lâcher Kakashi, avant de se mettre à rire.

«Et attends, c'est pas fini!» rétorque Yugao en lui tendant un cahier à la couverture cartonnée.

Kakashi sourit en voyant le titre de la première page «Restaurant éphémère le Jolicoeur».

Sur la page suivante, Kakashi reconnait l'écriture de Tayuya, l'infirmière de CEC.

«Ce restaurant éphémère a pour vocation d'offrir à son unique client des repas qui le feront guérir plus vite. Si le client a des envies, dans la limite du raisonnable bien sûr, qu'il n'hésite pas à les signaler. Elles seront satisfaites!»

Kakashi lève de nouveau un regard interrogatif vers Yugao et Koharu. La plus jeune dit alors: «On a décidé de t'épargner la bouffe de l'hôpital. Chaque jour, un membre de l'équipe te ramènera un bon petit plat pour le midi et pour le soir. Regarde,» poursuit l'infirmière en tournant la page du cahier dans les mains du chirurgien, «aujourd'hui c'est Sasame qui s'en occupe. Elle t'a amené un poulet sauté aux petits légumes avec une crème brûlée en dessert, et pour ce soir, rôti de veau et petits pois, et une pomme au four.»

Kakashi secoue la tête gêné.

«Non, mais c'est trop! Vous n'allez pas faire ça tous les jours quand même. Je ne peux pas accepter...»

«Tsss,» rétorque Koharu. «Tu n'as pas le choix. On ne fait pas ça pour tes beaux yeux. On veut juste que tu reviennes vite. Le service, c'est Beyrouth sans toi!»

Les trois collègues se mettent à rire, mais Kakashi sait pertinemment que son équipe n'a pas fait tout ça par intérêt. Il est particulièrement touché par toute l'affection que son personnel lui porte. Cela va bien au-delà du respect pour le chef, il se sent une nouvelle fois aimé. Et il en prend un peu plus conscience à chaque regard qu'il pose dans cette chambre.

«Bon, c'est pas tout ça mais je dois retourner au bloc moi! Repose-toi bien Kashi!» lance Yugao avant de s'éclipser.

Koharu fait également mine de partir, mais Kakashi la retient.

«Koharu, tu te rends compte que vous allez avoir des problèmes quand même?» demande-t-il, d'une voix mal assurée.

La vieille infirmière lui sourit et s'assied sur le bord du lit. Elle plonge son regard dans celui du chirurgien et répond d'une voix douce.

«Je vais te dire quelque chose, que j'aurais probablement du te dire depuis bien longtemps. Juste avant sa mort, Minato...»

Elle marque une pause en voyant Kakashi tressaillir à l'évocation du nom de son ancien chef. L'infirmière pose une main ferme sur l'avant-bras du chirurgien et reprend:

«Minato m'a demandé de garder un œil sur toi, de veiller à ce que tu te sentes toujours bien dans le service. Tu as toujours eu un traitement de faveur ici, et ce n'est pas prêt de s'arrêter. Alors accepte de bon cœur tout ce qu'on fait pour toi aujourd'hui. C'est notre façon à nous de te dire qu'on t'aime très fort.»

L'infirmière se lève rapidement et quitte la pièce sans se retourner, et sans attendre une éventuelle réponse de la part de Kakashi. De toute façon, le chirurgien serait bien incapable de dire quoi que ce soit, tant la déclaration de Koharu le laisse ému.

Le chirurgien repose sa tête sur l'oreiller et son regard se pose sur la photo en face du lit. Elle a été prise chez lui, lors de la dernière répèt de Mescaline. Ses amis, souriants, joyeux. Et au centre Iruka, lumineux. C'était juste avant qu'ils passent une nuit torride ensemble. Pas un très bon souvenir ça. Tout est compliqué avec Iruka, et en même temps si simple.

Mais Kakashi n'a pas le temps de réfléchir plus qu'il entend une voix gronder dans le couloir.

Il sourit, Shikaku n'a pas traîné.

...

«Où est-il?» crie Shikaku en brandissant une feuille dans sa main. L'équipe, réunie dans la salle de soins, oscille entre amusement et crainte. Quelques rires retenus se font entendre, ce qui fait encore plus enrager le chirurgien orthopédiste.

«Nan mais vous avez quel âge sans rire? Passe encore la frayeur que vous avez faite à mon équipe, mais déplacer un patient en pleine nuit, avec des broches dans la jambe, c'est de l'inconscience!»

«Faut pas exagérer quand même. On est des professionnels aussi hein!» rétorque l'une des infirmières.

Le regard que lui lance le Professeur Nara coupe court à toute tentative de défense.

«Shikaku? Qu'est ce qui t'amène?» lance Yamato, qui vient d'arriver, attiré par le bruit.

«Je viens récupérer mon patient» crache l'orthopédiste en tendant la feuille à Yamato.

Nous venons de kidnapper Kakashi Hatake. Aucune rançon n'est exigée. Considérez-le comme définitivement perdu. Haha!

signé: le GCCT.

Le mot a été écrit avec des lettres consciencieusement découpées dans divers magazines. Yamato sourit et lève les yeux vers son équipe.

«Le GCCT?» demande-t-il, plutôt amusé, ce qui tire un soupir agacé du chirurgien orthopédiste.

«Le gang de chirurgie cardio-thoracique» répond fièrement Sasame. C'est elle qui est à l'origine de l'inondante diversion. Et elle semble particulièrement fière d'elle.

«Tu ne peux pas cautionner ça Yamato. Sérieusement, Kakashi a besoin de soins spécifiques, dans mon service.»

Yamato acquiesce, dans un souci d'apaisement.

«Bon les filles, où avez-vous caché Kakashi? La blague était drôle, mais Shikaku a raison, nous ne sommes compétents pour le prendre en charge.»

Koharu se dresse alors et plante ses poings sur ses hanches.

«Arrête Yamato, Kakashi ne demande plus de soins particuliers actuellement. Il a juste de la rééducation. Et votre kiné n'est pas cul-de-jatte il me semble. Il peut se déplacer jusqu'ici non?» conclut-elle en s'adressant à Shikaku.

Le chirurgien, surpris de l'aplomb de la cadre de santé, s'apprête à répondre, mais une voix tranquille le prend de court.

«Yo! Je vous entends gueuler du fond du couloir. Ya des patients qui essayent de se reposer sans déconner!»

«Ah, ben tu tombes bien toi! Allez je te ramène dans mon service ... Attends, qui t'a aidé pour te mettre en fauteuil?»

«Personne!» répond Kakashi, un large sourire barrant son visage. «Je fais mes transferts tout seul maintenant!» poursuit-il en brandissant un pouce en l'air. «Je suis quasiment autonome, je pourrais presque rentrer à la maison.»

«Ne compte pas trop là-dessus. Il te reste encore pas mal de rééducation...»

«Ouais je sais, Raido veut qu'on commence les séances en groupe aujourd'hui, dans la salle de rééduc du rez-de-chaussée.»

Shikaku voit tout à fait où Kakashi essaye d'en venir et fronce les sourcils.

«Si tu essayes de me dire que tu peux rester en ...»

«Ah mais je n'essaye pas, Shikaku, je te le dis: je reste en cardio-tho! J'ai une piaule grand luxe, des menus spéciaux, une télé géante et une console. Franchement, tu peux pas lutter!»

Shikaku se retourne vers Yamato, espérant trouver un peu de soutien de la part du chirurgien réputé le plus raisonnable de ce satané service. Mais il reçoit le coups de grâce.

«Bon et bien je crois que l'affaire est réglée. On prend Kakashi en charge. Je t'assure qu'il ne quittera pas l'hôpital tant que tu n'auras pas donné ton feu vert. Ca te va Shikaku?» finit Yamato en écrivant le nom de Kakashi sur le panneau des chambres du service.

Des rires étouffés s'élèvent dans le bureau alors que Shikaku admet sa défaite. Il pose un regard résigné sur Kakashi et tourne les talons après avoir lancé:

«Tu auras la visite quotidienne de ton externe et de ton interne. Je passerai te voir deux fois par semaine. Et si j'apprends que tu as loupé une seule séance de rééduc, tu reviens illico dans mon service, c'est compris?»

Kakashi hoche la tête, puis se retourne vers les infirmières.

«C'est à quelle heure le petit-déj''?»

Yamato lève les yeux au ciel avant de lancer aux filles:

«Vous l'avez voulu, maintenant il va falloir faire avec!»

Tout le monde éclate de rire tandis que des bruits se font entendre dans le couloir.

«Vite Kakashi! Retourne dans ta chambre! On veut faire une blague aux externes et aux internes. Ils ne savent pas qui est le nouveau patient de la chambre du fond!»

Kakashi a juste le temps de jeter un coup d'œil dans le couloir pour voir Iruka pénétrer dans le bureau des internes, alors que Sasame le pousse jusque dans sa chambre.

...

Les externes entament une nouvelle année universitaire eux aussi. Les choix de stage se déroulent, comme à l'accoutumée, dans un brouhaha indescriptible. Hinata est particulièrement ravie de quitter enfin le module «coeur-poumons». Finalement, Sai et elle ont obtenu de bonnes évaluations de la part de Yamato, qui supplée Kakashi. La jeune Huyga entame donc sa cinquième année de médecine, équivalant à sa deuxième année d'externat. Et elle débute par ailleurs un module complexe, avec l'endocrinologie, les maladies infectieuses et la médecine interne. Mais une Huyga ne recule jamais devant la difficulté. Elle choisit donc la médecine interne, réputée particulièrement exigeante. Juste après le choix, le nouveau chef de clinique de médecine interne réunit ses nouveaux externes. Hinata est heureuse de retrouver Sai, et lui aussi apparemment.

Aoba, fraichement nommé chef de clinique, emmène directement les étudiants visiter le service. Alors que le médecin leur explique comment se déroule une journée type dans le service, Sai se penche discrètement vers Hinata et lui murmure:

«Alors, tu t'es décidée?»

La jeune femme hoche discrètement la tête, avant de répondre dans un souffle:

«C'est bon, je te suis.»

Sai semble satisfait et les deux externes reprennent le fil du discours un peu soporifique d'Aoba, comme si de rien n'était.

A l'étage du dessus, Sasuke pousse déjà des soupirs d'agacement, alors qu'ils ne sont dans le service de pédiatrie que depuis quelques minutes.

«Mais pourquoi faut-il toujours que je me coltine ce crétin?» semblent dire ses yeux noirs.

En face de lui, Naruto fait le pitre avec un gamin perfusé, sous l'œil amusé de Kurenai et de Tsume.

Un gamin de plus ou de moins dans le service, ça ne change pas grand-chose finalement. Et puis Naruto est le fils de feu le Professeur Namikaze. Et rien que pour ça, les deux femmes ont d'emblée de l'affection pour lui. Sasuke n'est pas en reste d'ailleurs. Le petit frère d'Itachi Uchiwa sera autant chouchouté que Naruto. La nouvelle génération semble prometteuse, et les deux pédiatres se lancent un regard complice. Ces trois mois risquent d'être assez intéressants.

...

En cardio-tho, les internes trouvent l'équipe particulièrement bizarre ce matin. Iruka vient de faire la connaissance de ses deux nouveaux collègues, Yoroi et Misumi. Et il a immédiatement compris que ces deux-là ne sont pas du genre à jouer à la loyale. Lorsque Sasame vient lui annoncer qu'un nouveau patient l'attend dans la dernière chambre, Iruka est étonné qu'elle ne lui donne pas le dossier.

«Sasame, il a bien un dossier ce patient. Il est là pour quoi exactement?»

Devant les réponses évasives de l'infirmière, Iruka fronce les sourcils, puis pousse un soupir. Il sent l'arnaque à plein nez. Mais il sait que l'équipe de chirurgie cardio-thoracique l'aime bien. Elle ne s'amuserait pas à lui faire des blagues foireuses. Alors l'interne décide de jouer le jeu et se dirige d'un bon pas vers la chambre indiquée, suivi de près par son nouvel externe pour trois mois.

Iruka frappe et ouvre la porte sans attendre de réponse. La main encore sur la poignée de la porte, il s'immobilise dans l'encadrement, bouche bée. Il s'attendait à tout sauf à ça!

Neji se contorsionne pour tenter de voir ce qui peut bien impressionner son interne à ce point. «Professeur Hatake? Mais qu'est ce que vous faites là? Vous devriez être en ortho!» lance l'externe qui, il a quelques jours à peine, était déjà en charge de ce patient particulier.

Kakashi lève une main en guise de salut, et pose son ukulélé avant de répondre.

«J'ai été kidnappé. Mais mes ravisseurs ont le sens de l'accueil, alors je suis resté!»

Explications brèves, totalement incohérentes, mais qui font sourire Neji. Il a entendu le Professeur Nara piquer une colère monumentale dans le service d'ortho quand il est venu récupérer son évaluation de stage. C'était donc ça!

L'externe bouscule un peu Iruka et pénètre dans la chambre.

«Effectivement, c'est le grand luxe ici!» répond le jeune homme.

Iruka se décide enfin à entrer dans la chambre et s'approche du lit.

«Mais c'est quoi ce cirque?» lâche-t-il visiblement agacé.

«Tu n'es pas content de me voir?»

Iruka plante son regard dans celui de Kakashi avant de répondre:

«Tu relèves de l'orthopédie Kakashi, pas de la chirurgie cardio thoracique.»

L'interne marque une pause, comprenant peu à peu ce que l'équipe tramait depuis ce matin. Au fond, il est assez amusé de ce qu'ont osé faire les infirmières et aide-soignantes du service. Il imagine sans peine la tête de l'équipe d'ortho aussi. Et il ne peut s'empêcher de trouver la blague assez drôle. Il décide alors de faire preuve d'humour lui aussi.

«Remarque, je pourrais peut être d'utiliser comme cobaye. Je n'ai jamais posé de pace maker tout seul. Ça pourrait être l'occasion non?»

Kakashi fixe Iruka d'un air horrifié, absolument pas crédible, avant d'éclater de rire.

«Estime-toi heureux Iruka. Tu as un patient de moins que les autres à ta charge. Plutôt cool non?»

Tandis qu'Iruka jette un coup d'œil à la jambe de Kakashi, histoire de ne pas être venu pour rien, Neji demande:

«Bon, je suppose que je n'ai plus rien à faire ici moi non plus. Je peux descendre au bloc Iruka?»

L'interne sourit, trop content de l'aubaine, et hoche la tête. Il attend patiemment que l'externe ait refermé la porte de la chambre sur lui avant de se retourner vers Kakashi.

«Bon alors, tu m'expliques?»

Kakashi sourit. Il est content de voir l'interne en fait. Et pas seulement pour avoir des nouvelles de ses chiens. Le chirurgien prend le temps d'observer le jeune homme. Il le trouve beau. Mais l'interne commence à montrer des signes d'impatience. Alors Kakashi lui offre son plus beau sourire et répond enfin:

«J'ai vraiment été kidnappé! Koharu, Yugao et Sasame ont débarqué en pleine nuit en ortho, elles m'ont shooté au Tercian et m'ont amené ici. Shikaku est venu gueuler un peu, pour le principe, mais il a du s'incliner devant la détermination féminine. Et voilà, maintenant tu vas m'avoir sur le dos pendant un moment!»

Iruka lève les yeux au ciel, mais au fond, c'est une véritable explosion de joie. S'il avait été assez bête pour choisir le stage d'orthopédie, il se maudirait lui-même sur cent générations à cet instant.

«En tout cas tu es drôlement gâté par ton équipe» reprend l'interne en jetant un regard circulaire dans la pièce. «Tu as de quoi t'occuper!»

«Ouep, j'étais en train de composer une chanson d'ailleurs. Au fait, tu t'en sors avec les chiens?»

Iruka hoche la tête et donne quelques nouvelles des toutous. Il remplit sa petite mission avec plaisir, mais se doit quand même d'informer Kakashi que Mia a détruit l'un des coussins du canapé, par frustration de ne plus voir son maitre probablement. Et que Tyler a fait pipi sur le tapis de la véranda. Et que Wayne et Korben ont réglé le sort de la plante verte qui trônait dans l'entrée. Finalement Jack et Néo sont les seuls à ne pas encore avoir fait de bêtises.

Kakashi se met à rire.

«Et bien, ils t'en font voir de toutes les couleurs mes petits monstres!»

«Nan, ils sont mignons avec moi. Ils ont toujours l'air content de me voir.»

«C'est parce qu'ils savent que tu vas leur donner à bouffer ça!» plaisante Kakashi.

Iruka prend un air vexé avant de rétorquer:

«Non, ils m'aiment beaucoup c'est tout!»

«Ouais, ils ont bon goût mes chiens.»

Iruka marque un temps d'arrêt, conscient du sous-entendu de Kakashi. Le chirurgien évite de croiser le regard d'Iruka, renforçant par ce geste le message implicite.

L'interne hésite, à cet instant, à jouer franc-jeu avec Kakashi. Il est peut être temps qu'ils s'expliquent une bonne fois pour toutes, et qu'ils prennent ensemble une décision quant à leur pseudo relation.

Mais les trois secondes d'hésitation d'Iruka suffisent à Kakashi pour briser le silence, et les espoirs de l'interne en même temps:

«Tu devrais y aller Iruka. Ils ne vont pas t'attendre au bloc. Et mon kiné ne devrait pas tarder non plus.»

Iruka acquiesce, la déception lisible sur son visage, et se lève. Il salue le chirurgien et quitte la chambre, partagé entre la frustration de n'avoir toujours pas réussi à communiquer avec Kakashi, et la joie de le savoir dans son service.

Dans le couloir, il croise un jeune homme très souriant, qu'il ne connait pas.

«Salut!» lance le jeune homme, «je cherche Kakashi, tu peux me dire dans quelle chambre il est?»

Iruka comprend que cet homme est le kiné. Et une bouffée de jalousie l'envahit immédiatement. Le gars est mignon et souriant, et il appelle son patient par son prénom. Tout ce qu'aime Kakashi en somme. Tout ce qui pourrait rapidement mener à une relation bien plus tactile qu'une simple rééducation de jambe. D'ailleurs, rien que de penser que ce type va poser sa main sur le corps de Kakashi donne de l'urticaire à Iruka. L'interne répond sèchement:

«Tout au fond à droite» avant de continuer sa route.

Raido ne s'attarde pas sur l'apparente mauvaise humeur de cet interne, et poursuit sa route.

...

«Allez zou! Je t'emmène en salle de rééducation!» chantonne Raido en aidant Kakashi à s'installer dans son fauteuil.

«Tu as l'air de bonne humeur ce matin Raido! Pas fâché de devoir venir jusqu'ici pour chercher un de tes patients?»

«Non, pas quand il s'agit de mon patient préféré» rétorque le kiné taquin. «Et puis, je suis venu aujourd'hui pour te montrer le chemin. Dès demain, tu viendras tout seul en salle. Il faudra juste que tu fasses bien attention à ne pas te cogner le pied sur le trajet.»

Kakashi hoche la tête tandis que Raido le pousse dans le couloir.

La conversation entre les deux hommes se poursuit jusqu'à l'arrivée dans la salle de rééducation au rez-de-chaussée. A l'intérieur, plusieurs patients attendent déjà le kiné. Raido place Kakashi devant un tapis surmonté de barres parallèles.

«Bon, attends-moi là, je reviens.»

Le kiné se dirige vers les autres patients, et les installe chacun à un poste différent en fonction de leur pathologie. Un homme âgé fait rouler son fauteuil jusqu'à Kakashi et murmure:

«Sous ses airs de petit garçon modèle, ce kiné est un vrai tortionnaire!»

Kakashi sourit en observant le papi. Fracture du col du fémur apparemment. Comme pour répondre à la réflexion du chirurgien, l'homme reprend:

«Je suis tombé dans mon jardin. Col du fémur pété. Ma femme était toute paniquée. Ils m'ont posé une prothèse de hanche. Je suis comme neuf maintenant! Et vous?»

«Accident de moto, fracture ouverte tibia-péroné» répond laconiquement Kakashi.

«Quelle marque?»

«Pardon?» demande Kakashi, dont l'attention est fixée sur le kiné, car il est impatient de commencer sa séance.

«La moto, quelle marque?»

Kakashi comprend qu'il vient de se faire malgré lui un nouvel ami, bavard de surcroit. Il se tourne donc vers le vieil homme pour répondre:

«C'est une... Enfin c'était une BMW R Nine T.»

«Ah ouais quand même! Belle bécane. Ça fait longtemps que je ne suis pas monté sur un petit bolide de ce genre. Mais avec ma hanche toute neuve, je pourrais peut être m'y remettre» lance le papi, apparemment sérieux.

Kakashi le jauge d'un regard en coin et finit par lâcher d'une petite voix:

«Vous feriez mieux d'oublier l'idée.»

Le vieux éclate d'un rire tonitruant, avant de répondre:

«Toi je t'aime bien petit. Je m'appelle Onoki!»

«Kakashi» répond sobrement le chirurgien en serrant la main tendue.

Leur petite conversation est interrompue par Raido.

«Onoki, vous allez vous mettre ici, je vous apporte votre déambulateur.»

Tandis que le kiné s'éloigne de nouveau, Onoki pousse un soupir.

«Voilà ma nouvelle bécane maintenant. Elle a bien des roues, mais il me manque quand même un bon moteur et une pédale de gaz!»

Kakashi sourit alors qu'Onoki se redresse, aidé par Raido qui est déjà revenu.

«Bon allez, à toi Kakashi. Tu vas essayer de faire quelques pas en t'aidant avec les bras. Ne force pas trop, et n'appuie que l'avant de ton pied gauche pour l'instant, c'est compris?»

Kakashi retient une grimace de douleur lorsqu'il pose pour la première fois depuis plusieurs semaines son pied gauche au sol. Il manque de trébucher au premier pas, sous l'effet de la douleur. Il a l'impression que sa jambe va lâcher d'un moment à l'autre.

Et le chirurgien doit se rendre à l'évidence, Onoki a parfaitement raison quand il dit que Raido est un tortionnaire. Le kiné va s'acharner à lui faire faire des allers-retours sur le tapis, jusqu'à ce qu'il arrive à faire toute la longueur sans s'arrêter.

Quand il se laisse tomber dans le fauteuil, après une heure d'efforts, le chirurgien se sent épuisé. Onoki, qui s'apprête à remonter dans le service d'orthopédie, lui lance:

«Hé Kakashi, la prochaine fois on fera la course d'accord?»

Kakashi lève une main que le vieil homme prend pour un oui. Mais honnêtement, c'est plus un geste de politesse pour Kakashi. Là, il n'a envie que d'une chose: son lit.

De retour dans sa chambre, Kakashi hésite. Il n'a pas trop envie de déranger un membre de son personnel, mais il se sent incapable de produire l'effort suffisant pour remonter seul dans son lit. Alors il se résout à actionner la sonnette d'appel.

A peine deux minutes se sont écoulées que Sasame débarque déjà.

«Qu'est ce qui t'arrive? Tu as mal quelque part?» demande l'infirmière à la limite de l'affolement.

Kakashi pousse un soupir amusé.

«Détends-toi Sasa, j'ai juste besoin d'un peu d'aide pour me remettre au lit. La rééduc m'a crevé.»

L'infirmière fronce les sourcils en s'approchant.

«Le kiné n'aurait pas du te faire autant forcer. Ce n'est pas raisonnable.»

«Plus vite je remarche, et plus vite je me tire de l'hôpital. Crois-moi, ça motive!»

«Tu n'es pas content d'être avec nous?» rétorque Sasame d'un air faussement vexé, ce qui tire un rire du chirurgien. Kakashi s'apprête à répondre mais la porte s'ouvre de nouveau.

«Décidément, ma chambre est un vrai moulin!» déclare le chirurgien en voyant débarquer Izumo et Shikamaru.

«Bah si vous n'aviez pas disparu du service, on serait pas obligé de venir jusqu'ici pour la contre visite» balance l'externe, qui trouve apparemment la situation particulièrement chiante.

Izumo lance un regard réprobateur à son externe. Mais Kakashi ne semble pas s'offusquer du franc-parler du jeune homme.

«Vous tombez bien vous deux» lance Sasame, «venez m'aider remettre Kakashi au lit au lieu de rester les bras ballants comme deux idiots.»

Izumo se précipite tandis que Shikamaru traine les pieds.

A trois, ils remettent rapidement le chirurgien dans son lit, en prenant soin de soutenir la jambe fragilisée. Kakashi pousse un soupir d'aise au moment même où il sent le contact moelleux du matelas sous son dos.

«Bon alors,» reprend déjà Izumo, «comment s'est passée la rééducation?»

Kakashi fait part de ses progrès tandis que l'interne examine sa jambe. Constatant qu'il n'y a aucun problème particulier, Izumo décide de ne pas s'attarder. Tandis qu'il sort de la chambre avec Sasame, Shikamaru fait mine d'admirer les posters. Son petit manège pour rester seul avec Kakashi n'est pas passé inaperçu aux yeux du chirurgien.

«Shikamaru,» appelle-t-il d'une voix douce, «tu voulais me dire quelque chose?»

L'externe se retourne et fixe Kakashi.

«J'aimerais que vous jetiez un coup d'œil à ça. Je pense que ça pourrait vous intéresser.»

L'externe quitte rapidement la chambre après avoir déposé quelques feuillets sur la table de nuit jouxtant le lit.

Kakashi lève un sourcil interrogateur. Est-ce bien de l'inquiétude qu'il a cru lire sur le visage du jeune homme?

Intrigué, Kakashi attrape les feuilles et commence à lire.

...

Cela fait maintenant une semaine que Kakashi est arrivé en chirurgie cardio-thoracique. Il poursuit tranquillement sa rééducation. Enfin tranquillement n'est probablement pas le mot idéal.

A chaque fois qu'Iruka voit Kakashi partir à sa séance sur son fauteuil roulant, son cœur se serre à l'idée qu'il va passer du temps avec ce Raido. Mais à chaque fois que Kakashi remonte, maudissant le kiné pour toutes les tortures qu'il lui fait subir, et se jurant de ne pas y retourner le lendemain, Iruka se fend d'un large sourire.

L'interne passe rendre visite au chirurgien quotidiennement. Iruka lui donne des nouvelles des chiens et de la vie de l'internat. Kakashi, lui, raconte ses progrès en rééducation. Une fois, Iruka est arrivé alors que Kakashi composait une chanson. C'est la première fois qu'il a vu le chirurgien si ... Ailleurs, comme dans une bulle, complètement déconnecté de la réalité. Kakashi a même sursauté quand il l'a appelé d'une voix douce. Trop mignon!

Mais aujourd'hui, Iruka est surpris de voir qu'un jeune homme est présent dans la chambre de Kakashi, après l'heure des visites de surcroit.

«Ah salut Iruka! Quoi de neuf?» lance le chirurgien tandis que Nagato observe l'interne avec curiosité.

«Je passais juste voir comment s'est passée ta rééducation avant de rentrer à l'internat.»

Iruka choisit d'ignorer le jeune homme malingre. Il a décidé de faire de même pour toutes les personnes qui gravitent autour de Kakashi. S'il doit se sentir jaloux à chaque fois que le chirurgien adresse la parole à quelqu'un, il va vite se retrouver avec une camisole!

L'interne est surpris quand il entend la voix du jeune visiteur. Elle est éraillée et fatiguée.

«Bonsoir, je m'appelle Nagato. Je suis un ami de Kakashi.»

Là, pas moyen de l'ignorer. Il va devoir se taper la discute avec ce gars. Kakashi n'irait pas jusqu'à draguer un mourant quand même. Parce que ce Nagato, il donne vraiment l'impression qu'il va y rester dans les secondes qui suivent.

«Ouais salut, moi c'est Iruka, un des internes du service... Et un ami de Kakashi aussi.»

L'interne laisse passer deux secondes avant de marmonner un quasi inaudible «enfin je crois», qui fait lever un sourcil à Kakashi.

Le chirurgien fixe l'interne de manière intense, et répond, comme si de rien n'était:

«J'étais en train de faire écouter quelques compos à Nagato. Je vais profiter du piano dans le hall pour lui apprendre quelques trucs.»

Iruka hoche la tête.

«Très bonne idée, je me disais bien que je t'avais déjà vu quelque part» déclare l'interne en se tournant vers Nagato. «Je vous ai vu dans le hall il y a quelques jours. Jolie chanson d'ailleurs.»

Le ton est froid. Kakashi fouille dans sa mémoire et percute. Iruka a évidemment pris la chanson directement pour lui. Kakashi serait malhonnête s'il niait qu'Iruka ne l'a pas un peu inspiré pour ce texte mélancolique. Mais il a eu le temps de réfléchir depuis son hospitalisation. Et il a beau retourner le problème dans tous les sens, il sait à présent qu'il a des sentiments forts pour le jeune homme. Et que c'est réciproque. Chaque pas qu'il fait en arrière, comme cette chanson, rend Iruka triste et amer. Et cela lui brise le cœur. Mais il n'arrive toujours pas à se résoudre à lâcher prise, une bonne fois pour toutes.

Nagato est quant à lui un garçon très clairvoyant. La maladie l'a rendu particulièrement attentif aux autres. Kakashi s'est donc naturellement confié à lui. Le jeune malade est à la fois amusé et attristé par l'attitude de Kakashi. Amusé parce que le chirurgien semble vraiment maladroit et apeuré dès que l'on parle de sentiments. Attristé car il sait que l'amour vrai, sincère, est une chose rare et précieuse, que lui-même risque de jamais avoir le temps de connaître un tel sentiment. Et voir Kakashi gâcher ainsi ses chances d'être heureux l'exaspère.

Nagato observe Iruka. Tout dans l'interne montre son affection pour le chirurgien. Son langage corporel est tellement évident. Ces deux-là sont probablement les pires amoureux que Nagato ait rencontrés! Le jeune homme se met à sourire, bien décidé à leur donner un petit coup de pouce.

«Tu devrais chanter ta dernière compo à Iruka, pour qu'il te donne son avis. Moi je ne suis pas objectif, j'aime tout ce que tu fais de toute façon!» lance Nagato en riant.

Kakashi fixe le jeune homme. Cette chanson, il l'a écrite en pensant à Iruka, et Nagato le sait. Et le chirurgien voit bien où son jeune ami veut en venir. Alors il fronce les sourcils tandis qu'Iruka s'assied, heureux d'avoir une excuse pour rester un peu plus longtemps.

Mais Nagato est bien décidé à ne laisser aucune chance à Kakashi de se défiler. Il tend la guitare sèche au chirurgien, et reprend d'une voix amicale mais ferme:

«Allez, on t'écoute.»

Kakashi pousse un soupir, pour faire comprendre à Nagato qu'il n'est pas dupe, mais le jeune homme lui renvoie un sourire malicieux. Le chirurgien se résigne donc à saisir l'instrument, en prenant cependant soin de ne pas croiser le regard d'Iruka.

(Wrong direction - Passenger)

Iruka fixe Kakashi pendant toute la chanson. Il aimerait croire que ces paroles touchantes lui sont adressées. Mais leur relation a été tellement chaotique jusqu'à présent, qu'il ne sait plus vraiment s'il doit croire au message que lui fait passer Kakashi ce soir. le chirurgien est si compliqué! Pourtant, alors que Kakashi entame le dernier refrain, Iruka sent que le chirurgien a indéniablement changé. Shizune a raison, il n'est plus le même. Il semble prêt à leur laisser une chance. Cette chanson, c'est une proposition:

«Je ne sais pas trop comment faire, j'ai un peu peur, mais j'aimerais bien que l'on essaye quand même.»

Kakashi vient de lui donner la main. La balle est dans le camp de l'interne maintenant. Alors il attend que Kakashi ait reposé sa guitare et, oubliant la présence de Nagato, plante son regard dans celui du chirurgien.

«C'est une très belle chanson Kashi. Pleine d'émotions. Rien n'est plus beau qu'un texte où l'auteur se dévoile.»

Un silence un peu bizarre s'installe entre les trois hommes. Nagato finit par le briser en déclarant qu'il doit retourner dans sa chambre. Il salue Kakashi et Iruka avant de les laisser seuls.

«Iruka, je...»

Mais l'interne ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase. Il a brisé la distance qui les séparait en une fraction de secondes. Une main sur la nuque du chirurgien, il appuye son front sur celui de Kakashi. Leurs lèvres sont si proches que le chirurgien peut sentir leur mouvement sur les siennes lorsqu'Iruka murmure:

«Moi aussi j'ai été blessé par l'amour, mais c'est du passé. Il est temps qu'on laisse tout ça derrière nous, tu ne crois pas?»

Kakashi ferme les yeux et hoche la tête timidement. leurs lèvres se caressent, avec retenue, comme une petite brise printanière, annonciatrice des beaux jours.

Iruka se détache à regret de Kakashi, qui ne cherche pas à le retenir. L'interne lui adresse un sourire silencieux, plein de promesses et quitte la chambre. A partir de ce soir, tout semble plus clair, pour l'un comme pour l'autre.

...

«Franchement, je pense qu'on peut faire l'impasse» lance Kakashi buté.

«Laisse tomber, Kakashi, tu n'y échapperas pas. Allez, saute dans ce fauteuil.»

«Je suis sûr que je peux me débrouiller tout seul» marmonne le chirurgien.

«Écoute, c'est pas la mort non plus! Ya bien des gens qui t'ont déjà vu à poil dans le service non?»

Kakashi fait une moue dédaigneuse pour cacher sa gêne. C'est quoi cette lubie de vouloir absolument lui faire prendre une douche, sérieusement? Il se lave tous les jours quand même. Bon, il aurait bien besoin d'un shampooing. Mais il est hors de question qu'un membre de son personnel lui fasse prendre une douche! Il n'est pas pudique, mais il reste le chef de ce service. Comme garder sa crédibilité après ça hein?

Kakashi croise les bras et décide de jouer de sa supériorité hiérarchique.

«Il n'est pas question que...»

Mais Koharu ne le laisse pas terminer.

«Bon ça suffit tes caprices Kakashi! Tu as gagné, c'est moi qui vais te donner cette douche. Allez, c'est parti!»

Kakashi lance un regard horrifié vers Sasame et les deux aides soignantes présentes, qui ne peuvent se retenir de rire. La tête de leur chef à cet instant est vraiment impayable.

«Tout compte fait, je préfère que ce soit...»

«Trop tard,» le coupe fermement Koharu, «il fallait te décider avant. J'ai passé l'âge de me laisser emmerder par des gamins effrontés.»

Elle ne laisse pas le temps au chirurgien de répondre, poussant le fauteuil hors de la pièce, jusqu'à la salle de bain commune du service.

Dans le couloir, Kakashi croise les médecins et internes qui ont commencé la visite. Il tente sa dernière chance.

«Au secours les gars! Koharu est devenue folle! Sauvez-moi de ces griffes machiavéliques!»

Alors que les médecins s'écartent en riant, Koharu lève les yeux au ciel.

«Nan mais sans rire, Koharu, je suis comme les gremlins, si on me mouille, je me transforme en monstre.»

«Ça ne marche qu'après minuit» lâche Iruka laconiquement.

Kakashi pose un regard outré sur l'interne.

«Ah ben merci de ton soutien! Espèce de traitre va!»

Toute l'équipe éclate de rire, tandis que Koharu reprend sa route d'un pas décidé.

Iruka les suit du regard en souriant. Kakashi semble avoir perdu cette lueur triste dans ses yeux qu'il avait en permanence avant. Chaque jour, l'interne prend le temps d'aller discuter un peu avec le chirurgien. Ils parlent de tout et de rien, Kakashi lui fait écouter ses nouvelles chansons parfois. Une forte complicité s'est installée entre eux. Iruka est particulièrement heureux et fier de voir que Kakashi se confie de plus en plus. Certaines choses restent encore enfouies, mais Iruka a compris que la patience était la clé pour obtenir le cœur de son chirurgien.

Il se remémore leur conversation de la veille. Kakashi lui a parlé de son enfance. Une enfance joyeuse apparemment, malgré l'absence de sa mère, morte en couches. Ils ont ri aux éclats quand Kakashi a raconté ses bêtises de gamin. Et puis au moment de partir, ils se sont embrassés. Iruka ne saurait dire comment cela s'est produit. Mais une chose est sûre, ils en avaient envie tous les deux. C'était un baiser doux, tout en pudeur. Très agréable.

Iruka se reconcentre sur la visite tandis que des éclats de voix se font entendre de la salle de bain, faisant sourire toute l'équipe médicale. Koharu risque de ne pas ressortir indemne de cette douche imposée!

Dans la salle de bain, Kakashi fait encore des siennes évidemment. Buté, il refuse de se déshabiller.

«Kakashi, je pourrais être ta mère. Et j'ai déjà vu des hommes nus je te rassure. Je devrais pouvoir survivre.»

«Mais pas moi! Hors de question que je me désape devant ma cadre de santé!»

«Si tu avais vu l'excitation des filles quand elles ont vu ton nom sur le planning des douches ce matin, je pense que tu ne ferais pas tant de manières avec moi.»

Kakashi lève un sourcil interrogateur.

«Elles étaient déjà en train de chercher un appareil photo pour immortaliser leur apollon de chef !»

Kakashi tente de se retenir mais finit par éclater de rire.

«Tu es en train de me dire que tu m'as probablement sauvé d'un viol collectif, c'est ça?»

«Pas loin en effet.»

Kakashi pousse un soupir et commence à enlever son haut de pyjama. Pour le bas, Koharu lui vient en aide, à cause des fixateurs externes.

En moins de quelques secondes, Kakashi se retrouve assis au fond de la baignoire, les jambes resserrées sur son torse. Koharu ne peut s'empêcher de sourire en réglant la température du jet.

«Allez, détends-toi, je te promets que je ne prendrai pas de photos.»

Sous le jet brûlant, Kakashi se détend en effet. Il lâche des soupirs d'aise quand l'infirmière commence à lui masser la tête. Tout son corps se délasse. C'était une bonne idée cette douche en fait. Il se sent comme un enfant sous les mains expertes de Koharu.

Les dernières traces de savon sont rincées, et Kakashi se redresse dans la baignoire.

«Fais attention, tu va glisser...» lance Koharu tandis que Kakashi tente de se mettre debout.

Pas manqué, le chirurgien chute lourdement. Il a cependant le réflexe de protéger sa jambe gauche en roulant sur le côté.

Le chirurgien lâche un juron en se frottant l'épaule. Le bruit de la chute a dû être impressionnant, car Yamato et Iruka viennent d'entrer précipitamment dans la salle de bain.

«Qu'est ce qui se passe?» demande Yamato inquiet.

«Rien, je me suis cassé la gueule comme une merde, c'est tout» répond Kakashi, visiblement plus vexé qu'autre chose.

Devant l'immobilité des trois autres, le chirurgien continue de râler.

«Venez m'aider au lieu de rester plantés là!»

Alors que les deux hommes le soulèvent pour l'installer sur la chaise à côté de la baignoire, Koharu en profite pour passer une serviette autour de ses hanches.

«Tu vas avoir un beau bleu!» dit-elle en pointant son flanc droit.

Kakashi se contorsionne pour distinguer la belle ecchymose qui apparait déjà.

Iruka pose une main sur le flanc du chirurgien, qui ne peut retenir un frisson au contact. Devant le regard interrogateur de Kakashi, Iruka se justifie:

«C'est juste au niveau de ta cicatrice. Je vérifie juste que ce n'est que superficiel.»

Kakashi se laisse faire. Le contact est plutôt agréable en fait. Ces mains, elles lui donnent toujours des sensations folles, même quand elles se contentent d'un toucher professionnel.

«Ça a l'air d'aller, mais il faudra qu'on demande une écho de principe.»

Iruka se relève et croise le regard de Kakashi. Il comprend, à la lueur brillante des yeux du chirurgien, que ce contact charnel a involontairement provoqué son petit effet chez Kakashi. Alors il sourit, malicieux. Et Kakashi lui rend le même sourire.

Iruka décide alors que ce soir, il va lui demander, une bonne fois pour toutes. Lui demander d'être son petit copain, officiel et exclusif. Pour que les choses soient claires, pour qu'ils puissent enfin aller plus loin que ces petits regards, ces sous-entendus et ces baisers d'adolescents. L'interne sourit à Kakashi, de ce sourire franc et plein d'espoir. Il n'a pas peur, parce que Kakashi arbore le même sourire à cet instant.

Ce chirurgien, qui lui chantait il y a quelques jours avoir pris une mauvaise direction et le regretter, il va lui tendre la main et l'emmener sur une route plus sûre et sereine. Une route à parcourir ensemble, côte à côte, dans la bonne direction cette fois.

Kakashi se rhabille avec l'aide de Koharu, et les deux médecins reprennent le chemin du bloc.

Ce soir, Iruka lui demandera.

...

Kakashi se laisse aller dans la torpeur du soir. Iruka ne devrait pas tarder. Comme tous les soirs, l'interne va venir passer une petite heure avec lui, ils vont discuter, s'amuser, se regarder, se toucher un peu. Peut être l'embrassera-t-il encore? Le chirurgien aimerait bien. Il prend goût à cet amour sucré et tendre. Et il commence enfin à croire qu'être heureux ne lui est finalement pas interdit.

Quand la porte de sa chambre s'ouvre, il lève la tête de son livre, à la fois impatient et enthousiaste. Mais le chirurgien se fige immédiatement, incrédule.

«Salut mon vieux, ça faisait un bail!» lance l'homme qui vient d'entrer. Il s'approche rapidement du lit et enlace Kakashi de ses bras. La tête lovée dans le cou du chirurgien, il murmure:

«J'étais si inquiet quand j'ai appris ton accident! Je suis vraiment désolé de ne pas être venu plus tôt.»

«Je... Comment as-tu su?» demande Kakashi, encore abasourdi par cette apparition qu'il n'attendait vraiment pas.

«Ça n'a aucune importance, je suis là maintenant, c'est tout ce qui compte» murmure l'homme en saisissant le visage de Kakashi entre ses deux mains pour poser délicatement son front sur celui du chirurgien.

Kakashi ferme les yeux, il sent les larmes monter. Quand il les rouvre, il devine dans le regard de son visiteur la lueur de passion qu'il a toujours vue. Le passé, qu'il avait enfin réussi à mettre de côté, vient de lui revenir en pleine face. Et Kakashi a à peine la force de murmurer:

«Obito...»

Mais déjà l'homme s'empare de ses lèvres. Kakashi ne résiste pas, il n'a jamais pu avec Obito. Il ne pense plus à rien, il ne pense plus à Iruka. Il se perd dans les yeux sombres de son ami, dans le goût de sa bouche, dans ses souvenirs les plus noirs.

Il n'entend pas la porte s'ouvrir de nouveau, discrètement. Il ne voit pas Iruka se figer sur le seuil, serrer la poignée à en faire pâlir des phalanges. Il ne voit pas la peine au fond des yeux de l'interne, et le tremblement de sa lèvre inférieure.

Lorsqu'il referme la porte sans bruit, Iruka doit se retenir de fondre en larmes. Pourquoi? Pourquoi lui fait-il ça? N'a-t-il décidément aucun respect pour lui?

Iruka ne veut même pas savoir qui est ce gars. Il renonce. Il ne peut pas lutter de toute façon. Il attend d'être sorti de l'hôpital pour se mettre à pleurer. De peine, de rage, de déception.

Dans la dernière chambre du service de chirurgie cardio-thoracique, deux hommes revivent l'intense passion de leurs vingt ans. Kakashi s'est mis à pleurer lui aussi, et Obito a effacé ces larmes d'un geste tendre.

«Je suis là maintenant.»

Comme une promesse. Malgré le temps, malgré les cicatrices. Obito est là maintenant. Et tout s'en trouve bouleversé.

Oui je sais: je suis un auteur sadique, diabolique, cruel, machiavélique... Allez-y, vous pouvez vous lâcher lol, j'assume entièrement ma cruauté envers Iruka ^^. Je sais qu'il me remerciera quand même à la fin de cette histoire :p

Nous arrivons progressivement à la fin du 2e arc: encore trois chapitres, avec notamment des révélations sur le passé de Kakashi et de Minato (enfin, une version de ce passé ^^).

Un petit commentaire à faire? N'hésitez pas, j'adore ça ^^