Chapitre 2 : Anniversaire au Terrier
A peine étais-je apparu dans la cour du Terrier qu'Albus sortit de la maison pour se diriger vers moi le sourire aux lèvres. Je profitai que nous soyons seuls pour lui faire part de la conversation que je venais d'avoir avec son père. Son sourire s'effaça immédiatement.
« James décide et moi comme d'habitude je n'ai qu'à m'y plier ! » lança-t-il d'un ton glacial avant de faire demi-tour pour repartir vers la maison sans me laisser le temps d'argumenter.
Ces sourcils noirs froncés. Cette manière de faire sèchement demi-tour. Cette façon de marcher d'un pas agacé les mains dans le dos. Je me vis faire à travers lui.
C'est peu que de dire que le secret me parut plus fragile que jamais quand, au même moment, les cinq autres gamins surgirent par la porte ouverte de la maison en poussant des exclamations. Manifestement, ils étaient à la recherche d'Albus. Ils battirent cependant en retraite en m'apercevant, comme quoi ma réputation de grand méchant opérait même en dehors des limites de l'école. Dès qu'Albus les eut rejoints dans la maison, ils s'empressèrent de l'entraîner dans l'escalier après avoir bredouille un vague « Bonjour, Monsieur » à mon intention. Le bruit de la cavalcade s'éteignit.
Je me retrouvai seul face à Molly et Arthur Weasley dans la cuisine encombrée de plats et de gâteaux. Il y en avait tellement que c'était à croire que Miss Granger-Weasley avait invité toute l'école à son anniversaire. Après les salutations d'usage, Molly Weasley jeta un coup d'œil impératif à son mari. Il s'agissait manifestement d'un ordre de débarrasser la cuisine pour la laisser finir ses préparatifs tranquillement, puisque Arthur m'entraina sans tarder vers le jardin où il avait, paraît-il, besoin de mon aide. Côté jardin, une tente avait été dressée pour accueillir les enfants. Nous dinerions pour notre part sur la terrasse assez loin d'eux pour les laisser tranquilles, mais assez près pour les surveiller.
« Les enfants ont mis le couvert. » m'expliqua Arthur Weasley en désignant la table d'un geste de la main « Pourriez-vous m'aider à installer les lanternes ? »
Dans un coin de la pièce gisait un tas de lanternes encore éteintes. Arthur en fit venir une à lui d'un ACCIO, y alluma un feu magique d'un INCENDIO, puis l'envoya flotter au-dessus de la table.
« Les enfants auraient pu s'en charger eux-mêmes. » remarquai-je en considérant le tas sans enthousiasme.
« C'est que ne sommes pas chez vous Severus. » releva mon interlocuteur en attirant à lui une deuxième lanterne. « Ici, il y a la Trace, les enfants ne peuvent pas se servir de leur baguette. J'imagine que vos ancêtres avaient négocié avec le Ministère quand elle a été instaurée au 17ème siècle pour que votre Manoir familial en soit exclu. »
« En effet. » admis-je en allumant une lanterne à mon tour.
« Presque toutes les vieilles familles en ont fait autant pour pourvoir continuer à enseigner elles-mêmes la magie à leurs enfants quand ils ne sont pas à l'école. » rappela-t-il sur le ton de la conversation.
« C'est vrai que cela crée une inégalité entre les enfants, certains peuvent s'entraîner plus que d'autres. » notai-je en envoyant flotter la lanterne que je venais d'allumer dans les airs. « Vous-même avez dû regretter que les vôtres ne puissent pas travailler leurs sorts pendant les vacances. »
« Pas vraiment, en fait. » soupira-t-il. « Quand je pense aux dégâts qu'ils ont réussi à faire sans baguette, je suis certain que les jumeaux auraient fini par détruire la maison, s'ils avaient pu s'en servir ici. »
Sa voix s'éteignit. Je compris qu'il pensait à son fils Fred tué lors de la bataille de Poudlard. Ma capacité à trouver le mot de réconfort adéquat étant des plus réduites, je me bornai à me taire pour lui donner le temps de se reprendre.
« J'imagine que quand il est chez vous, Albus profite que la Trace y soit inactive pour pratiquer la magie. » murmura-t-il au bout d'un moment.
Je faillis répliquer qu'au Manoir Albus était chez lui et pas seulement chez moi. Mais il me parut mal approprié de rentrer dans ce genre de polémique.
« Effectivement, je le laisse utiliser sa baguette au quotidien. » me contentai-je de répondre.
La maîtrise qu'Albus avait de sa magie faisait que je le laissais faire sans craindre d'accident.
« Et au-delà des sorts de la vie quotidienne, vous devez bien en profiter pour lui enseigner certaines choses … » Arthur Weasley laissa sa phrase en suspens, mais c'était une question réelle et sa voix trahissait malgré lui l'intérêt qu'il avait pour la réponse.
Je n'avais pas l'intention de lui rendre les comptes qu'Harry lui-même ne me demandait sur la magie que je pratiquais avec son fils. Je jouai donc la provocation pour éviter de lui répondre directement.
« Je vous rassure Arthur, je ne lui enseigne pas que de la magie noire ! » assurai-je sur un ton ironique et, sans lui laisser le temps de se défendre sur le fait qu'il n'avait pas voulu dire ça, j'ajoutai, « Et je ne lui apprends pas non plus à ensorceler des objets pour embêter les moldus ! Je crains que vous ne deviez chercher ailleurs la cause des gros problèmes que vous avez actuellement, d'après ce que j'ai compris en discutant avec Harry. »
« Ne m'en parlez pas ! » s'exclama-t-il en ignorant mes provocations précédentes. « Alors que je suis en congé, j'ai été rappelé ce matin pour une intervention urgente auprès d'un gamin qui jouait avec des dés. Les dés lui sont restés collés dans la main ! Heureusement, nous avons réussi à annuler le sortilège sur place. Au moins un que nous n'avons pas eu besoin d'amener à Ste-Mangouste, mais il a fallu oublietter le gosse ainsi que ses parents. Ça nous a pris trois heures à trois !
« Mais d'où venaient les dés en question ? » demandai-je autant par curiosité réelle que parce que je préférais poursuivre sur ce sujet-là avec Arthur Weasley plutôt que de le voir revenir sur la question d'Albus.
« Il semble que les parents les aient trouvés dans une boutique qui vend des vieilles choses, les moldus appellent ça une brocante, je crois. Ce qui cohérent avec le fait qu'il s'agissait de très vieux objets. » répondit-il avant d'ajouter « C'est d'ailleurs le seul point commun entre tous ces objets ensorcelés, ce sont toujours des vieilleries que l'on croirait sorties d'un musée moldu. »
Nous avions terminé d'allumer toutes les lanternes.
« Il ne reste plus que les braseros. » se réjouit Arthur Weasley.
« Des braseros, en plein été ? » m'étonnai-je en allumant néanmoins un feu magique dans celui qui était près de moi pendant qu'il allumait celui qui trônait de l'autre côté de la tente.
« Rose voulait une soirée habillée. » expliqua-t-il « Les filles vont probablement porter des robes dans lesquelles elles risquent d'avoir froid à la nuit tombée. »
Comme pour lui donner raison, Victoire Weasley surgit la première de la maison dans une robe tunique d'un blanc immaculé peu susceptible de la protéger contre le froid. Sur ses talons, Teddy Lupin apparut dans une robe écarlate qui était presque de la même couleur que sa tenue de quidditch. Derrière eux, Rose Granger-Weasley arriva dans une robe rose-saumon ornée de nombreux volants, elle avait relevé ses cheveux dans un chignon compliqué dont s'échappait des boucles rousses. A ses côtés, Scorpius Malefoy arborait une robe d'un bleu profond parsemé d'étoiles qui ressemblait à un ciel nocturne, une robe qu'aurait pu porter Lucius Malefoy ou … Albus Dumbeldore, l'idée de faire ce parallèle m'amusa même si je me gardais bien de le montrer.
J'oubliais cette idée baroque en apercevant Albus. Celui-ci avait revêtu une robe qui correspondait à une idée toute albusienne d'un vêtement de fête, une robe noire bien sûr mais avec un minuscule liseré argenté qui pouvait rappeler les couleurs de la Maison Serpentard … ou bien la couleur de la robe de Miss Black. Delphini Black toujours si discrète portait pour une fois une tenue plutôt voyante, il s'agissait d'une robe entièrement argentée avec des chaussures à talons assorties. Elle avait lâché ses cheveux bleus qu'elle tenait habituellement serrés en queue de cheval. Albus et elle chahutaient en descendant les marches qui menaient au jardin. Manquant de s'affaler à cause des talons qu'elle n'avait pas l'habitude de porter, l'adolescente se rattrapa en riant au bras de son compagnon. Je retins avec difficulté un sursaut puis un soupir en les regardant se diriger vers la tente toujours au bras l'un de l'autre.
Pourquoi fallait-il qu'il se soit attaché à elle ? Pourquoi fallait-il qu'elle se soit attachée à lui ? Cela n'aurait jamais dû arriver. Ce n'était pas leurs deux ans de différence qui auraient dû être un obstacle entre eux. A cause des négligences qu'elle avait supportées dans son enfance Delphini Black semblait très jeune, à peine entrée dans l'adolescence, plus jeune qu'Albus en fait. Non, le véritable obstacle entre Albus et Delphini aurait dû être les combats qui avaient opposés les générations précédentes, des combats qui les destinaient à être ennemis avant même leur naissance. Mais ils s'étaient moqués totalement de la pression que cette histoire sanglante aurait pu faire peser sur eux. Et si le garçon hésitait encore à révéler à son amie, ce que lui avait dit le portrait de Salazar Serpentard, à savoir qu'elle appartenait à la Maison des Gaunt en tant que fille de Voldemort, ce n'était pas pour lui cacher que son père à lui avait tué son père à elle, mais pour lui éviter le chagrin de savoir qu'elle descendait de ce terrible mage noir.
Pendant que je gambergeais ainsi nous avions quitté la tente Arthur Weasley et moi pour laisser la place aux gamins. Une fois que Molly Weasley eût transporté en quelques sorts les plats qu'elle avait concoctés sur leur table, elle nous invita d'un ton sans réplique à nous installer son mari et moi sur la terrasse avant de faire apparaître devant nous de quoi nourrir une tablée de géants.
Molly Weasley avait la réputation d'être directe. Et cela se confirma dès le début de la conversation.
« Quand Rose m'a dit qu'elle voulait organiser une fête pour son anniversaire avec des amis de l'école, je n'avais pas imaginé que j'allais me retrouver avec une maison pleine de serpentards ! » attaqua-t-elle « Quand j'étais jeune, les choses étaient plus simples, car nous nous fréquentions essentiellement au sein de la même Maison. »
« C'est une époque que je ne suis pas sûr de regretter. » remarquai-je en pensant qu'à l'époque de sa jeunesse puis de la mienne quelques années plus tard, Voldemort tentait d'étendre sa domination sur tout le monde sorcier, ce qui expliquait le repli de chaque Maison sur elle-même.
Sans lui laisser le temps de réagir, je poursuivis :
« J'imagine votre trouble quand Albus a été reparti à chez les Serpentard ! »
« J'avoue que je ne l'ai pas très bien vécu, soit dit sans vous offenser Severus. » admit la matriarche du clan Weasley. « En fait, j'ai été soulagée de comprendre pourquoi il était à Serpentard. Par rapport à vous, je veux dire. »
Sa remarque était intéressante à plus d'un titre. D'abord, il ressortait des paroles de mon hôtesse qu'à ses yeux il était beaucoup moins grave d'être un serpentard quand il s'agissait d'une tare familiale. Ensuite, j'étais effaré per la vision décidément bien étrange que les gryffondors avaient du secret. Harry avait beau jeu de me demander de garder le silence sur nos liens familiaux et d'obtenir d'Albus qu'il se taise, alors que les parents de Ginny avaient été mis dans la confidence. C'était évidemment aussi le cas de Madame la Ministre de la Magie et de son andouille de mari Ronald Weasley, les meilleurs amis d'Harry depuis l'école. Mais j'en venais même à me demander si les multiples autres beaux-frères et belles-sœurs d'Harry n'en avaient pas tous été informés. Auquel cas, ce serait un vrai miracle que qui que ce soit l'ignore encore dans la petite bande qui festoyait sous la tente. Pas étonnant dans ces conditions que Dumbeldore se soit adressé à un serpentard, moi en l'occurrence, quand il s'était agi d'aller espionner Voldemort !
S'inquiétant de mon mutisme, faute de deviner le cours de mes pensées, Arthur Weasley intervint pour atténuer quelque peu les propos de sa femme :
« Evidemment nous n'avons rien contre le fait qu'Albus soit à Serpentard, ni par le fait qu'il invite les amis qu'il a dans sa Maison. En revanche, nous étions un peu plus surpris que ce soit Rose qui en invite pour son anniversaire. »
« Oui, c'était bien la peine, qu'elle nous fasse une telle histoire quand Albus a voulu inviter Scorpius Malefoy l'été dernier pour que ce soit elle qui le fasse revenir cette année ! » reprit Molly sur un ton abrupt « Mais je dois bien admettre que c'est un enfant très gentil. »
Elle semblait surprise de devoir en convenir. Elle poursuivit :
« Quant à sa cousine, Delphini Black, savez-vous à qui elle me fait penser ? »
Je fis non de la tête. Le jeu des ressemblances faisait que j'avais pourtant en tête deux options. Soit Molly Weasley n'appréciait pas l'adolescente et elle allait me parler de sa mère Bellatrix. Soit Delphini trouvait grâce à ses yeux et elle allait me parler de de sa tante Andromeda Tonks. Mais alors que j'attendais avec un intérêt relatif une réponse convenue, Molly réussit à me surprendre.
« Elle me fait penser à Harry ! » lança-t-elle.
« Intéressant ! » raillai-je quelque peu. « Et ça concerne ses cheveux plutôt bleus ou plutôt son côté serpentard ? »
« Ni l'un ni l'autre ! » répondit-elle vivement, manifestement piquée par ma boutade. « En fait, c'est dans la manière qu'elle a de s'étonner qu'on puisse s'intéresser à elle. Harry était pareil au même âge. Alors qu'il venait déjà chez nous depuis des années, il restait surpris de l'attention qu'on pouvait lui porter ! C'est sans doute le lot des enfants mal-aimés. »
Je le pris comme un coup de poing dans l'estomac, même si j'avais bien assez de contrôle de moi-même pour ne rien en laisser paraître.
« Ce que Molly veut dire ... » commença Arthus Weasley manifestement inquiet de la tournure de la conversation.
« Ne vous inquiétez pas Arthur, je comprends très bien ce que Molly veut dire. » répliquai-je « Je veux bien admettre que j'ai été un père totalement absent, et je ne veux pas me chercher d'excuse quand bien même ce n'était pas mon choix ! »
« Mais le problème n'est pas juste que vous avez été absent, c'est que vous l'êtes toujours ! » asséna Molly Weasley en dépit des regards que lui lançait son mari.
« Ce que veut dire Molly, » recommença Arthur Weasley, « c'est qu'Harry peine à trouver sa place auprès de vous, ou plutôt entre Albus et vous. »
Cette fois, j'étais incapable de cacher ma surprise.
« Sa place entre Albus et moi ? » répétai-je pour donner un sens aux mots.
« Eh bien oui, Harry s'interroge sur la raison pour laquelle vous accordez à Albus un intérêt que vous n'avez pas eu pour lui. Parce que c'est un serpentard ? Parce que c'est un sorcier plus talentueux qu'Harry ? » précisa Molly Weasley.
« Pas d'intérêt pour lui ? Comment Harry peut-il croire cela, alors que j'ai passé dix-huit ans de ma vie à n'avoir pour seule préoccupation que sa sécurité ! » me défendis-je.
Instantanément, Molly Weasley passa du mode agressif à un mode compatissant :
« Je me rends compte que tout cela n'est pas très juste pour vous Severus. »
« Mon intérêt pour Albus n'a rien à voir avec son talent magique. Albus avait un problème d'identité et il m'a semblé que je pourrais l'aider à le résoudre. Harry n'avait pas de problèmes d'identité ou tout du moins il n'en avait pas avant d'apprendre que je suis son père. Et depuis, il m'en veut d'avoir bousculé ses certitudes. » repris-je.
« Je ne nie pas, Severus, que la nouvelle ait pu causer un certain trouble à Harry. » avança Arthur Weasley sur un ton apaisant. « Mais je vous assure que ce premier sentiment a vite laissé à la place à l'idée qu'il avait enfin à portée de main ce à quoi il a aspiré toute sa vie, à savoir un parent vivant, et au besoin de compter pour le parent en question …
Pour la deuxième fois en à peine quelques heures, je craignais de m'être lourdement trompé en restant en marge de la vie d'Harry. Je devais absolument faire quelque chose pour tenter de me rapprocher de lui. Malheureusement, il n'existait pas de sortilège ou de potion susceptible d'arranger les relations entre un père et son fils. Et je devais bien admettre qu'en dehors du domaine de la magie, je n'étais pas très doué.
