Enfin, Mathis est à Beauxbâtons (BeauX pour les intimes) !
Alors, que dire à propos du chapitre précédent ? Hé bien, disons que je me suis bien éclaté à l'écrire, je m'en souviens. Contrairement à celui-ci, qui a été modifié voir réécrit un nombre inhumain de fois (et une fois de plus sept ans plus tard !). J'ajoute aussi, pour les plus perspicace, qu'il contient des spoils cachés, et que si plus tard un détail fait tilt dans votre tête, c'est qu'il était suggéré dans le chapitre 2.

[je reprends ça pour tout le monde :] Je n'aime pas me plaindre, mais pour tout vous avouer j'ai perdu toute motivation de publier (pas d'écrire) quand je me suis rendu compte que mes statistiques de lecture s'étaient effondrées, et que près de 75% des lecteurs avaient abandonné au cours du tome 3. Je me suis longtemps morfondu, j'ai supplié, reproché… et finalement je me suis remis en question ; d'une part, j'avais un rythme de publication de plus en plus erratique. Tout le monde n'a pas la capacité de se souvenir d'une histoire après un mois, deux mois, six mois d'attente. D'autre part, j'ai demandé à des gens ayant abandonné, et certains ont eu le courage de m'avouer que ça devenait très difficile à suivre avec la surrabondance de personnages et de sous-intrigues. C'est ces deux facteurs qui m'ont motivé à réécrire et republier la fic depuis le début. Le fait que je ne change pas grand-chose au début est en fait une bonne chose, ça m'aide à garder le rythme de publication avec une avance plus que confortable ; j'ai une bonne cinquantaine de chapitres d'avance sous le coude, et pour l'essentiel j'ai juste à les relire. D'ici à ce qu'on soit à nouveau au tome 5, j'aurai fini de tout réécrire et j'aurai eu le temps d'avancer dans la rédaction des nouveaux chapitres. J'espère que le rythme régulier et les corrections, ainsi que le fait que les nombreux abonnés au tome 1 reçoivent à nouveau des alertes par mail, va rétablir mon lectorat.

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Dans le chapitre précédent, Mathis et nous découvrions ensemble le Bourg Enchanteur, village breton faisant office de Chemin de Traverse pour les sorciers français. En allant acheter sa baguette magique, Mathis s'est fait réquisitionner d'office par la fille des baguettistes, Émeraude "Émi" Brisebois, qui a décidé d'en faire son nouvel ami. En plus de ses affaires scolaires, Mathis a acheté un "gecko de feu", un reptile à sang (très) chaud.

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Petites notes de réédition : si le titre de "Miss" s'est imposé comme une évidence assez tôt, j'ai beaucoup hésité à trouver un titre équivalent pour les professeurs hommes. J'ai finalement fait le choix de "Mestre". Beaucoup y verront une référence à Game of Thrones, et tant mieux ! Mais la véritable raison, c'est que Mestre signifie "professeur" en Catalan, et que ça ressemble à Miss. Je conserve les titres de Madame et Monsieur pour les personnes importantes. Notez bien qu'il s'agit de titres, à l'instar de "Monseigneur" ou "Votre Majesté". Ça n'a aucun rapport avec leur statut marital, et très peu avec leur âge.

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Réponse aux reviews !

Hello Lucie ! Tu dois être contente, celui-ci est encore plus en avance ! Alors pour le fonctionnement, tu as frappé à la bonne porte. Voici venir l'Intégrale du règlement, de la répartition et tout autre truc chiants, condensé en un chapitre (enfin !) digeste. Pour l'histoire, rendez-vous dans un très long moment, par contre… Oui, Émi est ce qui pouvait arriver de pire pour Mathis. Enfin, surtout pour sa mère, qui espère qu'il va être sage, hé hé hé ! Et relis bien, je n'ai pas dit qu'il pleuvait tout le temps en Bretagne. J'ai dit (en gros) qu'il y avait règulierement des ondées en fin de journée à cause de la pression. Et si tu me dis qu'il n'y a jamais d'orage en fin d'été en Bretagne, je te fais récurer les chaudrons des 5ème Année !

La Plume de Sucre, toujours aussi agréables tes reviews, merci !

Coucou Ywëna ! tu es bien la seule à penser à la mère d'Émi, je dois dire. Mais t'as raison, elle est super ! Alors, l'idée des tunnels ne vient pas de moi, mais de la France de Fleur (maintenant francedelacour[point]fr). Par contre il ne fonctionnent pas du tout de la même manière. Pour les détails, rendez-vous dans le même chapitre que pour l'histoire de l'Académie. Alors normalement c'est une exclue française, mais en... *vérifie ses dates*... 211 ans, le secret aurait largement eu le temps d'être vendu/volé/copié. Et enfin, les animaux. Eh bien les geckos, même à 25% salamandre, sont authorisés puisque vendu à Flamelisse (qui font leur stock par rapport au règlement de l'Académie). En revanche, pour l'Augurey j'ai un (énorme) doute. Mais bon, il ne se fait pas remarquer, pour l'instant.

Salut Anakin9867, enchanté de te rencontrer après tout ce temps. Je te rassure, je n'avais aucune intention d'arrêter l'histoire comme ça. L'intro s'adressait à ta review, mais en fait je me dis qu'elle parle à tout le monde… Oui je vais continuer l'humour. Les personnages deviennent plus sérieux en grandissant, mais il y aura toujours autant voire plus de moments de détente, et je me suis beaucoup entraîné à doser l'humour dans la narration. J'ai gardé toutes les blagues d'origine, et j'en ajoute de nouvelles à chaque fois que ça me parait adéquat.

Hola Tiph ! J'espère être plus à la hauteur de la tâche cette fois-ci. Je prévois… je souhaite avoir plus de moments entre Mathis et Émi, d'une part parce qu'il va bien falloir remplir tous les moments superflus et personnages inutiles que je supprime au fur et à mesure, et d'autre part parce que j'ai beaucoup négligé Émi sur la fin alors qu'elle fait partie des personnages écrits jusqu'au tome 7, et dès le tome 4 c'est à peine si j'en parlais encore. Ça sera corrigé.


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Voilà voilà. On repart pour un chapitre bien long (plus de 1000 mots supplémentaires par rapport au précédent !), et pourtant ne couvrant qu'une soirée et un jour. Mais pas n'importe lesquels. C'EST LA RENTRÉE !

(bon, vu que j'ai tardé à le publier, je ne le relis pas une huitième fois, donc n'hésitez pas à me pointer si j'ai encore oublié des fautes)

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3) Bienvenue à Beauxbâtons

Cieux infinis. Lueur éclatante. Sentiment de liberté et de toute puissance. Il vole, suivant les courants ascendants, plongeant soudainement pour reprendre de la vitesse, pour sentir l'adrénaline monter en lui. Il est le maître de son domaine, et celui-ci ne connait pas de limite. Il slalome entre les nuages, se rit du moineau et de l'aigle. Pour lui, le monde terrestre n'est qu'un ornement de son palais, au mieux un garde-manger. Puis soudain, chute, ténèbres et solitude. Tel un ange déchu, il tombe. Mais le sol ne l'arrête pas, il continue à s'enfoncer dans les entrailles de la terre, vers les ténèbres insondables. Il se brise les ailes, mais ne ressent même plus la douleur. Il a trop à cœur la perte de sa liberté pour se préoccuper de cette futile souffrance. Il se tient, là, sans bouger, parce que sa liberté est brisée. Ses ailes sont depuis longtemps guéries, et la chute n'est plus qu'un lointain souvenir. Mais il ne volera plus jamais, car son âme est brisée. Oh, certes, il peut encore s'arracher à l'attraction terrestre, s'élever dans les airs, user de ses ailes, mais il est devenu le moineau qu'il méprisait tant. Il ne volera plus jamais, il est tombé. Puis, aussi vite qu'il est apparu, ce sentiment s'évanouit, remplacé par une folle envie de belles chenilles bien grasses. Korrigan a faim.

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En moins de temps qu'il n'en faut pour dire "Joncheruine", Mathis et Émi avaient traversé le pays en courant sur une vingtaine de mètres. Ils débouchèrent près d'une immense grille de château qui semblait forgée d'argent, très fine et semblant pourtant indestructible. Elle était délicatement ornée, toute de spirales et de fleurs. Une haute haie de rosiers blancs courait le long des grilles, et une lueur miroitait autour du portail. Par-delà cette lueur, on entrevoyait un immense château.

Ils rejoignirent le groupe d'élèves de première année, qui s'était regroupé devant le portail en compagnie d'une jeune femme aux cheveux argentés, presque blanc. Elle était plutôt petite, et semblait très gentille, mais son attitude et son maintien forçait le respect. On sentait l'immensité du pouvoir en elle, comme si une aura électrique l'entourait. Le professeur Fauchet apparut à ce moment, surgissant de nulle part, et Mathis comprit quelque chose. La sortie du tunnel ne disparaissait pas : elle n'existait pas. Il fit un signe à celle qui devait être la fameuse collègue, et celle-ci sortit sa baguette. C'était une magnifique baguette d'un bois beige très clair, presque blanc, fine et délicate comme sa propriétaire. Un cœur central s'affinait progressivement d'un bout à l'autre, et ce qui semblait être du lierre sculpté grimpait en spirale tout au long de celui-ci avant de rejoindre la pointe en forme de petite rose fermée. Émi glissa à Mathis qu'elle était faite de tremble, un bois destiné aux meilleurs duellistes.

La jeune femme pointa sa baguette vers le haut du portail, et d'un geste, elle déverrouilla celui-ci en faisant disparaître le voile magique qui l'entourait. Le portail s'ouvrit tout seul vers l'intérieur, et les futurs élèves purent enfin admirer le domaine. Par-delà un immense jardin à la française, orné en son centre d'une immense fontaine étrangement sobre par rapport au faste qui l'entourait, le château. Ou plutôt le palais : blanc aux toits bleus, on aurait dit une réplique encore plus luxueuse du château de Chambord. Sauf que ce qui l'entourait n'était pas la vallée de la Loire. C'était d'immenses pics dont le sommet se perdait dans les ténèbres des cieux nocturnes.

– Bienvenue à l'Académie de Magie de Beauxbâtons. Je suis Miss Florine Brindargent, directrice-adjointe et professeure de français. Nous allons procéder à votre répartition, puis vous pourrez rejoindre les autres élèves dans le Grand Réfectoire pour le discours traditionnel de rentrée et le banquet.

Le groupe se mit en route, et une pensée traversa l'esprit de Mathis. Il avait complètement oublié les autres élèves. Il en avait vu plusieurs passer le tunnel de transportation avant eux, mais il n'y avait ici que les élèves de première année. Mais si le portail était verrouillé avant leur arrivé, où étaient ces élèves ?

Ils entrèrent par la porte centrale, et entrèrent dans un hall démesuré comme le reste. Au centre de la pièce montait un large escalier de marbre blanc, qui se divisait en deux escaliers de chaque côté. Un immense portrait ornait le palier central de l'escalier, et, Ô surprise !

– Hé regardez, l'homme dans la peinture bouge ! s'exclamèrent certains élèves.

Mais déjà, ne leur laissant pas le temps de s'émerveiller d'avantage, Miss Brindargent les dirigea vers une grande salle dans l'aile gauche du château. Cette salle ressemblait étrangement à une chapelle, avec plusieurs rangs de bancs de chaque côté d'une allée centrale, au bout de laquelle se trouvait trois grandes boîtes ressemblant à des confessionnaux. Un vieil homme vint chercher les bagages de tous les élèves en les faisant léviter d'un sort, de même que les cages des divers animaux. Korrigan n'avait pas bougé d'un millimètre, toujours perché sur la valise qui flottait à présent dans les airs, mais le gecko de Mathis resta avec son propriétaire. Enfin, la jeune femme les fit tous s'asseoir du même côté de la salle et leur expliqua ce qui allait se dérouler.

– Comme dans plusieurs écoles de magie de par le monde, les élèves sont répartis selon certaines caractéristiques. Ici, à Beauxbâtons, cette répartition consiste en trois Ordres, dont le but est de regrouper les élèves afin de proposer à chacun la méthodologie de travail la plus adaptée à leur caractère.
· Le premier, Lonicera, est l'Ordre de l'équité et de la patience. S'y retrouvent ceux qui savent attendre le bon moment, et se remettre en question, des juges naturellement objectifs. Sa devise est « Le temps détruira vos murailles », et sa couleur est le Bleu Patience.
· Le second, Aloysia, est l'Ordre de la réflexion et de la cohésion. S'y retrouvent ceux qui misent tout sur l'importance du groupe, leaders comme suiveurs, et dont "générosité" est le maître mot. Sa devise est « Les mots sont nos armes », et sa couleur est le Rouge Passion.
· Enfin, le dernier, Urtica, est l'Ordre de l'action, et de la détermination. S'y retrouvent les battants, mais aussi ceux capables de résoudre seuls leurs problèmes pour ne partager que leur optimisme avec leurs amis. Sa devise est « Qui s'y frotte s'y pique », et sa couleur est le Jaune Puissance.
À l'appel de votre nom, vous entrerez dans un des caissons du Sondeur, et vous répondrez aux questions qui vous seront posées. Ensuite vous irez vous asseoir sur les bancs de droite. Ensuite nous…

Elle fut interrompue par l'arrivé d'un petit groupe d'élèves plus âgés, qui prirent place au fond de la salle. Comme si de rien était, Miss Brindargent reprit son discours.

– Je disais donc, ensuite, une fois que tous les élèves seront répartis, nous nous rendrons ensemble au Grand Réfectoire. Commençons avec un seul élève, afin que chacun puisse voir ce qu'il en est, puis je vous ferai passer trois par trois. Aubert Marine !

La fille appelée se leva, et s'avança timidement vers une des grandes boîtes de bois sombre fermées d'un rideau bleu ciel où elle entra. Après presque deux minutes silencieuse, elle ressortit. Son foulard était devenu bleu, et un nouvel écusson, bleu lui aussi, ornait sa robe. Elle alla rejoindre un banc à droite. La professeure appela ensuite les élèves suivants, trois par trois comme elle l'avait dit.

– Aubry Baptiste, Azerbas Nilüfer, Ballessaim Octavius… Bellini Aventino, Brisebois Émeraude, Charpentier Mélissa…

Lorsqu'Émi ressortit du caisson, elle portait désormais un foulard rouge. Ainsi, elle avait été répartie à Aloysia. Oui ça semblait logique à Mathis, la maison de la cohésion et de la générosité collait parfaitement à cette fille qui l'avait adopté dès qu'elle l'avait vu, et le considérait déjà comme son ami. Enfin, son tour vint, et il entra dans l'une des boîtes, en même temps que des jumelles du nom de Lise et Nora Degontreau. À l'intérieur du caisson, des parois lisses, un siège consistant en une simple planche vernie fixée à la paroi et une boule de lumière flottant au niveau du plafond constituait les seuls éléments notables. Mathis s'assit sur le banc, et presque instantanément, une forte voix éthérée, ni masculine ni féminine retentit. Le plus étrange est que l'on n'entendait rien à l'extérieur malgré la finesse du rideau.

– Bonjour, Mathis Devaux, dit la voix. Je suis le Sondeur, bienvenue à Beauxbâtons. Je vais te poser cinq questions. Tu peux y répondre comme tu le sens, même si ta réponse ne fait pas partie de mes propositions. Es-tu prêt ?

– Oui.

– Première question : De quelle couleur est la vie ?

– Euuuuuh… Verte, comme les arbres ? C'est ça ?

– Il n'y a pas de mauvaise réponse, le rassura la voix. Deuxième question : Qui de l'aigle ou du moineau est le roi des cieux ?

– Aucun, c'est l'albatros. Il peut voler des semaines sans atterrir.

– Troisième question : Quel fromage est le meilleur dans des spaghettis ?

– Comment ?

– Tu veux que je répète la question ?

– Euh non, c'est bon. Ben, ma mère fait un mélange d'emmental, de comté et de mozzarella, râpés et mélangés. Ça fond super bien, et ça fait des grand fils, j'adore.

– Quatrième question : Serais-tu prêt à échanger ta place ici ? Pourquoi ?

– Je serais capable de le faire, mais je ne le ferai pas. Tout savoir est bon à prendre, et j'ai la chance d'accéder à un savoir secret, qui n'est même pas censé exister. Je ne vais pas gâcher une opportunité pareille.

– Cinquième question : Serais-tu prêt à suivre Émeraude Brisebois ?

– Euh, ben ça dépend pourqu…

– Bienvenue à Aloysia !

Un flash de lumière rouge éblouit Mathis, et lorsque sa vue revint, il constata que son foulard était devenu rouge et que ce qui semblait être l'écusson d'Aloysia était apparu sur son veston. Il ressortit du caisson, et rejoignit Émi qui était visiblement ravie qu'il soit avec elle, en se demandant comment la voix avait pu déterminer dans quel Ordre il devait atterrir avec des questions pareilles. À moins que seule la dernière "question" ait vraiment compté, ce qui remettrait sérieusement en doute l'utilité de la répartition. Peu à peu, le reste des élèves furent répartis. Parmi eux, une jolie fille brune du nom de Karol Niafasen qui, comme quelques-uns, ressortit plus tard que les autres avec un foulard bicolore, le sien étant rouge et blanc. Ou encore ce garçon, que Mathis reconnut comme étant celui qui se vantait de son père conseiller du Prévôt et qui s'appelait Arnaud Portesort, qui fut réparti à Urtica. L'un d'eux retint particulièrement son attention. Jorge Soriano. À l'appel de ce nom typiquement espagnol, ce fut un grand blond aux yeux bleus, athlétique, qui se leva. Lorsqu'il s'avança dans l'allée, des petits rires moqueurs se firent entendra çà et là. À ses pieds, l'espagnol portait des sandales de cuir par-dessus des chaussettes blanches, et sa démarche était dansante et rythmée, comme si un rock endiablée martelait dans sa tête. Tête qui hochait doucement de gauche à droite sur le rythme de cette même mélodie. Lorsqu'il ressortit du caisson-sondeur, lui aussi réparti chez les jaunes d'Urtica, Mathis vit que qu'il avait un écouteur dans l'oreille gauche, ce qui expliquait en partie son pas dansant, mais pas ses étranges chaussures. Dans l'ensemble, on aurait dit une autruche allemande saoule.

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La répartition des 1ère Année terminée, le groupe ressortit en suivant Mestre Fauchet pendant que Miss Brindargent discutait avec les élèves arrivés entre temps. Ils rejoignirent le hall, puis s'engagèrent dans l'aile droite. Le prof ouvrit la grande porte, et les élèves purent admirer l'immense salle sous leurs yeux. Partout, des tables rondes entourées de seize chaises semblaient être disposées aléatoirement, mais pourtant séparées d'égale distance, comme des danseurs lors d'une valse. Autour de ces tables, les élèves étaient disséminés sans restriction. Dans certaines zones une certaine couleur dominait, dans d'autres un certain âge, mais globalement, tout le monde était mélangé. Au fond de la salle s'alignait une très longue table où plusieurs adultes discutaient avec leurs voisins. Deux places, dont celle à côté de la directrice, était vacantes. Mathis vit enfin la directrice, dont il ne savait absolument rien, pas même son nom. Celle-ci, une femme chic d'une cinquantaine d'années en apparence, dépassait son voisin de gauche d'une bonne tête et demie malgré le fait qu'ils soient assis. Le professeur Fauchet les invita à aller s'asseoir où ils voulaient, et Mathis et Émi choisirent une place proche de la table des professeurs, mais pas trop, et plutôt centrée. Une équation mathématique hyper sophistiquée, comme lorsqu'on choisit son siège au cinéma. Après quelques minutes, où ils firent connaissance des personnes à leur table, les retardataires et Miss Brindargent entrèrent dans le Grand Réfectoire. L'un des élèves passa près de leur table d'un pas énervé, et Mila Appelbaum, la jolie Lonicera blonde de quatorze ans assise en face de Mathis, l'interpella.

– Hé Romain ! Encore raté ?

– Bah tu vois bien, connasse ! répliqua-t-il en tirant rageusement sur son foulard.

– Ah ah ça sert à rien de t'en prendre à moi, ce n'est pas ma faute si t'es trop gentil !

– Mmph…

Romain vira au rouge, puis s'éloignât, fortement vexé et embarrassé. Hilare, Mila expliqua la situation à Mathis et Émi, les seuls 1ère Année à cette table.

– Lui c'est mon cousin, Romain Appelbaum. Il est en 4ème Année à Locinera, et tous les ans il retente la répartition pour aller à Urtica. C'est le Lonicera le moins patient que j'ai jamais vu, mais pas de bol pour son ego, c'est là que le Sondeur le remet chaque année.

– La répartition a lieu chaque année ? demanda Émi.

– Normalement non, mais si tu veux changer, tu as le droit de repasser au Sondeur juste après les premières années. Parfois, quand la mentalité de l'élève a changé, il est changé d'Ordre. Mais connaissant mon cousin, il a dû vexer le Sondeur, et celui-ci se venge comme il peut.

– Le Sondeur est une vraie personne ? s'étonna Mathis, soudain curieux.

– Personne ne sait vraiment ce qu'il est. D'après l'auteur de L'histoire de Beauxbâtons, ce serait plutôt un sortilège si complexe qu'il a développé une conscience propre. C'est tordu, mais personne n'a de meilleure explication. En tout cas, il a un sens de l'humour particulier, et une certaine mainmise au sein du château.

– Un sortilège dans une boîte ? lança Émi incrédule. Comment il pourrait affecter le château depuis sa boîte si c'est vraiment un sortilège ? Il n'est pas censé être lié à sa boîte et ne pas pouvoir se promener ?

– Personne ne le sait. Mais tu comprendras rapidement que ce que je vous dis est vrai. Oh, regardez, la directrice va faire le discours de rentrée.

Mathis et Émi, assis dos à la table des professeurs, se retournèrent et eurent le choc de leur vie. La directrice s'était levée, et elle dominait l'assemblée, immense. Mesurant près de trois mètres, svelte, elle était terriblement impressionnante dans sa robe de satin noir où luisait un long collier d'argent. À ses longs doigts, qu'elle déplia en écartant les mains d'un signe d'accueil, brillaient plusieurs bagues elles aussi en argent. Ses grands yeux étaient noirs et humides et son nez en forme de bec d'oiseau. À sa droite, Florine Brindargent, qui venait de rejoindre sa place, lui arrivait à la hanche en étant debout. La directrice commença son discours.

– Bonjour à tous, je vous souhaite une agréable rentrée ! Pour ceux qui ne me connaissent encore pas, je suis Madame Olympe Maxime, directrice de l'Académie. Comme tous les ans, un petit rappel du règlement s'impose. Les divers instruments de farces et attrapes sont interdits, que ce soit dans l'enceinte du château ou dans le parc. Les duels et autres échanges de sortilèges ne sont autorisés que durant les cours ou dans les salles d'entraînement. Il est strictement interdit aux élèves de s'approcher à moins de trois mètres de la fontaine Flamel. La baignade dans le fleuve est interdite. Il est interdit de quitter son pavillon après 21 heures sans autorisation signée par un professeur, un sortilège de filtrage garde la porte. De même, l'accès au pavillon d'un Ordre autre que le sien est interdit, sans exception ; des salles de travail communes sont disponibles la journée au rez-de-chaussée de l'aile Est, à gauche en entrant.
Et bien que le simple fait de l'envisager me semble surréaliste, certains élèves l'ont fait, ce qui nous amène au dernier point : il est formellement interdit de voler sur un balai à l'intérieur du château, d'autant plus pour y organiser un match de "Quidditch d'intérieur". Vos emplois du temps vous seront distribués demain au petit-déjeuner, sauf pour les élèves de 1ère Année qui se rendront tous à une réunion de rentrée dans la Salle de Répartition. Je vous invite à lire entièrement le règlement qui vous a été envoyé en même temps que votre lettre d'entrée, si ce n'est déjà fait. Bien, cette mise au point étant faite, je souhaite à chacun d'entre vous réussite et épanouissement, et que votre année soit fructueuse. Nous estions ignorants, nous le seront moins d'ici l'an.

Nous estions ignorants, nous le seront moins d'ici l'an, reprirent en chœur la plupart des élèves.

– C'est quoi cette phrase étrange que tout le monde répète ? questionna Mathis en aparté.

– C'est la devise de l'école, de l'ancien français, répondit Mila. Vous n'êtes pas obligés de le faire, mais la tradition veut que les élèves répètent tous la devise à chaque fois qu'un professeur la prononce. Ça porterait chance, il paraît.

– Ah ouais, je vois.

– Et maintenant, conclut la directrice, mangez à votre faim !

À ces mots, des dizaines de plats empilés devant eux apparurent par magie. Le plat le plus proche de Mathis était un plat de spaghettis au fromage. Il s'y servit, et en proposa à Émi qui accepta. Il enfourna sa première bouchée, et en cracha presque de surprise. Le fromage fondue dans les spaghettis était exactement le même que celui que sa mère préparait : un mélange emmental-comté-mozzarella. Non, c'est impossible, c'est forcément une coïncidence, se dit Mathis. Le Sondeur ne peut pas être le chef cuisinier aussi.

Le banquet se déroula à merveille. La foison de plats disparut, laissant place à une foison de fromages, puis à une foison de desserts. Mathis n'avais jamais vu autant de choix en un seul repas. Enfin, les desserts disparurent à leur tour, et deux cruches de café chaud et des tasses apparurent sur les tables. Les amis refusèrent d'en boire, comme beaucoup de jeunes élèves de 1ère ou 2ème Année. Enfin, on signala la fin du banquet, et les élèves quittèrent la salle peu à peu. Les premières années furent regroupés par Ordre, et Mathis constata avec surprise qu'ils étaient beaucoup plus que lors de la répartition. En écoutant certains discuter, il comprit. Ou plutôt, il ne comprit pas. Ils ne parlaient pas français. Ils avaient donc été séparés par langue, sûrement pour faciliter les explications. Après quelques instructions, les Aloysia suivirent leur référente, Miss Brindargent. Décidément, la jeune femme cumulait les casquettes.

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Ils sortirent de la salle, et rejoignirent à nouveau le hall. Ils prirent à droite en sortant de l'aile Ouest, et empruntèrent une porte à côté de l'escalier central. Cette porte donnait sur l'extérieur, vers ce qui semblait être un deuxième jardin, plongé dans la pénombre. La professeure illumina le chemin de gravillons de sa baguette, et ils empruntèrent la voie de gauche à un croisement en patte d'oie. Ils traversèrent un large pont de bois, et purent enfin admirer leur dortoir. Chichement éclairé par des lanternes sans flamme, le Pavillon Est était une superbe bâtisse où l'emblème de la maison apparaissait sur les longues bannières, et était gravé dans la grande porte de bois sombre. Miss Brindargent ouvrit la porte, et fit entrer les élèves. Ils longèrent un petit corridor, et entrèrent par la seule autre porte qui s'y trouvait, au fond.

Mathis eut l'impression d'entrer dans un autre monde. Contrairement aux salles du château qu'il avait déjà vu où la décoration datait de la Renaissance, cette salle semblait plutôt moderne. Les murs étaient lisses et peints de blanc, et le sol de pierre était recouvert de tapis simples. Partout, des fauteuils et canapés rouges était disposés en cercle autour de tables basses ou de petits braseros, et sur certains d'entre eux, des élèves discutaient, rigolaient, ou chahutaient. Mathis constata avec surprise que la plupart des élèves encore là n'avaient pas d'uniforme, comme ceux qu'il avait vu à la gare. Cependant, ceux-ci n'étaient pas présents dans le Grand Réfectoire, il en était certain. Mais qui étaient-t-ils, et où avaient-ils mangé ?

Miss Brindargent laissa d'abord passer les plus âgés. Vint le tour du groupe de 1ère Année, et Mathis et Émi montèrent à leur tour à l'étage. Ils allèrent tout au fond du premier couloir, qui portait la mention 1ère Année, et la professeure fit entrer les garçons à gauche, les filles à droite, en leur rappelant l'extinction des feux à 21h. Il était déjà 20h30. Entrant dans leurs dortoirs respectifs qui consistaient en un long couloir rempli de chambres doubles où le nom des occupants apparaissait, ils retrouvèrent leurs valises, et Émi ne fut pas surprise de retrouver Korrigan, toujours cramponné à la poignée de sa valise posée à côté de la porte. En revanche, sa camarade de chambre, Nilüfer Azerbas, ne fut pas de cet avis. Elle était étalée sur le lit supérieur, en train de jouer avec une mèche de sa très longue et brillante chevelure brune, lorsqu'Émi entra dans la chambre. Se redressant, elle posa ses yeux noisette sur celle qui deviendrait sa compagne de chambre, lorsqu'elle aperçut Korrigan.

– Iiiiiiikkk! C'est quoi ÇA ? s'exclama-t-elle en pointant l'oiseau d'un doigt accusateur.

– Je te présente Korrigan, mon augurey. Je l'ai depuis que j'ai six ans. Ne t'inquiète pas, il est très sage.

– Mouais, je suis pas convaincue. Il va dormir ici ?

– Oh non, pas de soucis, il est plutôt nocturne. Enfin, ce soir j'aimerais quand même qu'il reste avec moi, pour qu'il s'habitue à sa nouvelle maison.

– Tant qu'il ne piaille pas toute la nuit, je peux t'accorder une nuit. Mais une seule.

– Les augureys ne poussent leur cri que s'il va pleuvoir. Et le ciel avait l'air bien dégagé quand on est arrivés.

– Ah j'savais pas. Tu l'as eu où ? c'est la première fois que je vois un mach… un oiseau pareil.

– C'est mon père qui me l'a ramené d'Irlande. Il voulait essayer de faire des baguettes avec des plumes d'augurey, alors il cherchait un nid. Et puis il est tombé sur celui-ci et me l'a offert.

– Ton père fabrique des baguettes ?

– Bah ouais, c'est Servan Brisebois. Avec ma mère ils tiennent la boutique du Bourg Enchanteur. Tu n'as pas acheté ta baguette chez eux ?

– Non, j'en avais déjà une avant.

Pendant ce temps, de l'autre côté du couloir.

– Ouah, ton lézard est magnifique ! s'exclama Erwin Niafasen.

– C'est un gecko à crête croisé salamandre de feu, répondit Mathis.

– Et comment l'as-tu appelé ?

– Je sais pas. Faut vraiment que je lui trouve un nom avant demain, sinon ça va me perturber tout la nuit.

– Tu n'as qu'à lister toutes ses caractéristiques, et tous les mots auquel il te fait penser. Ensuite tu fais des mélanges, et tu gardes celui qui sonne le mieux.

– Ah ouais, pas bête comme idée. Alors, il est rouge et noir, cool, chaud, il ressemble à un dragon et il sent le barbecue. Barberouge ? Non, c'est un dragon, pas un pirate. Chaucoola ? Trop bizarre.

– Vraiment étrange…

– Eh, au fait, elle est de ta famille, Karol Niafasen ?

– Oui, c'est ma petite sœur.

– Mais, comment ça peut être ta petite sœur si vous êtes dans la même classe. T'as redoublé ou un truc comme ça ?

– Non, d'ailleurs je ne crois pas que l'on puisse redoubler ici. Du moins pas en 1ère Année. Non, nous sommes nés la même année, et avons onze mois d'écart : je suis né en février et elle en décembre. Du coup elle n'a même pas encore dix ans.

– C'est pour ça qu'elle a un foulard à moitié blanc ? Parce qu'elle a que neuf ans ?

– Non, c'est parce qu'elle est cracmole.

– Elle est quoi ?

Cracmole. Nos deux parents sont sorciers, mais elle n'a pas de pouvoirs magiques. C'est rare, mais ça arrive. C'est un peu l'inverse des sorciers nés-moldus.

– Mais si elle n'a pas de pouvoirs magiques, comment ça se fait qu'elle soit inscrite dans une école de magie ? Ça va pas la gêner pour les cours ?

– Ils ont un programme adapté pour les cracmols. Tous leurs cours sont théoriques, et leurs exams sont aménagés. Il y a pas mal de métiers dans le monde magique qui ne nécessitent pas l'usage de la magie, comme traducteur de runes ou…

– Ah, je sais ! J'ai trouvé ! s'écria soudainement Mathis, coupant la parole à Erwin.

– Qu'as-tu trouvé ? demanda gentiment celui-ci sans se formaliser de l'impolitesse de Mathis.

– Ben le nom de mon gecko de feu ! Il est rouge et noir, chaud, et il sent de barbecue. Comme une braise !

– Donc tu vas l'appeler… ?

– Noirebraise.

– Pas mal ! Tu vois, ma technique fonctionne. Enfin il est plus rouge que noir, mais c'est un nom adéquat tout de même.

Sur ces bonnes paroles, les deux garçons finirent par se coucher et s'endormir, comme le reste du pavillon. La dernière pensée qui traversa l'esprit de Mathis avant qu'il sombre dans l'inconscience fut : "Il a l'air vachement sympa ce mec, j'aurais pu tomber sur pire que ça.".

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Le lendemain matin, ils furent réveillés par un chant d'oiseaux qui semblait venir de partout à la fois, comme s'ils s'étaient endormi au cœur d'une forêt. Mathis se leva et s'habilla rapidement. Il posa la main sur le petit bureau où dormait Noirebraise, et celui-ci grimpa très vite sur le bras de son maître. Il se dirigea vers la salle commune, et se jeta sur un fauteuil à côté d'Émi.

– Salut Mathis, bien dormi ? lança-t-elle. Et salut petit gecko !

– Je lui ai trouvé un nom hier soir, ça sera Noirebraise. Salut Émi. Ouais, les lits sont confortables. Et le réveil est plutôt agréable. C'est des vrais oiseaux, ou alors un genre d'enchantement ou un truc comme ça ?

– Enchantée, Noirebraise. Eh bien les deux en fait. Un enchantement capture le bruit au cœur de la forêt du domaine, et un autre le retransmet ici à l'heure du réveil.

– Ah, comme un micro et des haut-parleurs !

– Des quoi ?

– Heu laisse tomber, un truc moldu.

– Je vois. Avant il y avait aussi l'odeur de la forêt, il parait que c'était très agréable. Il y a beaucoup de fleurs dans les clairières. Mais il y a une trentaine d'années, un grand incendie l'a ravagée, et la fumée a été aspirée vers les dortoirs. Il n'y a eu aucun mort, mais beaucoup ont été gravement asphyxiés, dont le fils du ministre de l'époque.

– Ah mince, du coup je parie que ça ne lui a pas plu. Mais comment tu sais tout ça ?

– J'ai lu L'histoire de Beauxbâtons, c'est super intéressant. Je pourrai te prêter mon exemplaire si tu veux.

– Ouais, ça serait cool. Merci !

Puis la faim les rappelant à l'ordre, Ils décidèrent d'aller déjeuner. En sortant du pavillon, ils purent enfin voir le domaine en plein jour. Au cœur même des montagnes, il consistait en un immense jardin à la française, avec le château en son centre. Celui-ci ressemblait fortement au Château de Chambord que Mathis avait vu en photo l'année dernière en CM1, mais les tuiles de son toit étaient bleu azur et celui-ci était beaucoup plus large. Entre eux et le château, une large et profonde rivière coulait, enjambée par trois ponts reliant le château aux trois pavillons. Chaque pavillon avait lui aussi des tuiles de la couleur de son Ordre, et les mêmes bannières de chaque côté de la porte. La façade du pavillon central était recouverte de plantes grimpantes.

En passant sur le pont, Mathis et Émi furent surpris de constater qu'on ne voyait pas le fond de la rivière. En fait, on y voyait aussi peu profondément que dans une mer agitée, et le fort courant n'y était pas étranger. Mila, qui les avait rejoint entre temps, leur expliqua que de nombreuses créatures magiques vivaient dans la rivière, et qu'il y aurait même des sirènes qui vivraient dans le réservoir de la source, dans une immense grotte secrète. Mathis ricana, incrédule, mais Émi se prit à se demander si elle pouvait changer ses jambes en queue de sirène comme dans les romans moldus que sa mère lui avait donné, avant de se rappeler que les vraies sirènes étaient d'affreuses harpies sous-marines. Enfin, ils arrivèrent au château, et se dirigèrent rapidement vers le Grand Réfectoire où les attendaient d'immenses buffets à volonté placés au centre de la salle, les tables ayant été réarrangées. Les deux plus jeunes mangèrent plus que de raison, et n'avaient pas encore fini lorsque Mila les quitta pour se rendre en cours d'Anglais.

Après deux mini-croissants supplémentaires, le regroupement des premières années fut effectué par la directrice-adjointe et par un grand homme d'un roux flamboyant et d'une carrure digne d'un lanceur de troncs écossais. Ils se dirigèrent vers la salle de Répartitions, encore, et s'assirent sur les bancs étroits et durs, encore. Un appel fut fait par Miss Brindargent, puis ce fut l'homme qui prit la parole.

– Bonnjouĸн ὰ tous'e, je suis le professeuĸн Pαgo Goizαne, dit-il d'une voix à faire trembler les murs, et d'un accent à faire fondre les tympans.

La prononciation de ses –r rappelaient le bruit de deux pierres frottées l'une contre l'autre, et des –e sauvages apparaissaient à la fin de mots qui n'en comportait parfois même pas. Combiné à sa voix extrêmement forte et grave et à ses allures de barbares, il était pour le moins impressionnant.

– Cett'e ĸнéunionn α pour but'e de vous pĸнésennter les difféĸнenntes mαtièĸн'es qui vous seĸнonns ennseignées cette αnné'e. Tout d'αboĸнd, les matièĸн'es dit'es linnguistiques, c'est-ὰ-diĸнe le Frαnnçαis et l'Annglαis, mαis αussi les Rнun'es Ancienn'es que j'ennsei'gne, et les Mathémαtiques qui ne sonnt αpĸнès tout que le lαnngαge des nonmbĸнes. Vous seĸнonns ennseignés αussi les Aĸнts Mαgique, et l'Histoiĸн'e de lα Mαgie. En m'plus de ce tĸнonnc plutôt théoĸнique, vous αuĸнez des couĸнs'e de Potions, de Biologie Mαgique, de Vol'e suĸн bαlαi, d'Enchαnntements et Mαléfic'es et de Métαmoĸнphos'e-Soĸнtilèg'es-Tĸнαnnsmutαtion, ou M·S·T.

Puis, à l'immense soulagement de la plupart, ce fut Miss Brindargent qui reprit.

– En plus de ces matières communes, il existe des matières optionnelles que vous ne choisirez qu'en 3ème Année, et des clubs d'activité partiellement extra-scolaires, facultatifs mais intéressants. Cette année, nous avons décidé de mettre en place un nouveau système pour les clubs. Tout au long de l'année, certains samedis seront spécialement aménagés pour permettre aux 1ère Année de découvrir tous les clubs et sports en pratique, avant de choisir ou non le club et/ou le sport qui vous plaira. Vous avez des questions sur ce qui a déjà été dit? Oui, je t'écoute, hum… Aline.

– Vous pourriez répétez la liste de tous les cours s'il vous plaît ?

– Français, Anglais, Runes Anciennes, Mathématiques, Arts, Histoire de la Magie, Potions, Biologie Magique, Vol Sur Balai, Enchantements & Maléfices, et M·S·T. Mais ne vous inquiétez pas : un parchemin emploi du temps vous sera distribué à la fin de la réunion, et il vous suffira de toucher le titre d'une matière pour avoir toutes les informations nécessaires. D'ailleurs, je vais enchaîner là-dessus…

Elle exhiba un parchemin sur lequel figurait un tableau.

– Ceci sera votre emploi du temps. Ils sont individuels, et chacun devra toujours avoir le sien avec soi. Comme je viens de le mentionner, un simple toucher sur le titre d'une matière afficher toutes les informations disponibles sur celle-ci : Une introduction explicative, le nom de l'enseignant et le numéro de son bureau, et l'intitulé du chapitre en cours dans votre filière. Les cours y seront aussi disponibles temporairement, pour compléter vos notes ou redessiner vos schémas. En touchant le nom de la salle où se déroule le cours, un plan avec l'itinéraire allant de l'endroit où vous êtes jusqu'à cette salle s'affichera. Si un évènement imprévu est annoncé ou un cours est déplacé, chaque parchemin sera mis à jour automatiquement. La rune en haut à droite permet de revenir à l'emploi du temps. La rune en haut à gauche permet d'envoyer un message à un professeur en cas de problème. Cela affichera une zone d'écriture pour le nom du destinataire et le contenu du message, mais pour devrez impérativement n'y écrire qu'avec une plume sans encre. Ces parchemins sont un outil de travail uniquement, et tout abus sera réprimandé.

Tandis qu'elle faisait la démonstration, les textes et illustrations figurant sur le parchemin changeaient. C'était la première fois pour beaucoup d'entre eux qu'ils voyaient un objet magique en action, et la directrice-adjointe était en train de leur dire qu'ils allaient en avoir un rien que pour eux !

– Bien, passons au système de notation. Chaque matière regroupe un ensemble de compétences à valider. Toute réponse donnée en levant la main, écrite sur un parchemin d'exercice ou au tableau lors d'une correction, ou sur un parchemin d'évaluation pourra permettre de valider une compétence. Attention, une fois acquise, elle peut être perdue, mais si une même compétence est acquise suffisamment de fois, sa valeur globale est doublée. Chaque groupe de compétences, ou thème, sera ensuite noté selon un système de rangs de "pureté". Nous avons ainsi Fonte=médiocre, Étain=fragile, Bronze=bien, Argent=très bien, et Or=excellent. Cependant, pour obtenir l'Or, il faut que toutes les compétences dites majeures de ce thème soient toutes validées, en plus d'obtenir suffisamment de points. Enfin, la moyenne pondérée de tous les thèmes est effectuées, et cela donne le rang global de la matière.

Sur ce point de règlement très technique, elle avait aussi vite perdu l'attention des enfants. Elle sourit, conciliante.

– Je vais vous donner un exemple, ce sera plus clair. Disons que ce matin, en Potions, vous vous êtes montré capable d'identifier un bézoard du premier coup d'œil. Cela vous vaudra un bon point pour le thème "Identification d'ingrédients magiques". Admettons que vous obtenez ainsi l'Or à ce thème, et que vous aviez déjà obtenu l'Argent au thème "Préparation de potions de soin intermédiaires". La première compétence étant plus importante pour cette année, c'est l'Or qui l'emporte, et si aucun autre thème ne vient à faire baisser ce niveau, vous obtiendrez l'Or en Potions. Bien. Encore des questions ?

Un élève étranger posa une question que Mathis ne comprit pas, et fut surpris de comprendre au contraire la réponse.

– Non Joãozinho, les élèves étrangers n'auront pas leurs propres cours, sauf en Français où la priorité est l'apprentissage de la langue. Comme c'est le cas actuellement, toutes les interventions en français des professeurs sont traduites de manière à ce que chacun comprenne au mieux. C'est un enchantement très utile présent sur la totalité du domaine qui permet cela. En revanche, il ne s'applique pas aux élèves, alors vous serez séparés dans la salle, et les groupes de travail ne seront pas inter-langages tant que vous ne maîtriserez pas le français, ce qui en général prend deux ans ici. D'autres questions ? Non ? Bien. Après cette petite réunion qui touche d'ailleurs à sa fin, nous vous ferons visiter le château, et cet après-midi après le repas, vous aurez votre première démonstration de vol sur balai, exceptionnellement en commun pour tous les élèves première année. Ensuite, vous serez libres d'explorer le domaine, mais soyez rentrés au château avant 18h. Voilà, je vais maintenant vous remettre vos emplois du temps, puis vous suivrez Mestre Goizane qui s'occupera de la visite guidée.

D'un geste de sa petite baguette, elle fit s'envoler les parchemins dans tous les sens, et sur la petite tablette devant chacun atterrit un parchemin à son nom. Mathis constata avec surprise qu'il avait des weekends de trois jours, son vendredi étant entièrement libre. Aux expressions de surprises qui fusaient çà et là, ça devait être le cas pour la plupart. Enfin, ils se levèrent, et la procession quitta la salle, salle qu'ils finiraient par connaître jusqu'au moindre grain de poussière s'ils continuaient à y passer leur vie. D'abord, le professeur leur indiqua que le reste du rez-de-chaussée de l'aile Est comportait de nombreuses salles de travail en groupe, l'infirmerie, ainsi que la bibliothèque tout au fond de celle-ci. Ils retournèrent ensuite dans le hall, et purent enfin monter le grand escalier. Ils s'arrêtèrent sur le premier palier, là où l'escalier se séparait en deux, et le professeur Goizane leur désigna un immense portrait, dans lequel un vieil homme, apparemment un noble du Moyen-Âge, somnolait.

– Voici Godefĸнoy Beαuxbαtonns, viconmt'e de St Renαud, fonndαteuĸн'e de l'Acαdémie.

La forte voix du professeur eut pour effet de réveiller en sursaut le vieil homme, qui poussa un cri d'effroi fort peu masculin, et tomba de sa chaise. Puis, tentant de reprendre contenance, il se rassit en réajustant son col, et s'exclama d'une voix qu'il voulait menaçante.

– Qui ose déranger le vicomte de St Renaud lorsqu'il… médite ?

– Excusez moi, viconmt'e. Voici les nouveαux élèv'es de pĸнemière αnnée.

– Ah, fort bien. Je vous salue donc, nobles disciples, dit-il d'un ton cynique. Bienvenue en mon humble Académie, et puisse votre scolarité être fructueuse. Si vous avez des questions à propos de l'histoire de ce château, n'hésitez surtout pas : aller voir votre professeur d'Histoire, je n'ai pas de temps à vous consacrer. Et maintenant, de l'air ! Allez importuner ma traîtresse de fille si ça vous amuse. Elle garde l'entrée de l'étage des Chasseurs. Laissez-moi *hum*… méditer en paix.

– Mouih, bĸнef, nous αllons'm d'αboĸнd visiter l'αil'e dĸнoite, pαĸн ici s'il vous plαit.

Les 1ère Année s'engagèrent dans l'escalier de droite, et visitèrent les quatre étages, les trois premiers donnant sur de longs couloirs donnant chacun sur une dizaine de larges salles, avec des toilettes au fond. Au dernier étage, une vaste salle surmontée d'un dôme percé de nombreuses ouvertures était emplie de télescopes et de tableaux comportant des cartes du ciel, des tracés de constellations et même une immense maquette du système solaire à l'échelle, le Soleil mesurant plus de quatre mètres de diamètre. Cette maquette semblait se mouvoir en temps réel. Malheureusement pour leurs jambes, aucune passerelle ne reliait les deux ailes du château, et ils durent redescendre, puis remonter par l'escalier de gauche. Le premier et le deuxième étage ressemblait beaucoup à ceux de l'autre aile, à un détail près : deux portes manquaient au fond à droite du couloir au premier étage, et le second comportait une double porte au centre de cette zone. Le professeur Goizane ouvrit cette porte, et chacun put admirer un vaste amphithéâtre, large comme deux salles, et descendant jusqu'à l'étage en dessous, ce qui expliquait l'absence de porte. Ils montèrent ensuite à l'étage supérieure, mais le couloir du troisième étage était verrouillé, et le palier du quatrième étage, qui aurait dû desservir un énième couloir ou une énième salle donnait sur un mur où trônait le portrait d'une femme, aussi grand que la porte principale du château. Celle-ci sourit aux élèves avec bienveillance, et s'adressa à eux d'une voix calme et posée.

– Bonjour à vous, jeunes sorciers. Je suis Griselda Beauxbatons. J'espère que mon vieil aigri de père ne vous a pas trop effrayé. Cet étage, aussi connu comme le Pavillon de Chasse, ne vous sera pas accessible avant des années. J'espère tout de même vous voir de temps en temps, pour discuter de l'Académie et de ses secrets. Je suis toujours ravie de rencontrer la nouvelle génération, et je vous souhaite une agréable année.

Le contraste entre le père et la fille était déconcertant. Mathis se promit de trouver une explication dans le livre d'Émi, après avoir trouvé comment un personnage dans un tableau peut parler et bouger. Et comprit cette histoire de chasse et de chasseurs. Ne se préoccupant pas des pérégrinations mentales de Mathis, le professeur Goizane les fit redescendre, puis s'engager dans un troisième escalier qui descendait sous l'escalier de gauche. Ils se retrouvèrent sous terre, et le professeur leur montra les salles de potions, avant de les faire remonter. Il les fit ensuite entrer par la petite porte à droite de celle du Grand Réfectoire, et s'engager dans un couloir assez étroit qui longeait ce dernier. Au bout de ce couloir se trouvait les bureaux des différents professeurs et de l'administration, ainsi que le bureau de la directrice, clos d'une haute porte de bois massif peinte en bleu ciel et bardé de renforts d'argent. Au centre de la porte, une grosse rose d'argent fermée brillait de mille feux. le professeur Goizane les mit bien en garde que cette zone n'était habituellement pas accessible aux élèves, et que seul un cas d'urgence, ou une convocation officielle pouvait justifier leur présence ici. Ils regagnèrent finalement le Grand Réfectoire, et, midi sonnant à l'énorme cloche suspendue au plafond de celui-ci, ils purent s'installer pour manger. Mathis et Émi regagnèrent leur table du premier jour, comme la plupart, et après quelques minutes, la plupart des autres élèves les rejoignirent. Mila se laissa tomber sur sa chaise, mais avec l'élégance qui caractérise les nobles sang-purs, et soupira.

– Je déteste ce type. Le prof d'anglais nous fait faire un contrôle le jour de la rentrée, soi-disant pour "tester notre niveau" alors que c'est le seul prof d'anglais de l'école, et que ça fait donc quatre ans que c'est LUI qui nous forme. Heureusement qu'on n'avait pas cours après, on est un peu allé profiter du soleil dehors. Et vous, cette première matinée ?

– Déprimant, soupira Émi.

– Ennuyeux, répondit Mathis. Par contre j'ai plein de questions. D'abord, c'est qui les chasseurs ?

– Ah, ben tu as sûrement déjà croisé des élèves plus vieux qui n'ont pas d'uniforme ?

– C'est eux les chasseurs ?

– En effet. À la fin de la sixième année, on passe un premier diplôme, le B.A.N.Q.U.E.T., c'est-à-dire le Brevet d'Aptitude National Qualifiant Un Élève Travailleur. Après, nous avons deux ans d'études spécialisées qui aboutissent sur le C.H.A.S.S.E., le Certificat Honorable d'Aptitudes Supérieures et Surtout Élémentaires. Les élèves en cycle de C.H.A.S.S.E. sont appelés des chasseurs, et ils ne sont plus obligés de porter l'uniforme, même si beaucoup s'y sont habitués et le conservent.

– D'accord ! Et le pavillon de chasse ?

– Le Pavillon de Chasse est un étage réservé aux Chasseurs, sûrement avec des salles spécialement aménagés pour eux. Mais je ne sais pas du tout à quoi ça ressemble, je vous redirai ça dans deux ans.

– Je vois. En fait c'est plus simple que je le pensais. Et pourquoi l'étage en dessous est verrouillé ?

– Au troisième gauche se trouve l'arène de duel. C'est en travaux depuis plus d'un an. Je ne sais pas ce qu'ils y font, mais j'espère qu'ils auront bientôt terminé, le club de duel m'a manqué l'année dernière.

Après manger, ils discutèrent de leurs emplois du temps, et Ils constatèrent avec joie qu'ils étaient libres le même jour. Mila leur présenta sa petite sœur Cytra, une fille très gentille de 4ème Lonicera, et leur désigna du doigt son petit frère Lucian, en 2ème Urtica, qui était en train de faire le pitre avec ses amis dans un coin de la salle. Tous les deux étaient blonds comme elle. À 13h, Mila alla à son cours de français, et les premières années sortirent dans la cour arrière pour attendre le professeur à l'air libre. Ce ne fut pas Pago Goizane qui les rejoignit, mais Olivier Fauchet, de sa démarche de touriste. Celui-ci s'exclama :

– Bonjour à tous ! Je suis ravi de vous revoir. Comme on vous l'a expliqué ce matin, vous allez assister à votre première démonstration de Vol sur balai. Actuellement, ce sont les élèves de 2ème Lonicera qui ont cours. La deuxième heure, lorsque ces élèves seront en train de réaliser leurs exercices, le professeur de vol vous fera passer par petits groupes de six pour essayer de décoller sur un balai. En attendant, vous pourrez me poser toutes les questions que vous voulez, je pense pouvoir y répondre même si le Quidditch n'est pas trop mon domaine.

Après avoir dépassé le jardin et les pavillons-dortoirs, ils contournèrent ce qui semblait être un grand gymnase, avancèrent encore une cinquantaine de mètres avant de se retrouver face à… un immense gouffre. Le terrain plan du château donnait sur un très large et profond trou au fond duquel on apercevait un groupe d'élèves avec un professeur. De chaque côté se trouvait trois anneaux suspendus au sommet de très longs poteaux, et des dizaines de gradins était suspendus autour du fossé. D'une plateforme de bois accrochée au bord de la falaise de leur côté partait un escalier qui serpentait le long de la paroi parfaitement verticale. Au fond du trou un terrain étrangement verdoyant malgré le manque de lumière. De l'autre côté de la fosse se trouvait un long bois de pins enclavé entre deux monts abruptes.

Le professeur Fauchet les fit descendre le long de l'escalier, et certains longèrent de très près la paroi de pierre, visiblement mal-à-l'aise par le vide malgré la haute rambarde grillagée et la promesse du professeur que le terrain au fond était enchanté pour que personne ne puisse se blesser. En fait d'après lui, on pouvait sauter du haut du canyon et atterrir au fond sans avoir plus de mal que si on avait trébuché dans l'herbe molle. Fait que Mathis trouva fort intéressant s'il s'avérait exact.

Une fois arrivé en bas, il assista à sa première démonstration de vol. La plupart étaient encore hésitants, mais certains maîtrisaient parfaitement leur balai. L'un d'eux fit une manœuvre dangereuse juste au-dessus de leur tête, et Mathis sursauta violemment, ce qui eut pour cause de faire tomber Noirebraise de son épaule. Il avait encore une fois oublié la présence de l'animal, mais celui-ci ne s'en formalisa pas. Il grimpa le long du corps de Mathis et regagna sa place favorite, sur son épaule gauche. Lorsque le casse-cou aérien repassa, il cracha un jet d'étincelles dans sa direction, pas assez loin pour l'atteindre, mais suffisamment pour attirer l'attention de quelques premières années qui avaient assisté à la scène. L'un d'eux, l'excentrique espagnol d'Urtica qui portait des sandales de cuir sur des chaussettes, s'avança vers eux.

– Hey, il est cool ton lézard, lança Jorge Soriano. Un gecko à crête hein ? Je ne savais pas qu'ils pouvaient cracher des étincelles. Ni être de cette couleur d'ailleurs.

– Il est croisé salamandre, c'est pour ça, répondit Mathis.

– Ah, cool, Je peux le toucher ? Oh, il est tout chaud ! Au fait, moi c'est Jorge, mais si tu n'arrives pas à le prononcer, ce n'est pas grave.

– Mmmh, marmonna distraitement Mathis qui avait déjà reporté son attention sur le balai aérien.

Enfin, ils purent tester les balais, et alors que lui tentait tant bien que mal de maintenir le sien en l'air, Émi décolla du sol avec aisance, et se permit même de faire un petit tour en l'air avant d'atterrir avec souplesse.

Après le cours, ils remontèrent, et Mathis et Émi allèrent s'installer sur un banc au bord de la rivière. Korrigan arriva peu de temps après et atterrit près de sa maîtresse. Les deux amis discutèrent de ce qu'ils venaient de voir, puis de leur vie en général. Mathis évoqua sa passion pour les chutes et la folle envie qu'il avait d'expérimenter le fameux enchantement du terrain de Quidditch, et Émi lui parla de tous les voyages qu'elle avait fait avec ses parents et de son grand père, un druide vivant dans la forêt de Brocéliande.

– Normalement, les druides ne fondent pas de famille. C'est un peu comme les prêtres chez les moldus. Quand un jeune sorcier veut se vouer à la nature, il rejoint l'Université Druidique, et quand il a fini sa formation, il prête serment de fidélité, de secret et de célibat.

– Ben comment il a fait ton grand-père, il a violé son serment ?

– Oh, non. Il est resté officiellement célibataire. Il ne s'est jamais marié avec ma grand-mère. Mais aucune close n'interdisait d'avoir un fils : pour preuve, Günter Zeitmann en 1ère Urtica est le fils d'une druidesse. Mon grand-père se définit comme un "esprit libre". Il a passé sa vie à chercher des failles dans le règlement afin de le contourner.

– C'est une occupation comme une autre.

– Et du coup il a élevé mon père à Brocéliande, en lui montrant le pouvoir de la forêt. La clause de secret interdisait de divulguer le savoir druidique aux étrangers, mais mon père n'était pas étranger. Il était né là. Et puis il est allé à Beauxbâtons, et s'est passionné pour les enchantements. Il a rencontré ma mère en licence de Baguettologie à l'université sorcière de Chevalier-Lys, et ils ont fondé une boutique au Bourg Enchanteur. Pendant tout ce temps, mon grand-père vivait sa vie avec ma grand-mère, dans les bois magiques. Je ne l'ai jamais connue, mais il parait qu'elle était très gentille. Mon grand-père, lui, a toujours été excentrique.

– Un peu comme tous les druides, non ?

– Excentrique, même aux yeux des autres druides. Il s'habille en vert foncé et porte une cape de feuille, pour selon lui se fondre dans le décor. En guise de serpe d'or, un truc que tous les druides ont, il a un sécateur moldu avec des lames transmutées en or. Il adore les jeux de cartes, et va même faire les concours de belote chez les moldus. Ils croient que c'est un vieil ermite, et puis il ne fait pas de mal alors ils le laissent tranquille. Il fait aussi des tresses dans ses cheveux et sa barbe, comme un pirate, avec des perles en bois magique qui font onduler ses tresses comme des tentacules. Ah, et son meilleur ami est un écureuil dressé qu'il a appelé Kowalski.

– Ah ouais, quand même. Kowalski, comme le pingouin dans Madagascar ?

– L'île ?

– Non, le dessin animé.

– Je ne sais pas, c'est possible. Mon grand-père fréquente beaucoup le monde moldu, il les trouve fascinants.

Ils rentrèrent à 18h, assistèrent à une longue et ennuyeuse énumération des points du règlement que personne n'aurait lu autrement, mangèrent léger, et rentrèrent au Pavillon Rouge, nom du dortoir des Aloysia. Ils retrouvèrent leurs camarades de chambres, Erwin et Nilüfer, ainsi que Karol, la petite sœur d'Erwin. Le frère et la sœur Niafasen avait tout deux les cheveux noirs de jais et les yeux verts, les traits fins de la Noblesse, et malgré les onze mois qui les séparaient, ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Mathis les désignait d'ailleurs affectueusement par l'expression "Les jumeaux ErKa". Ils discutèrent avec enthousiasme, puis vint l'heure de se coucher, car bien que trois jours de repos les attendaient, le réveil et le petit-déjeuner étaient à heure fixe, ce qui interdisait les grasses matinées. Durant ces trois jours, rien de notable ne se passa, à part le vendredi soir, lorsque Mathis se rappela qu'il avait une famille.

– Au fait, Émi, sur la boutique de tes parents, c'est écrit "Une affaire de famille". Mais si ça ne vient pas de ton grand-père, ça veut dire que tu vas reprendre la boutique ?

– Oh, non, ça sera pour ma sœur. Elle est aussi en licence de Baguettologie.

– T'as une sœur ?

– Ouais une grande sœur, Miss Enora la Parfaite, une vraie peste. Et toi ?

– Non, mais j'ai un frère, Thomas. Je m'entends plutôt bien avec.

– Moi j'en ai quatre, glissa Nilüfer.

– Tant que ça !?

– Eh, j'y peux rien moi ! Me regardez pas comme ça, c'est pas moi qui les ait faits. De toute façon, frères ou pas, j'ai toujours été toute seule. Ils étaient trop occupés "entre mecs" pour s'occuper de leur petite sœur. "On joue pas à la poupée, nous" PAF coup de pied dans les couilles, sale con. Enfin, il y en a un plus sympa que les autres, Ahmet, mais depuis qu'il est à l'université je ne l'ai pas revu.

– Ah ouais, je vois l'ambiance. Et vous, Erwin ?

– On a un petit frère, Aloïs. Pourtant c'était déjà bien assez à supporter, une petite sœur.

– Je suis juste là, rappela l'intéressée.

– Je rigole, tu sais que j'adore ma chère petite sœur, dit-il en lui ébouriffant les cheveux.

– Eh les gens, comment on fait pour contacter ses parents ici ? Il y a un téléphone public, ou un truc comme ça ? demanda Mathis.

– Un quoi ? s'exclamèrent en cœur Émi et les Niafasen.

– Non, les trucs moldus ne peuvent pas fonctionner ici, intervint Nilüfer. Il faut vraiment que tu lises l'Histoire de Beauxbâtons, je sais qu'Émi t'a prêté son exemplaire.

– Oui bon, je sais les intellos, je vais le lire votre bouquin. Et maintenant, comment je fais pour donner des nouvelles à ma mère ?

– Ben tu prends un parchemin, une plume, de l'encre, et tu lui écris une lettre. Après tu plies la lettre en quatre, tu écris le nom du destinataire dessus et tu la glisses dans la boîte aux lettres près de la porte, et demain matin vers 9h le concierge viendra récupérer le courrier, et l'emmènera au Bureau des Hiboux du Bourg Enchanteur.

– Ah, je vois… Et aucun risque qu'il lise le courrier ou un truc comme ça ? Genre si je me moque d'un prof un jour, ça risque pas de me retomber dessus ?

– Aucun risque, le concierge est aveugle, conclut Nilüfer.

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À suivre…