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~Interlude~
Ami lecteur, vous voici à présent dans une histoire Poupée Russe. Il s'agit d'une histoire dans l'histoire, un tout petit dérapage hors de la trame originelle. Un bout de texte qui va permettre de réunir Tom et Harry, avant leur voyage en Albanie, autour d'une sombre histoire de vengeance. J'espère que vous l'apprécierez autant que le reste.
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Disparition.
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Le drame survint subitement, prenant tout le monde par surprise, à seulement quelques semaines de leur départ.
Alors qu'elle semblait au mieux de sa forme, la santé de Maddy se détériora soudainement, la forçant à rester alitée pendant des jours. Ils crurent au départ à une mauvaise grippe, mais la situation se dégrada rapidement.
Elle avait bien essayé de se remettre au travail, mais des crises de toux persistantes la laissaient épuisée et ses jambes semblaient ne plus vouloir la soutenir. Sa voix, autrefois si claire, laissa également place au silence, l'obligeant à communiquer uniquement par gestes.
Harry lui apportait ses repas dans sa chambre et, quand il devint trop difficile pour elle de mâcher et d'avaler, Rud se mit à lui préparer toutes sortes de soupes.
Tom, quant à lui, restait souvent assis dans sa chambre, prostré à son chevet, et Harry ne sut jamais ce qu'il lui disait, mais il passait des heures à lui murmurer des choses que Maddy, les yeux fermés, semblait ne pas entendre.
Lorsqu'elle cracha du sang, Tom la prit dans une de ses voitures et la conduisit lui-même à Londres, à Sainte Mangouste. Il avait initialement voulu transplaner avec elle, mais son état ne le permettait plus. Il la porta jusqu'à la banquette arrière, la couvrant de multiples couvertures pour la réchauffer.
Harry, Anton et Rud les regardèrent partir du pas de la porte, la gorge nouée. Quand la voiture quitta le domaine, Anton éclata en sanglots, et un voile cafardeux s'abattit sur le manoir et ses habitants.
L'attente sembla insupportable.
Cinq jours plus tard, quand Tom revint seul, la mine défaite, il ne dit pas un mot. Il n'en avait pas besoin. Il se contenta de monter rapidement les escaliers menant à son appartement avant de claquer la porte avec force.
Un fracas immense résonna pendant des heures dans les étages. De temps en temps, Harry levait la tête, tendant l'oreille avec attention. Puis, quand le silence retomba, il monta doucement jusqu'au deuxième étage et parcourut le couloir aux portraits avant de s'arrêter devant les appartements de Tom. Il frappa à la porte close, mais personne ne lui répondit.
Harry hésita un instant avant d'entrer dans la pièce. Il s'arrêta sur le seuil : la chambre était entièrement retournée, comme si une tornade était passée par là. Même le lit, pourtant en bois massif, gisait retourné dans un coin de la pièce. Une odeur âcre de magie noire empoisonnait l'air et Harry retint un moment sa respiration car sa tête commençait à tourner légèrement.
Il repéra enfin Tom, accroupi entre deux étagères jetées à travers la pièce, et alla s'asseoir à côté de lui. L'homme ne releva même pas la tête quand Harry s'approcha. Les veines noires saillaient encore plus profondément le long de son cou, jusqu'à la base de son visage, et sa magie pulsait dangereusement dans la pièce par à-coups.
Harry se sentait désemparé, ne sachant pas quoi dire pour réconforter Tom. Ayant lui-même souvent été dans la peau de celui qui avait perdu un être cher, il pouvait imaginer la colère, la tristesse et peut-être même le sentiment d'injustice qui devaient tourmenter Tom. Mais il se sentait démuni quant à la manière d'agir pour l'apaiser.
Il se rapprocha un tout petit peu plus de Tom, plaçant leurs bras l'un contre l'autre, et attendit en silence. Il en profita tout de même pour ouvrir, d'un coup de baguette, la fenêtre, laissant l'air automnal pénétrer dans la pièce et dissipant un peu la moiteur viciée qui y régnait.
Tom le laissa faire, sans réagir.
Il resta là, immobile, écoutant le vent souffler dans les feuilles des arbres et les oiseaux chanter dans le crépuscule. La respiration lourde de Tom à ses côtés le berçait presque et il sentit une fatigue envahir peu à peu son corps.
Maddy allait lui manquer. Sans ce petit bout de femme, tout le manoir prendrait un autre visage. Plus terne. Moins joyeux. Il aurait souhaité pouvoir pleurer pour elle, mais les larmes semblaient s'être taries après la guerre. Cette épreuve l'avait laissé apathique et retrouver la capacité à rire avait été un long chemin, même s'il doutait souvent de la sincérité de ses propres émotions. Il avait réappris à étirer ses lèvres vers le haut quand la situation l'exigeait, par mimétisme surtout, mais il était rare qu'il ressente vraiment ce qu'il exprimait.
Au contact de Maddy, tout semblait plus simple pour Harry. C'était surtout grâce à elle et à Tom qu'il avait réappris à apprécier les petites choses de la vie.
Maddy aimait contempler le coucher du soleil dans la vallée, y voyant un lac d'or pur qui recouvrait tout le village de Little Hangleton. Elle trouvait du réconfort quand Rud broyait les grains de café le matin, quand il versait l'eau bouillante dessus faisant s'élever des arômes puissants et entêtants dans la cuisine. Elle appréciait passer la main dans les cheveux d'Anton, ressentant pour lui une affection presque maternelle. Et Harry savait qu'à chaque fois qu'il commençait à poncer ou à revernir les volets en bois du manoir, elle serait là, à ses côtés en un instant, une tasse de thé à la main, simplement pour l'observer travailler en silence.
Maddy aimait marcher, dans la forêt, sur les tapis de feuilles mortes, savourant le doux craquement sous ses pieds. L'odeur des sous-bois au petit matin la transportait dans un état de sérénité profonde. Elle appréciait sentir le vent caresser sa peau et jouer entre ses doigts lorsqu'il soufflait un peu fort. Croquer dans une pomme un peu verte, fraîchement cueillie des arbres, était pour elle un pur délice.
Maddy était également connue pour ses petites attentions envers les autres membres de la maisonnée. Elle avait une connaissance approfondie des goûts et des petites habitudes de chacun, ce qui lui permettait de faire des gestes attentionnés qui ne manquaient jamais de faire plaisir.
Bref, Maddy était une ôde aux petits plaisirs simples de la vie quotidienne.
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