Chapitres 4 : Devoirs de vacances

Après trois semaines passées au Terrier et quatre jours chez les Malefoy, Albus était impatient de regagner notre Manoir. Je compris vite qu'il ne s'agissait pas seulement de profiter de la cuisine de Tinny ou du bord de mer. Albus avait hâte de pouvoir pratiquer tranquillement la magie et il était arrivé avec tout un programme de choses qu'il entendait faire avec moi mais aussi tout seul, car en tête de sa liste il y avait le fameux serpent de glace dont le portrait de Salazar Serpentard lui parlait depuis sa première année à Poudlard.

« Au cours d'un combat, il permet d'immobiliser ses adversaires. Le professeur Serpentard dit que, si on le réussit bien, on peut en immobiliser plusieurs avec un seul serpent quand ils sont regroupés. » m'expliqua le gamin quand je l'interrogeai sur l'urgence qu'il avait à maîtriser ce sort. « Si j'avais su faire ça, j'aurais pu maîtriser nos adversaires square Grimmaurd. »

L'allusion à ce combat me fit grimacer. Albus et sa petite bande d'inconscients s'étaient stupidement mis en danger en s'y rendant et leur expédition frauduleuse aurait pu très mal finir.

« Et tu comptes te battre bientôt contre quelqu'un d'autre ? » lançai-je d'un ton irrité.

« Contre personne. » s'empressa-t-il de répondre ayant bien compris le sens de ma réaction. « Mais on ne sait jamais, n'est-ce pas ? »

Plutôt que de discuter du bien-fondé de son argument, je préférai m'intéresser aux aspects pratiques de ce sort en Fourchelang qu'il peinait à maîtriser :

« As-tu demandé plus d'explications à Salazar Serpentard ? »

« Oui. Mais ce n'est pas comme s'il pouvait me faire une démonstration. » regretta Albus d'un ton courroucé.

Je m'amusai de sa mauvaise humeur. Albus avait une redoutable aptitude à reproduire n'importe quel sort qu'il avait vu lancer et une capacité bien plus extraordinaire encore à produire une magie qu'il n'avait jamais pu voir personne pratiquer. C'était même sans doute pour ça que le portrait du fondateur de notre Maison mettait autant d'énergie à lui apprendre une magie en Fourchelang qu'aucun sorcier vivant ne pratiquait. Ça et le fait que ce portrait devait s'ennuyer ferme au fond de son cachot depuis près de mille ans.

« Montre-moi ce que ça donne. » lui demandai-je.

Au lieu du serpent de glace, un nuage de cristaux de glace s'échappa de sa baguette.

« Je n'y suis pas encore. » observa Albus déconfit.

Je le priai de poursuivre ses essais dehors, histoire d'éviter qu'il ne neige dans le salon. Cela dura plusieurs jours pendant les heures que je consacrais moi-même à différentes recherches sur les potions. L'humeur d'Albus s'assombrissait en même temps que le jardin blanchissait en plein mois de juillet sans que le moindre serpent de glace ne se dessine. Après ses essais infructueux, il produisait le serpent de feu qu'il maîtrisait en revanche très bien, histoire de faire fondre le résultat de ses échecs. La pelouse qui semblait peu apprécier le traitement de glace et de feu qu'il lui infligeait quotidiennement, brunissait à vue d'œil.

J'étais plongé dans la lecture d'une recette compliquée publiée dans le dernier numéro de la Revue du Potionniste quand un cri me fit lever la tête juste à temps pour apercevoir par la fenêtre ouverte un magnifique serpent de glace avant qu'il ne tombe en miettes. Après une bruyante cavalcade dans le couloir, il vint toquer à la porte de mon bureau.

« J'ai vu, Albus. » commentai-je avant qu'il ait le temps de dire quoi que ce soit.

« Il faut encore que je le stabilise. » admit-il mais son sourire triomphant en disait long sur sa satisfaction d'avoir enfin réussi

Il ne lui fallut pour quatre jours pour améliorer son sort. Nous nous promenions désormais avec un serpent de glace qui ondulait derrière nous et, étant donné la température clémente, fondait sur nos talons. En dépit de mes recommandations, il arrivait que le serpent de glace suive aussi Albus à l'intérieur de la maison et même jusque dans le salon, ce qui ne manqua pas de déboucher sur un incident entre lui et le portrait de mon grand-père.

« Sortez immédiatement d'ici cette horreur qui coule sur mes tapis ! » se mit à piailler le portrait du regrettable Ferrucius Prince

« Ce n'est que de l'eau ! » se défendit Albus en haussant les épaule,s mais il ordonna néanmoins à sa création de sauter par la fenêtre ouverte. « Et puis, ce ne sont pas vos tapis, ce sont ceux de mon grand-père. »

« Qu'est-ce que vous dites espèce de garnement ? » se braqua le vieux crétin dans son cadre.

« Je dis que ce ne sont pas vos tapis, mais ceux de mon grand-père, puisque cette maison lui appartient. » répéta le gamin sans se laisser démonter.

« Comment osez-vous ! » se braqua aussitôt le portrait. « Mais cette maison et ses tapis ont été à moi avant d'être à lui, donc les tapis sont à moi plus qu'à lui. »

« Et c'est vous qui les avez achetés ces tapis ? » s'enquit Albus

« Non, mon grand-père, je crois. » répondit Ferrucius Prince sans comprendre où Albus voulait en venir.

« Alors si je suis votre raisonnement, ces tapis sont à votre père et à votre grand-père plus qu'à vous. Or, aucun d'eux n'est venu se plaindre de mes serpents de glace ! » rétorqua tranquillement le gamin.

« Dites donc espèce de raisonneur, je vous interdis … » s'étrangla le portrait de mon grand-père.

Je décidai d'intervenir avant que ce stupide portrait ne se permette d'avoir des paroles blessantes.

« Albus, il me semble que Tinny t'appelles. » indiquai-je.

Albus partit et faute de pouvoir s'en prendre à lui, Ferrucius Prince s'en prit évidemment à moi.

« C'est votre faute ! » se plaignit-il « L'éducation que vous donnez à cet enfant, laisse beaucoup à désirer. »

« Eh bien, je me souviens suffisamment bien de votre éducation à vous pour me dispenser de vos conseils ! » grondai-je sur un ton qui aurait dû le décourager d'insister.

Cependant, comme d'habitude, le portrait de mon grand-père ne comprit rien à mes signes d'énervement ou alors il voulait suffisamment avoir le dernier mot pour les négliger.

« Je ne vois pas ce que vous voulez dire ! » répliqua-t-il en se drapant dans sa dignité. « Il fallait bien que je compense les effets de l'ascendance déplorable qui est la vôtre. »

« Dans mon souvenir ce que vous appelez « éducation » consistait surtout à me punir moi pour les bêtises que faisaient mes cousins qui, en tant que sang-pur, étaient forcement beaucoup mieux que moi ! » assénai-je.

« Mais c'est faux ! Absolument faux ! » se défendit le portrait. « C'est vous qui n'étiez qu'un voyou. »

« Vous devriez éviter d'oublier qu'aujourd'hui c'est le voyou qui est en position de vous reléguer au grenier ! » menaçai-je.

« Bien envoyé ! » se réjouit une voix provenant d'un tableau sur le mur d'en face.

« Mêlez-vous de ce qui vous regarde, Spiritus ! » se rebiffa le portrait de mon grand-père, ce qui ne fit que lui attirer les ricanements du personnage portant un serpent sur les épaules qui était apparu au milieu d'un tableau représentant un paysage boisé.

« Vous voulez m'empêcher de faire la moindre remarque à Albus, » se plaignit Ferrucius Prince à mon intention, « alors que vous laissez cet individu à la moralité douteuse discuter avec lui autant qu'il le souhaite. »

« Quand vous parlez d'individu à la moralité douteuse, j'imagine que vous faites allusion à votre aïeul ici présent. » le provoquai-je.

« Dans toutes les familles, même les plus respectables, il existe quelques personnes indignes qu'on aimerait pouvoir effacer de son arbre généalogique. » répondit Ferrucius Prince l'air pincé.

« Pour une fois, je suis bien d'accord avec vous ! » rétorquai-je d'un ton incisif.

« Mais de qui parlez-vous exactement ? » s'inquiéta le portrait de mon grand-père.

« Il parle de toi, imbécile ! » répondit le dénommé Spiritus Prince dont le serpent la gueule grande ouverte semblait rire lui aussi de l'air outré de mon grand-père.

Je m'éclipsai en les laissant à leurs explications. Tant que ces fichus portraits se querellaient entre eux, ils nous laissaient relativement tranquilles Albus et moi. Mais même si j'avais feint le contraire pour ne pas donner raison à mon grand-père, je m'inquiétais un peu de la fréquence des discussions qu'Albus avait avec Spiritus Prince, des discussions dont je ne pouvais pas connaître la teneur, puisqu'ils utilisaient le Fourchelang. J'avais déjà bien assez à me préoccuper des sorts que le portrait de Salazar Serpentard lui enseignait durant l'année scolaire pour ne pas avoir envie de doubler la mise avec Spiritus Prince pendant les vacances. En même temps, j'avais quelques doutes sur le fait que la conversation de ce dernier porte vraiment sur la magie, car il n'avait pas laissé la mémoire d'un grand sorcier. Un doute qui se confirma à la veille d'une visite de Scorpius Malefoy et Delphini Black. Après avoir vu Albus aller chapitrer le portrait de notre ancêtre, je m'enquis l'air de rien de la nature de ses recommandations.

« Oh, je demandais juste à Spiritus d'éviter de faire ses blagues habituelles, vu que Delphini comprend le Fourchelang elle aussi. » m'expliqua-t-il vaguement gêné.

Ce fichu portrait profitait donc du Fourchelang pour tenir des propos graveleux au petit ! S'ils continuaient ainsi les uns et les autres, il y aurait bientôt un embouteillage au grenier.