Endurance - 150 mots

Naoya n'avait pas beaucoup d'endurance au mal, si l'on excluait le mal de tête. D'habitude, il avait toujours son grand frère pour s'interposer et le protéger des gens qui étaient susceptibles de lui faire du mal. Mais, cette fois, Naoto était presque mort, il avait refusé de reprendre connaissance malgré toutes les fois où Naoya l'avait appelé, la main sur sa joue. Cette fois, le jeune homme avait dû se débrouiller seul, sans paravent contre la haine, contre Mikumo qui lui expédiait, encore et encore, des coups de pied dans le ventre, lui brisait des cotes, lui ouvrait la lèvre, furieux de voir Naoya plaindre sa solitude plutôt que le haïr, lui, l'homme qui avait détruit son frère. Naoya avait tellement mal, mais le pire, c'était la honte, celle de ne pouvoir secourir personne, celle de, à vingt-et-un ans passés, continuer de gémir pour que son frère vienne le sauver.

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Impromptu - 151 mots

L'arrivée impromptue de son frère avait surpris Naoya. Tout à sa douleur et à sa détresse, il ne l'avait pas senti arriver, pas plus qu'il n'avait entendu la porte de la chambre d'hôpital s'ouvrir et le rideau frémir avant de s'écarter. Il avait été coupé de Naoto pendant plusieurs jours, au cours desquels il avait vécu sa première vraie histoire d'amour avec une fille incroyable... celle-là même dont il tenait la main en sanglotant.

"Naoya, soupira tristement son aîné en le prenant par les épaules, déversant dans le même coup toutes ses émotions de compassion et de chagrin dans la tête du jeune homme."

Ce contact ancien et familier fit sangloter Naoya de plus belle. Le corps secoué de pleurs, il se leva et se jeta sur Naoto pour enfouir son visage contre sa poitrine. Son frère lui rendit son étreinte, tristement et avec l'amour infini qu'il lui avait toujours voué.

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Café - 137 mots

Quand Mikumo avait lâché à Naoya, un petit sourire sadique au coin des lèvres « Pour quelqu'un d'aussi inutile, tu ne donnes pas un peu trop souvent ton avis ? », il avait en fait parfaitement lu les sentiments du jeune homme. Naoya se trouvait inutile parce qu'il ne défendait personne de ses mains et que son frère était toujours à le protéger, alors que lui ne pourrait jamais lui rendre la pareille. Il oubliait pourtant la fois où, poussé par Sonozaki, Tadano avait empoisonné du café destiné à Naoto. Et que son frère l'aurait bu si Naoya, qui avait soudain senti ce qui se passait, ne s'était pas jeté sur lui pour envoyer valdinguer le verre sur le carrelage. Cette fois-là, il lui avait vraiment sauvé la vie et ça s'était joué à deux secondes près.

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Banquette - 156 mots

Naoto soupira en enfonçant sa joue encore davantage dans son bras, qui était lui-même replié sur le volant. Il s'était douté, en voyant l'état de Yoshimi et ses deux amis, que la soirée risquait de se finir encore plus mal que prévu pour eux. Voire… pour Naoya aussi, dont le teint virait au cireux à vue d'œil. Naoto soupira une seconde fois quand Yoshimi se mit à vomir sur la banquette arrière.

« Naoya, sors de là, ordonna-t-il à son frère en ouvrant sa portière sans même la toucher, grâce à sa télékinésie. Sinon tu vas aussi être malade.

-Mais…

-Quand ils iront un peu mieux, tu pourras essayer de soigner leur gueule de bois. »

Il valait mieux envisager les choses sous un angle positif : Yoshimi semblait aller mieux que la dernière fois qu'ils l'avaient vue. Mais sa voiture, en revanche, empestait davantage. Naoto soupira une troisième fois. Et en plus, il devenait cynique.

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Pantoufle - 167 mots

« Mais enlève un peu tes escarpins, tu vois bien qu'ils te font mal aux pieds !

-C'est bon, je ne suis pas à deux secondes près ! Laisse-moi monter dans notre chambre, d'abord, sinon je ne pourrai plus jamais me relever. »

Naoto soupira en suivant Kanako dans les escaliers. Trois jours de réunions ininterrompus avec un congrès de médecins, il se demandait comment elle arrivait encore à marcher. D'ailleurs, quand elle s'arrêta au milieu des marches en poussant un juron, il la souleva carrément dans ses bras pour la porter jusqu'à leur lit.

« Voilà, et mets ça à la place, ordonna-t-il en ôtant les souliers rouges et terriblement inconfortables pour les remplacer par une paire de pantoufles moelleuses.

-Bon sang, je crois que je ne t'ai jamais été aussi reconnaissante que maintenant, soupira la scientifique en se laissant basculer sur le lit.

-Pas même quand je t'ai sauvé la vie ? sourit Naoto en s'asseyant près d'elle.

-Je te jure que non ! »