Bonjour bonjour ! Mon équipe de relecteur me fait des retours très pertinents, et j'avance bien sur la réécriture. C'est idiot de vous écrire ça alors que je n'aurai commencé à publier qu'une fois que j'aurai eu fini (admirez le futur antérieur), mais ça m'aide aussi de tenir un genre de journal de bord. Ça fait cinq chapitres en trois jours, et ça me fait très plaisir. Parce que j'avance vite, et c'est utile.
Dans le chapitre précédent, nous avons pu suivre Mathis pendant une semaine complète de cours. Il faut savoir que si je raconte principalement ce qui se passe entre et après les cours, ceci se passe chaque semaine. Parfois, c'est pire.
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Réponses aux reviews !
Coucou Maîtresse Ywëna ! Sacré pavé que tu me sers là, même s'il couvre deux chapitres ! du coup, à mon tour :
Pour la diversité des profs, ça n'a pas été trop dur ! J'ai quasiment jamais eu deux fois le même prof depuis la 6ème, donc j'en ai vu passer une sacrée flopée ! Et je ne m'en cache pas, certains pourraient se reconnaître dedans, bien que mes personnages sont plutôt des mélanges de traits de caractères plutôt que de vraies personnes (c'est pas drôle sinon !).
Le prof de Maths, en fait c'est mon prof de Maths de 3ème. Un connard absolument abject, mais le meilleur prof de Maths que j'ai eu de toute ma scolarité. Le côté Slughorn, par contre, c'est de moi. Le Hollandais Volant, c'était tellement facile comme surnom ! Tellement, que je l'ai gardé. La prof de musique, en effet, ne sert pas à grand-chose. Elle a sa petite histoire, mais l'interêt majeur est bien sûr le cours d'Arts Magique, joyau de Beauxbâtons. Aaaah, Gabrielle. Je suis tellement fan. Et puis au lycée, j'avais une prof dont 3 de ses collègues avaient été ses profs quand elle était à ce même lycée… plus de 15 ans auparavant ! Et enfin pour Carter, je ne peux pas te dire non à l'absolu, vu que je lisais ta fic en écrivant la mienne, mais c'est surtout un hommage à John Carter.
Mathis est dur à cerner. En revanche, Lucian est le Quatuor réuni en une seule personne, avec le potentiel catastrophique de Fred et Georges réunis. Pour les connaisseurs, c'est en quelque sorte l'incarnation humaine de Cegorach, le Dieu Moqueur.
Émi a été à moitié élevé dans les bois par un druide cinglé. Elle lit et écrit couramment les runes, et les grands espaces de Brocéliande en zone magique protégée lui ont permis de voler très tôt, et à volonté, sur un vrai balai. En revanche, tout ce qui ne touche pas à la Bretagne, à l'Irlande, ou un peu aux pays qu'elle a visité, elle n'en sait rien. Elle n'est pas moldue, donc pas d'école pour elle. Et elle n'est pas Noble, donc pas de précepteur non plus.
Et pour l'inspi, comme je t'ai dit sur Facebook, n'hésite pas à demander, j'en ai à revendre.
Bienvenue eLNacht ! Oui je sais, ça fait beaucoup à digérer d'un seul coup. Mais j'ai souvent vu ça dans les sagas que je lis, et ça ne m'a jamais choqué. On balance un max d'infos pur poser le cadre, et on explique ensuite au fur et à mesure en faisant des rappels plus détaillés. Ça rentre mieux. Par exemple, j'ai une explication du fonctionnement des tunnels de Transportation quasiment à la fin du tome 1, alors que c'est un des premiers trucs magique qu'on rencontre. Mais le contexte ne s'y prêtait pas avant.
Pour les Cracmols, c'est la mentalité chauvine française qui veut ça. On est Français avant d'être Sorcier, et dans certains milieux, les moldus français sont mieux considérés que les sorciers étrangers. Et bien sûr, les moldus étrangers n'existent même pas.
Hello back, Hiyoru ! Oui, cette semaine était chargée, c'est même le titre du chapitre ! Ils apprennent une montagne de nouvelles choses dès le début, mais ils auront bien le temps d'approfondir ensuite. Je ne sais pas pour les autres, mais ça fonctionne comme ça dans ma fac, et je trouve ça terriblement efficace : Gros cours hyper concentré, application détaillée en séances d'exercices, puis application plus concrète en travaux pratiques. On apprend, on comprend, on pratique.
En France, on apprend l'anglais dès la 6ème, à l'entrée au collège, soit l'équivalent de la 2ème Année à Beauxbâtons. Mais personnellement, j'ai commencé l'anglais en CE1, soit à 7 ans, et, sans trop me vanter, ça me donne un avantage énorme. Parce que je ne sais pas pour les Belges, mais les Français sont internationalement connus pour être des brêles en langues étrangères, surtout en Anglais.
Pour la… particularité de Mathis, je ne peux pas m'étaler sans spoiler. En revanche, je peux affirmer que ce qu'il fait vraiment n'est pas trop épuisant physiquement. Mais de toute façon, je n'ai jamais trop lu qu'il y avait un contrecoup dans l'univers d'Harry Potter, sauf pour la magie noire.
Enfin, pour le saut, la question ne se pose même pas !
La Plume de Sucre, toujours un plaisir !
Hey Sengetsu, enchanté ! Je remarque encore une fois une constance dans les avis : tout le monde aime Émi, et tout le monde veut jeter Mathis dans le vide ! Bah tu sais quoi ? C'est pareil pour moi !
Dis, en parlant d'opinion commune, toi aussi tu trouves Korrigan monstrueux ? Je suis vraiment le seul à adorer les Augureys (et Émi à travers moi) ?
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5) Délire et Duel
Par une brumeuse matinée d'Octobre, Michel Pernaud récoltait ses citrouilles. Cette année, les pieds avaient bien donné, il aurait de quoi faire un joli bénéfice au marché. Alors qu'il avait déjà bien chargé sa charrette, il trouva une énorme citrouille, d'une magnifique couleur. Michel sortit son vieil opinel, et commença à tailler la tige de la citrouille… Lorsqu'une voix se mit à hurler.
– AAAAAAAAH !
– Aaaah ! Quoi !? Qu'est-ce que ç'est !?
Mais il n'y avait personne dans le champ, si ce n'était lui, et peut-être quelques vermines nocturnes. Face à l'incongruité de la situation, le vieux Michel secoua la tête, et s'accusant d'avoir trop bu la veille, il s'apprêta à recommencer.
– AAAAAAAAH ! Mais t'es cinglé ! Vieux malade ! T'aimerais bien que je vienne chez toi et que je t'entaille ?
– Hein ? Qui a parlé ? Qui est là ?
– Fait pas semblant de ne pas m'avoir vue, tu es en train de me taillader, vieux saligot ! Hurluberlu ! Trublion !
À ce moment précis, un visage évoquant celui d'une citrouille d'Halloween se traça sur la cucurbitacée, et lança un regard de braise vers le vieil homme qui était tombé à la renverse, sous le choc. Lorsqu'il se remit enfin de ses émotions, Michel se releva tant bien que mal et s'enfuit en courant et en hurlant, abandonnant sur place sa charrette. Décidément, il avait vraiment trop bu la veille. Il reviendrait le lendemain après une bonne nuit de sommeil. Ou peut-être la semaine prochaine, ce n'était pas urgent. La citrouille cracha de dépit.
– Écœurant.
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Les semaines passaient, et les jeunes sorciers acquéraient toujours plus de savoir. Le prof de Maths alternait les cours liés à la magie et les maths moldues sans la moindre logique. Le prof d'Anglais n'avait toujours pas été vu sobre. La prof de Potions continuait de tester leurs potions en fin de cours, avec des effets souvent hilarants. Bref, de manière générale, les profs de Beaubâtons étaient toujours aussi bizarres. Le château faisait désormais partie intégrante de la vie de Mathis, et il s'y sentait comme chez lui. Il pensait en connaître les moindres recoins, du moins ceux auquel ils avaient accès. La date fatidique approchait, et l'Opération Mauvais Augure était désormais prête à être mise en action. La veille, ils avaient appris en M·S·T le sortilège du Repoustout, qui leur serait utile samedi pour le club de Duel. Enfin, ils allaient découvrir la fameuse arène du 3ème gauche, qui rouvrait pour l'occasion, à la grande joie de Mila.
– Courrier ! lança la voix du concierge. J'ai un petit colis et un exemplaire de l'Intrigue pour Mathis Devaux.
– Par ici, m'sieur Épidon ! l'interpella l'intéressé.
– Tiens Mathis. Ah, j'ai aussi une lettre de tes parents, Émeraude.
– Merci, m'sieur Épidon ! répondit-elle.
– Un exemplaire d'Hebdo Sud-Magique pour Flora Aubry.
– Là-haut Monsieur, je descends !
Mathis déballa son colis. C'est Miss Citrus qui lui envoyait des Dragées Surprises de Berthie Crochue, pour le récompenser de son Or en Enchantements. Il avait appris par sa mère que son ancienne nounou s'avérait être une sorcière, et avait repris contact avec la vieille femme. Il ouvrit la boîte, en prit une rouge, et satisfait de tomber sur une dragée à la framboise et non au sang, il passa la boîte à Émi, à moitié avachie à côté de lui sur un des canapés de la salle commune. Mathis déplia ensuite son exemplaire de l'Intrigue, cet étrange journal crée en France suite au succès du Chicaneur en Angleterre. Il titrait "Un moldu attaqué par une citrouille ensorcelée". L'article évoquait l'histoire d'un vieux maraîcher provençal moldu qui affirmait qu'une de ses citrouilles l'avait insulté.
– Je ne sais pas comment tu fais pour lire ce torchon, se moqua Émi.
– Tu dirais pas ça si t'avais vu Men In Black, répliqua Mathis. Accio dragée !
Une dragée s'envola de la boîte que Nilüfer avait récupérée. Mathis l'attrapa au vol, et la mit dans sa bouche, avant de la recracher violemment.
– Pouah, goût poubelle ! Note à moi-même : Ne jamais faire confiance à un sort pour choisir une dragée mangeable.
– Bien fait, feignasse, t'avais qu'à te lever pour prendre la boîte, t'as deux jambes, ricana Nilüfer.
– Et une baguette. Et pis t'aurais pu me la passer, mais je te connais, Nil, ça valait même pas le coup de demander.
– En effet, même pas en rêve.
– Accio boîte de dragées !
– Pff, égoïste.
– C'est fini, les enfants ? On aimerait bien bosser notre histoire nous, râla Erwin.
– Surtout pour des bonbons répugnants, ajouta Karol.
– Faites pas les rabat-joie, les jumeaux ErKa ! répliquèrent Mathis et Nil d'une même voix.
Émi choisit ce moment pour intervenir, en posant sous leurs yeux la liasse de parchemins qui constituait les comptes-rendus pour l'OMA.
– Mesdames, messieurs, le plan se met en place. Il est temps pour nous de mettre en place la phase n°2 du plan.
– C'est quoi déjà ? demanda Nilüfer.
– Aller voir si on peut compter sur le Sondeur.
– On avait pas dit que c'était trop risqué ?
– Qui ne tente rien… Et il faut qu'on fasse ça avant demain, parce qu'après le club de Duel, l'américain ne va plus lâcher Mathis d'une semelle. Il ne doit surtout pas nous voir.
– L'américain… Malwen Carter ?
– Ouais, à cause de Delacour, il me traque déjà dans les couloirs, expliqua Mathis. Heureusement qu'il n'a pas le droit d'entrer ici.
– Pourquoi, il est de quel ordre ?
– Pas mal de gens racontent que ce serait un Urtica, mais il est aussi tenace qu'un Lonicera, philosopha Erwin. En tout cas il n'a jamais été réparti, donc il ne peut entrer dans aucun Pavillon.
– Ah tiens, en parlant de Loni, on rejoint Mila à quelle heure ? demanda Mathis.
– 18h à la salle collective B, rappela Émi. D'ailleurs va falloir nous grouiller si on veut passer voir le Sondeur avant.
– Okay, on y va.
Mathis, Émi, Nil et les jumeaux ErKa abandonnèrent leur petit coin pour se diriger vers le château. En passant à côté d'un groupe de Jaunes, Nil en profita pour balancer discrètement un Bloclang à Arnaud Portesort, qui profitait de son public pour recruter ses prochains collaborateurs lorsqu'il deviendrait le plus jeune Prévôt de France. Comment un type aussi prétentieux et pleutre avait pu atterrir dans l'Ordre du courage et de l'action ? Arrivés au château, la bande se dirigea vers le Sondeur, et s'installa sur la première rangée de bancs. C'est Mathis qui se chargea de pénétrer dans une des cabines.
– Bonj…
– Bonjour Mathis, coupa la voix éthérée. Je sais ce qui t'amène ici.
– Ah ? Comment vous…
– Disons que j'ai des oreilles partout. Quelqu'un t'as parlé de ce qui se passe ici à Halloween ?
– Euh, pas précisément. Je sais juste que Lucian Appelbaum fait le bordel, enfin plus que d'habitude.
– Oh, Lucian est plutôt doué, mais il ne faut pas nous sous-estimer. Décorations ensorcelées, enchantements terrifiants, repas spécial. Les professeurs ont d'ailleurs tendance à se lâcher plus que d'habitude. Enfin, je ne vais pas te gâcher la surprise. Tu es venu me voir parce que toi et tes amis avez besoin de mon aide.
– Oui. Je me souviens de ce que vous avez fait le jour de la rentrée.
– Et qu'est-ce que j'ai fait ?
– Vous m'avez plus ou moins demandé mon plat préféré, et il a été servi au repas du soir.
– Coïncidence ?
– Je ne crois pas aux coïncidences aussi grosses. La recette de ma mère n'est peut-être pas très innovante, mais de là à ce que ça tombe au repas suivant notre discussion, dans le seul plat de spaghettis parmi des trucs beaucoup plus raffinés…
– Bien, admettons que ce soit vrai. Ensuite ?
– Ensuite, j'ai cherché sur les plans du château, et il n'est fait mention nulle part d'une cuisine.
– Elle est peut-être cachée.
– Je vois pas l'intérêt de cacher les cuisines. Je pense plutôt que c'est vous qui gérez l'approvisionnement en nourriture.
– Très perspicace mon jeune ami. Tu aurais donc prévu d'empoisonner la nourriture du château ?
– Oh non, rien d'aussi radical. Mais les jumeaux ErKa font une superbe potion de jaunisse, et ont déjà mis pas mal de fioles de côté. Et si on pouvait…
– Les jumeux ErKa ? releva la voix.
– Euh, Erwin et Karol Niafasen. Enfin, ils sont pas jumeaux, mais ils ont quasiment le même âge et sont dans la même classe, et pis ils se ressemblent beaucoup… Enfin bref, vous accepteriez de nous aider ?
– Bien sûr, il n'y a aucun risque à mettre un peu de couleur à ces visages ternes. Dès que les fioles sont prêtes, venez les déposer ici. Pour la totalité des élèves…
– Et des profs !
– Je vois. Alors pour la totalité des habitants du château, il me faudra… Quarante-trois fioles de taille n°2. Allez, filez maintenant, avant qu'on vous surprenne à traîner ici.
– Merci beaucoup ! Mais attendez, j'ai juste une question… Vous n'êtes pas vraiment un sortilège, si ?
– File avant que je ne change d'avis !
– Merci, merci ! s'écria Mathis en quittant précipitamment la cabine. C'est okay les gars, mais dépêchez-vous de sortir.
Et bien leur en prit, puisqu'au moment où le dernier quittait la pièce en refermant la porte, la directrice-adjointe passait par là. L'accès à la salle n'était pas en soi interdit, mais il leur aurait fallu justifier leur présence à l'intérieur, et ce n'était pas pour une raison pédagogique. Heureusement, elle ne s'aperçut de rien, et continua son chemin. Ils se rendirent ensuite à la salle de travail collectif B, rapidement rejoints par les Lonicera de 5ème Année, c'est-à-dire Mila, Adrian et quelques-uns de leur camarades, qui avaient l'avantage de ne pas être turbulents et surtout d'aider les jeunes Aloysia avec plaisir.
– Hé Matthieu, c'est quoi un ocarina ? demanda Émi.
– C'est un très vieil instrument à vent, répondit le Lonicera. Ça sert surtout à tisser des sorts d'envoûtement.
– Tisser des sorts ?
– Ah, oui. C'est un truc que Lunist'El vous apprendra en 3ème. C'est une technique qui vient de son peuple.
– Quel peuple, celui des musiciennes râleuses ?
– Des musiciennes tueuses, plutôt. C'est une vélane.
– C'est pas blond les vélanes ?
– Ah bah ça, c'est tout une histoire, intervint Mila. On raconte que l'ancien directeur lui avait jeté un sort pour contrer le "charme" naturel des vélanes qui rend les garçons cinglés, parce qu'il avait besoin d'un enseignant en art et qu'elle était très douée, même selon les critères des vélanes. Et apparemment un contrecoup du sort a été que ses cheveux ont perdus leur magie, et qu'ils sont devenu noirs. Le truc c'est que normalement les cheveux d'une vélane ne deviennent noirs que si elle meurt. Donc elle a été traitée comme une sorte de mort-vivante par sa propre famille, et rejetée. Il y a de quoi avoir les nerfs en pelote…
– Mais pourtant mon père a déjà fait une baguette avec des cheveux d'une vélane décédée, et ils étaient toujours blonds, fit remarquer Émi.
– C'est que celle-ci avait cédé une mèche de ses cheveux de son vivant, et surtout de son plein gré. Ainsi, ils conservent leur magie indéfiniment.
– Ah ouais, je vois, merci. Hé Mathis, c'est quoi déjà le cœur de ta baguette ? Ce ne serait pas des cheveux de vélane aussi, par hasard ?
– Presque. Cheveux de sphinx.
– Ça a des cheveux, les machins-là ?
– Ben faut croire que oui, si ton père en a trouvé. À moins qu'un sphinx n'ait accepté de lui en donner.
– Oh, je l'imagine bien aller voir un sphinx pour lui demander gentiment : "Excusez-moi messire, auriez-vous l'obligeance de me céder une mèche de cheveux ?"
– Et le sphinx de lui répondre "Certes oui. Mais il vous faudra d'abord résoudre une énigme. Si vous échouez, c'est moi qui prendrai vos cheveux. Pour m'en faire une brosse à dents".
La réplique fit exploser Émi et Mathis de rire. Leurs amis se joignirent à eux, et Nilüfer fit remarquer à Mathis que ce serait lui qui servirait de brosse à dent à une créature monstrueuse s'il ne finissait pas son devoir d'Arts à temps.
– Au fait, Mila, c'est quoi, un prévôt ?
– Le Grand Sorcier de la Prévôté Magique de France, ou plus généralement le Prévôt, c'est le dirigeant du monde magique chez nous. C'est l'équivalent du Ministre de la Magie dans la plupart des autres pays. Ou du Président de la République chez les moldus.
– Bah pourquoi nous n'avons pas de Ministre de la Magie nous aussi ?
– En fait, c'est une simple histoire de chronologie : la Prévôté Magique de France existait déjà avant la signature du Code International du Secret Magique en 1689, donc la France a conservé son propre système.
– Je vois, merci !
– Ce n'est pas la seule exception : par exemple la Grèce sorcière est divisée en plusieurs royaumes, chapeautés par un gouvernement fédéral indépendant. Mestre Fauchet dit qu'on la surnomme "la République des Royaumes". Je trouve ça cocasse.
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Ce samedi matin fut l'occasion de découvrir le club de Duel. Ils avaient tous rendez-vous au 3ème gauche, où la porte était toujours verrouillée. Vers 8h15, le professeur arriva avec la directrice, et un groupe d'élèves plus âgés, parmi lesquels se trouvaient Mila, Cytra et Léonie. L'immense directrice sortit une longue clé, qui semblait être un cure-dent entre ses mains malgré le fait qu'elle devait bien peser quatre-cents grammes, et l'introduisit au centre de la porte, dans ce qui devait être une serrure invisible. Mais lorsque la directrice tourna la clé, la porte, au lieu de se déverrouiller, disparut purement et simplement.
À l'intérieur se trouvait un long couloir d'un blanc étincelant desservant une douzaine de salles, petites à en juger par l'espacement des portes, et qui se terminait sur une large salle ouverte. Au centre de cette salle, une longue estrade de bois, elle aussi peinte de blanc. Tout autour de cette estrade, diverses cibles et mannequins de bois. La directrice ouvrit une des salles, qui était entièrement vide, peinte elle aussi de blanc du sol au plafond.
– Mesdemoiselles, messieurs, je vous présente les Salles Blanches, présenta la directrice avec une pointe de fierté dans la voix. La peinture qui revêt les murs, sols et plafonds de tout cet étage est magique, capable d'absorber n'importe quel sort jeté en sa direction, ou du moins la plupart. Le but de ces salles est de s'entraîner aux sortilèges. Son accès est libre pour tout élève de premier cycle. Nous devons cette peinture innovante aux recherches menées par l'Académie Italienne de Fin'Arte del Magia. De plus, l'estrade de duel bénéficie d'un enchantement supplémentaire : Tout sort jeté par un sorcier se tenant sur celle-ci ne peut dépasser ses limites, ce qui permettra la présence d'un public lors des tournois de Duel. Allez, maintenant profitez, Jeunesse !
– Merci, Madame la directrice, répondit Malwen Carter. Bon, les jeunes, on va s'y mettre tout de suite. Je vous propose de faire ça en trois phases : premièrement, vous allez vous entraîner sur les cibles ou les mannequins, selon vos préférences. Il y en aura bien assez pour chacun, ne vous inquiétez pas. Ensuite, on fera un petit tournoi pour tester votre niveau. Enfin, les quelques anciens du club venus aujourd'hui vous feront une petite démonstration.
Les 1ère Année, allez choisir une cible ou un mannequin. Les autres, aux salles blanches. Ne vous entassez pas tous dans la même s'il vous plait. Hop hop hop, Let's go !
Et chacun se mit au travail. Mathis et Émi avaient choisi deux mannequins côte à côte, et essayait de le briser le leur en premier. Ce fut finalement Mathis qui l'emporta, se servant d'un Protego avant de charger le mannequin comme un bélier. Il vola en arrière lorsque le bouclier éclata, et le pied du mannequin se brisa en petit éclats de bois. Mathis n'était pas encore relevé que le mannequin s'était déjà redressé et réparé tout seul.
– Vachement pratique ces machins-là, s'exclama-il.
– Tricheur va ! râla Émi.
– Bah quoi, c'était de la magie, non ?
– Non, c'était du détournement. Flipendo !
Craaaac ! Le pied du mannequin d'Émi explosa, et la partie supérieure vola à travers la pièce, manquant d'assommer un élève qui passait par là.
– Ça, c'est de la magie.
– Eh ! rend-moi ma baguette ! cria une voix derrière eux.
Mathis se retourna et vit Nil qui poursuivait Erwin à travers la pièce, celui-ci détenant sa baguette en main. Soudain, une nuée d'étincelles rouges jaillit de celle-ci, et sembla s'accrocher aux pieds d'Erwin. Il trébucha, et s'étala de tout son long au milieu de la pièce, sous le regard hilare de la moitié de la classe. Nilüfer récupéra sa baguette dans la main de celui-ci, et lança d'un ton moqueur :
– Je t'avais pourtant prévenu qu'elle était susceptible envers les autres sorciers. Il y a un système antivol intégré.
Puis, charitable, elle l'aida à se relever. Ces deux-là étaient comme le jour et la nuit : lui, fils aîné héritier d'une famille noble apparentée à l'immense Maison Noble et Très Ancienne des Castle, et petit-neveu du Ministre de la Magie allemand. Et elle, fille d'un né-moldu français d'origine turque et d'une employée de l'ambassade de Turquie, tous deux travaillant pour pour un maigre salaire, petite dernière arrivée après quatre frères. Ils venaient de deux mondes tellement différents, et pourtant, ils s'étaient trouvé un point commun : Mathis. Erwin avait tout de suite été fasciné par l'aura de confiance et de détachement qui entourait le jeune garçon, et était tombe sous le charme de sa folie douce. Nilüfer, elle, s'était trouvé un adversaire à sa hauteur. Grandir avec quatre frères ne laissait que deux solutions, s'écraser, ou s'imposer. Et Nil La Grande Gueule avait très vite fait son choix.
Et voilà qu'elle rencontre l'ami de sa nouvelle compagne de chambre. Un petit dernier comme elle, discret, calme, mais capable de la plus grande fermeté face à celui ou celle qui essaie de lui marcher sur les pieds. Mathis était du genre serpent encore capable de tuer un homme après avoir été décapité. Et elle était un suricate, les sens aiguisés, immunisée contre la plupart des venins. Entre Mathis et Nil régnait une rivalité bon enfant, une sorte d'émulation réciproque. Mais entre elle et Erwin, c'était plutôt une guerre froide pour savoir qui était le meilleur entre les nobles riches et les pauvres roturiers, et seule la présence de leurs amis empêchait la situation de se transformer en bataille rangée. Sauf que dans le cas présent, Mathis et Émi étaient occupés à détruire le matériel scolaire, et Karol, en tant que cracmole, n'avait pas été conviée à la réouverture du club de Duel.
– C'est l'heure, les jeunes ! s'exclama soudainement le professeur. Allez inscrire votre nom au tableau.
Chacun s'inscrit dans la liste numérotée inscrite sur un tableau noir sur roulettes que le professeur venait d'amener. Puis le tournoi commença. Les élèves défilaient, et les adversaires tombaient face à la bande. En quart de finale, Nilüfer et Erwin se retrouvèrent face-à-face. Le combat fut serré, et dura presque trois fois plus longtemps que les autres. Finalement, ce fut Erwin qui l'emporta grâce à un Expelliarmus parfaitement exécuté, bien qu'il s'empressât de rendre la baguette à sa propriétaire légitime, craignant le courroux de l'une comme de l'autre. En demi-finale, Mathis dut s'incliner face à Erwin, décidément instoppable.
– Te fais pas de bile, c'est un tricheur ! marmonna Nil à l'attention de Mathis. Il utilise un sort de 2ème Année qu'il est même pas censé connaître.
– Bof, de toute façon même avec ça il n'a aucune chance face à Émi.
– C'est clair, elle va le hacher menu.
Et elle ne croyait pas si bien dire. La finale, qui opposa effectivement Émeraude et Erwin, fut assez rapide. Sûr de lui, Erwin commença :
– Expelliarmus !
– Protego ! Bloclang !
– Protego !
– Lumos Sagitta !
– Hein !? Que…
– Flipendo !
– Aaah !
Émeraude avait profité du fait que son adversaire se protégeait pour retourner son propre sort contre lui. La boule de lumière qu'elle avait projeté avait littéralement explosé contre le charme du bouclier d'Erwin, qui s'était retrouvé totalement désorienté, et avait, en même temps que son attention, relâché le sort. Profitant de la faille, Elle avait ensuite mis toute sa puissance dans un Repoustout, qui avait projeté le jeune garçon hors de l'estrade.
– Rappelle-moi de ne jamais mettre cette fille en colère, souffla Nil.
– Seulement si tu me le rappelles, répondit Mathis sur le même ton.
– Et la gagnante est incontestablement Émeraude Brisebois, annonça le professeur. Très beau combat, jeune fille. Venez me voir à la fin. Octavius, Erwin, Nora, Mathis, vous aussi. Et maintenant, place aux anciens.
À son signal, les élèves de 4ème et 5ème Année venus assister à la réouverture les rejoignirent. Un tournoi entre eux fut organisé de la même manière, mais ne fut pas du même acabit. Même si peu avait la fureur d'Émi, il fallait reconnaître que la technique était là. Mila et Cytra, qui se retrouvèrent face à face au deuxième tour, s'amusèrent même à faire un match de tennis magique. En effet, le sortilège du Repoustout a la particularité de rebondir sur les boucliers magiques sans rien perdre de sa puissance. Après plusieurs échanges, de plus en plus rapides, Mila faussa le jeu en esquivant le sort d'une pirouette gracieuse, avant d'enchaîner d'une pluie de sortilège si rapide que sa petite sœur se retrouva nimbée de lumière, avant de s'effondrer au sol, paralysée. Une dizaine de maléfices du saucisson, ça ne pardonne jamais. Malheureusement, elle fut éliminée en quart de finale. La finale opposa Mathieu Gardevoie, le Lonicera de 5ème Année qui avait aidé la bande en Arts, à Eefie Jorgensen, une Urtica de 4ème Année ne dépassant pas le mètre quarante, mais tellement rapide qu'elle ne laissa aucune chance au garçon. Elle lui lança une salve si intense de sortilèges qu'il trébucha, perdant la maîtrise de son bouclier. Il parvint à lui lançer un Repoustout, mais il avait mal ajusté son tir, et Eefie profita de sa petite taille pour l'esquiver en se baissant, tout en jetant son prochain sort.
– Tarentallegra !
Mathieu se mit à danser frénétiquement, ne contrôlant plus les mouvements de ses jambes. Il tenta désespérément de renverser la situation en relançant un Repoustout, mais la jeune fille le renvoya d'un Protego presque nonchalant, juste au moment où les pieds de Mathieu avaient décidé de s'essayer au French Cancan. Déboussolé, il ne vit même pas le sort arriver, et celui-ci le percuta en pleine poitrine, le projetant au sol alors que ses jambes continuaient à s'agiter frénétiquement en l'air.
– Eh ben, fit le prof. Bravo Eefie, joli coup ! Les filles en force aujourd'hui, on dirait. Bon, voilà qui concluera cette journée de découverte. Pour ceux qui sont intéressés, la salle est ouverte à tous la plupart du temps, et le club a lieu tous les samedis. Les horaires des groupes Junior et Senior sont inversés par rapport à ceux des clubs sportifs, afin de vous permettre de faire les deux en même temps. Ceux à qui j'ai demandé de rester, venez par ici. Les autres, vous pouvez y aller… Bien. Chacun d'entre vous est doué. Très doué, même, pour votre âge. L'inscription au club est totalement libre, mais j'aimerais personnellement y voir chacun d'entre vous. Vous n'êtes pas obligé de répondre tout de suite, bien sûr. Mais réflechissez-y sérieusement. Vous avez un gros potentiel. Allez, filez, jeunesse… Sauf toi Mathis.
– Évidemment.
– Dis-moi tout. Ça s'est déjà reproduit ?
– Vous voulez dire involontairement ?
– Peu importe, tout m'intéresse.
– Je l'ai provoqué deux fois depuis. À l'évaluation sur les Lumos, j'ai fait un stroboscope multicolore, et en M·S·T pendant la leçon sur la métamorphose du fromage en grenouille où j'ai transformé mon roquefort en rainette rouge, alors que le roquefort est censé se transformer en grenouille cornue. Mais ensuite c'est redevenu une grenouille cornue.
– Et pendant le duel, tu n'as rien tenté ?
– Non, je me suis dit que c'était trop dangereux. Et pis ça aurait été de la triche.
– Tu as bien fait, j'admire ta prudence. J'ai fait des recherches à propos de ton don, et ce que j'ai découvert est très intéressant. Tu pourrais être ce qu'on appelle un Septère, en référence à la symbolique du chiffre sept en magie. C'est très rare, et dans les sociétés orientales tu serais sûrement considéré comme le fondateur d'une nouvelle lignée de sang-pur. En revanche le phénomène est très peu connu par chez nous. La caractéristique principale d'un septère, c'est son affinité à la magie brute. Avec un bon entraînement tu seras capable de lancer des sorts bien plus rapidement que les autres. Puis tu seras en mesure de lancer ses sorts sans baguette. Il est même envisageable que tu sois un jour capable d'inventer de nouveaux sorts.
– Et si ce n'est pas le cas ? demanda Mathis, prudent. Si vous vous trompiez ?
– Alors nous chercherons une autre explication. Voilà ce que je te propose : les dimanche après-midi, tu viens ici avec moi, et je t'entraîne. Je t'apprendrai toutes sortes de sortilèges pour tester tes compétences. Je t'enseignerai aussi les bases de la magie élémentaire, une forme de magie sans baguette relativement simple à maîtriser avec une bonne discipline mentale. Les septères ont une bonne affinité avec l'essence des sorts, ce qui leur permet quelques excentricités : as-tu déjà essayé de combiner les modificateurs que tu as appris pour le Lumos avec un autre sort ?
– Euh, non, je ne savais pas qu'on pouvait.
– Regarde.
Le professeur tendit sa baguette vers un des mannequins, et lança d'une voix forte.
– Protego Sagitta !
Une lueur blanche surgit de la baguette du professeur, mais au lieu de former un bouclier devant lui, elle fut projetée, et se déploya comme un filet. Lorsqu'elle percuta le mannequin, elle se referma autour, puis broya littéralement sa cible. Lorsque le bouclier se dissipa, les éclats de bois qui formaient auparavant un mannequin tombèrent au sol en un tas désordonné.
– "Sagitta", la flèche. Cet attribut permet de projeter un sort normalement effectif sur place. L'effet inverse est tout à fait possible. Protego Corpore !
Le professeur se retrouva soudain nimbé de la même lueur blanchâtre, comme si le charme du bouclier formait une armure autour de lui. Il donna un coup de poing dans le mur de pierre, ce qui laissa un impact impressionnant.
– Et ainsi, reprit-il, je peux lancer d'autres sorts en même temps. Finite Incantatem. Bref, je ne vais pas te montrer toutes les subtilités de la formulation magique d'un coup. Mais le fait est que la nature particulière des septères permet de les maîtriser plus simplement, et même d'en inventer. Le plus dur, pour ce dernier point, sera de les formuler, puisque ton outil principal sera ton imagination, et non le langage magique. Bien sûr tout cela prendra plusieurs années. Mais si tu as effectivement ce potentiel, il te faudra travailler dur pour devenir un être exceptionnel. Cependant, on peut déjà partir sur une base d'un an, histoire de t'aider à appréhender ton pouvoir, quel qu'il soit. Alors, Mathis, qu'en dis-tu ?
– Bah, ouais, pourquoi pas ? Par contre c'est obligé le dimanche aprem ?
– Oui, désolé, j'ai un emploi du temps très chargé.
– Et le dimanche matin ?
– Je ne voulais pas que tu te lèves exprès pour ça.
– Ben de toute façon on a pas le choix, le réveil magique ne fait pas de différence entre la semaine et le dimanche, et l'heure du petit-déj non plus. Je préfère avoir mon après-midi libre, pour le passer avec mes amis. Si ça ne vous dérange pas, Mestre.
– Ça me convient. Je vais te dispenser demain matin, histoire que tu assimiles tout ça tranquillement. Moi, je vais faire quelques recherches supplémentaires.
– Okay, bah à dimanche prochain alors.
– À dimanche prochain Mathis. Et n'oublie pas, l'accès à cet étage est libre si tu veux t'entraîner.
Mathis put enfin rejoindre ses amis qui l'attendaient dans le hall, sous le regard blasé du tableau du fondateur. Karol était avec eux, et Nilüfer était en train de lui raconter l'humiliation de son frère par Émeraude à grand renfort de gestes.
– Et là, elle l'a projeté hors de la scène, il battait des bras en l'air ! Oh, salut Mathis. Ça y est, il t'a déclaré sa flamme, on peut enfin aller manger ?
– Ouaip. Moi aussi j'ai la dalle.
– C'est parti alors. Ah, au fait, ravi d'avoir pu subir votre regard écœuré et votre silence de plomb, Saint Renaud. Ça fait toujours plaisir d'être considéré comme une merde par un vieux débris dans un tableau moche.
– Petite impertinente ! Je… Eh, reviens ici ! PERSONNE N'INSULTE LE GRAND GODEFROY BEAUXBATONS, VICOMTE DE SAINT RENAUD, DE LA SORTE !
Mais ils étaient déjà loin, pressés d'aller manger. À table, Mathis raconta tout ce que le prof lui avait expliqué, et ce que ça impliquait. L'après-midi ils allèrent au terrain regarder l'entraînement de Quidditch depuis les tribunes.
La semaine suivante, ils étudièrent l'étymologie en français. La prof leur promit que s'ils bouclaient le programme rapidement, ils pourraient étudier un peu les langues antiques d'Occident à la fin de l'année. Elles étaient en effet très utilisées dans la formulation magique, car les plus grands créateurs de formules étaient des savants byzantins. Le mercredi matin fut plus agité.
– Prenez vos chaudrons. Non, un par personne. On va faire une petite évaluation. Je vais inscrire au tableau la liste des ingrédients nécessaires à la préparation d'une potion d'allégresse. Ouvrez vos livres à la page 23, potion de calme. Voilà, il vous suffit de suivre ces instructions, en remplaçant les ingrédients demandés par ceux que je vais noter au tableau, dans l'ordre. Cela va vous demander un travail de réflexion constant. Évitez de vous tromper, car vous devrez la boire si je ne la juge pas dangereuse, peu importe son effet.
Et c'est ainsi que le cours de potions se déroula. Chacun s'appliqua du mieux qu'il pouvait. Deux élèves se trompèrent dans les ingrédients, et alors que la potions du premier se changeait en gaz soporifique, que la prof s'empressa de faire disparaître d'un sort, le chaudron du second prit vie, avant de se sauver ventre à terre, répandant de son contenu çà et là. Émi eut le réflexe de se préparer à lui jeter un sort, mais elle n'en connaissait aucun d'approprié. Elle laissa donc retomber son bras, impuissante. Le chaudron s'échappa donc de la salle, et poussa même ce qui ressemblait à un cri de joie une fois dans le couloir.
– Ce n'est pas grave, commenta la jeune enseignante. Il ne pourra pas monter les escaliers, et la potion ne fera pas effet éternellement. Je te ferai parvenir ton chaudron dès que nous l'auront, hum, neutralisé, Aventino. Ne t'inquiète pas, tu ne seras pas pénalisé sur cet exercice. Cependant, la prochaine fois que tu te trompes d'ingrédient, ça sera l'Étain en "Respect des contraintes liées aux ingrédients".
– Euh, merci Miss Attorney, répondit ce dernier, penaud.
Enfin, lorsque chacun eut fini, ils amenèrent une fiole de leur préparation au bureau, et la prof les regarda une par une, et goutta une goutte de la plupart. Elle rendit ensuite à leur concepteurs celles qu'elle avait goutté, en expliquant que les autres étaient probablement du poison. Une de ces potions était notamment noire, alors que les autres arboraient plutôt des nuances de rose. Chacun dût ensuite boire leur fioles. La plupart quitta le cours en chantonnant et en sautillant joyeusement, dans une étrange cacophonie. Une des jumelles Degontreau se mit à pleurer parce que ses mains n'étaient pas assez grandes, sous le regard hilare de sa sœur. Un garçon montait trois marches de l'escalier avant d'en redescendre une à chaque fois, affirmant à qui voulait l'entendre que cette quatrième marche était dans un univers parallèle situé trente centimètres plus bas que le leur, et qu'en l'empruntant, il s'assurait d'arriver plus vite. Le cours d'Enchantements qui suivait fut des plus étranges. À chaque fois que la prof prononçait une phrase, la majorité de la classe se mettait à applaudir, et dès qu'elle prononçait le mot "baguette", la jumelle déprimée éclatait en sanglot. Miss Brindargent jura qu'elle se vengerait de Miss Attorney. Les effets des potions se dissipèrent peu avant la fin de l'heure. Lorsqu'ils quittèrent enfin le cours, la plupart se tenait la tête entre les mains, gémissant.
– Plus jamais ça, je vous jure ! s'exclama Mathis.
– Chut, parle moins fort, grogna Émeraude.
– Hein ? demanda Nilüfer.
– La potion, pas bon, philosopha Erwin. Je ne suis même plus le cours de mes pensées. J'ai l'impression de récupérer mon corps après que quelqu'un s'en soit servi comme d'un souaffle.
– Chut, parle moins fort, répéta Émeraude.
Décidemment, le contrecoup de cette potion d'allégresse était violent. Mathis se demanda si c'était ce qu'on ressentait lors d'une gueule de bois, ce qui expliquerait pourquoi le prof d'anglais ne dessoûlait jamais. Le reste de la semaine suivit son cours, jusqu'au vendredi 30 octobre. Les jeunes Aloysia avaient, comme tous les vendredis, la journée libre, et en profitèrent pour mettre leur plan en place.
– J'avais mal calculé, se lamenta Émi. Le coup des plumes, c'est moyen pour un samedi quand même.
– Bon, ben on garde ça pour l'année prochaine, répondit Mathis. Erwin ?
– Ça tombera un lundi.
– Super. Je suis repassé voir le Sondeur, et tout est ok de ce côté. Émi, pour ce soir, tout est prêt ?
– Ben, je n'ai toujours pas trouvé de moyen pour quitter le pavillon sans déclencher l'alarme.
– Moi si. Suit Korri quand il va chasser. Si un augurey peut rentrer et sortir comme il veut, alors peut-être que nous aussi.
– Oh, oui, je n'y ai jamais pensé. J'y vais tout de suite.
– Ensuite, nous avons… Ah oui, point n°2. Nil ?
– Presque prêt. Il faut juste que j'arrive à en placer au Grand Réf aussi. Je vais tenter ma chance ce soir aussi. C'est plus compliqué parce que personne ne rentre avec son sac de cours dans le réfectoire, surtout le soir…
– Et les autres ?
– C'est tout bon. Ah, non, il manque aussi la Salle Collective A. Mais ça risque d'être chaud, c'est toujours le QG de Lucian.
– Erwin, tu t'occupes de lui ?
– Mmmh, je sèche sur le coup-là. On peut toujours tenter une boule puante pour les faire sortir. Il t'en reste Nil ?
– Ouais, mais j'ai peur que ce soit trop évident. Ils vont fouiller la salle après.
– Bon, intervint Mathis, on laisse tomber. Ou alors tu tenteras ce soir aussi. Erwin, le point n°6 ?
– C'est Mila qui gère.
– Parfait. Occupez-vous de la mise en place. Je rejoins Émi pour voir ce qu'il en est.
Chacun partit ensuite dans une direction différente. Mathis rejoignit Émi, qui l'attendait dans un fauteuil de la salle commune. D'un geste, elle l'invita à la suivre. Ils se rendirent tout au bout du palier, où ils ne s'étaient jamais aventurés à cause de tous les plus vieux élèves qui jouaient aux cartes ou encore au grâbillard, cet étrange jeu ressemblant à du billard dont les billes seraient des gnomes de pierre obèses, à même le sol. Mais en pleine journée le champ était libre. La dernière porte, au lieu de donner sur un couloir rempli de chambres, donnait sur un escalier, ou apparaissait la mention "Accès Étage CHASSE – Interdit aux élèves de BANQUET". Émi s'engagea sans hésitation dans l'escalier, mais au lieu de s'arrêter au palier donnant sur l'étage, elle traversa le mur, et continua son chemin. Mathis, intrigué, la suivit, et s'aperçût que le mur était une illusion qui dissimulait un vieil escalier poussiéreux, où apparaissaient cependant quelques traces de pas. Ils débouchèrent sous les combles du toit. Ce qui avait dû être un vieux débarras avait été transformé… en une seconde salle commune, où étagères pleines de lourds grimoires côtoyaient des bandes dessinées et autres mangas, et aux côtés des vieux fauteuils rouges délavé, un flipper moldu, une borne d'arcade, et même…
– Tu sais c'est quoi ça ? demanda Émi.
– Ça, ma chère sorcière, c'est une télévision. une invention moldue merveilleuse. Ça permet de regarder des films et des dessins animés. C'est comme des livres mais tout en images et en sons.
– Connais pas.
– C'est bien dommage. Je me demande quand même comment ça peut fonctionner ici.
– Peut-être comme le truc de musique de l'Urtica.
– Jorge ? Ah ouais, peut-être.
– Enfin bref, on n'est pas là pour ça. Regarde là-bas.
– Une fenêtre ?
– Oui, et ?
– Je vois pas pourq… Oh. Elle n'a pas de barreaux. Mais ça ne fait pas un peu haut pour sauter ?
– Regarde dehors. Tu vois quoi ?
– Je vois rien, il fait nuit. À part les banderoles qui flottent au vent… Les banderoles !
– Les banderoles, confirma Émi. Le voilà, notre ticket de sortie. Le truc, c'est qu'on ne pourra pas tous y aller, ça prendrait trop de temps.
– Pas de soucis. Les jumeaux ErKa auront fini avant ce soir. Par contre Nil doit passer au Grand Réf. Tu crois que ça passera, à trois ?
– Ouais, mais il nous faudra un guetteur.
– C'est prévu. Mila va se cacher au terrain jusqu'au couvre-feu.
– On va manger tout de suite, et on ira se coucher tôt, l'air fatigués.
Et c'est ainsi que la bande mit en place l'Opération Mauvais Augure. Comme prévu, la nuit venue, ils se rendirent au grenier du pavillon, où un couple de Chasseurs était absorbé devant un film romantique. Ils ne virent même pas les trois 1ère Année qui se glissaient par la fenêtre derrière eux. Heureusement, le toit était relativement peu penché à cet endroit. Dès qu'ils furent sortis tous les trois, Émeraude fit monter jusqu'à eux une des bannières qui pendait juste en-dessous d'eux. Mathis en saisit l'extrémité, et se l'attacha autour de la taille.
– T'es sûr que ça sera assez solide ? s'inquiéta Émi.
– Pas de soucis, c'est pas ma première fois, répondit Mathis, confiant.
Et sans plus de cérémonie, Mathis sauta dans le vide. Le tissus de la bannière se tendit sous le poids du garçon, mais tint bon, et se détendant, il remonta d'un mètre avant de redescendre. Mathis, suspendu par la taille à presque deux mètres du sol, souffla. Puis, il libéra sa taille de la bannière, descendit jusqu'au bout à la force de ses bras, et lâcha. Il s'effondra au sol en roulant habilement sur l'herbe molle. Là, couché dans l'herbe humide, il aperçût Mila qui attendait cachée dans l'angle de l'internat. Elle vint le rejoindre, et ils attendirent les autres filles. Nil fut la première à les rejoindre, se laissant tomber avec la même habileté que Mathis.
Puis ce fut le tour d'Émi de sauter. Cependant, une fois suspendue au-dessus du vide, elle perdit un peu de son assurance, et hésita. Alors Mila l'aida à descendre en ralentissant sa chute d'un sort. Ils se glissèrent ensuite tous les quatre dans le parc. Le plus dur fut de franchir le jardin à la française, où patrouillaient deux professeurs. Ils parvinrent cependant à la porte du château, qu'ils parvinrent à ouvrir sans bruit, ce qui vu la vieillesse de celle-ci relevait de l'exploit. Nilüfer partit en direction du Grand Réf pendant que les trois autres montaient au premier, avant de se cacher dans les toilettes.
– T'as ce qu'il faut ? chuchota Mathis.
– Oui, répondit Émi en sortant une craie et un carnet de sa poche. Au fait, j'aimerais savoir un truc. Pourquoi on a dû sauter d'un toit au risque de nous briser le cou alors que Mila a juste eu à ne pas rentrer ?
– Parce que je suis en cinquième et vous en première, les gosses, répondit celle-ci. On n'est pas autant surveillés que vous. Et pis de toute façon à Loni ce n'est pas la même ambiance. L'existence même d'une alarme sonore n'est pas envisageable chez nous.
– Bon, on y va ? demanda Mathis, impatient.
– Chef, oui, chef ! répondirent les filles sur un ton ironique.
Et c'est ainsi que passèrent une partie de la nuit les trois jeunes, jouant à 1, 2, 3, Soleil avec le tableau de Saint Renaud et avec le concierge aveugle. Pendant que Émi traçaient des runes à la craie sur les murs, les deux autres faisaient le guet à chaque bout de couloir, puis elle échangeait sa place avec Mila qui enchantait les runes pour qu'on ne puisse pas les effacer. Il était convenu que si le concierge les surprenait, Mathis devait l'attirer au loin, en espérant que le vieil aveugle tomberait dans le piège, malgré son ouïe surréaliste. À un moment, ils se crurent découverts, mais ce n'était que Nil qui les rejoignaient.
– J'ai réussi à en placer une dans leur QG.
– Excellent. On a presque fini. Encore le sous-sol, et on pourra y aller.
– Okay, cool. Par contre faites gaffe, le concierge entrait dans le Grand Réf au moment où j'allais sortir du couloir gauche. On risque d'être coincés entre lui et le vieux peint.
Les quatre amis réunis descendirent ensuite au sous-sol. Ils passèrent dans chaque salle, puis finirent par la plus grande salle, celle qui était utilisée pour le cours commun de 1ère Année. Au moment de repartir, ils se rendirent compte qu'un truc n'allait pas. Mila avait refermé la porte derrière eux. Au cas où quelqu'un les surprenne, ils auraient eu le temps de se cacher, la lourde porte étant difficile à ouvrir. Mais celle-ci était grande ouverte, et une silhouette sombre tenait dans son embrasement.
– Lumos !
Cette silhouette, c'était Célestia Attorney, la jeune prof de potion. Elle les toisa d'un air satisfait, puis consulta une petite montre dorée à son poignet, et sourit.
– Ah, minuit et une minute. Joyeux Halloween ! Je vais fermer les yeux pour cette fois. Filez maintenant.
Ne demandant pas leur reste, les quatre jeunes saisirent leur chance et quittèrent précipitamment le château. Ils rejoignirent discrètement leur pavillon respectif, et les Aloysia entrèrent par la grande porte. Après tout, l'enchantement était là pour les empêcher de sortir après le couvre-feu, pas de rentrer. Chacun rejoignit sa chambre. Erwin attendait Mathis, à moitié réveillé. Mathis tendit son poing, pouce levé, et Erwin sourit avant de s'endormir. Mathis se jeta ensuite sur son lit et s'endormit immédiatement, encore habillé.
Le 31 octobre avait commencé.
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À seuwivre, 'videmment !
