Traumatisme - 104 mots

Son pouvoir avait toujours été source de souffrances. Il arrivait souvent d'être traumatisé quand on avait la capacité de lire dans l'esprit des gens qui entraient en contact physique avec nous. Mais cette femme, cette femme-là avait l'âme la plus noire que Naoya avait jamais vue. Il la vit étrangler à mort plusieurs jeunes filles, ricaner au-dessus de leur corps agonisant, les yeux révulsés par la folie et le plaisir, et ce traumatisme fut si violent qu'il ne put plus se débarrasser de ces images épouvantables, et son grand frère ne put qu'assister, impuissant, à sa longue chute vers la terreur et la folie.

Panique - 119 mots

Des deux, ce n'était pas Naoto le plus enclin à céder à la panique. Il faisait en sorte de rester calme, de garder son sang-froid en toutes circonstances. C'était Naoya qui s'affolait le plus facilement, qui prenait peur et qui appelait son frère à l'aide. Mais cette fois, sans que le cadet ne sache pourquoi, son grand frère avait soudain été pris de panique. Il s'était mis à crier dans le vide sur quelqu'un qui n'était pas là, à s'en prendre à des créatures que lui seul pouvait voir. Naoya ne comprenait pas, mais quand son frère se jeta soudain sur lui pour le protéger d'une menace invisible, il comprit qu'il y avait peut-être plus qu'une crise de panique.

Enfant - 134 mots

Naoto n'était qu'un enfant, mais il effrayait déjà ses parents. Pas que eux, d'ailleurs. Les amis de la famille, ses professeurs, même certaines personnes qui le croisaient dans la rue, ils avaient peur de lui. Naoto n'était pourtant qu'un petit garçon aux yeux et aux cheveux noirs. Il était même très gentil et attentionné, comme ses parents le comprendraient plus tard, en voyant quel grand frère adorable il faisait pour Naoya. Mais malgré tout, leur fils les inquiétait toujours. Ce n'était pourtant pas de sa faute. Ce n'était qu'un enfant pourvu d'un terrible pouvoir, de dons de télékinésie d'une puissance terrible, qu'il était trop jeune pour maîtriser complètement. Tout à leur peur, ils ne voyaient que le danger en lui, ils ne voyaient pas leur enfant, qui aurait pourtant tellement besoin de leur soutien.

Responsabilité - 159 mots

Son frère, c'était sa responsabilité. Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, il ne tenait pas cette certitude de ses parents, qui d'habitude doivent rabâcher ça à leurs enfants lorsque la rivalité fraternelle devient trop forte. C'était une chose que Naoto avait toujours su, et plus encore lorsqu'il avait compris que Naoya avait des pouvoirs, lui aussi. Des pouvoirs terribles, des pouvoirs qui le faisaient souffrir. Alors, c'était sa responsabilité de s'occuper de lui, de le protéger. Lorsque leurs parents les abandonnèrent, cette certitude devint plus forte. Lorsqu'ils s'échappèrent du centre où on les avait enfermés durant quinze longues années, elle continua de s'imposer à lui. Naoya, fût-il âgé de vingt-et-un ans maintenant, était sous sa responsabilité. Il devait le protéger, même si, dans les moments où était le plus protecteur, ça impliquait de ne pas le laisser se chercher à boire au distributeur automatique de l'hôtel tout seul. Parfois, il prenait vraiment ses responsabilités trop au sérieux.

Pensée - 118 mots

Les pensées des gens n'avaient jamais eu de secrets pour lui. Tout bébé, ils pouvaient lire les personnes qui entraient en contact physique avec lui. Bien sûr, la majorité d'entre elles n'étaient pas très agréables, elles le faisaient même terriblement souffrir. Il n'y avait qu'une seule personne dont les pensées le réchauffaient, le berçaient, le câlinaient. Celles de son grand frère Naoto, qui étaient toujours remplies de douceur et d'amour à son égard. Ces pensées-là ne lui faisaient jamais mal, même lorsque Naoto était en proie à ces terribles colères comme il en avait parfois. Oui, Naoya aimait se blottir contre son frère et écouter ses pensées. Elles étaient comme le va-et-vient calme et apaisant de la mer.

Canard - 137 mots

Regarder passer les canards avait quelque chose d'étrangement hypnotique et fascinant. Ou du moins, c'était ce qu'il semblait à Naoya, prostré sur ce banc depuis plus d'une demi-heure, observant d'un oeil morne les oiseaux bruns et verts glisser lentement sur l'eau. Tout était si calme. Et puis, un grand bruit d'éclaboussure se fit entendre. Intrigué, le jeune homme releva la tête et capta la silhouette de son frère, qui se trouvait assailli par un groupe de canards venu du lac. C'était tellement hilarant de voir son grand frère ténébreux, réservé et sérieux débordé par une horde de volatiles aquatiques que le jeune homme, qui pourtant n'avait pas l'habitude de se moquer des autres, explosa de rire. Au loin, Naoto l'entendit et sourit. Se trimballer près du lac avec des sacs pleins de sandwichs avait du bon, finalement.

Frustration - 122 mots

Naoto aurait bien roulé en boule tous ces journaux pour les jeter contre le mur. Il aurait bien renversé le meuble de l'ordinateur à coups de pied. Il aurait bien fait éclater toutes les vitres de cette bibliothèque. Ça faisait des jours qu'il cherchait, des journées entières, et il ne trouvait rien ! Rien, pas la plus petite piste ! Et Naoya, son pauvre Naoya, qui se trouvait dans leur chambre d'hôtel, faible et malade, profondément torturé par ces visions cauchemardesques qui ne cessaient jamais... C'était là, dans ces moments de frustration extrême, où il était incapable de venir en aide à son petit frère, que Naoto était le plus dangereux. Car sa frustration se changeait vite en rage. En rage meurtrière.