Chapitre 7 : Une rentrée de moins en moins normale (2)

« Allez les chercher s'il vous plaît, Remus. C'est peut-être notre seule chance d'obtenir une explication sensée dans un temps raisonnable. » grommela McGonagall.

Lupin s'exécuta de mauvaise grâce. Un instant plus tard, il remontait suivi de Rose Granger-Weasley, Delphini Black, Scorpius Malefoy, Victoire Weasley Teddy Lupin fermait la marche. Ils s'arrêtèrent au milieu du bureau. Sans y avoir été invité, Albus se leva pour allait les rejoindre. Je pinçai les lèvres.

« Nous avons un problème sur lequel j'espère que vous pourrez nous donner quelques éclaircissements. » dit notre Directrice sur un ton inhabituellement froid « J'ai reçu un message m'indiquant qu'Albus Potter aurait jeté un sort à Miss Palmer ici présente. Monsieur Potter ne le nie pas, et Miss Palmer confirme mais semble reconnaissante qu'il l'ait fait. Pourriez-vous nous expliquer ce qui s'est passé ? »

Après un rapide échange de regards au sein du petit groupe, Victoire Weasley s'avança d'un pas pour prendre la parole :

« Il y a trois jours, nous faisions une ronde Teddy et moi juste avant le couvre-feu pour vérifier que les retardataires regagnaient bien leur salle commune. Mais au moment où nous sommes passés devant la salle commune des poufsouffles, Patty a été jetée dehors par les autres élèves de sa Maison. Alors, nous avons dû trouver une solution. »

Chourave afficha un air sidéré puis outré :

« Et il ne vous est pas venu à l'esprit de venir me chercher ! »

Rien qu'à voir leur tête, la réponse était clairement non. Ils n'y avaient pas pensé.

« C'est que nous avions déjà discuté ensemble de la question, nous pensions avoir identifié la cause du problème. » plaida Miss Weasley.

« Mais de quel problème parlez-vous à la fin ? » s'énerva soudain McGonagall manifestement à bout de patience.

L'air ennuyé, Victoire Weasley se retourna vers sa condisciple de Poufsouffle. D'un signe de tête, celle-ci lui donna son assentiment pour raconter l'histoire, Victoire Weasley continua donc :

« Il faut vous dire, Madame, que Patty et moi, nous sommes amies depuis la première année. Mais depuis cette rentrée, Patty avait changé. Alors qu'elle avait toujours été très gentille, elle disait des choses désagréables à tout le monde. C'est Rose qui a pensé à un effet du collier que ses parents lui ont offert juste avant son retour à l'école. Je n'y croyais pas vraiment, mais quand j'ai essayé de le lui faire enlever juste pour un instant, elle a refusé en m'insultant. Du coup, j'ai compris que c'était vrai, que ce collier se défendait comme un objet de … »

A ce point de son récit, elle se retourna vers le reste de la bande.

« … de magie noire. » murmura Teddy Lupin en terminant la phrase à sa place.

« Il y a trois jours, quand les autres poufsouffles l'ont jetée hors de leur salle commune à cause des choses qu'elle leur avait dites, j'ai pensé que c'était le moment de faire quelque chose. » reprit Miss Weasley avant de s'arrêter à nouveau.

« De faire quoi ? » insista McGonagall.

Miss Weasley poursuivit :

« Eh bien, je suis restée avec Patty dans le couloir, sans trop écouter ce qu'elle me racontait. Pendant, ce temps, Teddy est allé chercher Rose chez les gryffondors, puis ils sont descendus dans les cachots. En profitant que quelques serpentards rentraient encore dans leur salle commune, Teddy y a passé la tête. Comme il est préfet, les serpentards n'ont rien osé dire. Heureusement, Albus et Delphini n'étaient pas encore montés dans leurs dortoirs. Ils sont allés chercher Scorpius et sont repartis avec Teddy et Rose pour nous retrouver Patty et moi. »

Je devais me contenir pour ne pas montrer également mon agacement. Nous ne savions toujours rien de ce qu'il s'était passé. Si ce n'est qu'ils l'avaient fait tous ensemble, ce qui ne laissait rien présager de bon. Du coin de l'œil, je surpris un rictus d'énervement du loup-garou qui n'avait pas l'air plus ravi que moi.

Après avoir brièvement regardé les autres, Victoire Weaslay continua :

« Nous avions discuté entre nous d'un moyen d'enlever ce collier à Patty. En cours de Défense contre les forces du mal, nous avons vu que les objets de magie noire résistent quand on veut leur soustraire leur victime. Du coup, nous avions pensé au sort de Désorientation en Fourchelang qu'Albus sait faire pour neutraliser les effets du collier. Comme ce soir-là il était clair que ça ne pouvait plus durer, j'ai demandé à Albus de le faire tout de suite. Alors il a lancé son sort sur le collier, je l'ai enlevé à Patty, et instantanément c'était fini, elle était redevenue normale. »

McGonagall leva brièvement les yeux vers le plafond de son bureau.

« Où est cet objet ? Ce collier ? » demanda-t-elle d'un ton bref.

Patty Palmer qui avait arrêté de pleurer, intervint :

« J'ai demandé à Albus de le prendre pour le jeter dans le lac. »

« Monsieur Potter, vous confirmez ? » interrogea notre Directrice.

« Oui, Madame. Je l'ai pris pour le jeter dans le lac. » admit-il.

McGonagall fit la grimace, mais s'abstient de commenter. Se retournant vers Miss Palmer, elle demanda :

« Miss Palmer, souffrez-vous du sortilège que Monsieur Potter vous a lancé ? »

« Non, Madame. Pourquoi ? » répondit-elle manifestement surprise.

« Parce qu'il semble que vous continuiez à pleurer alors que cela fait déjà plusieurs jours que vos camarades ici présents ont pris l'initiative de vous … débarrasser votre collier. »

Nouvelle crise de larmes de l'intéressée.

« C'est parce que j'ai raconté des horreurs pendant un mois et que maintenant tout le monde m'en veut. » hoqueta Patty Palmer entre deux sanglots.

Avant que McGonagall ou Chourave aient le temps de réagir, Miss Weasley s'était précipitée pour réconforter la pleureuse.

« Mais bien sûr que non. Personne ne t'en veut. C'était la faute de cet affreux collier, pas la tienne. » assura-t-elle en lui passant un bras autour des épaules.

Miss Palmer tout en continuant à sangloter gargouilla quelques mots dont il ressortait que personne ne pourrait lui pardonner tout ce qu'elle avait dit. Victoire Weasley se retourna pour jeter un coup d'œil au reste de la bande. Il n'en fallut pas plus pour que Miss Granger-Weasley et Miss Black s'approchent à leur tour pour consoler Miss Palmer en affirmant que tout était oublié. Les garçons se consultèrent du regard avec l'air de se demander s'ils devaient se joindre aux filles pour aller rassurer la poufsouffle, avant manifestement de conclure que ce n'était pas nécessaire dans l'immédiat. Tout ça sans avoir échangé le moindre mot.

Je sentais Mcgonagall exaspérée, c'est néanmoins d'un ton bienveillant qu'elle prit la parole :

« Miss Palmer, vous allez vous rendre immédiatement à l'infirmerie avec le Professeur Chourave qui aura la gentillesse de vous accompagner. Je souhaite que Madame Pomfresh puisse vous examiner sans tarder. Contrairement à ce que vos camarades ont l'air de penser, la magie noire peut laisser des traces et avoir des conséquences à long terme. Je veux donc m'assurer que vous ne courez aucun danger. »

Une fois Patty Palmer sortie accompagnée de sa directrice de Maison, McGonagall se raidit considérablement et fusilla tour à tour du regard chacun des six adolescents :

« J'espère que vous comprenez à quel point votre initiative était stupide ! Comment avez-vous pu être assez inconscients pour vous attaquer seuls à un objet de magie noire et penser que vous pourriez savoir résoudre le problème ? »

Elle continuait à les fixer les uns après les autres, espérant sans doute les voir exprimer des regrets. Peine perdue. Même Miss Black qui était la plus timorée du groupe, ne manifestait aucune gêne, et sa salamandre de feu, cadeau d'Albus, qui se réfugiait au fond de la poche de sa maîtresse à la moindre inquiétude, passait tranquillement sa tête au dehors.

Clairement, ils ne se sentaient même pas concernés par ce que notre Directrice était en train de raconter. Pour une raison simple à mon sens, ils n'avaient pas du tout le sentiment d'avoir échoué, puisqu'ils avaient effectivement réussi à débarrasser Miss Palmer de son collier et du maléfice qui la possédait depuis un mois. Et de fait, ce n'était pas si simple, sinon il n'y aurait pas eu un département entier à travailler sur ces questions au Ministère de la Magie. J'étais certain que si je m'étais lancé dans un peu de Legilimencie, je les aurais même trouvés parfaitement contents d'eux.

Qu'elle en comprenne ou pas la raison, McGonagall dut sentir que son discours ne les atteignait pas, car elle changea d'angle d'attaque :

« J'avais interdit à Monsieur Potter de pratiquer la magie en Fourchelang devant les autres élèves de Poudlard et, vous qui êtes préfète, Miss Weasley, vous ne trouvez rien de mieux que de lui demander de non seulement de l'utiliser devant mais sur une élève. Ce qu'il s'empresse d'accepter de faire, sans savoir ce que ça allait donner. Et avec l'approbation et le soutien de tous vos acolytes ici présents. C'est insensé ! Et puisque que vous ne semblez pas vraiment convaincus d'avoir eu tort, je vais vous aider à bien en prendre conscience. Vous allez mener tous ensemble une recherche sur des cas dans lesquels l'utilisation d'une magie mal connue a abouti à une véritable catastrophe. Vous devrez trouver douze cas et me rédiger un rouleau de parchemin sur chacun de ces cas. Vous croyez que vous n'allez pas avoir le temps, et bien je vais vous prouver le contraire. Vous êtes tous interdits de sortie à Pré-au-Lard jusqu'aux vacances de Noël, cela vous permettra de mener de longues recherches à la bibliothèque. A part cela, je ne vous enlève que 5 points chacun, et à ce stade, je ne reviens pas, Miss Weasley, Monsieur Lupin, sur vos nominations. Mais vous avez intérêt à ne pas me faire regretter ma clémence ! »

Pour ma part, ce n'est pas sa clémence que je regrettais, mais qu'elle leur donne une punition certes longue et laborieuse, mais les conduisant à travailler tous ensemble. De quoi renforcer encore leur cohésion. Une cohésion dont j'étais en train de mesurer la force avec une certaine inquiétude. Car s'il n'y avait pas de noirceur chez Albus, pas l'ombre d'une volonté de domination, sa fidélité à ce groupe pourrait s'avérer dangereuse. Il avait suffi d'une demande des autres pour qu'il contrevienne tranquillement aux ordres de McGonagall en utilisant sa magie en Fourchelang et je n'aurais pas juré qu'il ne soit pas prêt à recommencer. Et qu'adviendrait-il si quelqu'un menaçait à nouveau la sécurité de ses amis ? De quoi Albus serait-il capable pour les sauver ? Je n'étais pas très sûr de la réponse à cette question.