Stiles s'affala sur le canapé avec une certaine retenue. Disons que ses douleurs commençaient doucement à se réveiller et il ne trouvait pas très utile de les augmenter. S'il pouvait éviter d'épuiser Derek à force de le laisser prendre sa douleur… Il posa son verre de coca sur la table basse en soupirant de fatigue. C'était fou comme il se sentait faible, comme s'il avait trop bougé aujourd'hui. Il n'avait envie que d'une chose, se poser devant un bon film pour dormir et c'était d'ailleurs pour cette raison qu'il se trouvait sur le canapé au lieu de discuter debout avec les autres. Ça l'isolait un peu des autres mais ce n'était pas très grave. À cet instant, il eut envie que Derek soit près de lui. Oh, il l'avait bien vu aller dehors en compagnie de Scott et bien sûr, il s'était tout naturellement demandé pourquoi, surtout qu'il avait également entraperçu Parrish qui les y attendait. Il avait alors haussé les épaules et s'était concentré sur… Le vide. Que faire alors que tout le monde discutait par petits groupes ? Vivement qu'ils se décident à trouver un film. Il ferma les yeux.

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Scott eut l'impression que son monde s'écroulait. Ça ne pouvait pas être possible, les mots… Il avait dû mal voir. Il se frotta fébrilement les yeux et lut une bonne dizaine de fois les mots, sans accepter pour autant leur signification. Des ratés, son cœur en avait à cet instant précis. Son rythme était plus irrégulier que jamais et l'air parvenait difficilement à ses poumons. Il sentit un bras puissant s'enrouler autour de lui, le maintenant fermement contre un corps. Derek l'avait tout de suite rattrapé en voyant que ses jambes commençaient à trembler et que son regard se perdait dans le vague. Scott était sous le choc et n'arrivait pas à y croire. Derek était plus ou moins dans le même état, à un détail près : il se repassait en boucle les éléments de ces derniers jours qui matchaient étrangement bien avec ce que venait de leur apprendre Jordan. La crise, la peur d'être touché, la terreur et toutes ces petites choses qui rendaient Stiles mal. Il comprenait mieux pourquoi celui-ci lui avait demandé de venir pour rassembler des affaires chez lui. Cet homme, sa position étrange lorsqu'il maintenait Stiles contre le mur de sa chambre. Il n'y avait plus aucun doute : c'était lui, l'agresseur de Stiles. Il n'avait même pas besoin que Parrish lui montre le visage dudit inconnu il le reconnaîtrait aisément. C'était comme si d'un coup, son visage apparaissait au grand jour, à l'image de ses actes. Car pour Derek, c'était clair : si Stiles avait tenté de porté plainte, c'est que ces faits avaient eu lieu. Il ne voyait pas le garçon mentir, surtout sur un sujet aussi grave.

- Ça n'a pas abouti, n'est-ce pas ? Demanda Derek d'une voix qui trahissait ses émotions, alors qu'il essayait toujours de maintenir Scott debout.

- Non, confirma Jordan. Selon moi, l'affaire a été étouffée, puisque les poursuites envers l'accusé ont été… Très vite abandonnées.

- C'est… C'est pas possible, souffla Scott en s'accrochant à Derek.

- Comment ça se fait ? L'interrogea Derek après avoir eu le courage d'oser demander cette information alors que son cœur était atrocement serré.

- L'accusé est le meilleur ami du shérif, autrement dit, le père de Stiles. À mon avis, c'est sa version qui a été retenue, et non celle de Stiles. Le dossier est bâclé : on a le témoignage de Stiles et la décision de la police. Pas d'interrogatoire de l'accusé, pas d'examen médical ou psychologique de Stiles à cette époque-là, rien.

- Et son témoignage… On peut… On peut le lire ?

C'était Scott qui parlait, d'une voix tremblante. Il se reposait désormais totalement contre Derek qui n'appréciait pas particulièrement ce contact mais ne dit rien. Son alpha avait besoin de soutien, il tenait à peine sur ses jambes. Derek était aussi très touché par tout ce qu'il apprenait mais arrivait à tenir, pour l'instant. Son envie de retrouver Stiles et de l'étreindre de longues minutes le démangerait. Il voulait l'interroger, le prendre dans ses bras, dormir avec lui et par-dessus tout… Qu'il lui dise que tout était faux. Il ne voulait pas… Pas que ce soit vrai. Stiles ne pouvait pas… Non. Et puis… Sept ans. Ça voulait dire qu'il était enfant à cette époque-là. Et ce fait le terrifia, à tel point qu'un violent frisson désagréable parcourut l'intégralité de son corps.

- Scott, je te le déconseille, lui dit doucement Jordan en se rapprochant de lui.

Le regard du policier parlait pour lui et c'est sans doute ce qui commença à achever de briser les premières défenses de Derek, qui faisait pourtant beaucoup d'efforts pour les maintenir en place, ce qui n'était guère aisé dans cette situation. Parce que les révélations que venait de leur faire Parrish le bouleversaient, ça ne faisait aucun doute. Il essayait simplement… De garder la face, de tenir, de pouvoir se dire que Stiles n'était pas brisé.

Sauf qu'il l'était déjà, assurément.

Et ça le tuait. Savoir que Stiles souffrait à cause d'une telle chose le tuait.

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Stiles était perplexe. Cela faisait maintenant une dizaine de minutes que Derek, Jordan et Scott étaient revenus. Il avait beau ne pas être un loup, il sentait que quelque chose n'allait pas et n'était visiblement pas le seul puisque Liam et Isaac leur jetaient régulièrement des regards inquiets. Si Derek semblait simplement troublé, Scott semblait carrément prêt à s'effondrer à chaque seconde. Il multipliait les sourires rassurants mais Stiles n'était pas dupe : il connaissait son meilleur ami, qui était loin d'être aussi doué que lui pour jouer la comédie. Scott était plutôt du genre transparent, il avait besoin d'extérioriser ses problèmes pour aller mieux, le contraire de Stiles, qui était trop habitué à tout garder pour lui. Certes, ces derniers temps, la présence rassurante de Derek le poussait à bousculer ses habitudes et lui donnait cette envie de tout lui dire, néanmoins ce genre de choses avait la peau dure.

- Bon les gars, on va choisir le film alors je vous prie de tous participer, y compris vous deux, les deux dépressifs, fit Malia en prenant la télécommande.

Scott, assis sur le canapé face à celui de Stiles, sursauta légèrement. Ok, si même la coyote l'avait remarqué, c'est que son état mental était bien visible. Malgré tout, l'alpha fit des efforts pour garder la face et hocher la tête. Derek, accoudé contre un mur, un verre de jus de fruit à la main, garda un air indéchiffrable. La tristesse et l'anxiété dans leurs odeurs devaient beaucoup se sentir. En effet, pour soutenir leur alpha, Liam et Isaac s'installèrent auprès de Scott, le mettant entre eux deux.

Tout le monde finit par participer et la majorité vota pour un Marvel. Alors que le film allait commencer, Derek se décolla finalement du mur et se laissa tomber à côté de Stiles, sans le regarder. L'hyperactif, lui, fut surpris de ce choix et cela se vit à son regard perplexe. Décidément, Derek et Scott étaient étranges. Comble de la surprise, le loup de naissance passa un bras autour de lui, toujours sans lui jeter un regard. Instantanément, les joues de Stiles se colorèrent un peu et son cœur s'emballa, jusqu'à ce qu'il voie l'air tendu de Derek, qui fixait la télévision alors que le film n'était pas encore lancé. Stiles sentit un regard sur lui et tourna la tête : pourquoi les yeux de Scott étaient tournés dans sa direction ? Pourquoi semblait-il si… Triste ? Peut-être que… Non, bien sûr que non. Enfin, l'introduction du Marvel se lança et Stiles se détendit progressivement alors que les retardataires prenaient les dernières places disponibles sur les deux grands canapés. Sans hésiter, Stiles se rapprocha de Derek, posa sa tête sur son épaule et se laissa aller contre lui, rassuré par le bras qui l'entourait. Il était toujours sacrément fatigué et passait outre la douleur qui revenait doucement depuis un bon moment. Dans sa position, il ne vit pas le regard du loup changer, devenir brillant d'émotion. Cette confiance que Stiles lui témoignait le touchait et les réminiscences de l'horrible conversation avec Scott et Parrish lui enlevaient peu à peu ce masque de froideur qu'il tentait désespérément de garder. Alors, il resserra son bras autour de l'adolescent et prit sa douleur, comme toujours.

Bien évidemment, son geste ne passa pas inaperçu et certains virent très bien les veines de sa main devenir noires sans toutefois que la douleur ne se lise sur son visage. Celui de Stiles se détendit et un très léger sourire étira ses lèvres, comme s'il était soudainement soulagé d'un poids. Liam fronça les sourcils, tout autant que Lydia et Isaac. Le louveteau voyait tout depuis le début mais n'osait rien dire. La banshee, quant à elle, commençait à peine à se poser des questions et Isaac avait des suspicions mais ne disait rien. Théo, Corey, Malia, Kira et les autres, excepté Scott, étaient à fond dans le film. Ils avaient toutefois notifié le rapprochement étrange entre Derek et Stiles, sans s'y intéresser plus que ça. Scott, de son côté, essayait le plus possible de penser à autre chose qu'à Stiles et ce qui semblait lui être arrivé et dieu que c'était difficile. Il ne faisait que serrer les poings et la mâchoire en gardant un regard soucieux. Les mots tournaient en boucle dans sa tête, formant un cercle vicieux qui l'empêchait de focaliser entièrement son attention sur autre chose. Stiles, abusé dans son enfance ? Il ne voulait pas l'accepter. Il ne le pouvait pas. C'était son meilleur ami, son frère. S'il lui était arrivé quelque chose de ce genre, il lui aurait dit… Non ? Le seul point positif qu'il arrivait à voir dans cette situation, c'était le rapprochement entre Stiles et Derek, en qui il avait toute confiance. Jamais il ne ferait de mal à Stiles. D'accord, il avait un peu abusé avec les placages de mur et la violence lorsqu'ils s'étaient rencontrés mais la perte de son statut d'alpha lui avait fait du bien, pour ne pas dire qu'il s'était assagi. Il lui avait prouvé sa loyauté et son amitié à tant de reprises qu'il ne pouvait douter de lui.

Une lumière s'alluma dans la petite tête pensive de Scott. D'après Parrish, Stiles avait désigné le meilleur ami de son père comme son agresseur. Le meilleur ami de son père. Il écarquilla les yeux, comprenant soudainement. Le soir où Derek avait emmené Stiles chez les McCall, celui-ci avait parlé d'excuses faites au commissariat, de ce qu'il avait vécu comme une humiliation. Jordan avait parlé de son hypothèse, comme quoi l'affaire aurait été étouffée. Tout commençait à faire sens.

Et pourtant, en réalité, ce qu'il savait n'était que la partie émergée de l'iceberg.

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Le film était fini depuis un bon moment et une bonne partie des personnes encore éveillées, c'est-à-dire tout le monde sauf Stiles, Lydia et Malia, s'affairèrent pour déplier les canapés et installer des matelas à même le sol, avec des couvertures, oreillers et plaids pour ceux qui en voulaient. Seul Derek était encore assis, Stiles endormi sur son épaule. Il n'osait bouger, de peur de le réveiller. Néanmoins, sachant qu'il avait impérativement besoin de repos, Derek fit signe à Scott, qui venait d'étaler un plaid sur un matelas. Celui-ci s'approcha et son regard accrocha le bel endormi.

- Je vais le monter en haut, il y sera mieux, l'informa le loup de naissance.

- Je t'accompagne, lui dit simplement Scott, l'air las.

Derek hocha la tête, prit l'hyperactif dans ses bras comme si c'était une princesse qui ne pesait rien, se leva et commença à monter les escaliers sous quelques regards curieux. Scott le suivit et fut étonné lorsqu'il remarqua que le plus jeune des Hale emmenait Stiles dans sa chambre. Avec une douceur qu'il ne lui connaissait pas, il le déposa sur le lit. Derek eut toutefois besoin de l'aide de Scott pour enlever à Stiles sa veste, avant de s'occuper de ses chaussures. Le regard de Scott s'assombrit en voyant les bras bandés de son meilleur ami. Bien sûr qu'il savait pour les brûlures de cigarettes Derek avait fini par leur expliquer l'histoire, à lui et Jordan. Autant dire que tout ça ne le rendait que plus mal. Et pourtant, pourtant… Scott n'avait pas essayé de se rapprocher de Stiles de toute la soirée alors qu'au fond, il n'avait qu'une envie : le serrer dans ses bras et lui dire qu'il était désolé de n'avoir rien vu alors qu'ils se connaissaient depuis leur plus tendre enfance. Il ne se voyait néanmoins pas le faire. Il n'arrivait pas à le toucher, à l'effleurer, sans penser à autre chose que ces mains sales qui l'avaient probablement souillé. Rien n'était prouvé mais, comme Derek, Scott ne pouvait douter du témoignage écrit de Stiles. Il le croyait. Il regarda distraitement son bêta plus âgé que lui étaler la couverture sur son meilleur ami, presque jusqu'au menton. Bêta qui se leva et lui fit signe de le suivre. Sans âme, Scott le suivit. Une fois dans le couloir, l'alpha soupira et le bêta posa une main sur son épaule.

- Il va rester quelques jours. Il ne craint rien, ici, tenta de le rassurer Derek.

- Je sais mais… Ça me rend malade, souffla Scott. Pourtant, il a l'air si, si…

Normal.

Derek ne dit rien : parler ne ferait que précipiter la chute de ses défenses affaiblies. À la place, il passa un bras dans le dos de Scott et l'incita à redescendre voir les autres. Il se laissa mollement faire et, une fois dans la grande pièce à vivre, se laissa choir sur l'un des matelas, sans dire un mot à personne. Derek, lui, mourrait d'envie d'aller retrouver Stiles en haut. Déjà qu'avant de savoir, le laisser seul ne le tentait pas, même dans son propre loft, là, c'était pire. Il relativisait toutefois en se disant que son grand appartement était actuellement occupé par tout un tas de loups-garous ainsi que d'une banshee, une coyotte, un chien de l'enfer accessoirement adjoint du shérif… Stiles ne craignait rien. S'il y avait un souci, il serait entendu par la fine ouïe lupine de la plupart des gens présents. Et pourtant… Stiles lui manquait. Ne pas l'avoir près de lui, dans ses bras… Ça lui manquait. Non, en fait, il n'aimait pas. Il n'aimait pas ne pas l'avoir à portée. Surtout dans cette situation. Derek fit des efforts surhumains pour se laisser choir sur l'un des canapés dépliés, à côté d'Isaac. Quelques loups étaient déjà en train de se coucher, d'autres discutaient sur le balcon. Derek ferma les yeux mais n'arriva pas à les garder longtemps : à chaque fois qu'il se perdait dans l'obscurité de son âme, il voyait Stiles les yeux écarquillés, en pleurs, en proie à une peur indicible. Il imaginait les mains horribles courir sur son corps, lui arrachant des cris silencieux. Derek rouvrit les yeux. Il voulait dormir ? Ce n'était certainement pas tout de suite qu'il allait y arriver. Pourtant, il essaya durant une bonne demi-heure.

Les vibrations de son téléphone dans sa poche furent presque une bénédiction pour lui, l'obligeant volontiers à détourner son attention. Il haussa un sourcil en voyant qu'il avait reçu un message, en particulier lorsqu'il vit de qui il s'agissait.

[L'hyperactif]

T'es où ?

Derek lui répondit et ne tarda pas à recevoir une réponse de Stiles.

[L'hyperactif]

Viens.

Le bêta ne lui demanda même pas pourquoi, ne chercha pas à comprendre le moins du monde. Il se leva sans un bruit pour ne pas réveiller les premiers endormis et monta rapidement les escaliers. Il calma son pas en ne sentant aucune peur dans l'odeur de Stiles, ce qui le rassura au plus haut point. Son loup grattait les parois de son esprit, désireux de s'en aller cajoler l'adolescent, mais son côté humain était terrorisé à cette idée. Et si Stiles interprétait mal ses gestes ? Et s'il pensait qu'il… Non, Stiles avait confiance en lui et n'avait jamais fait aucune remarque, c'était même lui qui faisait régulièrement le premier pas. Derek se fit alors la réflexion que c'était étrange. Néanmoins, il s'avança et entra dans sa chambre, plongée dans la pénombre. Il vit pourtant clairement Stiles, assis dans le lit, éveillé mais l'air épuisé, grâce à sa vision lupine.

- Tu dormais, souffla Derek en refermant la porte derrière lui.

- Effectivement, tu fais bien de parler au passé parce que comme tu le vois, c'est révolu.

Le ton ne faisait pas si sarcastique tant la fatigue se ressentait dans sa voix.

Derek se rapprocha et alluma son téléphone pour les éclairer tous les deux. Les yeux de Stiles étaient gonflés : son réveil était sans doute récent. Les joues rosies, il se mordait la lèvre inférieure.

- J'veux pas être seul, avoua l'adolescent, gêné.

Sa moue si tendre fit instantanément fondre Derek, qui s'assit sur le lit. Son envie de l'étreindre n'en fut que plus forte et la retenir fut d'autant plus compliqué.

- Et en même temps, j'veux pas te prendre ton lit, continua Stiles. Alors, si tu veux que j'aille finir ma nuit en bas, je peux…

- Reste là, tu seras bien mieux qu'en bas. Et si tu ne veux pas être seul… Je peux rester, si tu en as envie.

Derek avait hésité à terminer sa phrase de cette façon, mais s'était finalement décidé. La peur que Stiles interprète mal ses gestes et paroles le terrifiait, tout Hale qu'il était. Il était clair que seul le fait d'en parler avec lui l'aiderait à cerner ce qu'il pouvait faire et ne pas faire, mais ce n'était clairement pas le moment. Pas ce soir, pas à cette heure-ci. Le lendemain, sans doute. Il espérait seulement que Stiles ne se refermerait pas comme une huître.

De légères rougeurs colorèrent les joues de Stiles, qui détourna le regard, l'air gêné. Derek se mordit la lèvre inférieure, le regard bien plus expressif que d'habitude. Il avait merdé et devait faire marche arrière.

- Oui. Reste… Tu… Ça fait déjà plusieurs fois qu'on dort ensemble et je dois te déranger au possible mais je sais pas si… Enfin ça dépend de toi. C'est ton lit, c'est ton sommeil.

Stiles ponctua ses paroles par des petits rires gênés, qui s'accentuèrent vers la fin. Du reste, Derek s'en foutait. Jamais Stiles ne le dérangeait : ni en bougeant, ni en se réveillant en sursaut à cause de cauchemars, ni par sa simple présence. À la place, il demanda :

- Stiles, tu me le dirais si je faisais quelque chose qui ne te plairait pas ?

Son ton sérieux fit perdre son sourire à l'adolescent, qui adopta une moue perplexe, un sourcil haussé, l'autre froncé.

- Bien sûr que oui, répondit-il tout de suite.

Aucun raté.

- Et le fait que je dorme avec toi ?

- Derek, si ça me gênait, tu crois que je t'aurais laissé dormir avec moi ces derniers jours ? C'est limite si on a pas dormi ensemble toute la semaine, rit Stiles. La question, c'est plutôt de savoir si toi, ça te dérange, vu toutes les questions que tu me poses… Non, vraiment, si tu veux juste récupérer ton lit, tu peux me le dire tout de suite.

Pour toute réponse, Derek le regarda avec une intensité qui le déstabilisa, tant qu'il n'arriva à aucun moment à analyser son regard. À ce moment-là, Stiles s'en voulut et entreprit de se lever. Cependant, la vision d'un Derek se déshabillant le stoppa dans son élan. Que faisait-il ? En un tour de main, le loup avait retiré son pantalon suivi de son haut. Stiles retint son souffle. Pas parce que Derek était à tomber ni parce qu'il avait un corps à se damner simplement, sa peur originelle reprenait le dessus. Il avait trop de souvenirs dans lesquels il voyait des vêtements tomber au sol. Un frisson lui parcourut l'échine et il resserra automatiquement ses doigts sur les draps. Sa peur disparut toutefois bien vite lorsqu'il vit le Hale sortir un t-shirt de sa penderie et qu'il l'enfila. À ce moment-là, Stiles relâcha son souffle, qu'il n'était pas conscient d'avoir retenu. Derek se glissa à ses côtés sous les draps, laissant délibérément un espace entre eux et éteignit son téléphone, ne laissant plus place à aucune lumière. Stiles hésita un instant puis se rallongea sous la couette, aux côtés d'un Derek qui était étrangement loin de lui. Très vite, l'hyperactif tilta : il avait eu peur et Derek étant un loup, il avait forcément senti son odeur. Dans une exclamation silencieuse, il mit ses mains sur sa bouche, les yeux écarquillés. Il s'était vexé, par sa faute.

- Derek, je suis désolé, je… C'était pas contre toi, je…

- Je sais, le coupa le loup. Dors, Stiles.

La voix était un peu sèche et ferme.

- Mais…

Stiles se tut.

En réalité, Derek n'était pas vexé, mais mal.. En plus de sentir son odeur, il avait vu son regard et entendu le froissement des draps entre ses doigts resserrés. Il avait fait peur à Stiles sans le vouloir et c'était clairement la dernière chose qu'il voulait. Son ventre se tordait en nœuds douloureux, son cœur en ratait, des battements. Car la réaction de Stiles était très parlante et ne pouvait que confirmer ce que lui avait appris Jordan. Et pourtant, pourtant… L'envie de l'étreindre était plus puissante que jamais. Il devait tant prendre sur lui pour ne pas se retourner que c'en devenait presque douloureux. C'était limite si ses griffes sortaient.

- Derek…

La voix de Stiles était trop peu assurée, presque tremblante. Son souffle irrégulier inquiéta aussitôt Derek qui ne résista aucunement cette fois et se retourna soudainement. Malgré ses sens lupins, il ne voyait rien dans cette obscurité totale.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-il précipitamment.

Il entendit plus qu'il ne vit Stiles se tourner, se mettant dos à lui.

- Laisse.

La voix de l'adolescent était rauque, enrouée, comme s'il retenait une quelconque émotion. Des larmes. Ce constat bouleversa le loup qui se rapprocha doucement.

- Désolé de t'avoir vexé, ajouta-t-il néanmoins douloureusement. Bonne nuit.

Stiles hoqueta toutefois de surprise en sentant la grande main de Derek se poser sur son épaule. Le contact était chaud, brûlant, mais sans aucune tension sexuelle l'accompagnant. C'était juste une chaleur dont Stiles avait besoin et qui lui manquait toujours plus lorsqu'il n'en avait pas durant un long moment. C'était pour cette raison qu'il s'était vite réveillé tout à l'heure une grande partie de lui hurlait pour avoir Derek près de lui. Son contact le rassurait tout autant que sa présence. Cela en devait presque… Vital. Pourquoi le loup mal léché était-il le seul à le faire se sentir autant en sécurité ?

- Tu m'as pas vexé. Je m'en voulais, c'est tout.

La voix grave de Derek le sortit brutalement de ses réflexions.

- T'as pas à t'en vouloir de quoi que ce soit, t'as rien fait.

- Je t'ai fait peur, Stiles, insista le Hale.

- C'était pas toi, commença Stiles, je t'ai dit-

- C'est pas la première fois que ça arrive, le coupa le loup. Déjà à l'hôtel, tu m'as presque fait une crise d'angoisse quand j'ai dormi avec toi la première fois.

Stiles se retourna brusquement vers lui et son regard lançait des éclairs, malgré l'obscurité qui empêchait Derek de voir cela. La main du loup descendit naturellement de son épaule pour se poser sur sa hanche. Et aucun des deux hommes ne tilta. Stiles continua sans y faire attention :

- J'avais la gueule de bois, je me souvenais pas que t'étais resté ! Et je… Je t'ai confondu avec quelqu'un d'autre, je te l'ai déjà dit.

Stiles avait d'ailleurs honte en y repensant. Mais c'était plus fort que lui parfois, ses peurs prenaient le dessus, sans qu'il ne puisse rien y faire.

- C'est ma faute, Derek, pas la tienne. Des fois, je me rappelle de choses que je devrais oublier et… Ça mène à ce genre de situation. Mais… En aucun cas c'est de ta faute, je te le jure ! C'est juste moi… C'est moi le problème.

- Stiles…

- Non, tu te tais ! Fit Stiles avec une autorité nouvelle qui surprit le loup, sans pour autant élever la voix. Tu n'as rien à changer, je te sens déjà arriver. Peu importe la manière dont je réagis, peu importe ce que je suis et ce que j'ai vécu, je refuse que tu penses que c'est de ta faute. Je refuse d'autant plus que tu changes quoi que ce soit chez toi. C'est à moi de m'adapter, de faire des efforts… Toi, ne change rien, je t'en supplie…

Durant son petit monologue, Stiles s'était rapproché, jusqu'à se retrouver à quelques centimètres seulement du loup, dont la main s'était légèrement resserrée sur sa taille, glissant pour se retrouver au milieu de son dos. Le corps fin de l'hyperactif tremblait à peine, mais suffisamment pour briser le cœur du loup qui avait beaucoup de mal à résister.

- C'est moi qui suis cassé, continua fébrilement Stiles, je dois juste me réparer, ça doit pas être si compliqué, haha...

Cette phrase et les inflexions dans sa voix tremblante achevèrent de briser le cœur et les défenses du loup. D'un geste rapide, il emprisonna Stiles dans une étreinte emplie de tendresse. Étreinte dans laquelle l'hyperactif s'engouffra volontiers, se jetant presque dans les bras du lycan, comme s'il avait attendu son geste pour s'autoriser à faire cela. Sans une hésitation, il nicha sa tête dans le cou de Derek et se pelotonna contre lui. Parce qu'il n'avait pas peur de son contact, parce qu'il en avait même besoin.

- Change pas Derek, le supplia une nouvelle fois Stiles, les yeux fermés retenant les larmes qui voulaient sortir malgré tout.

- Promis, répondit seulement celui-ci en passant une main dans la douce chevelure de l'hyperactif.

Et Stiles se colla encore plus contre lui, comme si c'était physiquement possible. Et Derek frotta doucement sa joue contre la peau, laissant doucement son loup prendre les commandes. Ses doigts se baladèrent dans les cheveux châtains, son autre bras gardait jalousement le garçon contre lui. L'assentiment dont il faisait preuve et la confiance qu'il lui témoignait le touchaient profondément et firent faire ses hésitations. Stiles avait besoin de lui tel qu'il était. Et Derek avait besoin de revoir l'adolescent sourire.

- Mon ancrage… Murmura Stiles. Tu es mon ancrage.