Chat - 130 mots
C'était étrange... il était parfaitement à sa place, et malgré tout, Naoto avait l'impression qu'il ne devait pas être là... Pourtant, c'était bien sa maison, claire, confortable, inondée de soleil. C'était bien sa femme, Kanako, qui préparait les œufs brouillés de son petit-déjeuner, installée devant la cuisinière. C'était bien son chat, adorable créature replète au pelage crème qu'il était en train de caresser, et qui lapait du lait dans son bol. Minute... Non, il n'avait pas de chat. Quoi que ce fût son animal favori, ils n'en n'avaient pas car son frère... son frère était allergique aux poils de chat. Il en était certain, à présent. Tout ce qu'il voyait autour de lui n'avait aucune raison d'exister. Et, surtout, il n'avait aucune raison d'être là s'il n'y avait pas Naoya.
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Apesanteur - 97 mots
A chaque fois qu'il le voulait, Naoto pouvait défier les lois de l'apesanteur, en faisant léviter des objets grâce à son puissant pouvoir de télékinésie. Enfant, Naoya l'avait souvent regardé faire. Secrètement, il avait souvent espéré qu'un jour, Naoto le ferait léviter dans les airs jusqu'au ciel, lui aussi. Mais ce don était dangereux, et faisait énormément souffrir son frère. Alors, Naoya n'avait jamais formulé son souhait à voix haute. Mais, même maintenant, il repensait parfois à combien ce serait bien de se retrouver, rien qu'une fois, au coeur d'une apesanteur protectrice générée par son grand frère.
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Sport - 114 mots
Naoya n'avait jamais été très friand de sport. D'abord, il n'avait absolument pas la carrure pour ça : trop frêle, trop fragile, qui s'essoufflait bien trop facilement. Son frère aussi avait horreur de ça. D'ailleurs, quand Rena lui avait proposé gaiement de pratiquer la course à pieds tous les matins que durerait leur séjour ici, Naoto avait fait semblant d'être absorbé par la contemplation du papier peint. Naoya lui lança un regard maussade tandis qu'il suivait Rena dehors, vêtu d'un pantalon de survêtement et de chaussures de sport. Son frère n'était qu'un traître. Eh bien, si c'était comme ça, la prochaine fois que Rena essaiera de l'initier à l'origami, il ne l'aiderait pas !
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Route - 147 mots
Naoto et Naoya observèrent longuement la route devant eux. Le ciel était d'une pureté à peine croyable, inondé d'une lumière qui éclaboussait même les feuilles et la neige. Ils en avaient fait du chemin depuis qu'ils s'étaient évadés du centre de recherches qui les avait retenus prisonniers quinze ans durant. Aujourd'hui encore, ils n'étaient pas certains de savoir où ils allaient, mais...
"Naji a fait un nouveau dessin, murmura Naoya, les yeux un peu vagues, mais remplis d'une paix nouvelle. Il est très beau."
Son frère sourit.
"Je vois, souffla-t-il."
La route s'étirait à l'infini, éclaboussée de lumière et dégagée de toute la neige qui la recouvrait. Non, ils ne savaient toujours pas où les différentes routes qu'ils empruntaient allaient les mener. Mais, comme l'avait dit Shouko, dans tous les cas, le bouleversement serait lumineux. Et tant qu'ils étaient ensemble, de quoi pouvaient-ils bien avoir peur ?
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Perte - 170 mots
Au milieu des décombres et de la poussière, le corps désarticulé de Mikumo avait ondoyé, puis ses traits avaient changé pour former la douce figure de Naoya, ses joues encore un peu rondes, ses cheveux bruns et soyeux et ses yeux clos. A cette vue, le coeur de Naoto s'était soulevé.
"Naoya ? Hé, Naoya ! avait-il appelé en se précipitant aux côtés de son frère."
Il l'avait dégagé des décombres, l'avait étendu dans ses bras, avait essayé de le réveiller. Mais c'était impossible. Il l'avait su dès qu'il avait vu son corps immobile. Naoya était mort.
"Naoya... Naoya... Naoya..."
Ce fut comme si son coeur s'effondrait sur lui-même. Comme si sa poitrine se transformait en gouffre. Comme si cette perte cruelle et brutale aspirait toutes ses émotions, puis les faisait éclater hors de lui. Naoto gémit, puis il hurla. Il hurla si fort que le monde se désintégra autour de lui. Mais peu importait, puisque son doux, adorable petit frère était mort. Et que c'était lui qui l'avait tué.
Je voulais mettre à jour mes recueils de drabbles tous les sept drabbles, et puis je me suis rendu compte après avoir dit que je mettrai ce recueil-ci à jour qu'il m'en manquait deux x3 Bah, tant pis. Tous les cinq drabbles, c'est bien aussi, non ?
