Hello! Désolé pour l'attente!

En espérant que ce chapitre vous plaise! Bonne lecture.

Chapitre 30: remises en ordre.

«Maman! Je suis là!» crie Naruto dans l'entrée de la maison.

«Ah mon chéri! Je suis dans la cuisine!»

Le jeune homme avance d'un pas tranquille pour rejoindre sa mère, qui chantonne en préparant le déjeuner.

Kushina se retourne en souriant, puis fronce les sourcils en reprenant:

«Tu es tout seul?»

«Ouais, Sasuke te remercie pour l'invitation, mais il avait une réunion de famille aujourd'hui. Il m'a promis qu'il viendrait la prochaine fois.»

Naruto ne dit pas la vérité. En fait, c'est lui qui a demandé à Sasuke de ne pas venir. Le petit brun en a été plutôt soulagé d'ailleurs, parce qu'il sait que Naruto veut parler du fameux journal à sa mère. Et bien que le soutien de son ami aurait été d'une grande aide, le fait d'avoir un étranger à la maison aurait sûrement été un frein à la discussion à coeur ouvert que Naruto désire avoir avec Kushina.

«Maman,» poursuit-il d'un air grave, qui fait prendre à la femme un regard interrogatif, «il faut qu'on parle.»

Mais Naruto n'a pas le temps de continuer que sa mère pousse déjà un long soupir agacé.

«Si c'est encore à propos de ton père, je te le redis pour la énième fois, je n'ai pas envie d'en parler.»

«Tu préfères que d'autres me racontent alors. Tu préfères que ce soit grand-père et grand-mère qui fassent le sale boulot? Ou Kakashi Hatake peut-être?» rétorque Naruto d'un ton sec.

Le jeune homme sait qu'il a fait mouche lorsqu'il voit la tête de sa mère s'allonger. Il décide alors de poursuivre d'une voix plus apaisante.

«Maman, je sais que tu as souffert, que papa et toi avez subi un mariage arrangé, et aussi... Qu'il t'as trompée. Mais je ne comprends pas pourquoi tu t'obstines à en vouloir à tout le monde comme ça. Tu te condamnes toi-même à être malheureuse...»

«Ils n'ont... Personne... Personne ne s'est jamais préoccupé de savoir si j'étais heureuse. Tes grands-parents, ton père, et tous ses collègues. Personne! J'étais tellement naïve à l'époque, tellement crédule! Je pensais que ton père finirait bien par m'aimer un peu. Et quand je lui ai annoncé que nous allions avoir un bébé, j'ai cru... Bêtement j'ai cru qu'il ferait un effort! Mais lui a choisi ce moment pour me quitter! Naruto, jamais ton père ne m'a aimée, voilà la vérité. Et moi, j'ai gâché ma jeunesse, j'ai gâché ma vie à attendre qu'il m'aime, ne serait-ce qu'un peu...»

«Il t'aimait» l'interrompt Naruto. «Pas de la façon dont tu le désirais certes. Mais il avait beaucoup d'affection pour toi.»

«Comment peux-tu...»

«Je l'ai lu, de sa propre main. Son journal, tu devrais le lire toi aussi. Papa aurait sans doute du te dire tout ça de vive voix, il n'en a malheureusement pas eu le temps. Lis ce journal, maman, je t'en prie.»

«Je... Cela ne m'intéresse pas, je connais déjà l'histoire tu sais.»

«Maman! Tu crois savoir ce que ressentait papa, mais tu te trompes complètement! Oui, il en aimait un autre, mais il s'en voulait aussi beaucoup. Il n'a jamais voulu te faire souffrir et cela le rongeait de devoir te faire subir ça. Tu dois lire ce journal, maman. Pour passer à autre chose. J'aimerais tant que tu arrives à refaire ta vie, que tu trouves un amoureux, que tu sois heureuse et épanouie!»

Kushina, qui sent les larmes monter, détourne les yeux de son fils. Il est si intelligent, son petit garçon, et si attentif. Elle a plusieurs fois eu l'occasion de refaire sa vie, elle a rencontré des hommes, prêts à l'aimer. Mais elle n'aurait jamais supporté d'être rejetée à nouveau. Alors elle a toujours fait en sorte de se protéger. Elle a construit un mur de béton autour d'elle, quitte à passer pour une femme autoritaire et acariâtre. Mais son fils, son petit garçon souriant, n'est désormais plus un enfant. Il ne veut plus la voir se noyer dans sa colère et son chagrin. Et pour lui, pour le seul être qui compte vraiment, elle est prête, pour la première fois, à laisser tomber le voile sur ses sentiments.

«Ecoute Naruto, je ... Je ne suis pas prête à remuer tout ça une nouvelle fois. Ma vie est bien telle qu'elle est, je t'ai toi et c'est tout ce qui compte.»

«Maman, moi aussi je t'aime, mais ça me fait vraiment mal de te voir comme ça. Tu mérites d'être heureuse, mais te ne fais rien pour. Pour une fois, tu as le choix. C'est toi qui décides. Rien ne te sera plus imposé maintenant.»

Kushina fait la moue et apporte le plat.

«Naruto, je vais y réfléchir d'accord? Mais pour l'instant, macaronis au fromage!» reprend-t-elle joyeusement, comme si la discussion venait d'être instantanément oubliée.

Le jeune homme pousse un soupir et commence à se servir. Il faut que l'idée mûrisse dans la tête de sa mère. Il ne veut pas la brusquer. Elle finira bien par accepter de lire ce foutu journal. Et Naruto est persuadé que ce sera la clé d'un renouveau pour sa mère.

Kushina met un point d'honneur à rendre le repas joyeux, parlant de tout et de rien, de son travail, de sa dernière sortie au cinéma avec ses amies, du dernier vernissage auquel elle a assisté. Comme s'il elle essayait désespérément de prouver à son fils qu'elle avait une vie dynamique et bien remplie. Naruto n'est pas dupe, mais il préfère ne pas insister. Sa mère a un vide profond dans le cœur, et il lui faudra du temps pour accepter de le combler.

Naruto décide de quitter la maison en milieu d'après-midi, après avoir aidé sa mère à faire un peu de jardinage. Les fleurs, ce n'est vraiment pas son truc, mais partager ces petits moments avec sa maman n'a pas de prix.

Au moment du départ, Naruto prend sa mère dans ses bras dans un élan d'affection. Il lui murmure:

«Passe une bonne semaine maman, à dimanche prochain!»

Kushina a toujours du mal à voir son fils partir. C'est le lot de chaque parent, voir ses enfants s'éloigner pour mener leur propre vie.

Lorsqu'elle pose les yeux sur le petit guéridon de l'entrée, elle aperçoit un cahier à la couverture défraichie. Elle pousse un soupir et tourne les talons, mais elle n'a pas fait deux mètres qu'elle se retourne. Elle pousse de nouveau un profond soupir, comme pour s'encourager elle-même, et se dirige vers le cahier qu'elle saisit d'une main ferme. Il est temps. Il est temps d'apprendre ce que Minato avait vraiment dans le cœur et dans la tête.

Kushina sait que cela va être douloureux, mais Naruto a raison. Il est temps de savoir, pour passer à autre chose.

Kushina part s'installer dans l'un des fauteuils du salon, celui-là même où elle avait attendu son mari pour leur dernière conversation, après qu'Obito lui ai appris sa liaison avec Kakashi. Une tasse de thé au jasmin fumant à la main, elle ouvre le journal de Minato et entame sa lecture.

...

L'homme sourit sous son casque. Devant son portail se dresse son meilleur ami, les bras croisés, une cigarette aux lèvres. Kakashi stoppe sa moto devant l'entrée et lève sa visière.

«Allez grimpe, Asuma!» lance-t-il joyeusement.

Le neurochirurgien s'installe derrière son ami et ils remontent ensemble l'allée de la maison.

Kakashi et Asuma pénètrent dans la maison envahie de pénombre, et le chirurgien cardio-thoracique dépose son sac dans la buanderie avant de continuer sa route jusque dans le salon.

Tout est calme, et les rayons du soleil éclairent peu à peu la pièce tandis que Kakashi actionne l'ouverture automatique des volets.

«Ahh, c'est bon d'être enfin chez soi!» lâche Kakashi en s'affalant sur son canapé.

L'homme marque un temps d'arrêt et reprend:

«La maison est drôlement calme sans les chiens!»

Asuma sourit. Son ami semble en pleine forme, il a même pris des couleurs. Et surtout, il est rayonnant de joie. Une joie non feinte, non entachée de mélancolie. Une vraie joie de vivre, sincère et touchante.

Le neurochirurgien pose un regard affectueux sur son ami et répond:

«Alors cette petite virée en solitaire, c'était comment?»

«Génial!» s'exclame Kakashi. «Des vacances de rêve! Je me suis remis au surf, j'ai fait de la musique. D'ailleurs j'ai plein de nouvelles chansons à te faire écouter.»

«Ouais, on verra ça alors. Bon, il faut que je te dise un truc...»

Kakashi fronce les sourcils. Il vient à peine d'arriver et l'air inquiet d'Asuma ne lui dit rien qui vaille. Le neurochirurgien semble hésiter. Il finit cependant par déclarer:

«C'est à propos de l'hôpital...»

Kakashi commence à montrer quelques signes d'impatience, et Asuma poursuit:

«Comment dire... Disons qu'il était temps que tu rentres.»

«Pourquoi?» demande Kakashi.

«Ben, parce que la chirurgie cardio-thoracique, c'est un peu devenu Beyrouth en ton absence.»

Kakashi fait la moue.

«Beyrouth? Qu'est ce que tu racontes? Je suis sûr que Yamato s'en est super bien sorti...»

«Tes infirmières ont fait grève.»

«Quoi?» s'exclame Kakashi incrédule.

«Elles se plaignaient d'être en sous effectif. Ça a bien pourri le programme des interventions, et Yamato a du en annuler certaines.»

«Tu déconnes? Bon, elles ont obtenu quelque chose au moins?»

«Tsunade leur a promis trois postes en plus, mais il n'y a pas que ça.»

Kakashi lève les yeux au ciel.

«Quoi d'autre?» lâche-t-il presque désabusé.

«Tes internes... Se livrent une guerre sans merci. Ils en sont même venus aux poings.»

«Pardon?»

Asuma se fend d'un sourire sarcastique.

«A force de les pousser à la compétition, ils se sont pris au jeu.»

Kakashi pousse un profond soupir avant de lever un regard un peu inquiet à son ami.

«C'est si terrible que ça?»

Asuma hoche la tête et se met à rire.

«Il était temps que le boss revienne, crois-moi! Tsunade est au bord de la crise de nerfs là!»

«Fait chier. Moi qui pensais pouvoir glander encore un peu. J'espère que Yamato ne m'a pas laissé une montagne de paperasse en tout cas.»

Asuma évite de croiser le regard de son ami, mais ne peut s'empêcher d'émettre un petit rictus sait que le chirurgien cardio-thoracique a été complètement débordé avec cette grève et les opérations reportées, sans parler des coups bas des internes. Et le bureau de Kakashi croule sous les papiers. Le neurochirurgien payerait cher pour être présent lorsque Kakashi mettra un pied dans son bureau. Après tout, le chirurgien vient de se prendre un mois de vacances au soleil, pendant que tout le monde bossait. Il ne mérite pas de s'en sortir si facilement.

«Bon, et à part ça, quoi de neuf à l'hôpital?»

«Pas grand-chose. On a une réunion de pôles mercredi, pour le budget de l'année prochaine.»

Kakashi pousse un soupir. Les vacances sont bel et bien finies.

«Bon allez, je vais au chenil! Je verrai bien tout ça lundi!»

«Je sens qu'il va y avoir de l'action lundi dans le service de chirurgie cardio-thoracique" chantonne Asuma.

Kakashi lui offre un sourire qui en dit long. Il a toujours été un chef de service très cool, il le sait. Mais il reste néanmoins le chef. Et si les choses ne vont pas comme il le veut, Kakashi sait aussi être intransigeant et autoritaire. Et son personnel risque de s'en rendre rapidement compte.

«Si ça va aussi mal que tu le dis, tu risques de m'entendre gueuler depuis la neurochirurgie!" répond Kakashi d'une voix mutine.

Asuma prend finalement congé de Kakashi. Et le chirurgien cardio-thoracique ne perd pas une minute pour se diriger vers son garage et prendre le volant d'une petite camionnette combi des années soixante. Ce véhicule aux allures rétro ne lui sert que rarement, pour convoyer sa meute, ou bien son matériel de musique.

A peine a-t-il mis un pied dans le chenil que Kakashi voit débouler Mia, Korben et Jack. Les trois chiens sont intenables, sautant tout autour de leur maitre. Le propriétaire du chenil arrive derrière eux en riant.

«Ces trois-là sont tellement attachants, qu'ils sont devenus la coqueluche du chenil.»

«Ah! Ils ont réussi à vous amadouer. Ils sont très forts pour ça!» répond Kakashi en riant. Le chirurgien prend le temps de cajoler ses trois boules de poils, avant de reprendre:

«Il n'y a pas eu de problème?»

L'homme hoche la tête négativement.

«Non, mais je crois que Néo et Wayne ont trouvé le temps long.»

«Ah» répond sobrement Kakashi.

Il connait le caractère de chacun de ses chiens. Si Jack, Korben et Mia sont très sociables, et s'adaptent très bien aux absences de leur maitre, Néo et Wayne sont beaucoup plus casaniers. Et les deux chiens risquent de faire payer sa longue absence à Kakashi.

En effet, lorsque le chirurgien s'approche du parc où l'attendent ses trois autres chiens,seul Tyler arrive en trottant joyeusement. Wayne lève un oeil et pousse un long bâillement, avant de repiquer du nez pour finir sa sieste. Néo semble le plus vexé. A la vue de son maitre, il tourne ostensiblement les pattes et part se coucher au fond du grand enclos.

Kakashi se met à rire.

«Quelle bande de branleurs» murmure-t-il avant d'appeler doucement Wayne.

Le gros terre-neuve décide enfin de rejoindre Kakashi. La joie de revoir son maitre est trop forte pour faire longtemps la tête.

Alors que les cinq chiens font joyeusement la fête à Kakashi, Néo ne semble pas décidé à s'arrêter de bouder. Kakashi se tourne alors vers le propriétaire et lui chuchote de laisser la porte de l'enclos ouverte.

Le chirurgien lance un «allez, on rentre à la maison!» à toute sa petite troupe, et commence à prendre la direction de son véhicule, sans un regard vers Néo.

L'akita inu lève un regard interrogatif vers son maitre, semblant vouloir dire: «tu ne vas pas me laisser là tout seul quand même?»

Mais Kakashi semble bien décidé à ne pas prêter attention au caprice de son chien. Alors qu'il tend la main pour ouvrir la porte du coffre, Kakashi entend le bruit d'une cavalcade derrière lui. Quand il se retourne, Néo se dresse sur ses pattes arrière et entreprend de lui lécher consciencieusement le visage. Kakashi se met à rire et tente de repousser gentiment l'animal.

«Doucement Néo, doucement! Toi aussi tu m'as manqué.»

Kakashi fait monter ses six chiens dans la camionnette et remercie le propriétaire du chenil. Ses animaux ont l'air en plein forme, et ils ont visiblement été cajolés plus que de raison. Ils vont être intenables pendant au moins une semaine, mais Kakashi est tellement heureux de les retrouver, qu'il est prêt à faire une croix sur les futures bêtises. Au moins pour quelques temps.

...

Il est déjà midi et les externes d'orthopédie suivent docilement leur staff pour aller manger à l'internat.

Hinata semble radieuse. La jeune femme bénéficie des effets de son nouveau comportement, plus assuré. Elle repense en souriant à la tête d'Izumo lorsqu'elle a refusé tout net de faire ses courriers en retard. Le pauvre en est resté scotché. Bien sûr, s'il s'était agi d'un autre interne, la jeune femme se serait probablement fait rembarrer. Mais Izumo est un gentil interne, elle culpabiliserait presque de lui avoir dit non. Presque, parce que la nouvelle Hinata ne culpabilise plus. Elle pense d'abord à elle. Elle a hâte de raconter tout ça à Sai. Parce que c'est entièrement grâce à lui qu'elle se sent plus épanouie à présent. Il lui a fait prendre conscience de ses qualités et de ses défauts. Hinata reste la gentille petite externe prête à rendre service. Mais maintenant, elle le fait quand et si ça l'arrange. La jeune Hyuga a tellement pris d'assurance qu'elle envisage même d'inviter Naruto à sortir.

Alors oui, aujourd'hui Hinata Hyuga est radieuse. Et lorsqu'elle pénètre dans le réfectoire, elle n'essaye pas de se fondre dans la masse pour passer inaperçue. Elle avance d'un pas tranquille vers Sakura qui lui a réservé une place, accompagnée de Kiba. La jeune femme aux cheveux roses lance des regards apeurés autour d'elle.

«Ça ne va pas Sakura?» demande la jeune Hyuga d'un air concerné.

«J'essaye de repérer Rock Lee. Je suis sûre qu'il va surgir tel un vautour. je sens son aura planer...»

Hinata se met à rire doucement.

«Tu ne crois pas que tu en fais un peu trop?» lâche Kiba. Lui aussi semble galérer un peu en matière de filles, et voir Sakura prendre cet air horrifié à chaque fois que le nom de Rock Lee est évoqué commence à lui taper sur les nerfs.

Sakura lui lance un regard blasé, et après un court instant leur tend une feuille de papier. Hinata a du mal à retenir son sérieux en lisant le poème que Lee a écrit pour sa belle.

«Sakura, ma beauté, mon ange, ma dulcinée

Je t'envoie un bateau entier de baisers

Pour te prouver mon amour passionné.»

«Je trouve ça plutôt mignon...»

«Mignon?» s'exclame Sakura, attirant au passage l'attention de ses voisins. «C'est pas mignon, Hinata. C'est... C'est pathétique! Et il m'en donne un comme ça tous les jours!»

Cette fois Hinata ne peut réprimer un rire franc.

«Au moins, tu as un amoureux» lâche-t-elle en attaquant son plat.

«Ah et bien je te le laisse volontiers! Nan mais franchement, je sais plus quoi faire, c'est du harcèlement!»

«Et si tu lui disais simplement que tu n'es pas intéressée, au lieu de l'éviter?»

Sakura se renfrogne et croise les bras.

«Bah s'il n'est pas capable de comprendre par lui-même...»

Hinata fait la moue en jouant avec sa fourchette.

«Sakura, crois-moi, mieux vaut être franche et directe. C'est le meilleur moyen de t'en débarrasser.»

La jeune femme aux cheveux roses lève un regard interrogateur vers son amie, avant de lui offrir un sourire machiavélique.

«Dis donc Hinata, et si tu t'appliquais tes judicieux conseils à toi-même hein?»

Au même moment, un tonitruant «salut les filles!» résonne derrière Hinata. La jeune femme se fige, ayant reconnu la voix de Naruto. Le jeune homme s'installe à côté d'elle, inconscient du trouble de la jeune femme, tandis que Shikamaru et Choji prennent place en face, de part et d'autre de Sakura. Shikamaru pose les yeux sur le poème de Lee et dévisage Sakura en rigolant. Celle-ci pousse un soupir agacé et attrape la feuille des mains de son camarade.

«Ça va, pas de commentaire s'il te plait» déclare-t-elle tandis que Shikamaru rit de plus belle.

«Bah tu voulais sortir avec un interne non? Te voilà servie Sakura!»

La jeune femme lève les yeux au ciel et s'apprête à répondre, mais Naruto lui coupe la parole. «Hé, ça vous tente de venir prendre un verre chez moi ce soir?"

«Pourquoi pas» répond Hinata, sous l'œil ahuri de ses camarades. Naruto semble le seul à ne pas s'étonner de l'assurance inhabituelle de la jeune femme. Naruto est d'ailleurs le seul à ne pas s'être aperçu qu'Hinata avait un faible pour lui. Oui, on peut le dire, Naruto est un idiot parfois. Mais si Hinata a enfin décidé de prendre les choses en main, alors Shikamaru veut bien lui donner un coup de pouce.

«Pas de problème, mais Choji et moi on ne restera pas trop longtemps. On doit faire le grand ménage dans notre appart demain.»

Sakura répond elle aussi positivement à l'invitation avant de reprendre:

«Au fait, Naruto, tu es retourné chez ta mère finalement?»

Le jeune homme secoue la tête.

«Non, je suis en coloc maintenant. C'est l'indépendance, le pied quoi!»

Hinata lève un sourcil interrogateur.

«Et on connait ton colocataire?»

«Bien sûr, c'est cet abruti de Sasuke!» lance joyeusement Naruto, alors que Sakura manque de s'étrangler avec son verre d'eau.

«Quoi?» s'écrie la jeune femme. «Tu... Toi... Tu habites avec Sasuke?»

«Ben quoi, ça t'étonne? On s'entend très bien en fait.»

«Ce qui est étonnant, c'est que Sasuke ne t'aie pas encore émasculé» lâche laconiquement Shikamaru.

«Il a du vouloir se lancer une sorte de défi: combien de temps vais-je tenir avant de le buter?» relance Kiba.

«Peut être que Naruto fait bien la cuisine. C'est sûrement pour ça qu'il a accepté» ajoute Choji, sûr d'avoir trouvé une réponse logique et imparable.

Naruto prend un air buté et répond en boudant:

«Oh ça va hein! Si je vous dis qu'on s'entend très bien! Vous n'avez qu'à venir ce soir, et vous verrez par vous-même!»

Les autres restent dubitatifs. Pour le coup, ils attendent vraiment de voir en effet!

Le seul petit détail que Naruto a occulté, c'est qu'il n'a pas encore prévenu Sasuke. Mais bon, son ami ne verra sûrement pas d'inconvenient à recevoir leurs camarades.

...

«Allo?»

«Iruka, c'est moi! Tu veux venir au Smooth ce soir? Mon frère a accepté de venir boire un verre, et j'aimerais bien que tu sois là.»

A l'autre bout du fil, Iruka fait la moue. Il connait peu Ibiki Morino, le frère d'Idate. Ils ont une assez grande différence d'âge, et Ibiki est parti très tôt de Shiba, suite à des histoires de famille. C'est à peu près tout ce que l'interne de chirurgie cardio-thoracique sait. Et qu'il est chirurgien maxillo-facial à l'hôpital central de Konoha aussi, un collègue en quelque son arrivée, Idate ne cesse d'impressionner Iruka: il a trouvé un emploi, et même un logement. Kabuto, son nouveau patron, a accepté de lui louer le petit studio qui se trouve juste au dessus du bar. Idate passe quelques soirées à l'internat, de temps en temps, mais le jeune homme semble avoir compris qu'il n'y est qu'un invité, en tant que copain d'un des internes. Ce n'est pas son monde. Et d'ailleurs, il ne s'y sent pas trop à l'aise, malgré la présence des «anciens de Shiba» comme il les appelle. Iruka se sait parfois dur avec le jeune homme. Mais il tient à maintenir une sorte de barrière, une limite à ne pas franchir. Au début, il se disait que c'était pour protéger Idate. Mais après réflexion, et surtout discussion avec Shizune, Iruka a du se rendre à l'évidence: la relation qu'il entretient avec Idate est à sens unique. Et l'interne se sent maintenant un peu pris au piège. Iruka ne veut pas se l'avouer, mais il ne ressent qu'une profonde affection pour Idate. Bien sûr, il pourrait vivre toute sa vie avec un jeune homme possédant autant de qualités humaines que le jeune pêcheur. Et puis il faut bien avouer qu'il a déjà été échaudé par les grandes passions. Mais ce petit je-ne-sais-quoi au fond de lui, cette sensation de malhonnêteté, Iruka a de plus en plus de mal à vivre avec.

L'interne ne sait pas trop ce qu'il attend. En fait si, il le sait. Depuis cette conversation amicale avec Asuma, Aoba et tous les autres. Le neurochirurgien a discrètement glissé dans la discussion, qu'à en croire les nouvelles, Kakashi avait fait un gros travail sur lui, qu'il avait vraiment changé et qu'il revenait métamorphosé. Une simple phrase qui a rallumé une lueur d'espoir en Iruka, et qui n'a échappé ni à Shizune ni à Asuma d'ailleurs.

Et Iruka le sait: ce qu'il attend, c'est le retour de Kakashi. Juste pour voir. S'il a vraiment changé, s'il y a encore quelque chose à sauver de leur désastreuse relation, s'il existe encore une infime chance qu'ils puissent reconstruire quelque chose. Ensemble.

Iruka se sent malhonnête vis-à-vis d'Idate. Vraiment. Et il se rassure en disant que Kakashi a probablement tourné la page, et qu'il ne fait déjà plus partie de ses priorités. Au moins, quand le chirurgien cardio-thoracique sera enfin de retour, les choses seront plus claires. Et il pourra prendre une décision concernant Idate. sans lui donner l'impression que le jeune homme n'était qu'une passade en attendant le retour de son grand amour. Iruka a cependant cette nauséeuses sensation de se servir du jeune homme comme d'une roue de secours. Et cela ne lui ressemble pas. Il passe de très bons moments avec Idate, vraiment. Il aime se retrouver dans ses bras, partager des moments de tendresse et d'affection avec lui. Mais quand on a goûté à un plat exquis, il est difficile de se contenter, après ça, d'un repas juste très bon.

L'interne laisse passer quelques secondes avant de répondre, d'une voix ne trahissant cependant pas les interrogations qui ne le quittent plus depuis plusieurs jours:

«Ok, je te retrouve à vingt heures au Smooth.»

Le jeune pêcheur semble ravi. Iruka sourit devant l'enthousiasme qu'exprime le jeune homme au téléphone. Idate est vraiment une personne attachante. Trop peut-être.

...

le soir même, Sakura et Hinata empruntent la rue piétonne pour remonter jusqu'à l'appartement de Naruto. De loin, elles aperçoivent Shikamaru, Choji et Kiba qui les attendent avant de grimper les trois étages.

Ils ne savent pas qu'à l'intérieur même de l'appartement en question, Sasuke fulmine. Celui-ci se demande intérieurement s'il existe une chance que les invités de Naruto aient zappé sa petite sauterie. Mais la sonnette retentit, mettant fin aux derniers espoirs du jeune homme. Il a bien tenté de faire annuler la petite fête, mais c'était peine perdue. Lorsque Naruto est arrivé surexcité ce soir, Sasuke a immédiatement flairé le coup fourré. Il a eu confirmation de ses pires craintes quand le jeune homme a fièrement extirpé de son sac à dos quelques bouteilles d'alcool et des biscuits apéritifs.

«On a des invités ce soir!» a lancé le blondinet d'une voix chantante.

Sasuke a eu beau froncer les sourcils, puis se mettre en colère, rien n'y a fait. Naruto s'est lancé dans une plaidoirie pour défendre sa petite fête improvisée. Les règles étaient pourtant strictes, mais comment lutter face à la tempête prénommée «Naruto»?

Sasuke se dirige d'un pas trainant vers la porte d'entrée. A peine a-t-il ouvert que la voix aiguë de Sakura lui vrille les tympans. Les épaules de Sasuke s'affaissent au fur et à mesure que ses camarades pénètrent chez lui. Quand il passe à sa hauteur, Shikamaru lui offre un sourire narquois et lance:

«Depuis le temps qu'on rêvait tous de débarquer chez toi, Sasuke! Naruto a vraiment des idées brillantes parfois.»

Sasuke préfère ne pas relever. Naruto saute déjà partout, propose à ses amis de visiter l'appartement, offre des boissons, et finit par lancer à son colocataire:

«Hé Sasuke, si tu nous mettais un peu de musique?»

La soirée s'annonce donc bruyante, et longue.

Sakura et Hinata prennent place dans les deux confortables fauteuils du salon tandis que les garçons s'entassent sur le canapé. Naruto est affairé à la cuisine, et Sasuke se retrouve planté au milieu de son salon, sous l'œil mi-amusé mi-gêné de ses camarades. Le jeune Uchiwa pousse un profond soupir, à la limite de l'impolitesse, et s'en va allumer la chaine hifi.

La discussion s'engage entre les externes, et le retour de Naruto dans le salon, avec de quoi manger et boire, est salué comme il se doit.

Et finalement, Sasuke se surprend à passer une agréable soirée. Il discute avec tout le monde, de tout et de rien, tandis que Naruto fait le pitre, comme d'habitude.

Le jeune homme est même étonné lorsque les invités décident de prendre congé. Un coup d'œil discret à la pendule lui indique que plusieurs heures se sont déjà écoulées. Il est à présent presque minuit, et il n'a pas vu le temps passer. Bien sûr, le jeune homme n'avouera jamais cela à son colocataire, mais il a pris beaucoup de plaisir à participer à cette petite soirée.

Alors que la porte se referme sur les externes, Naruto s'affale dans le canapé en poussant un bruyant soupir.

«Ahhhh, je pense qu'on a assuré pour cette première soirée!»

Sasuke fronce les sourcils et rétorque d'un ton sec:

«Parce que tu as l'intention d'en organiser d'autres?»

Naruto pose alors un regard blasé sur son colocataire.

«Allez Sasuke, reconnais que tu t'es bien amusé ce soir! T'es vraiment le pire des rabat-joie que je connaisse sérieux!»

Sasuke hausse les épaules en saisissant les cadavres de bouteilles qui s'accumulent sur la table basse du salon.

«Aide-moi à ranger au lieu de raconter des conneries» bougonne-t-il, conscient que le blondinet a entièrement raison.

Il entend d'ailleurs Naruto se mettre à ricaner tandis qu'il le suit avec les verres.

«Hé Sasuke!» répond le jeune homme en faisant mine de bousculer son camarade, «encore un peu et cet appart va devenir 'the place to be' pour les externes haha!»

«Ne compte pas trop là dessus» marmonne Sasuke en commençant la vaisselle les sourcils froncés.

Naruto lève les yeux au ciel.

«Tu vas vraiment finir tout ridé comme un vieux pruneau à force de froncer les sourcils comme ça tu sais!»

Sasuke s'apprête à répondre pour finalement se raviser. Pas la peine de lutter, rien ne pourra gâcher la bonne humeur de Naruto de toute façon. Et puis son colocataire a raison: Sasuke a pris conscience ce soir que relâcher la pression de temps en temps, se détendre avec ses amis et discuter sans penser aux études, ça fait du bien finalement.

Naruto a déjà rejoint le salon, et ne voit donc pas que Sasuke est en train de sourire.

...

Au même moment, au Smooth.

«Hé Iruka! On est là!» s'exclame Idate afin d'attirer l'attention de l'interne.

Iruka se dirige tranquillement vers les deux frères. Ibiki Morino l'a toujours impressionné. De par son physique pour commencer: cette vilaine cicatrice qui lui barre la moitié du visage et le crâne. Souvenir d'une tempête en mer parait-il. Et puis son caractère froid et intransigeant aussi. Rien ne semble pouvoir trouver grâce aux yeux du chirurgien.

L'interne de chirurgie cardio-thoracique ne peut cacher sa surprise lorsqu'Ibiki lui tend une main chaleureuse, accompagnée d'un franc sourire.

«Comment vas-tu Iruka? Je suis heureux de faire enfin ta connaissance.»

Le jeune homme s'installe en face du chirurgien, et sent Idate poser une main rassurante sur son genou. Mais pour tout avouer, cela ne le rassure pas des masses en fait. Il a presque l'impression de passer un casting. Idate tente de détendre l'atmosphère en lançant quelques banalités, et finit par aborder le sujet qu'il fallait à tout prix éviter, à savoir l'internat de chirurgie.

«Peut être qu'Iruka viendra faire un stage dans ton service Ibiki!»

L'idée semble enchanter Idate. Son grand frère dévisage Iruka en souriant. Le genre de sourire énigmatique qui ne laisser rien transparaitre des sentiments de celui qui l'arbore.

«Il me semble que tu veux faire de la chirurgie cardio-thoracique Iruka, c'est bien ça?»

L'interne hoche la tête.

«Et d'après ce que j'ai entendu, tu as toutes tes chances de réussir. Ton intervention solo avec Hidan a fait le tour de l'hôpital.»

Iruka sent le rouge monter à ses joues. Mais il n'a pas le temps de s'émouvoir plus qu'Idate s'écrie:

«Quoi? Tu as déjà opéré tout seul? Mais tu dois être super fort alors!»

La réflexion candide de son petit frère déclenche un rire puissant de la part d'Ibiki, qui reprend:

«Il faut dire que tu as un bon professeur. D'ailleurs, j'ai entendu dire que c'était un peu le bazar en cardio-tho pendant son absence.»

Iruka n'a pas trop envie de suivre Ibiki sur ce terrain glissant. Il est vrai que le service part à vau l'eau en ce moment: entre les infirmières qui ont décidé de n'en faire qu'à leur tête, Yamato qui, sans vouloir l'offenser, n'assure pas un crayon, et les internes qui se livrent une guerre sans merci, le service a plus des allures de champ de bataille.

«Oui, je crois qu'il est vraiment temps que Kakashi rentre» répond Iruka, avant de reprendre une gorgée de soda.

Ibiki s'apprête déjà à reprendre mais Idate le devance:

«Kakashi... Kakashi Hatake? C'est ton chef de service Iruka?»

L'interne et le chirurgien tournent un regard interrogateur vers le jeune pêcheur.

«Tu le connais?» demande Ibiki d'une voix étonnée.

«Je l'ai rencontré à Shiba! Il y était encore en vacances pour quelques jours avant que je ne parte pour Konoha! C'est marrant quand même, le monde est petit hein!» reprend Idate joyeusement.

Iruka, lui, est abasourdi. Cela ne peut être qu'une blague. De toutes les destinations possibles de vacances, il a fallu que Kakashi choisisse Shiba. En plus, Iruka est persuadé d'avoir déjà mentionné son village d'enfance à son chef. Et comme par hasard, il a fallu que Kakashi tombe sur Idate! Comme pour faire écho à sa réflexion, le jeune homme reprend:

«Grand, athlétique, cheveux argentés en bataille, et une cicatrice sur l'œil gauche?»

Ibiki hoche la tête, tandis qu'Iruka reste pétrifié. Mais pourquoi le sort s'acharne-t-il sur sa pauvre carcasse? Mais Idate poursuit déjà:

«Il a sympathisé avec un petit groupe de surfeurs et ils m'ont invité une ou deux fois à leurs soirées sur la plage. C'était super! Vous saviez qu'il chante super bien?»

La naïveté d'Idate finit de mettre Iruka sur les nerfs. Il a envie de lui crier que oui, il sait que Kakashi chante très bien, que oui, c'est son chef de service, et accessoirement son ex-amant aussi! Mais merde à la fin! Iruka n'est pas loin de croire qu'il n'est que la réincarnation d'un être particulièrement malveillant qui se repend à présent pour les horribles crimes de ses vies antérieures. C'est quand même pas permis autant de coïncidences, si?

«Et c'est un peu grâce à lui que je suis ici!» poursuit Idate en levant un regard brillant vers Iruka. «Il m'a dit une phrase qui m'a fait comme un électrochoc: tout ce que tu désires, fais en sorte de l'obtenir. Et voilà comment j'ai débarqué à Konoha!» conclut Idate avant de partir dans un joyeux éclat de rire.

Ibiki a bien noté la gêne d'Iruka. Le chirurgien est au courant des rumeurs bien évidemment. Il pose un regard appuyé sur l'interne, comme pour le jauger. Puis son regard dévie vers son candide petit frère. Idate s'est embarqué dans quelque chose qui le dépasse. Et la réalité risque d'être cruelle quand elle le frappera en pleine face.

Iruka arrive tant bien que mal à dévier le sujet, et la soirée se poursuit sans que plus aucun des trois n'évoque le chirurgien cardio-thoracique.

Ibiki semble heureux de revoir son petit frère, et en même temps agacé de sa décision hâtive de quitter Shiba. Le chirurgien reste persuadé qu'Idate n'a sa place qu'à Shiba, ce petit havre de paix préservé des sirènes de la ville. Mais Idate semble avoir mûri aussi, plus sûr de lui, et convaincu d'avoir fait le bon choix. Et Ibiki a depuis bien longtemps choisi de laisser son petit frère faire ses propres expériences. Pour le chirurgien maxillo-facial, l'école de la vie est la seule dont vous retenez de vraies leçons.

Finalement, Iruka décide de rentrer à l'internat et Ibiki propose de le raccompagner en voiture. Impossible de se défiler, d'autant qu'Idate semble ravi que son grand frère montre une attitude plus que cordiale envers son petit ami. Le jeune homme offre une accolade spontanée à son frère qui commence déjà à s'éloigner, pour laisser aux amoureux un peu d'intimité. Mais Iruka sent le regard du chirurgien peser lourd dans son dos lorsqu'Idate s'approche pour réclamer un bisou. Ibiki n'est pas dupe, il est en train de jauger son attitude, et l'interne appréhende déjà le court trajet jusqu'à l'internat.

Idate lui souhaite une bonne nuit au creux de l'oreille et laisse filer son amoureux. Iruka prend alors une profonde inspiration et rejoint Ibiki.

Les deux hommes parcourent en silence les quelques mètres qui les séparent de la voiture d'Ibiki.

A peine le chirurgien a-t-il démarré qu'il passe à l'attaque.

«J'aime beaucoup mon petit frère. Je ne supporterais pas que quelqu'un le fasse souffrir.»

Ok, le message est clair. Et Iruka se sent plus que minable. Est-il si lisible que ça? Et que répondre d'abord, sans se trahir plus? Mais le chirurgien ne laisse pas le temps à Iruka d'élaborer une stratégie de défense.

«Je vais être franc avec toi: je pense qu'Idate n'aurait pas du venir à Konoha. Il s'en rendra compte par lui-même.»

Iruka encaisse le coup. Apparemment, seul Idate, sur son petit nuage, ne semble pas avoir remarqué les doutes de son copain vis-à-vis de leur relation. Génial, après Shizune, Asuma et Kurenai, c'est maintenant à Ibiki de mettre le doigt pile là où ça fait mal!

«Tu sais ce qui fait la différence entre un bon chirurgien et un chirurgien exceptionnel Iruka?» reprend déjà Ibiki.

Le chirurgien poursuit tandis que l'interne secoue la tête en signe de négation.

«Un chirurgien exceptionnel sait reconnaitre ses limites. Et il sait renoncer à une intervention s'il ne se sent pas capable d'être à son plein potentiel pour la réussir.»

Et un uppercut direct dans le foie, un! Iruka se sent irrémédiablement mal à présent. Pourtant Ibiki ne semble pas être en colère, il ne montre aucun signe d'énervement.

Alors que le chirurgien stoppe sa voiture juste devant l'entrée de l'internat, il pose enfin son regard profond sur le copain de son frère. Après quelques secondes, il brise le contact visuel et rallume le contact.

«Parfois on doit faire des choix douloureux, mais c'est la vie. Un homme, un chirurgien de surcroit, doit assumer ses choix.»

Iruka souhaite une timide bonne nuit à Ibiki après l'avoir remercié et quitte rapidement le véhicule. Le ton d'Ibiki était celui du constat, pas de la menace, ça Iruka en est sûr. Mais la sensation de malaise a maintenant pris l'assaut de son estomac.

Dire qu'Iruka se sent mal serait minimaliste. Il se sent dévasté, honteux, nauséeux de sa propre attitude. Et le retour de Kakashi la semaine prochaine ne semble plus une si bonne chose à présent.

...

Lorsque Kakashi gare sa moto sur le parking de la clinique, il ne passe bien entendu pas inaperçu. Alors qu'il s'avance vers l'accueil, il entend les petits rires étouffés des quelques infirmières qui déambulent dans le hall. Le chirurgien ne peut s'empêcher de sourire: les filles sont vraiment toutes les mêmes, à quelques exceptions près.

Le chirurgien aimerait bénéficier de l'effet de surprise, alors il décide de jouer de son meilleur atout: le charme.

C'est la première fois qu'il met les pieds dans cet établissement privé de haut standing. Son plus beau sourire plaqué sur son visage angélique, il demande d'une voix volontairement suave à la jeune femme de l'accueil:

«Excusez-moi, Mademoiselle, pourriez-vous m'indiquer le bureau du Docteur Uchiwa?»

Sourire charmeur, pose outrancièrement lascive sur le comptoir. Kakashi sait qu'il a déjà gagné lorsqu'il voit les joues de la jolie jeune femme s'empourprer.

«Vous aviez rendez-vous?»

«Mmh, non, en fait je suis un vieil ami d'Obito. Ca fait très longtemps que l'on ne s'est pas vus et je voulais lui faire une petite surprise.»

La jeune femme se met à glousser et prend une attitude de conspiratrice pour chuchoter:

«Normalement, je n'ai pas le droit, mais puisque vous êtes un ami... Le bureau du Docteur Uchiwa est au troisième étage, dans le couloir C. L'ascenseur se trouve juste derrière vous.»

Les yeux de la jeune femme papillonnent lorsque Kakashi lui murmure un «merci beaucoup» accompagné d'un petit geste de la main tout en sensualité.

Le chirurgien ne perd pas de temps. Il trouve rapidement l'ascenseur. Pendant la montée, il se répète le scénario qu'il s'est déjà imaginé cent fois dans sa tête. Il a besoin de cette confrontation avec Obito, et il sait que ce sera rude. Il n'a rien dit à Asuma, car celui-ci aurait tout fait pour le dissuader de revoir son ami d'enfance. Mais Kakashi sait qu'il est maintenant assez fort pour affronter Obito. Il ne se laissera plus berner.

Lorsqu'il trouve enfin le bureau d'Obito, Kakashi prend quelques secondes pour calmer les battements de son cœur. Il jette un coup d'œil rapide dans le couloir désert. Parfait. Et il frappe.

«Entrez» lance une voix de l'intérieur.

Kakashi pousse la porte et la referme aussitôt derrière lui.

«Je n'ai pas trop de temps. Qu'est ce que vous...»

Mais Obito laisse sa phrase en suspens lorsqu'il lève enfin le nez de son bureau. Kakashi est amusé par le franc sourire, qu'il sait pourtant complètement factice, qu'Obito a réussi à plaquer instantanément sur ses lèvres au moment où il a reconnu son ami.

«Kakashi! Ça me fait plaisir de te voir! Tu as l'air en pleine forme! Tu étais en vacances c'est ça?»

Le chirurgien cardio-thoracique s'avance et se place devant la vitrine qui longe le mur de droite du bureau.

A l'intérieur, les précieux diplômes au nom du docteur Obito Uchiwa sont soigneusement encadrés, comme les témoins de sa réussite professionnelle. Pas une seule photo de famille ni d'amis proches. Juste un amoncellement de trophées en tous genres: une balle de baseball dédicacée, quelques autographes de stars du show business, et des articles de journaux ventant les mérites de la clinique. Obito n'est qu'apparence, Kakashi le sait. Mais le masque est désormais tombé, et avec lui les mensonges.

Lorsque Kakashi se retourne vers Obito, son regard est dur comme la pierre et froid comme la glace. Obito ne peut réprimer un frisson.

«Comment as-tu pu me faire ça, Obito?»

«Mais qu'est ce que tu racontes, Kashi?» répond Obito en s'approchant, un sourire peiné sur le visage.

«Écoute, je suis vraiment désolé pour le coup de la Mescaline. Je ne pouvais pas savoir que ça te mettrait dans un tel état...»

«Je ne parle pas de ça» gronde Kakashi. «Je parle de Minato. Tu m'as menti. Depuis le début tu m'as menti! La place de chef, c'est tout ce qui comptait à tes yeux hein!»

Obito se fige. Ces enfoirés d'Asuma et de Tsunade semblent avoir bien oeuvré, mais Obito n'a pas dit son dernier mot. Kakashi est venu se jeter de lui-même dans la gueule du loup, et il va se faire dévorer tout cru, une nouvelle fois.

«Mais qu'est-ce qu'ils t'ont raconté comme bêtise encore?» lâche Obito dans un soupir, en comblant les derniers mètres qui le séparent de Kakashi.

«Ne me dis pas que tu ressasses encore cette vieille histoire avec Minato. Quand comprendras-tu enfin que tu n'a été qu'un pion...»

Obito n'a pas vu le poing arriver. Il ne sent qu'une fulgurante douleur au niveau de sa joue droite. La violence du choc le fait même vaciller et reculer de quelques pas.

«Mais qu'est ce qui te prend?» se met à crier Obito. «Je...»

Kakashi lève de nouveau le poing, et offre un sourire diabolique à son ancien ami lorsque celui-ci amorce un mouvement de défense.

«Tu es une ordure, Obito. Une ordure de la pire espèce. Je ne sais pas ce qui me retient de te foutre une raclée.»

Kakashi prend une profonde inspiration pour se calmer, et laisse Obito se réfugier derrière son bureau, à bonne distance. Le chirurgien sent que Kakashi est déterminé, et que lui est en train de perdre la partie. Mais déjà Kakashi reprend:

«Finalement je te plains, mon pauvre Obito. Tu es incapable d'aimer, et personne ne t'aimera jamais. Tu ne connaitras jamais l'amour sincère que Minato me portait, et tu ne mériteras jamais l'amour fraternel que seuls les amis peuvent te donner. Moi j'ai essayé. Vraiment. J'ai essayé de t'aimer, mais ton âme est trop pourrie. Et tu gâches tout ce que tu touches. Aujourd'hui Obito, tu ne m'inspires plus que le dégoût et la pitié.»

Obito encaisse les mots tranchants de Kakashi, et pour la première fois de sa vie, il se sent déstabilisé. Mais le chirurgien n'a pas dit son dernier mot. Kakashi a beau avoir mûrement réfléchi, il n'en reste pas moins fragile, et Obito connait les leviers qui le feront céder, une fois de plus.

Le chirurgien prend alors une mine contrite et répond d'une voix mal assurée:

«Kakashi, je... Je t'en prie, ne me rejette pas. Je n'ai que toi, tu as raison. Je sais que j'ai fait des choses horribles, mais...»

Il lève alors un regard embué de larmes vers Kakashi et poursuit d'une voix tremblotante:

«Kashi, je... Je n'ai que toi... Rappelle-toi ce que l'on s'était promis à l'orphelinat, toi, moi et Rin: quoi qu'il arrive, ensemble, pour toujours...»

«Comment oses-tu me parler de cette promesse?» se met à hurler Kakashi. «Rin est partie à cause de toi! Elle avait compris combien tu étais malsain! C'est toi qui a brisé cette promesse, Obito! Tu n'as jamais pensé à personne d'autre qu'à toi! C'est toi qui as tout dit à Kushina, c'est toi qui as fait du chantage à l'homme que j'aimais, c'est toi qui a essayé de me voler le poste qui me revenait de droit! Tu n'es qu'une ordure Obito!»

Kakashi a de nouveau réduit la distance qui le séparait d'Obito et l'a empoigné par le col de sa blouse. Il plonge alors son regard sombre dans celui du chirurgien, avant de le projeter en arrière, contre une étagère qui s'écroule sous le choc.

Obito, à moitié sonné, a du mal à se relever. Kakashi doit se contenir pour ne pas lui décocher un coup de pied dans les côtes. Et Kakashi entend monter dans le bureau le rire diabolique d'Obito tandis que celui-ci se relève lentement.

«Mon pauvre Kakashi, mon pauvre, pauvre Kakashi! Tu étais si naïf! Même cette idiote de Rin avait compris! Mais toi tu t'es obstiné. Alors que tout te disait de fuir, tu as persévéré. Je me suis tellement amusé à jouer avec toi! Et si tu avais vu ses yeux, son regard désespéré lorsque je lui ai annoncé que j'allais tout dire à Kushina! Mais non, ce cher Minato était trop parfait pour se laisser faire. Il a voulu me devancer, mais il a perdu. Et il a trouvé le moyen de se tuer en plus, hahaha! Parce que je gagne toujours Kakashi, crois-moi, je gagne toujours!»

Obito est pris d'un nouvel accès de rire hystérique. Ses yeux sont à présent injectés de sang, et sa bouche se tord en un rictus haineux.

«Tu es si... pathétique! Toi, et tous les autres! Je les ai tous brisés! Le rejeton de Minato, et ton idiot d'interne, brisés!» poursuite Obito en mimant de ses mains une branche qui se casse. Kakashi sent qu'Obito ne sera bientôt plus maitrisable. D'ailleurs ses cris ont alerté le personnel, qui tambourine déjà à la porte.

«Docteur Uchiwa, il y a un problème?» demande une voix inquiète à travers la porte.

Le rire sardonique d'Obito s'élève une nouvelle fois dans la pièce, sous le regard dégoûté de Kakashi. Cet homme est fou, comment ne s'en est-il pas rendu compte avant? Mais malgré leur passé douloureux à l'orphelinat, malgré toutes les épreuves qu'ils ont traversées ensemble, cette fois Kakashi sait que cette sordide relation est bel et bien terminée. Une peine profonde s'empare du chirurgien lorsqu'il voit Obito se mettre à dévaster son propre bureau. Le chirurgien montre enfin son vrai visage, celui d'un aliéné perdu dans une démence haineuse et destructrice.

Obito est à présent incontrôlable, et Kakashi se précipite vers la porte du bureau. Il lance aux infirmières et à l'équipe de sécurité un regard apeuré des plus crédibles et se met à bégayer:

«Je... Je ne sais pas ce qui lui prend! On était en train de parler du bon vieux temps, et il puis il a pété un plomb!»

Le ton paniqué de sa voix le ferait presque sourire. Il se précipite alors derrière l'un des agents de sécurité, qui fait signe à son collègue. Les deux hommes maitrisent rapidement Obito, qui continue de hurler comme un vrai damné. L'une des infirmières s'enquiert de l'état de Kakashi. Et celui-ci en profite pour suggérer subtilement qu'une hospitalisation d'office semble nécessaire concernant Obito.

Tandis que l'équipe médicale tente de maitriser Obito, Kakashi s'éclipse et quitte la clinique.

Il a un pincement au cœur. Parce qu'il s'est trompé sur Obito, parce qu'il n'a pas su lire les signes. Son ancien ami vient de se montrer sous son vrai jour, enfin. Et Kakashi sait que la profonde blessure qui l'a fait sombré dans la folie remonte à bien longtemps. Le chirurgien ne sait pas si Obito s'en remettra. il ne sait pas s'il aurait pu l'aider, s'il avait su, s'il avait compris que cette folie malsaine couvait en lui. Peut être qu'avec des soins psychiatriques adaptés, il pourra retrouver un semblant de vie normale.

Mais une chose est sûre: Obito ne lui fera plus jamais de mal.

...

Kakashi vient de retrouver les membres de Mescaline à l'internat, pour une petite répétition improvisée. Besoin de se changer les idées, après la tempête de ce matin. Le chirurgien ne laisse transparaitre que la joie d'être de retour.

Asuma, qui ne perd jamais son œil de lynx, sent que quelque chose a bouleversé Kakashi aujourd'hui. Il s'approche de son ami tandis que les autres commencent à installer le matériel.

«Kakashi, tout va bien?»

Le chirurgien sort quelques partitions de sa sacoche et les installe sur le pupitre du piano, avant de se retourner vers le neurochirurgien. Il lui offre alors un franc sourire, mais la peine se lit dans ses yeux.

«J'ai eu une discussion avec Obito ce matin» murmure-t-il de façon à ce que seul Asuma puisse entendre ses propos.

Le neurochirurgien se fige instantanément, tout en adoptant une posture agacée. Mais Kakashi reprend:

«On a réglé nos comptes, et je l'ai définitivement sorti de ma vie.»

Asuma pousserait bien un gros soupir de soulagement, mais à la place, il préfère poser une main affectueuse sur l'épaule de son ami.

«Tu as bien fait. Tout ça est derrière toi maintenant.»

«Tout à fait» répond sobrement Kakashi. «Bon alors, je vous les fais écouter ces nouveaux morceaux?» reprend-t-il plus fort à l'intention de tous.

Tsunami semble ravie de reprendre les répétitions avec Kakashi et se précipite vers lui pour jeter un coup d'oeil aux partitions.

«Tu as été drôlement inspiré dis donc! Regardez ça, il y a au moins cinq ou six nouvelles chansons!»

Kakashi sourit. L'inspiration était au rendez-vous à Shiba en effet. Il ne peut retenir une pensée émue pour Yakumo.

Sans attendre, il pose ses doigts sur les touches du piano, et se lance.

(Can't pretend - Tom O'Dell)

Les musiciens se taisent, pour mieux apprécier la mélodie. Asuma aime ces paroles: une belle prise de conscience, teintée de l'hésitation des amours débutantes. Et le neurochirurgien sait qu'un certain interne n'y sera probablement pas insensible. Kakashi semble absorbé par la chanson, comme toujours. Il vit sa musique, il est dans sa bulle. Et il sourit. Il est magnifique quand il chante comme cela. Simplement magnifique.

Les partitions de chacun sont rapidement composées, et le morceau reprend. Les membres de Mescaline, malgré le manque récent de répétition, ont une qualité particulière, qui fait probablement une grande part du succès du groupe: ils s'accordent parfaitement, ils vibrent sur la même longueur d'onde. Et quand leur leader déborde d'inspiration, le résultat n'en est que plus beau.

Après avoir rejoué quelques uns de leurs anciennes compositions, Kakashi propose une deuxième chanson originale. Il prend cette fois sa guitare électrique pour faire écouter à Asuma le thème principal, afin que le neurochirurgien puisse composer par dessus.

Asuma échange un regard complice avec Izumo et Tsunami. Visiblement, la source d'inspiration de Kakashi est assez clairement identifiée.

(Life in color - One Republic)

Malgré les doutes, Kakashi semble vouloir jouer la carte de l'optimisme. Asuma se demande cependant comment son ami va prendre l'amourette actuelle d'Iruka. Le neurochirurgien espère sincèrement que ces deux idiots ne vont pas tout gâcher une fois de plus. Les sentiments de Kakashi semblent aujourd'hui assez clairs. Le problème risque plus de venir d'Iruka. Mais avec de telles déclarations d'amour musicales, Asuma ne conçoit pas une minute que l'interne de chirurgie cardio-thoracique puisse passer à côté de cette chance. Mais il reste cependant un écueil de taille: Idate. Asuma craint que l'intégrité d'Iruka, et les blessures infligées par Kakashi aussi, soient difficiles à oublier si vite. Mais Kakashi et Iruka en ont trop bavé pour ne pas prétendre à être enfin heureux.

Asuma sait qu'il peut compter sur chacun des membres de Mescaline, ainsi que leurs moitiés respectives pour donner les occasions aux deux tourtereaux maladroits de pouvoir enfin conclure cette histoire d'une fin heureuse. Et tant pis pour Idate!

Kakashi finit sa chanson, assez satisfait du rendu de la compo entière. Il propose d'arrêter la répétition pour ce soir, histoire de garder des surprises pour les prochaines répétitions.

Tsunami décide qu'une tournée générale au Smooth s'impose pour fêter le retour de Kakashi. Asuma hésite un peu, car il sait qu'Idate travaille là bas. Mais de toute façon, Kakashi finira bien par l'apprendre. Autant qu'il soit présent pour gérer au cas où la situation tournerait mal. C'est donc un peu anxieux qu'Asuma suit la petite troupe jusqu'au bar. Il aurait aimé que Kurenai soit là elle aussi, mais sa femme est de garde en pédiatrie ce soir. Il préfère prendre les devants et la prévenir. Si Kakashi montre quelque signe inquiétant que ce soit, il l'obligera à venir dormir chez eux.

Mais pour l'instant, Kakashi est encore dans l'euphorie des deux chansons qu'il vient de proposer aux membres de son groupe.

«Tu sembles déborder d'optimisme et d'énergie, Kakashi!» lance joyeusement Tsunami.

Kakashi se met à rire tout en poussant la porte du Smooth.

«Et oui, j'ai décidé de ne garder que le positif dans ma vie. A partir de maintenant, tout ce qui est négatif, triste, sombre et désespérant, je le jette sans aucun regret!»

«Ça fait plaisir de te voir si motivé en tout cas. D'ailleurs, il va falloir qu'on discute de la page web du groupe. Ya une folle dingue qui arrête pas de s'exciter pour avoir une interview» répond Aoba.

Kakashi jette un regard en coin à son bassiste.

«T'es sérieux là?»

«Ben ouais pourquoi?»

«Nan mais sans rire, Anko Mitarashi, ne me dis pas que tu la connais pas Aoba!»

Devant l'air désabusé d'Aoba, Kakashi pousse un soupir exaspéré.

«C'est la présentatrice de 'Listen', la seule émission de télé musicale valable, toutes chaines confondues.»

«Tu plaisantes là» répond Aoba dubitatif.

«J'ai l'air de plaisanter?»

Les yeux de Tsunami, Izumo et Aoba s'écarquillent.

«Ah ouais quand même!» lance le batteur.

«Mais sinon tu as tout à fait raison Aoba. Il faut qu'on réfléchisse sérieusement à une stratégie marketing» déclare Kakashi sur un ton mi-sérieux, mi-amusé.

Les membres de Mescaline se rassemblent autour d'une table pour discuter tranquillement et Kakashi en profite pour demander s'ils ont un peu bossé sur les visuels pour le groupe. Izumo annonce sur un ton neutre qu'Iruka a fait quelques dessins très sympas, et tous fixent Kakashi afin d'analyser sa réaction. Le chirurgien semble digérer la nouvelle et finit par déclarer dans un franc sourire:

«Et bien c'est génial tout ça! Il faudra qu'on l'invite à la prochaine répèt pour qu'il nous montre ses chefs d'œuvre alors!»

Le ton est sincère, Asuma offre un sourire affectueux à son ami. Mais Kakashi semble y lire aussi une pointe d'anxiété. Son ami lui cache quelque chose. Et c'est visiblement à propos d'Iruka.

Kakashi propose d'aller commander la première tournée au bar, et Asuma décide de l'accompagner. Le neurochirurgien en profite pour glisser deux mots à son ami:

«Kakashi, il faut que tu saches un truc... A propos d'Iruka...»

Le chirurgien pose un regard attentif sur son ami pour l'encourager à poursuivre. Asuma prend une courte inspiration et se lance:

«Voila, Iruka est en c...»

«Kakashi!» s'écrie une voix du fond de la salle. Le chirurgien se retourne immédiatement à l'appel de son nom, et reste sans voix. Il finit enfin par percuter et se précipite à la rencontre du jeune serveur.

«Idate! Comme on se retrouve! Le monde est vraiment petit hein!»

«Et oui, c'est exactement ce que je disais à mon mec avant-hier!»

«Ah, tu l'as retrouvé alors. C'est cool! Je suis content pour toi.»

Derrière, Asuma qui a suivi la conversation devient blême. D'où Kakashi connait-il Idate? Mais le neurochirurgien n'a pas le temps de réagir que le serveur a déjà repris:

«Ah ben tiens, le voilà justement! Mais en fait, tu le connais déjà!»

Kakashi se retourne lentement et son cœur manque un battement. Les rouages de son cerveau semblent s'être enrayés. Besoin de poser les choses deux secondes.

Idate, amoureux d'un médecin de Konoha. Et il se trouve que ce médecin est Iruka. Son Iruka. Et lui, en abruti intégral qu'il est, a lui même poussé le jeune pêcheur à venir le rejoindre.

Iruka semble aussi perdu que Kakashi. Les deux hommes se dévisagent sans oser prononcer un mot.

Finalement, Iruka tend une main maladroite à son chef.

«Salut Kakashi. Content de te revoir.»

«... Moi aussi.»

Kakashi sent que ces deux simples petits mots lui brulent la langue. Parce qu'il aurait voulu lui dire plus, parce qu'il n'avait pas du tout imaginé leurs retrouvailles comme ça. Parce qu'Iruka n'est plus célibataire.

Kakashi sent le sol se dérober sous ses pieds. Et une seule pensée lui vient: trop tard.

Asuma tente de détendre l'atmosphère en lançant une banalité, mais la gêne est tellement palpable entre les deux hommes que même Idate s'interroge.

«Quelque chose ne va pas?» demande-t-il innocemment.

Kakashi tourne son regard vers son jeune ami, hésite, et lance en souriant:

«Non, non, tout va bien. Tu nous prépares une tournée de bières Idate? Et puis tu viendras te joindre à nous, avec Iruka!»

«Je ne sais pas si Kabuto...»

«T'inquiètes pas pour ça. Hé Kabuto!» relance Kakashi en hélant le patron du bar, «je t'emprunte Idate pour une petite bière, ça marche?»

«Ok ok» répond le patron.

Les chirurgiens et l'interne rejoignent donc les autres à leur table et Idate ne met pas très longtemps à ramener les boissons.

Kakashi semble avoir plutôt bien pris la nouvelle. Ou alors il donne bien le change. Il continue de plaisanter, de rire. Iruka en revanche est visiblement gêné. Il fuit le contact visuel avec Kakashi, c'est évident.

L'interne de chirurgie cardio-thoracique se raidit lorsqu'Idate demande à Kakashi comment il a trouvé Shiba. Le chirurgien raconte quelques anecdotes sur son séjour, évoque rapidement ses amis surfeurs, en priant intérieurement pour qu'Idate ne mette pas Yakumo sur le tapis. Mais le jeune homme ne fait pas mention de la jeune femme, et Kakashi fait subtilement dévier le sujet sur Mescaline.

Le chirurgien finit par aborder le sujet des dessins, en s'adressant directement à Iruka, et l'obligeant ainsi à croiser son regard. Iruka se perd dans ces yeux sombres. Tout est revenu d'un coup: sa peau brûlante, ses caresses, le désir, et autre chose aussi. Le soulagement de voir Kakashi épanoui et souriant, et la déception de le voir si détaché.

Mais Kakashi bout intérieurement. Littéralement. Il a l'impression de sentir son sang parcourir chacune de ses artères. Idate et Iruka. Ensemble. Il ne peut pas lutter, il le sait. Il ne le veut pas en fait. Il ne peut pas faire ça au jeune pêcheur. Lui qui l'a poussé à tout quitter pour rejoindre son amour, il ne peut pas briser ce mignon petit couple. Il n'en a pas le droit.

Alors Kakashi ravale sa peine et sourit. Il a laissé passer sa chance. A quelques jours prêt, il aurait pu être là avant Idate, il aurait pu être celui qui pose tendrement son bras autour des épaules d'Iruka en cette soirée de septembre.

Kakashi sourit pour cacher sa déception, pour cacher ses regrets. Toujours voir le bon côté des choses, il se répète ce mantra.

Mais là, honnêtement, il a du mal à voir ce qu'il peut tirer de positif de cette situation.

Alors que la soirée se termine, Kakashi laisse les autres partir devant pour marcher un peu avec Asuma. Le neurochirurgien ne sait pas trop quoi dire.

«C'est ce que tu essayais de me dire tout à l'heure» lance Kakashi et désignant Idate et Iruka, côte à côte juste devant eux.

Asuma hoche la tête, conscient de la peine de son ami.

«Je suis vraiment désolé, Kakashi.»

Mais le chirurgien sourit en levant le nez pour admirer les étoiles.

«Je suis juste arrivé un peu trop tard» murmure-t-il pour lui-même.

Devant eux, Idate jette un coup d'œil à son copain, qui vient de toute évidence de refuser de lui prendre la main. Le jeune pêcheur ne relève pas, mais le geste ne lui a cependant pas échappé. Il n'a pas échappé aux deux chirurgiens qui les suivent non plus d'ailleurs.

«Tout n'est peut être pas perdu» murmure Asuma. «Mais tu vas devoir t'armer de patience.»

Dans les yeux de Kakashi vient de s'allumer une petite flamme d'espoir.

Une petite review pour la route?