Voilà enfin le début du troisième et avant-dernier arc de Broken Hearts!

Je tenais à vous remercier pour votre patience. J'avais besoin de faire le point sur cette histoire, avant d'entamer la suite.

J'ai relu tous vos commentaires avant de m'y remettre. Et je ne saurai jamais comment vous remercier pour tout l'enthousiasme que vous portez à cette histoire. Je suis touché, vraiment, par vos chacun de vos messages. Les mots me manquent vraiment pour vous exprimer ma gratitude.

J'avoue que je débute ce 3e arc avec un brin d'anxiété. Peur de ne pas être à la hauteur de vos attentes en fait. Vous semblez tellement attendre la suite que ça me met une pression de fou lol!

J'espère que vous ne serez pas trop déroutés par le changement de ton de ce nouvel arc.

Je vous souhaite une bonne lecture!

Chapitre 25: chassé croisé.

«Maman! Je vais y aller! Mon bus part dans vingt minutes!» crie Iruka dans l'entrée, un peu agacé.

Sa mère finit par apparaître en haut de l'escalier, les yeux rougis. L'interne lui offre un sourire désolé, et murmure:

«Tu sais bien que je ne peux pas rester plus longtemps. J'ai un travail, et...»

«Je sais mon fils» répond la femme sur un ton affectueux. «Mais tout adulte, et tout chirurgien que tu sois, tu resteras toujours mon petit garçon. Et je serai toujours triste de te voir partir.»

Iruka lève les yeux au ciel pour le principe. Mais il sait, au fond, que c'est exactement pareil dans l'autre sens. Sa mère, quoi qu'il arrive, restera toujours la femme qui l'a mis au monde, l'a chéri et l'a élevé. La femme à qui il doit tout ce qu'il est aujourd'hui.

La femme descend prudemment les dernières marches. La maladie, cette insuffisance cardiaque chronique qui l'épuise en permanence, se lit sur son visage. Elle souffre du moindre effort, même si elle fait tout pour ne pas le montrer. Iruka fronce les sourcils: malgré le traitement, il sait que la maladie continuera d'évoluer, doucement, jusqu'à ce qu'une poussée plus forte ... Le jeune homme secoue la tête, comme pour évacuer ces sombres pensées.

Mais déjà sa mère est devant lui et le serre dans ses bras.

«Iruka, mon chéri, prends bien soin de toi, d'accord?»

«Oui maman.»

«Pense à bien manger et à te reposer.»

«Oui maman.»

«Et essaye de t'amuser un peu aussi. Le travail, c'est bien beau, mais il faut aussi avoir des loisirs.»

«Oui maman!»

Iruka pousse un soupir agacé, et sa mère se recule en souriant.

«Tu as pris les petits cadeaux pour tes amis?»

Iruka hoche la tête en brandissant un sac rempli de boites en plastique: pour sûr ses camarades vont être ravis, surtout Genma qui adore les pâtisseries de sa mère.

«Bon, je crois qu'il est temps de nous dire au revoir alors. Et tâche de ne pas trop attendre avant de revenir me voir d'accord?»

La femme a prononcé cette dernière phrase avec douceur, sans aucun reproche ni amertume. Elle laisse partir son fils avec le sourire. Elle a compris depuis longtemps qu'on ne possède pas un enfant. Le rôle d'une mère, c'est avant tout de donner à son fils les meilleurs atouts pour atteindre ses rêves. Et c'est pour cela que la mère d'Iruka sourit aujourd'hui: parce que son fils est en train de réaliser ce qu'il a toujours souhaité.

«Oh attends! Tu as oublié ça dans le jardin hier soir!»

La femme tend le carnet à dessin mais, dans la précipitation, le fait tomber au sol. Le carnet s'ouvre pour laisser apparaître le visage d'un jeune homme.

«Tiens, tu as dessiné Idate?» demande innocemment la mère d'Iruka.

Le jeune homme referme rapidement le carnet et répond sobrement:

«Oui, ça m'a fait plaisir de le revoir. j'ai l'impression qu'il n'a pas changé, toujours aussi enthousiaste pour tout.»

La mère d'Iruka sourit.

«Idate est un bon garçon. Mais je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi: il n'est plus l'enfant que tu as connu, c'est un jeune homme maintenant.»

Iruka observe sa mère, feignant de ne pas comprendre ce qu'elle sous-entend. la femme sait qu'il est attiré par les garçons depuis un moment déjà. Et elle aimerait le voir entretenir une relation stable avec quelqu'un. Ils en ont peu parlé pendant ces quelques jours, Iruka préférant éviter le sujet. Au cours de son séjour, il a passé de bons moments avec Idate. Le jeune homme a plein de rêves et d'idéaux, il est gentil et très attachant. Mais sa vision un peu simple de la vie semble bien éloignée du tumulte de Konoha. Idate est comme pêcheur avec son père. Iruka et lui ont beaucoup parlé de «la grande ville» comme il l'appelle. Le regard qu'Idate a de Konoha est celui qu'ont tous les habitants de province qui n'ont jamais quitté leur village: une ville brillant de mille feux, où tout est possible, où chacun peut réussir, peut réaliser ses rêves. Mais Iruka sait aussi qu'Idate ne tiendrait probablement pas vingt-quatre heures dans la jungle urbaine.

Le jeune interne prend une dernière fois sa mère dans ses bras avant de quitter la maison. Il décide de prendre le petit chemin qui longe la plage, afin de pouvoir admirer la mer une dernière fois. Les pêcheurs sont déjà à pied d'œuvre, tirant leurs barques à l'eau.

Iruka sait qu'Idate aurait aimé aller plus loin avec lui. Il l'a même embrassé un soir où ils étaient restés tard sur la plage, à admirer les étoiles. C'était plutôt agréable d'ailleurs. Mais voilà, la vie d'Iruka est à Konoha maintenant. Alors l'interne préfère voir cette petite idylle comme un amour de vacances. Qui sait, peut être que leurs chemins se croiseront de nouveau bientôt?

Alors qu'il respire une dernière fois les odeurs du bord de mer, Iruka voit justement Idate lui faire de grands signes de la main. L'interne sourit et lui renvoie son salut. Le jeune homme lui crie ce qui semble être un «au-revoir Iruka!» mais la brise emporte les mots au loin.

Iruka poursuit sa route jusqu'au point de départ des bus. Les vacances sont bel et bien finies, ses batteries sont rechargées à bloc, il ne pense plus à Kakashi. Presque plus.

Le bus s'immobilise et déverse un flot de touristes, chapeau de paille et lunettes de soleil en place, prêts à profiter à fond de leur séjour.

Iruka attend patiemment que tout le monde soit sorti et s'approche des coffres latéraux. Au moment où il hisse sa valise, il sent une violente poussée dans son dos et se cogne contre la porte du coffre.

«Aïe!» lâche-t-il en se frottant le crâne.

«Oh je suis désolée! Vraiment désolée! Vous n'êtes pas blessé au moins? Laissez-moi voir!» dit une jeune femme encombrée par un vieux sac de voyage et une planche de surf.

«Ça va, ça va. Je me suis juste cogné. Ce n'est pas grave.»

La jeune femme le regarde d'un air contrit.

«Je vous assure que ce n'est rien» reprend le jeune homme.

La jeune femme pousse un soupir de soulagement bruyant, qui fait sourire Iruka. Cette jeune personne a l'air d'être haute en couleurs. Des bracelets de perles multicolores ornent ses poignets et ses chevilles, et ses longs cheveux bruns sont maintenus en tresse par une jolie barrette en bois sculpté. Avec un chapeau de paille défraichi et des claquettes elles aussi perlées aux pieds, une expression vient immédiatement en tête: «peace and love». La planche de surf, l'appareil photo argentique et le sac à main à franges achèvent le tableau baba cool. Iruka ne serait vraiment pas étonné de la voir se rouler un pétard dans la minute. Mais la jeune femme originale semble également respirer la sympathie et la joie de vivre. Elle lui ferait presque penser à Idate, enfin sur le plan du caractère seulement. Le pauvre serait probablement complètement perdu face au style de la jeune femme. Sans vouloir être offensant, Iruka sait qu'Idate est un campagnard.

Tandis qu'il observe la jeune femme lutter pour réussir à porter son sac de voyage, sa planche de surf et son sac à main en même temps, Iruka décide de lui proposer son aide. De toute façon, le chauffeur du bus vient de s'allumer une clope: a priori il a dix bonnes minutes devant lui avant le départ.

«Hé mademoiselle, attendez! Je vais vous aider!» lance Iruka en se lançant à la poursuite de la jeune femme. Celle-ci se retourne et lui offre un large sourire.

«Ah ça ce n'est pas de refus! Je ne vais pas bien loin de toute façon. Mes amis m'ont donné rendez-vous à l'entrée de la plage, là bas» reprend-t-elle en désignant le petit chemin de sable, à une centaine de mètres de là.

«Je pense que je vais devoir attendre un peu, ils ont dû aller se faire quelques vagues avant mon arrivée.»

Iruka saisit le gros sac de voyage et emboite le pas de la jeune femme.

«Je m'appelle Yakumo Kurama!» lance joyeusement la jeune femme en s'affalant à même le sol, après avoir posé sa planche contre un palmier.

«Iruka Umino, enchanté.»

«Tu habites ici? Tu as vraiment de la chance, c'est un petit coin de paradis!»

Le jeune homme sourit, parfaitement conscient de sa chance.

«Oui, je suis natif de ce village. Mais j'habite à Konoha maintenant.»

«Ah, la grande ville! Moi j'ai justement décidé de quitter tout ça. Je parcours la côte à la recherche d'un point d'attache définitif. Qui sait, peut être que je m'installerai ici!»

Iruka lui sourit. Lui a fait exactement le chemin inverse, il a tout quitté pour rejoindre Konoha. Les destins sont ainsi faits.

Le klaxon du bus retentit, annonçant le départ.

«Bon, je dois te laisser. J'espère que tu te plairas à Shiba!» lance l'interne en s'éloignant.

Iruka monte dans le bus et s'installe à l'arrière. Tandis que le véhicule démarre, il jette un œil dans la vitre, et voit Yakumo lui faire un gentil signe de la main, avec en fond la mer qui scintille. C'est Shiba, c'est chez lui, et il espère pouvoir revenir très bientôt.

...

«Je voudrais acheter cette moto» déclare le chirurgien en pointant l'un des engins en exposition dans le magasin.

Les yeux du vendeur s'allument. Ce client a l'air de savoir ce qu'il veut, et lui va gagner une belle commission. Parce que ce n'est pas tous les jours qu'on vend une Norton Commando 961 SE!

Kakashi lance un regard agacé au vendeur. Bon alors, il se décide ou quoi? L'homme en costume impeccable indique un petit bureau, au centre du hall d'exposition.

«Si vous voulez bien me suivre.» Avec la petite courbette en prime.

Kakashi s'installe dans le fauteuil tandis que le vendeur sort la brochure correspondant au magnifique engin.

«C'est un très bon choix, Monsieur. Cette moto a de nombreuses qualités, notamment...»

«Bon, je vais être clair,» l'interrompt Kakashi, «je connais déjà toutes les caractéristiques de cette moto. Je veux juste l'acheter, maintenant, et repartir avec. C'est possible, oui ou non?»

Le vendeur marque un temps d'arrêt. Le ton du chirurgien est ferme sans être totalement désagréable. Et le vendeur comprend que son client est le genre d'homme habitué à avoir ce qu'il veut.

«L'acheter... Mais bien sûr, bien sûr... Mais... par contre il y a des délais de livraison et ...»

«Et celle-là?» répond Kakashi en désignant l'engin d'exposition.

«Ah mais c'est notre modèle d'exposition. Vous comprenez, il vaut mieux vous en commander une qui sort directement de l'usine...»

«Je n'ai pas le temps d'attendre. Si je ne peux pas avoir celle-ci, j'irai m'adresser ailleurs. Merci de m'avoir accordé un peu de votre temps» répond Kakashi en faisant mine de se lever.

«Attendez!» lance le vendeur sur un ton qu'il aurait voulu un peu moins désespéré. «Je... Je vais demander à mon directeur d'agence de venir.»

Kakashi se rassied en silence, un sourire narquois plaqué sur le visage. Il sait qu'il a d'ores et déjà gagné.

Le directeur de l'agence finit par arriver, en pestant. Il prend cependant une attitude commerciale à la minute où il entre dans le bureau, à savoir sourire mielleux, poignée de main ferme mais pas trop. Pour lui, c'est encore un client qui a une lubie, qui doit à peine savoir conduire une moto, qui a peut être tout simplement gagné au loto et a décidé de réaliser son rêve d'enfant en s'achetant une grosse moto qui va vite.

«Si j'ai bien compris, vous désirez acquérir la Norton Commando 961 SE. Vous savez que c'est une édition limitée n'est-ce-pas?»

«Bien sûr, fabriquée à deux cents exemplaires dans le monde. Il en reste à peine une vingtaine à vendre sur le marché. J'ai été très étonné que vous en ayez une en expo d'ailleurs.»

«Ah c'est le privilège de notre enseigne! Nous faisons dans l'excellence Monsieur?»

«Hatake. Bon, vous me la vendez ou pas? Je veux cette moto et je paye cash. Si vous ne me la vendez pas, il ne me reste plus qu'à aller chez votre concurrent, Konoha motorbikes. Je les ai appelés tout à l'heure, et eux aussi en ont une en expo apparemment, qu'ils semblent prêts à vendre, eux.»

Bluff total. Kakashi sait très bien que cette moto n'est en exposition que dans le magasin où il se trouve actuellement. Mais l'argument a l'air de fonctionner. Le directeur a pâli en entendant le nom de son concurrent direct. Et il semble plus conciliant tout à coup.

«Bon, je suis prêt à vous faire une faveur. Considérez cette moto comme la vôtre» lui répond le directeur en lui offrant un sourire forcé. «Mon employé va vous préparer les papiers d'acquisition. comment désirez-vous régler?»

«Carte bleue» répond Kakashi.

Le vendeur ne peut retenir un «oh» d'exclamation, aussitôt réduit au silence par un regard assassin de son directeur. «Mais qui se trimballe aveec une somme si importante sur son compte courant?» semblent vouloir dire les yeux du pauvre employé.

«Fort bien, fort bien» reprend le directeur. «Je vous propose d'aller essayer votre nouvelle moto, le temps que nous éditions la facture. Cela vous convient-il?»

Kakashi se lève en hochant la tête. Le directeur va probablement en profiter pour appeler ssa banque, afin de vérifier qu'il est solvable. Mais au moins, un peitt tour en moto l'occupera un peu.

Tandis que le chirurgien se dirige d'un pas tranquille vers la moto, le directeur se tourne vers le vendeur.

«Tu vas voir qu'il ne va même pas être fichu de la démarrer. Elles sont sensibles ces bécanes!»

Comme en écho à sa remarque, le moteur de l'engin se met à vrombir dès que Kakashi a tourné la clé. D'un geste sûr, il abaisse sa visière, replie la béquille et part en trombe du garage d'exposition.

«Tu disais?» reprend le vendeur ironique.

«Dépêche-toi de faire les papiers!» crache le directeur.

Kakashi prend la première bretelle pour sortir de la zone commerciale et s'engage sur le périphérique de Konoha. Il s'offre quelques petites accélérations, mais reste raisonnable. le souvenir de son accident se fait encore ressentir parfois dans sa jambe gauche. Il quitte rapidement le périphérique et prend le chemin du retour. Sa nouvelle moto semble indéniablement attirer l'attention. Quand il revient sur le parking de la concession, il décide de garer son engin juste devant l'entrée.

Le chirurgien rentre d'un pas pressé, se dirige vers le bureau et ne prend même pas la peine de s'asseoir.

«Alors c'est bon?» demande-t-il impatient.

«Oui Monsieur. Voici le document officiel d'acquisition. J'ai besoin de votre permis moto, et d'une deuxième pièce d'identité.»

La gêne du vendeur fait sourire Kakashi. Il tend les papiers demandés et règle son achat, presque comme s'il était à la caisse d'un supermarché. D'ailleurs Kakashi ne s'attarde pas: il fourre les papiers dans sa poche et quitte la concession après avoir sobrement salué le vendeur et le directeur. Tandis que le chirurgien remonte déjà sur sa moto, les deux hommes se regardent hébétés. Au moins ils auront quelque chose à raconter à la maison ce soir!

...

Tsunami lève un regard dépité vers l'une des tables de l'internat, qui semble attirer l'attention de tous.

«C'est un cauchemar. Dites-moi que je vais me réveiller!» marmonne-t-elle.

Genma se met à rire.

«Tu ne crois pas que tu en fais un peut trop?» répond-t-il gentiment.

Le regard que lui lance sa petite amie est effrayant. On pourrait presque voir l'aura meurtrière se matérialiser autour d'elle.

«Regarde!» dit-elle en saisissant la tête de Genma et en le faisant pivoter de force. «Et ose me dire que ce n'est pas terrorisant!»

«Qu'est ce qui est terrorisant?» demande Shizune qui vient d'arriver avec Kotetsu.

«Tsunami n'arrive pas à se remettre de la nouvelle coupe de cheveux de Rock Lee» répond Yugito en riant.

«Qui ça?» demande Kotetsu, qui a déjà commencé à engloutir ses épinards, sous le regard dégoûté de Genma.

«Rock Lee, un interne de première année. Il est avec nous en cardio» reprend Yugito.

«Ah, et alors, c'est si affreux que ça?» rétorque Shizune, qui connait à présent assez Tsunami pour savoir que son côté fashion victim ne tolère pas la moindre faute de goût. la jeune interne cherche alors à repérer le fameux Rock Lee. Sa bouche forme un rond parfait tandis que ses yeux s'écarquillent.

«C'est... C'est... Oh mon dieu! C'est un vrai cauchemar!»

«Ah vous voyez! Je vous l'avais dit! Merci Shizune, tu sembles être la seule personne lucide de ce groupe!» renchérit Tsunami.

Une nouvelle promotion d'internes a en effet pris ses fonctions depuis le début du mois. Certains, qui étaient externes ici, sont déjà connus. D'autres viennent d'horizons plus ou moins lointains. Rock Lee était un des externes les plus travailleurs et assidus de Konoha, bien que limité. Mais sa nouvelle fonction semble lui avoir donné des ailes. Il s'est découvert une passion pour la cardiologie et a donc tout naturellement choisi ce stage en premier choix. Mais l'amour qu'il voue à cette discipline semble s'être à présent porté sur son flamboyant chef de service. Ainsi, Rock Lee est arrivé ce matin, arborant fièrement sa nouvelle coupe au bol, exacte réplique de celle de Gai Maito.

«Je crois que seules les personnes étant passées en cardiologie peuvent comprendre ce que nous vivons actuellement, Yugito et moi» reprend Tsunami sur un ton navré.

«Oh les filles, vous êtes pas sympas quand même. On ne peut pas tous être des beaux gosses non plus hein! Et puis il a l'air plutôt gentil et dévoué non? Vous n'avez qu'à en profiter et lui refiler une partie de votre travail!» rétorque Genma.

«Dévoué? Nan, à ce niveau c'est plus que de la dévotion crois-moi! Rock Lee, c'est tout simplement une version miniature de Gai Maito. Mêmes expressions, même allure, mêmes délires dithyrambiques sur le cœur. Je te jure que c'est flippant!» répond Yugito.

«Franchement, je vous plains sincèrement les filles. Si je peux faire quoi que ce soit pour vous, n'hésitez pas!» lance Shizune qui leur lance un regard sincèrement désolé.

Kotetsu se met à soupirer.

«Vous êtes vraiment pas croyables quand même! Je suis d'accord avec Genma, je trouve vraiment que vous exagérez. Ce pauvre Lee va devenir le souffre-douleur des internes si vous continuez comme ça. Et c'est vraiment pas sympa.»

«C'est marrant, on aurait presque l'impression d'entendre Iruka!» le taquine Shizune.

«Tiens en parlant d'Iruka, il rentre ce soir non?»

«Ah oui, il faut qu'on aille le chercher au bus! Qui vient?»

Genma et Tsunami lèvent la main tandis que Shizune se tourne vers Kotetsu.

«J'ai promis à Izumo d'aller faire un billard avec lui ce soir. Ça fait longtemps qu'on n'est pas sorti tous les deux. Et comme on n'a pas de répèt' avec Mescaline ce soir...» se justifie l'interne de pneumologie.

«Ok ok, c'est bon. On prendra la voiture de Genma du coup.»

«Ouep! J'espère qu'il a ramené des gâteaux de sa mère!»

Shizune lève les yeux au ciel tandis que Tsunami lance d'une voix résignée:

«Tu as vraiment un estomac à la place du cœur Genma.»

Tout le monde se met à rire, avant de reprendre le chemin des services.

...

Asuma frappe doucement à la porte et entend la voix de son ami lui crier d'entrer. Personne dans le salon, le neurochirurgien se dirige alors vers la véranda, mais la voix de Kakashi retentit de nouveau:

«Je suis dans ma chambre!»

Asuma change donc de direction et avance d'un pas tranquille dans le couloir.

«Salut la compagnie. Alors, prêt pour le départ?»

Kakashi se retourne, après avoir non sans mal réussi à fermer son petit sac de voyage.

«Oui,» répond-t-il, un franc sourire sur les lèvres. «Tsunade avait raison, ça va me faire du bien de m'éloigner un peu.»

«Tu ne sais toujours pas où tu vas aller?» demande Asuma innocemment.

Kakashi a cependant bien perçu la pointe d'inquiétude dans la voix de son ami. Il fixe le neurochirurgien et lui répond d'une voix rassurante:

«Non, je vais me laisser guider par mon humeur. Je pense suivre la côte un moment. Quand j'aurai trouvé un bon spot, je m'arrêterai quelques temps.»

Asuma hoche la tête.

«Je suppose que tu vas râler si je te dis d'être prudent.»

Kakashi lève les yeux au ciel, amusé.

«Écoute Asuma, ne t'en fais pas trop hein. Je vais bien je t'assure. J'ai juste besoin de me retrouver un peu seul pour faire le point. Je te promets que je n'essayerai pas de me tailler les veines, que je ne me droguerai pas, que je n'attraperai pas de MST, que je ne flamberai pas tout mon fric, que...»

«Ouais, ouais, ça va... Pas la peine d'en faire des caisses non plus» rétorque Asuma presque vexé.

Kakashi se met à rire doucement, et pose une main amicale sur l'épaule de son ami. Les deux hommes se fixent et Kakashi reprend:

«Asuma, sans toi, je serais sûrement au fond du trou aujourd'hui, embarqué je-ne-sais-où par Obito.»

A l'évocation de ce nom, le neurochirurgien ne peut réprimer un frisson. Kakashi ne relève pas, mais continue de parler:

«J'ai vraiment besoin de ce petit voyage, seul, pour réussir à tourner définitivement la page. Je t'appellerai sans faute, une fois par semaine comme convenu. Mais je t'en prie, ne t'inquiète pas pour moi. Comme je t'ai dit, je vais bien à présent.»

Le ton est ferme et assuré. Kakashi semble avoir mûri d'un seul coup. Mais Asuma sait que la blessure, ré ouverte récemment, rend son ami particulièrement fragile.

Quand Kakashi a enfin déballé son sac, Asuma a pris conscience de l'abîme profond dans lequel son ami se débattait depuis tant d'années. Tant de dégoût, de peine, de rage, et un sentiment fort d'impuissance face à cette souffrance. Asuma a pris conscience que l'enthousiasme, le sourire, la joie de vivre de Kakashi n'étaient qu'apparences. Qu'il n'était au fond que souffrance et solitude. Asuma a aussi compris pourquoi Obito était une sirène très attrayante, capable de l'empêcher de penser à tout cela, de lui faire oublier sa tristesse.

Quand Tsunade a proposé à Kakashi de prendre un mois entier de vacances, pour partir de Konoha et faire le point sur sa vie, Asuma a tout d'abord protesté. Trop fragile, trop instable. Et puis le neurochirurgien s'est laissé convaincre que cela pouvait être une bonne chose: éloigner Kakashi du tumulte de Konoha, des tentations, et d'Obito bien sûr. Même si le chirurgien cardiaque ne s'est pas encore manifesté depuis son altercation avec Asuma, celui-ci sait qu'il finira par tenter d'approcher Kakashi.

Une sorte de voyage initiatique, de retour aux sources pour son ami. Voilà l'idée de la directrice, approuvée par Kurenai. Un petit break d'un mois pour se remettre en selle.

Et aujourd'hui, Asuma a tenu à être présent, pour s'assurer que tout va bien, et que Kakashi est serein avant son départ.

«Au fait, qui va s'occuper de tes chiens?» demande Asuma soudainement, presque étonné lui même de ne pas y avoir pensé avant.

«Je les ai mis en pension. Et vu ce que ça me coûte, j'espère qu'ils vont être chouchoutés! Ils ont droit à des vacances grand luxe crois-moi!»

Asuma se met à rire. Quelque part, il est rassuré que Kakashi ait pris soin de ne rien négliger avant son départ. L'homme est serein, posé, et apparemment impatient de partir.

«Bon, je ne veux pas te mettre dehors, Asuma, mais il est temps que je mette les voiles» déclare Kakashi en se dirigeant vers le salon. Le chirurgien vérifie une dernière fois que toutes les portes et les fenêtres sont fermées, il enclenche l'alarme et se dirige vers le garage, son sac à la main, suivi de près par Asuma.

Le neurochirurgien émet un long sifflement lorsqu'il découvre la nouvelle acquisition de Kakashi.

«Et bien, tu t'es fait plaisir là! C'est la Commando 961, édition limitée en plus!»

Kakashi sourit fièrement.

«Et oui, mon dernier petit caprice. On ne se refait pas hein.»

Asuma sourit avant de fixer son ami.

«Ça dépend, tout le monde change, ou plutôt évolue. Mais en ce qui concerne cette bécane, tu as bien eu raison! Par contre, tu...»

«Je serai prudent c'est promis!» le coupe Kakashi en levant les yeux au ciel. «Allez, il est temps de partir pour l'aventure!» conclut-il en sortant l'engin du garage.

Avant d'allumer le moteur, Kakashi se tourne vers son ami.

«Asuma, merci pour tout. Je t'envoie un petit message ce soir pour te dire où je suis. Embrasse Kurenai pour moi d'accord?»

Asuma hoche la tête et serre la main tendue de son ami. Mais au lieu de la lâcher, il en profite pour lui offrir une accolade émue. Kakashi est un peu surpris, le neurochirurgien ne manifestant que rarement ce genre de démonstration d'affection. Il apprécie d'autant plus le geste.

Asuma remonte dans sa voiture et suit la moto, qui roule pour l'instant au ralenti dans l'allée. Kakashi attend que le neurochirurgien ait quitté la propriété pour verrouiller le portail. Il lève une main en signe d'au revoir alors que son ami s'éloigne déjà sur la route.

Après avoir jeté un dernier coup d'œil à sa maison, Kakashi fait vrombir la moto. Il sourit sous son casque: «une sorte de voyage initiatique» a dit Tsunade. Lui n'a qu'une idée en tête pour l'instant, rejoindre la mer. Il a envie de se remettre au surf, de jouer de la guitare sur la plage déserte, de dormir à la belle étoile sur le sable fin. Il en profitera pour faire le bilan de sa vie, et pour prendre des décisions quant à son avenir. Tout un programme!

Kakashi a décidé d'emprunter les routes secondaires. Il a envie de flâner. Il n'a d'ailleurs même pas pris de carte. Il a une vague idée de la direction à suivre, pour le reste il fait confiance à son instinct.

...

Sasuke observe discrètement le jeune homme depuis plusieurs minutes. A bien y réfléchir, c'est la première fois qu'il voit Naruto rester jusqu'à l'heure de fermeture de la bibliothèque universitaire. Mais ce qui intrigue surtout l'externe, c'est le gros sac de sport posé aux pieds du blondinet. Naruto a plus l'air de rêvasser que de bosser. Il mâchonne le bout de son crayon depuis un bon moment, le regard dans le vide.

Un Uchiwa ne se mêle jamais des affaires des autres. Et un Uchiwa n'a pas pour habitude de se préoccuper de l'humeur de ses camarades. Un Uchiwa est là pour travailler, car il vise l'excellence. Sasuke se répète mentalement les paroles de son défunt père comme un mantra. Mais plus les années passent, et moins il y croit à toutes ces balivernes de vieux réac. Sasuke a déjà émis des doutes devant son grand frère, sur le bien-fondé d'un tel comportement à la limite de la misanthropie. Il n'a obtenu qu'un sourire entendu et une simple phrase:

«Le plus important, Sasuke, c'est de suivre ce que te dit ton cœur.»

Les fameuses phrases des Uchiwa. Un bien bel héritage! Ou l'art de rester énigmatique. Parfois, Sasuke envie la franchise et le naturel de Naruto. Tout semble si simple dans sa tête. Quoi que, aujourd'hui, son camarade a l'air bien taciturne. En fait cela fait plusieurs semaines que Naruto a un peu perdu cette bruyante excentricité qui le caractérise si bien. Sasuke se plait à voir en Naruto une attraction publique, qui égaye un peu son quotidien. Non, pour être tout à fait honnête, il aime bien Naruto. Mais n'allez pas le répéter hein, un Uchiwa n'est sensé aimer personne après tout.

Toujours est-il que ce soir, Naruto est bien songeur. Le jeune Uchiwa secoue la tête. Les partiels approchent, il ne doit pas se laisser déconcentrer. Il replonge la tête dans son livre de pédiatrie. Mais quand il s'aperçoit qu'il est toujours sur la même ligne cinq minutes après, il se rend à l'évidence. Il doit savoir ce qui se passe avec Naruto. Alors il se lève, mais s'arrête aussitôt. Hinata et Sakura sont en grande conversation avec Naruto. Ou plutôt, Sakura est en grande conversation tandis que les deux autres l'écoutent plus ou moins. Sasuke se rassied et tend l'oreille, histoire de savoir enfin de quoi il retourne.

«Naruto tu ne peux pas faire ça voyons! On dirait un ado attardé qui a décidé de fuguer sans réfléchir! De toute façon la bibliothèque va fermer. Rentre chez toi, je suis sûre que ta mère est morte d'inquiétude.»

«Alors ça, ça m'étonnerait. Il n'y a que le boulot qui compte pour elle. Et je ne fais pas un caprice d'ado. Au contraire, c'est le truc le plus sensé que j'ai fait jusqu'à présent! Regarde Hinata, Kiba, Shino, toi, vous n'habitez plus chez vos parents depuis longtemps! Même cet enfoiré de Sasuke a un appart, alors que sa famille habite en ville...»

Sasuke a sursauté en entendant son nom. Il décide de passer outre le qualificatif peu gracieux que vient d'employer Naruto, et se replonge discrètement dans la conversation. Il n'est pas loin d'être de l'avis de Sakura: Naruto a décidé de faire un caprice, comme en témoigne sa mine bornée. Mais les paroles suivantes du blondinet l'interpellent.

«De toute façon, il n'est pas question que je passe une minute de plus sous le même toit que ma mère, tant qu'elle me prendra pour un imbécile.»

Sakura pousse un soupir exaspéré.

«C'est encore cette histoire à propos de ton père? J'imagine que ça doit être dur de vivre seul avec ta mère, mais...»

«Sakura! Laisse tomber tu veux? Si vous ne voulez pas m'aider, je trouverai bien un endroit où dormir ce soir!»

Naruto se lève brusquement, visiblement furieux, et saisit son sac. Il fait quelques pas avant de se retourner vers les filles pour ajouter:

«Je commence à en avoir sérieusement marre que tout le monde essaye de se mettre à ma place, et me dise ce que je dois faire. Je ne suis plus un enfant, mettez-vous ça dans le crâne.»

Le jeune homme quitte la bibliothèque d'un pas rapide, laissant les deux jeunes femmes un peu gênées.

«Sakura, on aurait peut-être dû...»

«Ah laisse tomber Hinata!» la coupe Sakura. «Laissons cet idiot se débrouiller pour une fois. Il trouvera bien quelqu'un chez qui squatter, et retournera bien gentiment chez lui dès demain tu verras.»

Sakura laisse passer quelques secondes avant d'ajouter:

«Au pire, il dormira sous l'un des nombreux ponts de Konoha. Je suis sûre que les clodos seront ravis de lui tenir chaud cette nuit.»

Le visage d'Hinata ne met pas plus de trois secondes à se décomposer. Sakura se met alors à ricaner.

«Mais je plaisante Hinata! Arrête de faire cette tête tu veux bien! Franchement je ne vois vraiment pas ce que tu lui trouves à Naruto. Regarde Sasuke, lui il est cool...»

Sakura s'est retournée pour désigner l'externe, qu'elle sait être assis à quelques tables de là, parce qu'elle a passé l'après-midi à le mater. Mais la place est vide. La jeune femme aux cheveux roses a juste le temps de voir la porte de la bibliothèque se refermer.

...

Naruto erre dans les rues de Konoha, sans but précis. Il a bien essayé d'appeler Kiba, Dosu puis Shino. Et même Sai c'est pour dire! Mais la réponse est toujours la même: pas assez de place dans leur petite chambre d'étudiant. Il a bien pensé à Shikamaru, ou à Choji. Mais les deux colocataires ne sont apparemment pas joignables. Le blondinet décide d'entrer dans un bar pour réfléchir au calme, devant une bonne bière.

Accoudé au bar, Naruto laisse son esprit vagabonder. Les paroles d'Obito, puis de sa mère lui reviennent en tête. Il sirote sa bière sans grande conviction, et manque de s'étouffer quand une voix grave lui lance:

«Pas sûr que noyer ton chagrin dans l'alcool soit l'idée du siècle.»

Naruto tourne lentement la tête vers la droite. Il ne manquait plus que ça! Ce connard de Sasuke Uchiwa a décidé de venir l'emmerder jusqu'ici!

«Tu peux pas te choisir un autre bar. J'étais là avant toi!»

«T'as pas le monopole des bars de Konoha espèce d'abruti!»

Bon, ce n'est sûrement pas la meilleure approche que Sasuke ait pu faire. Mais il n'y a rien à faire, dès qu'ils se voient, ils ne peuvent pas s'empêcher de se crêper le chignon. Sasuke pousse un soupir et jette un coup d'œil à son camarade.

Naruto a replongé le nez dans son verre. A cet instant, il donne l'impression d'avoir un poids de deux cent tonnes sur les épaules. Sasuke était venu pour lui proposer de l'aide, mais là, il ne sait plus trop comment s'y prendre. Alors il décide de jouer cash. Si cet abruti de Naruto n'est pas capable de ravaler son orgueil pour accepter son offre, tant pis pour lui.

«Tu peux venir dormir chez moi si tu veux.»

Les mots semblent se frayer lentement un chemin dans le cerveau de Naruto, qui ne réagit pas immédiatement. Le blondinet finit par tourner la tête pour dévisager Sasuke, comme s'il venait de lui balancer la pire des insultes.

«Quoi?» répond-t-il, d'un air que Sasuke qualifierait volontiers de bête.

L'externe pousse un nouveau soupir et reprend:

«J'ai entendu ta conversation avec les filles tout à l'heure.»

«Dis plutôt que tu as espionné notre conversation» bougonne Naruto. «Et je peux savoir d'où te vient cet étrange élan de bonté?» reprend-t-il sarcastique.

Sasuke est à deux doigts de planter Naruto là et de se barrer. Mais quelque chose le retient. Il n'osera jamais l'avouer, surtout pas à Naruto, mais il a reconnu cette lueur dans les yeux du jeune homme tout à l'heure. Cette lueur qu'il constate chaque matin dans son miroir. La solitude. Sa pire ennemie.

«Bon écoute, t'es pas obligé d'accepter. Mais si tu veux venir, c'est maintenant. Je vais pas t'attendre trois plombes non plus.»

Sur ces dernières paroles, Sasuke se lève et se dirige vers la porte d'un pas décidé. Il ne manquerait plus qu'il doive se mettre à genoux devant Naruto pour que celui-ci accepte!

Sasuke pousse la porte et se retrouve dans la rue. Naruto n'a pas bougé du comptoir. Le brun ne se retourne pas, et commence à remonter la rue d'un pas tranquille. Il a à peine fait une vingtaine de mètres qu'il entend une voix l'appeler.

«Hé Sasuke! Attends-moi!»

L'externe se retourne pour voir Naruto arriver en courant. Le jeune homme s'immobilise à sa hauteur et évite de croiser le regard du brun, gêné.

«Bon ben... J'accepte... Merci.»

Sasuke se contente de hocher la tête et les deux externes prennent la route vers l'appartement de Sasuke.

Celui-ci se trouve dans une petite résidence en plein centre ville. L'immeuble ne paye pas de mine, mais l'intérieur est impeccable. Un grand escalier de bois dessert trois étages, et Sasuke habite sous les toits. L'appartement est spacieux: une cuisine, un salon, une chambre, un bureau et une salle de bain. Un luxe pour tout étudiant.

Naruto pose son sac dans l'entrée, osant à peine faire un pas. Sasuke lui fait signe d'entrer et de s'installer dans le canapé.

«Tu n'auras qu'à dormir là ce soir. le canapé se déplie.»

Naruto hoche la tête, laissant son regard balayer la pièce principale. La décoration est très sobre, aucune fioriture. Une belle plante grasse est placée devant la fenêtre du salon. Sasuke semble en prendre un soin particulier.

«Pizza?»

«Hein?» répond le blondinet.

Sasuke pousse un soupir agacé pour le principe et répète:

«De la pizza, ça te va pour le dîner?»

Naruto se contente de hocher la tête. Il y a quelques heures, le jeune homme était encore en train de se demander où il dormirait ce soir. Et là, il se retrouve à tailler une bavette dans l'appartement de Sasuke Uchiwa, en attendant que la pizza sorte du four. Tout simplement l'hallu!

«Tu n'as pas répondu à ma question tout à l'heure» lâche finalement Naruto, histoire de briser le silence inconfortable qui s'est abattu dans l'appartement.

«Quelle question?»

«Pourquoi m'as-tu proposé de dormir chez toi. On est pas des super potes, on passe même notre temps à se balancer des piques...»

«Tu aurais fait la même chose pour moi» répond sobrement Sasuke.

Naruto semble réfléchir quelques secondes.

«Probablement» lâche-t-il finalement.

Le silence s'installe de nouveau entre les deux jeunes hommes, et Sasuke décide d'allumer la télé, histoire de meubler un peu.

Le brun n'a pas dit toute la vérité, et il le sait. Il n'a pas avoué à Naruto qu'il n'en peut plus de se sentir seul en permanence, dans cet appartement trop grand pour lui. Quand son frère lui a proposé de prendre son indépendance, Sasuke s'est réjoui. Mais depuis, il ne cesse d'envier ses amis qui sont quasiment tous en colocation. Sasuke se sait paradoxal. Il déteste cohabiter, fuit les relations. Et en même temps il crève à petit feu de cette tenace solitude. On peut dire que là, il vient de faire un pas de géant pour tenter de soigner son petit côté sociopathe. Naruto Uzumaki, rien que ça! Le camarade le plus bruyant et énervant de toute la promo! Mais quand Sasuke s'affale dans son fauteuil préféré, et qu'il lève les yeux vers le miroir ornant le mur d'en face, il constate quelque chose d'inhabituel. Il est en train de sourire.

...

«Hé Iruka! On est là!» se met à hurler Genma, attirant l'attention de tout le monde. Tsunami, pendue à son bras, se fend de grands mouvements de la main pour signifier leur présence.

Iruka ne retient pas son sourire. Ses amis lui ont manqué. Il sent le regard appuyé de Shizune sur lui, alors qu'il s'avance, trainant ses sacs. Il sait qu'elle est en train de l'analyser de la tête aux pieds. Est-il reposé? Est-il serein? A-t-il retrouvé sa joie de vivre?

A toutes ces questions, la réponse est oui. Iruka se sent bien. Et plus motivé que jamais à reprendre le boulot.

L'interne lâche ses sacs en poussant un soupir de soulagement et se contente de tendre les bras. Ses trois amis se précipitent pour lui offrir une accolade digne de retrouvailles inespérées. Et Iruka ne peut s'empêcher de lâcher dans un rire:

«Hé doucement! Je ne suis parti que quelques jours vous savez!»

«Oui, mais tu nous as beaucoup manqué!» rétorque Shizune en déposant un bisou bruyant sur la joue de son ami.

«J'espère que tu as pensé à nous ramener...»

Iruka ne le laisse pas finir et brandit le sac rempli de la meilleure cuisine qui soit, à savoir celle de sa mère. Si Genma était un personnage de manga, ses yeux auraient à l'instant pris la forme de petites cœurs brillants. Au lieu de cela, il se précipite sur le sac, prêt à ouvrir la première boite.

«Nan Genma, attends qu'on soit à l'internat au moins!» lance Tsunami en tapotant sur la main de son amoureux. Elle décide finalement de confisquer le sac, malgré les chouinements de protestation de l'interne de chirurgie viscérale, tandis qu'Iruka et Shizune se dirigent déjà vers la voiture.

«Alors, quoi de neuf?» lance Iruka.

«Bah, c'est le train train à l'hôpital. On a toute une fournée de nouveaux internes qui sont arrivés. D'ailleurs, la soirée d'accueil est prévue pour demain soir.»

«Ah, on va bien s'amuser alors!» répond Iruka d'un ton joyeux.

Shizune balance un regard en coin à son ami.

«Tiens, je pensais que tu allais encore nous trouver une excuse bidon pour éviter cette soirée.»

Iruka ne peut retenir un sourire. Il plante son regard noir dans celui de son amie et répond d'un ton assuré:

«Il n'y a pas que le travail dans la vie. J'ai décidé de prendre le temps de m'amuser un peu. Après tout, notre soirée d'accueil avait été plutôt marrante non?»

Shizune se remémore sans peine cette fameuse soirée. Le jeu des petits noms, le succès d'Iruka. La complicité naissante avec Kakashi.

La jeune femme lance à son ami un regard suspicieux. Elle est curieuse de savoir où en est Iruka à ce propos. Mais il est trop tôt pour lui demander cela. Et elle préfère attendre d'être seule avec lui. Et puis rien ne presse. Kotetsu lui a annoncé que Kakashi avait pris un mois de congé, et c'est très bien comme ça. Iruka va pouvoir retrouver tranquillement ses marques avant de se confronter de nouveau au chirurgien. Shizune sait que l'histoire entre les deux hommes est probablement loin d'être finie, même si Iruka semble avoir effectivement décidé de tourner la page. La jeune femme espère juste que la bonne humeur de son ami ne cache pas un plan foireux à la Karin.

A l'internat, Iruka prétexte la fatigue du voyage pour monter dans sa chambre. Genma et Tsunami en profitent pour s'éclipser, bien décidés à roucouler toute la soirée. Shizune hésite à rejoindre son amoureux. Kotetsu passe la soirée avec Izumo. Ces deux-là étaient inséparables au lycée. L'arrivée à Konoha, sa liaison avec Kotetsu et Mescaline ont un peu mis à mal la complicité des deux jeunes internes. Alors Shizune décide de les laisser profiter de leur petite soirée tranquillement. Elle part s'affaler dans l'un des canapés du salon pour regarder la télé, en grignotant son péché mignon: des madeleines au chocolat confectionnées par la maman d'Iruka, qu'elle a sauvées in extremis des griffes de Genma.

Dans la salle de billard, l'ambiance est au beau fixe. Les rires fusent tandis que les deux amis d'enfance se livrent une bataille sanglante pour le gain de la partie.

«Nannnnnn!» hurle Kotetsu lorsque Izumo fait entrer la boule noire avec brio.

«Et ouais mon pote, je suis trop fort pour toi!» ricane l'interne de chirurgie orthopédique.

«Bon allez, je t'offre une bière pour fêter ta victoire» répond Kotetsu en riant.

Les deux internes s'attablent dans le réfectoire désert et commencent à discuter de tout et de rien. Rapidement la conversation aborde leur sujet de discussion préféré.

«Alors, ça se passe comment avec Shizu?» lance Izumo sur un ton volontairement négligé.

Kotetsu en viendrait presque à rougir. C'est gênant de parler de ça avec son meilleur ami. Parce qu'il connait Shizune presque aussi bien que lui, parce qu'ils ont passé la plupart de leur vie ensemble. Mais maintenant qu'un lien beaucoup plus fort l'unit à Shizune, Kotetsu a l'impression d'être coupable d'avoir brisé le petit groupe d'inséparables amis. Izumo perçoit la gêne de son ami. Alors il lui offre un sourire compréhensif et reprend d'une voix douce:

«Tu sais Ko, je suis super content pour vous deux. J'étais persuadé que vous alliez finir ensemble. En fait, j'aurais été vraiment déçu si tu n'avais pas eu le courage de lui déclarer ta flamme.»

«Ah bon?» répond l'interne de pneumologie. «Je ... Je pensais que tu m'en voulais un peu en fait...»

«T'en vouloir? Mais pourquoi, idiot? Je sais que tu es raide dingue de Shizune depuis des années! Vous êtes faits l'un pour l'autre, sérieux! Je comprends pas pourquoi vous avez mis tant de temps à vous en rendre compte» rétorque Izumo d'un ton taquin.

«Mouais, mais parfois ça me fait un peu bizarre. On se connait tellement bien justement, que c'est difficile dans... Dans certaines situations.»

Cette fois, Kotetsu rougit vraiment, et Izumo ne peut réprimer un petit rire malicieux.

«Tu sais quoi Ko', on a toujours parlé ouvertement de nos relations. Mais là franchement, si tu pouvais m'épargner, ça m'arrangerait. J'arriverai plus jamais à regarder Shizu en face!»

Izumo finit par éclater d'un rire franc en voyant la tête de Kotetsu s'allonger. Mais l'interne de pneumologie ne reste pas longtemps choqué, et retrouve vite sa répartie.

«Et pourtant, tu ne sais pas ce que tu perds...»

«Nan, nan! Je veux pas savoir!» le coupe Izumo en plaquant ses mains contre ses oreilles.

Cette fois, c'est Kotetsu qui éclate de rire. Les deux amis ont définitivement retrouvé leur complicité, et cela lui fait vraiment du bien.

«Bon assez parlé de moi. Tu as quelqu'un en vue en ce moment?»

«Peut être bien» répond Izumo sur un ton énigmatique.

«Ah ouais? C'est qui? Allez Izu, tu peux me le dire à moi! Je le répéterai pas c'est promis!»

Izumo laisse monter le suspense, et se met à sourire en voyant Kotetsu pendu à ses lèvres.

«La petite nouvelle en chirurgie ortho. TenTen. Elle est mignonne et sympa. Franchement, elle me plait bien.»

«Attends, tu parles de la petite brune avec les cheveux en pompon?»

Izumo hoche la tête, tandis que Kotetsu se fend d'un large sourire.

«C'est vrai qu'elle est bien roulée. Et tu penses qu'elle est intéressée?»

«J'y travaille» répond Izumo d'un air entendu.

Kotetsu préfère ne pas aborder le sujet d'Hana. Izumo semble avoir digéré cette rupture brutale, et avoir tiré un trait sur cette relation. Hana a tenté à plusieurs reprises de recoller les morceaux, mais Izumo a fait preuve d'une fermeté que son ami ne lui connaissait pas. L'interne de chirurgie orthopédique a été particulièrement blessé par l'attitude de la jeune femme. Et il ne semble pas prêt à lui pardonner de sitôt. Kotetsu a un peu peur que son ami se se lance dans une nouvelle relation un peu rapidement, mais il préfère taire ses inquiétudes ce soir. Il lui en reparlera, plus tard. Parce qu'il sait qu'au fond, Izumo est toujours très amoureux d'Hana. L'interne de pneumologie ne sait pas du tout comment il aurait réagi si Shizune lui avait fait la même chose. Mais la mésaventure d'Izumo l'a beaucoup fait réfléchir. Et il en est arrivé à une conclusion: l'amour qu'il porte à Shizune est si fort qu'il serait prêt à lui pardonner. Bien sûr il n'ira pas le crier sur tous les toits, pas la peine de tendre le bâton pour se faire battre comme on dit. Mais Kotetsu s'est rendu compte, grâce à Shizune, que l'on peut pardonner beaucoup de choses lorsqu'on est vraiment amoureux.

...

Enfin, la mer! Kakashi a roulé toute la journée, ne s'accordant qu'une courte pause déjeuner. Et il l'a enfin en face de lui, ce magnifique océan qui s'étend à perte de vue.

Sensation d'infini, de liberté. Sentiment de paix, de plénitude aussi.

«La mer est le reflet de l'âme humaine. Elle change d'humeur au gré du vent, c'est ce qui la rend si belle.»

Une des si philosophiques phrases de Minato. A l'époque, elles faisaient toujours sourire Kakashi. Le chirurgien s'est avancé à flanc de falaise pour admirer le soleil tombant au large. Il sent les embruns fouetter son visage, ferme les yeux et inspire à pleins poumons.

La voix de Tsunade résonne à ses oreilles. La directrice a su trouver les mots pour le faire parler. Après tant d'années de silence, Kakashi s'est rendu compte qu'il avait méthodiquement effacé tous les bons souvenirs de sa relation éphémère avec Minato, pour ne garder que la douleur, la perte, la souffrance. Comme une punition.

Mais devant Tsunade, enfin, il a su mettre des mots sur ce qu'il avait toujours tu.

Tsunade, sa maman d'adoption en quelque sorte. Elle l'a pris sous son aile quand Minato a disparu. Elle l'a poussé à se dépasser pour devenir un chirurgien talentueux, un chef à la hauteur de son prédécesseur. En l'encourageant beaucoup, en le bousculant parfois. Et une fois encore, c'est elle qui l'a forcé à ouvrir les yeux. A se livrer sans concession.

Et puis il y a eu ce déclic, malgré Obito et malgré l'accident. Cette voix surgie de nulle part, cette déclaration d'amour indirecte de Minato.

Kakashi sait à présent que Minato a toujours été sincère avec lui, et qu'il avait fait son choix. Il l'avait choisi, lui. Bien sûr le regret et la peine sont toujours présents, mais la colère et la culpabilité semblent s'effacer peu à peu.

Dans la brise de l'air marin, Kakashi s'assied dans l'herbe rase, au milieu des joncs, et sourit. Il sort de son sac le livre de photographies que lui a offert Obito. Le temps des explications viendra avec son ami d'enfance. Mais pour l'instant, Kakashi ne désire qu'une chose: faire enfin son deuil de Minato, lui rendre un dernier hommage avant de reprendre le cours de sa vie.

Le chirurgien feuillette rapidement les premières pages et s'arrête sur un cliché, l'exacte reproduction du paysage qui se trouve devant ses yeux.

Le vent se fait plus fort. Kakashi ferme les yeux et repense à cette chaude journée d'été, il y a plus de vingt ans.

«Qu'est ce que tu fais Minato? Reviens te coucher!» bougonne Kakashi en sentant son amant se lever.

Le jeune interne sent une main frôler son dos. Minato sourit en voyant la peau de Kakashi frissonner. Sa belle peau nacrée, perlée de sueur, unique témoin de leurs ébats matinaux.

Minato aimerait tellement offrir plus à Kakashi qu'une chambre d'hôtel anonyme et sans âme. le chirurgien n'écoute pas les protestations étouffées par l'oreiller de son jeune amant et se lève. Il ne prend pas la peine de se rhabiller, il leur reste encore une petite heure devant eux de toute façon.

Alors il s'assied dans l'unique fauteuil de la chambre et saisit le livre qu'il a acheté quelques jours plus tôt.

Plongé dans son livre, Minato a cependant entendu Kakashi se lever. Celui-ci s'approche furtivement de son amant et l'enlace par surprise. Mais Minato ne bouge pas d'un cil, entraînant un soupir agacé du jeune homme.

«C'est pas possible, t'as des yeux derrière la tête!» déclare Kakashi en passant ses mains dans la chevelure blonde du chirurgien, faisant mine de chercher. Minato se met à rire, amusée par l'attitude enfantine de son amant.

«Ca s'appelle la maîtrise de soi. C'est très important pour un chirurgien, tu devrais en prendre de la graine.»

«La maîtrise se soi hein?» rétorque Kakashi en abandonnant les cheveux de Minato pour laisser courir ses mains sur son torse. Minato sent ses joues rosir de désir. Il frémit lorsque la voix suave du jeune homme lui murmure à l'oreille:

«J'ai comme l'impression que le grand Professeur Namikaze va avoir du mal à se maitriser très longtemps.»

Les mains de Kakashi descendent de plus en plus bas, aventureuses. Mais Minato bloque les poignets du jeune homme brusquement.

«Kashi, on devrait rentrer à l'hôpital maintenant.»

Le jeune homme émet un grognement de frustration. Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'à l'intérieur Minato est tout autant frustré que lui. Kakashi s'écarte sans insister. Il n'exigera jamais rien de plus de Minato que ce que le chirurgien voudra bien lui donner.

Le jeune homme se baisse pour attraper le livre qui est tombé au sol. Il prend le temps d'admirer la photographie qui orne l'une des premières pages. Un paysage de bord de mer.

Une mer calme, bleue, mais menacée par un amoncellement de nuages gris à l'horizon.

«On dirait que la tempête approche» murmure le jeune homme, en contemplant l'image.

Minato sourit tristement. Mauvais pressentiment.

«J'aime beaucoup ce livre. Le photographe est un vraie génie. Il capture des instants magiques.»

Kakashi feuillette le reste du livre distraitement. Il se tourne alors vers Minato et lance:

«Ça te dirait un petit jeu Minato? Tu choisis une photo, et on essaye de retrouver l'endroit exact où elle a été prise. Le premier qui revient avec sa photo a gagné.»

Minato lève un sourcil amusé. Il n'y a bien que Kakashi pour inventer des trucs pareils. Mais l'idée lui plait. Même s'il n'a pas beaucoup de temps libre, ça lui donnera l'occasion d'aller voir la mer.

«Ok, mais c'est toi qui choisis la photo alors!»

Kakashi tourne quelques pages, hésite, et finit par pointer un cliché représentant une falaise recouverte de joncs, tombant presque à pic dans une mer vert de gris.

Minato hoche la tête et demande innocemment:

«Et que remporte le vainqueur alors?»

Kakashi fait mine de réfléchir, mais il sait déjà ce qu'il veut.

«Si tu gagnes, je m'occupe de la montagne de courriers que tu as en retard...»

Minato se met à rire et répond en levant les yeux au ciel:

«Oula, je n'ose pas imaginer ce que tu vas exiger si tu es victorieux!»

«Une nuit entière.»

La réponse est directe, et Minato cesse immédiatement de rire.

«Kakashi, tu sais bien que...»

Minato lève les yeux vers Kakashi, planté devant lui, avec dans le regard un mélange d'espoir et de peine.

Le chirurgien pousse un soupir et murmure:

«C'est d'accord, si tu gagnes, nous passerons une nuit entière ensemble.»

Le visage de Kakashi s'illumine tandis qu'il part s'habiller.

Il est là devant lui, ce fameux paysage, synonyme de leur nuit d'amour. Ses pas l'ont tout naturellement conduit vers ce lieu souvenir. Kakashi se souvient de la jubilation qui s'est emparée de lui quand il avait brandi la photo devant les yeux de Minato. Il a déboulé ce matin-là, les yeux cernés pour avoir roulé toute la nuit afin d'être à l'heure pour la visite.

Minato n'a pas mis longtemps à comprendre ce qui rendait l'interne si joyeux.

Et il a tenu sa promesse. Leur première nuit ensemble, à l'endroit même de la photo. Le village de Shagoya. Un petit hôtel de bord de mer, défraichi mais agréable.

Quand Kakashi pénètre dans le petit hall d'entrée, il a l'impression que rien n'a bougé depuis vingt cinq ans. Il demande la chambre 21, elle est libre.

Le chirurgien ne s'attarde pas et grimpe les marches qui conduisent à l'étage. De nombreux clients sont passés ici depuis tout ce temps. Kakashi s'approche de la fenêtre, qui offre une magnifique vue sur la plage.

«Regarde Kashi, la mer a exactement la même couleur que sur la photo.»

«Mais il n'y a pas de tempête à l'horizon aujourd'hui» avait-il répondu.

Kakashi s'allonge sur le lit et ferme les yeux. Il revoit Minato se pencher au dessus de lui, le déshabiller lentement avant de lui faire l'amour. C'était la première fois qu'ils prenaient le temps. Le temps de s'aimer, le temps de partager un moment unique, sans peur d'être surpris, d'être bipé, d'être dérangé.

Kakashi sourit. Il y a quelques jours à peine, ces souvenirs lui auraient crevé le cœur. Mais aujourd'hui tout est différent. La certitude que Minato l'a aimé, voilà ce qui a changé.

«Elle ne pourra jamais m'enlever l'amour que j'ai pour Kakashi, et qu'il me porte en retour.»

Ce sont les propres mots de Minato.

«Et je suis persuadé qu'il m'attendra avec patience. Nous nous aimons vraiment.»

Kakashi a attendu en effet. Attendu que la plaie se referme, que la douleur cesse. Mais il vient juste de comprendre que pour que cette blessure cicatrise, il doit cesser d'attendre un homme qui ne reviendra pas.

Kakashi se relève d'un bond et saisit son téléphone pour composer le numéro d'Asuma.

«Allo?»

«Asuma, c'est moi!»

«Ah Kashi! Alors, tu es arrivé à la mer?»

Le chirurgien sourit.

«Oui, je suis à Shagoya. J'ai pris une chambre dans le seul hôtel du coin. Et j'ai même vue sur la mer.»

«Bien, tu vas y rester quelques jours?»

«Non, je repars dès demain. Je vais descendre le long de la côte Ouest pour trouver un coin plus ensoleillé.»

«Ok, prends bien soin de toi, et pas de folie sur la route d'accord?»

«Oui papa!» répond Kakashi taquin, ce qui tire un soupir amusé à Asuma.

«Bon allez, dors bien. Et n'oublie pas de m'appeler une fois par semaine.»

«C'est promis. bonne nuit Asuma.»

Kakashi raccroche en souriant. Il se penche pour récupérer sa guitare et son sac. Il en sort un cahier et un crayon. Ce voyage va à coup sûr lui donner matière à étoffer le répertoire de Mescaline.

...

J'espère que vous avez apprécié ce chapitre. Je m'attends bien sûr à quelques remarques et interrogations de votre part, et j'y répondrai volontiers comme toujours.

Alors à vos claviers pour me laisser plein de reviews!