CITRON VERT ET MANDARINE
PARTIE I : l'acidité du citron
Elle était le mal incarné. Vicieuse, sournoise, cupide, manipulatrice… talentueuse certes, pour tout ce qui touchait à la navigation, mais ça s'arrêtait là. C'était simple, depuis qu'il l'avait aperçu dans ce bar à Orange Town, à se faufiler telle une ombre, il avait su qu'elle était une fille à problème. La preuve, elle avait rejoint l'équipage de Luffy. Dès lors, cette première impression n'avait fait que se confirmer par la suite, pour atteindre son apogée avec les évènements d'Arlong park. Pourtant, cela ne l'avait pas empêché de gravité vers elle, de trouver son attitude réservée, pour le moins intrigante. Et ça n'avait rien avoir avec ses yeux aussi clairs qu'un lagon, ni même avec ce sourire qu'elle lui lançait parfois lorsqu'ils s'accordaient sur un point. Non vraiment, strictement rien à voir.
Pestant une fois de plus contre leur navigatrice, Zoro réajusta sa prise sur le sac qui pendait à son épaule et ballotait dans son dos. Il avait espéré un combat un peu plus distrayant, mais ce type avait été d'une lenteur accablante. Ce n'était qu'un vulgaire bandit dont la mise à prix atteignait difficilement les 50 000 berrys, mais c'était de l'argent facile, et c'était ce dont il avait de besoin pour s'affranchir en partie de cette ignoble sorcière.
Lors de leur escale à Rogue Town, il avait commis la malheureuse erreur d'accepter d'emprunter de l'argent à Nami pour s'acheter deux sabres, qu'elle se proposait généreusement de lui prêter. Naïf qu'il était ! Car s'il avait en effet deux nouvelles épées à mettre à sa ceinture, elles ne lui avaient strictement rien coûté. Ce que bien évidement, cette maudite chapardeuse n'avait rien voulu savoir. Et voilà qu'il devait lui rembourser le triple de la somme de départ ! A quel moment elle trouvait ça normal ?!
Par chance, Whiskey Peak regorgeait de truands en tout genre, que les locaux étaient étonnamment ravis d'accueillir. Là encore, il trouvait cela louche, mais on ne disait jamais non à un verre gracieusement offert. Pendant que les autres membres de l'équipage s'amusaient et profitaient de l'ambiance festive suite à leur entrée sur Grand Line, lui retombait dans ses vieux travers de chasseurs de prime. Sa propre tête n'était pas encore mise à prix, donc il pouvait encore se permettre une ou deux petites chasses.
Quelques minutes plus tard, le voilà qui palpait une jolie petite liasse de billets. Plus que 850 000 berrys, et il ne serait plus redevable de quoi que ce soit envers cette garce, non pas qu'il l'ait été au départ, selon lui. Nami savait où appuyer pour que ça fasse mal, surtout à son égo.
Comme il l'avait pressenti, la femme au poste du shérif de la ville n'avait même pas lever un sourcil quand la tête avait roulé hors du sac en toile. Quel dommage qu'il doive tout donner à cette chipie, avec ça, il aurait pu se payer un bon festin et se noyer le gosier avec du rhum de qualité. Mais Zoro avait des principes ainsi qu'une morale, que la rouquine savait savamment exploiter.
Cette sale petite voleuse. Si au début, une étrange complicité s'était instaurée entre eux, étant tous les deux de nature méfiante, depuis qu'elle avait officiellement rejoint leur équipage avec sa liberté nouvellement acquise, l'attitude de Nami avait quelque peu changé. Elle se montrait bien plus autoritaire, se prenant dangereusement pour la capitaine, sans que Luffy n'y trouva à redire (quel crétin lui aussi). Elle se permettait de lui donner des ordres, de le rabrouer sans raison, mais ça encore, il pouvait gérer, en revanche, ce qui l'énervait au plus haut point, c'était que ce stupide serveur prenait sa défense à chaque fois. Quoiqu'elle dise, quoiqu'elle fasse, ce lèche-botte était toujours de son côté, à faire n'importe quoi pour s'attirer ses bonnes grâces, et le pire, c'était ça semblait plaire à la jeune femme. Elle passait plus clair de temps en la compagnie du blondinet, souriait à ses niaiseries, riait à ses railleries, notamment lorsqu'il en était la cible. Jour après jour, Zoro voyait leur complicité se renforcer au détriment de celle qu'il partageait avec la jeune femme au début de leur rencontre, et s'il refusait de l'admettre, cela le dérangeait.
A bien y réfléchir, il se demandait si cela n'avait pas un lien avec sa réflexion qu'il lui avait faite lorsqu'elle l'avait presque supplié de ne pas affronter Mihawk. D'accord, il lui avait parlé sèchement, mais il n'avait fait que lui renvoyer ses propres mots à la figure sans vraiment vouloir la blesser. Il avait dit cela uniquement pour qu'elle cesse son numéro, pour qu'elle arrête d'argumenter sur le fait qu'il ne devait pas se battre contre lui, au risque d'y perdre la vie. Son égo en avait pris un coup, car d'amblé, elle le voyait comme un perdant. De toute façon, amie ou non, il aurait affronté Œil de faucon dans tous les cas.
Cependant, ils n'en n'avaient jamais reparlé, d'abord parce qu'il n'en voyait pas l'utilité. Zoro jugeait que c'était derrière eux. Il l'avait peut-être blessé, mais elle avait fait bien pire, et personne ne s'était excuser, tous étaient allés de l'avant. Alors pourquoi il avait cette impression ? Ce devrait être à lui de lui en vouloir.
Mais peut-être se faisait-il des idées au final, et que Nami révélait sa vraie personnalité et qu'elle préférait la présence du serveur à la sienne. Un choix discutable selon lui. Le plus énervant, c'est que ça ne devrait pas le travailler autant.
A force de ressasser, ses pieds l'avaient conduit devant une taverne à l'ambiance agitée. De la musique entrainante s'échappait par les portes grandes ouvertes, des rires gras, imbibés d'alcool résonnaient jusque dans la rue, et quelques badauds avinés dansaient devant le perron, bras dessus, bras dessous, en poussant la chansonnette.
Zoro s'arrêta un instant et hésita à entrer. Ce genre d'effervescence n'était pas franchement sa tasse de thé, il préférait les endroits peu fréquentés et plus calme, mais après avoir rejoint l'équipage de Luffy, l'agitation était une chose à laquelle il avait dû s'accoutumer. Non ! cet argent devait servir uniquement à rembourser ses intérêts… en partie. Toutefois, au même moment, un bras s'enroula autour de ses épaules et une haleine chargée en relents d'alcool lui chatouilla les narines. Une grosse pinte virevolta sous son nez, envoyant des éclaboussures de bière qui vinrent fleurir sur son t-shirt.
- Aller ! Viens faire la fête avec nous ! l'encouragea un inconnu à la voix trainante.
L'homme qui venait de l'accoster, ne tenait debout que parce qu'il était drapé sur son épaule, comme une couverture de viande saoule. Zoro resta stoïque malgré qu'un inconnu lui soufflait à la figure, mais porta par réflexe, une main à ses sabres. Tout à coup, il fut encerclé par des congénères de cet homme, tous aussi imbibés et bruyants. Ils l'entrainèrent à l'intérieur, dans la chaleur suffocante de l'établissement. Sans rien demander, on lui colla une pinte pleine entre les mains, lui assurant que ça lui était offert en guise de bienvenue à Whiskey Peak. Eternel méfiant, Zoro renifla discrètement le breuvage et n'y trouva aucune odeur de poison. La pinte toucha à peine ses lèvres, qu'il se stoppa subitement en entendant un rire cristallin qu'il reconnaitrait entre mille.
Ses yeux parcoururent aussitôt la salle et ne tardèrent pas à la repérer. Un feu follet incandescent au milieu d'une marée de visages flous. Un attroupement s'était formé autour d'elle, en grande majorité des hommes, qui la regardaient et l'encourageaient à boire d'une traite, une pinte équivalente à celle que tenait Zoro à l'instant même. A côté d'elle, deux autres hommes l'imitaient, soutenus par leurs propre fan club. Alors comme ça, Nami participait à un concourt de boisson ? Pourquoi personne ne l'averti de ce concourt ?! Cependant sa déception fut de courte durée, car il était assez impressionné par sa camarade, et encore plus quand l'un de ses concurrents roula au sol sans même avoir fini son verre.
Il ignorait cette facette de sa personnalité, mais il ne devrait pas être étonné car elle l'avait suivi sans sourciller lorsqu'il l'avait invité à boire tout en participant à son petit jeu de devinette.
La jeune femme brandit fièrement sa pinte vide au-dessus de sa tête avant de la reposer sur le comptoir, puis s'essuya la bouche d'un revers du poignet. Ses joues étaient maculées d'un léger voile vermeil et elle paraissait bien plus guillerette qu'à son habitude, mais mis à part cela, Nami se tenait debout sans vaciller. Ce qui était loin d'être le cas de son seul adversaire. Lorsqu'il posa à son tour son verre vide, ses jambes flageolèrent dangereusement et il prit appui sur le comptoir comme si une tempête s'était déclarée dans le bar. On leur resservit la même chose, et si la rouquine afficha un grand sourire confiant, son concurrent, parut au bout de sa vie. Il attrapa la pinte d'une main tremblante et déglutis difficilement. Hum… Ça sentait le trop-plein, commenta silencieusement l'épéiste. Par fierté, le pauvre bougre lutta, mais dès que le liquide ambré toucha ses lèvres, il écarta vivement sa pinte et porta la main à sa bouche. Quelqu'un lui tendit un sceau et l'homme troqua volontiers son verre contre celui-ci avant d'y plonger la tête.
De son côté, la navigatrice engloutis sans peine apparente, l'intégralité de sa bière, et quand la pinte claqua contre le bois du comptoir, les acclamations fusèrent dans l'assemblée. Nami levait les bras, victorieuse et fière d'avoir abattu des adversaires qui faisaient le double de sa carrure. Toutefois, la clameur s'estompa brutalement quand la jeune femme ferma les yeux et porta le poing devant sa bouche. Des hoquets d'effrois circulèrent parmi la foule, craignant qu'elle ne renvoie tout et ne sape ainsi, sa victoire. Zoro haussa un sourcil, curieux de connaitre la tournure des évènements. Les joues de la rouquine se gonflèrent et les plus proches se reculèrent. BURP !
Il y eu un moment de flottement, où même l'épéiste n'en crut pas ses oreilles. Voilà qui était surprenant. Puis la foule retrouva son effervescence et l'acclama triomphalement alors que Nami éclatait de rire, bien qu'un peu gênée.
Son hilarité arracha un rictus amusé au jeune homme. La voir comme ça, était agréable. Elle était bien plus belle lorsqu'elle riait de la sorte, insouciante, libre. Wow… Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Depuis quand est-ce qu'il pensait cela de Nami ? En plus, il ne pouvait pas blâmer l'alcool, vu qu'il n'en n'avait pas encore consommé.
En parlant d'alcool, il fallait qu'il remédie à ça, peut-être que ça lui éviterait de penser à des conneries. Zoro s'installa dans un coin éloigné de l'attroupement, sur l'une des rares banquettes vacantes, mais où il pouvait surveiller la rouquine au cas où. Même si elle lui tapait sur le système, elle n'en restait pas moins sa nakama et il en allait de son rôle de veiller à ce qu'il ne lui arrive rien. D'ailleurs, il était étonné de ne pas voir le serveur dans les parages, et il n'avait pas non plus repéré Ussop, ou encore Luffy. Voilà qui le confortait dans son idée de garder un œil sur la jeune femme, qui ne semblait pas en pleine possession de ses moyens. Il y avait quelque chose dans cette ville qui le dérangeait, ses sens étaient en alerte, mais il ne saurait dire pourquoi. Peut-être parce qu'il trouvait que tout le monde était un peu trop avenant et un peu trop enjoués d'accueillir des pirates sur Grand Line. Qui accueillait des pirates ou des truands en faisant la fête ?
Les pintes de bières affluèrent de façon continue sans qu'il n'ait à lever le petit doigt, et ma foi, voilà qui était fort plaisant, bien qu'il ait toujours l'impression qu'on cherchait à le saouler intentionnellement. Si tel était le cas, ils avaient encore de la marge, car sa tolérance s'étendait bien plus loin que quelques gallons de bière.
L'ambiance changea lorsqu'il entama sa sixième pinte, ou bien était-ce la septième ? Des sifflements s'élevèrent dans la salle, accompagnés d'acclamations très enjouées, alors que deux jeunes femmes, en tenues très, très courtes, grimpèrent sur le comptoir pour se mettre à danser de façon lascive. Des billets furent agités dans des mains érigées vers le ciel. En d'autres circonstances, cela aurait sonné la fin de sa soirée pour lui, mais une personne dans la foule requérait son attention. Les bras levés au-dessus de sa tête, la rouquine dansait au rythme de la musique en compagnie d'un parfait inconnu. Cela faisait déjà un bon moment qu'elle s'était mise à danser, depuis la fin de son tournois, et plusieurs types avaient tenté leur chance, sans y parvenir, sauf celui-ci. Zoro ignorait bien pourquoi. Il n'était pas spécialement beau (d'après ses critères personnels), n'avait pas de charisme, mais Nami lui adressait régulièrement de petits sourires, et le regardait par-dessous ses longs cils. Si jusqu'à présent, ce dernier s'était tenu à une distance raisonnable et avait gardé ses mains pour lui, le changement de fond sonore l'avait rendu plus audacieux. Il s'était penché à l'oreille de Nami pour lui murmurer quelque chose que Zoro était incapable de saisir à cause du brouhaha et de son éloignement. En revanche, il avait très bien vu la main de ce type, venir se poser sur la hanche de la jeune femme alors qu'il se rapprochait d'un peu trop près, au goût de l'épéiste. Il était uniquement soucieux de sa sécurité, et rien d'autre !
- C'est l'heure des BELLY SHOT ! s'écria une voix forte derrière le bar.
L'annonce attira l'attention du bretteur par curiosité. Les deux danseuses venaient de s'allonger sur le comptoir et prenaient la pose, tout en lançant des clins d'œil aguicheurs aux clients. Un bol de citrons découpés en quartiers fut déposé à côté de chacune d'elles, et une pancarte fut dressée au-dessus du bar, annonçant un montant de 3 000 berrys pour un « belly shot ». Le froissement des billets se fit plus intense et les intéressés commencèrent à jouer des coudes dans l'espoir d'être le premier à bénéficier de l'offre.
Aussi ridicule que Zoro trouvait à toute cette agitation, il observa tout de même en quoi consistait cette arnaque. Le barman déversa une lampée d'alcool sur le ventre de la première fille, puis un filet de sel sur une cuisse et enfin un quartier de citron au niveau de la poitrine, soigneusement logé entre les seins. Pour avoir écumé pas mal de bar par le passé, ce jeu ne lui était pas étranger. Il l'avait déjà vu quelques fois se pratiquer lors de soirées bien arrosées, mais jamais il n'avait éprouvé l'envie de tester. Le concept lui échappait totalement, et ne l'attirait pas du tout.
Un grand gaillard, plus imposant que les autres, bouscula ceux qui étaient devant lui, et tendit une poignée de biftons au barman. Ayant son précieux passe-droit, l'homme se précipita au côté de la brune et s'empressa de plaquer sa bouche sur le nombril de cette dernière pour aspirer goulument le liquide, puis lécha de sa grosse langue, la ligne de sel, avant de se remonter vers le quartier de citron. Il lorgna sur la poitrine généreuse qui s'étalait sous ses yeux, des idées lubriques plein la tête, et plongea dans le décolleté de la danseuse pour s'emparer du morceau de citron. La jeune femme gloussa, comme amusée de la situation.
Le spectacle lassa très vite le bretteur qui détourna son regard pour le reposer là où était sa camarade. Qui avait apparemment choisi ce moment d'inattention pour voguer vers d'autres horizons. La pinte qu'il tenait à la main, s'arrêta en plein vol. Son cœur fit une embardée et l'adrénaline se distilla plus rapidement dans ses veines que l'alcool. Zoro se redressa, tout en portant sa main libre à ses katanas, alors que son regard scannait frénétiquement les visages de la salle. Elle était nulle part ! Merde ! Où était-elle allée ?! Est-ce que ce type en avait profité ?! Est-ce qu'elle s'était faite embarquer par plusieurs hommes mal intentionnés ?!
Tout à coup, un flash orangé apparut derrière le comptoir du bar, à l'opposée d'où elle se trouvait précédemment. Nami était en train de discuter à l'oreille de l'organisateur de l'évènement, pendant que l'agitation régnait toujours autour des deux jeunes femmes. Mais qu'est-ce qu'elle pouvait bien manigancer ? Zoro n'en revenait pas de s'être autant inquiété pour elle. Toutefois, il observa l'échange avec assiduité. La discussion arriva à son terme car Nami sourit au tenancier en posant une main sur son épaule, visiblement heureuse d'avoir obtenu ce qu'elle souhaitait, puis s'éloigna vers le coin moins encombré du comptoir.
L'épéiste la suivit du regard en fronçant les sourcils, se demandant ce qu'elle comptait faire. Cependant, la réponse lui apparut très vite, sans qu'il n'ose trop y croire, lorsqu'elle attrapa le bas de son t-shirt. Elle n'allait quand même pas… ? Le vêtement vola dans les airs, dont il contempla la courbe jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière la foule.
Il n'en revenait pas. Vêtue d'un simple soutien-gorge blanc en dentelle, quasi-transparente, et de sa jupe, Nami se hissa sur le comptoir pour s'y assoir. Elle se cambra en avant afin de mettre les formes de sa silhouette en valeur, et replia ses bras derrière sa tête, où elle enfoui ses mains pour de relever ses cheveux, ce qui charma immanquablement l'assemblée, puis la voix du tenancier tonna dans tout le bar :
- Mes amis ! Notre championne de ce soir, souhaite participer à notre fameux évènement ! Mais attention ! Il s'agit là de son premier Belly shot !
La nouvelle suscita une vague d'excitation dans la foule, qui se mit à siffler, grogner, et japper. Zoro pensa immédiatement à une meute de chien affamé à qui on promettait un os à mâcher. Mais qu'est-ce qu'il lui prenait de faire ça ?! Le patron parut satisfait de son effet d'annonce, et poursuivit son petit show afin de la mettre en scène.
- Comme une première fois est toujours un peu spéciale, une seule personne aura la chance de pouvoir déguster un shot sur ce ventre vierge !
A nouveau, la rumeur monta crescendo parmi les clients, à la mention de cette virginité, ce qui rendit le bretteur nerveux. Sa main serrait étroitement le pommeau de Wado.
- Pour cela, nous allons lancer les enchères !
Ah voilà. Il comprenait mieux maintenant. Nami, toujours aussi maligne et aux aguets lorsqu'il s'agissait de se faire de l'argent facilement, avait dû trouver un arrangement avec le patron pour capter une partie des bénéfices. Tss ! C'était dégradant ! Il ignorait pourquoi, mais une partie de lui se révoltait à l'idée qu'un type pose ses sales pattes sur elle pour de l'argent. Pourtant, Nami était une adulte, elle faisait ce qu'elle voulait de son corps, il n'avait pas à interférer. Bien qu'il mourrait d'envie de fendre la cohue, d'attraper la rouquine par le bras et de l'entrainer loin d'ici. Nul doute que cette bande de soiffard s'imaginait faire bien plus que de lécher du sel sur sa peau et de boire de l'alcool sur son nombril.
Les enchères démarrèrent 1 000 berrys, mais s'envolèrent très vite vers des sommes mirobolantes pour une once de gniole sur un corps de femme.
- Adjugé à 30 000 berrys pour le monsieur là-bas !
Un gars avec une sale tête et aux intentions clairement douteuses, s'avança d'une démarche confiante, billets en main, vers le comptoir. Nami lui lança un sourire aguicheur et s'allongea sur le plan de travail. Un serveur plaça la bouteille au-dessus d'elle, puis versa lentement le liquide transparent au niveau de son plexus. Par gravité, l'alcool suivit la courbe de son ventre, laissant un sillon humide sur son passage, pour emplir le creux que formait son nombril. Un fois fait, il déposa un peu de sel à l'endroit où il avait versé la téquila, afin qu'il y adhère, puis plaça un quartier de citron entre ses seins, sur l'armature de son soutien-gorge.
A suivre la procédure du regard, l'heureux acheteur en frémissait d'impatience. Il se lécha les babines alors qu'il dominait le corps de la jeune femme, et se pencha enfin pour boire. Cependant, sa soif n'était pas uniquement pour l'alcool, car il entreprit de caresser les jambes dénudées de la navigatrice.
Sa grosse main velue eut à peine le temps de l'effleuré, qu'il fut éjecté en arrière par une force incroyable, avant même d'avoir pu consommer son shot. La foule se scinda autour de lui quand il atterrit au sol, sous le choc, mais il ne mit pas longtemps à se redresser, avec une expression meurtrière qui en fit reculer plus d'un.
- Oh ! J'peux savoir ce qui t'prends ?! J'ai payé, elle est à moi ! gueula-t-il.
Entre lui et la jolie rousse, le bretteur se tenait de profil, le pouce appuyé contre la garde de son sabre pour le dégainé et un air guère plus avenant peint sur le visage. En voyant la larme en acier rutiler sous la lumière jaunâtre de l'établissement, l'homme eut un moment d'hésitation.
- Zoro ?! Qu'est-ce que tu fais ?! demanda-t-elle visiblement contrariée tandis qu'elle se redressait sur ses coudes.
- Je te retourne la question, rétorqua l'épéiste en la toisant froidement.
- Je m'amuse et je me fais un peu d'argent, ça ne se voit pas ?!
- T'as entendu la d'moiselle, dégage ! T'as rien à faire là !
Pendant quelques secondes, les deux chapeaux de paille se défièrent du regard, puis Zoro détailla le gros balourd dont il rêvait de l'alléger au niveau des épaules, pour revenir à la rouquine qui haussa un sourcil impatiemment.
- On ne veut pas de bagarre dans le bar. C'est un établissement honnête, jeune homme, fit le tenancier.
Nami lui lança une œillade insistante et Zoro serra les dents avant de rengainer son sabre.
- Très bien.
Il se détourna et crut apercevoir une lueur de déception dans les iris clairs de Nami. L'homme fit un pas en avant, avec un air suffisant.
- 50 000 berrys.
La liasse de billets claqua contre la surface en bois du comptoir, et les yeux du barman s'écarquillèrent de façon comique. Nami fut tout aussi choquée, et il ignora si c'était à cause de la somme ou bien parce que ça venait de lui. Peut-être un peu des deux. D'ailleurs… QU'EST-CE QU'IL LUI AVAIT PRIS DE FAIRE CA ?! CET ARGENT ETAIT CENSE REMBOURSER SA DETTE !
- QUOI ?! D'OU TU SORS TOUT CET ARGENT ?! s'étrangla Nami.
- QUOI ?! NON ! TU NE PEUX PAS…, enragea simultanément l'inconnu.
- Adjugé à notre jeune ami épéiste aux cheveux verts !
C'était ce qui s'appelait se faire couper l'herbe sous le pied. L'homme éructa, lançant une floppée d'injures, et commença à se montrer menaçant. Un mouvement de Zoro dans sa direction suffit à le calmer instantanément, finit par tourner les talons et quitter les lieux en bougonnant.
Désormais qu'il était débarrassé du gêneur, l'ex-chasseur de pirates se tourna vers sa camarade qui semblait sur le point de vouloir lui arracher la tête. Peu impressionné, il croisa les bras sur sa poitrine et fronça les sourcils.
- J'ai payé. Tu n'es plus obligée de faire ça.
L'expression de Nami s'assombrit un peu plus, mais elle refusa de descendre de ce comptoir.
- Sérieusement ?! Et qui te dis que je n'en n'avais pas envie ?!
Pour être franc, ça ne lui avait même pas effleuré l'esprit. Elle avait vraiment désiré qu'un inconnu lui lèche le ventre ?! Tss… maintenant il se sentait idiot d'être intervenu. Pour cacher son embarras, il détourna la tête.
- Je pensais que seul l'argent t'intéressait, marmonna-t-il.
- Crétin.
D'accord, c'était mérité. Il se sentait incroyablement con à attendre comme ça sans la regarder. Tout à coup, un morceau de tissu attira son attention derrière le bar, et il reconnut le t-shirt de Nami.
- Je ne descendrais pas de là tant que j'aurais de l'alcool sur moi ! Alors n'y pense même pas !
A croire qu'elle lisait également dans les pensées. Son regard courroucé glissa vers la jeune femme, et il dut faire un effort pour que ses yeux ne s'attardent pas sur les petites rosaces corail qui transparaissaient sous la dentelle blanche du sous-vêtement.
- Ce n'est qu'une goutte, ça ne tâchera pas.
- Si tu n'avais pas viré ce type, le problème serait déjà réglé et je ne serais là à me les geler !
Ce qu'elle était pénible !
- Parfait !
Son corps bougea avant que son cerveau ne réagisse, et en une fraction de seconde, Zoro se retrouva le nez au-dessus du ventre de Nami.
- Qu-qu'est-ce que tu fais ? bégaya-t-elle.
- Je règle ton problème.
Aussitôt, il ouvrit la bouche, qu'il plaqua sur le creux que formait son nombril. A l'origine, son intention était d'aider la jeune femme, de la libérer de ce poids si terrible qui la contraignait à rester clouée sur le bar. Un sacrifice de sa personne sans arrière-pensée. Mais peut-être aurait-il dû réfléchir un peu plus, à croire qu'en sa présence, son cerveau s'effaçait complètement. Car à l'instant où ses lèvres touchèrent la peau délicate de Nami, son empressement ainsi que son agacement s'évaporèrent. L'alcool lui chatouilla le bout de la langue et l'avant-goût qu'il perçut, éveilla ses papilles. Zoro pressa sa bouche afin qu'elle épouse parfaitement le creux de son ventre et qu'il puisse laper jusqu'à la dernière goutte, ce puit de nectar.
Rien de ce qu'il avait bu jusqu'à présent n'était comparable à ce qu'il était en train de déguster. L'alcool s'était réchauffé au contact de la chaleur du corps de Nami, ce qui aurait dû le déranger, mais il découvrit que cela ne faisait qu'exacerber sa saveur. Une saveur unique, qui n'était autre que celle de Nami, douce, épicée, avec des notes d'agrumes… un vrai délice. Ses lèvres se mouvèrent lentement contre son ventre, presque comme s'il l'embrassait, pour aspirer tout ce qu'il pouvait, puis chassa avec sa langue les dernières petites gouttes cachées dans le trou de son nombril.
Sous ses lèvres, il sentit les muscles se tendre et la chair être parcourue d'un frisson. La respiration de la jeune femme se bloqua dans sa poitrine, comme si elle avait retenu un hoquet, mais elle ne lui fit aucune remarque, et il ne s'en soucia pas. Son esprit était entièrement focalisé sur cette saveur, sur le fait qu'il en voulait plus. Alors une fois la source tarie, il suivit de sa langue, le sillon qui remontait le long de son ventre vers son sternum, où ses papilles frétillèrent à la rencontre du chemin de sel qui s'était collé sur sa peau. Il saliva.
Il l'observa la chair de poule se répandre sur ses côtes, sa cage thoracique qui se levait et s'affaissait tout en frémissant alors que son nez frottait délicatement contre son épiderme. Son parfum d'orange, d'épices, d'embruns, et d'alcool, l'enveloppait
Plus il remontait, et plus le cœur de la jeune femme trépignait, il pouvait l'entendre clairement. Le souffle de Zoro la caressait et il aurait aimé laisser flâner ses lèvres, se perdre pendant des heures sur ses courbes. Toutefois, il n'oubliait pas son objectif, dont les fragrances acidulées lui parvenaient plus intensément à mesure qu'il approchait. Le petit croissant vert l'attendait bien sagement, sur son lit de dentelles brodées, et Zoro était à la fois impatient de connaitre sa saveur mélangée à celle qu'il avait déjà en bouche, mais également réticent car cela marquerait la fin de cette expérience surréaliste.
Qu'en pensait Nami ? Depuis le début, il ne l'avait pas entendu se plaindre, et elle ne lui avait pas non plus fait de remarque. C'était plutôt étrange, maintenant qu'il y pensait. Son regard darda vers le visage de sa nakama alors qu'il s'apprêtait à planter ses crocs dans le morceau de citron. Ce qu'il vit lui coupa momentanément le souffle.
Nami l'étudiait scrupuleusement. Ses yeux bleu lagon étaient pris dans la tourmente d'une tempête, troubles et enfiévrés, sur ses joues et la peau laiteuse de son cou, fleurissaient des marguerites vermeilles, mais ce qui le laissait sans voix, c'était cette bouche entrouverte, avec ses lèvres délicates et pleines. Il n'avait qu'une envie, passer son pouce sur celles-ci afin de sentir leur fermeté, de sentir l'humidité lui enduire le doigt…
Quelque chose s'éveilla dans les tréfonds de son corps. Une sensation qu'il avait longtemps mise de côté mais qui rejaillit lorsque la jolie rousse accrocha son regard et qu'il la vit déglutir avec difficulté. Merde. Son pantalon devint soudainement inconfortable dû à une étroitesse à un certain endroit. Merde, merde, merde ! Depuis quand était-elle aussi sexy ?! Non, ça n'avait rien à voir, car Nami avait toujours été sexy, mais depuis est-ce que ça lui faisait de l'effet ?!
Qu'est-ce qu'il devait faire ? Manger le quartier de citron ou bien lui sauter dessus et capturer cette bouche tentatrice qu'elle humectait de la pointe de sa langue ?! Zoro eut la réponse quand les yeux de la jolie rousse firent l'aller-retour entre lui et le morceau de citron et qu'elle se mordit ses lèvres.
Sans la lâcher du regard, il combla les derniers millimètres et engloba le quartier de citron vert, qu'il pressa contre ses dents afin de vampiriser le jus. L'acidité lui explosa en bouche mais l'épéiste avala goulument chaque goutte. Nami n'en loupait pas une miette, comme hypnotisée par le jeu de ses lèvres autour de l'agrume, ainsi que de sa pomme d'Adam qui montait et descendait à chaque gorgée.
Le monde avait disparu, Zoro avait perdu toute notion d'espace et de temps. Son existence ne se résumait plus qu'à la jeune femme qui se tenait à moitié allongée sous lui. En la voyant ainsi, une idée lui vint. Et si, pour atténuer l'acidité qui maculait ses papilles, il embrassait Nami ? La mandarine et le citron, ça se mariait bien, non ?
Inconsciemment, son corps gravita vers elle et sans qu'il ne s'en rende compte, son visage était déjà au-dessus du sien, à quelques centimètres. Le souffle chaud de la navigatrice lui balayait le menton, telle une plume. A mesure qu'il se noyait dans l'immensité de ces orbes tumultueux, l'espace entre eux se réduisit lentement. Plus que quelques millimètres…
- Nami !
Le monde tout autour d'eux éclata dans un vacarme assourdissant. Les rires, les exclamations, les cris, la musique, le tintement des verres qui s'entrechoquent… tout leur parvinrent de façon démesurée, et Zoro s'écarta brusquement. Il se redressa et cracha la peau du citron dans la poubelle qui se cachait derrière le comptoir, alors que Nami se redressait en position assise et couvrait son buste de ses bras, confuse. Malgré tout l'alcool qu'il avait pu ingérer, Zoro se sentait totalement dégrisé, et il n'osait regarder sa camarade en face. De toute façon, dans son état, mieux valait qu'il reste face au comptoir car il n'avait pas envie que tous les poivrots du bar ne remarquent la tente qui se dressait entre ses jambes. Bon sang ! Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris ?! S'il n'avait pas été interrompu, qui sait ce qu'il aurait été capable de faire ?!
En parlant de ça, le blond héla une fois de plus la jeune femme et se dépêcha d'accourir vers elle. Par chance, la foule qui s'agitait tout autour d'eux, faisait écran, et Sanji n'avait certainement pas dû remarqué la semi-nudité de la jeune femme. Nami fixait un point au sol avec un air absent. Ses pommettes étaient encore rosies par l'émoi, mais son visage s'était brutalement fermé. Cependant, comme elle continuait de se couvrir la poitrine, Zoro décida de lui venir en aide une dernière fois, et attrapa son t-shirt. Il lui donna avant que Sanji ne les rejoigne et elle se dépêcha de l'enfiler par-dessus sa tête, sans oser le regarder.
- Je croyais t'avoir perdu ! Je t'ai cherché partout ! déclara Sanji un peu trop guilleret.
- Sanji ! fit-elle d'un ton enjoué.
L'alcool semblait avoir également fait son chemin chez le serveur, qui était bien plus bruyant qu'avant. Super. C'était bien la dernière personne qu'il désirait voir à cet instant. Il se planta devant elle avec ses manières de dandy et sa mèche trop longue qui lui tombait dans l'œil. Toutefois, voyant que quelque chose n'allait pas, Sanji tourna son attention vers Zoro.
- Qu'est-ce que t'as fait, Marimo ? lança-t-il hargneusement.
Il pouvait supporter beaucoup de trucs, mais les accusations du serveur, certainement pas ! En plus, Nami semblait bien plus heureuse de le retrouver. Ce qu'il avait été con de croire qu'il lui avait fait de l'effet !
Au moins, cela eu le bénéfice de faire retomber sa demie-molle, mais désormais, il était d'une humeur de chien. Zoro attrapa le verre qui passait sous son nez, ne se souciant pas s'il était pour lui ou non, et l'avala d'une traite. Après ça, il s'écarta et bouscula l'épaule du blond pour quitter ce bar le plus vite possible. Il l'entendit protester et l'insulter, mais Zoro l'ignora.
- Attend ! Zoro ! s'écria Nami.
Elle ne put le rattraper, la marée humaine se referma aussitôt derrière lui, et il franchit le seuil de la porte sans se retourner.
A suivre...
