Chapitre Onze
Neuf jours s'étaient écoulés depuis l'incident de la lice. Le Gouverneur était craint de tous et cela se ressentait dans le château perdu au beau milieu des plaines du Nord. Les paysans hésitaient à venir se mettre à l'abri à Wintertown. Depuis l'affaire du jeune garçon, il y avait pourtant eu des rumeurs qui courraient ci et là dans Winterfell et dans ses environs :
L'écorché semblait s'adoucir. Son épouse le domptait.
Bien sûr, quiconque répandait cette rumeur disparaissait de manière définitive et mystérieuse… Mais cela n'empêchait guère les commères de parler.
L'air était de plus en plus froid et la neige semblait de moins en moins fondre. Le soleil, quant à lui, se levait pour se recoucher aussitôt. Tout tournait au ralenti et pourtant, tout semblait aller bien.
Sansa prit une grande inspiration. Elle appréciait la froideur du Nord depuis toujours, elle se souvenait de l'étouffement que lui procurait la chaleur du Sud. Elle était faite pour vivre ici, entre ces murs de vieille pierre et sous ce ciel grisâtre.
Malgré tout ce qu'elle avait pu penser plus jeune.
Une nouvelle fois, elle prit une bouffée d'air pur tout en tentant de se concentrer du mieux qu'elle pouvait. Redressant son dos de toute sa stature, elle vérifia que son bras était bien relevé et avec difficulté, elle tendit la corde doucement.
Son regard était rivé sur le point rouge au milieu de la botte de paille. Après un court instant de réflexion, elle lâcha la flèche qui se logea dans la zone blanche, bien au-dessus du point rouge. Un gémissement de frustration quitta alors ses lèvres et le rire derrière elle lui indiqua que son « professeur » du jour trouvait sa défaite des plus drôle.
« Je vous l'ai déjà dit, ma douce, tenez-vous moins en arrière. »
Ramsay s'approcha alors d'elle et enserra sa taille de son bras pour l'obliger à plaquer son dos sur son torse. Il savait que cette proximité la déroutait énormément et il s'en délectait. Il aimait lorsque son épouse était troublée.
« Bien, maintenant que vous êtes correctement placée, que faites-vous ? »
Aucun mot ne sortit de sa bouche tandis qu'elle sentait toute la chaleur du corps de Ramsay caresser son dos. Lentement, elle vint placer la flèche sur son doigt, bandant l'arc, elle prit le temps de viser.
« Votre flèche est beaucoup trop haute, à cette distance le tir direct est mieux qu'un tir en cloche. »
Elle baissa son bras et prit un peu plus appui contre Ramsay sans réellement s'en rendre compte. Celui-ci esquissa un sourire tendre qu'elle ne vit pas et continua à suivre ses indications :
« Tendez plus le bras et relevez-le encore un peu. »
Il accompagna sa parole d'un geste, plaçant sa main sous le coude de son épouse pour le placer correctement. Il approcha ensuite sa bouche contre l'oreille de Sansa et celle-ci sentit le picotement de sa barbe contre ses cheveux. Et dans un murmure presque suave, il reprit :
« Bien, maintenant concentre-toi. Vise… Tire. »
Elle lâcha la flèche et cette fois, elle termina dans le point rouge. Ramsay se sépara d'elle tout en s'exclamant :
« Parfait ! »
La jeune femme fixait son époux, légèrement rougissante. Ramsay s'était donné comme nouvelle occupation de lui apprendre le tir à l'arc pour leurs parties de chasse. Et même si Sansa n'était pas ravie d'apprendre à manier une arme, elle était heureuse de ces moments de complicité avec son époux. Ramsay était un homme sournois et manipulateur, mais elle ne pouvait nier qu'il était un excellent professeur et capable d'une patience presque hors du commun.
« Lorsqu'elle devra tuer un sanglier, vous ne pourrez pas la faire se blottir contre vous ainsi, Lord Bolton. »
Sansa se retourna vers la source de la voix tandis que Ramsay le toisait déjà du regard. Édric Snow était là, contemplant le couple d'un air rieur tout en rangeant deux épées d'entraînement dans des tonneaux.
« Occupe-toi de tes travaux, bâtard. »
Ramsay avait un mépris immense pour les bâtards, et elle savait que c'était dû à la souffrance que lui-même eut ressentie de porter ce statu. Et même si désormais il était reconnu comme étant un véritable Bolton, personne ne le considérait comme tel réellement. Et rabaisser les autres lui donnait un sentiment de supériorité.
Édric Snow ne sembla nullement être affecté par les paroles du Lord et planta son regard noisette dans celui de Sansa tout en souriant. Ce sourire presque paternel qui réchauffait quelque peu le cœur de la jeune femme.
« Si je puis vous donnez un conseil, Lady Bolton, commencez déjà par avoir un arc à votre taille. Celui de votre époux est beaucoup trop grand, c'est pour cela que vous vous penchez en arrière. »
Elle acquiesça doucement et Édric quitta la lice, se dirigeant sans nul doute vers l'armurerie sous le regard courroucé de Ramsay.
« S'il n'était pas si doué, je l'aurais probablement fait exécuter il y a bien longtemps.
- Pour que vous nommiez un bâtard maître d'armes, j'imagine qu'il est réellement doué. »
Ramsay posa un instant son regard sur son épouse avant de répondre.
« Édric Snow est un homme talentueux dans le maniement des armes. Mais là où son talent excelle, c'est pour le maniement d'armes lourdes tel que la hache ou le marteau.
- Arme de prédilection des Omble si vous voulez mon avis.
- Il est vrai. »
Sansa esquissa un sourire avant de reposer l'arc et de passer sa main dans ses cheveux roux pour les ramener dans sa tresse.
« Je suis épuisée.
- Alors allez-vous reposer. Nous nous verrons ce soir. »
Sansa sentit une promesse dissimulée derrière les paroles de son époux et le quitta sans un mot de plus.
À ses côtés marchait un chiot déjà bien grand désormais. Arrivant bonnement à son mi-mollet, Lómion avait grandi si vite qu'elle ne réalisait pas encore elle-même qu'il n'était plus ce bébé chétif qu'elle avait sauvé. Ses cicatrices étaient encore présentes sur sa tête et il n'entendait pas très bien du côté mutilé, mais il était plus fidèle encore à sa maîtresse que les autres chiens du chenil.
« Lady Bolton ! »
La jeune femme se figea avant de se retourner vers Mestre Wolkan qui courrait vers elle. Il était quelque peu rouge dû à sa course et semblait contrarié.
« Lady Bolton ! Vous deviez venir me voir ce matin ! Je devais vous ausculter. Il est anormal que vous n'attendiez points encore d'héritier. »
Sansa écarquilla les yeux, se souvenant amèrement de la demande du Mestre la veille.
« Je suis navrée, Lord Bolton tenait absolument à ce que je vienne…
- … Je n'ai plus le temps aujourd'hui, mais j'espère vous voir demain matin à la première heure. »
La jeune femme se sentit frémir rien qu'à l'idée… Son imagination était très vive et en cet instant elle imaginait très bien les examens qu'elle devrait subir… Sansa secoua vivement la tête, chassant ces images de son esprit. Elle parcourut les derniers mètres qui la séparaient de l'entrée du château et grimpa les escaliers rapidement avant de s'enfermer dans sa chambre.
Cela faisait peu de temps qu'ils avaient regagnés la chambre conjugale, et même si cela fut très compliqué au début, Sansa en était réellement heureusement. Le souvenir de Roose Bolton s'effaçait peu à peu de sa mémoire, les souvenirs de son enfance heureuse étant plus forts que tout. La jeune femme se débarrassa de son épaisse cape de fourrure et se regarda ensuite dans le miroir.
Ramsay avait demandé à Yvana de lui confectionner des tenues plus souples constituées de pantalons et de chemises pour que Sansa monte plus facilement à cheval et soit plus à son aise pour chasser. D'abord outrée, la servante n'avait eu le choix que de lui confectionner ces tenues, et contre toute attente, Sansa adorait. Il n'y avait pas à dire, ces tenues étaient bien plus pratiques et confortables que les épaisses robes qu'elle portait habituellement.
En ce jour, elle portait un pantalon de cuir noir avec des cuissardes doublées de fourrure. Elle portait également une chemise blanche à volant avec par-dessus un corset de cuir et une autre chemise plus épaisse et bordeaux. Elle n'avait aucunement froid et le tissu léger n'entravait aucun de ses mouvements. Elle pouvait courir beaucoup plus vite, se baisser plus facilement et elle avait bien moins froid. C'était libérateur en plus d'être agréable.
Les jours s'écoulaient avec douceur, et la jeune Stark et son époux s'apprivoisaient lentement. Elle se surprenait même à aimer la compagnie de Ramsay, de temps à autre. Il lui apprenait énormément, au même titre que Cersei, Margaery ou encore Baelish. Il s'avérait que Ramsay était bien plus intelligent que ce qu'elle eut cru au départ, il était un parfait stratège et sa capacité d'adaptation selon son interlocuteur était absolument fascinante.
Sansa soupira tout en enlevant la chemise bordeaux. La cheminée diffusait une chaleur étouffante et elle ne tenait plus. Elle vint ensuite s'asseoir à sa coiffeuse et commença à défaire sa tresse épaisse et à démêler ses cheveux roux, tout en se plongeant dans ses pensées.
Même si Ramsay était bien plus doux avec elle, elle ne pouvait ignorer les hurlements qu'elle entendait parfois jusqu'à tard le soir résonner dans les murs de Winterfell. Ces cris de souffrances si puissants qu'elle n'arrivait à trouver le sommeil que lorsqu'ils cessaient. Alors de longues minutes… Peut-être une heure, s'écoulaient. Et Ramsay la rejoignait au lit. Alors seulement, elle s'endormait.
Elle ne pouvait pas non plus ignorer ce qui était arrivé à Drik, le fils du forgeron. Le garçon de dix-sept années avait mystérieusement disparu, il avait de cela quatre jours de manière étrange. Tous savaient, elle y comprit, que cela était l'œuvre de Ramsay… Et que le pauvre Drik avait fini dévoré par les chiennes du chenil dans la nuit. Le jeune garçon avait osé insulter Ramsay de « Bâtard » après que celui-ci ait augmenté les taxes. La rage de Ramsay fut telle que Sansa n'osa s'interposer ni approcher son époux durant les quatre nuits qui suivirent.
Ce matin, Yvana était entrée affolée dans la chambre, s'exclamant d'un bout à l'autre que Sansa devait rapidement se lever, que le Lord souhaitait que la jeune femme le rejoigne à la lice dans les plus brefs délais. Et c'est ainsi que Sansa passa une bonne partie de sa journée à s'entraîner au tir à l'arc avec Lord Bolton. Celui-ci semblait plus calme et apaisé et Sansa s'en sentit immédiatement soulagée.
Un soupir quitta ses lèvres tandis qu'elle se relevait, mais, soudain, un vertige l'obligea à se rasseoir aussi vite. Des sueurs froides dévalèrent sa nuque et la jeune femme passa une main tremblante sur son visage. Elle avait une envie abominable de vomir. Elle savait que ses saignées approchaient à grands pas et que ce n'était que son corps qui s'y préparait, mais jamais encore elle ne s'était sentit aussi mal.
La porte s'ouvrit au même moment et Sansa releva ses deux prunelles saphir vers le nouvel arrivant : Theon se tenait là. Le dos recourbé, grelottant de froid, la neige blanchissant encore plus ses cheveux déjà bien grisonnants.
« Le… Le maître m'a demandé de vous préparer un bain. »
Sansa ne répondit rien tandis que la carcasse désarticulée de Theon versait les seaux d'eau brûlante dans la baignoire. Pourtant, il ne détournait pas ses prunelles grises d'elle, inquiet. Sansa sentait le lourd poids de son regard sur elle.
« Lady Bolton, serait-elle souffrante ? »
Relevant quelque peu son regard vers lui, elle le fixa avec plus d'intensité.
« J'ai… Des vertiges. »
Theon fronça légèrement ses sourcils blanchâtres.
« Vous devriez aller voir Mestre Wolkan. Voulez-vous que j'aille le chercher ?
- Non, j'y vais demain. Je… Merci Theon.
- Schlingue.
- Tu seras toujours Theon Greyjoy à mes yeux.
- Je n'ai plus rien, ni des Greyjoy, ni des Stark. Je suis Schlingue. »
Et sans un mot de plus, il disparut dans le couloir tout en refermant soigneusement la porte derrière lui. Sansa tenta de se relever pour se déshabiller, mais la nausée fut si forte à peine fut elle debout que, cette fois, elle se laissa tomber sur son lit. Allongée, elle se sentait légèrement mieux.
Quelques minutes s'écoulèrent ainsi où la jeune femme tentait de maîtriser sa respiration et son envie de vomir, jusqu'à ce que la porte s'ouvre à nouveau.
« Tu n'es toujours pas dans ton bain ? Dois-je me sentir flatté que tu m'ai attendu ? Ou en colère que tu ne profites pas de mon cadeau ? »
Sansa ne put ouvrir les yeux tant les vertiges lui faisait tanguer sa tête et son cœur. La bile envahissait sa bouche et elle se sentait de plus en plus devenir pâle.
« Sansa… ? »
Elle sentit le poids de Ramsay faire s'affaisser le matelas et bientôt, sa main glaciale vint caresser son front avec douceur. L'odeur de sang qui vint envahir son nez fut la goutte d'eau de trop et la jeune femme se releva précipitamment, saisissant le seau vide que Theon avait laissé à côté de la baignoire elle plongea son visage à l'intérieur et rendit le peu de chose qui se trouvait dans son estomac.
« Sansa ! Es-tu souffrante ? »
La jeune femme se sentit légèrement mieux lorsque son estomac fut enfin vide, repoussant le seau, elle vint se rallonger. Les vertiges cessèrent peu à peu et elle put reprendre contenance.
« Seulement la nourriture du déjeuner qui ne passait pas. Je vais bien.
- Tu en es sûre ?
- Oui… J'en parlerai à Mestre Wolkan demain matin de toute façon. »
Ramsay hocha simplement la tête, continuant d'observer Sansa. Quelques minutes s'écoulèrent à peine avant que sa voix ne tranche l'air à nouveau.
« J'ai besoin de toi. »
Cette fois, la jeune femme ouvrit grand ses yeux pour fixer son époux qui était toujours assis au bord du lit.
« Le peuple veut que tu sois là lors des auditions… Ils pensent que je suis incapable d'écouter leurs requêtes. »
Sansa se redressa avant de se lever et de se diriger vers sa coiffeuse, muette. Ramsay leva les yeux au ciel avant de rajouter :
« Je ne peux refuser. Non pas que je sois d'accord avec ce qu'ils disent, mais si j'accepte leurs requêtes… Ils me respecteront plus. »
Elle hocha simplement la tête, pensive. Depuis quand Ramsay lui demandait-il de l'aide ? Il s'abaissait… Par tous les dieux, qu'était-il arrivé à son époux ?
« Je dois me changer. »
Les vertiges faisaient encore tourner sa tête et la jeune femme lutta de toutes ses forces pour reprendre contenance. Ramsay l'aida malgré ses protestations à s'habiller d'une robe pourpre et elle coiffa ses cheveux de deux simples tresses qui se rejoignaient à l'arrière de son crâne. Elle était incapable de bouger par moment et elle sentait les nausées la regagner à mesure que l'odeur de Ramsay envahissait ses poumons. Le sang l'écœurait plus que d'habitude.
Lorsqu'elle fut prête, tous deux partirent dans la grande salle de Winterfell, là où se passaient les auditions du peuple. À peine furent-ils entrés que Sansa sentit un sourire naître sur son visage. L'espace d'un instant, elle le revit, son père, il trônait sur le magnifique trône de Winterfell, un siège ébène, magnifique, avec de chaque côté des têtes de loups, sculptées, prêts à attaquer.
Désormais, le trône n'était plus ainsi.
Le siège, fait d'un bois rouge, était plus large et l'écorché sur sa croix était sculpté dans le bois vif, formant ainsi un dossier immense. Ramsay s'y installa et Sansa prit place à sa droite, comme le voulait la coutume. Son siège était plus petit, moins imposant. Mais l'emblème des Bolton régnait tout de même dessus.
Se replongeant encore quelques instants dans ses souvenirs, Sansa se rappela que sa propre mère, Catelyn Stark, avait assisté à quelques auditions du peuple. Mais elle ne s'y était jamais sentie à sa place. Les Nordiens la voyaient comme une enfant du Conflans et non comme une Nordienne… Mais elle ? Était-elle mieux que sa mère ? Elle avait quitté le Nord à ses quatorze ans après tout… Était-elle toujours une traitresse aux yeux des habitants de Winterfell ? Était-elle une fille du Nord ou une femme du Sud à leurs yeux ?
L'auditoire rentra dans la pièce, des fidèles des Bolton, des gens du peuple, des serviteurs… La salle se remplissait peu à peu et Sansa se redressa de toute sa stature, luttant contre ses nausées qui lui déchiraient les entrailles.
Un premier homme s'avança vers eux. Il était vieux et son regard était vide, ses traits profonds. Il tremblait de froid et ses vêtements étaient déchirés, témoignant de sa pauvreté.
Sansa se souvint alors avoir assisté à un cas similaire dans son enfance. Robb et elle étaient forcés d'assister à ces auditions lorsqu'ils étaient encore si jeunes… Il fallait qu'ils apprennent à diriger le Nord ! Un jour… Un homme comme celui-ci s'était avancé, miséreux et maigre. Il avait une femme et des enfants et tous allaient mourir de froid ou de faim… Elle se souvenait avoir vu son père se lever et s'être dirigé vers l'homme, il avait alors posé sa propre fourrure sur les épaules de la femme frigorifiée qui maintenait contre elle ses deux enfants chétifs, puis il avait offert un emploi de palefrenier à l'homme.
Ils n'avaient aucunement besoin d'un palefrenier, mais cet homme et sa famille seraient sûrement mort sans cela. Le temps avait passé et Sansa ne savait ce qu'était devenue cette famille à la suite de la mort de Lord Eddard Stark et de la prise de Winterfell par les Greyjoy…
« Gouverneur du Nord… Lady Bolton. »
Les yeux de l'homme rentrèrent en contact avec ceux de Sansa. Ils étaient d'un brun profond et cernés par la fatigue. Il tremblait, non pas de froid, mais de peur. Oui, Sansa pouvait reconnaître la peur dans les yeux vidés de toute énergie de ce pauvre homme.
« Ma fille vit avec moi… Son époux est mort de maladie et nous sommes désormais seuls avec son nourrisson. La famine nous ronge l'estomac. Nous ne savons pas quoi faire, le froid envahit de plus en plus le Nord et…
- … Et que puis-je bien faire pour vous, mon brave ? Dois-je retirer la nourriture de l'assiette de mon épouse pour satisfaire votre estomac ? »
Le vieil homme écarquilla les yeux et secoua vivement la tête. La peur devait tordre son estomac et le ton acerbe de Ramsay n'arrangeait en rien les choses. La jeune femme n'écouta bientôt plus les propos de son époux, laissant courir son regard dans l'assemblée. Mestre Wolkan était là, les joues rougies par le froid et l'air ailleurs. Édric était là également, le regard porté sur le Gouverneur du Nord, il semblait contrarié. Puis, ses yeux noisette se tournèrent vers Sansa et un sourire vint étirer ses lèvres, ses yeux étaient rieurs, presque moqueur.
Ce fut peut-être grâce à cela que Sansa sentit le courage s'insinuer dans ses veines et qu'elle se leva sous le regard étonné de tous. Elle s'avança dans la salle et s'agenouilla doucement devant le vieil homme qui était tombé à genou, suppliant. Ses yeux marron se relevèrent et il les planta dans ceux de Sansa qui esquissa un doux sourire. D'un geste lent, elle vint dénouer sa fourrure de ses épaules et la passa autour des épaules de l'homme avec une douceur presque maternelle.
« Le Nord sera toujours aux Stark. »
Il venait de murmurer ces propos si doucement qu'elle crut d'abord avoir mal entendu, mais le léger sourire sur les lèvres de l'homme lui prouva qu'elle avait bel et bien entendu. Sansa l'aida à se relever, puis, elle se tourna vers son époux qui la regardait à la fois étonner et coléreux.
« Pardonnez mon époux, il est dur, car il souhaite le meilleur pour ma santé. »
Ramsay sembla se décrisper un peu et fit un signe de tête à Sansa pour que celle-ci continue de parler.
« Nous devons nous soutenir dans cet hiver qui arrive, et nous devons aider tous ceux qui nous le demanderons. Ce sont les devoirs du Gouverneur du Nord. Nous trouverons le moyen de vous aider, ne vous inquiétez point. Habitez-vous à Wintertown ?
- Non, Lady Bolton. Nous n'avons pas les moyens au vu des taxes.
- Ser Édric ? »
L'homme s'avança devant la foule, l'air légèrement perdu.
« Emmenez cet homme à Wintertown, je vous prie. Lui, sa fille et son nourrisson. »
L'homme acquiesça et il partit avec le vieillard. Sansa lui intima de garder sa cape de fourrure et elle regagna sa place à côté de son époux. Celui-ci s'empressa de se pencher vers elle, mimant un baiser sur la tempe pour murmurer :
« Quel spectacle larmoyant.
- Si vous ne faites rien en faveur du peuple, personne ne vous aimera.
- Je ne cherche pas à être aimé, Sansa.
- L'amour est une voie plus sûre vers la loyauté des gens que la peur, Ramsay. »
Le conseil dura si longtemps que la nuit arriva avant que celui-ci ne prenne fin. Et Sansa écoutait tous ceux qui suivirent le vieil homme d'une oreille distraite, la phrase de celui-ci tournoyant dans son esprit… Elle résonnait telle une promesse… Telle une prophétie.
À plusieurs reprises, pourtant, Sansa fut sollicitée par Ramsay. Celui-ci lui demandait son avis, lui laissant le choix sur plusieurs demandes. Ils tombèrent parfois d'accord, d'autres fois non. Mais étrangement, il lui laissait le dernier mot. Au fond d'elle, la jeune femme savait que ce n'était que pure stratégie de la part de son époux pour apaiser le peuple. Il leur donnait l'impression que la jeune Stark avait son mot à dire. Mais elle-même savait qu'il ne lui donnait que quelques miettes.
Un dernier paysan arriva devant eux, et au même moment, la main de Ramsay vint se frayer un chemin jusqu'à sa cuisse, ses doigts fins commencèrent à former des cercles imaginaires sur celle-ci avec douceur, c'est ainsi que Sansa n'eut plus aucune notion du temps, le peu de concentration qui lui restait s'envola et elle ne ressentait plus que les vagues frissons qui envahissait son être dû à ses doigts fins qui glissaient avec tendresse sur le tissu de velours.
Ce plaisir fut pourtant de courte durée, un nouveau malaise s'empara avec violence de son cœur et plus violemment qu'elle ne l'aurait souhaité, la jeune femme se leva et quitta la pièce sous les regards de tous. Courant presque à l'extérieur, elle s'arrêta au niveau d'un arbre et se mit à vomir une nouvelle fois sans que rien d'autre que de la bile ne sorte de son estomac. Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu'elle crut l'espace d'un instant qu'il allait sortir de celle-ci, ses membres tremblaient de part en part et son ventre était prit de crampes abominables. Elle devait s'allonger… Elle était épuisée.
Titubante, elle rentra dans Winterfell, mais fut incapable de faire un pas de plus à peine la porte se referma sur elle. Coincée dans le hall d'entrée, elle sentait son corps fébrile et les sueurs froides ruisseler le long de sa nuque.
« Lady Sansa, vous sentez vous bien ? »
La jeune femme releva son regard vers Édric qui la regardait l'air inquiet. Celui-ci venait de rentrer de Wintertown et était encore couvert de neige. Elle fut incapable de parler et secoua seulement la tête.
« Je vais aller chercher le Mestre.
- Non.
- Lady Sansa…
- Ma chambre… »
Sans un mot de plus, le Maître d'armes vint saisir la jeune femme et la porta dans ses bras. Gravissant les escaliers, traversant le couloir, ils arrivèrent bien vite à la chambre de la jeune femme. Sans un mot, il la déposa à l'entrée et la fixa longuement.
« Lady Sansa… Vous devriez voir le Mestre.
- Demain. »
Elle le remercia d'un sourire et rentra dans sa chambre sans un mot de plus. Incapable du moindre effort, elle se traîna jusqu'à son lit dans lequel elle s'allongea, trop épuisée pour se déshabiller. Ses paupières se fermèrent et Sansa se laissa aller à un sommeil profond, où elle se revoyait, enfant, admirant son père sur le trône de Winterfell.
Un doux parfum de citron sortit Sansa de son sommeil.
Étirant ses membres, elle soupira de bien-être en constatant que les maux de ventre avaient disparu.
Observant autour d'elle, elle remarqua avec délice trois petits gâteaux aux citrons posés sur une assiette de porcelaine. Sans nul doute se tenait là son dessert préféré. La jeune femme prit quelques instants pour se redresser dans son lit et prit l'un d'eux entre ses doigts avant de remarquer qu'une lettre accompagnait l'assiette. Tout en portant le gâteau à sa bouche, elle vint en lire le contenu.
L'écriture était parfaitement reconnaissable, penchée, rapide, elle n'était pas des plus belles et était presque qualifiable de grossière. Il s'agissait bel et bien de l'écriture de Ramsay.
« Ma magnifique épouse ;
Voici un léger présent pour apaiser votre malaise.
J'ai ouï dire que les citrons Dorniens étaient vos préférés.
Je vous embrasse.
Votre époux. »
Et tout en croquant dans le gâteau aux notes acidulés, elle ferma les yeux de bien-être. Elle sentait le sucre envahir sa bouche, les arômes de citrons caressant son palais, tous plus subtils les uns que les autres. Elle adorait ces pâtisseries ! Elles pouvaient combler tous les maux du monde. À peine eut-elle fini un gâteau, que la jeune femme se releva un peu plus pour reprendre au mieux ses esprits. Ce fut à cet instant qu'elle remarqua être en chemise de nuit. Ramsay, l'avait-il déshabillé ?
Un frisson parcourut son corps à cette idée.
Son époux, pouvait-il réellement être aussi… Compréhensif ?
Ramsay était certes plus doux et bien plus aimable qu'auparavant, mais son côté tortueux et sadique n'était point apaisé pour autant. Les hurlements qu'elle entendait la nuit et les hématomes qui jonchaient encore sa peau par endroit pouvaient en attester.
Un soupir quitta ses lèvres, se dégageant des draps chauds, la jeune femme finie par se lever, mais ses jambes tremblantes la firent légèrement paniquer. Que lui arrivait-elle bon sang ?
Titubante, elle attrapa l'assiette de gâteau aux citrons et s'avança jusqu'à la cheminée. Elle déposa la porcelaine sur une petite table et se laissa littéralement tomber dans son fauteuil. Là, elle commença à s'étirer comme elle le pouvait, tentant de faire disparaitre les courbatures qui la faisait atrocement souffrir. Puis, la jeune femme vint prendre un second gâteau qu'elle vint engloutir sans plus de cérémonie. Elle ne pouvait décidément pas résister à ces pâtisseries exquises.
Elle vint prendre le troisième gâteau et le porta à sa bouche, mais au même moment, quelque chose d'humide se posa contre sa jambe nue. Lómion l'observait, ses grands yeux bruns implorant silencieusement sa maîtresse tandis que ses babines dégoulinaient déjà d'envie.
« Je vois bien ce que tu souhaites, Lómion. Ne me fais pas ses yeux-là… »
Le chiot déjà bien grand l'observait avec tant de tendresse que Sansa soupira.
« D'accord. Mais il ne faut pas que Ramsay le sache ! »
Elle arracha un morceau de son gâteau et le tendit à son chien qui l'avala presque sans mâcher avant de partir s'allonger devant la cheminée, sans un bruit.
Le regard saphir de Sansa devint soudainement vitreux, seul trait physique qui démontrait que la jeune femme se perdait dans ses pensées. Lómion était un animal fidèle et doux. Il dénotait des chiennes du chenil qui étaient toutes agressives et violentes. Ce chien lui rappelait avec beaucoup de peine sa Lady. Sa tendre louve… À la fin si tragique… Se serait-elle seulement plu à la capitale ? Sansa en doutait amèrement. L'animal aurait dépéri, avant de mourir de la main de Ser Meryn Trant ou Ilyn Payne pendant l'arrestation des Stark.
Rien que cette pensée lui arracha un frisson d'horreur. Non, Sansa était heureuse de la mort qu'avait pu avoir Lady. Non pas que la mort de son animal la réjouissait. Elle l'avait pleuré nuit et jour durant de longs mois. Mais elle était morte de la main d'un homme bon. D'un homme qui ne s'amuserait nullement à la faire souffrir.
Le regard embué de la jeune femme se posa sur Lómion et un sourire triste étira ses lèvres tandis que l'animal redressait la tête vers elle.
« Je te promets que personne ne te fera jamais de mal, Lómion. »
Le chien laissa retomber sa tête entre ses pattes et se rendormit au coin du feu crépitant. La jeune femme secoua légèrement la tête pour sortir ses pensées mélancoliques de son esprit. La nuit semblait encore présente à l'extérieur, elle avait donc encore un peu de temps avant de rejoindre Mestre Wolkan. Sans tarder, la jeune femme vint attraper un petit coffre qui trônait à côté de son fauteuil et l'ouvrit. À l'intérieur régnait tout un nécessaire à coudre ainsi qu'un ouvrage déjà en cour.
Sansa sortit le tout et s'affaira à son travail. Depuis quelques jours, elle s'efforçait de réaliser un présent pour son époux. Non pas par amour, mais seulement pour sembler agréable. Lorsque l'idée fut née, elle avait demandé de la fourrure à Yvana, une fourrure épaisse et chaude qui sortait un peu de l'ordinaire. Yvana lui avait alors ramené celle d'un renard bleu. L'animal se nommait ainsi, car le gris de sa fourrure était si froid qu'il tendait parfois sur du bleu de façon presque surnaturelle. Elle avait doublé la fourrure du renard avec une bien plus basique d'ours noir pour que la cape reste tout de même chaude. Il ne lui restait que les lettres à broder au niveau du cœur, à l'extérieur de la cape. Et tandis qu'elle s'affairait avec son fil bordeaux, la porte s'ouvrit sur Ramsay lui-même.
« Tu es réveillée ?
- Oui. Je ne sais pas si j'ai dormi longtemps, mais je me sens beaucoup mieux. Surtout grâce aux pâtisseries. »
Ramsay esquissa un sourire amusé, aucune arrière-pensée n'était visible dans son regard ou dans sa manière de sourire. Il était simplement heureux.
Il s'avança dans la pièce jusqu'au niveau de la baignoire et il ne prêta aucune attention à ce que la jeune femme tenait dans ses mains.
« Nous sommes au beau milieu de la nuit... Moi qui pensais devoir te réveiller… Je te retrouve plus réveillée qu'en plein jour… »
Sansa ne put s'empêcher de rire devant l'air quelque peu étonné de Ramsay. Celui-ci ria légèrement à son tour avant de se retourner vers les seaux qu'il venait de ramener.
« Je comptais me préparer un bain, j'aurais au moins de la compagnie. »
Sansa n'eut le temps de répondre que déjà le Lord versait les seaux d'eau fumante dans la baignoire. Un sourire tendre sur les lèvres, elle s'affaira à finir l'écorché sur sa croix de son ouvrage, encore cinq points, et elle aurait terminée.
Une atmosphère détendue, presque normale régnait en cet instant, et elle le savourait avec délice.
Ramsay versa le dernier seau d'eau, et Sansa vint couper son fil. Elle avait terminé.
« Pourrais-tu venir un instant, s'il te plait ? »
Elle n'eut pas besoin de se répéter, Ramsay se tenait déjà devant elle, le regard intrigué.
« Je la réajusterai, j'espère qu'elle n'est pas trop grande. »
Elle se leva et plaça avec délicatesse la fourrure sur les épaules de son époux consterné. Elle ajusta doucement chaque morceau de tissus et pointa ensuite le miroir de la chambre.
« Qu'est-ce que… »
Ramsay se contemplait dans le miroir avec un air sur le visage que Sansa ne savait pas déchiffrer. Il semblait… Consterné.
« Je… Je voulais vous… T'offrir un cadeau. J'ai remarqué que tu n'avais que très peu de manteau chaud. Et je t'en vole la plupart... Alors…
- Ce sont mes initiales ? »
Le Lord effleura les lettres « R.B. » du bout des doigts tout en se fixant dans la glace. Il s'attarda un instant, un peu trop long pour Sansa, sur l'écorché sur sa croix. L'air était irrespirable pour la jeune femme.
« Je… Ma mère répétait souvent qu'un Lord devait avoir de beaux vêtements. Et elle mettait un point d'honneur à ce qu'il y ait les initiales et l'emblème des Stark sur chaque vêtement de mes frères. Vous… Tu es gouverneur désormais… »
Ramsay se mit à fouiller dans sa poche et la panique vint envahir Sansa.
« Je suis désolée ! C'était peut-être mal placé de t'offrir cela. Je vais la défaire. »
Ramsay se retourna vers elle et embrassa seulement sa joue avant de lui tendre une boite. Boite qu'il venait de sortir de sa poche. Sansa, surprise, prit la boite d'une main tremblante avant de planter ses yeux emplis d'incompréhension dans les prunelles gelées de son époux.
« Nous avons eu la même idée, je crois. Nous sommes mariés depuis presque un an, je crois. »
Sansa se sentit immédiatement rougir. Inconsciemment, elle lui avait offert un cadeau pour leur anniversaire de mariage ?
« Merci.
- Non, merci à toi. »
Sansa ouvrit la boite et tomba nez à nez avec un pendentif.
« Mais… C'est…
- La pointe de la première flèche que tu as tirée. La biche…
- … Je…
- … Je l'ai nettoyée bien sûr. »
Sansa eut un léger sourire. Ramsay venait de briser de lui-même un nouveau mur qui les séparait l'un de l'autre. Il avait eu un geste d'attention à son égard. Il avait réellement cherché par ce geste à lui faire plaisir, en témoignait sa gêne actuelle. Le pendentif était simple, presque grossier. La chaîne était d'or et sur celle-ci était accrochée la pointe, quant à elle, était entourée d'un voile d'or fin. Il n'avait pas que nettoyer l'arme, il l'avait transformé en bijou.
Elle laissa couler la chaîne entre ses doigts fins et esquissa un fin sourire.
« Peux-tu… ? »
Il acquiesça avant de se placer derrière elle et de lentement accrocher le collier de la jeune femme. Cela fut plus compliqué et long qu'ils l'eurent tous deux cru au premier abord, Ramsay ayant des doigts plus gros et rustre que le fermoir. Quand la tâche fut enfin accomplie, elle vint embrasser sa joue et Ramsay sembla gêné l'espace d'un instant.
« Le… Le bain va refroidir. »
Sansa ria avant de regarder son époux se déshabiller et entrer dans la baignoire, poussant un soupir de contentement. Puis, il fixa la jeune femme. Un regard intense, brûlant dont elle n'avait aucunement l'habitude.
Elle comprit cependant l'invitation silencieuse et se tourna, dos à son époux avant de faire glisser le tissu vaporeux de sa chemise de nuit le plus lentement possible le long de son corps. Ramsay était un homme impatient, un être qui voulait tout. Tout de suite. Et ainsi, dos à lui, elle mettait un temps fou à se mettre nue.
Mais étrangement, cette attente ne l'énerva pas. Il sentait seulement monter en lui un désir qu'il ne connaissait pas. Une chaleur nouvelle qui venait lécher ses reins avec lenteur. Il aimait la sensualité avec laquelle elle laissait le tissu caresser le creux de son dos, puis suivre la courbe de ses fesses.
Tous deux n'avaient eus que très peu de moments intime depuis l'agression de Lord Bolton. Seulement deux qui furent autant, l'un que l'autre, des fiascos. Sansa évitait le plus possible ces moments intimes. Et lorsqu'il réussissait à la piéger, la jeune femme était absente et il avait la sensation de baiser une poupée de cire.
Mais ce soir, il avait la sensation de la retrouver et tandis que le tissu tombait à terre, son ventre vint se tordre et son cœur rata un battement. Ce n'était nullement la première fois qu'elle était ainsi nue devant lui. Mais sa beauté le frappa avec violence. Elle était si désirable. Il aimait ce corps mince, aux formes harmonieuses. Il aimait le malmener, le mordre… Le griffer. Il aimait cette bouche lorsqu'elle criait qu'elle était à lui. Lorsqu'elle le mordait… Mais à cet instant précis, il ne pensait nullement à lui faire du mal, il ne pensait à rien d'autre qu'au fait qu'il crevait d'envie de juste l'embrasser et de laisser ses mains cueillir le creux de sa taille. Était-ce normal… Venant de lui ? Sûrement pas.
Lentement, Sansa rentra dans l'eau brûlante, s'insinuant aux creux de ses jambes, elle dut sentir à l'instant même où ses fesses s'appuyèrent contre lui à quel point il avait envie d'elle, mais elle ne fit aucun geste le montrant. L'un des bras de Ramsay vint entourer sa taille tandis que l'autre restait sur la bordure de la baignoire. La jeune femme vint s'appuyer un peu plus contre lui, sa tête se reposant contre son torse. Ses cheveux recouvraient ses seins, ses bras flottaient dans l'eau brûlante, et ses yeux clos témoignaient de son apaisement.
Ramsay esquissa un sourire discret tandis qu'il contemplait la jeune femme contre lui. Les choses avaient bien changé. Il compara l'espace d'un instant l'épouse qu'il avait aujourd'hui et celle d'autrefois. Oui… Tout avait bien changé entre eux. Il se sentait de plus en plus étrange, il avait une telle envie d'elle que cela lui brûlait les entrailles. Lentement, il avança sa bouche et effleura son cou, il sentit la jeune femme frissonner, alors, il continua, embrassant chaque parcelle de sa peau nue avec délice, mordant et suçotant celle-ci par endroit. Et Sansa se laissa faire, des gémissements emplir bientôt la pièce tandis que l'une de ses mains caressait son sein droit pendant que l'autre enroulait sa taille durement. Sa mâchoire se contractait, non pas d'énervement, mais de stress, un stress nouveau qui emplissait son esprit ainsi que son corps tout entier.
L'homme qu'il était ne ferait jamais tout cela à une femme. Il n'était pas fait pour ça. Pour la tendresse et les caresses doucereuses. Il était mauvais, sadique, sa jouissance, il la trouvait dans les cris de douleur et les larmes de souffrances, dans les suppliques… Il était mauvais. Le fruit du mal… D'un viol…
Un bâtard sadique…
Alors pourquoi ? Que devenait-il ?
Les lèvres de Sansa effleurèrent sa paume de main tandis que ses doigts délicats caressaient ses cheveux ébène.
Il se fichait de ce qu'il devenait, il n'en savait absolument rien. Mais il n'avait pas non plus envie d'y penser. Pas maintenant. Pas quand elle était ainsi. Il y penserait plus tard, oui, plus tard, c'était bien.
Il quitta sa taille et vint glisser sa seconde main entre ses cuisses, l'autre emprisonnait toujours son sein, le caressant adroitement.
Sansa pencha la tête en arrière à peine lui-t-il eut effleurer son entre-jambe. Elle lui offrait pleinement sa gorge, elle s'abandonnait dans ses bras sans retenue et il adorait cela. Il adorait voir à quel point elle était à lui. Il préférait la voir ainsi, offerte et malicieuse, parfois violente et louve que morte et suppliante…
Ses doigts glissèrent en elle avec retenue et elle poussa un gémissement mêlant plaisir et frustration, et tandis qu'il allait recommencer son geste, elle le repoussa soudainement, se séparant de lui avec violence, elle quitta l'étreinte, sans un mot, elle sortit de la baignoire, son corps nu dégoulinant d'eau, encore fumant de vapeur d'eau. Ses cheveux retombèrent naturellement sur ses seins et elle s'avança dans la pièce en quête d'une robe de chambre. Ramsay lui, la fixait, frustré et choqué.
« Que se passe-t-il ? »
Sa voix était encore enrouée de désir. Se levant de la baignoire, il se dirigea vers elle, la retenant par le bras, il la plaqua contre lui, la dominant de sa stature. La jeune femme frissonna, de froid… Ou de peur ?
« Je dois aller voir Mestre Wolkan demain.
- Et alors ?
- Il veut faire des examens, pour voir si je ne suis pas… Stérile. Il m'a interdit tout rapport la veille… Pour ne pas fausser les résultats… »
Ramsay ria avant d'enfouir sa tête dans le cou de la jeune femme et de mordiller légèrement sa peau.
« Je sais que tu ne l'es pas. Il faut juste, plus de temps. »
La jeune femme écarquilla les yeux de stupeur tandis qu'il remontait à son oreille, la mordillant légèrement également, avant d'embrasser avec force ses lèvres. Sansa sentit son dos heurter les briques gelées de la pièce. Elle était à sa merci. Prisonnière entre son époux et le mur. Il se sépara à nouveau d'elle et posa son front contre le sien, fixant de ses yeux gelés ses lèvres légèrement gonflées.
« La seule raison pour laquelle je veux que tu ailles voir ce vieux fou de Mestre, ce sont tes vertiges. Ai-je été clair ?
- Oui. »
Il la voyait fébrile, frissonnante. Lui faisait-il également de l'effet ?
Ses mains se plaquèrent sur ses fesses, collant un peu plus leurs intimités l'une contre l'autre. Sansa rompit l'espace entre eux, capturant à nouveaux les lèvres de son époux. Celui-ci s'efforçait, avec énormément de mal, de dominer son côté sauvage. Et lorsque les ongles de la jeune femme plongèrent dans ses épaules et que ses jambes se nouèrent autour de sa taille, Ramsay plongea irrémédiablement dans une transe qui envoya valser tous les questionnements qui hantaient encore son esprit. Seuls comptait les gémissements de son épouse, d'un coup de rein, il ne fit plus qu'un avec elle.
Sansa bascula la tête légèrement en arrière, laissant sa gorge et sa poitrine apparente. Et tandis qu'il s'efforçait d'être le plus lent possible, il entendit son propre prénom franchir ses lèvres parfaites. C'est ainsi qu'il se sentit basculer dans un autre monde. Ses hanches accélérant le mouvement qu'il voulait pourtant langoureux.
Il la voulait pour lui, pour toujours. Juste elle et ce corps laiteux. Elle et cette odeur de citron qui ne la quittait pas. Oui, il la voulait seulement elle, juste pour lui.
Elle était un ange tombé du ciel, et il lui briserait les deux ailes si c'était la seule chance pour lui de la garder. Après tout… Comment un homme tel que lui pouvait-il garder un ange comme elle sans la forcer ?
Il la salirait, la briserait. Juste pour qu'elle reste avec lui éternellement. Avec ou contre son gré, elle était liée à lui. Et cela à jamais.
Il détruirait le monde, tuerait tous ceux qui essayerait de la lui prendre.
Il était prêt à mettre le monde à feu et à sang pour elle.
Et tandis que le corps entier de Sansa se tendait, qu'une sensation proche d'un volcan explosait en elle se répandant ainsi dans tout son corps, la laissant presque complètement molle, elle ne vit pas la lueur folle dans les yeux de Ramsay. Une lueur nouvelle.
Une lueur terrifiante.
