AVERTISSEMENT : Ce chapitre fait mention de crise d'angoisse et traite de sujet pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes. Il contient également des passages explicites.


CHAPITRE 23 :

Une violente douleur dans le tibia réveilla Draco à une heure indécente. Son instinct de survie le frappa immédiatement et Draco sauta hors du lit, baguette en main.

– Non... Non... Pitié non... Non, non.

Des murmures étouffés et agonisants venaient d'Hermione. Réalisant qu'elle était celle qui lui avait donné un coup, il se détendit momentanément, mais elle continua ses douloureuses suppliques.

– Non ce n'est pas possible... non... non...

Un mouvement derrière sa tête alarma Draco, jusqu'à ce qu'il découvre le monstre roux, planté sur sa table de chevet, agitant ses yeux jaunes entre sa propriétaire et Draco, comme pour dire « Bah ne reste pas là, fais quelque chose espèce d'abruti ».

Draco tendit une main hésitante pour toucher son épaule et la secouer légèrement.

– Granger... Granger réveille toi !

Elle continua de gémir et de tordre ses jambes autour des couvertures, son visage froissé par le désespoir. Draco remonta sur le lit à côté d'elle et l'attira contre son torse.

– Granger, tout va bien, tout va bien... Tu vas bien... Tu vas bien..., murmura-t-il d'un ton apaisant jusqu'à ce qu'il sente ses tremblements s'arrêter et qu'elle se réveille brusquement.

– M-Malfoy ?

Ses yeux s'écarquillèrent, toujours remplis de panique, comme si ce qui avait envahi ses rêves était toujours dans son champs de vision. Son expression se transforma rapidement en gêne.

– Oh mon Dieu, je suis désolée, je ne voulais pas... Oh mon Dieu !

Elle fondit en larmes bruyamment et Draco l'observa, impuissant, incertain de la manière dont il devait procéder dans cette situation. Elle s'agita dans ses bras, essayant désespérément d'étancher ses larmes et de reprendre son souffle.

– Est-ce que tu veux que j'appelle quelqu'un ?

C'était visiblement la mauvaise chose à dire car elle ferma les yeux et secoua violemment la tête.

– Non ! S'il te plaît... s'il te plaît juste... Est-ce que tu peux... Est-ce que tu peux juste me frotter le dos ?

La demande fut faite d'une voix si petite, brisée, que Draco se dit qu'elle s'attendait probablement à ce qu'il refuse.

Il la tourna sur le côté, de façon à pouvoir se tenir derrière elle, toujours incertain du rôle qu'il devait jouer. Il leva une main avec précaution et la bougea lentement en cercle contre la peau de son dos.

– Est-ce que c'est ça que tu veux ?

Hermione hocha la tête et il continua ses bons soins, l'écoutant et la sentant, tandis que sa respiration ralentissait pour atteindre un rythme plus calme. Après quelques minutes, elle laissa aller un soupire de contentement et se blotti un peu plus contre son torse.

– Ça va mieux ?

– Beaucoup mieux, merci.

– Veux-tu... Veux-tu qu'on en parle ?

Draco la senti se tourner, probablement pour décider de si elle voulait ou non partager tout ça avec lui.

– Pas maintenant. Je pense que dormir serait mieux.

– Très bien.

Il tenta d'avoir un ton neutre, mais Hermione était trop intelligente pour ne pas noter une pointe d'insécurité.

– Tu m'as vraiment aidé, murmura-t-elle avant de presser ses lèvres contre son épaule. Je pensais ce que j'ai dit tout à l'heure. J'ai aussi besoin de toi.

Quand elle fut endormie, quelques minutes plus tard, Draco savoura le sentiment de fierté qui grandit en lui, d'avoir réussi à réconforter Hermione en temps voulu. Peut-être, pensa-t-il alors que le sommeil le réclamait, qu'il n'était pas aussi nul qu'il le croyait en relation. Je suis en accord.


Draco fut réveillé par l'odeur divine du café, du thé, et ce qu'il devinait être des pancakes. Il était seul dans le lit, mais un doux fredonnement en direction de la cuisine le mit sur la piste des occupations d'Hermione. Enfilant son caleçon abandonné au sol, il avança dans le couloir à pas feutré et s'arrêta sur le seuil de la cuisine.

Le dos d'Hermione lui faisait face, un mug dans une main pendant qu'elle saupoudrait des myrtilles dans un bol de pâte. Échangeant sa spatule contre sa baguette, elle dirigea des proportions parfaitement égales de pâte dans une plaque chauffante, où elles reposaient avec un grésillement appétissant.

Draco s'appuya contre le mur et l'observa envouter avec brio son ustensile pour retourner les pancakes à des intervalles précises tandis qu'elle bougeait avec grâce le long du comptoir pour ajouter d'autres ingrédients dans le bol. Elle fredonna tout le long une chanson entêtante et basse, qui provenait de son appareil moldu. L'appareil ressemblait aux radios magiques qui captaient le réseau sans fil des sorciers, mais Draco n'avait jamais entendu de musique comme celle-ci auparavant. La mélodie était simple, mais la chanson semblait larmoyante, et Draco ne savait pas s'il l'appréciait ou non. En plus, le chanteur continuait de répéter un mot que Draco ne comprenait pas.

– Est-ce un mot latin obscur ? Je ne le connais pas.

Hermione fit volte face et échappa presque son mug sous la surprise.

– Punaise, par Merlin, Malfoy ! Tu m'as fait une de ces peurs !

Draco sourit en coin et haussa les épaules, s'installant sur un tabouret autour de son îlot central.

– Bonjour à toi aussi.

Hermione leva les yeux au ciel.

– Myrtilles ou pépites de chocolat ?

Elle fit un geste vague vers la spatule flottante qui était à présent en train de retourner les pancakes et de les déposer dans des assiettes.

– Les deux.

– Sirop d'érable ou beurre ?

– J'aime mon sirop d'érable avec un peu de pancakes, dit-il avec un sourire en coin carnassier.

Elle laissa tomber un amas de pancakes devant lui, ainsi qu'une bouteille de sirop et une tasse de café. Merde, il pourrait presque s'y habituer. Draco se mit immédiatement à noyer son assiette sous un monticule de sirop alors qu'Hermione fronçait le nez.

– T'es un sauvage. C'est un miracle que tes dents ne soient pas toutes tombées.

Draco lui sourit simplement, la bouche pleine d'un bonheur moelleux de chocolat, trempé de sirop d'érable. Hermione s'assit sur le tabouret à côté du sien après avoir rempli sa propre assiette et ajouté un peu de beurre sur le tout.

– Tu m'as posé une question sur du latin ?

– Ah, oui.

Il avala une bouchée impressionnante de pancake avant de poursuivre.

– Cette chanson... Je n'arrivais pas à comprendre le mot mais je ne l'avais pas entendu avant. C'était une radio moldue ?

– Oui, que j'essaie de me souvenir... Oh ! La chanson que je fredonnais. Le mot c'est « hallelujah », mais en latin c'est « alléluia ». C'est une phrase en hébreux qui veut dire « loué soit le seigneur ».

Draco en fit presque tomber sa fourchette.

– Attends, ça ne veut quand même pas dire –

– Non, pas Voldemort ! Le coupa-t-elle alors que Draco grimaçait en entendant le nom. C'est juste une chanson populaire, mais le titre se réfère au seigneur comme à Dieu, tu sais, le Judéo-christianisme moldu.

– Ah, ok.

Il y avait tant de complexités étranges, dans le monde Moldu que, s'il devait être honnête envers lui-même, ça semblait parfois bien plus compliqué d'être un moldu qu'un sorcier.

– Désolée si je t'ai réveillé, j'avais envie de cuisiner ce matin. Mes parents et moi avions l'habitude de faire ça presque tous les matins le week-end, écouter de la musique et mettre le bazar dans la cuisine.

– Granger, sens toi libre de me réveiller tout le temps si tu as du café et des pancakes qui m'attendent.

Hermione rayonna et lui fit un bisous sur la joue.

– Je devrais te faire écouter plus de musique moldue, dit-elle en sautant de son tabouret.

Elle fit léviter leurs couverts jusqu'à l'évier et lança un sort pour qu'ils se lavent tout seul.

Alors qu'elle faisait le tour de l'îlot, Draco tendit les bras pour attraper son poignet et l'attirer contre lui.

– Est-ce que tu te sens bien ? Après hier soir ?

Hermione haussa les épaules.

– Je vais bien, il n'y a pas à s'inquiéter, déclara-t-elle simplement même si Draco arquait un sourcil car il savait qu'elle bluffait. Désolée, je sais que l'ignorer c'est pas sain.

– Alors ne le fais pas. Tu n'as pas à jouer les courageuses tout le temps. Surtout pas avec moi, dit-il doucement et elle se détendit dans ses bras.

Il sentit Hermione prendre quelques courtes inspirations contre la peau de son torse nu, se préparant.

– C'était un de mes pires cauchemars, admit-elle contre lui.

Draco ferma les yeux et pressa ses lèvres contre ses cheveux.

– Etait-ce au sujet de... d'elle ? Bellatrix ? Demanda-t-il doucement en la serrant un peu plus fort par reflex, alors que la culpabilité courrait en lui.

– Non, répondit-elle en secouant la tête, ses cheveux chatouillant son menton. Non, c'était Harry.

Draco senti d'avantage ses boucles contre son corps, alors il imita les soins qu'il lui avait prodigué la veille, contre son dos. Ça semblait lui apporter du réconfort et elle continua.

– J'ai rêvé de la bataille à Poudlard. Quand Voldemort est sorti de la forêt et Hagrid... Hagrid qui portait le corps d'Harry et il... V-Voldemort... Quand il fanfaronnait qu'Harry soit... qu'Harry soit mort, et je me souviens –

Elle s'éloigna légèrement pour essuyer quelques larmes qui s'étaient échappées de ses yeux.

– Je me souviens que tout espoir avait disparu de moi à cet instant. Je... Je n'arrivais pas à comprendre. Comment Harry avait... Après tout... Comment pouvait-il... Comment pouvait-il être mort ? Je ne m'étais jamais sentie aussi mal de toute ma vie. J'ai eu l'impression qu'on l'avait laissé tomber. Que je l'avais laissé tomber.

Elle haussa finalement les épaules contre lui et Draco la laissa pleurer contre son torse. Elle renifla fortement et poursuivit.

– J'étais tellement en colère contre lui, contre Harry. Quand il a fait sa grande révélation et montré qu'il avait joué le mort. J'étais tellement, tellement en colère. Je comprends pourquoi il l'a fait, évidemment, mais la partie égoïste de moi s'est dit pendant un moment qu'il n'avait pas le droit, aucun droit quel qu'il soit, de faire croire à Ron, Ginny, moi, et tout le monde, même pour un instant, qu'il avait quitté ce monde, que nous étions seuls.

Draco leva la main pour caresser ses cheveux, soulagé quand il senti un peu de tension quitter son petit corps.

– As-tu parlé de tout ça à Potter ?

Il obtint un rictus de la part d'Hermione.

– Bien sûr que non, c'est absolument ridicule de dire à voix haute que j'étais furieuse contre mon ami d'avoir mis en place une ruse spectaculaire et sauvé le monde. Mais Ron... J'en ai parlé à Ron, admit-elle d'une petite voix.

Draco essaya, mais échoua finalement, de réprimer une monté de jalousie.

– Ron a compris parce qu'il a ressenti exactement la même chose. On a tous les deux passé pratiquement toute notre adolescence à garder Harry en vie pour qu'il soit finalement juste... mort ? Par les Dieux, je ne crois pas que l'on se soit senti plus incompétent qu'à cet instant.

– Weasley et toi êtes plutôt liés.

Hermione inclina la tête vers le haut brusquement et plissa les yeux vers Draco.

– Ne fais pas ça. Ron et moi sommes meilleurs amis, rien de plus. On a vécu tellement de situations étranges, qui ont changé nos vies, et ridiculement dangereuses, pour ne pas avoir un lien fort, qui durera toute la vie, et je ne m'attends pas à ce que tu comprennes ça mais –

Elle leva une main pour bercer le côté du visage de Draco calmement.

– Je suis avec toi maintenant. Encore une fois, je ne m'attends pas à ce que tu comprennes mes relations avec Ron et Harry mais tu peux me demander n'importe quoi, et je ferais de mon mieux pour expliquer. Je ne te cacherai rien.

Draco acquiesça, se penchant un peu plus contre sa paume. Il avait un million de questions, certaines appropriées (comment diable Weasley a-t-il pu te laisser partir?), d'autres moins (combien de fois, en moyenne, est-ce que Weasley te faisais jouir au lit?). Mais aujourd'hui n'était pas le bon jour pour une conversation sur les exs.

– Est-ce que tu me croirais si je te disais que j'ai vraiment ressenti du désespoir, quand le Seigneur des Ténèbres a proclamé que Potter était mort ? Confessa-t-il doucement.

Hermione leva ses yeux bruns vers lui avec sérieux, la chaleur de ses pupilles le réconfortant et l'encourageant.

– Je l'ai sincèrement détesté toute ma vie. Potter. Mais même moi, je savais, vers la fin, ayant été témoin de tout ce que Tu-Sais-Qui était capable... Même moi, je savais que Potter était la meilleur chance.

Draco fit une pause pour avaler une boule qui s'était formée dans sa gorge.

– Ma famille... Nous survivons par tous les moyens. C'est ce que nous avons toujours fait. Et je savais que si Potter était véritablement mort, alors il n'y avait vraiment plus d'espoir. Ma famille ne survivrait pas sous le régime du Seigneur des Ténèbres, nous l'avions trop contrarié dans les derniers jours, et étions devenus inutiles. Donc, quand j'ai vu son corps, entendu qu'il était mort... J'ai commencé à envisager tous les plans possibles auxquels je pouvais penser pour sortir ma mère de là vivante. Non pas que ça ai eu de l'importance, soupira Draco, parce qu'encore une fois, l'Enfant Prodige Myope a miraculeusement survécu. Merlin seul sait comment, et je ne crois absolument pas les trois quarts de ce qui a été écrit dans la Gazette du Sorcier.

– C'est une histoire palpitante. Je te la raconterai un jour.

Elle lui fit un faux sourire timide et son cœur loupa un battement. Il venait juste d'admettre avoir lâchement penser à seulement protéger sa mère durant la bataille et elle le regardait toujours avec affection. Était-ce ça, une relation saine ? Se soulager de lourd secrets enfouis, révéler ses faiblesses à une autre personne, seulement pour que cette personne se colle un peu plus contre vous au lieu de reculer sous l'horreur ?

– Je suis content que ton côté ait gagné, tu sais, dit Draco d'une voix rauque. Peut-être pas au début, parce que je ne crois pas que le « contentement » ait fait parti de ma palette d'émotions à l'époque, mais au final, j'étais content. Parce que c'était terminé et j'étais juste tellement épuisé que j'en avais plus rien à foutre de ce qui pouvait bien m'arriver parce que je savais que rien ne pouvait être pire que ce que l'on m'avait fait, que ce qu'on avait fait à ma famille, dans ma propre maison. Des choses si terribles que je... je n'ai jamais voulu y retourner.

Hermione fronça les sourcils sous la compréhension et pressa doucement ses lèvres sur les siennes.

– Qu'est-ce que ton manoir est devenu ? Tu l'as vendu ?

Draco secoua la tête.

– Le Ministère l'a saisi, étant donné que c'était techniquement une scène de crime. Ils ont confisqué tout ce qu'ils pouvaient puis ont abandonné le reste de nos livres, peintures, meubles, tout ce qui ne paraissait pas « sombre ». Je ne sais pas ce qu'ils en ont fait, mais bon débarras.

Hermione soupira et s'essuya les yeux.

– Bon, je crois que ça fait assez de conversation macabre pour la journée.

Elle fit un pas hors de son étreinte pour terminer de ranger le petit déjeuner.

– Je crois qu'on devrait faire quelque chose de sympa aujourd'hui. Est-ce que tu avais quelque chose de prévu ?

– Oh, donc j'ai voix au chapitre ? Je ne savais pas que tu laissais le choix à tes otages.

– Mais de quoi est-ce que tu parles ?

Draco sourit en coin face à son expression confuse.

– Tu m'as kidnappé, pas plus tard qu'hier soir.

– Je n'ai jamais fait ça !

– Granger, ne te souviens-tu pas qu'hier soir, tu as fait irruption chez moi, à l'improviste, et a procédé à mon abduction en me poussant dans la cheminée ? Honnêtement, c'est moi la victime ici.

Elle le poussa pour rire mais Draco attrapa ses mains et les enroula à l'arrière de son cou avant de la faire basculer dans un baiser.

– Est-ce que j'ai mentionné le fait que je jouerai les otages avec toi quand tu veux ? J'ai bien aimé être à ta merci, la taquina-t-il quand il se séparèrent pour respirer – quelques longues minutes de bécotage plus tard.

Hermione leva les yeux au ciel et se démêla de son étreinte.

– Oui, oui, tu es un pauvre agneau innocent, hein ? File chez toi et trouve des vêtements décontractés, je vais faire étalage de toi dans le monde moldu aujourd'hui.

Après lui avoir obéit et être revenu par cheminette environ trente minutes plus tard, Hermione laissa aller un rire en le voyant.

– Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? Est-ce que ça n'était pas convenable, la fois où nous sommes allés dans ce restaurant moldu ?

Draco essaya de ne pas bouder, mais n'était pas certain que son visage ait été assez acerbe quand elle rit de nouveau. Il portait son costume noir habituel, une chemise au col haut, mais sans cravate. Il avait l'air d'un parfait plébéien.

– Je ne me moque pas, vraiment, mais est-ce que tu dois toujours avoir l'air si... si...

Draco arqua un sourcil face à ses bégaiements.

– Argh, si propret ! J'veux dire, tu n'as pas de t-shirt ?

– Evidemment, pour voler ou sous un équipement de Quidditch.

– Et des jeans ?

– Et pour quelle possible raisons possèderais-je une paire de jean ?

Hermione renifla et murmura quelque chose qui ressemblait à « snob » dans un souffle mais il ne releva pas.

– Ce que j'essaie désespérément de dire c'est que tu es trop bien habillé pour passer la journée à faire les idiots dans Londres. Enlève la veste de costume et les boutons de manchettes et ça ira.

– Comme tu veux, paysanne.


Sortir dans le monde Moldu lui offrit une étrange sensation de liberté. Evidemment, Draco était en quelques sortes habitué à ne pas être reconnu au coffee shop, mais errer dans le monde pendant une si longue période avec Hermione à ses côtés était une sensation totalement différente.

Ils marchèrent le long de la Tamise en parlant de tout et de rien, appréciant la douceur printanière. Personne ne le fixa. Personne ne cracha d'insultes. Personne ne sorti de baguette pour le menacer. Personne ne surgit des buissons pour prendre des photos de Draco et Hermione ensemble. Draco avait été trop absorbé par ses idées noires quand ils étaient allés dîner avant l'opéra pour réellement apprécier à quel point il était anonyme dans cette version de Londres.

Ça le frappa soudainement, alors qu'ils arrivaient devant un marché. Le cadeau qu'elle lui offrait. Hier encore il se sentait effrayé, tendu, stressé par ses actions passées mais aussi par l'incertitude de son futur. Mais aucune de ses sombres pensées n'avaient l'air de l'agacer aujourd'hui. Respirer semblait plus facile, son corps tout entier étant plus détendu qu'il ne l'avait été depuis des années, et Draco se demanda si Hermione savait à quel point il appréciait cette opportunité. Aujourd'hui, il n'était qu'un homme ordinaire, en vadrouille avec sa petite amie. La normalité n'avait jamais été aussi excitante.

Quand il voulut passer son bras autour de ses épaules en marchant, elle le laissa faire.

Quand elle fut toute excitée en découvrant l'étale d'un marchant et le tira par la main en entremêlant leurs doigts, il la laissa faire.

Quand il se pencha pour essuyer d'un baiser la glace à la fraise qui coulait le long de ses lèvres, elle le laissa faire.

Quand elle fourra un tas de romans contre son torse dans une librairie et insista pour qu'il les prenne pour les lire chez lui, il laissa faire.

Après une longue journée de promenade, discussions, dégustations de glaces et de shopping, Hermione plissa les yeux sous le soleil couchant et se tourna vers Draco avec une question.

– Dîner ?

– Est-ce que l'on t'as déjà dit que tu étais une ravisseuse charmante ? J'adorerais dîner.

– Pour la dernière fois, je ne t'ai pas kidnappé.

– Oui, oui, maintiens cette déclaration pour les Aurores.

Ils s'installèrent à l'extérieur d'un café devant des assiettes de Fish and Chips, Hermione passant en revu ses achats de la journée avec agitation. L'anniversaire de sa mère approchait, comme celui de Padma, et elle était démesurément contente de pouvoir cocher ces deux missions de la liste de ses choses à faire. Ils papotèrent bien après que leurs assiettes aient été enlevées, mais aucun d'eux n'avait envie que la soirée se termine.

– Un verre ?

– Astucieux. Me souler pour que mes souvenirs d'avoir été enlevé soient compromis. Je ne suis plus un témoin fiable à présent.

– Tu es incorrigible.

Et je suis à toi. Je suis tout à toi.

Hermione se rappela d'un bar avec de la musique live qu'elle avait l'habitude de fréquenter quelques années auparavant et y tira Draco avec l'intention de lui faire découvrir des cocktails moldus. Il décréta que sa Vodka Cranberry était « absolument ignoble » mais quand elle lui commanda un « rhum coca » il avala quasiment son verre cul sec pendant qu'elle riait.

– Doucement, l'alcoolo. Je te ferais découvrir les sodas moldu un autre jour, puisque ta passion pour les sucreries n'a pas de limites, apparemment. Mais il y a un peu de rhum là-dedans, donc vas-y doucement.

Ils s'assirent côtes à côtes à une petite table du club faiblement éclairé, berçant leur verres et écoutant le spectacle en direct du guitariste. La main de Draco était posée sur la table et, durant leur conversation sur le meilleur moyen de conserver le jus des fèves sopophoriques, Hermione l'attrapa et entrelaça ses doigts dans les siens. Toujours peu habitué à autant de démonstration en public, il s'arrêta de parler et rencontra son regard timide, mais malgré tout courageux. C'était un geste simple, mais il coupa le souffle de Draco. Il toussa légèrement et reprit leur discussions, mais remarqua qu'Hermione avait un sourire sur les lèvres en permanence depuis qu'il avait accepté qu'elle le touche.

Le musicien sur scène n'était pas trop mauvais selon Draco, mais il n'avait pas trop été en contact de musique moldue jusqu'ici et il préférait prêter toute son attention à Granger. Draco et Hermione passèrent la plupart de la soirée à parler l'un avec l'autre dans tous les cas, mais Draco dressa l'oreille quand il entendit un ensemble d'accords familier et le mot qui l'avait tracassé le matin même dans la cuisine d'Hermione.

– Eh, je la connais celle-là ! Euh... Alléluia ? Est-ce que je l'ai prononcé correctement ?

Hermione lui sourit avec indulgence et rit.

– Très bien, 10 points pour Serpentard.

Après quelques autres chansons et quelques autres verres, Hermione eut l'air d'avoir d'autres choses en tête que la musique et les potions. Elle retira sa main de celle de Draco et elle disparut sur ses genoux. Pensant qu'elle devait simplement avoir une crampe et avait besoin d'une pause, il sauta presque de sa chaise quand il sentit une pression sur sa cuisse. Draco ravala une inspiration tandis que sa main ne cessait de monter de plus en plus haut, jusqu'à ce qu'elle ne soit dangereusement proche de son entrejambe. Enhardi par son sourire en coin et extrêmement excité, Draco se pencha vers elle et l'embrassa à pleine bouche sous l'oreille.

– Attention Granger. Je ne suis pas loin d'enfreindre quelques lois sur la décence en publique en te prenant juste là sur cette table chancelante, murmura-t-il d'un ton menaçant alors qu'un gémissement quittait ses lèvres.

– Ramène moi à la maison, s'il te plait, souffla-t-elle.

Ils partirent immédiatement, Draco jetant assez d'argent au barman en sortant pour payer leur note.

Tous deux légèrement pompette, leurs lèvres se trouvèrent dès qu'ils furent rentré. Draco la plaqua contre la porte d'entrée, se délectant du goût de fruit et d'alcool de son haleine. Hermione essaya de retirer ses chaussures simultanément, trébuchant légèrement et cognant sa tête contre le menton de Draco. Ils gloussèrent face à sa maladresse avant de reprendre là où ils en étaient.

– Mhh... Tu aurais envie de continuer sous la douche ? Suggéra-t-elle alors que Draco descendait ses baiser le long de son cou jusqu'à sa poitrine.

Il fredonna pour acquiescer et elle les guida, retirant leurs vêtements sur le chemin.

Ils firent une malheureuse découverte quand Draco pressa le dos d'Hermione contre carrelage mouillé : la différence entre leurs tailles faisait que s'envoyer en l'air contre le mur était impossible, à moins de vouloir risquer qu'Hermione ne glisse hors de son étreinte et ne tombe sur le sol de la baignoire, ce qui enlèverait tout le côté romantique de l'acte.

Ça ne voulait pas dire que Draco n'allait pas prendre l'avantage d'avoir une Hermione toute mouillée et très nue avec lui. Il ne l'avait jamais vue ainsi : ses cheveux bouclés collés sur ses tempes et son cou sous l'eau chaude. Puisque le sexe allait devoir attendre, ils se lavèrent mutuellement et Draco réalisa qu'il se douchait avec quelqu'un d'autre pour la première fois. Rapidement, le fait de savonner ses cheveux et sa peau fut moins une question de propreté que de faire grimper une frénésie de désir chez l'autre. Draco frottait inutilement du savon sur les seins d'Hermione avec un sourire malicieux, savourant la douceur de sa chair en contraste avec celle de ses tétons, durs sous ses pouces. Le parfum fleuri qui ruisselait le long de sa poitrine l'hypnotisa tandis qu'Hermione tendait la main entre eux pour le branler. Des cris et gémissements remplirent la pièce avant qu'Hermione ne cède en premier.

– Draco, s'il te plaît. Je te veux maintenant, gémit-elle.

Sans même prendre la peine de s'enrouler dans une serviette, ils sortirent de la douche et Hermione s'adossa contre le lavabo, Draco la suivant immédiatement pour l'emprisonner dans ses bras et l'embrasser. Elle sauta sur le large comptoir pour qu'il puisse se tenir entre ses jambes et l'attirer plus près. Dans un murmure il lui demanda si « c'est ce que tu veux ? » et elle répondit désespérément « s'il te plaît Draco » et il fut en elle. Hermione referma ses jambes autour de son torse, les talons plantés dans son dos pendant que Draco trouvait un rythme stable. Le grand miroir, haut jusqu'à la taille, derrière le lavabo, faisait que Draco pouvait se regarder baiser Hermione et il fut assez surpris d'à quel point c'était érotique.

Il envisagea de la retourner pour qu'elle puisse voir son reflet aussi, l'obligeant à se regarder pendant qu'il la prenait par derrière, mais ils n'avaient pas encore essayé cette position et il ne savait pas vraiment comment demander. Mais cette idée fit durcir son sexe d'avantage, et quelques secondes plus tard Hermione jouissait dans un cri alors qu'il lui faisait un petit suçon juste au-dessus de la clavicule. Elle attrapa son visage entre ses mains pour l'embrasser profondément et Draco gémit contre ses lèvres en orientant ses hanches vers le haut pour donner ce qui étaient à présent des coups frénétiques. Il enroula une main dans ses cheveux mouillés et agrippa le bas de ses reins avec l'autre pour se donner l'angle parfait pour cogner ses hanches contre les siennes. Il n'y avait plus qu'elle, entourant et enveloppant tous ses sens, et l'apogée de Draco fut là, alors qu'il pressait ses fesses et jouissait, s'étranglant dans un cri « Hermione » contre son oreille.

Hermione, Hermione, Hermione. Ces trois syllabes avaient pris racines dans son esprit à tel point qu'il ne pouvait plus penser à rien d'autre, ne voulait plus connaître d'autre mot ou nom. Jamais.

Je suis en accord.