Scott passa les portes du lycée, un air préoccupé collé au visage. Trop de choses n'allaient pas avec Stiles depuis ce fameux soir où Derek l'avait amené chez lui en urgence. D'abord ces pleurs qui avaient semblé n'avoir jamais de fin puis ces absences répétées en cours. Et voilà que son bêta l'avait appelé très tôt dans la matinée pour lui dire que Stiles raterait les cours, une fois de plus. Sans oublier le fait qu'il avait la confirmation que son meilleur ami avait déserté sa maison, au profit d'un hôtel. Il s'en était douté, bien sûr… Enfin plus ou moins, mais ne pensait pas que l'hyperactif aurait pris une décision aussi radicale. Que s'était-il passé pour qu'il décide de partir de chez lui et, par extension, s'éloigner de son père ? Scott soupira en vérifiant pour la énième fois son téléphone. Toujours aucun appel ni aucun message de Jordan Parrish. Il espérait vraiment que le chien de l'enfer trouverait quelque chose, ou bien l'adolescent ne saurait plus où chercher. Le commissariat, c'était sa seule piste, la seule qu'avait bien voulu lui fournir Stiles.

C'est un Scott à l'air sombre qui passa devant son groupe d'ami et par conséquent, une partie de sa meute. Il ne les rejoignit pas, préférant marcher sans s'arrêter. Plus vite il arriverait devant sa salle de cours, plus vite il irait travailler et penserait à autre chose. Savoir que son meilleur ami lui cachait quelque chose qui était littéralement en train de le bouffer de l'intérieur le rendait presque malade. Bien sûr qu'il voulait l'aider à passer outre ses démons, mais pour cela, il fallait bien que Stiles accepte de lui parler de ce qui le torturait. En y repensant, c'était bien la première fois qu'il refusait de se confier sur quelque chose, quoique… Non. À bien y réfléchir, c'était la deuxième fois, la première ayant été l'épisode de l'homicide involontaire envers la personne de Donovan. Stiles avait joué la comédie durant des jours, cachant cette horreur pour ne pas se faire rejeter alors qu'il était une victime dans l'histoire. Scott avait alors douté de lui à cause de la manipulation de Théo mais avait fini par comprendre ce qui s'était réellement passé. Et si c'était à cause de ça que Stiles ne voulait pas lui parler ? Non, il y avait autre chose, c'était certain.

- Scott ? L'interpela-t-on.

Le susnommé se retourna mollement, sans énergie. Cette histoire le vidait. Liam et Lydia l'avaient poursuivi tout le long du couloir en voyant qu'il ne s'arrêtait pas devant eux.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? Et où est Stiles ?

C'était Lydia qui avait parlé, de sa voix forte et claire. Elle qui avait toujours été là et commençait à ressentir le fait que quelque chose n'allait pas.

- Il est souvent absent en ce moment, notifia timidement Liam. Quelque chose ne va pas avec lui ?

Scott n'eut même pas besoin de répondre : son regard douloureux parla pour lui. Il ne chercha pas à mentir, c'était inutile en présence de la banshee clairvoyante qu'était Lydia et du loup de Liam.

- Qu'est-ce qui se passe avec Stiles, Scott ? Il faut que tu nous en parles, lui intima Lydia.

L'alpha baissa la tête. Lui aussi avait besoin de parler et nul doute qu'il allait le faire. Ce qui l'embêtait, c'était de voir que de son côté, de ce qu'il en avait vu, Stiles ne comptait pas le faire. Cependant, il fallait avancer, d'une manière ou d'une autre. Scott n'abandonnerait pas Stiles et ferait tout pour l'aider.

Et ça commençait par le fait de parler.

- Pour être honnête, je n'en sais rien…

xxx

Stiles et Derek avaient dormi jusqu'à quinze heures, profitant simplement de la pénombre accordée par les rideaux tirés. Aucun nouveau cauchemar n'était venu perturber ce moment de repos, cette fois. L'adolescent hyperactif devait être trop épuisé pour cela. Derek n'allait pas mentir, dormir quelques heures sans aucune interruption lui avait fait du bien. Avoir Stiles enfoui dans ses bras n'était pas dérangeant non plus. En s'éveillant cette fois-ci plus doucement qu'en début de matinée, le loup remarqua avec amusement qu'ils avaient dormi tous deux habillés et au-dessus des couvertures.

Stiles s'éveilla peu de temps après Derek et eut l'air tout aussi surpris que gêné. Se retrouver dans les bras d'un Sourwolf réputé pour son caractère de merde, ce n'était pas courant. Pourtant, ces temps-ci, c'était arrivé plusieurs fois. L'adolescent ne comprenait toujours pas ce qui arrivait à Derek pour qu'il se comporte aussi bien avec lui. Pas un seul placage contre un mur depuis quelques jours, pas une seule menace, pas une seule joute verbale. Rien, à part de la paix, de la douceur et de l'attention. Une première, très plaisante par ailleurs.

- T'es malade ? Lui demanda-t-il de but en blanc d'une voix encore un peu ensommeillée.

- Pourquoi je le serais ? S'étonna Derek, un peu plus réveillé que Stiles.

- T'es gentil.

- Et je peux pas être gentil sans être malade ?

- Nan, t'es Sourwolf.

Le léger sourire timide accompagnant ces quelques mots fit rire Derek et c'était une chose si rare que Stiles se réveilla complètement et ne cacha rien de sa surprise.

- Tu es donc capable d'être joyeux ? Plaisanta-t-il.

- Profite, avant que je ne redevienne le grand méchant loup, continua Derek.

Pour la première fois depuis un moment, Stiles sourit sincèrement, ce qui réchauffa automatiquement le cœur perturbé du bêta qui l'entourait de ses bras. Seul bémol, son regard ne fut pas aussi étincelant qu'il ne l'aurait imaginé. L'ombre de la tristesse était toujours présente et gâchait un peu le tableau, mais Derek accepta volontiers cette petite victoire, car pour lui, c'en était une. C'était la première fois que Stiles souriait vraiment depuis quelques jours. Il ne pouvait pas se remettre d'un coup de ce qui le torturait de l'intérieur mais au moins, sa chute n'en était que ralentie. Peut-être, enfin, pourrait-il finir par se confier. Derek était conscient que ce n'était pas pour tout de suite, mais espérait toutefois que ce moment ne tarderait pas. Il ressentait de plus en plus le besoin de savoir, pour pouvoir l'aider à combattre ses démons. L'envie de le protéger n'en devenait également que plus forte. Le Stiles qu'il connaissait n'était pas perdu, pas encore.

Dans une humeur légère, les deux jeunes hommes se levèrent et commandèrent un petit-déjeuner en chambre, que Derek voulut absolument payer. Selon lui, il était inutile que Stiles, qui n'avait pas encore trouvé quelque travail que ce soit, n'alourdisse ses dépenses. Si le désir du jeune homme était de rester le plus longtemps possible hors de chez lui pour le moment, Derek l'aiderait, dans la mesure du possible. Plusieurs fois, prenant une bouchée de son croissant, Derek se demanda ce qu'il pouvait bien se passer chez lui pour qu'il ait tant besoin de fuir sa propre maison. Nul doute qu'au moins une partie de cette histoire avait un rapport avec l'homme blond qui avait tenté de l'agresser l'autre jour. En y repensant, le regard de Derek se voila. Il venait de se rappeler que, ce matin-là, Stiles l'avait fait venir, sans lui en dire la raison. Après cet incident, il lui avait simplement laissé entendre qu'il lui avait demandé de venir parce qu'il se considérait lui-même comme faible. À ce moment-là, Derek n'y avait pas trop prêté attention car ses émotions avaient été vives, mais désormais, il y voyait un peu plus clair. Stiles savait que l'individu serait là, chez lui, probablement à l'attendre. Il le savait pertinemment. Profondément perdu dans ses réflexions, il fronça légèrement les sourcils. Pourquoi ? Pourquoi ne pas lui avoir dit, au lieu de faire tout ce mystère ? Il ne comprenait vraiment pas. Stiles se savait en danger et n'en avait rien dit. Mais que lui était-il passé par la tête ? Et que faisait cet homme chez lui ?

Derek était si concentré sur ses propres réflexions intérieures qu'il ne vit même pas Stiles sortir de la salle de bain, complètement propre et changé. Car oui, le jeune homme avait directement décidé, après s'être levé, de se doucher et rhabiller autrement avant de se permettre de petit-déjeuner. Ou déjeuner tout court. Manger un repas matinal aux alentours de quinze heures trente avait ses fantaisies. Le voici tout pimpant et clairement plus à son aise avec son pantalon de jogging gris et son t-shirt noir. Derek aurait bien fait de même, mais il n'avait pas d'affaires ici et il était hors de question de jouer encore une fois au cousin Miguel. De ce côté-là, il avait déjà bien donné.

- À ce que je vois, le vrai Sourwolf est revenu, constata Stiles en s'asseyant devant lui.

Derek manqua de sursauter mais se retint. Cependant, son regard soudain plus actif qui se tourna d'un coup vers Stiles ne trompa pas celui-ci. Il avait surpris le bêta et ne pouvait qu'en être fier. Il fit cependant la moue après avoir baissé les yeux et constaté quelque chose qui l'outrait.

- T'as commencé sans moi ! Râla-t-il.

- Fallait te dépêcher, rétorqua sarcastiquement Derek en prenant une bouchée de plus de son croissant.

- Tais-toi, tu t'es même pas lavé. T'es sale, tu pue le loup mal famé.

- Parce que t'en connais beaucoup, des loups mal famés ?

Pour toute réponse, Stiles croqua dans un bon gros donut au chocolat. Derek eut un rictus moqueur et continua de sustenter son estomac en mal de nourriture. L'ombre de ses réflexions était toujours présente dans son regard mais il décida de passer outre pour le moment. Stiles avait l'air de meilleure humeur et ce n'était pas de refus. Derek en venait presque à réellement regretter son hyperactivité et son incessant flot de paroles, son inquiétant silence de ces derniers jours ne lui ayant pas du tout plu. Il avait cru ne jamais revoir Stiles sourire ou même le voir faire autre chose que pleurer. Et un Stiles qui pleurait, c'était une chose extrêmement troublante. Même Derek ne voulait plus voir ça.

Le petit-déjeuner de cet après-midi-là alla bon train et Stiles fut fort agréablement surpris de voir que Derek était capable d'aligner non seulement des mots, mais en plus, de longues phrases. Plus sérieusement, Stiles appréciait beaucoup l'attention que Derek lui accordait. Il restait avec lui malgré son côté insupportable. Il prenait le temps de discuter avec lui, de le mettre à l'aise, ce qui était un exploit pour le loup mal léché qu'il était.

Au bout d'un moment, le regard de Stiles dévia et se fixa dans une direction bien précise alors même qu'il s'arrêtait de parler. Son sourire se fana, bien trop vite aux yeux du bêta, qui décida de suivre son regard pour comprendre. Il tomba sur la bouteille dans laquelle ne restait qu'un quart de la sainte liqueur alcoolisée. Il se concentra à nouveau sur Stiles et vit de la tristesse dans ses orbes whiskey, ce qui lui serra directement le cœur.

- C'est moi qui ai descendu tout ça, j'imagine.

Le silence de Derek parla pour lui. Le bêta remarqua que Stiles serrait les poings et que la colère venait s'ajouter à la tristesse autant dans son regard que dans son odeur. Il se sentait nul, honteux. Au bout de quelques secondes, il se prit la tête dans ses mains, l'air épuisé. Derek se doutait que sa fatigue n'était pas physique, mais mentale et aussitôt, il se décala pour se rapprocher un peu de lui.

- Je suis en train de faire n'importe quoi, faut que je garde le contrôle…

- Parfois, c'est bien de lâcher les rênes, tu sais, lui dit doucement l'ancien alpha en passant une main dans son dos.

- J'aimerais, tu sais, j'aimerais vraiment.

Stiles enleva ses mains de son visage et les posa sur ses genoux et Derek eut l'impression qu'il commençait enfin à s'ouvrir à lui. Hors de question de l'arrêter dans sa lancée. Le regard voilé de Stiles ne le détrompa pas puisqu'il reprit :

- J'aimerais pouvoir me laisser aller, mais je peux pas et je crois que c'est en train de me faire vriller.

Le pire était que ça se voyait et Derek ne pouvait que se rappeler de la nuit qu'ils venaient de passer. La peur de Stiles, ses angoisses, ses pleurs, son affolement. Sa main caressa son dos avec une douceur étonnante mais ce qui le surprit le plus ne fut pas la délicatesse inédite de son propre geste. Stiles se laissa aller contre lui et posa sa tête sur son épaule en fermant les yeux.

- Je suis fatigué, si fatigué…

Derek percevait avec tristesse toute la douleur dans sa voix et mit quelques secondes avant de réagir, perturbé au plus au point par l'hyperactif. Sa main remonta doucement jusqu'aux omoplates, la nuque, pour finir par atterrir dans ses cheveux. Il entendit le cœur de Stiles rater un battement.

- Parle-moi, finit par lui demander Derek d'une voix profonde.

- J'en ai envie, Derek, crois-moi…

Le bêta considéra cet aveu comme un progrès. Cette fois-ci, c'était plus qu'une impression : Stiles s'ouvrait tout doucement à lui et c'était plaisant. Savoir également qu'il lui laissait quelques informations au compte-goutte alors qu'il n'avait rien dit à Scott était une petite satisfaction personnelle. Lorsqu'il se rendit compte que Stiles lui donnait régulièrement de petits indices tel un petit poucet laissant des miettes de pain sur son chemin, Derek eut une idée. Sans cesser ses caresses dans les cheveux du plus jeune, il laissa sa bouche parler pour lui :

- J'ai une proposition à te faire.

Stiles leva légèrement la tête pour ancrer son regard perdu et angoissé dans celui, déterminé, du Hale.

- Laisse-moi trouver ce qu'il t'est arrivé. Je ne te forcerai à rien me dire mais je veux juste que tu sois honnête lorsque j'aurai des hypothèses ou des informations et que je t'en ferai part.

La peur se fit sentir dans l'odeur de Stiles, tout autant qu'elle se vit dans son regard. Derek regretta d'avoir dit son idée à voix haute lorsqu'il sentit le corps de l'hyperactif se crisper contre lui. Stiles détourna le regard et sa réponse surprit le loup :

- Je veux pas perdre ta confiance.

Au moins, c'est pas un non, pensa le bêta, qui considérait cela comme une petite victoire de plus.

- Qui te dit que tu la perdras ? Lui demanda Derek.

- Et toi, qui me dit que tu me croiras lorsque je te répondrai ?

Les orbes whiskey rencontrèrent à nouveau celles, bleu-vert, du bêta. La certitude qu'il lut dans son regard désarçonna l'adolescent.

- Stiles, je suis un loup, lui rappela-t-il. C'est facile pour moi de déceler la vérité du mensonge rien qu'en écoutant ton cœur.

- Tu pourrais… Être dans le déni, imagina Stiles, une moue hésitante sur le visage.

Et cette tête trop adorable fit rater quelques battements de cœur au loup qui garda toutefois la face.

- Non, je te le promets.

Derek qui était gentil, c'était rare. Un Derek qui faisait une promesse et qui en plus avait l'air sincère, ça l'était encore plus, si bien que Stiles détourna le regard, complètement bouleversé par son comportement. Un loup-garou mal luné lui faisait plus confiance que son propre père…

- En contrepartie, je te demande d'être complètement honnête, même si je peux entendre ton cœur. Si je te fais confiance, je veux que tu me fasses confiance aussi.

Sans répondre, Stiles hocha la tête pour donner son accord, avant de la baisser. Son bouleversement l'empêchait de parler. On ne pouvait pas réellement dire qu'il était heureux, mais la confiance que semblait lui accorder Derek le touchait au plus au point et cette confiance, il ne voulait pas la perdre. Il avait accepté la proposition de Derek pour plusieurs raisons mais la principale était qu'il puait la sincérité et sans être un loup-garou avec les sens qui allaient avec, Stiles était capable d'affirmer que Derek ne mentait pas. Le reste, c'était un détail. Faire confiance au bêta était un bon début. Néanmoins, la peur qu'il le laisse tomber du jour au lendemain à la suite d'une potentielle découverte sur son passé le terrifiait. Stiles décida de ne pas penser à cette éventualité et de n'y songer que lorsque Derek aurait trouvé quelque chose, ce qui ne risquait pas d'arriver de sitôt selon lui.

Les larmes retenues que Derek vit briller dans les yeux de Stiles avant qu'il ne baisse la tête lui confirmèrent qu'il avait fait le bon choix et il resserra son espèce d'étreinte sur le jeune homme. Il savait que l'hyperactif ne chercherait pas à lui mentir, mais avait préféré lui rappeler qu'il était capable de déceler les mensonges avec son ouïe.

Au moins, il avait la certitude qu'il finirait par découvrir ce qui, semblait-il, avait détruit Stiles.