Chapitre 6 : Une rentrée de moins en moins normale (1)
Deux semaines plus tard, c'est d'une oreille distraite que j'écoutais Pomona Chourave se plaindre de tensions dans sa Maison dont elle ne comprenait pas l'origine. Je ne voyais vraiment pas en quoi, la Maison Serpentard pourrait bien être concernée par des histoires de poufsouffles. La suite me prouva que j'avais tort.
Le problème survint une fin d'après-midi. Je préparais tranquillement ma salle pour le cours des sixièmes années du lendemain matin en plaçant sur chaque table une fiole de potion paralysante. Après l'avoir avalé les élèves devraient fabriquer le contrepoison en dépit des symptômes qui allaient progressivement limiter leur mobilité, je gageais que la perspective de rester plusieurs heures immobilisés sur le sol froid et humide du cachot s'ils échouaient, serait une bonne incitation pour leur faire faire un effort. De quoi clouer le bec à ceux qui se permettent de mettre en doute mes qualités pédagogiques !
J'avais à peine terminé mon installation quand le patronus de chat de McGonagall vint me prier de la rejoindre immédiatement dans son bureau. Je m'y rendis non sans une certaine mauvaise humeur, je rêvais juste d'aller siroter une tasse de thé bien calé dans le fauteuil de mon bureau, histoire d'oublier un peu toutes les choses stupides que j'avais vu faire, et toutes les inepties que j'avais entendues dire en l'espace d'une seule journée.
Je ralliai à grands pas le bureau de McGonagall. Ma mauvaise humeur était suffisamment manifeste pour que les élèves s'écartent maladroitement sur mon passage en se collant au mur. Pourtant, je n'étais pas encore tout à fait au comble de l'exaspération, puisque j'espérais encore que Minerva m'offre une tasse de thé. Un espoir qui s'envola à peine franchi le seuil de son bureau. Je la trouvai en effet et en compagnie de Lupin et de Chourave, et aucun des trois ne semblait d'humeur à savourer une tasse de thé. Penchés sur un bout de parchemin que notre Directrice tenait à la main, ils affichaient la même mine grave. J'étais à peine entré dans le bureau, que Minerva s'approcha de moi en brandissant le parchemin :
« Est-ce que vous savez ce que c'est que ça, Severus ? Est-ce que vous savez ce que c'est ? »
Je fus contraint de lui faire remarquer qu'elle agitait le parchemin trop vite pour que je puisse lire quoi que ce soit.
« Je vous assure que je ne plaisante pas, Severus ! » s'agaça notre Directrice.
Moi non plus, je ne plaisantais pas. Je plaisantais d'autant moins que j'étais maintenant certain de devoir renoncer à mon thé.
« Qu'y a-t-il sur ce bout de parchemin pour vous mettre dans un tel état ? » soupirai-je.
« Une dénonciation. Qui se voulait bien sûr anonyme. » répondit McGonagall en me tendant le document.
Madame la Directrice.
Ce n'est pas pour répandre des rumeurs ou des médisances, mais vous devez savoir que parmi les serpentards, il y a un dangereux sorcier qui pratique la magie noire sur les autres élèves. La preuve, il vient de s'en prendre à une élève de cinquième année de Poufsouffle, une née-moldu, qui n'arrête plus de pleurer depuis. Vous devez absolument protéger les élèves des agissements d'Albus P et de ses complices !
« Mais d'où vient se torchon ? » m'étranglai-je.
« Glissé anonymement sous ma porte. » répondit sobrement McGonagall.
« Vous voulez dire que vous ne savez pas de qui il s'agit. » m'inquiétai-je.
« Bien sûr que si, Severus ! » s'écria-t-elle « Vous n'imaginez quand même pas que les responsables soient capables de se désillusioner. Mon sphinx a donc pu me raconter qui a cru qu'il suffisait de deux complices faisant le guet dans le couloir pour déposer une lettre anonyme en toute impunité. »
Elle faisait allusion à la statue de sphinx qui avait remplacé dans l'escalier d'accès au bureau directorial le phénix qui y trônait du temps de Dumbeldore. J'étais trop furieux pour cacher ma colère :
« Les petits imbéciles, ils ne perdent rien pour attendre ! »
Mais McGonagall semblait avoir prévu ma réaction :
« Je me chargerais moi-même de leur rappeler que je ne plaisantais pas quand j'avais prévenu les élèves, il y a un peu plus d'un an de cela, contre le fait de répandre des calomnies. »
En résumé, elle voulait éviter de les exposer à mon courroux alors même qu'il avait mis en cause la Maison Serpentard et l'un de ses élèves nommément. Je m'apprêtai à protester quand McGonagall poursuivit :
« Mais avant de les convoquer je voudrais régler cette histoire sur le fond. »
« Quoi ! » beuglai-je au comble de l'énervement. « Vous n'allez quand même pas accorder le moindre crédit à ces allégations. »
« Sans leur accorder de crédit, je préfèrerais malgré tout procéder à quelques vérifications. » expliqua notre Directrice sur un ton apaisant qui n'entama en rien ma mauvaise humeur. « Aussi je vous demanderais, Severus, d'aller chercher immédiatement Albus Potter, pendant que Pomona ira vérifier si aucune élève de cinquième année ne sanglote dans la salle commune de sa Maison. Le cas échéant, ramenez la dans mon bureau, Pomona. »
« C'est incroyable ! Scandaleux ! » râlai-je tout en descendant l'escalier du bureau directorial.
J'étais tellement furibond que j'avais retiré au moins trente points et distribué douze retenues à différents élèves qui avaient eu la malchance de croiser mon chemin, avant d'arriver devant le cachot des serpentards. Mon apparition brutale dans la salle commune obligea bon nombre d'élèves à adopter une position plus convenable. Je fis néanmoins semblant de ne m'être aperçu de rien pour pouvoir feindre de ne pas avoir vu qu'Albus était installé avec Miss Black dans un fauteuil qui me semblait pourtant n'avoir été conçu que pour une personne.
« Monsieur Potter, suivez-moi ! » lançai-je d'un ton sans réplique.
Après avoir fait demi-tour dans un tourbillon de robes noires, je repris le chemin du bureau de McGonagall, Albus sur mes talons, c'est au moins ce que j'imaginais car je ne me retournais même pas pour le vérifier. De fait, il entra dans mon sillage dans le bureau de notre Directrice. Planté au milieu du bureau, Albus nous dévisagea tour à tour sans rien dire McGonagall, Lupin et moi.
Bien qu'il soit parfaitement impassible, je le connaissais maintenant assez bien pour savoir que la raison de cette convocation brutale ne lui paraissait pas évidente.
« Asseyez-vous Monsieur Potter. » ordonna McGonagall. « Nous attendons le professeur Chourave. »
Toujours calme, Albus s'assis sans rien dire. Pour ma part, je marchais de long en large pour essayer de faire retomber ma colère. Il fallut plus de dix longues minutes avant que Chourave ne nous rejoigne en poussant devant elle une Patty Palmer aux yeux rougis. McGonagall la fit assoir loin d'Albus.
« Miss Palmer, » commença McGonagall. « je vais vous poser une question à laquelle je vous demande de répondre sans crainte en toute franchise. Monsieur Potter ici présent vous a-t-il lancé un sortilège ? »
« Oui, Madame. » répondit-elle avant d'ajouter. « Heureusement qu'il l'a fait. »
Après quoi elle éclata à nouveau en sanglot. C'est peu que de dire que je n'y comprenais strictement rien, et le fait que McGonagall, Lupin et Chourave semblent aussi paumés que moi n'était qu'une maigre consolation.
« Je voulais juste l'aider. » expliqua Albus.
Ce que Miss Palmer toujours en pleurs confirma par de vigoureux mouvements de tête avant de hoqueter :
« C'est ma faute ... »
« Bien sûr que non ! » l'interrompit Albus. « Ce n'est pas de ta faute et ... »
Il leva les yeux vers nous. Clairement, sa seule inquiétude était de ne pas savoir trouver les arguments nécessaires pour rassurer Miss Palmer. Autant dire que son regard glissa rapidement sur moi, car il avait largement eu le temps de se rendre compte de la faiblesse de mes capacités en matière de relations interpersonnelles. Cependant, il ne sembla pas trouver plus de réponses en regardant McGonagall, Lupin ou Chourave.
« Vraiment, pas de ta faute. » répéta-t-il faute de mieux.
Pour la première fois, je m'interrogeai sur ses capacités à lui aussi à trouver les mots adéquats pour s'adresser aux autres. Mais si difficultés il y avait dans sa communication, cela ne concernait manifestement pas ses rapports avec Miss Black ... Quoi qu'il en soit ces échanges n'éclairaient en rien notre lanterne et les visages de mes collègues traduisaient l'incompréhension que devait aussi refléter le mien.
« Peut-être pourrions-nous demander aux deux préfets et aux quelques élèves qui attendent devant votre bureau, Minerva, de venir nous apporter leurs lumières. Car j'avoue que, pour ma part, je ne comprends rien à ce que racontent ces jeunes gens. » proposa soudain Chourave.
Je ne pus retenir un soupir, mais qui passa inaperçu du fait du grognement que le loup-garou émit de son côté. Sachant que McGonagall avait eu l'inconscience de nommer Teddy Lupin et Victoire Weasley préfet et préfète de leurs Maisons respectives, en dépit de l'aventure stupide et dangereuse de l'an dernier, j'en concluais donc que le reste de la petite bande attendait devant le bureau directorial.
« Allez les chercher s'il vous plaît, Remus. C'est peut-être notre seule chance d'obtenir une explication sensée dans un temps raisonnable. » grommela McGonagall.
