Hello! Merci, merci, merci d'avoir été aussi patients!
Des fois, la vie réelle est très accaparante ^^.
Pour me faire pardonner, je vous offre un long chapitre, comme vous les aimez. Un chapitre très centré sur Kakashi. J'espère qu'il sera à la hauteur de votre patience.
Les quatre chapitres qui arrivent, et qui vont clôturer ce 3e arc vont tous être assez riches. J'ai encore beaucoup de choses à vous raconter dans cette histoire :)
Bonne lecture, et encore une fois, pardon pour l'attente!
Chapitre 32: autant d'indices.
La chambre est dans la pénombre. Kakashi distingue une forme immobile sur le lit. Il ajuste son masque sur son nez et dit d'une voix douce:
«Nagato? C'est moi, Kakashi.»
Le chirurgien voit alors le corps se mouvoir difficilement dans le lit. Nagato tourne vers son ami un visage marqué par la fatigue.
«Je suis heureux que tu sois venu» murmure-t-il avec difficulté.
Kakashi s'avance vers le lit et demande d'une voix concernée:
«Comment vas-tu Nagato?»
«J'ai connu des jours meilleurs» répond le jeune homme en souriant. La pâleur de sa peau fait ressortir ses yeux creusés. Kakashi s'installe dans le fauteuil à côté du lit et pose une main amicale sur l'avant-bras du malade.
Le silence s'installe entre les deux hommes. Kakashi est mal à l'aise devant la déchéance physique de son ami. Il avait laissé un jeune homme malade mais plein d'espoir, et il retrouve son ami aux portes de la mort.
Le chirurgien a discuté du cas de Nagato avec son oncologue avant de venir à son chevet. Et les nouvelles ne sont pas bonnes. Il reste peu d'espoir. Une dernière chimiothérapie est prévue la semaine prochaine, mais si le jeune homme ne répond pas à cette ultime tentative, le staff a décidé, en accord avec le jeune malade, d'arrêter définitivement les soins. Kakashi a envie de dire à Nagato de ne pas baisser les bras, de continuer à se battre. Mais le regard de Nagato semble lui annoncer une fatale vérité. Nagato est arrivé aux bout de ses forces, au bout de son combat.
Kakashi regarde la perfusion s'écouler au goutte-à-goutte, comme un triste compte à rebours.
C'est Nagato qui finit par briser l'inconfortable silence.
«Alors, ces vacances, tu me racontes?»
Kakashi le regarde, indécis. Comment raconter ses vacances à la mer à un jeune homme en train de mourir. A cet instant, cela lui parait tellement futile!
«Et bien... J'ai d'abord suivi la côte, et puis je me suis posé dans un petit village, Shiba. J'y ai rencontré des gens super sympas et on a fait du surf et de la musique.»
Nagato penche la tête, amusé, devant le résumé de Kakashi.
«Et c'est tout? Tu pourrais me donner des détails quand même!»
Et Nagato se met à rire. Un rire fatigué, et rauque. Mais un rire sincère. Le jeune homme a besoin de se nourrir du bonheur des autres, de ces petits moments de vie qu'il ne connaitra jamais. Jusqu'à présent, Kakashi s'était toujours comporté avec lui comme s'il n'était pas malade, lui racontant ses joies et ses peines, le taquinant parfois. Et Nagato a besoin que Kakashi reste le même. Il ne supporterait pas que le chirurgien s'apitoie sur son sort.
«J'ai appris à faire la tarte au citron aussi!» reprend Kakashi, qui a compris les attentes de Nagato. Le ton joyeux que le chirurgien vient d'utiliser fait sourire Nagato. Toutes ses craintes concernant son ami viennent de s'envoler. Et la conversation reprend entre les deux amis. Comme avant.
Kakashi promet à Nagato de lui ramener ses photos de vacances à sa prochaine visite. Il lui parle un peu de Yakumo, du surf et des petites soirées sur la plage.
«J'aimerais bien voir la mer avant de mourir» finit par murmurer Nagato.
Kakashi fronce les sourcils, prêt à répondre que Nagato ne va pas mourir, qu'il ne doit pas dire des choses comme ça. Mais leurs regards se croisent, et le chirurgien comprend que ce n'est pas ce que Nagato veut entendre. Il déclare alors:
«Nagato, je te promets que je ferai tout pour que tu voies la mer avant de mourir.»
Nagato lui sourit et lui saisit la main dans un geste affectueux avant de murmurer:
«Merci Kakashi.»
«Au fait, j'ai plein de nouvelles chansons à te faire écouter! Tu t'es entrainé à la guitare?»
Nagato hoche la tête et répond en souriant tristement, tout en désignant l'instrument que Kakashi lui a offert dans un coin de la pièce:
«Un peu. Mais je t'avoue qu'en ce moment, je n'ai même pas la force de me lever pour l'atteindre!»
Kakashi se lève pour saisir l'instrument et commence à gratter les cordes.
«Tu veux que je te joues quelque chose?»
«Oui, une chanson gaie de préférence.»
Kakashi fait mine de réfléchir. En ce moment, il ne compose que peu de chansons gaies, il doit bien l'avouer, sa source d'inspiration étant loin d'être de l'optimisme à l'état pur. Mais le chirurgien finit par se mettre à sourire:
«Celle-ci devrait te plaire. Elle s'appelle 'Banana Pancakes'.»
Kakashi entonne les premières notes de la chanson qu'il avait composée pour Yakumo, et Nagato semble en effet apprécier la douce mélodie.
«Et bien tu vois que tu peux écrire des trucs joyeux parfois!» le taquine Nagato.
Le jeune homme aimerait bien lui demander où il en est avec Iruka, mais il n'ose pas. Si le chirurgien a choisi de ne pas évoquer le principal sujet de leurs anciennes conversations, c'est probablement qu'il a ses raisons.
Alors que la discussion reprend entre les deux amis, une infirmière se présente dans la chambre, l'air peiné.
«Nagato, nous avons eu la réponse de l'orphelinat.»
Le jeune homme lève des yeux pleins d'espoir vers la jeune femme mais celle-ci secoue tristement la tête.
«Je suis désolée, mais le directeur a considéré qu'ils n'étaient pas compétents pour prendre une telle responsabilité.»
Nagato pousse un soupir de déception et remercie la jeune infirmière, qui quitte déjà la chambre. Le jeune homme ne laisse pas le temps au chirurgien d'exprimer son interrogation.
«Nous avons fait une demande à l'orphelinat pour savoir si je pouvais y retourner entre les chimio... Et après aussi. Mais je suis majeur à présent. Je me doutais qu'ils refuseraient.»
«Mais ils ne peuvent pas faire une exception? C'est un cas très particulier et...»
Nagato se permet de couper son ami, en souriant tristement.
«C'est la règle Kakashi. Et ils ne veulent sûrement pas effrayer tous les autres enfants. Voir quelqu'un mourir n'est pas une chose appropriée, surtout pour des enfants.»
«Mais il doit bien y avoir une solution! Où vas-tu aller?»
Nagato secoue la tête mais ne semble pas plus accablé que ça. Il se met même à rire, bien que le coeur n'y soit pas.
«Tu sais Kakashi, je me doutais bien que je finirais par mourir ici. Cet hôpital, c'est finalement la maison que j'ai toujours rêvé d'avoir.»
«Mais il reste encore cette chimiothérapie...»
«Kakashi,» reprend Nagato en soupirant, «toi et moi savons très bien qu'elle ne fonctionnera pas mieux que les précédentes. Je crois qu'on a tout essayé. Et puis je commence à être fatigué de tout ça. J'ai juste envie de profiter de mes derniers instants. Et si tu me jouais un autre morceau?»
Kakashi laisse passer quelques secondes.
«Tu sais, moi aussi je suis orphelin. J'ai passé toute mon enfance dans un orphelinat dans le Sud du pays.»
«Tu ne me l'avais jamais dit!»
Kakashi lui sourit et se lève du fauteuil pour rejoindre le lit de Nagato.
«Allez, fais-moi une petite place. Je vais te raconter les 'désastreuses aventures de l'orphelin Hatake'!»
Nagato se remet à rire en se décalant, pour laisser Kakashi s'allonger à côté de lui. La proximité de son ami lui fait du bien.
...
«Je ne me rappelle plus très bien de mon arrivée à l'orphelinat. Je n'avais que cinq ans. Je me souviens juste de ce vieil homme, qui m'a pris par la main alors que je me tenais debout devant le cercueil de mon père. Il m'a chuchoté quelque chose à l'oreille, et ça je ne l'oublierai jamais par contre. C'étaient les premières paroles censées que j'entendais depuis la tragédie.
«Kakashi, je suis Hiruzen. Ton papa est mort. C'était son choix, parce qu'il n'avait plus envie de vivre.»
J'ai levé les yeux vers cet homme, qui m'offrait un regard bienveillant, et je lui ai répondu:
«Moi j'ai envie de vivre. Tu vas m'emmener avec toi?»
J'avais en effet entendu les adultes parler. Je n'avais pas de famille proche à part mon père. Ma mère était morte en me mettant au monde. Et suite au suicide de mon père, je venais donc d'être confié à l'orphelinat. J'avais peur, parce que les adultes grimaçaient toujours en prononçant ce mot: orphelinat. Mais la vue d'Hiruzen m'a fait oublier toutes mes craintes. Je lui ai fait confiance à la seconde même où il a posé ses yeux sur moi.
Hiruzen, c'était un mélange de force tranquille, de douceur, et aussi d'autorité.
Les premiers jours à l'orphelinat ont été éprouvants. Mais je m'y sentais bien. Je passais le plus clair de mon temps sur la balançoire au fond du grand jardin. Je regardais les nuages défiler en me balançant doucement. C'est là que j'ai rencontré Rin pour la première fois.
Elle était jolie, et souriante. Quand elle riait, ses yeux se mettaient à briller et prenaient une douce couleur ocre. Hypnotisant. Elle aimait mon côté taciturne, et j'aimais sa jovialité. Nous sommes rapidement devenus inséparables.
Rin avait perdu ses parents dans un accident de voiture, à l'âge de trois ans. Elle vivait donc à l'orphelinat depuis déjà deux ans. Elle connaissait d'ailleurs chacun des recoins du bâtiment et du jardin. Elle avait tout de la petite fille parfaite, mais j'étais bien placé pour savoir qu'elle pouvait aussi être la pire des chipies. Je me rappelle du jour où elle m'a embarqué dans une bêtise qui nous a coûté la tant attendue sortie au zoo.
Elle s'était mis en tête de jouer un vilain tour à l'un des gamins plus âgés qui passait son temps à nous embêter. Une sorte de petite vengeance d'enfants. Comment a-t-elle réussi à m'embarquer dans son plan machiavélique, je me pose encore la question aujourd'hui! Rin avait remarqué que le chien de l'orphelinat, un gros labrador couleur sable, semblait avoir beaucoup d'affection pour moi. Je le lui rendais bien du reste. J'ai toujours trouvé que les chiens étaient des compagnons merveilleux. Ringo (c'était le nom du chien) me suivait à la trace dès que je mettais un pied dans le jardin. Rin m'avait donc tout naturellement confié l'ingrate tache de récupérer les déjections de mon ami à quatre pattes. J'ai rempli ma mission peu ragoûtante sans rechigner, Rin savait être très persuasive parfois. Je me rappelle de son exclamation de joie lorsque je lui ai ramené mon seau rempli à ras-bord des crottes de Ringo. Je savais que c'était une bêtise et que nous allions avoir des problèmes, mais le garçon qui nous faisait quotidiennement des misères méritait aussi une leçon.
Je ne me rappelle plus du nom de ce garçon. Mais j'ai encore en mémoire son visage horrifié alors que nous venions, perchés Rin et moi dans le grand chêne au milieu de la cour, de renverser le contenu du seau sur sa tête.
Bien sûr, la réaction ne s'est pas fait attendre. Nous avons fui au fond du jardin en riant comme des petits fous, et nous nous sommes cachés entre le mur et les buissons touffus.
Bizarrement, personne n'a semblé nous chercher sur le moment. Quand la nuit a commencé à tomber, Rin a décidé qu'il était temps de rentrer. A cette époque, elle avait encore peur du noir. J'ai donc saisi sa main et nous avons couru jusqu'au perron de l'orphelinat.
Hiruzen nous attendait, assis dans une chaise à bascule, en fumant tranquillement sa pipe. Il a posé son regard sur nous, sans un mot.
Je crois que j'aurais préféré qu'il se mette en colère, qu'il nous crie dessus et nous fasse la leçon. Au lieu de cela, il a continué à nous observer en silence. J'ai entendu Rin bredouiller:
«On est désolés. Il nous embêtait, alors on a voulu...»
Mais Rin n'a jamais eu le courage de finir sa phrase. J'avoue que ce jour-là, je me suis complètement dégonflé. Je regardais le bout de mes chaussures en retenant mes larmes.
Ce jour-là, Rin et moi avons appris que la vengeance est quelque chose de très laid. Que répondre à une méchanceté, à un coup bas, à une attaque directe, par un acte du même type nous rend aussi méprisable que celui qui a commencé. Et nous avons bien sûr été privé de zoo.
Rin et moi avons continué à grandir ensemble, nous faisions tout ensemble. «Les inséparables», c'est comme cela que nous appelaient nos éducateurs. Notre pire crainte était que l'un de nous soit adopté par l'une de ces familles, qui venaient régulièrement à l'orphelinat à la recherche d'un enfant. Tous les autres enfants espéraient, à chaque visite, être l'élu. Avoir une famille, un papa et une maman comme tous les autres enfants, voilà ce à quoi rêvaient nos camarades. Rin et moi avions décidé que, quoi qu'il arrive, nous deviendrions adultes ensemble, et que nous quitterions cet orphelinat ensemble, à dix-huit ans. Et nous avions mis au point de nombreuses techniques pour ne jamais, jamais être choisi.
Rin était devenue experte en crises d'hystérie sur commande. Elle était capable, à la seconde où le regard d'un adoptant se posait sur elle, de passer en mode furie, à se rouler par terre en hurlant des insanités, à cracher, et à s'arracher les cheveux. Technique imparable.
Moi, j'avais un autre style, tout aussi efficace. Je regardais les familles d'un œil hagard, comme si j'étais dans un autre monde. Et à l'instant où l'un d'eux posait la main sur moi, je me mettais à grogner, mordre et hurler à la mort. Comme un loup blessé. Succès garanti!
Hiruzen a vite compris notre petit jeu et nous avons été autorisés à ne plus nous présenter lorsque des familles venaient. Nous restions à jouer dans le jardin et regardions de loin nos camarades tenter de charmer ces adultes en mal d'enfant.
Peut être avons-nous eu tort. Je ne sais pas. Nous aurions eu des vies totalement différentes si nous avions laissé une chance à l'une de ces familles. Mais Rin et moi étions liés par un lien bien plus fort que celui du sang. Le lien de la douleur et de la solitude. Que nous avions transformé en un lien fraternel indestructible.
Je me souviens aussi du jour où il est arrivé. Il riait aux éclats, faisait le fanfaron, cachant déjà la terrible souffrance de son passé.
Obito Uchiwa.
Rin et moi n'avions pas conscience à l'époque qu'Obito allait nous entraîner dans une spirale néfaste pour tous les trois.
...
Kakashi se tait et pose un regard affectueux sur son ami. Nagato tente depuis dejà quelques minutes de garder les yeux ouverts. Le chirurgien balaye doucement une mèche qui barre le front du jeune homme et murmure:
«Tu as besoin de dormir Nagato. Je te raconterai la suite demain.»
«Tu... Tu n'es pas obligé de venir tous les jours tu sais» répond Nagato gêné.
Kakashi lui sourit tendrement et prend un air faussement vexé.
«Tu n'as déjà plus envie de me voir?»
Nagato se met à sourire.
«Si. Tu me feras écouter de nouvelles chansons demain?»
Kakashi hoche la tête avant de répondre.
«Ouais. D'ailleurs, il faut que je file, j'ai une répèt ce soir et je vais encore être en retard.»
Le chirurgien se lève en prenant soin de ne pas bousculer Nagato, qui reprend sa place au milieu du lit.
«Et bien amuse-toi bien alors. Je rêverais d'assister à un concert de Mescaline moi!» répond Nagato déjà à moitié endormi.
Kakashi salue son ami, en lui assurant qu'il viendra le voir le lendemain et quitte la chambre. Il est vraiment à la bourre, et il entend déjà Asuma râler!
Le chirurgien est heureux pourtant. Malgré l'état inquiétant de Nagato, il ne veut pas perdre espoir. Il reste cette dernière chimio, il faut y croire. Et Kakashi se fait la promesse d'être aux côtés de son ami pour cette épreuve.
Après un rapide trajet, Kakashi arrive devant le portail de sa maison. Pas d'Asuma en vue, ouf! Le chirurgien remonte l'allée et gare sa moto devant la porte du garage. Néo, Wayne et Korben l'accueillent avec une joie non feinte. Kakashi a juste le temps de rentrer dans la maison que la sonnette retentit. Il se contente d'ouvrir le portail à distance.
Les membres de Mescaline et leurs accompagnants habituels sont tous là. Kakashi ne peut s'empêcher de se remémorer leur dernière répétition chez lui. Il pose un oeil discret sur Iruka, qui tient dans ses mains un grand carton à dessins. Les choses ont changé cependant. Aujourd'hui, il y a Idate, qui semble s'extasier devant la grande maison du chirurgien. Sa candeur est à la fois touchante et irritante. Kakashi observe le jeune pêcheur pendant quelques minutes, et finit par se rendre compte qu'il est lui-même observé. Par Iruka. Leurs regards se croisent, impénétrables d'un côté comme de l'autre.
Aoba et Kotetsu semblent impatients de débuter la répétition. Comme d'habitude, Shizune, Genma, Iruka, Idate et Ino, qui a accepté de venir aussi, s'installent dans les canapés du salon. Les musiciens s'installent rapidement et la répétition commence.
Idate se colle contre Iruka, laissant reposer sa tête sur l'épaule de son petit ami. Le jeune homme semble envoûté par la musique, il applaudit à tout rompre après chaque morceau.
Les membres de Mescaline décident de faire une première pause et Kakashi invite ses amis à prendre un peu l'air dans la véranda, le temps qu'il sorte de quoi boire et grignoter.
Asuma décide de l'accompagner dans la cuisine.
«Tu aurais pu dire non.»
Kakashi lance un regard interrogatif vers son ami.
«Non à quoi?»
«A la venue d'Idate à cette répétition. Je suppose que c'est assez dur pour toi de le voir ici» répond laconiquement Asuma.
Le neurochirurgien ne voit pas Kakashi, qui lui tourne le dos, froncer les sourcils. Celui-ci finit par répondre, d'une voix neutre:
«Cela ne me dérange pas qu'Idate soit là.»
Asuma s'apprête à répondre mais Kakashi se retourne brusquement et lui colle une assiette remplie de mini sandwiches dans les mains.
«Tiens, apporte ça. J'arrive avec le reste.»
Les deux hommes se fixent un moment, et Asuma finit par tourner les talons en poussant un soupir.
Kakashi ne met pas beaucoup de temps à rejoindre le groupe.
«Bon alors, tu nous les montres ces fameux dessins?» lance Shizune à Iruka.
Le jeune homme ne peut s'empêcher de jeter un coup d'oeil discret à Kakashi. Finalement, bien que tous les membres du groupe semblent ravis que ce soit lui qui fasse les visuels de Mescaline, Iruka se rend compte qu'il ne connaît pas l'avis de Kakashi sur la question. Mais comme pour répondre à sa question implicite, Kakashi lance alors:
«Ah oui, ces fameux dessins! J'ai hâte de voir ce que ça donne! Tu as travaillé sur quelle chanson finalement?»
Iruka se racle la gorge avant de répondre.
«Et bien Kotetsu et Aoba m'ont d'abord demandé de vous créer des genres de petits avatars. Des personnages qui vous correspondraient, tout en préservant votre anonymat.»
Iruka sort alors un bloc à dessin, tandis que Kakashi se laisse tomber juste à côté de lui dans le canapé. Iruka semble gêné, ce qui intrigue Idate. Le jeune homme, qui a pris place en face de son petit ami, glisse à Shizune:
«Iruka a l'air très impressionné par Kakashi.»
La jeune femme évite de croiser le regard de son jeune ami.
«Kakashi est le chef d'Iruka, et probablement le meilleur chirurgien cardio-thoracique du pays. C'est normal qu'il soit impressionné tu ne crois pas?»
«Peut être» répond laconiquement Idate.
Kakashi a saisi le bloc à dessin et admire le premier dessin.
«C'est Asuma ça! Franchement j'adore sa tête! Tu es vraiment doué Iruka!»
Sur ces paroles, Kakashi tend le bloc à Asuma, dont le visage s'illumine d'un sourire amusé en voyant sa propre représentation.
Iruka a choisi de représenter les membres de Mescaline en version 'chibi'. Sur le dessin, Asuma a le haut du visage caché par un masque. La fumée de la cigarette qu'il porte aux lèvres finit de masquer habilement les zones qui pourraient dévoiler son identité. Iruka a donné un style un peu gothique à ses chibis, qui semble enchanter les cinq membres du groupe. Visiblement il a tapé dans le mille. Chaque personnage est affublé de son instrument de musique, et d'un petit objet signature. pour Asuma, c'est un bocal contenant un cerveau qui trône à ses que le bloc à dessin a déjà fait le tour de la véranda, Kakashi le récupère et tourne la page.
«Haha, j'adore!»
«C'est qui?» demande Ino curieuse.
Kakashi lève un regard énigmatique vers elle avant de répondre:
« Il semble qu'Iruka ait une vision... intéressante de nous!»
Il tend alors le bloc à la jeune blondinette qui laisse échapper un petit cri amusé.
«Regarde mon chéri, c'est toi!»
Aoba pose un regard blasé sur le dessin tandis que les autres commencent à ricaner devant le petit nom doux employé par Ino. En fait, la jeune femme a le don d'attribuer plein de petits surnoms à son amoureux, au grand plaisir de leurs camarades. Aoba s'est fait une raison, et au fond, il trouve ça mignon.
«Mais pourquoi le serpent autour de ses épaules?» demande innocemment Tsunami.
«Bah, je cherchais un truc en rapport avec les maladies infectieuses... Mais bon, avec les amibes ou les moustiques, je pouvais pas cacher une partie du visage d'Aoba. Finalement je me suis dit que le serpent, ça faisait tropical» répond nonchalamment Iruka.
Tous marquent un temps d'arrêt, et c'est Kakashi qui finit par éclater de rire en premier, entrainant tous les autres dans la foulée.
«Et bien on peut dire que tu as des raisonnements tordus!» lance le chirurgien cardiaque en essayant de retrouver son sérieux.
Il voit la tête d'Iruka s'allonger et reprend immédiatement:
«Mais c'est une superbe idée. Et le dessin est magnifique au final!»
Devant la mine renfrognée d'Iruka, Kakashi ne peut résister et lui assène une gentille pichenette sur le nez du bout de son index.
«Allez, ne boude pas Iruka. Tu as eu de très bonnes idées, moi je suis conquis par ton travail.»
Shizune a vu Idate se raidir. Le jeune homme ne lâche pas Iruka et Kakashi des yeux depuis qu'ils ont pris place dans la véranda. Et la jeune femme sent que la soirée pourrait dégénérer. La probabilité est faible, car Kakashi et Iruka semblent tous les deux être dans la retenue. Mais le geste de Kakashi est loin d'être anodin. «Chassez le naturel et il revient au galop» ne dit-on pas? Et à voir ces deux-là se regarder, se frôler, se fuir pour mieux se chercher du regard, il n'est point besoin d'être très perspicace pour élaborer des hypothèses.
Mais Idate ne dit rien, et continue de participer à la bonne ambiance générale. Shizune l'observe du coin de l'œil mais le jeune homme ne manifeste aucun agacement, aucune jalousie, aucun doute. Elle finit par se dire qu'elle a mal interprété le mouvement du pêcheur.
Elle décide de reprendre le fil de la conversation animée concernant les dessins d'Iruka.
Après Aoba et son serpent, les amis admirent Kotetsu, représenté avec des lunettes d'aviateur et un casque audio sur les oreilles.
«Très sympa le côté pilote de chasse. Franchement ça me va comme un gant!» déclare le batteur, ce qui déclenche une nouvelle salve de rires.
Tsunami a elle aussi un personnage à la hauteur de ses attentes. Elle est représentée dans une longue robe chinoise, et se cache le visage à l'aide d'un éventail. Elle est vraiment très belle.
Alors que Genma se lance dans un grand discours sur la beauté incomparable de sa petite amie, le bloc à dessin revient dans les mains de Kakashi, qui tourne la page pour contempler le dernier dessin. Ses yeux s'écarquillent en voyant sa propre représentation. Il semble émaner du dessin une force, une impression d'intensité particulière.
Un masque noir couvre la partie inférieure de son visage, et on distingue à peine ses yeux sombres cachés par l'ombre d'un chapeau. Mais le jeu d'ombres et de lumière sur son visage lui donne un caractère très mystérieux. Iruka a représenté le chirurgien dans le plus pur style steampunk, accompagné d'un chien mi-organique mi-mécanique.
Kakashi pose son regard sur Iruka, qui a du mal à contenir sa gêne. L'interne demande timidement:
«Tu n'aimes pas?»
Kakashi repose les yeux sur le dessin, et le tend à Asuma avant de s'enfoncer confortablement dans le canapé.
«J'aime beaucoup. Vraiment. Le chien est vraiment magnifique.»
Tandis que les autres regardent tour à tour le dessin, Idate observe son petit ami. Il semble si heureux que son dessin ait plu à Kakashi. Comme si l'avis de ce dernier était de loin le plus important de tous les membres de Mescaline. Idate se force à penser que l'admiration d'Iruka pour son chef n'est que professionnelle, et qu'elle est tout à fait normale, ou tout du moins concevable. Mais un petit quelque chose le dérange. L'attitude d'Iruka. Celle de Kakashi aussi. Le jeune pêcheur ne peut s'empêcher de penser que la façon dont Iruka regarde Kakashi cache plus que de l'admiration. Et il sent son coeur se serrer. L'impression qu'Iruka lui échappe se fait plus vive ce soir. Mais Idate n'a pas le temps de pousser plus loin ses idées noires, car Kakashi lance la reprise de la répétition. Iruka remballe ses dessins tandis que les autres se dirigent vers le salon. Kakashi trouve un prétexte pour trainer un peu, ce qui n'a pas échappé à Idate. Le jeune pêcheur voit les deux hommes échanger quelques mots avant de rejoindre les autres.
Les musiciens sont déjà en place et les chansons s'enchainent de nouveau. Le chirurgien cardio-thoracique décide de proposer l'une de ses compositions récentes.
«Je pense qu'on pourra demander à nos choristes de choc de faire quelque chose de sympa sur celle-là aussi!» déclare Kakashi avant de commencer à chanter.
(Hey Ho - The Lumineers)
Idate fronce visiblement les sourcils et Shizune commence sérieusement à s'inquiéter. D'autant qu'Iruka et Kakashi semblent ne pas s'être quittés des yeux pendant toute la chanson. La jeune interne de pédiatrie ne sait pas à quoi les deux hommes jouent exactement, mais elle sait qu'Idate a cette fois perçu l'évident malaise. Les poings serrés sur ses genoux, et le regard à la fois dur et peiné qu'il lance à Iruka sont autant de signes évidents. Iruka, lui, est ailleurs, perdu dans les méandres de ses souvenirs avec l'homme pour qui il nourrit encore des sentiments forts.
Lorsque Kakashi cesse de chanter, Idate se lève et s'excuse avant de prendre la direction de la véranda, prétextant le besoin de prendre l'air. Iruka ne réagit pas immédiatement. Mais Shizune le pousse du coude avant de lui murmurer:
«Tu devrais aller voir Idate.»
Le jeune homme tourne un regard surpris vers son amie. Il n'avait même pas remarqué qu'Idate venait de se lever pour s'éloigner un peu.
Kakashi plaisante avec les membres de Mescaline, inconscient du trouble qu'il vient de provoquer. Il regarde cependant Iruka s'éloigner et aperçoit Idate qui fait les cent pas derrière la baie vitrée. Le chirurgien pousse un soupir et préfère entamer une nouvelle chanson. L'attraction qui le ramène systématiquement vers Iruka, et qui semble réciproque, est trop dure à combattre. Mais c'est à Iruka de choisir.
Tandis que la répétition se poursuit, Iruka rejoint Idate dans la véranda. Le jeune homme a fait coulisser la pote-fenêtre et s'apprête à sortir dans le jardin.
«Idate, attends!» lance Iruka.
Le jeune homme se retourne, aucune expression réellement lisible sur son visage. Iruka lui adresse un sourire gêné et le rejoint rapidement. Idate fait quelques pas dans l'herbe et lève les yeux vers le ciel noir.
«La lune est belle ce soir» déclare-t-il d'une voix mélancolique. «Je ne pensais pas qu'on voyait aussi bien les étoiles qu'à Shiba ici.»
Iruka s'approche doucement et passe un bras autour des épaules du jeune pêcheur.
«Idate, tu es sûr que ça va?»
Le jeune homme tourne un visage imperturbable vers son petit ami et répond, d'une voix neutre:
«Je vais très bien. Et toi, tu as l'air perturbé depuis qu'on est arrivé chez Kakashi.»
Iruka marque un temps d'arrêt. S'il avait le courage, à cet instant, il avouerait toute la vérité à Idate. Mais il préfère baisser le nez et marmonner une excuse bidon.
«J'étais stressé... A cause des dessins.»
Idate hoche la tête, semblant se satisfaire de cette explication. Mais il ne peut s'empêcher d'insister.
«Tu me le dirais s'il y avait un problème hein?»
En voyant le regard d'enfant de son petit ami, Iruka sent son coeur se serrer. Il devrait lui dire. Qu'il ne l'aimera jamais comme il aime Kakashi, qu'il a de plus en plus de mal à résister aux avances subtiles du chirurgien, qu'il crève de devoir le faire souffrir. Mais déjà Idate retrouve son candide sourire.
«Bah je me fais des idées c'est tout! Allez viens, on y retourne. Ils vont s'imaginer des choses sinon!»
Et le jeune homme repart vers le salon en riant. Iruka regarde Idate s'éloigner, avant de pousser un soupir fatigué. Il aimerait que tout cela cesse, tous ces mensonges, toute cette souffrance. Et il sait que cela ne tient qu'à lui.
Dans le salon, les membres de Mescaline ont rejoint leur auditoire d'un soir. Ils semblent pris d'une euphorie contagieuse.
«Hé Iruka, viens voir!» lance Kotetsu. «On est en train d'imaginer le scénario d'un clip, pour la chanson 'you and i'. Tu crois que tu pourrais utiliser nos avatars pour créer une animation?»
Iruka marque un temps d'arrêt avant de secouer la tête négativement.
«Attendez, moi je dessine, je ne sais pas faire de l'animation. Vous vous rendez compte du boulot que ça représente de faire un petit film d'animation comme ça?»
«Ben non, on se rend pas vraiment compte en fait.»
Iruka lève les yeux au ciel devant la réponse d'Aoba, qui semble correspondre à celle des autres membres de Mescaline. D'ailleurs, Kakashi reprend déjà, en continuant de feuilleter les dessins d'Iruka:
«C'est dommage quand même. C'est une super idée. Vous imaginez si ce chien était animé?»
«Ah ben d'accord, toi tu veux faire de l'animation juste pour voir ton avatar faire joujou avec son clébard robotisé.»
Tout le monde se met à rire devant la réflexion sarcastique d'Asuma.
«Ben ouais. J'adorerais avoir un chien comme ça!» répond Kakashi dans un sourire narquois.
«Jack! T'es où? On voudrait essayer un truc sur toi!» lance Genma dans l'air, faisant de nouveau rire toute l'assemblée.
Le dalmatien lève un œil de son panier mais ne daigne pas faire le moindre mouvement.
«Tu vois, même un clébard te voit venir à quinze kilomètres. T'es vraiment pas subtil mon pauvre Genma» renchérit Kakashi en tirant une langue mutine à l'interne de chirurgie viscérale.
Tsunami finit par proposer de demander à ses amis infographistes de se pencher sur l'idée.
«Et depuis quand t'as des amis infographistes toi?»
Tsunami prend un air faussement vexé.
«Depuis que j'ai décidé de m'ouvrir à autre chose que des amis ne rêvant que de scalpel ou de stéthoscope.»
Tout le monde se met à rire, et décision est prise de reporter à plus tard le projet du clip, lorsqu'ils auront enfin mis la main sur des personnes compétentes en la matière.
La soirée se poursuit et Mescaline reprend quelques chansons. Mais la répétition prend rapidement une tournure de fête d'internat. Asuma décide de rentrer arguant le fait qu'il a promis à Kurenai de ne pas revenir saoul. Et apparemment, c'est mal parti pour les autres invités de Kakashi! Devant la température particulièrement douce pour ce début d'automne, tout ce petit monde se retrouve rapidement dans l'herbe fraiche à danser et chanter sous les étoiles. L'alcool aidant, les corps s'échauffent et les couples rivalisent de tendresse. Iruka se laisse prendre au jeu et ne voit pas immédiatement Kakashi quitter discrètement la petite fête. La fête se poursuit plus avant dans le jardin, alors que les garçons décident d'improviser une partie de cache-cache sous la nuit étoilée.
Idate et Shizune sont les premiers à s'enfuir en riant lorsque Kotetsu commence à décompter tout en se masquant les yeux. Les autres ne tardent pas à suivre les deux amis et partent se cacher à leur tour.
Iruka, peu enclin à jouer à cache-cache en pleine nuit, profite de l'excitation de ses amis pour battre discrètement retraite dans la véranda. Il est accueilli par Jack, qui semble regarder avec envie les humains jouer dans son jardin.
«Alors Jack, toi aussi tu veux jouer à cache-cache?» demande Iruka en tapotant la tête du chien, avant de se mettre à sourire. L'interne distingue à peine les ombres fugaces de ses amis qui bougent dans un silence relatif pour fuir le regard perçant de Kotetsu. L'interne de chirurgie cardiaque décide alors d'aller se chercher un petit café, et surtout de récupérer son bloc à dessin. Parce qu'à cet instant, il a une furieuse envie de dessiner.
Mais Iruka s'immobilise sur le seuil du salon. Assis au piano, Kakashi semble perdu dans son monde. Iruka le voit poser délicatement ses doigts sur les touches du piano et entamer une mélodie douce et mélancolique.
(I know - Tom O'Dell)
Iruka n'ose plus faire un mouvement. Il reste immobile dans l'encadrement de la porte, et se laisse bercer par la voix du chirurgien. Les paroles de cette chanson sont loin d'être anodines. Kakashi semble chercher à faire amende honorable, et à se dévoiler. Enfin. Mais le chirurgien semble aussi être résigné. Iruka ressent à la fois de la frustration et de la tendresse à l'égard de Kakashi. Pourquoi ne s'est-il pas décidé plus tôt? Et pourquoi abandonne-t-il maintenant aussi facilement? Iruka a comme un sentiment de gâchis, et c'est ce que semble aussi exprimer Kakashi. Une triste fatalité. Cela donnerait presque envie de pleurer à l'interne.
Kakashi, inconscient d'être observé, poursuit sa chanson. Sa voix tremble un peu. Le chirurgien habituellement toujours maître de lui semble se laisser envahir par ses sentiments.
Alors qu'il met un point final à sa chanson, des applaudissements discrets derrière lui le font sursauter. Il se retourne précipitamment, comme pris en flagrant délit, et son regard croise celui d'Iruka. Les deux hommes restent silencieux quelques secondes, avant qu'Iruka ne murmure:
«C'est une très belle chanson. Un peu trop mélancolique peut être.»
Kakashi ne sait pas quoi répondre. Il ne s'attendait pas à être écouté, encore moins par la principale personne concernée par sa nouvelle composition. Il finit par se racler la gorge, gêné, avant de répondre:
«Je suis content que tu aimes cette chanson.»
Kakashi espère clore la discussion par cette phrase succincte. Mais c'est sans compter Iruka, bien décidé à mettre enfin Kakashi au pied du mur.
«Tu arrives très bien à exprimer le sentiment de perte dans cette chanson. Je pense que chacun pourra s'y reconnaitre. C'est ce qui fait la force de tes compos en général d'ailleurs.»
Kakashi pose un regard impénétrable sur l'interne.
«Merci. J'ai en effet perdu beaucoup de choses dans ma vie. Mais certaines pertes sont plus douloureuses, et plus... difficiles à accepter que d'autres.»
Iruka lui offre un sourire que Kakashi a du mal à interpréter. L'interne laisse son regard dériver dans le vide et déclare, d'une voix neutre:
«Certaines pertes sont malheureusement définitives et irremplaçables. Mais on peut aussi retrouver ce que l'on a perdu parfois, en cherchant bien.»
Iruka marque une pause avant de fixer Kakashi de ses yeux bruns et de rajouter:
«Tu n'es pas d'accord?»
Kakashi ne sait pas s'il doit répondre. Le terrain glissant sur lequel Iruka est en train de l'emmener l'effraie. Mais la tentation est tellement forte. S'il s'écoutait, Kakashi ferait une grande déclaration à Iruka à la seconde même. Et il a presque l'impression que c'est ce que le jeune homme attend.
«Parfois, ce que l'on perd est retrouvé par quelqu'un d'autre. Et alors c'est trop tard.»
Iruka encaisse le coup. Leur petit jeu de sous-entendus commence à prendre une tournure dangereuse.
Mais les deux hommes sont interrompus par Ino et Aoba, qui viennent de débouler dans le salon.
«Ah vous êtes là tous les deux! Je crois qu'Idate te cherche, Iruka!» lance Ino.
«Et nous, on va y aller. C'était une super répèt' Kakashi. On s'en recale une bientôt d'accord?»
Kakashi hoche la tête, visiblement soulagé de cette interruption. Iruka en profite pour s'éclipser et rejoindre Shizune et Idate, qui reviennent tranquillement du jardin.
Tout le monde décide de suivre l'exemple d'Ino et Aoba. Tsunami et Shizune, qui comme d'habitude sont les seules à être restées raisonnables, se proposent de ramener leurs camarades à l'internat.
Lorsque Kakashi se retrouve enfin seul, il laisse éclater sa frustration en entamant un riff de guitare endiablé. Iruka est comme un papillon, qui virevolte autour de lui sans jamais lui laisser le moindre espoir de pouvoir le toucher. Pourtant Kakashi n'est pas fou, l'interne lui a bien entre-ouvert une porte. Mais il est aussi reparti avec Idate. Et Kakashi ne sait plus trop quoi penser de la situation. Bizarrement, il se rend compte qu'il s'est lui-même comporté exactement de la même façon avant. Il a laissé croire des choses à Iruka, pour finir par sortir avec d'autres personnes juste devant son nez. C'est presque un juste retour des choses au final. Kakashi finit par aller se coucher, laissant derrière lui ses idées sombres. Demain est un autre jour.
...
«Alors, tu as trouvé quelque chose?» demande Shikamaru d'une voix teintée d'impatience.
Le jeune homme, qui a les yeux rivés devant l'écran de son ordinateur depuis plusieurs heures déjà, pousse un soupir de frustration.
«Ca sert à rien de me demander ça toutes les cinq minutes!» lance-t-il exaspéré. «Les systèmes de protection de ce site sont impressionnantes. Je n'ai toujours pas réussi à passer la première barrière, et je suppose que c'est loin d'être la seule.»
Shikamaru ne peut retenir un soupir d'agacement. S'il est si dur de pénétrer sur le site de ce fameux labo, c'est sûrement parce qu'ils ont des choses à cacher. Mais l'externe a confiance en son nouvel acolyte.
«Il doit bien y avoir un moyen de contourner leurs défenses. Tout système possède une faille...»
«Oui», répond Sai, «et je vais la trouver. Mais seulement si tu arrêtes de me tourner autour comme ça! Tu me déconcentres là!»
«Ok ok» reprend Shikamaru en s'éloignant du bureau. «Je vais nous préparer un truc à manger en attendant que le petit génie de l'informatique fasse des miracles.»
Tandis que Sai sourit, tout en restant concentré sur son travail, une voix se fait entendre de l'une des deux chambres.
«Quelqu'un a parlé de manger?»
Shikamaru lève les yeux au ciel alors que Choji, bien loin des préoccupations de ses deux camarades, se présente dans la cuisine pour l'aider.
Le jeune homme laisse son esprit dériver sur ses dernières découvertes. Celles-ci se résument en un seul mot: rien. En effet, rien ne semble vouloir filtrer de ce laboratoire. Il a bien trouvé quelques fournisseurs de matériel biologique qui ont bien voulu répondre à ses questions. Mais les mesures de livraison semblent elles aussi drastiques. Personne ne peut pénétrer sur le site, protégé par un important système de surveillance. Le matériel est déposé dans un hangar à l'extérieur du complexe et une équipe de gros-bras est chargée de ramener les stocks dans l'enceinte du laboratoire.
Shikamaru est heureux de voir que Sai semble vraiment s'impliquer. Il a bien sûr dû lui expliquer l'histoire en détail, malgré l'interdiction formelle de Kakashi. Mais l'externe a confiance en Sai. Le jeune homme est l'intégrité même, il ne le trahira pas. Et surtout, ses compétences en informatique vont être essentielles dans le déroulement du plan que Shikamaru a déjà en tête.
Tandis que Choji sort la pizza du four en se léchant les babines, un cri de joie retentit dans le bureau.
«Shikamaru, viens voir!»
Le jeune homme accourt et c'est un Sai tout sourire qui se retourne vers lui.
«Je crois que j'ai compris comment fonctionne leur système de protection. Je viens de lever le premier verrou. Les autres seront probablement plus ardus mais je devrais pouvoir m'en sortir.»
«Génial!» s'exclame Shikamaru. «Et tu penses avoir fini bientôt?»
Sai secoue la tête avant de répondre:
«Ecoute, il vaut mieux qu'on arrête pour ce soir. D'après ce que j'ai compris, ces gars sont capables de tout. Je préfère avancer prudemment et rester discret. Une intrusion de ce genre peut facilement être détectée. Mieux vaut réessayer plus tard.»
Shikamaru laisse échapper un soupir de frustration mais hoche la tête en signe d'assentiment.
Tout vient à point à qui sait attendre. Et l'externe a bien l'intention d'aller jusqu'au bout.
...
Le début de la semaine s'annonce tout aussi éprouvant que les deux précédentes en chirurgie cardio-thoracique. Kakashi est bien décidé à ne pas laisser retomber la pression sur son équipe. Et tout le monde file droit, ce qui l'amuse beaucoup intérieurement.
En deux semaines, le service a quasiment rattrapé tout son retard. Le chirurgien a obtenu deux infirmières et deux aides-soignantes en plus, après avoir passé plusieurs jours d'affilée à pleurer auprès de Tsunade. Il s'est au passage attiré les foudres de certains de ses collègues, qui réclamaient depuis plusieurs mois déjà des effectifs supplémentaires. Mais tout le monde n'a pas la force de conviction de Kakashi Hatake. D'ailleurs Tsunade est assez fière de voir que son petit protégé a repris du poil de la bête. Il se donne à fond pour son service, et tient à merveille son poste de chef. Depuis son retour, il semble aussi plus apaisé, même si son front se voile encore parfois de quelques nuages. Et Tsunade a bien remarqué que cela se produisait lorsqu'il était question d'un certain interne. Et puis même si elle ne l'avait pas remarqué, Kurenai a fini par lui vendre la mèche. La directrice espère sincèrement que Kakashi arrivera à remettre un peu d'ordre dans sa vie amoureuse, comme il l'a si bien fait dans son service.
Ce qui agace particulièrement Kakashi, en ce moment, c'est la guerre sournoise que se livrent encore les internes. Ceux-ci croient peut être qu'il n'a rien remarqué. Mais le chef de service n'est pas dupe. Il a été surpris de voir qu'Iruka n'était pas le dernier à faire des crasses à ses deux camarades. Mais c'est de bonne guerre. Et Kakashi sait que, de toute façon, c'est lui qui aura le dernier mot dans l'attribution du prochain poste de chef de clinique de chirurgie cardio-thoracique. Il a d'ailleurs l'intention de tester Yoroi et Iruka pendant toute la fin du stage, Misumi ayant apparemment lâché l'affaire.
Tout à ses pensées, Kakashi n'a pas vu son ami et confrère Kisame s'approcher.
«Hé Kakashi! T'es occupé? Parce que j'ai un cas intéressant à te proposer.»
Le chirurgien cardiaque se retourne et offre un sourire amical à son collègue.
«Salut Kisame. Quel bon vent t'amène si loin du service d'ORL?»
«On vient d'accepter de prendre en charge un patient un peu compliqué. Il est atteint d'une tumeur de la gorge qui s'est métastasée au poumon. C'est l'hôpital Nord qui nous l'a envoyé, parce qu'ils ne se sentent pas de taille à l'opérer.»
«Ah?» s'étonne Kakashi. «A t'entendre, ça ne ma parait pas bien sorcier pourtant. Ablation de la tumeur et de la métastase dans le même temps opératoire, c'est faisable, même pour l'hôpital Nord.»
Kisame offre un sourire énigmatique à son ami et lui tend les clichés radiologiques.
Kakashi lève le premier cliché vers le néon du plafond, et fronce les sourcils tout en souriant.
«Ok, je comprends mieux. Mal placée cette métastase hein?»
«Tu m'étonnes. Alors, tu te sens de taille?»
Kakashi pose un regard assuré sur le chirurgien ORL.
«Je ne te promets rien, mais franchement, ça se tente. Ton patient est au courant des risques encourus?»
Kisame hoche la tête.
«De toute façon, si on ne lui enlève pas ça, il ne lui reste que quelques mois à vivre. Il est prêt à tenter le coup.»
«Ok, l'intervention est prévue pour quand?»
«Fin de semaine.»
«D'accord, je serai prêt. Laisse-moi le dossier, il va falloir que je le potasse un peu pour trouver la meilleure voie d'abord.»
Alors que Kisame s'éloigne déjà, Kakashi prend la direction du bureau d'Ino.
«Salut ma belle, tu pourrais me photocopier ce dossier s'il te plait?»
La belle blonde lève un œil interrogateur vers son chef et ami.
«Tout le dossier?»
«Oui, tout le dossier. C'est un patient de l'ORL qu'on va devoir opérer en fin de semaine. Un patient un peu particulier.»
«Ah, encore un cas d'anthologie pour le grand Professeur Hatake!» répond Ino d'une voix taquine.
La jeune femme marque une pause avant de reprendre d'un air mutin:
«Et je peux savoir quel interne va avoir la joie de te seconder pour cette intervention?»
«Ça je ne le sais pas encore. Ça dépendra d'eux. C'est un beau challenge qu'ils vont devoir relever, et c'est le meilleur qui gagnera.»
«Avoue que tu as quand même une petite préférence, non?» ajoute Ino, d'humeur particulièrement taquine aujourd'hui.
Kakashi fronce les sourcils et semble réfléchir à sa réponse.
«Il faut savoir séparer le professionnel du personnel ma chère Ino» déclare finalement le chirurgien sur un ton volontairement emphatique, ce qui déclenche le rire de la secrétaire.
Les deux internes en concurrence directe choisissent cet exact moment pour pénétrer dans le bureau d'Ino.
«Ah! Vous tombez bien les gars! J'ai un cas à vous présenter! Intervention conjointe avec l'ORL pour ablation d'une tumeur du larynx avec métastase pulmonaire. Je veux que vous étudiiez le dossier, et que vous me proposiez chacun un protocole pour réaliser cette intervention. Je choisirai celui qui me fera la meilleure proposition.»
Yoroi plisse le nez, visiblement peu emballé:
«Ya rien de sorcier à enlever une métastase pulmonaire. Et on a déjà un protocole pour ce genre d'intervention.»
«Mais tu n'as pas encore vu la radio pulmonaire de ce patient!» déclare Kakashi, un sourire presque machiavélique sur le visage. Le chirurgien tend alors le cliché aux deux internes dont les yeux s'écarquillent en même temps.
«Ça alors! Un situs inversus! C'est super rare!» s'exclame Iruka, visiblement plus enthousiaste que son collègue.
Yoroi se sent particulièrement idiot d'avoir réagi ainsi. Il aurait dû deviner que Kakashi avait quelque chose derrière la tête. Et il a sûrement déjà perdu quelques points aux yeux de son chef. Mais il est bien décidé à se rattraper. Il arrache presque la radio des mains d'Iruka pour examiner de plus prêt ce fameux situs inversus.
Le patient de Kizame possède en effet une particularité anatomique qui rend les interventions, notamment thoraciques, beaucoup plus complexes et risquées. Ses organes sont tout simplement inversés: son coeur, en particulier, se trouve à droite, et les repères anatomiques des gros vaisseaux irriguant les poumons sont totalement bouleversés. Le chirurgien doit donc tenter d'oublier ses repères habituels pour opérer ce genre de patient.
Iruka est prêt à relever ce défi, il est même impatient. Yoroi, quant à lui, n'a aucune envie de laisser Iruka lui voler la vedette encore une fois.
Les deux internes se ruent sur le dossier que Kakashi leur tend.
«Ola, doucement, vous allez devoir partager ce dossier, alors évitez de le réduire en miettes avant d'avoir commencé!» lance Kakashi un peu agacé par le comportement des deux jeunes hommes.
Les deux internes tentent de garder contenance et quittent le secrétariat sans un regard l'un pour l'autre. Kakashi pousse un soupir avant de récupérer les photocopies du fameux dossier. Il va bien sûr plancher sur la question de son côté. Avant qu'Ino n'ait le temps de rajouter quoi que ce soit, le chef la salue et quitte lui aussi le secrétariat pour rejoindre son bureau.
La journée, la semaine même, risque de lui paraitre particulièrement longue.
...
Lorsque Kakashi arrive enfin chez lui le soir, il est déjà tard. Les ombres des grands arbres du jardin s'étalent sur la route. Tandis qu'il ralentit à l'approche de son portail, le chirurgien distingue une silhouette dans la pénombre. Immobile, elle semble attendre son arrivée.
Asuma? Mais pourquoi attendrait-il comme ça dans le noir, sans l'avoir prévenu?
Iruka, qui aurait déjà fini son protocole? Non, même si cela lui ferait vraiment plaisir que l'interne vienne lui rendre visite à cette heure indue, il ne faut pas trop rêver quand même.
Kakashi immobilise sa voiture devant le portail, et la silhouette esquisse un timide pas en avant. Le visage qui se dévoile dans la lumière des phares est empreint d'un mélange d'anxiété et d'espoir.
Mais Kakashi fronce immédiatement les sourcils. Il enclenche l'ouverture automatique du portail et fait mine d'avancer son véhicule dans l'allée.
Obito prend un air contrit, et Kakashi ne peut s'empêcher d'avoir un pincement au coeur. Mais en même temps, la cicatrice laissée par la trahison de son ami d'enfance est encore loin d'être cicatrisée. Kakashi n'a pas peur, n'a plus peur d'Obito. Il n'a plus peur de retomber dans les filets de son emprise malsaine. Mais il n'a pas envie d'une confrontation ce soir.
Pourtant, Obito semble décidé à lui parler, coûte que coûte. Le chirurgien se place devant la voiture et tend les bras en croix.
«Kakashi, s'il te plait, accorde-moi juste quelques minutes.»
Kakashi a du mal à soutenir le regard de son ancien camarade. Un flot de souvenirs lui revient en tête. Il lui en veut encore tellement!
Mais il connaît le lourd passé d'Obito, et cela pèse dans la balance. Lui aussi a fait des erreurs, il en paye le prix à présent. Et il sait à quel point cela peut être douloureux. Alors le chirurgien décide d'accorder à Obito les quelques minutes qu'il demande.
Kakashi coupe le contact et descend de sa voiture. Il se plante devant Obito, qui baisse la tête en murmurant:
«Kakashi, je... Je suis désolé.»
Devant le silence du chirurgien, il poursuit:
«Je suis désolé pour tout le mal que je t'ai fait. Je n'ai aucune excuse, et je m'en veux énormément. J'ai... J'ai entamé une thérapie depuis notre dernière... discussion. Et cela m'a beaucoup aidé. Je sais que tu m'en veux, et je ne te demande pas de me pardonner tout de suite. Mais j'aimerais que tu acceptes mes excuses, parce qu'elles sont sincères.»
Kakashi laisse passer quelques secondes avant de répondre. Il est partagé entre l'envie de lui foutre à nouveau son poing en travers de la face, et celle de le serrer dans ses bras. Ce frère qu'il n'a jamais eu, ce frère qui l'a trahi, mais avec qui il a passé de si bons moments aussi.
«Je ne sais pas si je serai capable de te pardonner un jour, Obito. Mais j'accepte tes excuses. Je pense qu'il serait préférable pour nous deux d'éviter de nous croiser pendant un certain temps.»
Kakashi a parlé d'une voix ferme, mais le léger tremblement en fin de phrase n'est pas passé inaperçu à Obito. Tandis que le chirurgien remonte dans son véhicule, Obito s'écarte du passage. Il suit du regard la voiture remontant l'allée jusqu'à ce que le portail se referme sur son ancien ami.
Obito pensait vraiment que ce serait plus dur. Il s'était même préparé à une confrontation physique. Mais son psychiatre avait finalement raison. sous ses airs frivoles, Kakashi est un homme d'une grand sagesse et d'une grande bonté. Obito entame le chemin du retour en repensant à ces dernières semaines. Il se sait encore fragile, mais il a enfin entamé le nécessaire travail de reconstruction psychique qui lui était indispensable. Et en y réfléchissant bien, c'est grâce à Kakashi qu'il entrevoit enfin le bout du tunnel.
...
Quelques semaines plus tôt, dans une clinique psychiatrique privée de la banlieue de Konoha.
Après sa crise d'hystérie, Obito a été sédaté par l'un de ses collègues et il s'est réveillé le soir même dans cette clinique. Il a bien tenté son petit numéro de charme manipulateur habituel sur le thérapeute en charge de son cas, mais il a vite compris que c'était peine perdue.
Le psychiatre n'a pas mis longtemps à faire s'écrouler le système de défense bâti au cours de toutes ces années par Obito. Le chirurgien a tenté de lutter, mais au bout de sa première semaine d'hospitalisation, il a enfin fini par craquer. Il a rendu les armes, pour la première fois de sa vie.
Fatigué de lutter, fatigué de jouer, fatigué de mentir.
Obito a déballé son sac: ses colères enfouies, sa haine, ses déceptions. Tout y est passé. La blessure la plus cruelle est sans doute celle qui l'a envoyée à l'orphelinat. Il n'a jamais raconté cela à quiconque. Pas même à Kakashi ou à Rin.
Ce jour où il a mis le feu à sa propre maison. Les gens ont cru qu'il était devenu fou. Mais le jeune Obito avait juste tenté d'exprimer, à sa manière, sa frustration de ne pas exister aux yeux de ceux qui comptaient le plus pour lui: sa propre famille.
Enfant rejeté par une mère alcoolique, et par un père trop occupé par ses affaires professionnelles, Obito avait grandi sans cadre, sans limite, et sans amour.
La famille de son père, le prestigieux clan Uchiwa, le regardait avec dédain. Lui, le fils illégitime. Obito vivait avec sa mère, qui avait servi un temps au manoir des Uchiwa. Elle recevait une rente mensuelle de son père, et tous deux logeaient dans une petite maison au fond du magnifique parc appartenant au clan. Interdiction cependant d'approcher la résidence principale. Obito regardait de loin les enfants de la famille jouer sur l'herbe. Il aurait tant aimé se joindre à eux, il connaissait leurs prénoms: Itachi, Shishui, et le petit Sasuke qui venait de naître.
Mais lui n'avait qu'un coin de jardin caillouteux. Injuste était le mot qui lui revenait le plus souvent en tête.
Son père venait parfois leur rendre visite. Sa mère, accrochée à sa bouteille de brandy, le reconnaissait à peine. Et il ne restait donc jamais très longtemps. Obito se souvenait encore très clairement du jour où, après avoir vu le beau labrador sable courir dans le jardin avec ses cousins, il avait osé demandé un chien à son père.
Celui-ci lui avait lancé un regard hautain avant de répondre:
«Obito, tant que tu seras dans cette propriété, tu ne possèderas jamais rien. Tu es arrivé uniquement par accident, et tu quitteras ces lieux dès que tu auras atteint ta majorité.»
La cruauté de ces paroles, les dernières qu'il entendit de son père, Obito ne les oublierait jamais. Ni celles de sa mère, le soir même, alors qu'il venait de faire tomber une assiette au sol. Dans un élan de lucidité, sa mère s'était mise à hurler:
«Tu n'es qu'un bon à rien Obito! A cause de toi, je suis recluse ici jusqu'à la fin de mes jours! C'est de ta faute, tout est de ta faute! Tu as apporté le malheur avec toi, Obito! Jamais tu n'aurais dû voir le jour!»
Et dans un accès de rage, sa mère s'était mise à ravager la pièce.
Obito s'était enfui dans la nuit, il avait couru tout droit sans réfléchir, les larmes fouettant son visage.
Quand il s'était rendu compte qu'il était arrivé au pied de la grande bâtisse principale, il avait tout d'abord paniqué. Il n'avait pas le droit d'être là. Mais la peur s'était transformée en curiosité. L'envie irrépressible de savoir ce qu'on lui cachait. Et lorsqu'il avait jeté un œil par la fenêtre de la salle à manger, il avait compris.
Obito avait reconnu les membres du clan Uchiwa, attablés à une table jonchée de mets qu'il ne connaissait pas. Dans un coin de la pièce, un grand sapin trônait, avec à son pied une montagne de paquets multicolores. Obito n'avait jamais fêté Noël, il ne savait même pas que cette fête existait. Il avait reconnu son père, accoudé devant la cheminée, un verre de cognac à la main, en grande discussion avec son oncle, le père d'Itachi et du petit Sasuke. Tout le clan était réuni, les visages étaient radieux. Obito avait alors senti une bouffée de jalousie, non, une bouffée de haine monter au creux de son ventre. Toutes cette joie, toute cette nourriture et tous ces cadeaux, lui aussi les méritait. Lui aussi portait le nom de Uchiwa. Personne n'avait voulu sa naissance apparemment. Mais lui non plus, il n'avait rien demandé!
Les enfants avaient commencé à déballer leurs cadeaux. Lorsque le père de Shishui avait tendu un petit chiot à son fils ravi, Obito avait serré les poings. Il n'avait pas pu en regarder plus, et il s'était précipité chez lui. Dans un accès de rage, il avait alors récupéré du papier journal et des allumettes, et sans réfléchir, de manière mécanique, avait confectionné une torche qu'il avait copieusement arrosée du fond de brandy qui trainait sur la table. Après avoir mis le feu à son arme, il s'était précipité dans le jardin et avait commencé à embraser les différents buissons qui entouraient sa propre maison.
Obito expliquerait plus tard qu'il avait voulu que tous voient enfin la maison au fond du jardin, la maison qui cachait le fruit d'une nuit de débauche de l'un des leurs, la maison qui avait rendue sa propre mère folle et aigrie.
Mais le feu s'était rapidement propagé à l'aile gauche du manoir. Tout à leur fête de Noël, les membres du clan ne s'étaient pas tout de suite rendu compte du drame qui se déroulait.
Quand enfin, la fumée et l'odeur de brulé leur était parvenus, les enfants avaient été mis en sécurité et les hommes avaient tenté de calmer le feu en attendant l'arrivée des pompiers.
C'est en essayant de sortir la mère d'Obito de sa maison en flammes que son père était mort. Les deux corps calcinés avaient été retrouvés au petit matin.
Obito avait été retrouvé prostré au fond du jardin, mutique. Vues les circonstances, le clan Uchiwa avait refusé de prendre le jeune garçon en charge. Obito se trouvait une nouvelle fois rejeté par les siens. Il avait alors été confié à l'orphelinat d'Hiruzen, un ami de la famille.
Et il avait rencontré Kakashi et Rin.
Mais le mal était fait. La graine de la folie et de la haine était à présent bien enfouie dans son coeur.
Après avoir raconté pour la première fois cet épisode tragique de sa vie, Obito s'est senti soulagé. Et le psychiatre a pu commencer son travail de reconstruction.
Après quatre semaines d'hospitalisation, Obito a obtenu l'autorisation de quitter la clinique, mais pas celui de reprendre son travail. Il a été mis en congé forcé pendant six mois, une évaluation de son état psychique étant prévue à la fin de cette période pour juger de sa capacité à opérer de nouveau.
Son psychiatre lui a alors conseillé d'utiliser cette période pour poursuivre son travail d'introspection, mais aussi pour demander pardon à toutes les personnes qu'il a pu blesser par le passé. C'est ainsi qu'il est arrivé devant le portail de Kakashi.
En regagnant sa propre maison, Obito repense aux paroles de son ami:
«Je ne sais pas si je serai capable de te pardonner un jour, mais j'accepte tes excuses.»
Obito sait pertinemment qu'ils ne retrouveront jamais la complicité qu'ils avaient avant, mais il espère sincèrement que Kakashi arrivera à lui pardonner un jour.
...
A l'internat ce soir, Iruka travaille. Pour ne pas changer comme diraient ses amis. Mais cette fois, le challenge proposé est vraiment génial. Et l'interne rêve de pouvoir participer à cette intervention. Il sait que Yoroi n'est pas à prendre à la légère, mais il reste persuadé qu'il peut gagner. Sur le coup, Iruka a été assez surpris que Kakashi les mette en concurrence directe, alors qu'il semblait trouver leur petite guerre fatiguante. Mais en y réfléchissant, le chirurgien leur a offert une manière intelligente de se battre.
Alors qu'il pousse un soupir de frustration en étudiant pour la cinquième fois d'affilée les données du dossier, Shizune arrive à petits pas furtifs, en jetant des coups d'œil méfiants autour d'elle. Iruka lève un œil amusé vers son amie.
«Qu'est ce qui t'arrive Shizune? Tu as l'air d'une criminelle qui cherche à fuir la police!» lance Iruka sur un ton amusé.
La jeune femme s'enfonce dans le fauteuil à côté de son ami et chuchote:
«Tu ne crois pas si bien dire! J'ai fait une bêtise, une énoooorme bêtise! Et Kotetsu va me tuer!»
Iruka pose un regard affectueux sur son amie avant de répondre:
«Quoi que tu aies fait, cela ne peut pas être si terrible. Tu ferais sûrement mieux de lui dire au lieu d'attendre qu'il le découvre par lui même.»
Shizune s'apprête à répondre mais s'arrête net, semblant réfléchir à la phrase d'Iruka. Puis un sourire apparait sur son visage.
«Mais c'est un très sage conseil ça. Tu devrais peut être le suivre toi aussi!»
Iruka lève les yeux au ciel et prend un air vexé.
«Tu voudrais pas me lâcher un peu avec ça hein! Je vais parler à Idate, j'attends juste le bon moment.»
Shizune fait la moue et répond:
«Et bien voilà, c'est pareil pour moi, j'attends le bon moment pour dire à Kotetsu que je viens de flinguer son T-shirt préféré.»
«Ah ben ça va, ya pas mort d'homme non plus. Ce n'est qu'un T-shirt...»
«C'est le T-shirt qu'il avait acheté avec Izumo au concert de leur groupe préféré, quand ils avaient fait le mur pour aller les voir jouer. Tu te rappelles? Leurs parents avaient du aller les chercher à Konoha parce qu'ils n'avaient plus assez d'argent pour prendre le train du retour. Leur super «road trip des meilleurs amis du monde".»
Cette fois, Iruka prend une expression sincèrement peinée pour son amie.
«Tu vas te faire tuer.»
«Merci de ton soutien» marmonne Shizune en s'enfonçant un peu plus dans son siège. «Bon et toi, toujours sur ce dossier?»
«Oui, il n'est pas question que Yoroi ait cette intervention.»
Shizune sourit, heureuse de voir que la motivation d'Iruka pour la chirurgie cardio-thoracique est intacte.
«Tu es au courant qu'il y a le gala de la fac de médecine la semaine prochaine?»
«Oui.»
«Et?»
«Et quoi?»
«Tu as l'intention de venir?»
«Oui bien sûr. Pour une fois qu'on peut avoir une soirée un peu classe, je vais pas me priver.»
«Et tu vas venir avec Idate?»
«Je... Je ne sais pas. Il n'a pas trop sa place là bas tu ne crois pas?»
Shizune pose un regard peiné sur son ami.
«Iruka, Idate n'a pas sa place auprès de toi, et tu le sais très bien.»
Le jeune homme replonge le nez dans son dossier mais il sait pertinemment que Shizune a raison.
...
Kakashi a laissé le service ce matin pour aller rendre une petite visite à son ami Nagato. Avant de passer dans sa chambre, le chirurgien s'entretient avec son collègue oncologue. Comme il le craignait, il apprend que la dernière tentative de chimiothérapie a échoué. Nagata n'a absolument pas répondu au nouveau protocole, et il a été décidé d'arrêter tout traitement curatif.
Nagato est donc à présent en soins palliatifs uniquement. Il attend la mort.
Les deux médecins concluent rapidement leur conversation.
«Bon, si tu es d'accord, il ne me reste plus qu'à convaincre Nagato.»
L'oncologue hoche la tête.
«Kakashi, c'est bien ce que tu fais. C'est la meilleure chose que l'on puisse faire pour Nagato à présent.»
Kakashi lui offre un sourire chargé de tristesse et se dirige vers la chambre de son ami.
Nagato gît dans son lit, le regard vide de toute expression, les joues creusées. Il arrive à esquisser un sourire lorsqu'il reconnaît son ami chirurgien.
«Kakashi!» murmure-t-il d'une voix fatiguée, «je suis content de te voir!»
Le jeune homme voit le visage fermé du chirurgien et comprend que celui-ci sait déjà tout. Il a dû se renseigner auprès de son collègue. Mais Nagato ne veut pas qu'il s'apitoie sur son sort, il a toujours refusé qu'on le prenne en pitié. La vie est injuste, mais c'est comme ça.
Alors il reprend:
«Kakashi, cette fois je crois que c'est vraiment la fin. Mais la bonne nouvelle, c'est que je n'aurai plus toutes ses perfusions! C'est presque la liberté en fait!»
Le chirurgien profite de se brin d'humour pour rebondir.
«Et bien tu ne crois pas si bien dire Nagato. Maintenant que tu es libéré de tes perfusions, tu vas pouvoir venir habiter avec moi, dans ma maison. J'espère que tu aimes les chiens par contre!» conclut Kakashi sur le ton de la plaisanterie.
Nagato marque un temps d'arrêt et dévisage Kakashi. Le chirurgien a l'air sérieux. Mais le jeune homme ne peut pas accepter, il ne peut pas imposer cela à Kakashi.
«Kakashi, écoute c'est très gentil de ta part, mais je ne crois pas que...»
«Ah mais je ne te demande pas ton avis en fait! Ton oncologue est d'accord de toute façon!»
Kakashi s'approche du lit de son ami et s'allonge à côté de lui. Il passe un bras affectueux autour des épaules de Nagato avant de reprendre d'une voix douce:
«Nagato, nous savons tous les deux que c'est la fin, en effet. Mais personne ne peut dire quand cela surviendra. Alors en attendant, laisse-moi faire de ces derniers moments quelque chose d'agréable pour toi. On sera bien tous les deux tu verras. Bien sûr, je devrai te laisser dans la journée pour aller travailler, mais une infirmière viendra s'occuper de toi. Et je pourrai t'emmener à la mer le WE, si tu es assez en forme! Je te ferai de la tarte au citron aussi!»
«Kakashi, je... C'est...»
Mais Nagato ne peut réprimer le flot de larmes qui inonde à présent son visage. La générosité de Kakashi est la plus belle chose qui lui ait été donnée de voir jusqu'à présent.
Alors Nagato se contente d'acquiescer. Il meurt d'envie de quitter enfin cet hôpital, même s'il sait que ce n'est que pour vivre ses derniers instants.
Et passer ce temps-là avec Kakashi, l'une de rares personnes à l'avoir considéré comme un ami avant de le considérer comme un cancéreux, c'est tout simplement merveilleux.
«Bon et bien puisqu'on est d'accord, je passe te chercher samedi en début d'après-midi. J'ai déjà une chambre toute prête pour toi. En plus elle donne sur le jardin, tu verras c'est super joli!»
Nagato ne trouve pas les mots pour remercier son ami. Alors il se contente de poser sa tête contre sa poitrine et de le serrer fort. Kakashi pose avec tendresse sa main sur la tête de son jeune ami. Il sait qu'il a pris la bonne décision.
...
«Hé les gars! Toujours partants pour le WE à la mer?» lance Naruto à Shikamaru et Choji.
«Ouais, enfin ne compte pas sur nous pour nous baigner. Je te rappelle qu'on est en plein mois de novembre là!» répond Shikamaru en soupirant.
Naruto se renfrogne.
«Je le sais bien gros bêta, d'ailleurs je suis en train de chercher le lieu idéal pour nos petites vacances.»
«Pourquoi pas Nagoya? C'est au bord de la mer, et il y a des sources d'eau chaude très réputées. Ça pourrait être très sympa non?» lance une voix derrière le petit groupe.
Naruto et Shikamaru se retournent pour faire face à un Sai tout sourire. Tandis que Naruto s'exclame de joie devant cette brillante idée, Shikamaru fronce les sourcils, envoyant une implicite question à Sai. Celui-ci se contente de sourire et le groupe reprend la direction de l'amphithéâtre.
«Les filles, pour le WE on va à Nagoya! On va profiter des sources d'eau chaude!» s'écrie Naruto alors qu'il arrive à la hauteur de Sakura et Hinata.
Sasuke lève un œil interrogateur vers son colocataire.
«Et tu as eu cette idée de génie tout seul?»
«Non, c'est Sai. Mais avoue que c'est une très bonne idée non?»
Sasuke se contente de hocher la tête. La sortie à la mer qui devait se faire en petit comité est peu à peu en train de se transformer en joyeuse colonie de vacances. Mais le jeune Uchiwa est plutôt content de la tournure que prennent ces petites vacances.
Un peu à l'écart, Shikamaru chuchote:
«Je peux savoir ce que tu as derrière la tête?»
Sai se met à sourire en laissant ses yeux fixés sur le bureau du Professeur en bas de l'amphi.
«Une petite visite sur le terrain me semble judicieuse, c'est tout. D'autant que j'ai enfin réussi à percer leur système de protection.»
«Quoi?» s'écrie Shikamaru, faisant se retourner une partie de ses camarades, peu habitués à le voir se manifester aussi bruyamment.
Sai, les yeux toujours rivés vers le bas de la salle, répond d'une voix flegmatique:
«On se retrouve chez toi après les cours et je te montre tout ça ok?»
Shikamaru hoche la tête tandis que le Professeur commence son cours. Le jeune homme vient de découvrir un sentiment qui lui était jusqu'à présent étranger: l'impatience.
...
Et voilà, j'espère que ce chapitre vous a plu: si c'est le cas, n'hésitez pas à laisser un commentaire. Ca motive beaucoup l'auteur en cette période chargée.
Si des choses ne vous ont pas plu, vous pouvez aussi laisser un commentaire: les remarques constructives me sont très utiles pour améliorer mon histoire.
A bientôt pour la suite...
