Salut ô lecteurs adorés!

Voici le nouveau chapitre de Broken Hearts, tout chaud tout beau ^^

J'ai cependant deux petits messages perso à passer avant:

- à Mebi: j'ai hâte de voir tes dessins. N'oublie pas de m'envoyer le lien vers ta galerie! Et encore merci de t'inspirer de mon histoire pour tes dessins!

- à Kao: alors là je m'interroge vraiment (j'ai même limite peur en fait lol): qu'est ce que tu as bien pu avoir comme question pour que la réponse soit Mescaline? Je ne connais pas ton jeu, mais si ma fic a pu t'aider à gagner, j'en suis très content ^^ (l'intérêt d'avoir un compte, c'est que je pourrais te répondre en mp, comme je le fais pour chacun des reviewers, mais c'est pas grave, moi aussi je sais ruser).

Allez, trêve de bavardage, bonne lecture!

Chapitre 29: Réponses.

16 Août.

C'est aujourd'hui que je dois la rencontrer. Je ne sais pas ce qui me retient de m'enfuir de cette maison sordide. Tout ici me dégoûte. Ces tableaux de maître défraichis, ces meubles passés à la cire pour en effacer les traces du temps, ce personnel mielleux.

Tout sonne faux.

La famille Namikaze n'a plus d'argent. Et c'est moi qui suis censé en payer aujourd'hui les conséquences.

C'est injuste. J'ai essayé de lutter, mais je ne suis qu'un faible. La terreur s'insinue en moi à l'idée de contredire mon père. Comment peut-il m'obliger à faire cela?

Suis-je naïf, comme il aime à le dire? Suis-je une perversion, une abomination, comme semble le penser ma propre mère?

Je ne sais pas, je ne sais plus. Mais cette pauvre fille, qui vient de traverser notre jardin tout sourire au bras de sa mère, sait-elle que tout cela n'est qu'une mascarade?

Si elle savait, mon dieu si elle savait vraiment qui je suis, s'enfuirait-elle aussi vite qu'elle le peut? Me cracherait-elle au visage?

Elle a les cheveux rouges de la passion, elle a un sourire franc et des yeux pétillants. Elle non plus ne mérite pas cela.

Qu'ai-je à lui offrir, sinon une vie de mensonges? Oui, elle aura un nom, Namikaze. Mais le pire des Namikaze qui soit.

Je me souviens de ce jour, il y a déjà un an. Je venais d'obtenir le poste de chef de clinique à l'hôpital central de Konoha. Mon père était si fier! Je n'avais qu'une envie, retrouver mes amis, et surtout Kenji, pour fêter ça avec eux. Mon père m'a laissé filer sans faire de difficulté, j'aurais dû me méfier.

Je pense qu'il se doutait de quelque chose, depuis quelques temps déjà.

Je me souviens encore de sa fureur quand il est entré dans le bar, les clients étaient médusés par tant de violence.

Je venais d'embrasser Kenji. Mon pauvre Kenji, tu n'as pas compris ce qu'il t'arrivait ce jour-là! L'un des hommes de mon père t'a tiré en arrière et projeté à terre. J'ai tenté de protester, de te venir en aide, mais la main punitive de mon père s'est abattue.

Sans compter la douleur brûlante sur ma joue, c'est surtout l'humiliation qui m'a fait mal ce jour-là. Se faire ainsi frapper par son père, au beau milieu d'un bar, devant ses amis, devant son petit ami.

Humiliation c'est le mot.

Kenji m'a regardé suivre mon père et quitter le bar en pleurant. J'ai longtemps cru qu'il m'en voulait, mais il se sentait surtout coupable. Il me l'a dit plus tard, quand nous nous sommes revus en cachette, comme deux adolescents. J'avais presque trente ans, et je devais cacher mon amour pour Kenji, et surtout mon homosexualité.

Depuis ce jour maudit, le regard de mes parents a changé. Je lisais la honte dans leurs yeux, la colère aussi dans ceux de mon père.

Pourquoi ne suis-je pas parti? Pourquoi n'ai-je pas pris mon indépendance? A trente ans, qui vit encore chez ses parents surtout avec une situation comme la mienne. Le poids de l'héritage, les liens familiaux, le clan, la honte d'être différend aussi. Toutes ces mauvaises raisons pour cacher mon manque d'assurance, mon manque d'honnêteté, mon manque de courage.

Je n'ai pas été étonné lorsque mon père m'a annoncé qu'il allait arranger mon mariage. Cela ne se faisait plus beaucoup, mais dans une famille comme la mienne, ce genre de tradition reste bien ancré. Surtout quand on veut cacher à la société que son fils est homosexuel. Quoi de mieux que le faire épouser une belle jeune fille? Si en plus, elle a la chance d'appartenir à une famille riche, tout le monde y trouve son compte au final.

Les Uzumaki, une famille de journalistes en quête d'un nom prestigieux à associer au leur, de manière à faire enfin partie de la bourgeoisie de Konoha.

Les Namikaze, une famille de médecins et chirurgiens de renom, mais pris à la gorge par une mauvaise gestion de leurs biens, et ayant besoin de cacher le vice de leur fils unique aux yeux de cette même bourgeoisie de Konoha.

Ce mariage, ou plutôt cette association, semble convenir à tous. Même la jolie Kushina ne semble pas s'offusquer de ce mariage arrangé.

Voilà, les présentations ont été faites. Le contrat est signé. Les préparatifs vont être lancés d'ici peu. J'en ai la nausée rien que d'y penser. Je me suis une nouvelle fois réfugié dans ma chambre d'enfant. Souvenir du bonheur. Je devrais me lever, quitter cette maison, prendre enfin mon indépendance et refuser ce mariage. Mais je n'en ai pas la force. Je suis faible.

Je repense à cette jeune femme charmante, amusante, pétillante.

Et je me rappelle de sa réponse lorsque nous avons enfin pu parler seul à seul dans le jardin, tandis que nos parents finalisaient le contrat de mariage.

A cœur ouvert, je lui ai dit que je préférais les hommes, que je ne l'aimerai probablement jamais, qu'elle serai malheureuse avec moi. Je ne sais pas ce que j'espérais. Qu'elle se mette à pleurer, qu'elle se mette à hurler qu'elle non plus ne voulait pas de ce mariage.

Mais Kushina a simplement souri. Tristement. Elle savait déjà.

Cette petite demoiselle qui semblait si fragile avait déjà fait un trait sur son propre bonheur, pour le bien de sa famille. Pour l'intérêt de sa famille plutôt.

Kushina. Comment puis-je nous laisser gâcher nos vies ainsi? Et toi, petit bout de femme qui sort à peine de l'adolescence, comment peux-tu croire que nous arriverons à construire un semblant de vie de famille?

Tu sembles persuadée que l'on peut passer toute sa vie sans amour, que nous arriverons à éprouver de l'affection l'un pour l'autre, au fil du temps. Et cela te suffit.

Kushina, tu vends ton âme au diable pour ta famille, pour le prestige, pour l'argent aussi. Et moi je te laisse faire, je participe à ce désastre annoncé.

Kushina, nous ne sortirons pas indemnes de cette sombre journée.

Naruto, les yeux rougis, lève le nez vers la fenêtre. Le soleil commence à poindre à l'horizon. Il sera bientôt l'heure de partir à l'hôpital. Le blondinet a passé toute la nuit à lire le journal de son père. Et dans l'aube du jour naissant, il a le cœur brisé.

Pour sa mère, pour son père, pour ses grands-parents.

L'histoire de ses parents a été bâtie sur des mensonges, des intérêts. C'est d'une insondable tristesse.

Le jeune homme se lève, avec l'impression que son corps pèse une tonne. Le poids du secret familial. Il comprend les réticences de sa mère, sa colère aussi. Tout n'a toujours été qu'apparences. Sa mère a probablement espéré que son mari finirait par l'aimer, ne serait-ce qu'un peu, que l'arrivée d'un enfant resserrerait les liens fragiles et factices de leur famille. Mais Naruto sait aussi que l'on ne peut rien construire de solide sur le mensonge. Il en veut un peu à son père. Mais aurait-il osé s'élever contre cette pression familiale, qu'il a lui même subie a minima? Finalement, en n'entretenant que des relations distantes avec la famille Namikaze, sa mère l'a probablement protégé de ce carcan de principes qui semble étouffer la famille de son père.

Naruto s'étire pour tenter de faire disparaitre les courbatures de cette nuit sans sommeil. Pourquoi ses grands-parents ont-ils choisi de lui avouer toute la vérité maintenant? Cherchent-ils à expier leur faute? Naruto comprend à présent pourquoi son grand-père semble rongé par le remord. Mais le jeune homme sait aussi que la seule façon de mettre fin à toute cette souffrance, c'est de pardonner. Sa mère n'a jamais réussi à s'y résoudre, elle a transformé sa peine en une haine pour son mari défunt, rejetant toute la faute sur celui qui ne pouvait désormais plus se défendre. Elle a aussi rejeté la faute sur Kakashi Hatake, l'élément déclencheur de l'effondrement de sa vie bancale. Le catalyseur de la prise de conscience de son père aussi. Naruto sait que les prochaines pages du journal de son père vont nécessairement évoquer le chirurgien cardio-thoracique. Et le jeune homme se sent à la fois impatient et terrorisé à l'idée de connaître enfin toute cette histoire.

Mais c'est l'histoire de sa famille, l'histoire de son père, son histoire. Il doit savoir.

Naruto se dirige vers la cuisine. Sasuke doit encore dormir. Il se fait couler un café sans bruit. La simple idée de devoir mettre un pied à l'hôpital aujourd'hui lui donne la nausée.

Le jeune homme fait un bond lorsqu'une voix ensommeillée l'interpelle:

«Naruto, tu es tombé du lit ou quoi?»

Le visage affligé de son colocataire fait froncer les sourcils à Sasuke. La détresse qu'il lit dans les yeux bleus de Naruto ce matin est effrayante. Et le jeune homme ne sait pas trop comment réagir. Hier, Naruto s'est contenté de lui dire qu'il allait enfin avoir ses réponses. Mais Sasuke n'a pas bien compris de quoi le jeune homme voulait parler.

«Naruto, tu es sûr que ça va?» demande Sasuke d'une voix douce et concernée, presque inquiète.

Le blondinet lève un regard vide vers son colocataire et répond d'une voix éteinte:

«Sasuke, pourquoi les gens s'obstinent-elles à se rendre malheureuses?»

Le brun hésite avant de répondre. Naruto attend-t-il réellement une réponse d'ailleurs?

Tandis que Naruto s'assied en soupirant dans le canapé du salon, Sasuke, resté dans l'encadrement de la porte de sa chambre, l'observe en silence.

Et puis, comme mû par un automatisme, le jeune homme vient s'asseoir contre son camarade et passe un bras autour de ses épaules.

«Naruto, quoi que tu aies appris sur ton père, rappelles-toi une seule chose. Personne n'est totalement bon ou mauvais. On a tous une part d'ombre. L'essentiel, c'est de ne pas la laisser nous dominer et nous pourrir la vie.»

Naruto se contente d'acquiescer. Il n'a pas la force d'autre chose. Il plante alors son regard azur dans celui de Sasuke et déclare:

«Je ne vais pas à l'hôpital ce matin, et je n'irai pas en cours non plus. J'ai besoin de voir la mer.»

Après quelques secondes de silence, Sasuke finit par s'exclamer:

«Quoi? Mais qu'est ce que tu racontes, Naruto? Que veux-tu faire à la mer? Et puis tu ne peux pas sécher comme ça...»

Naruto lève une main pour intimer le silence à son colocataire.

«Écoute Sasuke, j'ai besoin de prendre l'air tu comprends? J'ai besoin de sortir de Konoha, juste pour quelques heures. J'étouffe ici!»

Le blondinet se lève d'un bond et saisit son portefeuille. Il lui reste juste de quoi s'offrir un aller-retour en train jusqu'à la station balnéaire la plus proche de Konoha. Il n'a plus qu'une idée en tête à présent: se poser face à l'océan, enfoncer ses pieds dans le sable chaud, et finir de lire le journal de son père. Au diable l'hôpital, au diable Zetsu et la dermatologie.

Naruto finit de préparer son sac, puis saisit ses clés et quitte l'appartement. A peine a-t-il descendu quelques marches que Sasuke sort précipitamment et l'interpelle:

«Naruto attends!»

Le jeune homme se retourne tandis que Sasuke reprend d'une voix ferme:

«Je viens avec toi.»

Le ton est sans appel.

«Pourquoi?» murmure Naruto.

Sasuke lève les yeux au ciel, tentant de prendre son air hautain habituel, mais Naruto n'est pas dupe. Un sourire, le premier de la journée, apparait sur son visage lorsque Sasuke lui répond:

«Parce que tu serais encore fichu de te foutre dans une galère pas possible.»

Mais au fond, Naruto sait très bien que Sasuke s'inquiète pour lui, comme le ferait un véritable ami. Il apprécie le geste, même s'il ne le dira pas.

Aucun des deux garçons ne prononcera plus un mot jusqu'à leur arrivée à la gare de Konoha.

...

«Au secours!» lance la jeune femme aux cheveux roses sur un ton désespéré, lorsqu'elle ouvre brusquement la porte du petit bureau des externes de cardiologie. Ses camarades lèvent un œil intrigué vers la jeune femme, qui semble totalement paniquée. Après avoir lancé des yeux affolés dans chaque coin de la pièce frénétiquement, la jeune femme fixe son attention sur Sai, qui se tient assis à l'un des petits bureaux mis à leur disposition.

L'externe ne comprend pas immédiatement lorsque Sakura s'avance vers lui d'un pas décidé. Mais il devient blême quand Sakura se met à genoux pour se glisser entre ses jambes, sous le bureau, et sous l'œil médusé de ses collègues.

«Mais à quoi tu joues Sak...»

Sai n'a pas le temps de finir sa phrase. La porte du bureau s'ouvre de nouveau et laisse apparaitre Rock Lee, l'interne de première année de cardiologie.

«Bonjour bonjour, mes petits externes adorés!» lance l'interne tout sourire.

Le regard blasé des plus jeunes ne le refroidit pas plus que ça, et Rock Lee poursuit déjà:

«Je cherche la délicieuse Sakura. Vous ne l'auriez pas vue par hasard?»

Sai pousse un soupir dépité. Ridicule est le seul mot qui lui vient à l'esprit. Il est à deux doigts de dénoncer sa collègue, qui se planque lâchement sous son bureau, mais il a le malheur de baisser les yeux, et de croiser le regard de la jeune femme, implorant.

Sai pousse alors un autre soupir et lâche, stoïque:

«Non, il me semble qu'elle devait aller chercher les résultats de biochimie de nos patients.»

«Oh, quel dommage! Mais je suppose que nous nous croiserons tout à l'heure à l'internat pour le déjeuner. En attendant, je vais interpréter tous les ECG faits ce matin à nos adorables patients. Quelqu'un veut-il participer à cette joyeuse analyse?»

Les externes se lancent des regards désabusés. Mais c'est encore une fois Sai qui vient à leur rescousse.

«Désolé Lee, mais on a tous du travail. On doit finir nos observations. Une autre fois peut-être?»

Loin de paraître déçu, les yeux de Rock Lee se mettent littéralement à briller, comme si on venait de le brancher sur le secteur.

«Quelle joie de voir des externes si motivés dans leur travail. La fougue de la jeunesse est l'une des clés de la réussite! Bravo, bravo, bravo, continuez à vous investir à fond les enfants!»

Rock Lee conclut en lançant à Sai un pouce dressé en guise de félicitations et repart comme il était venu, dans un tourbillon d'énergie et d'enthousiasme, qui laisse les externes pantois.

Dès que la porte s'est refermée, Sai s'écarte du bureau, la proximité et la position de Sakura le rendant particulièrement mal à l'aise.

«Merci mon petit Sai! Tu m'as sauvé la vie! Vraiment!»

Sai fronce les sourcils avant de répondre:

«Tu crois pas que tu en fais un peu trop Sakura?»

La jeune femme prend un air boudeur et croise les bras d'un geste agacé:

«Ce type est tout simplement insupportable. Et puis tu as vu sa dégaine? Non franchement, c'est vraiment pas possible. Et ses plans drague à deux balles, j'en peux plus. C'est à la limite du harcèlement quand même!»

Sai se met à sourire, amusé. C'est vrai que Rock Lee a l'air de trouver Sakura particulièrement à son goût. Pour preuve, pas plus tard qu'hier, il lui a offert un petit cœur en tissu, qui vibre quand on appuie dessus. Malgré l'air horrifié de Sakura, il n'a pas semblé s'offusquer cette fois encore. Et pourtant, depuis le début du stage, la jeune femme aux cheveux roses ne se gêne pas pour renvoyer paitre l'interne de cardiologie. Mais rien ne semble décourager Rock Lee. Et là, Sakura est vraiment à bout.

«Bon, je suppose que tu ne viens pas manger à l'internat avec nous ce midi du coup?»

«Même pas en rêve!» lâche la jeune femme en se dépêchant de finir son travail. «Je finis mon observation et je m'arrache de ce service de dingues!»

Les autres externes se mettent à rire, conscients que la pauvre Sakura est bien la plus à plaindre dans ce stage.

Alors que midi arrive enfin, la jeune femme réussit à s'éclipser tandis que les autres externes rejoignent le staff de cardiologie pour aller manger.

Alors qu'ils atteignent le bâtiment, ils sont attirés par une violente altercation qui a lieu dans le hall de l'internat.

«T'es vraiment qu'un enfoiré Iruka! T'avais pas le droit de me piquer cette intervention!»

«T'avais qu'à être là, au lieu de rouler des mécaniques devant les infirmières du service!»

«Ah ouais? C'est vrai que toi, c'est la gamme au-dessus hein! Tu préfères viser les chefs de service à ce qu'il paraît!»

Iruka laisse passer quelques secondes, histoire de digérer. Tout finit toujours par se savoir à l'hôpital. L'interne hésite, mais son regard croise celui de Yoroi, vicieux à souhait, et il explose. Il saisit violemment Yoroi par le col et s'apprête à lui envoyer son poing en travers de la face, mais Genma et Misumi les séparent, chacun tentant de calmer son ami comme il peut.

«Arrête Iruka, tu vois bien qu'il essaye de te provoquer. C'est un pauvre type, laisse tomber.»

«Tiens, a priori j'ai fait mouche» reprend Yoroi, visiblement décidé à pousser Iruka à bout. «Sucer la queue de Kakashi te donnera peut être le poste de chef de clinique, mais tu auras aussi la réputation qui va avec!»

Iruka, rouge de colère, se dégage des mains de Genma brusquement et fond sur son collègue. Le bruit sourd de son poing contre la mâchoire de Yoroi fige tout l'internat. L'interne de chirurgie recule de trois pas sous la violence du choc, tentant de contenir le flot de sang qui s'échappe de sa bouche.

«Putain, tu lui a pété une dent Iruka!» lance Misumi apeuré. «T'es complètement malade!»

Tandis qu'Iruka fait mine de s'avancer de nouveau vers Yoroi, un bras vient lui barrer la route.

«Iruka, arrête. Je crois qu'il a eu son compte. Et toi,» poursuit Asuma d'une voix ferme en s'adressant à l'interne salement amoché, «tire-toi de là vite fait.»

Les deux internes de cardio-tho ne demandent pas leur reste et quittent l'internat, tandis qu'Iruka tente de se calmer. Il sent le poids du regard de tous ses collègues médecins, internes et externes peser sur lui.

L'interne regarde alors son poing, encore ensanglanté, qu'il n'arrive pas à desserrer. Il regarde Asuma, puis Genma, et finit par tourner les talons, sans un mot, pour regagner sa chambre.

Les deux hommes s'échangent un regard et poussent un soupir synchrone.

«Ça devait bien arriver.»

«Heureusement que Kakashi n'était pas là» répond Genma au neurochirurgien.

«Yoroi n'aurait jamais osé dire ça si Kakashi avait été là» lâche Asuma avant de repartir dans le réfectoire où les conversations ont repris comme si de rien n'était.

Idate sursaute quand Iruka débarque comme une furie dans la chambre.

«Qu'est-ce qu...»

Mais l'interne ne lui laisse pas le temps de finir.

«Putain mais quel connard!» lance-t-il rageusement, tandis qu'Idate tente de se faire tout petit. Les yeux de l'interne se posent sur son ami et il prend alors conscience qu'il est urgent de se calmer. Il pousse un long soupir et se dirige vers son petit lavabo pour faire disparaitre les traces de sang qui ont déjà séché sur ses mains.

Quand il revient, Iruka est de nouveau calme, mais la colère se lit encore dans ses yeux sombres. Idate s'approche prudemment de son ami, et le prend tout simplement, tout doucement dans ses bras.

L'odeur des cheveux d'Idate l'apaise immédiatement. C'est l'odeur des embruns salés de Shiba. Et l'interne est content qu'Idate soit là, à cet instant, pour le consoler.

Même s'il trouve la situation bizarre, même s'il ne se sait pas très honnête. Il vient d'entrer dans une rage folle, non pas parce qu'on l'a insulté lui, mais parce que Yoroi, en voulant l'atteindre, a aussi insulté Kakashi. C'est ça qui fait le plus mal à Iruka au fond.

Et là, dans les bras d'un garçon qui semble lui porter un amour sincère, Iruka se sent honteux. Mais il n'a pas la force de repousser Idate. Le jeune pêcheur est prêt à lui offrir ce qu'il a toujours souhaité: une relation stable, douce, paisible.

Alors Iruka se perd dans ces bras aimants, et répond à l'appel implicite des lèvres d'Idate, qui vient de lever vers lui un regard plein d'espoir. Ils s'échangent un baiser à l'image de leur relation naissante, une caresse légère et sucrée.

«Iruka, tu es sûr que ça va?»

Le jeune homme hoche la tête. Il a envie de garder Idate contre lui, de sentir sa chaleur l'envelopper d'un cocon de douceur.

Mais les deux jeunes hommes sont interrompus par une voix derrière la porte:

«Iruka, c'est Shizune! Je peux entrer? S'il te plait, ouvre-moi!»

Le jeune homme pousse un soupir tandis qu'Idate s'assied sur le lit, un peu inquiet.

Arrivé hier, le pêcheur sait qu'il ne va pas pouvoir rester à l'internat très longtemps. Iruka le lui a expliqué ce matin. Il peut le dépanner quelques jours, mais s'il veut rester, il va falloir qu'il se trouve rapidement un travail, et un toit.

Idate ne sait pas trop ce qu'il attendait. Peut être qu'Iruka lui propose de quitter l'internat pour partager un appartement avec lui. Commencer une vie à deux. Le jeune homme était loin d'imaginer que la vie des internes en médecine ressemblait à cela, qu'ils ne vivaient, ne mangeaient, ne dormaient que pour la médecine, que pour l'hôpital.

Idate n'a donc même pas osé proposer son idée à Iruka. Et à présent, il est à la fois impatient et angoissé à l'idée de revoir Shizune. Parce qu'Iruka lui a demandé de rester toute la journée dans cette petite chambre, de ne sortir sous aucun prétexte, lui faisant bien sentir qu'il n'avait rien à faire ici. Et l'expression actuelle du visage d'Iruka lui renvoie à l'instant exactement la même impression.

Iruka pousse un soupir, jette un œil à Idate et se dirige vers la porte pour l'ouvrir.

«Iruka! Est-ce que ça va? Je suis...»

La jeune femme s'interrompt à la minute où elle remarque Idate. Après quelques secondes, elle finit par s'exclamer:

«Idate? C'est bien toi? Mais qu'est ce que tu fais là? Ça fait si longtemps!»

Shizune se précipite sur le jeune homme et l'enlace de manière affectueuse, faisant un peu retomber la pression qui régnait dans la chambre.

Iruka se gratte le nez, un peu gêné, et finit par déclarer:

«Idate est arrivé hier soir. Il n'avait pas d'endroit où aller, donc...»

«Les autres vont être ravis de te revoir! Alors, quelles sont les nouvelles de Shiba? Tout le monde va bien? Et ton père sait que tu es là au moins?» reprend la jeune femme sur un ton maternel qui amuse beaucoup Idate.

Elle a toujours été comme ça, Shizune. Maternelle avec chaque membre du petit groupe. Idate n'a jamais réellement fait partie de la bande, mais il n'était jamais loin, et tous l'accueillaient toujours avec joie quand il désirait de joindre à eux.

Tandis que Shizune et Idate entament la conversation, Iruka se met à soupirer. Tout lui semble compliqué aujourd'hui. Après son altercation, il appréhende de retourner dans son service, mais il n'a pas le choix. Il ne cèdera rien à Yoroi, pas après ce qu'il vient de lui faire. C'est vrai, il lui a chipé une intervention, mais c'est Yoroi qui a commencé cette guerre. La mise en cause de sa relation avec Kakashi vient de le blesser. Profondément. Plus que ce qu'il aurait cru. Iruka vient de prendre conscience que quoi qu'il fasse maintenant, quoi qu'il réussisse, le spectre d'un régime de faveur de la part de Kakashi à son égard planera toujours sur chacun de ses succès futurs.

Iruka pose un regard sur ses deux amis, et décide de laisser tout cela de côté pour l'instant. Il a un problème plus urgent à régler: que faire d'Idate, surtout maintenant que Shizune sait qu'il est là?

Pas question de le laisser errer tout seul dans Konoha, à la recherche d'un logement et d'un travail. Iruka laisse les deux jeunes gens discuter encore un peu tandis qu'il se branche sur son ordinateur. Avec ce qu'il a mis de côté, il peut financer un premier mois de loyer pour Idate, mais il ne pourra pas assumer beaucoup plus longtemps.

Tandis que l'interne poursuit ses recherches, Shizune propose à Idate une petite soirée entre anciens de Shiba le soir-même. Celui-ci semble ravi.

...

Kakashi a rejoint ses amis pour la soirée, mais il semble ailleurs.

«Alors, c'était sympa ce petit déjeuner avec cette gentille dame?» lui demande Yakumo naïvement.

Kakashi tourne un regard emprunt de gêne vers son amie.

«Akuri est... la maman d'Iruka.»

«Iruka... Tu veux dire ton Iruka?» répond Yakumo, surprise.

Le chirurgien pousse un soupir agacé.

«Évidemment mon Iruka. Tu crois que j'en connais des dizaines?»

«Ola, pas la peine de t'énerver sur moi hein!» répond Yakumo en faisant mine d'être vexée.

Mais déjà Kakashi se radoucit.

«C'était horrible. Elle a passé le repas à me parler de lui, c'était trop bizarre en fait.»

«J'imagine ouais!» lance Yakumo en commençant à jouer dans le sable avec ses pieds. «Mais du coup, tu as du apprendre plein de trucs sur lui!» poursuit-elle joyeusement. «Ça pourra peut-être te servir pour le reconqu...»

«Je crois pas non» rétorque Kakashi en se levant.

Le chirurgien s'éloigne sans un mot de plus, et récupère sa guitare avant d'aller s'installer un peu plus loin sur la plage. Il a besoin de s'isoler un peu, pour repenser calmement à tout ça. Il tente de se remémorer le moindre détail de cette scène surréaliste, en grattant négligemment sur son instrument. Il a comme l'impression d'avoir volé une partie de l'intimité d'Iruka. Et ce qu'il a appris le rend encore plus honteux de son attitude passée avec le jeune interne. Iruka a déjà tellement souffert. Kakashi commence à fredonner, mais des bribes de la conversation avec Akuri lui reviennent constamment en tête.

«Mon fils veut devenir chirurgien. Chirurgien du cœur. Il a beaucoup de talent vous savez! Il est même parti en colloque à l'étranger!» lui lance Akuri, très fière.

Kakashi a envie de lui dire qu'il sait déjà tout ça, que c'est lui qui a emmené Iruka à Suna. Mais il se tait. Il se sent coupable de cacher la vérité à Akuri. Il n'a qu'une peur, qu'elle lui pose trop de questions sur lui, et qu'elle finisse par faire le lien. Akuri est une femme intelligente, et lui se sent misérable.

Il doit lui dire qu'il connait Iruka, même s'il lui cache une partie de la vérité. Il ne pourra pas soutenir ce regard noisette plus longtemps de toute façon. Alors quand Akuri revient, Kakashi prend une profonde inspiration et déclare:

«Votre fils, Iruka, et moi travaillons dans le même hôpital.»

«C'est vrai? Je comprends mieux alors, vous l'avez reconnu sur la photo c'est ça?»

Kakashi hoche la tête.

«Et bien c'est une situation amusante. Et vous vous connaissez juste de vue, ou bien...?»

Kakashi ne peut réprimer un frisson. On y est, donner une version simple, crédible et surtout le moins de détails possibles.

«Nous avons été amenés à travailler ensemble. Je suis chirurgien cardio-thoracique moi aussi.»

Akuri marque un temps d'arrêt, puis sourit. Ce Kakashi lui cache quelque chose, elle en est sûre. Alors elle fouille dans sa mémoire, et finit par offrir à Kakashi un regard à la fois étonné et impressionné:

«Je... Je viens de... Mon dieu, vous êtes le Professeur dont Iruka m'a parlé! Comment ai-je pu ne pas faire le rapprochement? Kakashi, un prénom peu courant pourtant!»

Kakashi sent l'affolement le gagner. Iruka a parlé de lui à Akuri! A cet instant précis, Kakashi envisage sérieusement de s'enfuir loin de cette maison, loin d'Akuri, loin, loin, le plus loin possible. Mais la maman d'Iruka reprend déjà:

«Je suis vraiment honteuse. Ce repas est bien modeste et... Mon fils a tellement d'estime pour vous! Il est si fier de travailler avec vous, il ne tarit pas d'éloges à votre sujet.»

Les mots font lentement leur chemin dans la tête de Kakashi. Estime. Éloges. C'est quoi ce bordel? Comment Iruka peut-il encore lui accorder autant de crédit, après tout ce qu'il lui a fait subir?

«J'espère que mon fils est à la hauteur de vos attentes. Il se donne à fond pour son travail vous savez!» reprend joyeusement Akuri, inconsciente du trouble qu'elle vient de provoquer chez son invité.

«Iruka... Iruka est l'un des meilleurs internes de sa promotion» répond Kakashi d'une voix rauque.

Le chirurgien tente de reprendre contenance en se servant dans le plat devant lui, et poursuit, d'une voix maintenant plus assurée:

«Il a un brillant avenir de chirurgien cardio-thoracique, soyez-en certaine.»

Akuri se fend d'un large sourire, et répond:

«Il faut dire qu'avec un Professeur tel que vous! Il m'a parlé de cette greffe de cœur. J'ai du mal à imaginer mon petit Iruka faire ce genre de choses je l'avoue!»

Kakashi aimerait beaucoup changer de sujet, mais Akuri semble très affable sur son fils unique. Tel un animal pris au piège, Kakashi tente de calmer la tempête intérieure qui l'assaille. Si la discussion reste sur le domaine strictement professionnel, il devrait s'en sortir finalement. Et d'ailleurs Akuri reprend:

«Ma maladie, mon insuffisance cardiaque, c'est ce qui a poussé Iruka à faire médecine.»

Kakashi hoche la tête. Classique. Le fiston qui pense trouver un jour le remède pour sauver sa pauvre mère d'une maladie que personne ne sait soigner. Mais le chirurgien pâlit lorsqu'Akuri poursuit:

«Mais c'est à la mort de son père qu'il a voulu devenir chirurgien cardio-thoracique. Il avait dix-sept ans, et il n'a plus jamais changé d'avis après ça.»

Kakashi ne s'attendait vraiment pas à ça, et il sent surtout que la situation est en train de totalement lui échapper. Il ne veut pas en savoir plus, c'est trop intime! Pourquoi Akuri lui raconte-t-elle tout cela, à lui? Comme pour répondre à sa silencieuse question, Akuri reprend en poussant un petit rire gêné:

«Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça. C'est bizarre. On a déjà sûrement du vous le dire mais, on se sent facilement en confiance avec vous Kakashi. Vous êtes une personne compréhensive, ça se voit.»

Compréhensif, lui? La bonne blague! Égoïste et cruel seraient des mots plus exacts! Iruka est une personne compréhensive, une personne en qui on peut avoir confiance, mais pas lui!

Akuri abandonne de nouveau Kakashi pour aller chercher le dessert. Vite, que tout cela se finisse! Le chirurgien va s'enfiler la fin du repas le plus rapidement possible, trouver une excuse bidon et se casser vite faite de cette maison qui respire le bonheur.

Alors qu'Akuri ramène une belle tarte au citron, Kakashi pose son regard sur une photo qui n'avait pas encore attiré son attention. Une photo d'Iruka et de son père. Kakashi note le regard triste de l'interne sur le cliché. Et serait-ce de la peur qui se lit dans sa posture en retrait? Akuri suit le regard de Kakashi et pousse un soupir.

«Le père d'Iruka était... très exigeant. Iruka se sent coupable de sa mort, mais il était si jeune à l'époque. Et il n'aurait rien pu faire de toute façon.»

Kakashi lève un regard interrogatif vers Akuri, qui décide de poursuivre:

«Le père d'Iruka a fait un infarctus ici même, dans le jardin. Iruka a tenté de l'amener au dispensaire en voiture, mais il n'est pas arrivé à temps. Son père est mort dans ses bras, face à la mer, comme il l'avait toujours souhaité. Je pense qu'encore aujourd'hui, Iruka s'en veut de ne pas être arrivé à temps.»

Kakashi laisse passer quelques secondes, ne sachant quoi trop répondre à cette révélation douloureuse. A cet instant, il ressent une grande peine pour Akuri, et pour Iruka aussi. Chacun a son lot de souffrances, mais la famille Umino semble avoir tiré un ticket gagnant dans cette triste loterie.

Akuri ne laisse cependant pas le malaise s'installer longtemps. Elle reprend d'une voix joyeuse:

«J'espère que vous aimez la tarte au citron. C'est ma spécialité!»

Kakashi n'hésite pas une seconde à profiter de cette aubaine pour changer de sujet.

«Votre repas était vraiment délicieux Akuri! Vous êtes vraiment une très bonne cuisinière! Et c'est sans conteste la meilleure tarte au citron que j'ai mangée de ma vie!» conclut le chirurgien en engloutissant une énorme bouchée du succulent dessert.

«Vous ne devez sûrement pas avoir le temps de faire la cuisine, avec votre travail!»

«Non, et puis je tiens à ma vie aussi. Je serais capable de m'empoisonner moi-même!» répond Kakashi en riant.

Akuri se met elle aussi à rire avant de lancer, taquine:

«Personne ne peut être totalement nul en cuisine Kakashi! Mais on a tous des trucs pour faire la différence. Et vous savez quoi, pour vous remercier de m'avoir sauvé la vie, je vais vous donner ma recette secrète de la tarte au citron. Puisque vous semblez fort l'apprécier...»

En effet Kakashi vient d'accepter volontiers la deuxième part de tarte, se léchant littéralement les babines, au grand plaisir d'Akuri.

«Et la prochaine fois que vous viendrez à Shiba, on en fera une ensemble d'accord?»

Kakashi interrompt sa dégustation, et répond un peu gêné:

«Je... Je ne pense pas que je reviendrai à Shiba...»

Akuri prend une attitude faussement autoritaire et rétorque:

«Mais bien sûr que si, vous repasserez à Shiba! Ne serait-ce que pour venir manger ma tarte au citron!»

Akuri éclate alors d'un rire clair et lumineux. Le même rire qu'Iruka. Comme une invitation à la joie. Et Kakashi se prend alors à rêver qu'Akuri dise vrai. Qu'il revienne à Shiba. Avec Iruka.

...

Alors que l'après-midi touche déjà à sa fin, Naruto est toujours plongé dans son journal.

Sasuke, parti mettre un peu les pieds dans l'eau, n'ose pas prononcer un mot alors qu'il se rassied à côté de son ami.

Le jeune Uchiwa n'a pas beaucoup parlé cet après-midi. Il s'est contenté d'écouter. Écouter Naruto commenter ce qu'il était en train de lire. Donner son avis parfois, une vision neutre, nécessaire voire même vitale pour Naruto.

Au bout de quelques minutes de silence, Naruto tourne la tête vers Sasuke. Le jeune homme laisser couler le sable entre ses doigts, et capture un joli coquillage torsadé, aux reflets sombres.

«Il est joli» dit Naruto, faisant sursauter Sasuke.

«Je te le donne» déclare l'externe en tendant le coquillage à Naruto. «En souvenir de cette journée» rajoute-t-il d'un air nonchalant.

Naruto sourit. Il est heureux que Sasuke l'ait accompagné. Même si son camarade a du s'ennuyer ferme en sa compagnie. Il ne reste plus que quelques pages à lire à Naruto. Cela fait plusieurs passages que son père parle de Kakashi. Les mots qu'il emploie pour parler du chirurgien cardio-thoracique sont emprunts d'amour, c'est évident. Et de peine aussi. Son père n'a jamais voulu faire souffrir ses proches, et pourtant, il n'a laissé que le chaos derrière lui.

Mais ses dernières paroles, les derniers mots qu'il a écrit dans son journal intime, ils sont pour le seul homme qu'il ait jamais aimé. D'un amour complet, insatiable, et interdit.

«Quand il est près de moi, je me sens vivre, tout simplement.»

Sasuke tourne un regard interrogatif vers Naruto alors que celui-ci poursuit:

«J'ai remarqué qu'en sa présence, je cale ma respiration sur la sienne. Surtout au bloc. Nous respirons le même air, à l'unisson, comme si c'était la seule chose que nous pouvions partager sans crainte.»

Sasuke commence à s'agiter et pose sa main sur l'avant-bras de Naruto:

«Qu'est ce que tu fais là?»

Naruto tourne un regard déterminé vers son camarade.

«J'aimerais que tu écoutes ce passage. C'est une très belle déclaration d'amour.»

«Mais... Mais c'est intime, je n'ai pas à entendre ça. C'est ton père et...»

«C'est mon père en effet. Et moi j'ai besoin que quelqu'un d'autre entende ça. Que quelqu'un d'autre puisse témoigner que mon père était une belle personne.»

«Ça tout le monde le sait déjà» marmonne Sasuke, gêné.

«J'aimerais aimer une personne un jour, comme mon père a aimé Kakashi Hatake» murmure Naruto, accentuant la gêne de Sasuke. Mais déjà le blond reprend sa lecture:

«J'ai peur. Peur de le faire souffrir, peur de le perdre. Il est beau, tout simplement beau. Lorsqu'il fronce les sourcils pour marquer sa désapprobation, lorsqu'il sourit en plissant les yeux, lorsqu'il me transperce avec son regard si profond. J'ai l'impression que Kakashi est capable de lire en moi comme dans un livre ouvert. Et lorsque nos corps se frôlent, lorsque mes doigts arrivent enfin à toucher sa peau si douce, je ne réponds plus de rien. Ce jeune homme me rend fou, il hante mes nuits. J'ai peur de murmurer son nom quand je dors. Je sais que Kushina se doute de quelque chose. Elle m'a dit que j'avais changé. Elle qui ne m'a jamais aimé que par obligation, comment pourrait-elle comprendre ce que je vis? Je me surprend à espérer qu'elle puisse elle aussi avoir un amant, qu'elle puisse goûter elle aussi à la joie d'aimer, sincèrement, et d'être aimée en retour. Elle le mérite. Kushina, si tu savais combien je regrette à présent de n'avoir jamais eu le courage de mettre un terme plus tôt à ce grand cirque. J'aime un homme, j'aimerais pouvoir te le dire.

Mais toi, tu viens de m'annoncer que tu es enceinte. Ce bébé que tu désirais tellement n'est pas le fruit de l'amour, mais il est le fruit de l'affection que je te porte. J'ai du mal à me regarder dans la glace le matin, lorsque je t'ai fait l'amour. Parce que je te mens, parce que je mens à Kakashi, parce que je me mens à moi-même.

Qu'avons-nous à offrir à cet enfant Kushina? Que va-t-il penser de moi?

Ma vie n'aura été que lâcheté. Mais aujourd'hui, tout cela est bel et bien fini.

Obito vient de m'annoncer qu'il te dira tout si je ne lui donne pas le poste de chef de clinique. Lui qui se targue d'être le meilleur ami de Kakashi! Cet être abject, je n'ai jamais compris pourquoi Kakashi lui accordait tant d'indulgence. Mais Obito, dans son arrogance et sa soif de pouvoir, vient de m'ouvrir les yeux. Obito vient d'allumer en moi l'étincelle qui me manquait.

Je suis prêt. Prêt à prendre enfin mes responsabilités. Prêt à offrir à Kakashi ce qu'il mérite, ce que nous méritons tous les deux. Le droit d'être heureux, ensemble. Le droit de s'aimer, le droit de le crier au monde entier.

Alors je t'en prie, Kushina, comprends-moi. Je ne te demande pas de me pardonner. Juste d'essayer de me comprendre. Je vais t'annoncer aujourd'hui que je te quitte. Je ne mentirai plus.

J'aimerai sans réserve le petit être qui grandis en toi. Je l'aimerai comme un père, mais je ne veux pas qu'il naisse dans un foyer basé sur le mensonge. Cet enfant, je veux qu'il grandisse dans la tolérance, dans le respect, et dans l'amour. Je l'aimerai, sois en sûre. Mais dans la vérité, de ce que je suis vraiment. Un homme qui aime un autre homme. Un homme qui a fait des erreurs, et qui a enfin le courage de les réparer. Si cela est encore possible.

Je ne supporterai pas de faire souffrir Kakashi une minute de plus. Il se donne entièrement à moi, chaque jour, sans rien attendre en retour. Il a choisi de m'aimer malgré cette situation désastreuse. Il a choisi de revenir alors que j'ai tout fait pour l'éloigner. Il a cette patience sereine, cette foi en l'avenir. Je ne peux plus attendre, j'ai envie de lui donner ce qu'il attend sans jamais se plaindre.

Je vais t'annoncer que je te quitte, Kushina. Et puis j'irai rejoindre Kakashi.

Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, mais je sais qu'avec Kakashi à mes côtés, rien ne pourra m'atteindre.

Kakashi. Le simple fait d'écrire son prénom me remplit d'une allégresse indescriptible. Kakashi, Kakashi, Kakashi! Attends-moi encore un peu, juste un peu. Et nous aurons toute la vie pour nous aimer.»

Naruto referme le journal, et caresse la couverture d'un geste tendre.

«Voilà, c'est fini.»

Sasuke hésite, et finit par demander:

«Ça va?»

Naruto hoche la tête avant de répondre:

«Oui ça va. Je connais mieux mon père maintenant.»

Après avoir laissé passer quelques secondes, le blondinet rajoute:

«Je pense que Kakashi devrait lire ça. Il a le droit de lire ça.»

Cette fois c'est Sasuke qui hoche la tête, avant de se lever. Il se place devant Naruto et tend une main vers son camarade.

Quand Naruto saisit cette main tendue, il sent la poigne ferme de son ami. Il sait qu'il peut compter sur Sasuke. Le lien fragile qui les unissait s'étoffe peu à peu, pour devenir de plus en plus solide. Et Naruto ne regrette pas d'avoir partagé ce moment intime avec Sasuke.

En silence, les deux amis reprennent le chemin de la gare.

Alors qu'ils voient le paysage défiler sur le trajet du retour, Sasuke se contente de prononcer ces quelques mots:

«Ton père était quelqu'un de bien. Et tu lui ressembles Naruto.»

Le jeune homme, le front appuyé sur la vitre, ne répond pas. Il ferme les yeux et sourit. Dans sa poche, il sent rouler sous ses doigts le petit coquillage aux reflets sombres.

...

La joyeuse bande arrive en vue du Smooth, dans les rires et la bonne humeur. Genma a passé un bras autour des épaules d'Idate et chahute sur le trottoir. Le jeune homme, d'un naturel timide, émet des petits rires gênés alors que l'interne de chirurgie viscérale commence à raconter tout son stock de blagues plus ou moins graveleuses. Iruka, qui les suit de près avec Shizune, lève les yeux au ciel.

«Comme tu le vois, Idate, Genma n'a pas changé!» lance l'interne de chirurgie cardio-thoracique d'un air sarcastique.

«Pas évolué serait plus exact!» répond Shizune moqueuse.

Comme pour leur donner raison, Genma se retourne et leur tire la langue d'un air enfantin, avant reprendre Idate par l'épaule:

«Ne les écoute pas Idate! Ils sont devenus trop sérieux ces deux-là! Ce soir, on va faire la fêêêête!»

Les amis entrent dans le bar et s'installent rapidement, en poursuivant leur conversation. Idate s'est débrouillé pour être à côté d'Iruka, ce qui n'a pas échappé à Shizune et Tsunami. Les jeunes femmes s'échangent un regard complice. Kotetsu propose d'aller commander la première tournée, et Izumo décide de l'accompagner. L'interne d'orthopédie est un peu frustré ce soir, parce que TenTen n'est pas là. Pourtant c'était une bonne occasion de l'intégrer au petit groupe, mais la jeune femme ne semble pas encore à l'aise avec ses nouvelles fonctions d'interne. Elle a donc choisi de rester à l'internat pour potasser un peu ses cours. Mais elle a promis à Izumo de faire un effort et d'essayer de passer leur faire un petit coucou. Le jeune homme n'est pas sûr qu'elle viendra, mais il espère. Et en attendant, il est grognon, ce qui fait beaucoup rire son ami Kotetsu.

«Bah alors, t'es bien ronchon ce soir Izu!»

«Pfff, j'aime pas tenir la chandelle c'est tout» répond laconiquement l'interne.

«Qu'est ce que tu racontes encore? On est entre potes, détends-toi et amuse-toi!»

«Mouais, je te signale quand même que vous êtes tous en couple, sauf moi. Franchement elle abuse un peu TenTen!»

«Rooo, tu vas pas commencer hein, mets-toi à sa place aussi. C'est pas facile de débarquer dans un groupe d'amis aussi soudés que nous!»

«Mouais, j'espère qu'elle va faire l'effort de venir ce soir, ne serait-ce qu'une heure. Parce que j'ai l'air d'un con là!»

«Mais n'importe quoi! Si tu commences à lui mettre la pression, tu vas la faire fuir. Laisse-lui le temps, et puis vous êtes pas obligés de rester collés vingt-quatre heures sur vingt-quatre non plus hein!»

«Tu peux parler toi! Tu t'éloignes de Shizune que pour aller bosser.»

Kotetsu lève les yeux au ciel et rétorque:

«Ok, j'abandonne, Kabuto, tu veux bien nous servir des bières? Et mets un whisky coca pour notre ami Izumo, pour qu'il puisse noyer son chagrin dans les vapeurs de l'alcool!»

Avant qu'Izumo n'ait eu le temps de répondre, Kabuto pousse un long soupir:

«Va falloir attendre un peu les gars, je suis débordé là! Il faut vraiment que je me trouve un serveur de plus rapidement!»

Izumo regarde Kotetsu et lui désigne Idate:

«Ça pourrait peut être intéresser notre petit pêcheur non? Iruka m'a dit qu'il cherchait un job!»

«Mouais, tu vois Idate serveur dans un bar?»

Les deux amis font la moue avant d'éclater de rire.

«Bah il peut toujours tenter le coup. Hé Kabuto, on t'a peut être trouvé ton serveur!» lance Izumo au patron du bar, dont les yeux s'illuminent instantanément.

«Sans déconner? Mais c'est génial! Il peut commencer quand?»

«Attends, t'excite pas trop non plus hein. Il vient d'arriver de la campagne profonde, et il n'a jamais fait ça de sa vie» essaye de tempérer Kotetsu.

«Pas grave, on va le former en moins de deux ce petit! Pour la peine, je vous offre une tournée les gars!»

Izumo et Kotetsu reviennent avec un grand plateau chargé de bières et une bonne nouvelle pour Idate.

«Idate, on vient de te trouver un job!» lance Izumo, le pouce en l'air.

Iruka fronce immédiatement les sourcils tandis que Kotetsu poursuit:

«Kabuto cherche un deuxième serveur pour le Smooth. Tu peux commencer dès demain si tu veux!»

Mais l'interne de chirurgie cardio-thoracique n'a pas le temps de réagir qu'Idate s'écrie:

«Génial! Mais il faut peut être que j'aille me présenter alors!»

Le jeune homme est déjà debout, prêt à foncer vers le bar, mais Iruka le retient par le bras:

«Attends Idate, tu devrais prendre le temps de réfléchir. Tu n'as jamais fait ça avant et...»

«Je dois prendre mon indépendance si je veux rester, c'est toi qui l'a dit non? Et il n'est pas question que je laisse passer la moindre occasion. Arrête de t'inquiéter pour moi Ruru, je sais ce que je fais!» répond joyeusement Idate en s'élançant vers le bar pour rejoindre Kabuto. Shizune tourne un regard amusé vers son meilleur ami.

«Ruru?»

Iruka pousse un soupir gêné.

«Oh ça va hein. Pas la peine d'en rajouter» lâche-t-il, visiblement agacé.

«Mais vous êtes ensemble ou bien...?» demande naïvement Tsunami, sous le regard amusé mais également intéressé des autres.

«Oui... Non... Enfin... Pas vraiment... Mais... Oh et puis merde!» répond Iruka en se levant pour s'éloigner.

Shizune se lève elle aussi, et encourage les autres à poursuivre leur conversation avant de partir à la poursuite d'Iruka.

Idate est vite mis à l'aise par Kabuto.

«Alors c'est toi qui veux devenir barman?»

Le jeune homme hoche la tête.

«Ok, bon je veux bien te prendre à l'essai quelques jours. Mais il va falloir que tu sois un peu plus souriant, et moins... comment dire, réservé. Tu es plutôt mignon, c'est un bon point. Mais tu vas devoir parler aux gens, être aimable, et surtout efficace. Tiens, prends ça!»

Kabuto tend un plateau vide à Idate. Tandis qu'il commence à charger le plateau de nouveaux verres de bière, Kabuto reprend, en pointant le groupe d'internes:

«Tu as de la chance d'avoir des amis comme ceux-là, ce sont de bons clients!»

Kabuto se met à rire mais reprend aussitôt:

«Nan sans plaisanter, ils sont gentils, et soudés. Vous venez tous du même bled si j'ai bien compris.»

Idate hoche la tête, en restant concentré sur l'équilibre de son plateau.

«Bon, si tu arrives à ramener ce plateau à votre table, je t'embauche à l'essai pour une semaine, ça te va?»

Le visage d'Idate s'illumine et il hoche la tête, arborant un franc sourire. Kabuto émet un petit rire.

«Allez zou, tu as une minute. Top chrono!» reprend le patron en fixant sa montre.

Idate ne perd pas une seconde et commence à slalomer entre les tables. Iruka l'observe de loin. Il pousse un soupir en voyant le jeune homme s'appliquer le plus possible.

«Tu crois vraiment que c'est une bonne idée Shizune?» demande-t-il laconiquement.

«Tu préférerais qu'il échoue?» répond la jeune femme.

Le ton qu'elle a employé est à la limite de l'accusation, et Iruka lui lance un regard interrogatif.

«A quoi joues-tu Iruka?»

Le jeune homme feint l'incompréhension, ce qui finit d'énerver Shizune.

«Écoute, si tu ne veux pas de lui, dis-lui franchement, mais ne te sers pas de lui quand ça t'arrange! Idate est notre ami, tu n'as pas le droit de le traiter comme ça!»

«Mais pourquoi tu t'énerves comme ça? J'ai rien fait du tout, c'est lui qui a débarqué à l'improviste! Qu'est ce que tu voulais que je fasse, que je le foutes dehors en pleine nuit?»

Shizune pousse un long soupir et pose un regard dur sur son ami.

«Iruka, tu sais très bien de quoi je veux parler. Idate est amoureux de toi. Je ne sais pas ce qui s'est passé à Shiba, entre vous. Mais il croit visiblement que tu l'aimes aussi. Si ce n'est pas le cas, tu dois lui dire.»

Iruka détourne le regard, confus.

«Je... Je n'en sais rien. J'aime beaucoup Idate, vraiment. Je suis bien avec lui. Mais... Mais il

...»

«Il n'est pas Kakashi, j'ai compris» lâche Shizune d'un ton sec.

Iruka lève un regard agacé vers son amie:

«J'allais dire: il n'est pas fait pour vivre à Konoha.»

Shizune sent ses joues rosir. Elle se sent un peu bête, mais ne sait pas trop comment rattraper le coup. La jeune femme finit par répondre:

«Laisse lui une chance Iruka. Il a fait ça pour toi.»

«Je sais» rétorque Iruka, «et c'est bien ça le problème. Il a pris cette décision sur un coup de tête, sans réfléchir, et...»

«T'es quand même mal placé pour lui reprocher ça» lâche crânement Shizune, en faisant la moue.

Iruka pousse un soupir agacé.

«Bon allez, fin de la discussion. On rentre à l'intérieur?»

Shizune hoche la tête, mais elle sait qu'elle n'en a pas fini avec son ami. Il doit mettre ses sentiments au clair, ce qui semble loin d'être le cas pour l'instant. Iruka doit faire un choix, et il doit le faire vite. Kakashi rentre bientôt, et Shizune sait très bien que sa présence suffira à elle-seule à tourner une fois de plus la tête de son meilleur ami. Et la jeune femme commence à se demander si pousser Iruka et Kakashi dans les bras l'un de l'autre n'a pas été une erreur finalement.

Les deux amis arrivent au moment où les autres trinquent au nouveau travail d'Idate. Celui-ci offre un sourire radieux à Iruka, qui ne peut s'empêcher de lui sourire tendrement en retour. Il s'assied près du jeune pêcheur et passe un bras affectueux autour de ses épaules.

«Je suis fier de toi» lui murmure-t-il à l'oreille.

Idate tourne un regard plein d'amour vers l'interne, et Iruka se perd dans ces yeux bruns. Il a envie de l'aimer, il a envie d'être aimé. Simplement, doucement. Sans heurt et sans cris. Mais il ne peut réprimer totalement cette vague sensation de malhonnêteté.

...

«Kakashi, tu es prêt? On va encore être en retard!» lance Yakumo de la salle de bain.

«Ouais ouais» murmure Kakashi, les yeux rivés sur son écran d'ordinateur.

Yakumo passe la tête dans l'encadrement de la porte, tout en finissant sa tresse.

«Qu'est ce que tu bidouilles encore sur ton ordi?» demande-t-elle.

Kakashi clique encore deux ou trois fois, et ferme l'écran d'un coup sec.

«Voilà, j'ai fini. On y va?» répond-t-il dans un sourire.

Yakumo fronce le nez.

«Qu'est ce que tu mijotes Kashi?»

Le chirurgien se met à rire.

«Je ne mijote rien. J'ai juste publié une nouvelle chanson sur le site de Mescaline. Et j'ai répondu à nos fans en délire.»

«Vos fans en délire?»

«Ouep! Surtout une, qui se prétend découvreuse de jeunes talents. Elle voudrait rencontrer le groupe.»

«Ah c'est cool non? Tu lui as répondu quoi alors?»

«Que pour l'instant, l'un de nos membres était encore sur une autre planète. Et qu'on attendait son retour pour reprendre notre activité.»

Après avoir marqué une pause, Kakashi reprend avec humour:

«Je lui ai précisé que les voyages intersidéraux prennent du temps.»

Yakumo éclate de rire.

«Et tu ne crois pas qu'à force, les gens vont se lasser de votre petit côté mystérieux?»

«Peut être. Mais avec ce que j'ai écris pendant les vacances, on a matière à alimenter le site en nouvelles chansons pour un moment. Et j'espère que les autres ont bien planché sur les visuels. Si ça tombe dans quelques mois, tu nous verras à la télé!»

Kakashi se met à rire et se lève, avant de lancer:

«Bon alors, on y va à cette dernière soirée entre potes?»

Yakumo pose un regard tendre sur son ami.

«Oui, allons profiter de nos derniers moments ensemble» répond la jeune femme, une pointe de tristesse dans la voix.

Kakashi comble rapidement la distance qui les sépare et prend la jeune fille dans ses bras.

«Pas de larmes on a dit, hein?» lui murmure-t-il en déposant un tendre baiser dans son cou. «Ce n'est qu'un au-revoir, je suis sûr qu'on se reverra.»

Yakumo pousse un soupir et relève la tête en souriant.

«Oui, j'en suis sûre aussi. Allez, allons nous amuser!» conclut-elle gaiement.

Les deux jeunes gens rejoignent rapidement la plage où les attendent déjà Sumaru, Menma et Sora.

«Hé les amis, prêts à faire la fiesta?» chantonne Menma, déjà surexcité.

Sumaru et Sora ont déjà commencé à entamer la réserve de bières. L'un des garçons tend une bière à Kakashi en déclarant:

«Kakashi, c'est ta soirée d'adieu. Alors trinquons à ces vacances, à cette chouette rencontre, à la musique et au surf!»

La petite fête prend rapidement des allures de champ de bataille quand les garçons entament une bataille d'eau. Bientôt, et malgré la nuit qui tombe déjà, tout le monde se retrouve à l'eau pour offrir à Kakashi l'occasion de surfer ses dernières vagues.

Ils rejoignent finalement la plage et allument rapidement leur maintenant traditionnel petit feu de camp.

Tandis que Sumaru apporte de quoi manger, Yakumo se lève et réclame l'attention des garçons:

«Bon, je vais vous épargner un long discours. C'est pas mon fort de toute façon. Mais je tenais quand même à te dire, mon cher Kakashi, que nous sommes tous les quatre ravis d'avoir passé ces vacances avec toi. On espère tous que tu ne nous oublieras pas trop vite quand tu seras de retour à Konoha. Et c'est pour ça...»

La jeune femme laisse sa phrase en suspens pour se retourner et saisir une boite en carton derrière elle. Elle la tend alors à Kakashi et poursuit:

«Qu'on a décidé de te faire un petit cadeau, qui te rappellera que nous t'aimons tous très fort.»

Kakashi est ému lorsqu'il ouvre son cadeau. A l'intérieur de la boite se trouve un magnifique chapeau en feutre que le chirurgien s'empresse de porter à sa tête. Ce chapeau lui va comme un gant, lui donnant une allure à la Eliot Ness. Très classe! La couleur gris foncé du couvre-chef s'accorde parfaitement avec celle de ses yeux.

Kakashi prend le temps d'offrir une accolade à chacun de ses amis, s'attardant un peu plus longtemps avec Yakumo.

Puis il se retourne brusquement et lance d'une voix chantonnante:

«Moi aussi j'ai des cadeaux!»

Kakashi tend alors différents paquets à chacun des garçons. Sumaru découvre un T-Shirt qu'il avait trouvé super cool dans un magasin, mais un peu trop cher pour lui. Menma brandit avec fierté un vinyle d'un vieux groupe mythique des années soixante. Sora reste étrangement silencieux. Il lève un regard ému, au bord des larmes à Kakashi, qui lui sourit et déclare:

«Je pense que tu devrais rapidement faire des merveilles avec ça!»

Sora repose avec précaution le ukulélé que vient de lui offrir le chirurgien et se précipite dans ses bras.

«Merci! C'est trop gentil! Je te promets que la prochaine fois qu'on se voit, je te jouerai une chanson!»

«J'y compte bien!» répond Kakashi en riant.

Sora est en effet tombé complètement amoureux du petit instrument de Kakashi, aux notes exotiques et légères. Le chirurgien lui a prêté le sien plusieurs soirs de suite, et Sora n'arrivait jamais à s'en décrocher avant plusieurs heures.

Yakumo se met elle aussi à sourire. Kakashi a tapé dans le mille pour chacun des garçons. Il a indéniablement appris à faire plus attention aux autres pendant ces vacances. Et cela lui servira probablement par la suite. Kakashi s'approche tranquillement de la jeune femme et lui tend une petite boite enveloppée dans un joli papier rose.

La jeune femme lance un regard interrogatif à Kakashi qui lui murmure, impatient de connaître la réaction Yakumo:

«Ouvre-le!»

Yakumo a elle aussi du mal à retenir son émotion à la vue de son cadeau. La belle broche en forme de guitare scintille dans sa main. La jeune femme chuchote au chirurgien:

«Tu... Tu en as trouvé un finalement!»

«Oui, et je peux te dire que j'ai cherché un moment!» répond Kakashi en riant.

La jeune femme caresse le coquillage rose-orangé du bout des doigts, puis pose sa main sur la joue de Kakashi.

«Tu... Tu n'aurais pas pu me faire plus plaisir Kashi!»

Elle dépose alors un doux baiser sur les lèvres du chirurgien. Rien d'appuyé, juste une caresse. Ils se fixent pendant de longues secondes en souriant, profitant de ce qui semble bien être l'un de leurs derniers moments d'intimité.

Mais déjà la fête reprend, alors que Sora a entamé une série d'accords sur son nouvel instrument, et ce malgré les protestations de Sumaru.

Kakashi se saisit de sa propre guitare et lance à l'assemblée:

«J'ai un dernier cadeau pour vous!»

Il se met alors à gratter les cordes de sa guitare, et sa voix claire s'élève dans la nuit.

(Hey Brother - Avicii)

Le rythme entrainant fait immédiatement danser Menma et Sumaru, tandis que Sora commence à battre en rythme sur une vieille bassine.

Yakumo, pour une fois, reste assise, immobile face à Kakashi. Tout juste agite-t-elle distraitement la tête au rythme de la chanson.

La jeune femme écoute. Elle écoute les paroles de cette chanson, qui témoigne de la volonté de Kakashi à se tourner enfin vers les autres. Cette chanson qui rend hommage à ses nouveaux amis, et qui porte aussi son espoir, son envie de faire évoluer chaque relation qu'il sera amené à développer. L'amitié, l'amour, la fraternité. Au fond, ces sentiments sont mus par le même instinct, la même étincelle. Partager, tout donner, être présent pour ceux que l'on aime. C'est ce que Kakashi chante, et qui emplit Yakumo d'un profond sentiment de joie.

Kakashi a compris. Kakashi a enfin tourné la page et a choisi d'être heureux. Peu importe le futur, peu importent les échecs éventuels, il saura faire face.

La soirée se finit tard, mais chacun repart avec la certitude que cette amitié perdurera, malgré la distance. Yakumo décide de passer sa dernière nuit avec Kakashi à la belle étoile, sur cette plage chargée de souvenirs de vacances inoubliables.

Demain Kakashi repartira, emportant avec lui un petit morceau du cœur de Yakumo. Petit morceau qu'elle lui cède volontiers.

...

Au petit matin, Yakumo et Kakashi sont réveillés par le cri des mouettes qui volent déjà haut dans le ciel. Les garçons dorment encore. Alors ils rejoignent l'hôtel, main dans la main, en silence. Kakashi semble impatient de partir. Il rassemble rapidement ses affaires sous l'œil attendri de Yakumo. Le chirurgien propose à la jeune femme de la déposer au camping avant de partir, afin qu'il puisse dire au revoir aux autres.

Yakumo s'installe à l'arrière de la moto, et ses bras viennent enlacer une dernière fois le torse du chirurgien. Ils prennent la route de la côte, Kakashi roule doucement. Il a envie de faire durer ce moment. Il sent la pression de Yakumo derrière lui. Elle va bientôt le lâcher, pour le laisser filer vers son autre vie. Sa vie d'avant, qui sera cependant totalement différente à présent.

Alors qu'ils arrivent en vue du camping, Yakumo resserre son étreinte. Encore un peu, juste un peu. De cette chaleur, de cette affection.

Kakashi coupe le moteur et les deux amis rejoignent Sumaru, Sora et Menma. Après une série d'accolades émues, les garçons font promettre à Kakashi de leur donner des nouvelles.

«Et tiens nous au courant si vous faites des concerts avec Mescaline. Qui sait, on viendra peut être vous voir!»

«Ouais, et si tu as envie de surfer, n'hésite pas à appeler d'accord?»

«Sois prudent sur la route. Et envoie-nous un texto pour nous dire que tu es bien arrivé.»

Kakashi hoche la tête avant de repartir en direction de sa moto avec Yakumo.

Le chirurgien plonge ses yeux noirs dans ceux de la jeune femme. Il n'a jamais été très doué pour les adieux.

Yakumo sourit avant de s'approcher timidement pour réclamer un dernier baiser.

«Je te souhaite tout le bonheur du monde Kakashi. Sois heureux, c'est tout ce que je te demande» murmure-t-elle à son oreille.

«C'est promis Yakumo. Tu sais, je n'aurai jamais assez d'une vie pour te remercier de tout ce que tu as fait pour moi. Je t'aime fort ma belle belle surfeuse» lui chuchote-t-il en retour.

Leur dernier câlin dure de longues minutes, et c'est Yakumo qui finit par se détacher du chirurgien. Elle passe une main affectueuse dans les mèches argentées et lance:

«Bon retour chez toi Kashi.»

Elle embrasse ses doigts et les pose sur la bouche du chirurgien, en retenant les quelques larmes qui commencent à perler à ses yeux. Kakashi lui sourit tendrement et grimpe sur sa moto.

C'est la fin des vacances. La fin de sa réflexion sur lui-même, sur le sens de sa vie, sur ce qu'il veut faire de son avenir aussi. Kakashi sait à présent quel genre de personne il veut être.

Alors qu'il n'est déjà plus qu'un point sur la route, Yakumo laisse enfin échapper ses larmes. La peine de le voir repartir, mais également la solide assurance qu'ils se reverront un jour.

...

Docteur Victor - voyant guérisseur -

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(Enfin, quand je dis "rapide", comptez quand même une demi-douzaine de chapitre hein :p)

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