Manteau - 126 mots

Naoto ne se séparait jamais de son manteau noir et un peu éraflé par les années. C'était un vêtement solide, qui avait bravé bien des tempêtes, réchauffé bien des âmes congelées dans le froid du dehors, comme cette pauvre Yoshimi, quelques jours après le suicide de sa meilleure amie. Mais, pour Naoya, bien plus qu'une pelisse, c'était un repère. Depuis toujours il s'était accroché au manteau de son grand frère lorsqu'il avait peur de quelque chose, il avait gardé ses yeux rivés au vêtement pour ne pas se perdre dans l'obscurité. Et, alors qu'il revenait de la laverie, il n'hésita pas bien longtemps et le posa sur ses épaules, s'enveloppa dedans, y enfouit son nez avec bonheur. C'était doux. C'était chaud. Et ça sentait comme Naoto.

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Sensation - 132 mots

Il n'y avait qu'un seul esprit où Naoya avait jamais trouvé du réconfort et de la tendresse, en lieu et place de la souffrance. Et cet esprit, c'était celui de son frère. Mais ce jeune homme délicat qui s'approcha de lui, qui semblait si doux et si gentil, aussi vulnérable que lui mais sans grand frère pour le protéger, lui inspira une toute autre sensation que la crainte. Lorsqu'il le toucha, il ne plongea pas seulement dans des pensées d'une mélancolie très triste et très douce, des doutes, des appréhensions, mais également dans un esprit émerveillé, fasciné par sa présence. Et lui aussi, il avait l'impression de ressentir cette stupeur et cette fascination. Il ignorait quelle était cette incroyable sensation, mais c'était ce jeune homme qui l'avait fait naître dans son coeur.

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Attente - 120 mots

L'attente était pratiquement insupportable. Oh, bien sûr, c'était lui qui avait bondi de son lit en pleine nuit dès que la dame qui le gardait était venue lui annoncer que son petit frère était né, et que ses parents rentreraient avec lui le lendemain. Il n'avait pas réussi à se rendormir. Il voulait le voir, il voulait le prendre dans ses bras tout de suite ! Il voulait voir de quelle couleur étaient ses yeux, s'il avait déjà des cheveux et de quelle teinte, s'il était vraiment aussi minuscule qu'on lui avait dit. Il voulait déjà le connaître. Il voulait déjà rencontrer ce petit frère qui, il le savait, du haut de ses six ans, allait définitivement changer sa vie.

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Illusion -116 mots

Les illusions de Mikumo étaient terrifiantes. Elles pouvaient donner vie à ses craintes les plus secrètes, ses terreurs les mieux enfouies. Tout cela, le télépathe pouvait le voir en lisant dans son esprit, en creusant dans son cerveau jusqu'à obtenir le souvenir, le sentiment qu'il souhaitait. Et ce qui terrifiait d'autant plus Naoto, c'est que ses peurs qu'il voyait prendre vie devant lui n'étaient pas des illusions. Sa peur de devenir un meurtrier, de prendre goût à la violence... tout cela, c'était vrai. Et la plus atroce de toutes, celle de tuer son frère par accident... celle-ci se révéla, avec une cruauté insupportable, lorsqu'il tira en tremblant le corps sans vie de Naoya dans ses bras.

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Thé - 113 mots

Naoto savait toujours quoi faire lorsque son frère était triste, tendu, qu'il faisait un cauchemar ou qu'il était malade. Il se dirigeait vers la cuisine, peu importait que ce soit au milieu de la nuit, et allumait la gazinière. Il mettait de l'eau à bouillir dans une casserole, et préparait à son frère son thé préféré. Avec une pointe de miel, bien sûr, comme leur mère le faisait.

"Merci, grand frère.

-De rien, Naoya."

Ce que Naoto ne savait pas, c'est que ce n'était pas tellement le thé qui calmait Naoya. C'était de savoir que son frère était là, qu'il l'aimait et qu'il prendrait toujours bien soin de lui, où qu'ils se trouvent.