Euh... Je ne sais pas trop comment commencer: j'ai tellement honte d'avoir abandonné cette fiction, et avec elle mes lecteurs. GOMEN!

Bon, soyons honnête, la vie (la vraie) est compliquée parfois, très compliquée même.

J'ai eu de nombreuses fois envie de reprendre cette histoire: mais la tâche me semblait insurmontable. J'ai finalement pris mon courage à deux mains, remonté mes petites manches, et relu tous les chapitres un par un, ainsi que tous les merveilleux commentaires que vous m'aviez laissés.

Et nous y voilà! Le chapitre 33 est devant vos yeux!

Reprendre une histoire après plus de 2 ans n'est vraiment pas facile. Il y aura peut être quelques incohérences, quelques erreurs par rapport aux nombreux chapitres précédents. J'espère que vous serez indulgents (quelle idée aussi, de faire une histoire aussi complexe, avec autant de personnages hein!).

J'espère avoir le plaisir de retrouver quelque uns de mes anciens lecteurs, et je serai ravi d'en accueillir de nouveaux.

Je vous souhaite une bonne lecture.

Victor.

Chapitre 33: Décisions.

"Je pense qu'on devrait peut-être envisager de faire quelque chose de plus simple, vous ne pensez pas?" déclare timidement Hinata.

Tous les autres hochent vigoureusement la tête, devant un Naruto buté.

"Je ne vois pas ce qui vous gêne dans ce programme. Vous avez envie de vous éclater ou pas?" réplique Naruto.

Le jeune homme, planté au milieu du salon de son appartement, croise les bras, vexé.

"Nous éclater certes, mais pas éclater notre portefeuille. Franchement Naruto, on n'a pas les moyens de faire le quart de ce que tu proposes comme activités!" répond Sakura exaspérée.

"On n'aura pas le temps non plus. Je te rappelle qu'on part pour un week end, pas pour un mois" poursuit Shikamaru.

"Pfff, vous trouvez toujours quelque chose à redire de toute façon" rétorque Naruto la mine boudeuse.

Sasuke, resté en retrait, décide d'intervenir.

"Ecoute Naruto, je crois que les autres ont raison. Le but c'est de passer un bon moment ensemble loin de Konoha non? Faisons quelque chose de simple, pas trop cher, mais qui nous laissera à tous de beaus souvenirs."

"Oh mais c'est qu'il se la jouerait presque poête maintenant?" lâche Naruto visiblement très vexé.

Sasuke lâche un soupir et ferme les yeux quelques secondes. Avant que quelqu'un ait le temps de bouger, le jeune Uchiwa pose un regard noir sur son colocataire et lui balance sèchement:

"Naruto, tu vas arrêter tes conneries et m'écouter bien attentivement"

Naruto tente de répondre mais le brun lève une main autoritaire, exigeant le silence de la part de son ami.

"Bon, je ne vais pas tourner autour du pot. On est tous d'accord pour dire que ton idée de week end à la mer est géniale. Mais pour l'organisation, tu vas nous laisser faire ok?"

"Mais..."

"Pas de mais" le coupe Sasuke, "tu nous laisses organiser ou bien on annule tout c'est compris?"

Naruto croise les bras en faisant la moue, ce qui achève d'exaspérer Sasuke.

"Bon et bien tu as gagné, tout est annulé. Merci à tous d'être venus, désolé de devoir en arriver là" déclare Sasuke en se tournant vers les autres.

Shikamaru se lève le premier, intimant implicitement à ses amis de le suivre.

Sasuke reste stoïque, malgré la tête impayable que lui offre Naruto à cet instant même.

Hinata jette un coup d'oeil au blondinet d'un air peiné, mais emboite le pas de Sakura qui a déjà franchi le seuil de l'appartement.

"Non mais... Attendez! On va pas tout annuler maintenant! Hé les amis, restez quoi!" lance Naruto.

Sasuke pose un regard placide sur son colocataire, même si intérieurement il exulte. C'est vraiment trop facile de faire marcher Naruto.

Le jeune Uchiwa a appris à connaître Naruto, et il commence à bien maîtriser les clés qui fonctionnent immanquablement sur son ami. C'en est presque devenu trop facile. D'ailleurs il sait que dans trois secondes, Naruto aura rendu les armes.

Trois. Deux. Un...

"Ok, Ok, j'ai compris. Je te laisse gérer l'organisation" ronchonne Naruto avant de rajouter en s'adressant aux autres:

"Mais si ce week end est merdique, faudra pas venir vous plaindre!" lance-t-il au reste de la troupe avant de s'affaler dans le canapé, tandis que les autres reviennent s'installer dans le salon.

Sasuke a semble-t-il déjà bien réfléchi au déroulement du week end. Les autres acquièscent à ses propositions, sous l'oeil un peu jaloux de Naruto.

C'est quand même dingue ça, il faut toujours que Sasuke ramène tout à lui! Entre les filles qui se pâment toutes devant lui et les profs qui ne lui font que des éloges, il n'y en a que pour sa petite gueule de premier de la classe.

Naruto est parti bouder dans la cuisine, mais il tend l'oreille pour connaître les plans de Sasuke pour "son" week end à la mer. Il sursaute quand Hinata lui chuchote à l'oreille:

"Tu sais Naruto, même si c'est Sasuke qui organise, c'est grâce à toi qu'on va partir. Et on en a tous conscience ici."

"Merci Hinata" répond sobrement Naruto. La jeune fille s'éloigne pour rejoindre le salon alors que Naruto ajoute à voix haute, de manière à ce que tout le monde entende:

"Mais quand même, je maintiens que la pêche au gros, ça aurait été génial."

Shikamaru, Sai, Choji, Sakura et Sasuke se retournent d'un même mouvement et répondent d'une seule voix:

" pas en plein mois de novembre Naruto!".

Hinata ne peut s'empêcher de sourire. Son obstination fait indéniablement partie de son charme.

...

Kakashi lève un regard impénétrable sur les deux internes. Le chef de la chirurgie cardio-thoracique a consciencieusement étudié les deux propositions opératoires. Et il a dû se rendre à l'évidence: l'un des deux internes est passé à côté d'un point essentiel.

Le chirurgien s'enfonce dans son fauteuil et laisse passer quelques secondes, les mains croisées sous son menton. Il jauge ses deux internes. Et il se demande comment ils vont réagir à sa décision. Comment il va réagir.

Iruka.

Le jeune homme se tient devant lui. Kakashi trouve qu'il a changé. Il a pris de l'assurance. D'ailleurs à cette minute, il semble convaincu qu'il a remporté ce round de la guerre des internes. Comment va-t-il réagir quand il saura que...

"Yoroi, c'est toi qui viendra au bloc avec moi pour cette intervention."

Kakashi n'a pas quitté Iruka des yeux en annonçant la sentence. L'interne a tressailli. Un tout petit tressaillement, une infime marque de frustration. Mais ce que Kakashi ne sait pas, c'est qu'à l'intérieur, Iruka bout littéralement.

Comment Kakashi peut-il lui faire ça? Lui fait-il payer sa relation avec Idate? Veut-il asseoir son autorité? Veut-il balayer d'un trait tout ce qui s'est passé entre eux?

Ou peut-être le chirurgien veut-il éviter qu'on l'accuse de favoritisme, au risque de condamner sa future carrière.

Mais Iruka n'a pas le temps de pousser plus loin son analyse de la situation. Kakashi reprend:

"Vous avez tous les deux proposé un schéma opératoire qui assurerait la réussite de l'intervention..." Iruka n'arrive pas à regarder son chef dans les yeux. Et s'il était parfaitement honnête avec lui-même, il s'avouerait que cela n'a rien à voir avec le stress de la petite compétition en cours.

Iruka n'ose pas regarder Kakashi en face, de la même manière qu'il n'arrive plus lui-même à se regarder en face.

"Mais la technique proposée par Yoroi est tout simplement plus rapide. A efficacité identique, on se doit de privilégier l'anesthésie la plus courte possible."

Iruka ne l'écoute pas. Il se demande comment il a pu passer à côté de cette intervention. Il manque de concentration en ce moment, il fait les choses par réflexe, se sent moins pertinent, moins bon. Sa vie personnelle est en train d'empiéter sur ses capacités professionnelles. Le jeune homme s'était pourtant juré que cela n'arriverait jamais. Et s'il y réfléchit bien, dès le premier jour où il a mis les pieds dans cet hôpital, il a mis à mal cette résolution.

"Je m'appelle Iruka Umino. Et toi?"

"Ca je peux pas te le dire..."

Son sourire, son odeur, son charme, son charisme. Comment peut-il résister à ça? Pourquoi devrait-il refuser ce que Kakashi semble enfin vouloir être décidé à lui donner?

"Iruka?"

"Iruka!" reprend Kakashi un peu plus fort. "Tu es avec nous là?"

Iruka relève la tête, regarde tour à tour Yoroi et Kakashi, et répond en tournant les talons:

"Oui, j'ai compris. Félicitations Yoroi."

Kakashi n'a pas le temps de répondre, Iruka a déjà quitté la pièce. Yoroi se tourne alors vers son chef, ravi:

"Merci chef, je vous assure que je serai à la hauteur au bloc, et..."

Mais Kakashi ne le laisse pas finir. Il se tourne vers l'interne et lui répond d'une voix ferme:

"J'espère bien que tu vas assurer. Mais n'oublie pas une chose Yoroi: un chirurgien n'opère jamais seul. Si tu te fais trop d'ennemis, plus personne ne voudra opérer avec toi."

Kakashi se lève, laissant Yoroi digérer ses propos. Le chirurgien est troublé. Iruka n'a quasiment pas bronché. Un frisson de déception, mais pas même un regard. Lui qui a toujours été si franc. Le considère-t-il définitivement comme un élément de son passé? Sa relation avec Idate est-elle si sérieuse? Pourtant il cru... Chez lui... Cette conversation, ces sous-entendus. A-t-il pu se tromper et mal interpréter les intentions d'Iruka?

Tout à ses pensées, le chirurgien prend la direction de la sortie. Il doit chasser Iruka de ses pensées pour le moment. Quelqu'un d'autre a besoin de lui. Et le chirurgien veut y consacrer le maximum de temps et d'énergie.

Le temps, c'est ce qui risque de lui faire défaut. Alors il n'a pas une minute à perdre. Nous sommes vendredi et pour la première fois depuis qu'il est revenu de Shiba, Kakashi quitte son service en avance.

Ino a juste le temps de lui envoyer un "bon week end Kakashi!". Elle voit son chirurgien préféré, de dos, lever une main en signe d'au revoir et tourner à l'angle du service de chirurgie cardio thoracique.

...

Le service d'oncologie semble plongé dans une douce torpeur. S'il n'était pas question de cette saleté de cancer derrière chacune de ces portes, on pourrait presque croire que la sérénité règne. Mais Kakashi sait que ce calme apparent ne cache que les portes de la mort. Certaines arrivent à se refermer parfois, grâce à l'acharnement de tous les soignants du service, sans attirer derrière elles des patients qui resteront cependant marqués par cette épreuve.

Kakashi sait aussi que pour Nagato, son jeune ami, le sort en est déjà jeté.

Il frappe doucement à la porte de la chambre du jeune homme avant d'entrer discrètement. Le chirurgien entend une voix fatiguée s'élever du lit.

"Entre Kakashi, je t'attendais."

Nagato pose un regard éteint sur son ami. Il est heureux que le chirurgien soit là. Mais il arrive au bout de ses forces.

Quand Kakashi lui a annoncé qu'il allait le sortir de l'hôpital, qu'il allait le prendre chez lui pour les quelques semaines qu'il lui restait, Nagato n'y a pas vraiment cru. Même avec la meilleure volonté du monde, cela lui semblait impossible à organiser. Et les médecins ne donneraient jamais leur autorisation.

Mais le jeune homme, à cet instant, doit bien se rendre à l'évidence. Kakashi est vraiment venu le chercher, à en croire sa valise posée sur le sol et le certificat de décharge qu'il vient de signer. Kakashi a réussi à convaincre tout le monde, à organiser sa prise en charge à son propre domicile.

Kakashi a tenu sa promesse...

"Alors Nagato, tu es prêt?" lance joyeusement Kakashi.

Nagato lui offre un sourire plein de reconnaissance, sentant déjà les larmes monter dans ses yeux sombres.

"Ah ben si tu pleures alors qu'on n'a pas encore quitté l'hôpital, j'imagine même pas ce que ça va être quand tu vas découvrir la chambre que je t'ai préparée!" reprend Kakashi, bien décidé à ne pas laisser le tragique de la situation prendre le dessus.

Le chirurgien s'est promis de rendre les derniers moments de Nagato les plus agréables possibles. Il ne se voile pas la face, il sait que Nagato va mourir. Mais il mourra chez lui, dans un lit confortable, entouré de l'amour qu'il n'a jamais eu.

Nagato ne peut retenir ses larmes quand les ambulanciers entrent dans la pièce.

"Kakashi, je..."

Mais l'émotion empêche Nagato de finir sa phrase. Kakashi se penche sur son jeune ami pour l'enlacer et lui murmurer:

"Tu vas prendre cette ambulance Nagato. Moi je pars devant et je t'attends à la maison, d'accord?"

Le jeune homme hoche la tête. Un seul mot arrive à franchir ses lèvres:

"Merci".

Kakashi attrape la valise de Nagato et prend la direction des ascenseurs. Alors que les portes s'ébranlent, une main vient bloquer leur fermeture.

"Tiens salut Ibiki!"

Le chirurgien se contente d'un signe de tête en guise de salut.

Un silence inconfortable s'installe dans la cabine, rapidement brisé par Ibiki. Les yeux fixés sur la porte de l'ascenseur, celui-ci lance:

"j'ai cru comprendre que tu as fait la connaissance de mon petit frère."

A cet instant, Kakashi donnerait tout ce qu'il a pour être ailleurs. Même s'il n'a rien à se reprocher vis-à-vis d'Idate (à part peut-être l'avoir poussé, sans le savoir, à venir à Konoha), il sent que la conversation ne va pas forcément être très agréable. Mais déjà le chirurgien maxillo-facial reprend: "en tant que grand frère, je ne tolérerai pas que quelqu'un fasse souffrir Idate."

Kakashi ne sait pas trop s'il doit répondre. Tout à ses pensées, il sursaute quand Ibiki se tourne brutalement pour lui faire face:

"Kakashi, ce que je suis en train d'essayer de te faire comprendre, c'est que j'aimerais que tu mettes un terme à la relation entre Iruka et Idate."

Le chirurgien cardio-thoracique prend quelques secondes pour digérer ce qu'il vient d'entendre. Son regard croise celui d'Ibiki. Le chirurgien a l'air sérieux!

"Ecoute Ibiki, avec tout le respect que je te dois, je crois que leur relation ne me regarde pas. Iruka et Idate sont majeurs, ils ont le droit de..."

"Mon frère mérite mieux qu'Iruka."

Ok, Ibiki et sa franchise légendaire. Kakashi hésite à défendre son interne, mais il sait qu'au fond, Ibiki a raison. Dans l'état actuel des choses, Iruka semble s'être embourbé dans une histoire dont il n'arive pas à se dépêtrer. Mais Kakashi ne voit pas trop ce qu'il peut faire pour...

"Je ne sais pas où en sont tes sentiments pour Iruka, mais il est évident que ce gamin est amoureux de toi. Idate mérite mieux qu'une relation par dépit. Je connais mon petit frère, si Iruka ne lui dit pas clairement qu'il en aime un autre, Idate continuera à s'accrocher."

Pas faux. Idate est un jeune homme idéaliste, honnête et franc. Et on ne peut pas dire que ce soit les qualités principales du moment de son interne préféré. Kakashi a conscience d'avoir sa part de responsabilité dans l'attitude ambiguë d'Iruka, mais il ne voit vraiment pas comment il peut agir.

"Ecoute Ibiki, franchement je pense qu'Iruka et Idate doivent gérer ça tous les deux. Je ne vois pas comment..."

Ibiki pose un regard perçant sur son collègue.

"Répare tes conneries, Kakashi. Tu vas devoir prendre un risque cette fois: déclare tes sentiments à Iruka. S'il choisit Idate, c'est que je me serais trompé sur lui."

Kakashi accuse le coup. C'est effectivement une possibilité: qu'Iruka décide de poursuivre sa relation avec Idate, qu'il ait définitivement fait une croix sur lui. Ibiki tourne le dos au chirurgien cardio-thoracique au moment où les portes s'ouvrent:

"Tu sais Kakashi, malgré le apparences, je me trompe rarement en matière de sentiments."

Et Ibiki quitte l'ascenseur, laissant Kakashi méditer sur ses dernières paroles.

Le chirurgien maxillo-facial semble donc penser qu'Iruka le choisira s'il se déclare. Alors pourquoi est-il aussi fébrile à l'idée qu'Iruka puisse le rejeter? Tout porte à croire que l'interne n'attend qu'un mot de lui, mais Kakashi n'arrive pas à se résoudre à franchir le pas. Il entend déjà dans sa tête une petite voix lui susurrer:

"tu as peur de t'engager parce que tu as peur d'être rejeté. Mais tu ne peux pas vivre indéfiniment avec le seul espoir que cela aurait pu être."

Cette voix résonne étrangement comme celle de Rin. Et comme celle de Minato. Et aussi celles d'Asuma, de Kurenai et de Tsunade.

...

"J'y ai bien réfléchi, et je pense que c'est faisable."

"Ca me semble quand même risqué. Si tu as raison, ces gars ne sont pas du genre à s'embarasser de petits curieux. Si on se fait prendre, je suis pas sûr qu'ils hésiteront à nous faire disparaitre, purement et simplement."

Shikamaru lève un regard interrogatif vers son ami. Il a du mal à décider ce qui est le plus flippant: le danger de leur petite mission secrète, ou bien la froideur de Saï face à ce même danger.

"Quand je t'ai dit que j'y ai réfléchi, c'est que j'ai aussi élaboré un plan au cas où on se ferait chopper."

Saï hoche la tête. L'assurance de Shikamaru semble lui suffire.

"La seule chose que l'on doit absolument éviter, c'est que nos petits camarades décident de participer à la fête. On doit à tout prix les tenir à l'écart."

"Tinquiète, Naruto aura tellement été...lui qu'il ne tiendra plus debout le soir" répond laconiquement Saï.

"C'est pas Naruto qui m'inquiète. Il est suffisamment naïf, j'en fais mon affaire. Non c'est plus Sasuke qui risque de poser problème. Il va forcément se douter de quelque chose."

Saï a émis un très léger tressaillement à l'évocation du petit brun. Très léger mais suffisant pour ne pas être passé inaperçu au yeux de Shikamaru. Le jeune homme ne relève pas, tandis que Saï répond:

"Si on est assez discret, même Sasuke ne se rendra compte de rien. Tu peux m'en dire plus sur ton plan B au cas où ça tournerait mal?"

Shikamaru s'étire nonchalament avant de répondre:

"Tu me fais confiance non? Alors moins tu en sais, et mieux c'est pour toi. Si ça tourne mal, je dirai que je t'ai entraîné de force là dedans. Et si tout se passe comme prévu, on n'aura pas besoin de ce plan B."

...

"Qu'est ce que tu griffonnes tout seul dans ton coin?" lance Shizune en débarquant dans le salon de l'internat, où Iruka a élu domicile depuis quelques heures.

"je griffonne pas, je dessine" gromelle l'interne de chirurgie cardio-thoracique.

"Oula, t'es de mauvaise humeur toi!" rétorque la jeune femme en saisissant d'une main ferme le bloc à dessin d'Iruka.

"C'est Jack?"

"Nan c'est Pongo" répond le jeune homme d'un ton sarcastique.

La réponse ne se fait cependant pas attendre.

"A défaut de dessiner le beau chirurgien, tu te rabats sur son clébard. Pas besoin de Karin pour comprendre le message subliminal, hein!"

"Oh ça va! Et depuis quand je dois m'expliquer sur mes dessins hein?" lâche le brun.

"Depuis que tu broies du noir, tout seul à l'internat, alors que tu as à disposition l'oreille attentive et l'épaule solide de ta meilleure amie" rétorque Shizune en croisant les bras, plantée debout devant son ami.

Devant l'absence de réaction d'Iruka, Shizune pousse un soupir de frustration et décide d'utiliser la manière forte:

"Allez debout! Dit-elle en tirant son ami par le bras. On va dans ta chambre et tu vas vider ton sac."

Malgré son manque de motivation certain, Iruka décide d 'emboiter le pas de la jeune femme. De toute façon, quoi qu'il fasse, elle aura le dernier mot. Et puis Shizune a toujours eu le don de lui redonner les idées claires. Et là on peut dire qu'il en a vraiment besoin.

Les deux internes se retrouvent donc dans la chambre d'Iruka, assis en tailleur sur le lit du jeune homme, autour d'une boîte de chocolats pralinés.

"Bon, qu'est ce que tu comptes faire Iruka?" demande Shizune d'une voix douce mais ferme.

L'interne de chirurgie pousse un soupir et Shizune doit se retenir pour ne pas lui rentrer dedans direct.

"Iruka" reprend-elle, "tu as conscience que tu dois prendre une décision là?"

Shizune est elle-même surprise de la dureté du ton de sa question.

Iruka pousse un deuxième soupir, teinté d'agacement, ce qui achève d'énerver son amie.

"Iruka!" se met-elle à crier en se levant d'un bond, faisant valser au passage la boite de chocolats.

Mais le regard désespéré que lui adresse Iruka fait immédiatement retomber sa colère.

Lorsqu'elle voit des larmes poindre au coin des yeux bruns d'Iruka, c'est elle qui se met à soupirer en se rapprochant pour passer un bras réconfortant autour des épaules du jeune homme.

"Je... Je ne sais pas quoi faire. Je suis complètement perdu Shizune. J'aime Idate... Enfin... Je l'aime beaucoup... Mais Kakashi... Kakashi c'est pas pareil. Ce que je ressens c'est indescriptible. Je... Je sais pas comment l'expliquer. Même si c'est un salaud, qu'il m'en a fait baver... J'arrive pas... J'arrive pas à lui en vouloir. J'arrive pas à me l'ôter de la tête... Je l'aime, et en même temps je le déteste. Pour ce qu'il m'a dit, pour ce qu'il m'a fait. Et j'arrive pas à croire qu'il a vraiment changé. J'aimerais le croire, mais j'y arrive pas."

Iruka s'arrête pour reprendre sa respiration. Il est heureux que Shizune soit une nouvelle fois là pour l'écouter, mais il n'ose pas la regarder dans les yeux.

Alors la jeune femme, d'un geste lent, soulève doucement le menton de son ami et l'oblige à soutenir son regard. Iruka peut y lire de la compréhension et de l'amitié. Un peu de peine aussi.

"Iruka, je crois que tu viens de répondre sans le vouloir à la question essentielle: tu as encore des sentiments pour Kakashi, tu es amoureux de lui. Alors même si tu devais en souffrir, et si vous deviez ne jamais vous retrouver avec Kakashi, tu n'as pas le droit de mentir à Idate. Il ne mérite pas que tu restes avec lui par dépit. Tu comprends?"

Iruka hoche la tête en signe d'assentiment. Il sait déjà tout ça, il ne voulait pas l'admettre c'est tout. Idate est arrivé à un moment où il avait besoin d'affection, et de valorisation. Mais Iruka le sait: il s'est simplement servi d'Idate pour combler le vide laissé par Kakashi.

Et au poids de la honte s'ajoute celui de la culpabilité.

Shizune resserre un peu son étreinte autour des épaules d'Iruka, et les deux amis restent un long moment silencieux, inconscients qu'une oreille indiscrète n'a pas perdu un seul mot de leur conversation.

Idat n'est pas surpris. Non, pas vraiment. Profondément blessé, et déçu seraient plus les mots. Il hésite un instant à pousser la porte mais la confrontation lui semble insurmontable à cette seconde.

Alors il tourne les talons et repart sans un mot, en essayant de refouler le flot de larmes qui ne demande qu'à s'écouler.

...

Kakashi sifflote dans sa cuisine, tout en préparant un thé pomme-cannelle avec deux sucres et un nuage de lait: commande de son client préféré, comme il aime à l'appeler.

Cela fait presque une semaine que Nagato s'est installé chez lui, et le jeune homme semble avoir trouvé ses marques. Kakashi a fait aménager sa chambre d'ami. De l'hôpital ne subsiste que la tablette permettant à Nagato d'avoir tout à portée de main, sans avoir à se lever de son lit. Chose dont il serait bien incapable à présent.

Plus de pied à perfusion, plus de lit médicalisé, pas la moindre seringue électrique ou quelconque appareil se mettant à bipper à chacune de ses respirations un peu plus difficiles. Un environnement serein, agréable, avec des oreillers moelleux qui sentent le printemps, et un joli papier peint au motifs pastel.

Nagato se sent bien chez Kakashi, même s'il ne voit que le matin et le soir. Pendant l'absence du chirurgien, une dame adorable vient s'occuper de lui. Ancienne infirmière à la retraite, Chiyo s'occupe parfaitement de lui. Elle a pour unique mission de prendre soin du jeune malade et de s'assurer qu'il ne souffre pas. Les injections sous -cutanées de morphine, c'est la seule chose que Nagato a acceptées sur le plan médical. Chiyo a pour ordre de prévenir Kakashi si l'état de son ami de dégradait subitement. Car Kakashi a promis de faire tout son possible pour être là au moment fatidique. Nagato sait que le chirurgien peut être pris au bloc, mais il est confiant. Quelque chose lui dit que Kakashi sera là.

Nagato offre un sourire franc à Kakashi quand celui-ci rentre dans la chambre, caressée par les derniers rayons de ce timide soleil de novembre.

"Monsieur est servi!" chantonne Kakashi en déposant le plateau sur la tablette.

"Merci Kakashi" répond le jeune homme en saisissant une petite meringue au chocolat. "Tu en as trouvé finalement?"

"Et demain matin, j'te fais des gaufres au sucre! (1)"

Nagato lève un sourcil interrogateur, alors que Kakashi commence à rire.

"Bon ben ce soir, pendant que je serai au gala, toi tu regarderas Shrek. Je suis sûr que ça te plaira" répond le chirurgien en souriant.

"Shrek? Encore un film qui manque à ma culture cinématographique je suppose" rétorque le jeune malade.

"Exactement mon cher!" déclare Kakashi en redressant les oreillers dans le dos de son ami. "Une histoire d'ogre, et de princesse... et d'âne."

"d'âne?"

"Ouais, tu verras par toi-même ce soir. Chiyo ne devrait pas tarder à arriver. En attendant, tu vas m'aider à me préparer pour ce soir, ok?"

Nagato hoche la tête. Kakashi n'était pas très chaud pour aller au fameux gala de médecine.

Raison invoquée: pas envie de laisser Nagato tout seul.

Vraie raison: pas envie de croiser un certain interne.

Depuis que Nagato est arrivé chez Kakashi, ils ont peu abordé le sujet Iruka. Kakashi semble vraiment être sur la défensive à ce sujet. Nagato a cependant fait mouche hier soir, alors qu'il commençait à désespérer devant le refus buté de Kakashi.

"Je ne pensais pas que Kakashi Hatake était du genre à se dégonfler. Il va bien falloir que tu te décides à lui avouer tes sentiments non? Et ce n'est pas en le fuyant que tu vas y arriver. Cette soirée, c'est sûrement une bonne occasion de faire un pas vers lui. C'est pas au bloc que vous allez pouvoir vous expliquer."

La légendaire clairvoyance de Nagato. D'autant que le jeune homme avait ajouté:

"Et puis l'absence du chef de la chirurgie cardio-thoracique risque de ne pas passer inaperçue.C'est ça aussi d'être une super star, il faut assumer son statut après."

Kakashi avait marqué le coup, avant d'éclater de rire. Puis il avait promis à Nagato de faire un effort, d'aller au gala et de ne pas tenter de fuir à la vue d'Iruka.

"Bon, c'est une soirée guindée, alors costume obligatoire. Tu préfères lequel?"demande le chirurgien en brandissant deux tenues sous le nez de Nagato.

Le jeune homme désigne celui de droite.

"Autant mettre toutes les chances de notre côté pour la reconquête de ton amoureux" répond Nagato.

Kakashi pousse un soupir en farfouillant dans le tas de cravates qui gît sur le lit de Nagato.

"Ne te fais pas trop d'illusions non plus hein. Je pense qu'Iruka m'en veut encore beaucoup, et à juste titre. S'il accepte de me parler, ce sera déjà bien, crois-moi!"

Nagato secoue la tête d'un air agacé.

"Si tu pars battu d'avance, c'est mal barré."

"Et puis je te rappelle qu'il a un petit ami. Je suis pas du genre à jouer les briseurs de ménage" reprend Kakashi en évitant de croiser le regard de Nagato.

Le jeune malade pousse un soupir.

"Si tu étais comme moi aux portes de la mort, tu ne perdrais pas ton temps avec ce genre d'argument" réplique Nagato.

Kakashi se redresse et s'apprête à répondre , mais il croise le regard de Nagato. Après quelques secondes, il finit par lâcher:

"Oui, tu as probablement raison."

"Bien sûr que j'ai raison! Franchement tu me fatigues Kakashi, bouge -toi un peu quoi! Tu vas quand même pas me laisser mourir sans connaître la fin de l'histoire, si?"

Kakashi dubitatif, observe son jeune ami. Il laisse passer une minute avant de répondre:

"T'es en train de m'engueuler en fait!"

Nagato croise les bras en soupirant.

"Ouais."

Kakashi se met à sourire tendrement.

"Nagato, je te promet de faire mon maximum pour... Faire comprendre mes sentiments à Iruka."

Le chirurgien ramasse les vêtements étalés et se dirige vers la porte de la chambre. Alors qu'il passe le seuil, il ajoute:

"Après, tout sera entre ses mains. Je ne peux pas le forcer à m'aimer de toute façon."

Kakashi sourit tandis qu'il entend Nagato lui lancer:

"Il t'aime déjà, crétin!".

Chiyo arrive alors que Kakashi resserre habilement son noeud de cravate devant le miroir de l'entrée.

"Alors comment va notre petit malade?" demande-t-elle comme à son habitude.

"Il est particulièrement en forme ce soir. Votre repas est dans le frigo. Je vais essayer de ne pas rentrer trop tard."

Chiyo hoche la tête en souriant. Elle a hésité à s'engager dans ce travail un peu particulier, mais c'est l'immense affection que se portent les deux hommes qui l'a finalement convaincue.

Elle suit Kakashi qui a repris la direction de la chambre de Nagato.

"Tadaaa!" dit le chirurgien en rentrant dans la pièce et en tournant sur lui-même.

"Beau comme un dieu, comme toujours" lance Nagato, avec un brin d'humour.

Mais avant qu'il n'ait le temps de rajouter quoi que ce soit, Kakashi répond:

"Oui, je sais: pas de bêtise, pas de fuite. Tact, mesure et sincérité."

Le visage de Nagato s'éclaire d'un sourire franc:

"Voilà, je n'aurais pas mieux dit. Passe une bonne soirée Kakashi."

Kakashi se retourne vers Chiyo, mais cette fois c'est elle qui lui coupe la parole:

"Oui, je sais: je t'appelle au moindre souci. Et toi tâche de ne pas tout faire foirer, ok?"

Kakashi la regarde interloqué tandis que Nagato part dans un fou-rire, bientôt rejoint par Chiyo.

"En fait vous êtes de mêche, c'est ça?" rétorque Kakashi en faisant mine de partir vexé, ce qui entraîne un nouvel éclat de rire de la part de ses deux amis.

Le chirurgien leur souhaite une bonne soirée et disparait dans le couloir. Nagato et Chiyo ont juste le temps de l'entendre dire:

"Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme." (2)

Nagato et Chiyo se regardent en souriant. Kakashi mérite d'être heureux. Et ils espèrent sincèrement que cette soirée lui apportera cette petite étincelle de confiance pour aller au devant du bonheur.

...

A peine ont-ils mis un pied dans la grande salle de réception de l'hôpital, qu'ils se sentent happés par la joyeuse effervescence qui y règne. Iruka se sent immédiatement mal à l'aise: les mondanités, très peu pour lui. Pourtant, cette soirée est importante. Le grand gala de médecine est réputé pour voir des carrières se dessiner, alors que toutes les classes hiérarchiques de l'hôpital et de la faculté sont réunies.

Tandis que le groupe d'amis se fraye un chemin à travers la foule dense, Tsunade est déjà montée sur la scène pour faire son discours d'accueil. Elle est, comme à son habitude, à la fois sévère et exubérante. Après les remerciements d'usage, elle donne les grandes lignes de la politique qui sera menée au cours des prochaines années, les grands projets qui seront entrepris. Puis elle déclare le gala ouvert et enjoint la foule à se diriger vers le buffet gargantuesque qui a été dressé le long d'un mur entier de la salle.

Naruto ne se fait pas prier, immédiatement rejoint par le Professeur Akimichi. Dans ce genre de soirée, si tu ne fais pas partie des premiers à accéder au buffet, tu peux passer la soirée entière à tenter de chopper un petit four sans jamais y parvenir. Si l'hôpital c'est la jungle, le buffet du gala de médecine, c'est carément l'Amazonie profonde, à laquelle tu ajoutes une horde de pygmées coupeurs de tête, prêts à t'abattre avec des flèches empoisonnées.

"Aors ça se passe bien en dermato, Naruto?" murmure une vois timide derrière le jeune homme.

Naruto se retourne et bredouille quelque chose de totalement incompréhensible tant sa bouche est pleine.

Hinata lui sourit. Il ne changera vraiment jamais!

"Mouais, on peut pas dire que ce soit le pied. J'ai hâte de changer de stage. Je voudrais retourner en chirurgie."

"En tout cas, j'ai hâte d'être au week end prochain. C'est vraiment sympa ce que tu nous as organisé."

"Tu vas voir Hinata, ça va être génial! On va s'éclater, et oublier un peu l'hôpital!" répond le blondinet, visiblement déjà tout excité.

Hinata acquiesce avant de reprendre:

"Je suis sûre qu'on va bien s'amuser. J'espère que cette sortie ne sera pas la dernière. Il y a plein de choses à faire, même à Konoha."

Naruto hoche la tête en attaquant une deuxième serie de petits fours.

"D'ailleurs, j'ai lu qu'une nouvelle expo allait commencer dans deux semaines au museum d'histoire naturelle: "les trésors de la Terre". Ca a l'air drôlement bien."

Naruto fronce le nez.

"Ouais ma mère m'en a parlé. Elle pense que je devrais aller y faire un tour. Mais tu sais, moi, les cailloux et les plantes, c'est pas forcément mon truc."

Hinata sent ses joues s'empourper. Mais elle repense à Saï et décide de ne pas lâcher. Elle sait que Naruto ne lui rendra pas la chose facile, tant il est naïf. Mais la jeune femme ne se sent pas encore à la hauteur d'une attaque frontale.

"Justement, ce serait sûrement plus amusant si on y allait ensemble. Je suis persuadée que les cristaux géants te plairaient."

Et là, Hinata voit qu'elle a fait mouche. Les yeux de Naruto s'illuminent d'intérêt.

"des cristaux géants? Genre ceux qu'on voit dans les grottes, qui font dix mètres de haut avec plein de couleurs? Ah ouais, ça doit être chouette!"

Hinata sourit et s'apprête à reprendre, mais ses espoirs s'effondrent tandis que Naruto renchérit:

"Je vais en parler aux autres, je suis sûr qu'ils voudront venir aussi."

"Hinata!" lance une voix derrière les deux externes. "Je me demandais si j'allais réussir à te trouver. Ouah ta robe est magnifique!" lance Sakura en se frayant un chemin jusqu'à ses amis.

"Allez viens, ils vont lancer la musique. On va pouvoir danser!" poursuit la jeune fille et attrapant le bras de son amie. Tandis que les demoiselles s'éloignent, Naruto reprend son inspection en règle du buffet. Il manque de lâcher son toast lorsqu'une voix lui chuchote à l'oreille:

"T'es vraiment un abruti, Naruto."

Sasuke se penche pour attraper un petit four, qu'il commence à grignoter alors que Naruto répond, vexé:

"C'est dingue ça, tu peux pas me foutre la paix pour une fois? Et puis ça serait sympa que tu arrêtes de me traiter d'abruti à tout bout de champ."

L'envie de répondre une vacherie est tentante. Mais Sasuke décide de résister. Parce que Sasuke s'est fait une raison: Naruto est à présent son ami. Et un ami se doit d'ouvrir les yeux de son camarade lorsque celui-ci est suffisamment débile pour ne pas voir qu'une fille le drague. Le brun se dit qu'il fait aussi ça pour Hinata. Cela fait plusieurs semaines qu'il voit la jeune femme tenter des approches auprès de son colocataire. Mais Naruto semble avoir de la boue dans les yeux. Sa naïveté fait peine à voir, vraiment.

"Naruto, Hinata veut aller avec cette expo avec toi."

"Parce que tu nous écoutais en plus?"

Ne pas le taper, ne pas le taper.

"Avec toi, ab..." Sasuke se retient. Il prend une inspiration discrète, afin de rester calme, avant de reprendre:

"Hinata veut y aller avec toi, pas avec la moitié de la promo. Elle t'as proposé un rancard là!"

Naruto arrête de machouiller son enième toast et lance un regard interdit à son ami.

"Tu crois?"

Son innocence en serait presque touchante, si elle n'était pas exaspérante.

"Je ne crois pas, j'en suis sûr" répond Sasuke d'un ton qu'il veut le plus neutre possible, même s'il bout à l'intérieur.

"Ah, mais... Mais... Qu'est ce que je dois faire alors?" bégaye Naruto.

Cette fois, Sasuke ne peut s'empêcher de lâcher un soupir. Si on lui avait dit il y a quelques mois qu'il en serait réduit à donner des conseils de drague à Naruto, il aurait éclaté de rire, toute contenance d'Uchiwa mise à part.

"Tu vas aller la voir, et lui dire que tu serais ravi d'aller à cette putain d'expo avec elle, rien que tous les deux. Et puis tu vas profiter de cette soirée pour l'inviter à danser, au lieu de rester collé au buffet et de te bâfrer toute la soirée."

Naruto semble digérer les paroles de son colocataire qui conclut par un

"allez bouge!" en lui désignant du doigt la jeune femme au milieu de la foule.

A quelques mètres de là, Shizune et Kotetsu sont en grande conversation avec Asuma, Kurenai et Idate. Iruka, lui, est ailleurs. Les choses se bousculent un peu dans sa tête. Sa décision est prise, certes: ce soir, quoi qu'il arrive, il avouera à Idate que tout est fini entre eux.

Avouer, c'est bien le mot. Iruka se sent en faute, misérablement en faute. Et il a beau se faire mille scénario, aucun ne lui parait idéal. Comme si une rupture pouvait être idéale de toute façon. Le lieu, le moment, ce qu'il va lui dire...

"Je ne suis pas à ma place ici."

Les mots d'Idate lui arrivent en pleine face. Iruka lève un regard incrédule vers son petit ami. Les autres se sont figés. Mais pourquoi a-t-il fallu que Kotestu pose cette question idiote:

"Alors, que penses-tu de ton premier gala de médecine Idate?"

Tandis que Shizune tente maladroitement de faire diversion, Idate semble avoir décidé que cela se passerait ici et maintenant, en plein gala, devant ses amis et quelques uns de ses chefs. Et pour couronner le tout, Ibiki Morino vient de rejoindre la petite troupe.

"Je ne fais pas partie de votre monde. Je n'ai rien à faire ici. Je ne suis qu'une pièce qui n'aurait jamais due être rapportée" assène le jeune homme en fixant Iruka.

"Idate, écoute, je ne pense pas que ce soit le meilleur..."

Mais l'interne de chirurgie cardio-thoracique n'a pas le temps de finir sa phrase. Idate semble être à deux doigts d'exploser:

"Mais si justement, c'est l'endroit parfait. Là, devant tous tes amis médecins. Vous êtes tous pareils de toute façon. Regarde-moi ça" poursuit le jeune homme en balayant la salle du regard, "toute cette suffisance, toute cette arrogance. Vous vous flattez en permanence de sauver des vies, mais vous n'avez que du mépris pour les gens comme moi."

"Idate, ça n'a rien à voir avec..."

Le jeune pêcheur serre les poings et lance un regard noir à Iruka, qui suspend sa phrase, alors qu'Ibiki pose une main ferme sur l'avant-bras de son petit frère.

"Allez régler tout ça dehors les enfants. Ca vaudra mieux pour tout le monde" dit le chirurgien d'une voix posée.

Idate ferme les yeux quelques instants, tente de calmer la colère qui bout en lui, et fait signe à Iruka de le suivre. Son frère a raison, il faut en finir.

Tandis que les deux hommes prennent la direction de l'extérieur, la tension retombe un peu au sein du petit groupe. Shizune lance un regard en direction de ses deux amis qui s'éloignent.

"Ne t'inquiète pas, Shizune. Ils doivent en passer par là de toute façon" lance Asuma en passant un bras autour des épaules de Kurenai.

"On va encore le récupérer à la petite cuillère" soupire Kotetsu.

"Il est en partie responsable de la situation" rétorque Ibiki d'une voix sèche.

"Et il en pleinement conscience" renchérit Shizune, prête à défendre son ami.

"Hola toux doux les amis, reprend Asuma. Pas la peine d'en rajouter, c'est déjà bien assez compliqué comme ça. On va poursuivre notre petite soirée tranquille, et les laisser gérer tout seuls comme des grands, ok? Il était temps que tout ça se termine de toute façon."

Personne n'ose renchérir et Kurenai décide de prendre les choses en main pour détourner définitivement la conversation.

"Allez les jeunes, allez donc danser un peu, ça vous changera les idées. Allez, hop, hop, sur la piste! " conlut-elle en attrapant la main d'Asuma.

"Nan mais attends, je vais pas danser moi!" tente-t-il en résistant mollement à la pression de sa femme.

Shizune ne peut s'empêcher de rire, tandis qu'Asuma se retrouve inexorablement embarqué sur la piste en pestant.

Ibiki hésite à aller se poster juste devant la porte fenêtre qu'ont empruntée son petit frère et son futur ex petit ami. Mais il se fait happé par des collègues et n'a que le temps d'apercevoir les deux hommes s'éloigner un peu plus dans la nuit.

...

Un silence inconfortable s'installe entre les deux jeunes hommes.

Iruka n'ose pas lever les yeux, de peur de croiser le regard d'Idate. Alors voilà, on y est: le fameux moment où il doit annoncer à son ami que tout est fini entre eux, parce qu'il en aime un autre. Iruka ne sait pas comment commencer, mais Idate ne lui en laisse de toute façon pas l'occsasion.

"Je ne pense pas avoir mérité ça."

"Idate, je..."

Mais le jeune homme lève la main, demande implicite de silence.

"Laisse-moi finir, Iruka. C'est déjà assez pénible comme ça. "

Le jeune pêcheur laisse passer quelques secondes et reprend:

"Ca fait plusieurs jours que je réfléchis à ce que je vais te dire. Je suis... En colère, et très triste aussi. Parce que je croyais vraiment que ça allait marcher. Parce que j'ai des sentiments pour toi. Mais je t'en veux beaucoup Iruka."

Idate lève les yeux vers Iruka. La dureté de son regard a laissé place à la peine. Iruka sent les larmes monter dans ses yeux. Il sait qu'il ne doit pas pleurer, qu'il n'a pas le droit de pleurer. Il est le seul responsable de tout ce désastre. A cet instant même, il se déteste.

"Je t'en veux parce que tu savais. Depuis le début tu savais que tu en aimais un autre."

"Ecoute je..."

"Je ne veux pas entendre tes explications Iruka. Je ne sais pas ce qui me fait le plus de peine au fond: que tu m'aies menti pendant tous ces mois, ou que tu te sois menti à toi-même. Tu étais un modèle d'intégrité et d'honnêteté, mais je crois que Konoha t'a changé, cet hôpital t'a changé."

Idate étend ses jambes et lève les yeux vers les étoiles, avant de reprendre:

" Tu vois, c'est toi qui avais raison au fond. Je n'aurais jamais dû quitter Shiba."

Idate se met à rire doucement:

"Quand je pense que c'est Kakashi qui m'a poussé à venir te rejoindre. C'est plutôt ironique non?"

Irusa s'est instantanément raidi à la mention du chirurgien. Il prend conscience que la candeur d'Idate n'est plus qu'un lointain souvenir. Il aura réussi à gâcher cette part inestimable du caractère du jeune homme. Un sentiment d'immense honte l'envahit tandis qu'Idate conclut:

" J'espère sincèrement que tu réussiras à être heureux Iruka. Je rentre à Shiba dès demain. Je n'ai plus rien à faire ici. Je te demande une seule chose: ne cherche pas à m'appeler, ou à prendre de mes nouvelles. Oublie-moi complètement. Je vais avoir besoin de temps pour te pardonner."

Le jeune homme saute d'un pas souple sur le sol et s'étire en admirant une dernière fois les étoiles de Konoha, qui percent difficilement à travers le voile nuageux.

"Les étoiles scintillent moins ici qu'à Shiba."

Iruka encaisse la métaphore. Il sent que la situation lui échappe complètement. Il aurait voulu expliquer à Idate combien il était désolé, combien il s'en voulait, combien il se sentait misérable. Mais le jeune homme a décidé de garder la main, et Iruka ne s'en sent que plus pitoyable.

Le jeune pêcheur de Shiba pose un dernier regard sur l'interne et tourne les talons en murmurant:

"Adieu Iruka."

L'interne de chirurgie cardio thoracique n'a pas la force de le retenir. Il a l'impression que le sol s'effondre sous ses pieds. La honte qui l'assaille est insoutenable.

Kakashi n'a pas vu l'ombre du jeune homme se recroqueviller sur elle-même. Il cherche un coin tranquille pour appeler Chiyo, afin de s'assurer que tout va bien pour Nagato.

Alors qu'il compose le numéro, il aperçoit enfin Iruka, et son coeur se serre immédiatement à la vue des larmes qui perlent à ses yeux.

"Iruka, ça ne va pas?" demande-t-il doucement.

Le regard désespéré que lui adresse le jeune homme le fige sur place.

"Iruka..." reprend-t-il en tendant une main amicale vers lui. Mais le jeune interne balaye violemment cette main tendue, se lève d'un bond et s'enfuit dans la nuit en lui criant:

"Tout ça c'est aussi de ta faute, Kakashi!"

Le chirurgien reste interdit. Pour une fois, il ne comprend rien. Qu'a-t-il fait, ou pas fait? Une seule chose, ironiquement, lui vient à l'esprit: Nagato ne va pas être content.

"Iruka vient de rompre avec Idate" lance une voix derrière le chirurgien.

Kakashi se retourne et tente de se justifier:

"Je n'ai strictement rien dit, ni fait..."

"Je sais, mon ami, je sais. Même si tu as quand même ta part de responsabilité dans tout ce merdier."

Kakashi ne peut s'empêcher de pousser un long soupir exaspéré.

"Que veux-tu..."

"Rien! Surtout tu ne vas rien faire du tout Kakashi. Tu vas laisser Iruka digérer tout ça. Et quand il auras tourné la page, je vous interdis de repartir dans votre trip de "je t'aime moi non plus". Crois-moi, on va vous avoir à l'oeil, et vous aurez intérêt à être heureux. C'est clair?"

Kakashi sait que son ami a raison, mais il ne peut s'empêcher de rétorquer d'une vois taquine:

"Oui chef!"

"Kakashi" gronde Asuma.

Le chirurgien cardio thoracique redevient sérieux et hoche la tête. Il sait que le temps est venu, pour lui aussi, de tourner une page et d'en entamer une autre, qui a pour titre: Iruka.

...

(1 ) Shrek

( 2 ) Invictus

Voilà pour la reprise de Broken Hearts: croyez-moi ça n'a pas été simple. J'espère sincèrement que ce chapitre vous a plu.

Je ne sais absolument pas quand le prochain chapitre sera publié: sachez juste que j'ai déjà entamé son écriture.

A bientôt amis lecteurs ^^