Salut lecteurs adorés!
Déjà le chapitre 31, j'en suis moi-même époustouflé! Que de travail pour arriver jusqu'ici! Mais grâce à vos encouragements, c'est toujours un bonheur de vous livrer un nouveau chapitre de cette histoire.
bon, j'avoue que j'ai relu ce chapitre en diagonale. Il y aura peut-être plus de fautes que d'habitude.
Bonne lecture!
Chapitre 31: WTF?!
Il suffit de poser un pied dans le service de chirurgie cardio-thoracique pour sentir que quelque chose ne tourne pas rond. L'humeur semble morose, voire même électrique. Kakashi n'a prévenu personne de son heure d'arrivée. Tous l'attendaient probablement pour le début de la visite, mais le chirurgien a décidé de jouer sur l'effet de surprise. Rien de mieux pour prendre la température du service.
Kakashi est tout d'abord passé voir Ino, au secrétariat. La jeune femme semble contrariée, ce qui est vraiment inhabituel. Et Kakashi mesure l'ampleur du désastre dès que la blondinette ouvre la bouche:
«Toi! C'est pas trop tôt! Regarde-moi ce chantier Kakashi!» s'écrie-t-elle en désignant les dossiers qui s'amoncellent sur son bureau.
«J'ai des dossiers partout, les internes font n'importe quoi, les infirmières aussi. Et je ne te parle même pas de tes deux abrutis de médecins! Tu as intérêt à remettre rapidement de l'ordre dans tout ça, parce que là, je suis à deux doigts de démissionner!»
Kakashi lève les yeux au ciel, avant d'offrir un sourire lumineux à sa secrétaire préférée.
«C'est bon, Papa est à la maison, il va discipliner ses troupes ne t'inquiète pas. Tu veux bien me faire un topo objectif de la situation?»
Pendant ce temps là dans le service, Yamato se heurte une fois de plus à la fronde des infirmières. Il en a sa claque, vraiment. Alors qu'il tente de justifier la réouverture de trois chambres, fermées suite aux revendications du personnel, le ton commence à monter. Bientôt, un brouhaha indescriptible règne dans la pièce, et plus personne ne s'écoute. Kankuro tente de prendre parti pour Yamato, tandis que Yoroi et Misumi sont dans le camp des infirmières. Des lits fermés, c'est autant de travail en moins pour eux. Iruka, reclus dans un coin à l'entrée de la pièce, semble totalement indifférent à la scène.
Yamato commence à s'énerver, ce qui envenime encore un peu plus la situation.
Iruk pousse un long soupir. Il est fatigué de cette ambiance, fatigué de devoir supporter ce genre de scène puérile tous les jours.
Yamato décide de jeter l'éponge et ordonne le début de la visite. La petite troupe d'internes et d'externes lui emboite le pas, peu motivés. De toute façon, le service est aux mains des infirmières à présent. Et eux n'attendent que de pouvoir filer au bloc pour échapper à cette ambiance délétère.
Alors qu'ils entrent dans la première chambre, Kakashi débarque dans le bureau des infirmières. Loin d'imaginer la sourde colère qui bout en Kakashi depuis qu'il a mis les pieds dans son service, les filles l'accueillent à grand renfort de flatteries.
«Kakashi! Alors ces vacances, Tu es tout bronzé dis-donc!»
«Oui, tu as trouvé le soleil on dirait! Mais tu aurais pu nous envoyer une petite carte postale quand même.»
«Les internes ont commencé la visite avec Yamato, mais tu restes un peu avec nous avant hein?»
«Tu veux un café?»
Kakashi les laisse parler, immobile devant le panneau des admissions. Il demande alors, d'une voix volontairement naïve:
«Les filles, vous pouvez m'expliquer pourquoi certaines chambres sont fermées? Et pourquoi il y a si peu d'interventions prévues aujourd'hui?»
«Ah ça!» déclare Sasame, un peu gênée. «Et bien on est en sous-effectif, du coup on a demandé à fermer des lits.»
Kakashi pose un regard impénétrable sur son équipe.
«Je vois. Et cette liste là, c'est quoi?"
«C'est la liste des patients en attente. On a dû repousser pas mal d'interventions à cause de... du manque de personnel. Du coup, ces patients attendent qu'on les rappelle pour être opérés."
«Et les patients rayés?"
«Ce sont les patients qui ont été pris en charge par des cliniques privées, parce qu'ils trouvaient nos délais trop longs."
«Ok."
Kakashi reste imperturbable, mais son regard suffit à montrer son niveau élevé d'agacement.
«Les filles, je crois qu'il va falloir qu'on discute sérieusement là. Jusqu'à présent, je pensais que le travail d'équipe prévalait dans ce service. J'ai l'impression que je me suis lourdement trompé. Et je peux vous dire que je suis profondément déçu.»
Kakashi saisit la feuille des patients en attente, et se tourne à nouveau vers les infirmières.
«Où est Koharu?»
«Dans... Dans son bureau. Elle est en train de revoir nos plannings de travail, parce que certaines filles sont en vacances et...»
Kakashi pousse un soupir agacé.
«Bon, que les choses soient claires. Toutes vos vacances sont annulées tant qu'on aura pas épongé ce retard d'interventions. Les chambres fermées sont réouvertes à partir de cet après-midi. Sasame, tu rappelles immédiatement les quatre premiers patients de cette liste en leur disant qu'ils seront opérés cette semaine.»
«Mais...»
«Pas de mais. Je suis le chef de ce service, et je ne tolérerai plus aucune mutinerie de ce genre, c'est compris? Que vous soyez en sous-effectif est une chose, mais je ne peux pas accepter que ce soit les patients qui en pâtissent!»
Les infirmières et aides-soignantes se sont figées. Le ton de Kakashi est sans appel. Personne n'ose plus bouger dans le bureau et le chirurgien pousse un petit soupir agacé.
«Allez, au travail!»
Puis Kakashi quitte le bureau et se dirige vers celui de sa cadre de santé.
Quand elle lève les yeux vers lui, Koharu semble soulagée.
«Kakashi, Dieu soit loué tu es enfin là!»
Le chirurgien pose un regard affectueux sur la vieille femme. Il s'approche et pose une main réconfortante sur son épaule.
«Elles t'en ont fait voir hein!»
La cadre hoche la tête, et lance un regard dépité vers son chef.
«En cinquante ans de carrière, je n'ai jamais vu ça. Ces petites pintades ont bien failli réussir à me faire tourner en bourrique!»
«Bon, il manque vraiment autant de personnel que ça?»
«Pour être honnête, il nous faudrait deux infirmières et trois aides-soignantes de plus...»
«Mais...» relance Kakashi pour l'encourager.
«Mais le problème, c'est surtout la mauvaise gestion entre le bloc et l'hospitalisation. On travaille tout le temps à flux tendu. Le service est plein à craquer, et il suffit qu'il y ait un problème au bloc, une intervention reportée ou un patient qui doive rester plus longtemps et toute la machine s'enraye.»
«Je vois. Mais on n'a jamais eu ce problème avant pourtant! Qu'est ce qui s'est passé pour que ça foire à ce point?»
Koharu lève un regard gêné vers Kakashi.
«Je... Je pense que c'est le staff des médecins qui a mis le feu aux poudres.»
«Tu plaisantes j'espère!»
Koharu secoue la tête d'un air navré.
«Écoute, il est clair que Yamato n'a pas du tout l'étoffe d'un chef. Les internes se permettent de choisir leurs interventions, ne se présentent même pas au bloc parfois. Tu connais Hidan: il a systématiquement annulé ses interventions quand il n'avait pas d'interne. Du coup, on a pris beaucoup de retard.»
«Et Yamato? Pourquoi n'a-t-il pas réagi?»
«Yamato est trop gentil. Il n'a aucune autorité. Il s'est arraché les cheveux à plusieurs reprises pour tenter de caser toutes les interventions dans le programme de bloc. Mais franchement, là ça devient impossible.»
Kakashi se lève et commence à faire les cent pas dans le bureau en silence.
«Bon, tu vas me refaire le planning pour les infirmières et les aides-soignantes du service. Je me charge de te trouver ton personnel manquant ok?»
Koharu hoche la tête tandis que Kakashi poursuit:
«Aucune possibilité de changer son planning, et aucune autorisation de vacances tant que nous n'aurons pas récupéré notre retard. Les patients sont en train de filer vers le privé, et l'image du service dégringole à chaque minute qui passe.»
Koharu respire déjà un peu mieux. La tension de ces dernières semaines commence à retomber, devant la prise en main du chef de service.
«Toutes les chambres sont ré ouvertes. J'ai déjà chargé Sasame de contacter les premiers patients de la liste d'attente.»
Kakashi marque une pause et lève les yeux au ciel avant de déclarer.
«Une liste d'attente. Nan mais sans déconner quoi!»
Koharu se met à sourire. Kakashi est en pleine forme, rechargé à bloc. Au delà de la situation compliquée du service, la vieille femme est heureuse de voir le chirurgien montrer toute son autorité et ses compétences de chef.
«Je me charge de faire le planning des médecins. Je vais me faire un sacré plaisir à remettre mes internes en bon ordre de marche, crois-moi!»
«Oh je n'ai aucun doute là dessus Kakashi!» répond Koharu en souriant.
Tandis que Kakashi s'apprête à quitter le bureau, la vieille femme lui lance:
«Tu me fais vraiment penser à Minato. Il serait vraiment fier de toi tu sais!»
Kakashi lui offre un sourire franc.
«Je sais.»
Alors qu'il prend la direction de son bureau, Kakashi voit Yamato, suivi des trois internes et des externes sortir de la dernière chambre.
«Kakashi!» lance le chirurgien, dont le soulagement est plus que palpable.
Pourtant le regard noir que lance Kakashi ne dit rien qui vaille.
«Vous avez fini la visite?» demande-t-il sèchement.
Yamato hoche la tête tandis que Kakashi reprend déjà:
«Très bien. Les externes, vous pouvez rentrer chez vous. Yamato, les internes dans mon bureau. Tout de suite.»
Le ton est ferme, sans appel. Les trois internes se regardent inquiets. Ils vont en prendre pour leur grade, et ils savent pourquoi.
...
Dans l'amphi, un joyeux brouhaha règne tandis que tous les étudiants attendent le Professeur de dermatologie.
«Naruto n'est pas avec toi?» demande Hinata à Sasuke, qui vient de s'installer juste devant elle.
«Il arrive» répond le brun laconique.
En effet, la tornade blonde ne tarde pas à débouler, complètement essoufflé en haut des marches. Après un rapide coup d'œil dans la salle, juste le temps de constater que le professeur Zetsu n'est pas encore là, l'externe dévale les marches. Il s'arrête à la hauteur des filles, et Hinata s'apprête à faire de la place, mais Naruto leur lance juste un «salut les filles!» avant de s'asseoir à côté de Sasuke. Sakura et Hinata se jettent un regard surpris.
«Ils s'entendent de mieux en mieux on dirait» murmure la jeune Hyuga.
«Oui, peut être un peu trop même» lâche Sakura.
«Que veux-tu dire?»
«Je sais pas, ils vivent ensemble après tout. On est en droit de se poser des questions non?» répond Sakura agacée.
Hinata se décompose à la seconde où elle comprend l'allusion. Non, impossible! Naruto a toujours montré un faible pour les filles. Et Sasuke... Bon à bien y réfléchir, Sasuke n'a jamais montré d'intérêt pour personne. Mais ça rend sa nouvelle «amitié» avec Naruto encore plus suspecte! Et si leur apparentes querelles quotidiennes cachaient en fait une attirance entre eux? Hinata se laisse envahir par des scenarii de plus en plus improbables, interrompus par Sakura.
«Pourquoi Lee n'a-t-il pas décidé d'être gay? Ça m'aurait fait des vacances.»
«Je ne crois pas que l'on décide d'être gay» répond une voix cassante.
Sasuke a en effet entendu la réflexion de Sakura. Dieu que cette fille peut être conne parfois! Naruto jette un œil en coin à son camarade.
«Sasuke, tu es sûr que ça va?»
Le brun ronchonne un oui peu convaincant tandis que Sai les rejoint pour s'installer à côté d'Hinata.
Alors que Zetsu commence son cours, en faisant défiler des photos de maladies de peau plus immondes les unes que les autres, le jeune homme glisse à l'oreille de son amie:
«Tu as l'air bouleversée. Quelque chose ne va pas?»
Hinata lève un regard désespéré vers Sai et pointe du doigt les deux garçons devant elle. Son camarade lève un sourcil interrogateur et Hinata dessine un cœur du bout de son index sur le bureau. Sai s'apprête à répondre, mais une clameur de dégoût le coupe dans son élan.
Zetsu vient d'entamer une série de photos d'impétigos étendus, entraînant une réaction de la part de ses étudiants qui le fait beaucoup rire. Ou comment dégoûter définitivement les étudiants en médecine de devenir dermatologues en une leçon!
Heureusement, le cours s'achève enfin, libérant les externes de cette séance de torture psychologique en règle.
Tandis que Sasuke et Naruto quittent l'amphi en discutant, Sai et Hinata leur emboitent le pas. «Je ne crois pas qu'ils soient ensemble» déclare Sai.
Hinata lui jette un regard plein d'espoir en attendant qu'il développe.
«Naruto ne semble pas du tout dans un processus de séduction vis-à-vis de Sasuke. Et Sasuke, et bien connaissant son esprit de contradiction, s'il avait eu ce genre de sentiment pour Naruto, il passerait son temps à le fuir comme la peste.»
«Tu crois?»
«Bien sûr, Sasuke n'aurait jamais pris le risque ne laisser Naruto s'installer chez lui s'il avait été amoureux de lui.»
Le soupir de soulagement d'Hinata n'échappe pas à Sai. Il offre un sourire amusé à son amie et déclare:
«Tu en pinces vraiment pour Naruto hein!»
«Euh... Mais non... Pas du tout!»
L'externe lève les yeux au ciel.
«Naruto est un gars bien. Mais malgré son apparente décontraction, je pense qu'il est foncièrement timide, surtout avec les filles. Tu devrais l'inviter à sortir, rien que vous deux, en tête à tête.»
«Je... Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.»
«Qu'est ce que tu risques? Au pire, il te dit non, et tu sauras à quoi t'en tenir.»
Hinata acquiesce, peu convaincue.
Devant elle, Sasuke et Naruto semblent être en grande conversation.
«Dis Sasuke...»
«Tu peux pas la fermer cinq minutes Naruto?»
«Hé ho, c'est pas parce que t'es de mauvais poil que tu dois me parler comme ça hein!» bougonne Naruto.
Sasuke pousse un soupir et se tourne vers son camarade.
«Quoi?» demande-t-il en faisant mine de s'intéresser au petit blond.
«Je me disais que ça pourrait être sympa d'organiser un petit weekend entre amis, je sais pas moi, à la mer par exemple. Ou à la montagne, ça peut être sympa aussi remarque. Ou bien...»
Sasuke lève les yeux au ciel.
«C'est quoi encore que cette lubie?»
Naruto se renfrogne avant de répondre.
«Bah j'en ai marre. J'ai l'impression de tourner en rond à Konoha. On passe notre temps à bosser, bosser, et encore bosser. Il faut bien qu'on s'amuse un peu aussi non?»
«Mouais, pourquoi pas?»
Petit instant de flottement.
«Sérieux? Tu serais d'accord?»
«Bah ça peut pas nous faire de mal. Et puis je suis curieux de voir comment tu vas t'en sortir question organisation.»
Naruto se met à rire un peu bêtement en se grattant la tête.
«Et bien, justement... Puisque tu en parles... L'idée c'était aussi que tu m'aides à organiser...»
«Ah! je trouvais ça suspect aussi» rétorque Sasuke, «écoute Naruto, je ne suis pas sûr qu'on ait du temps à perdre avec ce genre...»
«Et voilà, tu recommences!» le coupe Naruto en levant les yeux aux ciel.
«Je recommence quoi?» répond Sasuke d'un ton sec.
«Tu recommences à jouer les rabat-joie! Moi je dis que mon idée est géniale, et tu vas m'aider à mettre ce weekend au point.»
«J'ai le choix?» demande Sasuke.
«Non» répond fermement Naruto.
Sasuke jette un coup d'œil à son ami et se met à sourire. En fait, il ne dirait pas non à une petite escapade, loin de la ville, de la pollution, des cours et de l'hôpital.
«Bon ça marche, je vais t'aider. Mais je te préviens, à la moindre connerie de ta part, j'annule tout, c'est compris?»
«Ouais ouais!» lance Naruto en rigolant. «Ça va être le weekend de l'année mon pote!» déclare-t-il en offrant une accolade à Sasuke, qui soupire pour le principe.
Le jeune Uchiwa se demande quel est le secret de Naruto pour arriver, à chaque fois, à l'embarquer dans ses délires. Mais il doit bien reconnaitre que sa vie est beaucoup plus imprévisible depuis que le blondinet habite avec lui. Et l'imprévu a un certain charme parfois.
...
Il est vingt-deux heures lorsqu'Iruka rentre enfin à l'internat. Kakashi a été très clair, les nouveaux mots d'ordre du service sont: travail, travail et travail. L'interne ne se sent même plus la force d'aller dîner. Il ne rêve que de son lit. Et dire qu'il doit être au bloc demain à sept heures!
Shizune l'aperçoit au moment où il s'engage dans l'escalier.
«Hé Iruka! Tu ne viens pas manger?»
L'interne pousse un soupir las et redescend les quelques marches pour rejoindre son amie. Il a besoin de réconfort, et éventuellement d'une âme charitable pour lui préparer à manger.
Et justement, Shizune et Kotetsu se sont commandés des pizzas. Bon, rapide, pas de vaisselle. Le repas parfait pour un interne mort de fatigue.
«Vas-y, sers-toi, nous deux on a fini» reprend la jeune femme en souriant. «Dure journée?»
«Tu n'imagines même pas à quel point!» répond Iruka en étouffant un bâillement. «Kakashi est revenu aujourd'hui.»
«Ah. Et ça s'est mal passé?»
Iruka pousse un long soupir, en se remémorant la réunion de ce matin.
«Disons que les deux prochaines semaines risquent d'être longues.»
Ils sont tous en ligne, comme au garde-à-vous devant leur chef de service. Kakashi prend le temps de poser un regard dur sur chacun d'eux avant de parler.
«Autant vous le dire tout de suite, je suis vraiment déçu. Pour ne pas dire furieux. Je pensais que vous sauriez agir en professionnels pendant mon absence. Au lieu de cela, je retrouve un service à la dérive, une équipe d'infirmières en pleine rébellion, et des chirurgiens démotivés.»
Kakashi laisse passer quelques secondes, histoire de savourer les mines dépitées des membres de son équipe.
«Yamato, j'ai conscience que la tache que je t'ai confiée n'était pas facile. Mais j'attendais de toi un peu plus de fermeté. Je sais que ce n'est pas dans ta nature, et je ne te tiens donc pas pour responsable de cette débâcle. Mais j'espère que ça te servira de leçon, et que tu apprendras à t'affirmer. Parce que moi, je ne veux pas de faibles dans mon équipe. On est des chirurgiens cardio-thoraciques, bordel! On répare l'organe le plus noble du corps humain! On ne peut pas se permettre de passer pour des bouffons! Parce que là, vraiment, c'est l'impression que vous donnez» poursuit-il.
«Je pense qu'il est temps de reprendre ce service en main. Nous avons du retard à rattraper. Toutes les interventions reportées, tout le travail en retard, je vous donne deux semaines pour mettre tout ça à jour. Je me charge de refaire les plannings de chacun, et je ne tolérerai aucun retard, aucune absence, et aucune plainte. C'est compris?»
Les quatre médecins hochent la tête, penauds.
«Je mets un nouveau système en place, très simple: trois médecins et trois internes au bloc, tous les jours. Ça permettra au médecin restant de gérer le service. Les internes, en plus de votre journée au bloc, vous assurerez la visite le matin et la contre-visite le soir. Chacun s'occupe de ses patients en pré-op, intervention et post-op. Et interdiction de s'échanger des patients ou des interventions. Si vous ne tirez que des interventions de merde, et bien c'est pas de bol, il faudra faire avec.»
Kakashi s'adosse à son fauteuil et croise les bras dans une attitude autoritaire, avant de rajouter:
«Ça vous évitera peut-être d'en venir aux mains et de vous donner en spectacle devant tout l'internat.»
Yoroi et Iruka blêmissent. Kakashi a visiblement été informé de leur dispute rapidement convertie en bagarre. Iruka se sent honteux, même s'il rêve de balancer à Kakashi qu'il a fait ça avant tout pour le défendre. En quelque sorte.
«Je vous laisse jusqu'à ce soir pour mettre vos dossiers en ordre. Demain, c'est moi qui fais la visite. Vous avez intérêt à être au point sur vos patients. Donc bloc à sept heures, pour tout le monde, et visite à dix heures trente pour les internes.»
Kakashi se lève et tourne le dos à son équipe. Yamato et les internes ne voient pas le sourire qui barre son visage. Leurs têtes sont impayables, vraiment. Sans prendre la peine de se retourner, Kakashi rajoute:
«Sachez que je me réserve le droit de virer de mon service celui qui ne respectera pas ces nouvelles règles, et ce jusqu'à nouvel ordre.»
Kakashi doit se retenir de rajouter «Rompez!». C'est très tentant, mais cela ferait immanquablement s'effondrer toute la tension qu'il a sciemment laissé monter pendant ce briefing.
Les internes prennent congé tandis que Yamato est invité à rester pour parler paperasse.
A la sortie du bureau, Yoroi ne peut s'empêcher de faire une remarque à Iruka:
«Et bien, il faut croire que ton ex petit-copain a décidé de ne plus t'octroyer de traitement de faveur!»
«Kakashi... Le Professeur Hatake n'est pas mon ex petit-copain» répond froidement Iruka.
Yoroi et Misumi se mettent à ricaner avant que le premier ne reprenne:
«Donc c'était uniquement pour le cul. Il t'a grassement payé pour tes services en tout cas.»
«Tu es jaloux, Yoroi? Je peux arranger ça si tu y tiens tant que ça» murmure une voix à l'oreille de l'interne, qui se tétanise à la seconde où il comprend que cette voix appartient à son chef de service.
Iruka ne laisse rien transparaitre, mais à l'intérieur, il jubile.
«Iruka, avec moi au bloc. Misumi, avec Yamato. Et toi Yoroi, avec Kankuro.»
Kakashi passe devant ses internes d'un pas rapide et lui lance:
«Yoroi, je te déconseille de tenir de nouveau ce genre de propos.»
Et puis le chirurgien s'écrie, de manière à ce que tout le monde puisse l'entendre:
«Ne jamais sous estimer la capacité des autres à vous décevoir (1).»
Le message semble être passé, car tout le personnel se précipite pour vaquer à son travail.
Iruka suit Kakashi sans un mot. Avant, il aurait probablement fait une remarque sur la citation de Kakashi, mais ce n'est vraiment pas le bon jour. Et puis Yoroi n'a pas tout à fait tort, l'interne semble avoir perdu sa position de favori. Il n'est plus qu'un interne parmi les autres pour Kakashi apparemment. Sa journée au bloc se passe sans encombre, mais leurs échanges verbaux se réduisent au strict minimum. Kakashi n'est pas d'humeur à plaisanter.
Iruka enchaine les interventions et un passage en coup de vent dans le service pour la contre-visite. Et sa journée s'achève enfin par les courriers du jour, ainsi que ceux qui trainaient depuis la semaine dernière.
Iruka n'est pas le plus à plaindre. Malgré l'absence de Kakashi, il a préféré, comme à son habitude, ne pas laisser trop de travail en retard. Il a donc fini bien avant ses deux collè c'est avec un sourire narquois qu'il leur souhaite une bonne soirée en quittant le service.
Iruka avale le reste de pizza et s'excuse auprès de ses amis. Il a vraiment besoin d'aller dormir. Demain est un autre jour, et il s'annonce épuisant.
...
Kakashi attend son ami. Asuma lui a dit qu'il passerait ce soir pour savoir comment s'était passée sa reprise à l'hôpital. Le bruit du coup de gueule de Kakashi a déjà fait le tour de tous les services.
Tandis que Kakashi finit de préparer le repas, à savoir réchauffer un plat surgelé, Asuma arrive, avec une boite remplie de cookies.
«Tiens, c'est de la part de Kurenai: des petites douceurs pour te souhaiter un bon retour parmi nous.»
«Ah cool! Elle aurait pu venir ce soir!»
«Elle a préféré nous laisser entre hommes» déclare Asuma dans un sourire narquois.
Kakashi se met à rire.
«Bon, le repas est prêt. Tu mets la table?»
Le neurochirurgien s'exécute et la conversation dévie rapidement sur la remise en ordre du service de chirurgie cardio-thoracique.
«J'aurais vraiment adoré être là quand tu leur as remonté les bretelles!»
«Tu m'étonnes, tu aurais dû voir leurs têtes, à commencer par les internes! Je crois que si je leur avais demandé de cirer mes pompes avec la langue, ils l'auraient fait!»
Les deux hommes éclatent de rire.
«Ne sois pas trop dur avec eux quand même hein. S'ils tombent d'inanition, tu n'auras rien gagné au final.»
«Ne t'inquiète pas pour eux, ils ont de la ressource. Et puis on a du travail à rattraper. J'hallucine qu'ils aient osé mettre des patients sur liste d'attente! Et ça m'étonne que Tsunade n'ait pas réagi.»
«Elle attendait ton retour. Elle m'a dit qu'elle voulait voir jusqu'où ton équipe serait capable d'aller.»
«Ah, ben elle a pas dû être déçue!»
«Elle voulait aussi voir comment tu allais gérer à ton retour» reprend Asuma d'une voix douce.
«Je vois, un petit test en quelque sorte.»
Le neurochirurgien hoche la tête en souriant. Son ami a montré toutes ses qualités de chef aujourd'hui. Il est indéniablement fait pour diriger ce service prestigieux.
«Au fait, ça s'est bien passé avec Iruka?» demande Asuma d'une voix qu'il espère la plus neutre possible.
Kakashi lève un œil vers son ami. Il n'est pas dupe. Depuis le début de la soirée, il se demande même quand est-ce que son ami va aborder le sujet. Le chirurgien cardiaque pousse un petit soupir agacé.
«Pourquoi veux-tu que ça se passe mal? On a même opéré ensemble.»
Asuma penche la tête d'un air pensif en observant Kakashi. Quelques minutes s'écoulent, en silence, et le neurochirurgien reprend.
«Kakashi, que comptes-tu faire?»
Le chirurgien secoue la tête en souriant tristement.
«Rien du tout. qu'est ce que tu veux que je fasse de toute façon?»
«Je sais pas, lui parler, lui dire que tu t'excuses, que tu l'aimes et que tu voudrais une seconde chance?»
Kakashi pose un regard blasé sur son ami.
«Asuma, je ne crois pas qu'il puisse me pardonner. La preuve, il a tourné la page. Il est avec Idate maintenant.»
«Tu sais bien que ce n'est pas sérieux entre eux. Iruka ne sait pas comment se dépatouiller de cette histoire. S'il voit que tu as des sentiments pour lui, que tu es sincère cette fois, je suis persuadé qu'il prendra la bonne décision.»
«Je ne peux pas faire ça à Idate» murmure le chirurgien.
Asuma pousse un soupir.
«Tu as vraiment changé Kakashi.»
Le neurochirurgien se lève pour poser son assiette vide dans l'évier avant d'ajouter:
«En bien assurément. Mais je pense qu'Iruka a le droit de connaitre tes véritables sentiments. tu lui dois au moins ça.»
Kakashi fait une moue agacée.
«Ce n'est pas le bon moment. 'Wait and see' comme on dit.»
Asuma comprend que le sujet Iruka est clos pour ce soir. Kakashi a raison, ne dit-on pas que patience est mère de toutes les vertus après tout?
...
Devant son ordinateur, Shikamaru fulmine. Impossible d'en apprendre plus sur ce laboratoire privé. tout juste a-t-il pu obtenir les statuts de l'entreprise sur internet. Toutes les informations semblent rigoureusement contrôlées, même sur la toile. Pourtant, l'externe sait qu'Orochimaru est derrière tout ça. Cela ne peut être que lui. Et il ne le laissera pas faire, quoi qu'en dise le Professeur Hatake. Le site internet du laboratoire fait état de recherches avancées en matière de génétique, sans pourtant donner plus de détails sur d'éventuelles implications médicales. Leur domaine de compétence semble se limiter à de la recherche purement théorique, sans débouché pratique pour l'instant. Les moyens mis à disposition pour ces recherches sont assez conséquents. Shikamaru se doute donc que de grands pontes de la finance ont dû s'associer au projet. Sont-ils de mèche avec le généticien sadique ou bien se contentent-ils d'apporter les fonds? Shikamaru pousse un soupir de frustration alors qu'il se heurte une fois de plus aux barrières anti-virus avancées mises en place sur le site du laboratoire.
«Qu'est ce que tu fabriques, Shika?» demande Choji qui vient d'apparaitre dans la chambre de son ami.
«Putain mais c'est pas vrai! il doit bien y avoir une solution pour entrer à l'intérieur de leur système!»
Choji lève les yeux au ciel.
«Tu es encore sur cette historie de laboratoire? Je ne vois pas bien ce que tu peux faire tout seul. Tu ferais mieux de laisser tomber...»
«Pas question Choji! C'est une question d'éthique, tu comprends? Je ne peux pas laisser ce sale serpent continuer ses activités immondes en toute connaissance de cause. Je dois juste trouver la faille...» poursuit le jeune homme en tapotant sur son clavier.
Shikamaru finit par pousser un grognement de rage.
«C'est pas possible! Il doit bien y avoir un moyen de pirater leurs données!»
«Tu devrais demander de l'aide» lâche Choji laconiquement. Shikamaru tourne un visage étonné vers son ami.
«De l'aide? J'ai déjà demandé à Hatake, mais ça n'avait pas l'air de l'intéresser des masses.»
Choji finit d'avaler son gâteau sec avant de répondre.
«Je ne parle pas du Professeur Hatake. Ce dont tu as besoin, c'est d'un hacker.»
Shikamaru fronce les sourcils.
«Et où veux-tu que je trouve un hacker? Tu me vois lancer une petite annonce pour trouver un pirate informatique?»
Choji fait une moue agacée.
«Pas la peine de passer une annonce, on en connait déjà un» déclare-t-il comme si c'était l'évidence même.
Shikamaru reste muet quelques secondes avant de s'exclamer:
«Mais bien sûr! comment n'y ai-je pas pensé plus tôt? Tu es un génie Choji!»
«Je sais, je sais» répond l'externe rondouillard en riant. «Reste à savoir s'il acceptera de t'aider.»
«Je pense qu'il sera d'accord. Mais je vais devoir tout lui raconter. Si jamais Kakashi apprend que j'ai ébruité l'affaire, je risque de passer un sale quart d'heure.»
Choji hoche énergiquement la tête. Il a toujours été très impressionné par le charisme du chirurgien cardio-thoracique. Mais Shikamaru est décidé. Il saisit son téléphone et une voix masculine ne tarde pas à lui répondre:
«Allo?»
«Hé mec, il faut qu'on se voit, rapidement. J'ai besoin de tes talents d'informaticien.»
Après quelques minutes de conversation, Shikamaru raccroche, un sourire satisfait plaqué sur le visage.
«Alors?» demande Choji.
«Il arrive.»
...
Iruka a l'impression que la semaine est passée à une vitesse folle. Une semaine qui s'est résumée à travailler, manger et dormir. Le nouveau planning de Kakashi est à la limite de l'esclavagisme quand même. Et en ce jeudi soir, l'interne est heureux d'apprendre qu'il n'est pas attendu au bloc demain. Le hasard de la répartition des patients dans les chambres fait qu'il n'a plus que des post-op dans ses lits. Il va donc pouvoir se la couler douce demain. Mais huit patients opérés en trois jours, il faut avouer que c'est un score plus qu'honorable.
Lorsqu'il arrive à l'internat, Iruka est heureux de retrouver Shizune et Genma, qui ont sorti un jeu de société. Ils attendent que TenTen et Izumo les rejoignent pour commencer leur partie.
«Hé Iruka, tu joues avec nous?» demande Genma.
«Oui avec plaisir!»
Ses deux amis l'observent en silence, étonnés.
«Euh, ya un problème?»
«Non, mais ça m'étonne que tu ne nous sortes pas ton habituel: 'je suis trop fatigué, je vais me coucher'»
«Et bien vous savez quoi? Je ne pensais pas dire ça un jour mais je suis super content de ne pas avoir à aller au bloc demain!»
Genma et Shizune se mettent à rire.
«Effectivement, ça ne te ressemble pas! Comment ça se passe dans le service alors?»
«Ben ça se passe pas trop mal. Déjà Yoroi ne me fait plus la misère depuis que Kakashi l'a remis en place. Rien que ça c'est que du bonheur!»
«Tiens, en parlant de Kakashi, il est en retard pour la répèt non?»
«Quand on parle du loup...» répond Genma en désignant le chirurgien qui vient d'entrer dans le hall de l'internat.
Kakashi a les traits fatigués. Lui aussi travaille d'arrache-pied pour remettre son service à flot. En plus des interventions, il doit aussi se coltiner les démarches administratives et la gestion du personnel et de l'équipement. Il a dû âprement négocier auprès de Tsunade pour obtenir le personnel supplémentaire demandé par l'équipe soignante. Et il va devoir rendre des comptes bientôt d'ailleurs. Le service a déjà réussi à absorber une partie de son retard, en une semaine seulement, mais pas question de se relâcher. Il a d'ailleurs hésité à accepter la répétition de Mescaline ce soir. Il a encore un tas de paperasse à faire. Mais là, honnêtement, il a vraiment besoin de faire une pause.
Le chirurgien se dirige en premier lieu vers la machine à café, sans remarquer les internes attablés plus loin. Quand il se retourne, les internes ont repris leur conversation, à l'exception de l'un d'entre eux. Leurs regards se croisent, s'observent. Kakashi prend finalement la direction du petit groupe, son café à la main.
«Hé salut Kakashi! Tu bois du café à cette heure? T'as pas peur de devenir insomniaque?» lance Genma taquin.
«Bah vu mon état, c'est en perfusion que je devrais faire passer la caféine» répond Kakashi en étouffant un bâillement. «A quoi vous jouez?»
«Cluedo» répond Izumo, qui vient d'arriver avec TenTen.
«Amusez-vous bien alors!»
Kakashi s'éloigne en direction de la salle de répétition sans rien ajouter de plus. Iruka ne bronche pas lorsqu'il sent le bras de son chef le frôler de manière accidentelle.
Le chirurgien avale le reste de son café d'un trait et s'installe directement au piano, sans un mot.
(The scientist - Coldplay)
Dès les premières mesures, dès les premiers paroles, un sourire triste et compatissant apparait sur le visage d'Asuma. le neurochirurgien se dirige discrètement vers la porte et l'entre-ouvre sans bruit.
Pas question que Kakashi commence à se morfondre dans une vaine attente. C'est bien gentil de faire des chansons à message, mais si le principal intéressé ne les entend pas, cela n'a aucun intérêt. Kakashi est un idiot et Asuma est bien décidé à forcer un peu le destin.
Les internes ont d'ailleurs levé la tête en entendant la musique résonner plus distinctement. Shizune a juste eu le temps de voir Asuma lui adresser un clin d'œil. La jeune femme se tourne vers Iruka, dont la concentration sur le jeu vient d'en prendre un coup. A chaque fois c'est la même chose, la voix de Kakashi lui donne des frissons. Elle lui fait revivre les sensations, le désir, l'avidité qu'il éprouve encore pour cet homme. L'interne de chirurgie tente maladroitement de faire comme si de rien n'était. Et ses amis, d'un commun accord silencieux, décident de ne faire aucune remarque et de continuer à jouer.
C'est à Iruka de lancer le dé, mais son geste reste en suspens alors que des paroles lourdes de sens arrivent à ses oreilles.
Nobody said it was easy. It's such a shame for us to part. Nobody said it was easy. No one ever said it would be this hard.
Oh take me back to the start.
Le léger tremblement dans la voix du chanteur donne une dimension tellement sincère à ses paroles que Shizune ne peut s'empêcher de poser sa main sur l'avant-bras d'Iruka, dans un geste affectueux. Iruka baisse les yeux, pousse un soupir et se lève brusquement.
«Iruka, attends! Où vas-tu?»
«Prendre l'air» répond l'interne, visiblement perturbé.
«Et ben dis donc, si une simple chanson le met dans cet état!» lâche Genma en bâillant.
«Mets-toi à sa place un peu. Kakashi est gonflé quand même» relance Izumo.
Shizune dévisage ses amis d'un air blasé, avant de répondre d'une voix ferme.
«Kakashi est amoureux. Et il essaye de réparer ses bêtises comme il peut. Tout le monde a droit à une seconde chance non?»
«Mouais, enfin si j'étais Iruka...»
«Mais tu n'es pas Iruka» le coupe la jeune femme. «De toute façon, il ne peut y avoir qu'une seule issue à cette histoire.»
Sans un mot de plus, Shizune se lance à la poursuite d'Iruka, laissant les autres continuer le jeu sans elle.
Dans la salle de répétition, Kakashi a enchainé avec une autre chanson, sans faire de commentaire sur celle qu'il vient de proposer aux membres du groupe. Après une paire d'heures, le chirurgien déclare qu'il est trop fatigué pour poursuivre. Tandis qu'ils rangent leur matériel, Kotetsu aborde le sujet du site internet de Mescaline. Aoba et lui ont passé pas mal d'heures à surfer sur les pages des autres groupes et en sont arrivés à une conclusion: il faut absolument qu'ils fassent un clip!
Kakashi pousse un soupir amusé.
«Si on fait un clip, on ne sera plus anonyme les gars» rétorque-t-il.
«Pas si on se déguise!» chantonne Tsunami, sous le regard blasé des garçons.
«Pas question que je me déguise. On va avoir l'air de guignols!» balance Aoba.
«Je suis d'accord avec ça» répond Asuma, qui se méfie des idées originales de Tsunami.
«On pourrait faire ça sous forme d'un dessin animé!» propose alors Kotetsu.
Devant l'air suspicieux de ses camarades, il s'explique:
«On pourrait demander à quelqu'un de nous créer des personnages virtuels, un peu comme a fait le groupe Gorillaz! Sans aller jusqu'à faire de l'animation, s'il y a assez de dessins, on peut avoir un joli rendu.»
«Tu imagines le boulot que ça représente! Sans compter qu'il va falloir trouver un dessinateur» déclare Kakashi, qui semble peu emballé par l'idée.
«Le dessinateur, je pense qu'on l'a. Et moi je trouve l'idée vraiment très intéressante» répond Asuma.
Kakashi lève un regard suspicieux sur son ami. Il y a un petit je-ne-sais-quoi d'arnaque dans l'air. Le chirurgien cardiaque pousse un soupir résigné devant la mine réjouie de ses quatre compères, et finit par déclarer:
«Bon ok, va pour les dessins. Mais je vous laisse gérer ça, parce que moi, j'ai vraiment pas le temps en ce moment.»
«Cool! Il faut juste qu'on se mette d'accord sur la chanson alors! Je suis sûr qu'Iruka va nous faire un truc énorme!» s'exclame Kotetsu, pris d'un enthousiasme communicatif.
Kakashi pose un regard appuyé sur Asuma, puis sur chacun des membres de Mescaline. A ce stade, il n'est pas loin de croire qu'ils sont tous de mèche.
«Bah je vous fais confiance pour la chanson. Moi je rentre me coucher!» lance le chirurgien en quittant la pièce, sous le regard amusé d'Asuma. De toute façon, Kakashi ne pourra pas se défiler indéfiniment.
Kakashi et Iruka sont chacun sur un radeau à la dérive. Et ils font tout ce qu'ils peuvent pour ramer à l'opposé l'un de l'autre. Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que les courants marins, qui les ramènent inexorablement l'un vers l'autre, sont en partie contrôlés par leurs amis bienveillants et malicieux.
C'est ainsi que Kurenai a décrit la situation à Asuma pas plus tard qu'hier. Et le neurochirurgien a trouvé cette métaphore particulièrement belle, et vraie.
Quand Kakashi quitte l'internat, il aperçoit Iruka et Shizune qui discutent sur le parking. Il préfère ne pas les déranger et s'enfonce dans la nuit sans se faire voir. S'il s'était approché un peu, il aurait sûrement pu capter un bout de la conversation des deux internes.
«Iruka, tu es encore amoureux de Kakashi, ça crève les yeux.»
L'interne lève les yeux au ciel et répond sur un ton exaspéré:
«Je croyais qu'on avait décidé de ne plus parler de ça!»
Shizune croise les bras et commence à taper du pied, agacée.
«Iruka, il ne s'agit pas que de Kakashi et toi, là! Il y a Idate aussi. Il va finir par se rendre compte qu'il y a un truc qui cloche. Et il va vite faire le lien avec Kakashi, crois-moi. tu as un choix à faire maintenant. Kakashi veut retenter le coup avec toi, ça me semble évident. Idate attend quelque chose que tu n'es visiblement pas prêt à lui donner. Alors tires-en les conclusions et agis en homme!»
«Pas la peine de t'énerver...»
«Si ça m'énerve! Vous êtes des crétins! Toi et Kakashi! Deux crétins finis! Et ça me bousille de vous voir tout gâcher encore une fois! Iruka, si tu étais honnête avec toi-même, ça fait longtemps que tu aurais demandé à Idate de rentrer à Shiba!»
Sur ces dernières paroles, Shizune plante Iruka au milieu du parking et rentre à l'internat, furieuse. Iruka shoote dans un caillou pour extérioriser son énervement. Il sait que son amie a raison. Et il sait ce qui lui reste à faire. Mais pour l'instant, il n'en a tout simplement pas le courage.
...
En ce vendredi matin, le rire tonitruant de Zabuza Momochi emplit le bloc de chirurgie viscérale. L'étripeur semble être de très bonne humeur aujourd'hui. Pourtant une intervention risquée l'attend; Il a d'ailleurs choisi Genma pour le seconder.
«Le patient passe sur le billard pour la troisième fois» explique le chirurgien à son interne. «a risque d'être un vrai merdier là dedans» poursuit-il en réalisant la laparotomie.
En effet les intestins du patient présentent de nombreuses adhérences. Outre ce problème conséquent, la paroi intestinale a été rendue très fragile par l'inflammation, et menace de se rompre à tout moment.
«Bon, le but du jeu est d'enlever le reste de cette tumeur en laissant assez d'intestin sain pour que le patient puisse survivre» marmonne Zabuza, concentré.
Genma s'applique, et tente d'aider son chef comme il peut, en plaçant ses écarteurs correctement, et en aspirant les fluides au fur et à mesure que le chirurgien progresse.
«Fais attention Genma. Le moindre choc sur la paroi intestinale risque de la perforer. En douceur, voilà... tout en douceur...»
Genma ne peut s'empêcher que le mot «douceur» dans la bouche de Zabuza est assez se met à sourire sous son masque. Et cette fraction de seconde d'inattention suffit à le faire bouger d'un quart de millimètre. Le quart de millimètre suffisant pour faire entrer l'écarteur en contact avec une zone fragilisée de la paroi intestinale. En quelques secondes seulement, l'intestin se rompt, sous l'œil affolé de l'interne.
«Merde!» lance Zabuza. «Genma, retire tes mains. Vite!»
L'interne est tétanisé, puis la panique le prend et ses mains se mettent à trembler. Zabuza tente de garder le contrôle, mais il sait que cela s'annonce mal. Cette opération était très risquée, il le savait. Trop risquée. Le patient, atteint d'une tumeur du colon récidivante, avait peu de chances de s'en sortir. Le chef de chirurgie viscérale a même tenté de le dissuader de subir cette opération.
«Foutu pour foutu, je préfère encore crever sur la table d'opération. Au moins je serai endormi et je ne sentirai rien».
Voilà ce que lui a répondu le patient à l'annonce des risques de complications.
Mais Zabuza ne veut pas abandonner. Il n'abandonne jamais. D'un geste ferme, il agrippe les poignets de son interne et fait sortir ses mains du champ opératoire.
«Genma, ressaisis-toi. Prends l'aspiration et essaye de me nettoyer la zone du mieux que tu peux.»
Tandis que le chirurgien tente de débuter une suture de fortune, Genma reste immobile, incapable de réagir.
«La tension chute à 8/6! On est en train de le perdre!» s'écrie l'infirmière anesthésiste.
«Accélérez le rythme de la perfusion. Genma, aspiration.»
L'interne a les yeux fixés sur le scope, et voit la tension chuter inexorablement.
«Genma!»
Le cri de Zabuza est tellement puissant qu'il en fait trembler les vitres du bloc. L'interne redescend immédiatement sur terre et commence à aspirer. Ses gestes sont cependant gênés par le tremblement incessant de ses mains. Il suit les mouvements de Zabuza, mais à peine le chirurgien a-t-il fini sa suture qu'une autre partie de la paroi intestinale se déchire.
«Bordel, comment veux-tu que ça tienne? La paroi est aussi fine que du papier à cigarette! Bordel de merde, je lui avais dit que c'était trop risqué!» marmonne Zabuza tandis que la tension continue de descendre jusqu'à l'annonce fatidique.
«Arrêt cardiaque. On commence le massage!» s'écrie l'anesthésiste.
Mais c'est peine perdue. Le coeur du patient ne repart pas, et la paroi intestinale continue à se déchirer. Au bout de vingt minutes d'effort, Zabuza suspend ses gestes et déclare d'une voix grave:
«C'est fini. On arrête. Heure du décès: dix heures trente.»
Le chirurgien laisse ses instruments tomber dans la cupule à côté de lui, dans un geste de frustration. Il arrache son masque et quitte le bloc sans un mot. Tandis que le scope émet un bip continu, le personnel commence à ranger la salle d'opération. Genma voit l'infirmière ôter le champ opératoire vert et commencer à refermer l'incision laissée béante par le chirurgien. L'interne a du mal à y croire. Tout s'est passé si vite. Il regarde l'infirmière anesthésiste recouvrir le corps du défunt d'un drap. Lorsqu'il voit le visage du patient disparaitre sous le drap, un souvenir récent lui revient. Une blague que le patient lui a fait juste avant de rentrer au bloc.
«En salle d'opération, le chirurgien dit à un interne :
- Je sais que c'est votre première opération, ça ne peut pas être parfait... une seule petite recommandation tout de même...
quand vous ouvrez un malade, appuyez moins fort sur le
bistouri... ça abîme la table !»
Et il avait ri de bon coeur. L'une des infirmières finit par le pousser gentiment en dehors de la salle d'opération. Elle lui murmure:
«Ce n'est pas ta faute Genma. Maintenant sors et rejoins Zabuza. Il va falloir annoncer la nouvelle à sa famille.»
Genma marche mécaniquement vers le vestiaire. Il s'assied sur le banc qui fait face aux casiers et pousse un long soupir. Il n'entend pas Zabuza entrer derrière lui, parce qu'il est en train de refaire l'opération dans sa tête. Pour comprendre à quel moment ça a dérapé. Il se souvient très bien avoir bougé l'écarteur, et avoir vu dans les secondes qui ont suivi la longue déchirure sur cette foutue paroi intestinale. Il est responsable.
Genma sursaute quand Zabuza pose une main ferme sur son épaule.
«Genma, aujourd'hui tu as perdu ton premier patient. Ce n'est probablement pas le dernier. Tous les chirurgiens te le diront. Mais tu dois apprendre à gérer ce genre de situation. On savait que cette intervention était risquée, et il le savait aussi. Mais je ne tolérerai pas que tu ne sois pas capable de réagir la prochaine fois que cela se produira. Tu dois toujours te préparer au pire, garde bien cette leçon en tête.»
Genma hoche la tête, mais le coeur n'y est pas. Il se sent coupable, et seul le temps lui permettra de digérer ce douloureux échec.
Zabuza pousse un soupir.
«Allez, secoue-toi un peu. Je vais annoncer le décès de M. Owari à sa famille, et je veux que tu viennes avec moi.»
Genma lève un regard paniqué vers son chef. Jamais il n'arrivera à affronter le regard de la famille! Jamais il ne supportera la peine et les pleurs de son épouse, de ses enfants. Mais Zabuza pose sur lui un regard à la fois dur et ferme.
«Genma, ça fait aussi partie de ton travail. Ça aussi il faut que tu apprennes à le gérer.»
L'interne suit donc son chef en trainant les pieds, comme si le lourd poids de la culpabilité avait pris une consistance physique sur ses épaules.
Genma se souviendra longtemps de cette triste expérience. Chaque chirurgien y est confronté un jour ou l'autre. Il faut apprendre à vivre avec. Savoir que l'on ne peut pas sauver tout le monde, que la mort gagne parfois. Avec le temps et les progrès techniques, les chirurgiens, et même les patients, ont fini par banaliser cette merveilleuse discipline qu'est la chirurgie. Genma a appris aujourd'hui une leçon essentielle: la chirurgie a ses limites, et le chirurgien n'est qu'un homme, et qu'il lui arrive d'échouer.
...
Après une longue journée de travail, à rester enfermé dans son bureau, Kakashi éprouve un besoin irrépressible d'aller faire un petit tour dehors. Ses pas le conduisent tout naturellement à l'internat. A cette heure de l'après-midi, le hall est vide. Kakashi se dirige vers le petit salon où trainent quelques internes en repos. Le chirurgien s'affale dans l'un des fauteuils moelleux et saisit une revue médicale d'une main nonchalante. Il ne tarde d'ailleurs pas à piquer du nez dessus. C'est la sonnerie de son portable qui le sort de sa torpeur.
«Allo?»
«Allo, Kakashi... C'est Nagato» annonce une voix hésitante et fatiguée.
«Nagato! Ça me fait plaisir d'avoir de tes nouvelles! Comment vas-tu?»
«Pas trop mal» répond le jeune homme, dont le ton de la voix contraste totalement avec son affirmation. «Je suis de nouveau hospitalisé.»
«Ah. Et tu es dans quel service? Je vais passer te voir!»
A l'autre bout du fil, Nagato sourit. Ça lui fait un bien fou d'entendre la voix de son ami. Il a longtemps hésité à l'appeler, allant même jusqu'à se demander si Kakashi se souviendrait encore de lui. Lui, le patient effacé, invisible, moribond même.
«Nagato, tu es sûr que ça va?» demande Kakashi, une pointe d'inquiétude dans la voix.
«Oui, oui. Je suis en oncologie. On a stoppé les chimio pour l'instant, donc tu peux passer me voir... Ça me ferait plaisir... Kakashi, je...»
Le chirurgien n'a pas de mal à comprendre que Nagato a commencé à pleurer. Il tente de ne pas laisser percevoir la panique dans sa voix et répond:
«Ecoute, je passe te voir demain, d'accord? On pourra discuter un peu, et faire de la guitare. J'ai plein de nouvelles chansons à te faire écouter. D'accord?»
«D'accord» dit le jeune homme en tentant d'étouffer ses larmes.
«Nagato, accroche-toi d'accord? Je sais que c'est très dur pour toi, mais promets-moi de t'accrocher.»
«C'est promis. On se voit demain alors, c'est sûr?» répond Nagato.
«Oui, c'est promis. Demain sans faute.»
«D'accord... Merci Kakashi.»
Le coeur de Kakashi se serre quand Nagato raccroche. Son jeune ami est entré, à n'en pas douter, dans la phase terminale de sa maladie. Et il en a tout à fait conscience. Mais Kakashi sera à ses côtés, jusqu'au bout. Il ne le laissera pas tomber.
Kakashi remonte dans son service le coeur lourd. Il repart immédiatement s'enfermer dans son bureau et se remet au travail. Il veut pouvoir passer le plus de temps possible avec Nagato demain.
le chirurgien referme le dernier dossier de sa haute pile et jette un œil à la pendule. Vingt heures. Il est à cet instant officiellement en weekend. Il va donc pouvoir se consacrer entièrement à Nagato, et un peu à la musique aussi. Mescaline a programmé une répétition dimanche après-midi chez lui. Il rêverait de pouvoir y emmener Nagato, même s'il se doute que l'oncologue ne permettra probablement pas cette sortie. Enfin, il verra tout ça demain. Pour l'instant, il n'a qu'une envie, rentrer chez lui, prendre un bon bain et retrouver sa meute pour une séance de câlins en règle.
Alors qu'il s'approche de sa voiture, le chirurgien remarque une silhouette adossée au véhicule. Il fronce les sourcils mais ses traits se radoucissent quand il reconnait Naruto.
«Qu'est ce que tu fais ici si tard toi?» lance le chirurgien.
«Je vous attendais. J'ai quelque chose pour vous.»
Kakashi marque un temps d'arrêt, étonné. Naruto lui tend alors un vieux cahier défraichi. Comme le chirurgien semble hésiter, Naruto explique:
«C'est le journal de mon père.»
«Pourquoi...»
Mais l'externe ne le laisse pas finir.
«Je l'ai lu. Et il y a des passages qui vous concernent. Je pense qu'il est important que vous le lisiez.»
Kakashi saisit le journal, et Naruto commence à partir. Mais l'externe se ravise et se retourne.
«Professeur Hatake, vous êtes l'une des rares personnes à avoir su rendre mon père heureux. Et pour ça, je vous remercie."
Après ces quelques mots , Naruto tourne les talons et quitte rapidement le parking, laissant Kakashi perplexe. Le chirurgien feuillette le cahier et reconnait immédiatement l'écriture fine de Minato. Il pousse un soupir, et pose le cahier sur le siège passager. Oui, il le lira. Ce soir, dans la solitude de sa grande maison. Il se doute déjà que ce cahier contient une partie de sa vie. Mais bizarrement, il n'est pas triste, ni mélancolique. Il lira ce journal, il s'imprègnera une dernière fois des mots de Minato. Et quand il refermera ce cahier, il refermera aussi la boite qui contient le merveilleux souvenir de cette histoire d'amour. Définitivement. Pour se concentrer sur le présent, et sur l'avenir.
...
Idate est ravi. Kabuto lui a donné son samedi après-midi. Il doit retourner travailler ce soir, mais il va pouvoir passer un peu de temps avec Iruka. Il n'a pas besoin d'attendre très longtemps à la porte de l'internat avant que quelqu'un vienne lui ouvrir. A présent, il est connu, et apprécié de la plupart des internes. On le laisse donc rentrer sans problème. Le jeune homme grimpe les marches quatre par quatre et frappe à la porte d'Iruka. Pas de réponse. Bizarre, l'interne lui avait dit qu'il ne travaillait pas aujourd'hui. A moins qu'il ne traine dans le réfectoire ou le salon. Idate n'aime pas trop vagabonder dans l'internat. Il ne s'y sent toujours pas à sa place. Et il faut avouer qu'Iruka ne fait rien pour qu'il se sent plus à l'aise. Il trouve même l'interne un peu distant depuis quelques temps. Il sait qu'Iruka a beaucoup de travail depuis le retour de son chef, peut être est-il simplement en train de dormir?
Le jeune homme se dirige timidement vers le réfectoire, et pousse un soupir de soulagement lorsqu'il aperçoit Shizune. La jeuen femme discute avec des filles qu'il ne connait pas très bien. Alors il n'ose pas s'approcher. Après quelques minutes, Shizune finit par s'apercevoir de sa présence.
«Idate! Tu vas bien? Tu ne bosses pas aujourd'hui?» demande la jeune femme gentiment.
«Non, je ne reprends au bar qu'à dix-huit heures. Du coup j'étais passé voir Iruka, mais il n'est pas dans sa chambre.»
Shizune fronce les sourcils.
«C'est bizarre, je ne l'ai pas vu redescendre après manger. Tu es sûr qu'il n'est pas là haut?»
le jeune homme secoue la tête.
«Ou alors il ne veut pas me répondre.»
«Ne raconte pas de bêtise, et viens avec moi. Je suis spure qu'il est en train de roupiller.»
Au bout de quelques minutes de tambourinage intempestif à faire réveiller les morts, la porte finit par s'ouvrir.
«Shizune? Qu'est ce que... Ah, tu es là aussi Idate! Désolé, je ne vous avais pas entendus!»
La jeune femme entre dans la petite chambre et jette un regard circulaire dans la pièce. Le lit et le sol sont recouverts de feuilles de papier.
«Attention où vous mettez les pieds» avertit Iruka en refermant la porte derrière Idate.
«Mais qu'est ce que tu fabriques?» demande Shizune en saisissant une feuille, qu'Iruka lui arrache aussitôt des mains.
L'interne commence alors à ramasser tous ses dessins, avant que ses deux amis n'aient le temps de les admirer.
«Tu ne veux pas nous montrer tes œuvres?» demande Idate sur un ton peiné.
«Ce ne sont que des croquis. Je préfère attendre d'avoir fini pour vous montrer le résultat final.»
Shizune arrive cependant à attraper le dessin qu'Iruka était visiblement en train d'achever. C'est à ce moment qu'elle remarque que le lecteur mp3 du jeune homme, qui traine sur le bureau juste à côté du dessin, est encore allumé.
«Ah, je comprends mieux pourquoi tu ne répondais pas. Tu écoutes quoi?»
Iruka pousse un soupir discret et fixe la jeune femme d'un regard décidé.
«Kotetsu et Aoba m'ont demandé de faire des dessins pour mettre une chanson de Mescaline en images. Ils ont une répèt demain et je voulais pouvoir leur montrer quelque chose.»
«Ah oui! Ko m'en a parlé. Ils ont choisi quelle chanson finalement?»
«You and I»
«Cool, c'est l'une de mes préférées!» chantonne la jeune femme.
«C'est Kakashi non?» demande Idate en désignant le dessin que vient de lui passer Shizune.
Iruka se saisit prestement du dessin en hochant la tête.
«Oui, mais il n'est pas fini, et il n'est pas prêt de l'être si vous restez dans mes pattes» déclare l'interne en finissant de ranger son matériel à dessin.
«Désolé, je ne voulais pas te déranger. Je reviendrai plus tard si tu veux» répond Idate d'une voix douce.
La remarque fait prendre conscience à Iruka de son attitude blessante. il pose alors un regard désolé sur son petit ami et tente de se rattraper:
«Mais non Idate, excuse-moi, c'est juste que j'ai l'habitude de m'enfermer dans une bulle quand je dessine; Et j'ai du mal à en ressortir après. Tu ne travailles pas aujourd'hui?»
Le jeune homme hoche la tête négativement et Iruka reprend:
«Allez viens, Mescaline attendra. J'ai jusqu'à demain après-midi pour finir de toute façon. Tu veux qu'on aille faire un tour en ville? Ça nous changera un peu les idées.»
Idate retrouve le sourire en un instant, mais déchante vite en entendant Iruka proposer à Shizune de venir avec eux. Pour la petite sortie romantique entre amoureux, c'est foutu, d'autant que Genma et Tsunami, ainsi que Kotetsu, Izumo et TenTen viennent de se joindre à la petite troupe. Idate chasse au loin cette drôle d'impression qui le tient depuis quelques jours. L'impression qu'Iruka fait tout pour ne pas se retrouver seul avec lui. On a beau le traiter de naïf à longueur de temps, il n'est pas aveugle non plus.
Idate passe cependant une bonne après-midi en compagnie de ses amis. Iruka se montre affectueux et prévenant, et va même jusqu'à lui prendre la main sur le chemin du retour. Lorsque Kotetsu propose à Idate de venir lui aussi à la répétition de Mescaline cependant, le jeune homme remarque immédiatement la retenue d'Iruka. Le jeune homme décide malgré tout d'accepter l'invitation. Il aime beaucoup le groupe, et serait ravi de revoir Kakashi.
Iruka n'ose pas exprimer clairement sa réticence, et se retrouve piégé. Et Shizune ne semble pas prête à lui apporter son soutien, vu le regard qu'elle vient de lui lancer. Un regard qui semble dire: «ça te pendait au nez petit malin!».
De toute façon, que peut-il se passer hein? Il n'a rien fait de mal après tout. Le jeune homme ne peut pas lui reprocher d'avoir eu un passé amoureux avant lui. Et Iruka n'a aucune raison de lui avouer qu'il a déjà couché avec Kakashi. Alors Iruka étouffe la petite voix qui lui susurre à l'oreille que c'est une connerie monumentale d'emmener Idate chez Kakashi, et reprend part à la conversation comme si de rien n'était.
...
Asuma dépose une bouteille de vin et la boite contenant les sushis qu'il vient de ramener pour le dîner sur la table du salon. Il entend Kurenai chantonner dans la salle de bain.
«Bonsoir ma belle» lance-t-il alors que la jeune femme pénètre dans la pièce.
«Bonsoir chéri!»
Elle est resplendissante ce soir. Asuma attrape deux verres à pied et se sert un verre. Puis il en tend un à sa femme. Celle-ci agite la main en signe de négation et se met à sourire malicieusement.
«Tu n'en veux pas?» demande Asuma naïvement.
«Je ne peux pas.»
«Comment ça tu ne peux pas? Tu es malade?»
La jeune femme secoue la tête en souriant. Asuma fronce les sourcils. Il y a un truc qui lui échappe certainement. Sa mine concentrée fait sourire Kurenai de plus belle.
«Disons que je ne vais devoir me priver d'alcool pendant un certain temps.»
Asuma la regarde étonné, et Kurenai commence à émettre des signes de frustration devant le manque de réaction de son homme.
Et finalement, les yeux d'Asuma, incrédule, finissent enfin par s'écarquiller, et sa bouche semble former un O parfait.
«Je... Tu... C'est vraiment ce que je pense? Mais c'est... Inattendu... Euh, génial...»
Kurenai se met à rire devant l'attitude de son compagnon. Elle s'approche pour s'enfouir dans ses bras et lui murmure:
«Oui Asuma, nous allons avoir un bébé. Tu vas être papa!»
Asuma resserre ses bras autour de la taille de sa belle et pose son front contre l'épaule de la jeune femme. Kurenai l'entend à peine murmurer:
«Papa...»
...
(1) Dexter
Et voilà! Pas mal de petites choses dans ce chapitres, qui laissent présager d'encore plein d'autres petites choses. Je sens que vous allez encore avoir plein de remarques pertinentes, et plein de questions... Alors n'hésitez pas, les reviews sont là pour ça!
(et désolé à ceux qui n'ont pas de compte et à qui je ne peux donc pas répondre en privé)
