08.
Représailles
La porte claqua. La pénombre l'étreignit. Dehors, la tempête hurlait et lacérait le désert de ses longues griffes de sable, aussi tranchantes que des éclats de verre. Encore étourdie par les bourrasques auxquelles elle échappait enfin, Ailsen arracha son écharpe ruisselante de poussière et le haut de sa tunique qui sembla s'animer de mille étincelles crépitantes. La rétine brûlée par la lumière crue, elle savoura la douce cécité que lui offrait l'obscurité.
Soudain, au fond de la pièce, un bruissement d'étoffe accéléra les battements de son coeur. Elle devina le mouvement sans réellement le voir. Trop tard. Lui l'avait vue, elle en était certaine. Par pudeur, il détourna le regard. Mais le mal était fait. Quand elle s'empara d'un bout de chiffon abandonné sur la table, les doigts de la jeune femme tremblaient de rage. Étouffant un juron, elle plaqua le tissus rêche sur sa poitrine enserrée dans un entrelacs de bandelettes.
Il n'avait pas le droit. De la regarder, de la surprendre, de la faire se sentir comme une étrangère chez elle. Elle maudit l'insouciance qui lui avait fait baisser sa garde, la fatigue et la lassitude qui l'auraient presque fait s'habituer à sa présence. Elle aurait voulu lui demander ce qu'il faisait là, elle aurait voulu le trouver en faute, mais n'avait rien d'autre que son existence à lui reprocher.
Lorsqu'il s'avança vers elle pour lui tendre une veste, elle bondit hors de portée. À cette distance - en cette absence de distance - rien ne pouvait lui échapper. Ni la méfiance teintée de peur qui inondait ses yeux, ni les pointes saillantes, sous la peau, de ses côtes et de ses hanches.
Les feulements du vent semblaient s'allier à elle pour le repousser. Pourtant, au terme d'un interminable instant d'hésitation, il hasarda un pas de plus dans sa direction. Juste un. Tout doucement. Et la tempête redoubla de fureur.
— T'approche pas, siffla-t-elle.
Il leva sa main libre en signe d'apaisement, s'efforçant de la regarder droit dans les yeux, sans ciller. De l'autre main, il continuait à lui tendre le vêtement défoncé pour qu'elle se couvre. Tout ce temps, les yeux de la jeune femme faisaient d'incessants va-et-vient entre lui et la veste, entre la veste et lui, comme si l'un comme l'autre pouvaient la brûler à tout instant. La brûler ou pire.
— Je ne voulais pas te faire peur.
— Je n'ai pas peur de toi, riposta-t-elle aussitôt.
Il hocha la tête en silence. Inutile de la contredire. Inutile de faire quoi que ce fut. Le simple fait de reculer lui semblait périlleux. Désemparé, ne sachant que faire pour désamorcer la situation, il resta immobile et se laissa arracher des mains ce qu'il lui offrait. Aussitôt, elle recula à nouveau, contourna la table, mettant entre eux une distance rassurante. Et toujours, il restait immobile, à la regarder enfiler sa veste à la hâte, en resserrer les pans en croisant si fort les bras sous sa poitrine que ses poings blanchirent.
— Recule, cracha-t-elle.
— D'accord.
— Encore.
Il s'exécuta. Encore. À chaque ordre qui cinglait, il s'exécuta. Mais l'envie de se défendre finit par l'emporter.
— Écoute, je comprends que tu sois—
— Tais-toi, gronda-t-elle, un feulement dans la voix.
— Tu sais que tu n'as rien à c—
À l'instant où les premiers mots franchissaient les lèvres, il sentit quelque chose se briser. Pas assez vite pour les retenir. D'un revers de la main, Ailsen fit valser tout ce qui reposait sur la table. Et déversa sur lui un flot de hargne trop longtemps contenue.
— Arrête ! Arrête de me dire que je n'ai rien à craindre de toi ! Toi-même tu n'en sais rien !
— Je n'ai aucune raison de te faire du mal.
— Pour l'instant.
— Tu ne m'écoutes pas …
— Qu'est-ce que tu crois ? s'écria-t-elle dans un éclat de rire confinant à la folie. J'ai peur tout le temps ! Chaque fois que tu te réveilles, chaque fois que tu bouges, chaque fois que tu t'approches …
Lorsqu'elle s'arrêta enfin, à bout de souffle, ses propres barrières cédèrent.
— Parce que tu crois que c'est facile pour moi ? D'être diminué, d'être dépendant ? Tu crois que je ne me demande pas tous les jours ce qui arrivera si on se rend compte qu'on n'a pas la même définition du bon côté ?!
Un rictus et le souffle d'un ricanement traversèrent la bouche de la jeune femme.
— On sait très bien ce qui arrivera.
— Pourquoi tu ne m'as pas laissé dans le désert ? la provoqua-t-il. Si tu sais, si tu n'as pas le moindre doute, pourquoi tu m'as sauvé ?
— Je ne t'ai PAS sauvé !
Les yeux de la jeune femme s'agrandirent. Le souffle coupé, elle sentit l'horreur de sa révélation s'insinuer dans ses veines. Tout glacer sur son passage. Et frapper Dameron comme une gifle en plein visage. La surprise, le choc, la douleur qui déformaient ses traits nourrirent l'ouragan qui la déchirait. Elle s'était trahie. Elle avait tout trahi. Pour la simple jubilation de l'emporter, d'avoir le dernier mot. Tout était fini. Autant achever son oeuvre de destruction.
— Je ne t'ai pas sauvé, d'accord ? Je n'ai pas vu ton vaisseau s'écraser, je ne t'ai pas secouru, je ne t'ai pas ramené, je ne t'ai même pas soigné ! Moi je t'aurais laissé.
— Qui alors ?
— Qu'est-ce que ça peut faire ?
— Qui, Ailsen ?, supplia-t-il presque.
— De vieux fous.
— Des parents ?
— C'est tout comme.
Le peu de repères qu'il pensait avoir constitué trembla et s'écroula. Plus rien ne faisait sens. Et les mots peinaient à venir.
— Mais … Pourquoi …?
— À ton avis ? anticipa-t-elle le reste de sa question. Pour les protéger ! Ils étaient persuadés que parce que tu ne portais pas de cuirasse blanche, tu n'étais pas du Premier Ordre. Ils sont comme ça. Ils n'ont pas pensé une seconde que ça puisse vouloir dire que tu es capitaine ou général … quelqu'un d'important.
Une longue pause rendit le silence assourdissant, seulement troublé par les griffes des bourrasques qui s'acharnaient contre la porte et la lucarne. Dameron tourna et retourna tout ce qu'elle venait de dire dans son esprit. Aurait—elle pu être assez mesquine, assez perverse pour avoir tout inventé ? Le haïssait-elle tant qu'elle fut prête à tous les mensonges pour lui faire du mal ? Pour le rendre plus impuissant qu'il ne l'était déjà ? Ça expliquait tout pourtant. De son attitude à son incompétence en matière de soins … Toutes les failles dans ses explications, tout ce qu'elle refusait de dire et qu'elle gardait celé sous un épais voile de silence …
Une chose demeurait pourtant, qu'il refusait d'admettre.
— Je ne te crois pas.
— Crois ce que tu veux, Dameron.
Et dans la bouche de la jeune femme, son nom, craché comme une insulte, avait un goût de venin.
— Tu aurais pu me laisser mourir. Regarde moi. Tu aurais pu dire que je n'avais pas survécu. Personne n'aurait douté de ça.
— J'avais promis.
— À ces parents qui n'en sont pas ?
— Oui, finit-elle par lâcher en le foudroyant du regard.
— Je veux les rencontrer.
— Non.
— Ils ont peut-être des réponses.
— C'est hors de question.
Il donna un coup de pied dans un outil tombé au sol. L'envie le prit de recommencer. D'abîmer et d'anéantir, lui aussi. Encore et encore. Jusqu'à ce qu'il ne reste rien. Peut-être que ça lui aurait fait du bien. Peut-être que tout détruire aurait remis les choses en place dans le chaos de sa tête.
Mais à quoi bon ? Le sursaut que son geste provoqua chez sa geôlière ne lui inspira qu'un profond dégoût pour lui-même. Il remit sur ses pieds un des tabourets tombés et, dans un long soupir, s'y laissa tomber, la tête entre les mains. Face à lui, elle n'avait pas bougé. Au coeur de la tension qui régnait, il n'avait pas besoin de lever les yeux pour savoir qu'elle tremblait. Qu'importait la raison, il en était la cause.
— Et maintenant ? demanda-t-il tout bas, envahi tout à coup par une lassitude qui lui parut insurmontable.
— Je ne sais pas, souffla-t-elle.
— Tu veux que je parte ?
— Pour aller où ?
— Peu importe. Là où je ne serai plus ton problème.
Elle sembla hésiter. Son visage se ferma, son expression devint impénétrable. Alors, à cet instant seulement, il réalisa qu'il avait peur. Il redoutait qu'elle s'empare de l'échappatoire qu'il lui offrait. Comme un imbécile.
— Non, finit-elle par répondre.
— Parce que tu as promis ?
— En partie, oui.
Il hocha la tête. Après tout, c'était mieux que rien.
Dehors, une bourrasque arracha un volet qui disparut aussitôt dans la gueule béante de la tempête. La lumière jaillit à travers la vitre en transparacier qui tint néanmoins bon. Aussi stupide que cela puisse paraitre, il voulut y voir un signe. Peut-être était-il temps d'y voir un peu plus clair. Relevant doucement la tête, il finit par demander :
— Dis-moi tout. S'il te plait.
Elle inspira longuement. Quelque part, elle avait toujours su que ce moment arriverait. Elle s'assit à son tour. Sa veste s'entrouvrit un peu, mais tout cela n'avait plus la moindre importance. Les mains posées à plat sur le plateau malmené de la table, elle lui raconta tout. Tout ce qu'elle savait, tout ce qu'on lui avait dit. En filigrane, elle lui dévoila ses réticences, ses doutes et sa peur. Elle lui parla de Tish et Chedel, juste un peu, juste pour qu'il connaisse les noms des vrais héros. Et pendant tout ce temps que ni lui ni elle n'aurait su mesurer, il but avec avidité la moindre de ses paroles, sans oser l'interrompre ne fut-ce qu'une fois.
— Ils ne diront jamais rien. Personne ne viendra jamais rien leur demander. Si des gens t'ont vu, c'était avec moi. Tu dois me promettre. Quoi qu'il arrive, tu dois me promettre qu'il ne leur arrivera rien.
Il hocha la tête avec gravité, ses iris noirs profondément rivés dans les siens.
— J'ai besoin que tu le dises, insista-t-elle.
— Je te le promets.
Elle réprima un frisson. Elle se sentait si fatiguée qu'elle aurait presque eu froid. Pourtant, dehors, la tempête brûlante ne semblait pas s'apaiser. Pour tromper le silence et la sensation grandissante d'emprisonnement qui la tenaient à la gorge, elle entreprit de ramasser tous les objets que leur affrontement avait renversés. Qu'elle avait renversés. Lorsqu'il se leva à son tour, lentement, doucement, elle l'observa du coin de l'oeil tout en s'efforçant de ne pas interrompre ses propres gestes et de détendre ses muscles. Sous les hurlements du vent, ils ramassèrent tout, jusqu'à ce que le sol ne soit plus jonché que de poussière sablonneuse. À la fin, tout à la fin, il avança vers elle. Et lui tendit son couteau avant de s'éloigner sans rien dire.
Elle observait sa lame sur le chemin du retour. Il fallait presque une heure pour se rendre chez Tish et Chedel. Presque une heure pour en revenir. Ça ne faisait rien, elle avait besoin d'air. D'être seule aussi. C'est pour cela qu'elle s'était jetée dehors dès que la tempête s'était un peu calmée.
Tish avait fini par l'avoir à l'usure. De mauvaise grâce, la jeune femme avait promis de revenir le lendemain. Avec Dameron. Le prétexte des points de suture ne l'avait pas convaincue, mais elle s'était dit qu'il n'y avait plus rien à cacher à présent. Si elle était tout à fait honnête avec elle-même, elle espérait aussi que le vieux couple trouverait un moyen de réveiller ne fut-ce qu'une bribe de souvenir chez le pilote. Qu'ils verraient quelque chose qui lui échappait. Qu'ils réussiraient là où elle persistait à échouer. Et puis il avait promis. Elle avait besoin que ça signifie quelque chose.
Elle était presque arrivée maintenant. Sous ses doigts, elle ne parvenait toujours pas à reconnaître son couteau. Dameron aurait pu le garder, le cacher, ou juste le poser ailleurs. Mais il avait choisi de le lui remettre. Et c'est comme s'il avait remis sa vie entre ses mains. Il le savait. Elle n'avait pas le droit de faire comme si elle l'ignorait. Désormais, cet objet qu'elle connaissait par coeur, qu'elle avait assemblé elle-même, lui semblait plus lourd.
Alors que les contours de sa cabane se précisaient, elle aperçut un nuage de sable s'approcher à toute vitesse. Son sang ne fit qu'un tour. Pressentant la menace, elle dévala la dernière dune qui la séparait de chez elle aussi vite que le sol mouvant le lui permettait. À quelques enjambées de la porte, les moteurs rugirent dans son dos. Elle posa une main sur la poignée. Trop tard. Une violente secousse la projeta contre la plaque de duarcier.
Elle prit appui, envoya son coude en arrière. Peu importait qui elle cherchait à toucher, son instinct lui hurlait de se défendre. Avec l'élan, elle parvint à en faire reculer un qu'elle atteignit à l'épaule. Mais un deuxième referma le poing sur sa chevelure et lui fit perdre l'équilibre. Dans sa chute, elle eu juste le temps de les reconnaître. Avant qu'ils ne la plaquent au sol. C'étaient les mêmes que la dernière fois. Il y avait une éternité. Le sable lui entra dans la bouche. Comment avait-t-elle pu oublier que la menace puisse venir de dehors ? Ils avaient promis.
À l'intérieur, Dameron sursauta en entendant le choc. Lorsqu'un cri lui parvint, il cessa de réfléchir. Ailsen. Et se précipita dehors.
Son irruption sembla figer le temps. Ailsen en profita alors pour relever la tête et asséner un coup de pied, aussi fort qu'elle put, dans la cheville de l'agresseur le plus proche. Puis elle le vit, dans l'encadrement de la porte, prêt à bondir. À leur merci.
— Va-t-en ! hurla-t-elle à Dameron en recrachant du sable.
Elle le vit s'élancer et, aussitôt, les bruits de coups lui apprirent qu'il n'avait pas fui. Son coeur se mit à battre plus vite, plus fort encore. Sans comprendre pourquoi, elle sentit sa peur redoubler. Quand elle tenta de se relever, un coup de poing à la tempe la fit immédiatement retomber. Tout le reste devint flou. Dans la confusion, elle se débattit et frappa dès qu'une faille se présentait. Trop sonnée, elle ne parvint pas à discerner le corps de Dameron de celui des deux autres. Tandis qu'elle tentait de protéger son visage, elle chercha à tâtons le manche de son couteau qui lui échappait désespérément.
Un homme s'écroula près d'elle, bousculant celui qui peinait à la maîtriser. Elle en profita pour rouler de côté. Ses doigts glissèrent sur une plaque de métal à laquelle elle s'accrocha. D'une torsion du buste, elle se retourna pour frapper de toutes ses forces le visage au-dessus d'elle. Alors elle prit l'avantage. Elle le frappa, encore et encore, jusqu'à ce que le sang mouille le sable, jusqu'à ce que sa tunique se marbre de rouge, jusqu'à en perdre haleine.
Loin, très loin, elle crut entendre son nom. Quand Dameron posa une main sur son bras pour l'arrêter, elle manqua de le frapper lui aussi.
— C'est fini murmura-t-il.
La plaque de métal s'enfonça dans le sable avec un bruit mat. Elle reconnut le volet arraché par le vent. Dans un frisson de dégoût, elle se redressa. Soudain, tout se mit à tanguer, le sable se fit instable. Dans le tumulte du sang qui bouillonnait contre ses tempes, les sons lui parvenaient étouffés. Son regard balaya la scène sans rien parvenir à distinguer nettement.
— Tu es blessée ?
Dameron prit son visage entre ses mains, chercha dans son regard la réponse qu'elle ne semblait pas en mesure de lui donner. Une fraction de seconde, une étrange sensation l'envahit. Il avait déjà posé cette question. À une femme à qui il tenait. Ils étaient tous deux en danger. Et il y en avait d'autres. Des flammes aussi. Puis tout se brouilla et disparut.
Il s'accrocha à elle pour ne pas se perdre, rester là. Et l'impression de la voir — vraiment la voir — pour la première fois le saisit. L'angle marqué de sa mâchoire carrée. Les cernes profonds soulignant ses grands yeux d'un noir insondable. Ses pommettes hautes où, à gauche, courrait une fine cicatrice claire. Sa peau sombre et lisse aux reflets de bronze sur laquelle il laissa glisser son pouce pour chasser les cristaux de sable. À une femme à qui il tenait …
Les mains du pilote la ramenèrent à elle. Elle repoussa ses bras en murmurant quelque chose d'inaudible et, haletante, elle le fixa longuement sans rien dire. Elle n'osait pas regarder les deux corps étendus à leurs pieds. Leurs gémissements suffisaient à la rassurer : aucun d'eux n'avait tué personne. Les phalanges rouges du pilote la firent cependant tressaillir. Ils n'avaient fait que se défendre. Elle s'efforça de ne pas penser à ce qui se serait passé s'il n'avait pas été là. Ils n'avaient fait que se défendre. Pourtant la violence dont il avait dû faire preuve lui nouait l'estomac. Et elle ne put s'empêcher de se demander de quoi d'autre il serait capable s'il se laissait aller.
Quand le brouillard se dissipa et lui rendit la vue plus claire, elle remarqua le sang qui maculait le nez de Dameron. Sans rien dire, elle laissa sa main glisser jusqu'à la sienne et le guida à l'intérieur. Sans se retourner, elle claqua la porte derrière eux. Elle le poussa prudemment contre la table et s'empara d'un chiffon. Lorsqu'il amorça un geste pour s'en saisir, elle l'éloigna hors de portée.
— Ne fais pas l'enfant. Montre.
Une main sous son menton pour l'inciter à relever la tête, elle se servit de l'autre pour éponger le sang à l'aide du tissus. Elle tapota avec des gestes lents et doux, mais sentit malgré tout les frissons de son épiderme sous ses doigts.
— Je te fais mal ?
— Ce n'est pas comme ça que tu me fais mal.
Sa remarque lui fit l'effet d'une gifle. Et la poussa à riposter. Sur la défensive, elle lui fourra le chiffon dans les mains et recula de quelques pas.
— Si tu attends des excuses …
— Je n'attends rien, soupira-t-il. On ne peut jamais gagner avec toi, n'est-ce pas ?
Leur échange semblait lui faire plus mal que les coups de leurs adversaires.
— J'en ai assez de me battre, Dameron.
Sur les dernières syllabes que formait son nom, sa voix se brisa. Une fièvre étrange semblait l'habiter. Une fatigue infinie, une douleur incurable. Dans ses yeux brillants d'années de larmes contenues, il sentit la lumière menacer de s'éteindre. Il aurait voulu trouver les mots qui auraient pansé ne fut-ce qu'une infime partie de ses plaies. Mais ces derniers lui échappaient. Les avait-t-il connus un jour ? Elle finit par se détourner sans qu'il sache comment la retenir. Et le laisser seul, à regretter.
