Hello, je vous épargne les longs discours (pour une fois lol).
Il, y a pas mal de petites choses à vous mettre sous la dent dans ce chapitre. Alors bonne lecture!
Chapitre 28: histoires de familles.
Lorsque TenTen ouvre enfin les yeux, elle constate que la journée est déjà bien avancée. Elle prend le temps d'admirer les rayons du soleil qui jouent sur le parquet de sa chambre, et se remémore en souriant la soirée de la veille. Enfin! Izumo s'est décidé! Elle sent encore le goût de ses lèvres sur les siennes. Un simple baiser, timide et hésitant, à l'image du jeune homme.
Mais aussi la promesse d'une relation douce et sincère.
Les yeux de la jeune femme se portent sur la robe qui git froissée au sol. Rouge comme la passion. Et à côté, un morceau de papier lui ausi froissé, avec une série de chiffres.
«Appelle-moi quand tu te réveilles! On pourra aller se balader autour du lac!»
TenTen se relève d'un bond et file sous la douche. Après, elle appellera Izumo et ils iront ensemble se promener. Peut être qu'il lui prendra la main. Peut être qu'ils s'embrasseront de nouveau.
Ce matin TenTen sourit. Elle est amoureuse.
A l'internat, le réveil semble être un peu plus difficile.
Les quelques internes déjà levés ont tous des têtes de déterrés. La soirée de la veille a été l'une de plus épiques, il faut bien l'avouer. La nouvelle cuvée d'internes semble être particulièrement à la hauteur au niveau fiesta.
Izumo tente d'émerger devant son bol de café fumant. Il pousse un grognement lorsqu'Iruka déboule en déclarant joyeusement:
«Salut la compagnie!»
«Moins fort s'il-te-plait, pas la peine de hurler comme ça Ruka!»
Iruka se fend d'un sourire narquois. Il a bien profité de la soirée lui aussi, même s'il a veillé à sa consommation d'alcool. Pas question de se retrouver avec une gueule de bois en un si beau samedi. Contrairement à Izumo, et à Kotetsu qui vient de les rejoindre.
«Vous avez fait fort tous les deux hier hein!» reprend l'interne de chirurgie cardio-thoracique.
Kotetsu lève un regard morne vers son ami.
«Shizune m'a viré de sa piaule. Parait que je ronflais trop fort.»
Son air dépité tire un sourire compatissant à Izumo, tandis qu'Iruka se met à rire.
«Au fait, Izumo, ça a marché avec TenTen alors?»
Le prénom de la jeune femme semble donner un regain de vigueur à l'interne d'orthopédie.
«Oui! Mais je préfère ne pas m'affoler. Je lui ai dit de m'appeler quand elle se réveillera. On verra bien.»
Kotetsu passe un bras amical autour des épaules de son camarade.
«C'est dans la poche mon pote. Enfin, en espérant qu'elle ne t'a pas vu faire l'autruche!»
Iruka et Kotetsu se mettent à rire devant l'air affligé d'Izumo, qui est devenu blême.
«Pas de panique Izu, j'ai vu TenTen partir juste avant ta brillante prestation. Tu l'as échappé belle» répond Iruka, histoire de rassurer le jeune homme.
Izumo pousse un soupir de soulagement. Son portable se met alors à sonner. Il décroche fébrilement en voyant le prénom de TenTen s'afficher.
«C'est elle!» prononce-t-il silencieusement à ses deux camarades, pendus à ses lèvres.
«Salut!»
«Salut TenTen, alors bien remise de ta première soirée d'internat?»
La jeune femme se met à rire doucement, une pointe de fébrilité cependant nettement perceptible dans la voix.
«Oui, j'ai très bien dormi. Et toi?»
Iruka et Kotetsu se moquent en silence de leur ami quand il répond:
«Très bien aussi. Je suis en pleine forme ce matin!»
«Toujours d'attaque pour aller te promener au lac alors?»
Les épaules d'Izumo s'affaissent, en totale contradiction avec le ton joyeux qu'il utilise pour répondre:
«Bien sûr! J'ai hâte d'y être! On se dit à quatorze heures devant l'internat?»
«Ok, j'y serai! A cet après-midi alors!»
Les deux jeunes gens raccrochent et Izumo saisit son bol de café, en murmurant:
«Je crois qu'il va m'en falloir un autre, voire deux...»
Iruka sourit. Ses deux meilleurs amis semblent avoir les bonnes grâces du destin en matière d'amour. L'interne se demande si son tour viendra un jour. Mais il refuse de se résigner, il fait trop beau pour se morfondre aujourd'hui. Iruka a décidé de prendre la vie au jour le jour.
Peut être qu'on ne peut pas tout avoir au fond: le succès professionnel et le succès en amour. Il faut en laisser un peu aux autres aussi.
Parce que son petit exploit avec Hidan a rapidement fait le tour de l'hôpital. Les internes le regardent à présent avec déférence. Cela le fait beaucoup rire d'ailleurs. On dirait bien qu'il a gagné des galons, n'en déplaise à Yoroi. Mais celui-là ne perd rien pour attendre. Iruka sait qu'il doit rester sur ses gardes. La guerre ne fait que débuter. Pour l'instant c'est lui qui mène, mais rien n'est jamais acquis à l'hôpital. Mais Iruka sait aussi que quand l'occasion se présentera, il n'hésitera pas à planter son adversaire, quitte à perdre sa réputation de jeune homme intègre et gentil.
Yamato a toujours refusé de prendre parti au petit jeu des internes. Hidan a visiblement choisi son camp, en offrant cette intervention à Iruka. Son succès l'a définitivement rallié à sa cause. Reste à savoir de quel côté Kakashi fera pencher la balance. Saura-t-il mettre de côté leur histoire personnelle compliquée?
Tandis qu'Izumo et Kotetsu décident de se prendre un énième café sur la terrasse, Iruka remonte dans sa chambre. Il a envie de prendre place sur la pelouse de l'internat, au soleil, et de dessiner. Tout simplement.
Alors qu'il récupère son matériel à dessin, il jette un oeil au tout nouvel ordinateur qu'il vient de s'offrir. A côté trône une magnifique tablette graphique, ainsi qu'une imprimante lui permettant à présent de scanner ses dessins. Il a vraiment fait des folies, mais il en avait tellement envie!
L'ordinateur affiche encore la page de Mescaline. Cet argent, il l'a un peu gagné grâce à Kakashi, alors l'interne a décidé de le remercier en dessinant pour le groupe, comme le lui a suggéré Shizune. Le jeune homme persiste à se convaincre que c'est juste une manière de remercier son chef. Mais au fond, une petite voix lui susurre qu'il aimerait bien toucher Kakashi avec ces dessins. Une petite voix qu'il a bien du mal à étouffer.
...
Naruto se dandine dans l'entrée de l'imposante maison. Au début, il a trouvé que cette idée d'aller déjeuner chez les Uchiwa était géniale. Mais maintenant qu'il se retrouve dans la demeure familiale, il est gêné. Il ne se sent pas trop à sa place en fait. Tout est trop grand, trop sombre aussi. L'aura des Uchiwa semble flotter partout, étouffante.
Lorsqu'une femme d'âge mûr, vêtue d'une robe noire surmontée d'un petit tablier blanc, arrive pour les accueillir, Naruto tourne un regard effaré vers son camarade.
«Vous... Vous avez des employés de maison?»
Sasuke soupire sans prendre la peine de répondre. Il ne sait absolument pas ce qui lui a pris ce matin. Peut être la dernière conversation qu'il a eue avec son frère.
Il faudra que tu nous amènes ton colocataire, Naruto c'est ça?
Rare qu'Itachi s'intéresse au fréquentations de son petit frère. Son intérêt pour Naruto est étrange, voire perturbant. Mais Sasuke a bien l'intention de comprendre pourquoi aujourd'hui. C'est probablement pour cela qu'il a emmené Naruto. Oui, c'est pour ça. Et pas du tout parce qu'il n'avait pas envie de venir tout seul. Pas du tout parce qu'il n'avait pas envie de supporter un déjeuner silencieux dans ce manoir porteur de souvenirs douloureux.
Les deux externes s'avancent dans le long couloir et pénètrent dans l'imposante salle à manger. Naruto s'extasie devant les dimensions de la pièce.
«Regarde ces fenêtres Sasuke! Elles sont immenses! J'aimerais pas être en charge du nettoyage des carreaux haha! Et cette table, on pourrait y manger à vingt au moins! C'est dingue, tu as vu ça Sasuke!»
L'externe taciturne lève les yeux au ciel.
«Naruto, j'habitais ici avant» répond-t-il sur un ton blasé.
«Ouais, et ben faudra m'expliquer pourquoi t'as voulu prendre un appart minuscule alors! Parce que là, c'est la vie de château mon pote!» reprend Naruto en courant vers le fond de la salle pour admirer une collection de sabres anciens.
«Fais attention, elles sont très coupantes» lance une voix douce derrière le blondinet, alors que celui-ci tend la main vers l'une des armes.
Naruto se retourne et sursaute en voyant la proximité d'Itachi.
«Ah, euh... Professeur Uchiwa... Euh...»
L'ophtalmologue se met à sourire et déclare:
«Tu peux m'appeler Itachi. Et me tutoyer aussi. Tu es un jeune collègue après tout... Et un ami de Sasuke.»
Le médecin ne peut retenir un sourire en voyant la mine renfrognée de son petit frère. Sasuke lui lance un «salut» presque blasé. Mais Itachi pose une main affectueuse sur sa tête et l'ébouriffe.
«Bienvenue à la maison Sasuke!»
Les Uchiwa ont une règle. Pas d'effusion de sentiments. Sasuke se souvient de la permanente distance que son frère gardait avec lui quand il était plus petit. Sasuke n'a pas manqué d'affection, loin de là. Mais ce genre de démonstration était plutôt réservée aux femmes de la famille. Sa mère s'est toujours montrée très câline avec lui. Mais son père était dur. Et froid. De même que son grand frère.
Et puis le drame est arrivé. Ses parents sont morts, assassinés en pleine rue par des petits dealers de seconde zone. Une histoire de mauvais regards, a dit l'un des criminels à la barre du tribunal. Son père aurait mal regardé ces hommes en train de vendre de la drogue en pleine rue. Et pour un simple regard, plusieurs vies qui s'écroulent.
Sasuke n'avait que sept ans. Itachi treize. Et à partir de ce jour, Itachi a changé. Il est devenu plus affectueux, plus attentif à son petit frère. Encore aujourd'hui, le regard plein d'amour fraternel avec lequel il le regarde bouleverse Sasuke. Mais il ne le dira pas. Tout est toujours en retenue chez les Uchiwa.
Itachi trouve que Sasuke ressemble énormément à leur père défunt. Mais pour la première fois de sa vie, le jeune Uchiwa a, en choisissant Naruto Uzumaki comme colocataire, montré une facette différente de lui-même. Un désir de ne plus être le taciturne petit frère. Il s'est adjoint un camarade lumineux, enthousiaste et rieur. Et Itachi est assez satisfait de ce choix. Ce Naruto risque de rendre le quotidien de son petit frère beaucoup plus... distrayant.
«Si on passait à table les enfants?»
«On n'est plus des enfants» bougonne Sasuke, tandis que Naruto s'installe déjà à table.
Itachi agite une petite cloche et un homme en livrée arrive avec le premier plat. Naruto s'apprête de nouveau à commenter, mais le regard noir de Sasuke lui fait comprendre qu'il ferait mieux de la boucler. Le blondinet se concentre donc sur ce qui vient d'être posé dans son assiette.
Tandis que Naruto se goinfre, Itachi s'intéresse à son petit frère. Sasuke lui raconte son apprentissage à l'hôpital, en des termes qui restent très professionnels, et qui font sourire son aîné. Naruto est plus affable, et à vrai dire beaucoup plus amusant en ce qui concerne leur externat. La vision qu'il a de ses différents professeurs est délectable.
«Et il y a aussi le Professeur Gros-Sourcils! Il est énorme lui! Bon ses cours sont nuls, mais lui il est vraiment énorme!»
Devant le regard interrogatif de son grand frère, Sasuke précise:
«Le Professeur Maito.»
Itachi marque un temps d'arrêt, et finit par éclater de rire.
«Effectivement, c'est une description qui lui va assez bien. Tu aimes la cardiologie Naruto?»
«Ouais, surtout la chirurgie cardio-thoracique. J'aimerais faire ça plus tard, comme mon père!»
Sasuke ne bronche pas, mais ce n'est pas l'envie qui lui manque de répondre qu'avec de si grandes aspirations, Naruto devrait peut être penser à se mettre à bosser plus sérieusement.
Itachi pose un regard tendre sur son petit frère et demande:
«Et toi, Sasuke, une idée de la discipline que tu vas choisir?»
L'externe hoche la tête négativement.
«Pas trop. On verra.»
Ne jamais s'avancer. Ne jamais faire montre de quelque désir que ce soit.
«Tu devrais faire urgentiste Sasuke. T'es trop doué en réanimation haha!»
Devant l'air curieux d'Itachi, Naruto entreprend de raconter les déboires de Sasuke lors du cours du Professeur Hatake. C'est au tour d'Itachi de lever les yeux au ciel. Ce sacré Kakashi n'en loupe pas une, vraiment!
Tandis que le déjeuner se termine, Itachi invite les deux garçons à passer au jardin pour prendre le café. C'est l'occasion pour Itachi de se retrouver un peu seul avec son petit frère, tandis que Naruto se lie d'amitié avec le gros Saint-Bernard de la maison.
«Tu as choisi un colocataire fort sympathique, Sasuke.»
Le jeune homme prend son air renfrogné habituel, tout en observant le blondinet tenter d'échapper à la langue baveuse du gros chien.
«Moi je dirais plutôt bruyant.»
Itachi émet un petit rire clair avant de répondre:
«Je suis content que tu te sois fait un ami. L'amitié, la vraie, est un lien presque aussi fort que celui de la famille.»
Sasuke reste silencieux. il a compris que son frère gardera toujours un œil sur lui, quoi qu'il arrive. Mais il est aussi temps pour lui d'avancer, loin des souffrances du passé, loin de la solitude aussi. Savoir s'entourer d'amis, apprendre petit à petit à devenir sociable. A devenir heureux de vivre.
...
Shizune pousse un soupir de soulagement en voyant son ami affalé dans l'herbe.
«Iruka! Te voilà enfin! Ça fait deux heures que je te cherche!»
L'interne s'appuie sur son coude pur se redresser et sourit à son amie.
«Bah tu vois, je prends le soleil, comme les lézards!»
La jeune femme s'assied à côté d'Iruka et pose un œil intrigué vers le carton à dessin d'où s'échappent quelques feuilles volantes.
«Et bien dis-donc, tu as l'air d'avoir de l'inspiration en ce moment. Tu me montres?»
Après un instant d'hésitation, le jeune homme se redresse complètement. Mais avant de tendre ses esquisses à Shizune, il tient à l'avertir:
«Je te préviens, tu gardes tes commentaires à propos de Kakashi.»
La jeune femme se fend d'un sourire.
«Ok, donc tu as dessiné Kakashi.»
«Entre autres» bougonne l'interne. «C'est pas du tout ce que tu crois, j'ai suivi ton conseil, pour Mescaline.»
«Mais je ne crois rien du tout moi! Allez, montre-moi ça!» rétorque Shizune sur un ton malicieux, en saisissant les feuilles tendues par son ami.
Le premier dessin représente les cinq membres du groupe, ou plutôt leur silhouette de dos. Reconnaissables uniquement lorsqu'on les connaît. Parfait donc pour garder leur anonymat. Le coup de crayon d'Iruka est vraiment excellent.
Les dessins suivants sont dans le même style, et représentent chaque membre du groupe individuellement, de manière à ce que leur visage ne soit pas identifiable, grâce au choix de l'angle de vue, ou de la lumière. Asuma est représenté de dos, la lumière arrivant sur les clés de sa guitare dressée, mettant son visage dans l'ombre. Aoba est de face, lunettes de soleil sur le nez, et col de chemise relevé, masquant ainsi le bas de son visage. Kotetsu est derrière sa batterie bien sûr. L'instrument a semble-t-il donné du fil à retordre au dessinateur, les traits de gommage étant encore visibles. Le jeune batteur penche la tête en avant, ses cheveux tombant de chaque côté de son visage, lumière projetée dans son dos. Le dessin suivant met en scène la jolie Tsunami, qui masque son visage à l'aide d'un petit tambourin. L'œil malicieux qu'elle arbore laisse imaginer le sourire qui va avec. Sa gracieuse taille de guêpe est mise en valeur par une jolie blouse cintrée, petit clin d'œil au métier des membres de Mescaline.
Shizune prend le temps d'admirer chaque dessin, et finit par s'exclamer, d'une voix émue:
«Tes dessins sont vraiment magnifiques, Iruka! Vraiment, tu as parfaitement su illustrer cette atmosphère mystérieuse qu'ils veulent développer. Je pense qu'ils vont être ravis!»
Iruka se gratte le nez, un peu gêné et répond:
«Bah je sais pas si je vais leur montrer. J'ai plus fait ça pour m'entraîner. C'est quand même pas du grand art...»
«Tu rigoles ou quoi? C'est superbe! Franchement t'as intérêt à leur montrer, sinon je le fais pour toi!» relance la jeune femme sur un ton autoritaire.
Iruka se met à sourire. Sans vouloir se vanter, il est assez fier de ses dessins en fait. Et il est aussi curieux de connaître l'avis des membres du groupe.
«Bon et alors, il est où Kakashi?» demande Shizune d'une voix douce.
Elle ne veut pas brusquer son ami, ni lui rappeler de mauvais souvenirs. Mais l'absence du leader du groupe n'est probablement pas anodine.
Iruka la fixe, hésite, et pousse un soupir. Puis il tire de son carton à dessin une autre feuille.
Cette fois c'est Shizune qui sourit. Le soin qu'Iruka prend pour ce dessin particulier n'est probablement pas vide de sens. Elle préfère cependant ne pas commenter.
Lorsqu'Iruka lui tend la feuille, son visage ne montre pas la moindre expression, mais sa main tremble un peu. Un léger tremblement d'hésitation, comme si ce dessin avait le pouvoir de dévoiler ses sentiments.
Shizune se saisit soigneusement de la feuille et la place devant ses yeux. Iruka scrute sa réaction. La jeune femme prend son temps et finit par laisser son doigt effleurer la feuille, comme pour tracer le contour du visage de Kakashi.
«Il est... très beau» murmure la jeune femme.
Iruka ne sait pas si Shizune parle du dessin en lui-même, ou si elle parle de Kakashi. Il a eu beaucoup de mal à faire ce dessin, où Kakashi est assis sur un ampli de guitare, tournant au trois-quart le dos à l'observateur. Son visage, dans la pénombre, est partiellement masqué par un chapeau. On distingue son nez fin, et ses yeux fermés. C'est comme si Iruka avait capturé un moment de grâce, un moment d'inspiration. I la fois de l'émotion et de l'énergie dans ce dessin. De l'amour aussi peut-être?
Iruka se racle la gorge en rangeant soigneusement le dessin dans son carton. Shizune pose sur son ami un regard attendri, mais aussi peiné. Iruka a transcrit une sorte d'espoir dans cette illustration du chirurgien. L'espoir de voir Kakashi se retourner, se dévoiler en pleine lumière pour se laisser aimer. Enfin.
Un drôle de silence s'installe entre les deux internes. Shizune ne sait pas trop quoi dire. Le dessin de Kakashi l'a émue, parce qu'elle y a senti tout l'amour qu'éprouve encore son meilleur ami pour son aîné. A cet instant, la jeune femme ne peut croire que le chirurgien cardio-thoracique sera assez stupide pour refuser ce sentiment puissant qu'Iruka a décidé de mettre en veille pour l'instant, mais qui ne demande qu'à repartir si on l'attise un peu.
...
La pluie s'est invitée à Shiba. Une douce pluie de début d'automne. Une pluie d'été indien, propice à rester au chaud sous la couette. C'est d'ailleurs ce que fait Yakumo. La jeune femme se prélasse et s'étire, mais fronce les sourcils quand elle sent la place vide à côté d'elle.
Kakashi s'est encore levé tôt aujourd'hui. Le chirurgien semble avoir le sommeil léger en ces derniers jours de vacances. Une douce impatience à retrouver son chez-lui, ses amis, son travail. Et Iruka.
Tandis que la jeune femme se redresse et jette un coup d'oeil en direction de la petite terrasse, la porte de la chambre s'ouvre, laissant des effluves sucrées atteindre ses narines.
Kakashi pénètre dans la pièce, un plateau à la main.
«Pancakes, café et jus d'orange frais pour la Princesse du surf!» lance-t-il gaiement en s'approchant du lit.
Yakumo se redresse complètement et Kakashi pose délicatement le plateau devant elle. La jeune femme saisit l'une des deux tasses de café, et regarde Kakashi attraper son ukulélé.
Il entame alors une petite chanson, tandis que la jeune femme attaque son premier pancake en souriant.
(Banana Pancakes - Jack Johnson)
«Elle est particulièrement d'actualité cette chanson!» lance la jeune femme en observant la pluie frapper doucement le carreau de la baie vitrée.
Kakashi poursuit sa chanson, prenant une posture assurément charmeuse. Il se lève et commence à faire des allers-retours dans la pièce, en poursuivant sa mélodie.
Yakumo ne peut s'empêcher de le trouver particulièrement sexy. Dommage qu'il doive bientôt partir. Plus que quelques jours, et la petite bulle de paradis qu'ils se sont créée éclatera, pour laisser le chirurgien filer vers sa vie d'avant. Enfin pas tout à fait. Car Kakashi n'est définitivement, et irrémédiablement plus le même.
Kakashi a changé, en bien assurément. Il est serein et épanoui. Heureux.
Il ne manque qu'une dernière chose pour un bonheur parfait. Et cette chose, ou plutôt cette personne, se trouve à Konoha.
Kakashi termine sa chanson au moment où Yakumo termine ses pancakes. Le chirurgien sourit en se rapprochant de celle qui lui a permis d'ouvrir les yeux. Il dépose un tendre baiser sur son front et lui murmure:
«Je vais faire un tour en ville. On se retrouve au camping?»
Yakumo fronce les sourcils.
«Tu vas faire quoi en ville?»
Kakashi se met à rire et répond énigmatique:
«C'est un secret!»
Le chirurgien se lève et saisit son portefeuille et son téléphone.
«On se retrouve pour déjeuner d'accord?»
La jeune femme hoche la tête. Bien qu'intriguée, elle ne préfère pas insister. Et à la vue du visage radieux de son compagnon, elle imagine qu'il ne se passe rien de grave. Elle a même une petite idée de ce que le chirurgien mijote. La jeune femme l'a en effet entendu parler à Sumaru hier soir. L'homme semblait en quête d'une idée de cadeau.
A peine Kakashi a-t-il quitté la pièce en chantonnant que Yakumo se replonge sous les couvertures. Ses amis doivent déjà être à l'eau, mais surfer sous la pluie, très peu pour elle.
Kakashi a pris la direction des quelques boutiques qui bordent la jetée. Il est en effet à la recherche d'un petit cadeau pour sa «belle surfeuse» comme il aime à l'appeler. Sumaru n'a pas été d'une grande aide sur ce coup. Mais Kakashi a décidé de se fier à son instinct. Il finira bien par dénicher le cadeau qui plaira à Yakumo.
Flânant devant les étals colorés des camelots, Kakashi sifflote et prend son temps. L'air s'est rafraichi à Shiba, annonçant l'arrivée de l'automne, et la fin des vacances aussi. L'hôpital lui manque, les opérations lui manquent, ses amis aussi. Il s'est fait la promesse de leur témoigner son affection, à chacun, lorsqu'il rentrera. Fini le Kakashi égoïste qui ne pensait qu'à lui.
Les souvenirs proposés aux touristes sont toujours les mêmes: des T shirts, des sous-bocks, des babioles de toutes sortes. Le regard du chirurgien s'arrête sur une petite corbeille, placée sur un comptoir. Elle contient des petits broches en coquillages. Ces mêmes coquillages qui jonchent les plus belles plages de Shiba. Kakashi sourit, il a trouvé son cadeau pour Yakumo. Il se souvient de cette journée passée à ramasser des coquillages, Yakumo ayant entendu parler de ce fameux petit coquillage rose-orangé si difficile à trouver. Bien sûr leurs recherches avaient été infructueuses, mais ils étaient revenus avec une belle petite collection, qu'ils avaient fini par remettre sur la plage.
Tandis que Kakashi sort du panier une petite broche en forme de guitare qu'il tend à la vendeuse, sa main gauche plonge dans sa poche. Ses doigts frôlent le petit coquillage rose qui s'y loge depuis plusieurs jours déjà. Le chirurgien a pris soin de ne pas dévoiler sa découverte à Yakumo, persuadé qu'elle sera ravie de cette petite surprise.
Après avoir réglé son achat, Kakashi s'installe sur un banc à l'écart, et entreprend de fixer, à l'aide d'un petit fil de pêche récupéré auprès d'Idate, le fameux petit coquillage rose. C'est vrai qu'il est magnifique, prenant des reflets oranges, voire rouges en fonction de la lumière. Un peu à l'image de Yakumo, douce comme la rosée, lumineuse voire passionnée.
Kakashi parvient enfin à fixer le coquillage sur le petit manche de la guitare et écarte l'objet pour le contempler. Ca plaira à la jeune femme, c'est sûr.
Le chirurgien décide alors d'aller flâner dans les allées du petit marché installé sur le port. Il s'apprête à acheter quelques sardines lorsqu'un cri attire son attention.
«Akuri, Akuri! Réponds-moi!»
Une foule s'est amassée et Kakashi ne distingue pas grand-chose. Il tente de se frayer un passage dans le groupe, tandis que des chuchotements commencent à monter. Une voix paniquée lance alors:
«Mais dégagez! Faites de l'air! Et allez chercher un médecin au lieu de rester comme ça!»
Kakashi écarte d'un geste brusque la dernière personne qui le gêne, et aperçoit enfin une femme d'une cinquantaine d'années, allongée sur le sol, semblant avoir de grandes difficultés pour respirer.
«Je suis médecin» dit Kakashi sobrement en s'agenouillant à côté de la femme. Il se retourne et poursuit:
«Ce monsieur a raison, reculez tous de trois mètres. Que quelqu'un aille chercher une civière.»
Devant l'immobilité des gens, le chirurgien se met à gronder:
«Vite!»
Aussitôt la foule se met à obéir aux directives de cet étranger, qui semble imposer le respect. Le jeune homme qui a porté secours à la femme en détresse lui lance un regard reconnaissant. Kakashi lui répond par un simple sourire rassurant.
«Bon, on va la faire tourner sur le côté.»
La femme est incapable de parler, luttant pour respirer. Kakashi constate que ses jambes sont gonflées d'œdème. Pas la peine d'être grand sage pour comprendre qu'elle est en train de faire une belle poussée d'insuffisance cardiaque. Le chirurgien pose son oreille contre le dos de la femme, et perçoit des crépitements caractéristiques.
«Merde, ses poumons sont gorgés de flotte» se murmure-t-il à lui-même.
«Vous, quel est l'hôpital le plus proche? Cette dame a besoin de soins urgents.»
«Un... Un hôpital? On n'a pas ça ici. Le plus proche doit être à cent kilomètres.»
«On n'a pas le temps. Vous avez bien un dispensaire, une petite clinique, je sais pas moi?»
«Le dispensaire est en ville, mais il est fermé pour trois jours encore. Le seul médecin qui officie à Shiba part tous les mois pendant une semaine pour soigner les gens dans les villages isolés de la côte sauvage.»
Kakashi lève les yeux au ciel. Il sait que la répartition de l'offre médicale n'est pas égale sur le territoire. Mais de là à imaginer qu'un village de la taille de Shiba puisse se retrouver dans médecin. Le chirurgien réfléchit quelques instants. Pas la peine de s'énerver, concentrer ses efforts pour trouver une solution, rapide.
«La pharmacie! Je devrais pouvoir trouver ce dont j'ai besoin là bas. Allez, on y va!» lance Kakashi en prenant délicatement la femme sous les bras, tandis que son secouriste improvisé saisit ses jambes.
Kakashi et le jeune homme se ruent en direction de la pharmacie, suivis par les deux personnes ayant trouvé la civière, et portant à présent la patiente.
Le chirurgien se précipite au comptoir, sous le regard étonné, pour ne pas dire effrayé de la petite préparatrice en pharmacie.
«Mon...Monsieur, je peux vous aider?» demande-t-elle timidement.
«J'ai besoin d'un kit de perfusion, avec une poche de sérum physiologique et deux ampoules de furosemide en quarante milligrammes.»
Devant l'air éberlué de la jeune femme, Kakashi commence à perdre patience.
«C'est urgent mademoiselle, vous voyez bien que cette dame est mal en point!»
«Mais... Mais je ne peux pas vous délivrer tout ça sans ordonnance! C'est...»
Kakashi secoue la tête, de plus en plus agacé.
«Je suis médecin! C'est une urgence là! Magnez-vous le train au lieu de rester plantée là!»
Devant le bruit, le pharmacien sort de la réserve pour voir ce qui se passe. Il reconnait immédiatement la femme qui git sur la civière.
«Akuri!»
Le pharmacien tourne alors son regard vers Kakashi, qui s'apprête à réitérer sa demande. Mais l'homme le coupe en s'adressant à sa préparatrice:
«Donne-lui ce qu'il t'a demandé, vite.»
La jeune femme se précipite dans la réserve et revient rapidement avec tout le matériel demandé.
La respiration de la femme se fait de plus en plus courte.
Kakashi s'agenouille à ses côtés et remonte la manche de son chemisier.
«Akuri, c'est bien votre prénom?»
La femme ferme les yeux et les rouvre en signe d'approbation, incapable de prononcer un seul mot tant sa respiration est devenue difficile.
«Très bien, Akuri» reprend le chirurgien, «je m'appelle Kakashi, et je suis médecin. Votre cœur n'arrive plus à pomper correctement l'eau de votre corps, et cela vous empêche de respirer. Je vais vous injecter un produit qui va vous permettre d'évacuer l'eau qui est dans vos poumons, d'accord?»
Nouveau clignement des yeux de la femme.
Kakashi perfuse rapidement d'un geste sûr. Le pharmacien a déjà apporté un pied à perfusion sur lequel Kakashi accroche la poche.
«Maintenant, il faut attendre que le furosemide fasse effet. Vous avez un tensiomètre? Il faut surveiller sa tension toutes les demi-heures. Le mieux serait de la faire hospitaliser.»
Le pharmacien lui répond:
«Notre médecin n'est pas en ville, mais je vais contacter celui du village d'à côté. Il pourra la prendre en surveillance le temps qu'on lui trouve une place à l'hôpital.»
«Je... Je ne veux pas aller à l'hôpital...» déclare une voix fatiguée derrière eux.
«Mais Akuri, ce n'est pas raisonnable voyons!» reprend le pharmacien.
«Je... veux rentrer chez moi.»
Kakashi pousse un soupir. Il connait bien ce genre de patients têtus. Akuri n'est pas passée loin de la catastrophe cependant. Alors le chirurgien prend un ton à la fois doux et ferme pour lui répondre:
«Ecoutez Madame, je pense qu'on peut trouver un compromis. Je vous garde en observation au dispensaire jusqu'à demain matin. Et si tout va bien, je vous laisse rentrer à la maison. Ça vous va?»
La femme hoche la tête en souriant. Cet homme est diplomate, et charmant. Elle sait qu'elle n'obtiendra pas mieux de toute façon. Elle espère que le pharmacien se gardera de lui parler d'Iruka. Ce médecin étranger voudra probablement prévenir son fils, et Iruka ne tardera pas à débarquer catastrophé. Mieux vaut qu'il ne l'apprenne que plus tard, lorsqu'elle sera remise.
Le pharmacien confie le double des clés du dispensaire à Kakashi. En voyant partir le chirurgien, Akuri et les deux apprentis brancardiers, l'homme se dit qu'il n'a finalement aucune preuve officielle que Kakashi soit bien médecin. Mais sa rapidité d'action, ses gestes précis, sont autant de preuves qui ne mentent pas. Et heureusement que l'homme était là!
Dans le petit dispensaire, Kakashi fait installer la patiente sur l'un des lits de la petite salle de soins. Après avoir farfouillé un peu, il met la main sur un scope d'un autre âge.
«Je ne pensais pas que ce genre de vieillerie existait encore» murmure-t-il sur un ton blasé, en fixant le brassard au bras d'Akuri. Celle-ci laisse échapper un petit rire.
«Vous venez de la grande ville.»
Kakashi lève un regard interrogateur sur la femme, qui reprend, amusée:
«Shiba est un petit village. Ce dispensaire est un vrai luxe pour nous, même s'il n'est pas très moderne.»
Kakashi se fend d'un sourire compréhensif.
«Vous n'êtes suivie par aucun cardiologue j'imagine.»
Le sourire d'Akuri lui sert de réponse.
«Vous savez, ce n'est vraiment pas raisonnable. Votre maladie est déjà avancée et...»
La femme lève les yeux au ciel et le coupe:
«J'ai l'impression d'entendre mon fils parler!»
Puis elle éclate d'un petit rire mélancolique. Devant le regard interrogatif de Kakashi, elle poursuit:
«Mon fils est médecin lui aussi. Il est parti de Shiba pour suivre ses études. Il n'a jamais réussi à me convaincre d'aller consulter en ville. Alors sans vous manquer de respect, je ne pense pas que vous y arriviez.»
«Mais pourquoi...»
«Parce que j'ai toujours vécu ici, à Shiba, et que je mourrai ici. Je sais que ma maladie progresse, mais que peuvent m'offrir les médecins? Quelques mois, quelques années de sursis? A quoi bon? Je me sais condamnée de toute façon. Je préfère finir mes vieux jours ici, face à la mer, chez moi.»
«Mais vous êtes encore jeune! Trop jeune pour...»
«Oh mais c'est charmant d'entendre ça!» le taquine Akuri. «Merci pour le compliment. Et surtout merci de m'avoir sauvé la vie aujourd'hui. Vous êtes en vacances à Shiba pour un moment?» reprend la femme, histoire de détourner la conversation.
Kakashi décide de rendre les armes pour le moment.
«Oui, je suis à Shiba depuis presque deux semaines. Mais je repars bientôt.»
«Notre village est un peu hors du temps, mais il a beaucoup de charme, j'espère que vous y reviendrez.»
Kakashi lui sourit. Il ne remettra probablement jamais les pieds ici, mais qui sait ce que l'avenir lui réserve après tout?
Au bout d'une heure de surveillance, l'état d'Akuri s'améliore progressivement. Elle respire mieux, et ses jambes commencent déjà à désenfler.
Le médecin du village voisin fait son apparition. Une fois les rapides présentations faites, Kakashi laisse la main à son collègue, non sans avoir salué sa patiente d'un jour.
«Kakashi, je vous remercie d'avoir fait tout ça pour moi.»
«Ce n'était rien du tout Akuri, j'ai juste fait mon travail.»
«Peut être, mais vous le faites avec amour, et passion. Et vous avez de l'empathie pour vos patients, c'est très appréciable vous savez. Et j'aimerais vraiment vous remercier pour ce que vous avez fait pour moi...»
«Oh non, ce n'est vraiment pas la peine croyez-moi...»
«Si si, j'y tiens. J'ai la réputation de faire le meilleur ragoût de poissons de Shiba. S'il vous plait, acceptez de venir déjeuner chez moi, en guise de remerciement!»
Kakashi se fend d'un sourire et accepte. De toute façon, Akuri n'acceptera jamais un refus. La femme lui explique comment trouver sa maison, et ils programment ce petit repas le mercredi suivant.
Kakashi tend sa main à Akuri, qui la serre fort, ses yeux exprimant toute sa gratitude au chirurgien.
Alors qu'il prend la direction de la plage, la grande horloge de la mairie sonne midi. Malgré cette petite aventure, il va arriver pile à l'heure pour le repas. Kakashi glisse ses mains dans ses poches et sent la broche de coquillages. Il sourit déjà, en imaginant le sourire de Yakumo.
...
Naruto a reçu un drôle d'appel aujourd'hui. Ses grands-parents paternels l'invitent à dîner. On ne peut pas dire qu'il entretienne avec eux des relations privilégiées. Depuis la mort de son père, et donc pour ainsi dire depuis toujours pour lui, les quelques rencontres se résumaient à un rapide passage aux fêtes de Noël. Non pas qu'il n'aime pas ses grands parents, mais le blondinet a toujours ressenti une sorte de gêne auprès d'eux. Sa mère est assez ambiguë en ce qui concerne ses relations avec les Namikaze. Elle les respecte, reste toujours cordiale quand elle parle d'eux mais ils ne semblent avoir aucune affinité les uns envers les autres. Naruto a longtemps cru que ses grands-parents étaient hautains, de par leur statut de notables réputés à Konoha. Une grande famille de chirurgiens, quasiment tous à des postes très importants, certains faisant même de la politique. Lorsque Naruto a débuté sa médecine, ses grands-parents l'ont appelé pour le féliciter. Mais Naruto n'a alors pas pu s'empêcher de penser que s'il n'avait pas choisi cette voie, ils auraient probablement continué à l'ignorer.
Pourtant aujourd'hui, sa grand-mère semblait différente. L'émotion dans sa voix était palpable au téléphone.
Devant la grande propriété, Naruto hésite. Il a parlé de cette invitation à sa mère, qui n'a pas eu l'air surprise. Étrange.
L'ambiance est un peu pesante lorsqu'il arrive dans la salle à manger, vide. Une vieille femme entre à pas lents dans la pièce et lui sourit.
«Bonjour grand-mère!» lance Naruto dans un sourire un peu crispé. Mais la femme lui sourit tendrement. Elle s'approche et pose une main affectueuse sur sa joue:
«Comme tu as grandi Naruto. tu ressembles tellement à ton père.»
Elle s'apprête à poursuivre mais ils sont interrompus par le grand-père de Naruto.
«Naruto! Comment vas-tu mon garçon? Approche que je te vois mieux!»
L'homme porte des lunettes à verres épais. Son dos est courbé par le poids des ans, mais son œil est toujours aussi alerte. En son temps, Monsieur Namikaze père était lui aussi un chirurgien cardio-thoracique de renom.
Tandis qu'ils s'installent à table, le grand-père de Naruto décide d'entamer la discussion.
«Alors Naruto, comme ça se passe à l'hôpital?»
Le jeune homme détaille sa vie d'externe. Son enthousiasme fait sourire son grand-père. Le jeune homme est, comme la plupart des Namikaze, fait pour être médecin. Cela se sent, il en parle déjà avec passion.
Ils parlent de tout et de rien ensuite, Naruto leur apprenant qu'il vit maintenant en colocation avec un camarade prénommé Sasuke Uchiwa.
«Tiens, tiens, un Uchiwa. Il ne serait pas de la famille de ce pauvre Fugaku. C'était un très bon médecin lui aussi. Son fils aîné est devenu ophtalmologue il me semble.»
«Tu as l'air d'être encore bien au courant de ce qui se passe à l'hôpital grand-père!» lance Naruto un peu surpris.
L'homme pose un regard attendri sur son petit-fils.
«Tu sais Naruto, l'hôpital est une grande famille. On n'oublie pas ses frères d'armes. Et quand on est vieux comme moi, on aime voir les jeunes générations prendre la suite de notre travail.»
Naruto hoche la tête et répond naïvement:
«J'aime bien cet état d'esprit, cette notion de famille. Mais avec maman qui semble détester l'hôpital de Konoha, ce n'est pas...»
«N'en veux pas à ta mère Naruto. Elle a vécu des moments particulièrement difficiles, et elle n'appartient pas au monde médical. Tu sais, c'est très difficile pour quelqu'un d'étranger à ce milieu, d'accepter les sacrifices que cela nécessite.»
Naruto reste interdit devant l'intervention de sa grand-mère. Elle cherche visiblement à lui faire comprendre quelque chose. Et il n'est pas loin de penser que sa propre mère est derrière tout ça.
Ses grands-parents sont d'une gentillesse particulière aujourd'hui. Ils semblent vouloir mettre de côté la distance qu'ils ont toujours maintenue entre Naruto et eux. Malgré la pudeur naturelle qui les caractérise si bien, la grand-mère de Naruto semble prête à lever un peu le voile du mystère qui entoure le passé de son père. Enfin.
Mais Naruto aimerait comprendre pourquoi. Pourquoi maintenant, alors que ses grand-parents se sont toujours évertués à ne jamais évoquer son père que par de petites phrases sibyllines.
Le jeune homme est perplexe. Il a une soif d'informations sur son père, mais aussi l'impression étrange qu'on cherche une fois de plus à le manipuler.
Le déjeuner terminé, les trois Namikaze passent au salon pour prendre le café. Naruto décide alors de jouer le tout pour le tout. Il est temps de mettre fin à cette pesante chape de mystère qui entoure cette famille.
«Grand-mère, grand-père, pourquoi m'avoir invité aujourd'hui?»
«Et bien, c'est naturel de vouloir voir son petit-fils non?»
Naruto secoue la tête agacé.
«Je ne suis plus un enfant vous savez. Je suppose que ma mère vous a parlé de mes recherches sur papa.»
La grand-mère ne peut réprimer un frisson quand elle entend le mot «papa». Naruto l'emploie rarement. N'ayant jamais connu Minato, il emploie plus volontiers les mots «mon père» voire même «mon paternel». Ce mot «papa», lourd de sentiments, témoigne du besoin viscéral de Naruto de connaître enfin la vérité sur son passé familial.
Le grand-père de Naruto pose un regard à la fois triste et fier sur son petit-fils.
«Naruto, ton père... Ton père était quelqu'un de bien. Nous avons une part de responsabilité dans sa mort et ...»
L'homme passe un bras réconfortant autour de l'épaule de son épouse, qui vient de laisser échapper un sanglot. L'homme reprend:
«Nous avons été très durs avec lui, et nous n'avons pas compris qu'il était malheureux. Par notre faute, par nos choix aussi. Tu as le droit de savoir qui était vraiment ton père, même si tu as, semble-t-il, déjà deviné pas mal de choses.»
Naruto hoche la tête avant de répondre:
«C'est ma mère qui vous a demandé de...»
«Oui, Kushina nous a demandé de faire ce qu'elle n'a pas la force de faire elle-même. Elle a essayé, à plusieurs reprises, de te raconter. Mais elle ne peut s'y résoudre, c'est encore trop douloureux pour elle. Elle a aimé ton père, d'une certaine façon, elle a été blessée, à cause de lui, mais surtout à cause de nous.»
Naruto sent que le moment est venu. Ce moment qu'il attend depuis si longtemps. Sa grand-mère ravale un deuxième sanglot et murmure d'une voix tremblante:
«Naruto, quand tu sauras la vérité, essaye de ne pas trop nous en vouloir d'accord?»
Le jeune homme lui lance un regard interrogatif, mais hoche la tête. Quoi qu'il ait pu se passer, sa famille reste sa famille. C'est déjà assez dur de vivre sans père.
Son grand-père lui désigne le grand escalier de bois qui mène aux étages.
«Nous avons laissé la chambre de ton père en l'état après sa mort. Juste avant son accident, il est revenu passer quelques jours ici, parce que ça n'allait pas très bien avec Kushina. Il y a laissé quelque chose qui te revient.»
Sans un mot, Naruto se dirige vers l'étage. Avant de s'engager dans l'escalier, il jette un coup d'œil en arrière. Sa grand-mère se serre contre son mari, qui passe une main rassurante dans son dos.
Quand il pousse la porte de la chambre, Naruto a l'impression d'entrer dans une pièce figée. Les rayons de lumière provenant de la fenêtre font danser la poussière. Les réponses sont ici.
...
«Hé les gars!»
«Hey salut Idate, quoi de neuf?»
«Je viens vous dire au revoir» répond le jeune homme, un sourire radieux sur le visage.
«Comment ça?» lance Kakashi interrogatif.
«J'ai décidé de suivre ton conseil Kakashi. Je pars à Konoha!»
Yakumo se met à battre des mains, tandis que le chirurgien se fend d'un sourire.
«Tu as raison Idate. Mille fois raison! Va rejoindre ton amoureux! Fonce!» lance la jeune femme en entamant une petite danse de joie.
«Et ton père?» demande Sumaru.
«Bah il n'était pas très content. Mais il fera avec. De toute façon, j'en pouvais plus de ce boulot de forcené!»
«Et qu'est ce que tu vas faire à Konoha? Tu y as réfléchi quand même? Parce que c'est bien de partir à l'aventure comme ça, mais il va te falloir un toit pour dormir, et de l'argent pour manger» rétorque Kakashi, terre-à-terre.
«Oh Kakashi, ne commence pas à jouer les rabat-joie! Idate va s'en sortir comme un chef, j'en suis sûre!»
Le chirurgien fait la moue, conscient d'avoir sa petite part de responsabilité dans la décision qu'il trouve un peu hâtive d'Idate.
«Mon frère habite à Konoha. Au pire j'irai squatter chez lui. Il travaille dans le même hôpital que toi en plus! Si ça tombe, on aura l'occasion de se croiser là bas quand tu seras rentré!» répond joyeusement le jeune pêcheur.
«Attends, ton frère travaille à l'hôpital. Mais si ça tombe je le connais? Il s'appelle comment?»
«Ibiki Morino.»
Gros blanc.
«Ton frère, c'est... Ibiki? Le chirurgien maxillo-facial?»
Le jeune homme hoche la tête, d'un air agacé.
«Mais pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt?» demande Kakashi étonné.
«Bah, c'est un sujet un peu tabou mon frère. Il a quitté le village après un violente dispute avec mon père. Mon paternel pensait qu'Ibiki allait reprendre l'affaire familiale, mais lui voulait être chirurgien. Ibiki a fini par partir, sans dire au revoir à personne. Mon père ne veut même plus entendre prononcer son nom.»
Kakashi lève un regard peiné vers son ami. Et il demande d'une voix douce:
«Et toi aussi, tu choisis de partir à présent. Ça doit être dur pour ton père non?»
Idate baisse les yeux, conscient que sa décision peut paraitre égoïste. Mais il sait que rien ne pourra le faire changer d'avis à présent. Il a besoin de partir à l'aventure, de se prouver, et de prouver à son père, qu'il est capable de réussir dans la vie. Et il a aussi hâte de revoir Iruka. Ses sentiments envers son ami d'enfance sont peut être pleins de naïveté, mais ils sont sincères. Et Kakashi n'est-il pas le celui qui lui a fait comprendre que l'on doit tout tenter par amour?
Idate adopte une position ferme et ajoute:
«Je pars demain, par le car de seize heures. On pourrait se faire une petite soirée pour fêter mon départ?»
Le groupe de surfeurs hoche la tête, enthousiaste.
Kakashi s'est un peu éloigné du groupe et semble pensif. Yakumo le rejoint et pose une main tendre sur son épaule.
«Tu as l'air bien songeur, Kashi.»
«Mmh, j'espère que ça va aller pour Idate. Konoha, ce n'est pas Shiba, ça peut être dangereux pour un jeune pêcheur...»
«Tu l'as entendu, il a son frère là bas. Et puis ce qu'il fait est beau, non? Il lâche tout pour retrouver l'homme qu'il aime. Et toi tu ne vas pas tarder à faire la même chose finalement.»
Kakashi lève la tête et offre un sourire sincère à son amie.
«C'est vrai» répond-t-il, «mais Idate semble tellement sûr de lui.»
Yakumo enroule à présent ses bras autour du torse de Kakashi.
«Tu verras, je suis sûre qu'Iruka t'accueillera à bras ouverts. Et même si ce n'est pas le cas, tu n'auras rien à regretter.»
L'étreinte se poursuit en cette fin de journée, effaçant un peu les doutes du chirurgien, pour laisser place à un timide espoir. Tenter le tout pour le tout, à l'image d'Idate. Et reconquérir le bel Iruka, pour ne plus jamais le laisser s'éloigner de lui. Voilà la seule chose que désire Kakashi à cet instant.
...
Cela fait plusieurs heures que Naruto est dans l'ancienne chambre de son père. Sa grand-mère lève un regard anxieux vers son mari.
«Peut être qu'on devrait aller voir?» demande-t-elle timidement.
Mais le vieil homme hoche la tête négativement.
«Laissons -le prendre son temps. Il va devoir digérer tout cela, seul.»
A peine a-t-il terminé sa phrase que Naruto réapparait dans le salon. Il a le regard dur, et serre dans ses mains un cahier encore couvert de poussière.
Le jeune homme s'approche de ses grands-parents et les enlace, à leur grande surprise. Naruto leur murmure alors:
«J'aurais aimé que vous me parliez de tout cela avant. Mais je ne vous en veux pas. Je comprends combien ça a du être pénible de garder tout cela pour vous si longtemps.»
Alors que le jeune homme s'écarte, sa grand-mère écrase une larme sur sa joue.
«Naruto...»
Mais le jeune homme lève la main, demande implicite de silence.
«Je vous emprunte ceci» dit-il en brandissant le cahier.
Le grand-père de Naruto hoche la tête en murmurant:
«Le journal de ton père. tu y trouveras toutes les réponses à tes questions Naruto.»
Le jeune homme embrasse une dernière fois ses grands-parents et quitte la maison, sans un mot de plus. Il tient enfin la clé du mystère «Minato Namikaze», de sa propre main. Il va enfin savoir qui était réellement son père.
Naruto est à la fois fébrile et indécis. Tandis qu'il pénètre dans son appartement, il entend à peine Sasuke lui demander s'il va bien. Sans répondre, il part s'enfermer dans sa chambre. Le jeune Uchiwa reste interdit, il a rarement vu Naruto dans un tel état, la mine aussi grave. L'externe préfère laisser son camarade seul pour le moment. Naruto saura où le trouver au moment où il ressentira le besoin de parler.
...
Yakumo offre une dernière accolade à Idate avant que celui-ci ne monte dans le bus, direction Konoha.
Tandis que le jeune homme s'installe dans le véhicule, ses amis lui font de grands signes d'au-revoir. Le jeune pêcheur jette un dernier regard à la place de son village. Il a un le cœur un peu serré. Son regard croise celui de Kakashi, dont le visage est barré d'un sourire d'encouragement. Alors le jeune homme prend une grande inspiration et fixe la route, droit devant lui, tandis que le bus démarre. Maintenant, il ne peut plus reculer.
Lorsqu'il arrive enfin à la gare routière de Konoha, la nuit est déjà tombée. Le hall de la gare est presque désert, et Idate se sent immédiatement perdu dans ce grand bâtiment. Un jeune homme d'allure louche s'approche de lui, et entame la conversation:
«Tu es perdu? Tu vas où? Je peux t'aider si tu veux!»
Idate, d'un naturel naïf, s'apprête à lui expliquer qu'il désire se rendre à l'hôpital. Mais la voix de Kakashi lui revient immédiatement en tête.
Quand tu arriveras à Konoha, ne suis aucun inconnu, d'accord? Les gens ne sont pas aussi gentils et serviables qu'à Shiba. Prends un taxi, ce sera plus prudent.
Alors que l'homme insiste, Idate balbutie quelques mots d'excuses et s'enfuit rapidement, vers la longue rangée de taxis qui attendent devant la gare. Il entend l'autre le héler et croit même reconnaitre quelques insultes. Mais il a déjà atteint l'une des voitures stationnées.
Idate pousse un soupir de soulagement en s'affalant sur la banquette arrière du taxi. Le chauffeur jette un œil morne dans son rétroviseur et lance, d'une voix tout aussi morne:
«Vous allez où?»
Idate répond «à l'hôpital» et le chauffeur fait la moue.
«Quel hôpital? Il y en a plusieurs à Konoha Monsieur.»
Idate laisse passer quelques secondes. Déjà, c'est bien la première fois que quelqu'un l'appelle monsieur. Et puis il ne sait absolument pas quoi répondre au chauffeur. Comment ça plusieurs hôpitaux?
Au risque de passer pour un idiot, Idate balbutie:
«Ben... Le plus grand. Amenez-moi au plus grand hôpital de Konoha.»
Dans sa logique de petit pêcheur, Iruka ne peut travailler que dans le plus prestigieux des hôpitaux de Konoha. Au pire, il appellera son frère Ibiki s'il n'arrive pas à trouver l'interne. Bien que cette éventualité ne l'enchante guère. Cela fait plusieurs années qu'il n'a pas parlé à son frère aîné, et il ne sait pas du tout comment celui-ci va l'accueillir.
Idate regarde le paysage défiler tandis que le chauffeur a allumé la radio, histoire de ne pas avoir à engager la conversation avec cet individu semblant sortir tout droit de la cambrousse.
Des lignes de buildings, de l'asphalte partout, des enseignes lumineuses empêchant les étoiles de percer dans le ciel noir. Alors c'est ça la grande ville?
Au loin se profile déjà un imposant bâtiment.
«Vous savez, les heures des visites sont passées. Ils ne vous laisseront probablement pas rentrer.»
Idate pousse un soupir las. Tant de choses inconnues, il a presque l'impression d'avoir débarqué dans un pays étranger!
«Déposez-moi devant l'entrée s'il vous plait.»
Le chauffeur hoche la tête, sans chercher plus loin. Après l'avoir payé, Idate s'extirpe de la voiture et jette un coup d'œil aux alentours. L'hôpital semble endormi, le hall d'entrée est désert. Les grandes portes sont d'ailleurs fermées. Il y a bien une sonnette, mais une petite pancarte indique qu'elle est réservée aux urgences.
Un petit pêcheur fraichement débarqué de sa campagne, et complètement perdu peut-il être considéré comme une urgence?
Idate sent peu à peu la panique le gagner. Il décide de s'asseoir sur un banc pour réfléchir.
Alors qu'il commence sérieusement à envisager d'appeler son frère, malgré l'heure tardive, un groupe de jeunes gens en blouses blanches passe à proximité de lui, sans le remarquer.
«Pff, vu l'heure, il ne restera rien à manger à l'internat!»
«Tu m'étonnes, on va encore devoir se farcir les vieilles barquettes pourries de l'hôpital.»
«Il y avait une soirée poker ce soir non?»
«Ouais, Shizune va encore plumer tout le monde!»
Le petit groupe éclate de rire en poursuivant sa route.
Et Idate bénit le ciel. Shizune, c'est forcément sa Shizune, celle avec qui il était en primaire, la meilleure amie d'Iruka. Si elle est là bas, il a de fortes chances de tomber sur l'interne. Idate décide donc de suivre le petit groupe, en prenant soin de ne pas se faire remarquer. Il voit un bâtiment encore tout éclairé se profiler au loin, et un sourire rassuré se dessine sur ses lèvres. Sourire de courte durée, lorsqu'il voit l'un des internes taper le code d'accès avant d'ouvrir la porte de l'internat. Les jeunes gens disparaissent rapidement à l'intérieur tandis que la porte se referme inexorablement dans un clac sourd.
Idate pousse un long soupir exaspéré. Si près du but! Il se rapproche de l'entrée et jette un coup d'œil par la fenêtre. Il y a du monde à l'intérieur, et l'ambiance a l'air sympa. Iruka se trouve sûrement là, si près et à la fois hors de portée.
«Hé, t'es qui toi?»
Idate se retourne lentement, pour faire face à un jeune homme, lui aussi en blouse blanche. Le jeune pêcheur commence à bégayer:
«Je...euh... Je cherche un ami... Il est interne, mais je...»
L'autre pousse un soupir et répond:
«On n'a pas le droit de faire rentrer des inconnus à l'internat. C'est réservé aux médecins tu comprends? C'est qui ton ami?»
«Iruka Umino!» lance Idate sur un ton désespéré.
Le jeune homme lève un sourcil interrogateur, et se fend d'un sourire.
«Tu as l'air d'être au bout du rouleau mon vieux!»
«J'ai fait une longue route et...»
«Bon allez, viens pas là» l'interrompt le jeune interne. «Mais tu ne diras pas que c'est moi qui t'ai fait rentrer hein!»
Idate acquiesce énergiquement tandis que l'interne le fait entrer dans l'internat.
Le bruit à l'intérieur est assez fort, un mélange de musique et de conversations bruyantes. Idate en a la tête qui tourne. Resté dans le passage, il est bousculé à plusieurs reprises par des gens qui courent un peu dans tous les sens. Cette joyeuse euphorie le met mal à l'aise. Au milieu du hall, il lance des regards affolés autour de lui, personne ne semble lui prêter attention.
«Idate?» lance une voix étonnée derrière lui.
Le jeune homme se retourne et a presque envie de pleurer.
«Iruka!» s'écrie-t-il en se précipitant dans les bras de son ami. «Si tu savais comme je suis content de te voir!»
Iruka semble chercher une explication cohérente à la présence du pêcheur ici, à l'internat, et finit par demander:
«Qu'est ce que tu fais là, tout seul, à cette heure? Il y a eu un problème à Shiba?»
«Non, non» répond le jeune homme, qui semble ne jamais plus vouloir lâcher l'interne, «je voulais te voir, c'est tout. Tu me manquais trop, je voulais être avec toi.»
Iruka ne répond pas immédiatement. Après quelques secondes, il réagit enfin:
«Idate, tu as fait toute cette route... Pour venir me voir?»
Le jeune pêcheur lève des yeux brillants vers l'interne de chirurgie cardio-thoracique, en hochant la tête. L'expression naïve de son visage est tout simplement adorable. Iruka pousse un petit soupir et entraine son ami dans sa chambre. A peine a-t-il fermé la porte qu'il lance:
«Écoute Idate, c'est de la folie. Tu as prévenu ton père au moins? Ne me dis pas que tu es parti sans prévenir personne!»
Le pêcheur lui explique alors toute l'histoire, laissant Iruka perplexe. Il prend conscience qu'Idate a visiblement pris beaucoup plus au sérieux que lui leur petite amourette de vacances. Mais ce soir, il est trop tard pour lui expliquer tout cela. Le jeune homme semble être encore traumatisé par son arrivée à Konoha, et exténué. Iruka décide alors de remettre à demain les explications. Idate a besoin de dormir.
Tandis que l'interne installe le jeune pêcheur dans son lit, celui-ci s'accroche à sa chemise et murmure:
«Reste avec moi Iruka, s'il te plait.»
L'interne n'a pas le cœur à refuser. Il se glisse auprès de son ami, qui se pelotonne contre son torse. Idate s'endort rapidement, rompu de fatigue, tandis qu'Iruka pose un regard attendri sur le jeune homme. C'est bien la première fois que quelqu'un fait autant de kilomètres pour venir le rejoindre, c'en serait presque mignon si ce n'était pas totalement inconscient. Mais Iruka sait qu'Idate est ainsi, naïf et volontaire. Et l'interne appréhende déjà de lui faire de la peine. Mais il y réfléchira demain. Pour le moment, il resserre son étreinte sur le jeune homme, l'entourant de sa protection et de son affection. Et cette impression d'être aimé, peut être plus que de raison, est assez agréable au fond.
...
Kakashi gravit sans peine la petite pente qui mène à une jolie maison blanche, à flanc de falaise. La vue est magnifique. Il pousse le petit portillon de bois et pénètre dans le jardin, entretenu tant bien que mal. Un gros cèdre, sûrement centenaire, apporte un peu d'ombre, et une balançoire grince au gré de la brise qui vient de se lever. On se croirait presque dans l'un de ces vieux films sentimentaux. Kakashi n'a pas le temps d'appuyer sur la sonnette que la porte s'ouvre sur Akuri, toute souriante. Elle semble s'être bien remise de sa dernière crise.
«Entrez entrez! Vous êtes le bienvenu Kakashi!»
Le jeune homme sourit et tend un gros bouquet de fleurs à la femme, qui s'exclame:
«Oh mais ce n'était vraiment pas nécessaire! Mais c'est très gentil! Elles sont très belles!»
Tandis qu'Akuri fait entrer Kakashi dans la salle à manger, celui-ci jette un coup d'œil discret à la pièce. Un intérieur modeste mais bien entretenu. La table est déjà mise.
«Installez-vous, j'arrive dans deux minutes!» chantonne Akuri en se dirigeant vers la cuisine.
Kakashi se dirige d'un pas nonchalant vers la fenêtre qui offre une vue magnifique sur la baie.
«Vous aimez la daurade, j'espère!» lance Akuri de la cuisine.
«Oui bien sûr!» répond Kakashi. Les effluves qui lui parviennent sont annonciatrices d'un très bon déjeuner. Parce que Kakashi n'a pas eu le cœur de refuser l'invitation insistante d'Akuri. Il est passé lui rendre visite au dispensaire le lendemain de sa crise, Akuri lui ayant alors fait comprendre que son invitation à déjeuner n'était pas une parole en l'air. Et il semble que non ne soit pas une réponse recevable pour Akuri.
Tandis que la femme s'affaire toujours en cuisine, le regard de Kakashi est attiré par les quelques photos qui trainent sur la cheminée.
Le chirurgien se fige alors instantanément. Ses yeux s'arrondissent, incrédules. Comment a-t-il fait pour ne pas faire le lien? Shiba, c'est Iruka qui lui en a parlé, au cours de leur seul et unique rendez-vous, juste avant la greffe! Comment a-t-il fait pour ne pas se souvenir de ça?
Iruka et sa mère, côte à côte devant la maison dans laquelle il se trouve en ce moment même! Le même regard noisette, les mêmes cheveux bruns, la même peau colorée!
Kakashi sursaute en entendant la voix d'Akuri, juste derrière lui.
«C'est mon fils, Iruka, qui est médecin comme vous» dit-elle d'une voix douce.
Kakashi a envie de crier, de lui dire qu'il le connait bien, qu'il travaille avec lui depuis un an déjà. Et qu'il l'aime aussi. Mais qu'il l'a fait souffrir, son propre fils, il l'a maltraité. Et il s'en veut. Tout se bouscule et Akuri, inconsciente de la tempête qui se déroule dans sa tête, reprend:
«Je suis sûre que vous vous entendriez très bien tous les deux.»
Kakashi tente de reprendre contenance. Il a l'impression de ne pas être légitime dans cette maison, de n'avoir rien à y faire. Pire, de ne pas avoir le droit d'être là. Son attitude odieuse vis-à-vis d'Iruka lui serre la poitrine.
Akuri demande d'une voix sincèrement concernée:
«Kakashi, vous allez bien?»
Il croise alors ce regard doux, qu'elle a transmis à son fils, et se ressaisit. Le chirurgien offre son plus beau sourire et lance une banalité, histoire de reprendre la conversation comme si de rien n'était. Il repense aux paroles de Yakumo.
Laisse le passé derrière toi. Et profite de chaque opportunité qui se présente pour te racheter de tes fautes. C'est ainsi que tu trouveras la paix.
Il s'est un peu moqué d'elle quand elle lui a dit ça. Il trouvait que cela faisait un peu trop philosophie de base. Mais à cet instant, devant une Akuri souriante et généreuse, le chirurgien se dit que les opportunités peuvent parfois prendre des formes assez imprévues.
...
Un petit commentaire pour la route? Ca me ferait bien plaisir, vraiment ^^
