Stiles marmonnait dans sa barbe inexistante. S'occuper d'un enfant, ce n'était vraiment pas son truc et pourtant, il aimait bien. Il n'était juste… Pas doué ou plutôt, pas expérimenté pour un sou. Derek et Peter n'étaient pas vraiment d'une très grande aide. Et encore, il pouvait s'estimer heureux que la petite ait sept ans et demi et ne soit pas un bébé de seulement quelques mois.
- Je vous jure que quand Meadow reviendra, je lui dirai de plus jamais me faire ce coup-là, dit-il aux deux Hale.
Il était treize heures trente et les derniers membres de la meute non-Hale avaient quitté le loft ne restaient donc que Stiles, en compagnie de Derek, Peter et Amelia. La fillette s'amusait avec la nourriture, elle en aimait les couleurs et la forme, apparemment. Dans un sens, ça faisait plaisir à Peter qui prenait toujours le temps de bien présenter ses plats mais en même temps, ça l'agaçait : aussitôt que l'assiette était apparue devant elle, la gamine avait détruit son œuvre d'art avec un plaisir non-dissimulé. Une vraie petite teigne, adorable tout de même. L'oncle psychopathe de Derek n'arrivait pas à lui en vouloir malgré son habituel caractère trempé et maniaque. Derek, lui, était simplement peu à l'aise : il aimait bien Amelia qui parlait peu mais s'amusait toujours dans son coin et autant dire qu'il commençait déjà à s'habituer à sa présence. Le problème résidait seulement dans le fait qu'il ne savait pas comment se comporter avec elle, ce n'était pas son truc. Néanmoins, il essayait d'épauler Stiles quand celui-ci en ressentait le besoin, c'est-à-dire très souvent. Et même si l'action semblait embêter le jeune homme, la lueur dans ses yeux ne trompait guère le né lycan. Amelia réchauffait son cœur et avait provisoirement levé le voile sombre qui nageait dans son regard. Car malgré ses réticences, Stiles semblait tenir à la mission que son amie d'enfance lui avait confiée. De plus, Derek avait sa petite idée quant à la mystérieuse dernière phrase prononcée par la mère d'Amelia. Il se demandait si elle n'était pas liée au passé de Stiles et plus il y pensait, plus il en était certain, même s'il ne voyait pas comment c'était possible. Encore un nouvel élément à creuser.
Déjà, Derek avait plusieurs discussions à avoir avec Stiles, la principale concernant bien évidemment ce que lui avait appris Jordan mais dont il commençait déjà à se douter depuis un moment, à cause des différentes attitudes du jeune homme. Bien sûr, le loup avait envie de foncer, de crever l'abcès le plus tôt possible et pourtant, l'air plus serein que d'ordinaire de Stiles l'en dissuada tout de suite. Il avait le droit d'être tranquille, au moins un peu, de penser à autre chose que ses problèmes.
Ce fut Peter qui débarrassa la table et fut chargé de s'occuper de la petite Stiles étant fatigué et pensif, il avait émis le souhait de s'isoler un peu à l'étage. Le voilà maintenant qui était assis sur le petit fauteuil à côté de la grande fenêtre, dans la chambre de Derek et regardait la ville, à travers la vitre qui mériterait un bon coup de nettoyage soit dit en passant. S'il était fatigué après seulement un repas, ça promettait… En réalité, sa fatigue n'était pas vraiment due à la gamine qui était tout sauf énergivore elle était adorable et s'occupait facilement dans son coin. Stiles avait attentivement lu les quelques mots que Meadow lui avait laissé dans le sac d'affaires d'Amelia. Cette dernière adorait dessiner, il suffisait qu'on lui laisse des feuilles et des crayons et voilà qu'elle s'enfermait des heures dans un mutisme synonyme d'une concentration extrême. La jeune maman avait également glissé quelques livres d'images et un qui n'en comptait que peu, mais dont Stiles avait tout de suite compris l'utilité : le voilà qui allait devoir s'improviser conteur. Amelia adorait qu'on lui lise des histoires avant de dormir. Le mode d'emploi n'a pas l'air si compliqué, avait-il songé nerveusement. Sur une autre feuille, Meadow avait listé ses allergies et aliments qu'elle n'appréciait pas, autant dire que Stiles en savait presque plus sur Amelia que sur son meilleur ami.
Si Stiles était fatigué, c'était surtout mentalement. Il avait l'impression que chaque jour, une charge mentale s'ajoutait à celle déjà présente. N'était-ce pas un peu trop pour un adolescent de son âge ? Sans doute. Pourtant, on ne lui laissait pas le choix. Il se devait d'assumer, peu importe ce qu'il lui arrivait. Et puis il y avait ses interrogations personnelles, aussi. Combien de temps Derek le laisserait-il rester au loft ? Que comptait réellement lui faire Émile ? Les cigarettes n'avaient été que prémisses, un moyen de le forcer à revenir. Mais pour lui faire quoi, ensuite ? Le policier était malheureusement très inventif. Trop. Stiles ne pouvait pas savoir à l'avance ce qu'il pouvait lui avoir réservé. Combien de temps allait-il réussir à lui échapper ? Et Meadow ? Il y avait un lien avec elle, forcément, auquel cas, jamais elle ne serait venue lui demander ce service de manière aussi urgente. Elle voulait protéger sa fille et Émile était le dénominateur commun dans leurs vies respectives. Stiles soupira, désespéré. Sa vie serait-elle un jour plus simple ?
- Tu m'as l'air bien pensif.
Stiles sursauta et se retourna bien vite. En soi, il n'avait pas vraiment eu peur. Simplement, il était profondément plongé dans ses pensées et la voix de Derek était très efficace pour l'en sortir.
- Dé-désolé, je t'avais pas entendu venir… S'excusa-t-il, l'air penaud.
- J'ai vu ça, confirma Derek en s'asseyant sur le lit. Comment tu te sens ?
Stiles haussa un sourcil avant de lâcher :
- J'imagine que tu n'accepteras que la version honnête ?
- C'est que tu imagines très bien dis donc, lui répondit le loup en levant les yeux au ciel pour se donner un genre.
Stiles pouffa en entendant le sarcasme dans la voix de Derek. Ça lui allait bien. Il se leva et se rapprocha du loup, se postant juste devant lui, ses jambes effleurant les genoux du Hale. Ce contact, pourtant si léger, lui donna envie de plus. Les seuls moments où Stiles oubliait tout, c'était quand il se retrouvait dans les bras du loup et encore mieux, lorsqu'il dormait avec lui. Ses cauchemars s'espaçaient et s'amenuisaient petit à petit. Il savait que c'était Derek qui lui apportait cette forme d'apaisement, de sérénité dont il avait tant besoin. Inutile de le nier.
- Ça va, consentit-il à dire au bout d'un moment. Je suis juste un peu… Perdu.
- C'est par rapport à la petite ? S'enquit Derek en levant la tête pour ancrer ses yeux clairs dans ceux, couleur miel, de son vis-à-vis.
- Pas vraiment. Elle fait partie du problème mais disons… Que sa présence complique les choses, pour moi, rit nerveusement Stiles. Comme tu le sais, j'ai… J'ai déjà pas mal de soucis à gérer en ce moment et je ne pensais pas devoir me retrouver à m'occuper d'un enfant.
- T'es pas tout seul, tu le sais ça ? Fit Derek pour le rassurer.
- Oui, bien sûr mais tout est trop… Incertain. Je sais pas combien de temps je vais pouvoir rester ici, je sais pas ce qui m'attend, si je vais me refaire agresser ou pas, je ne sais pas non plus quand Meadow a prévu de venir chercher sa fille…
- Stiles, l'interrompit le loup.
L'adolescent haussa les sourcils et lança un regard interrogateur à son vis-à-vis, qui le surprit très vite. Les mains de Derek enveloppèrent celles de Stiles et les lui tinrent avec une ferme douceur. Les joues de Stiles rosirent tandis que la chaleur du loup s'insinuait en lui d'une manière si douce que c'était plus qu'agréable.
- Tu peux rester ici autant de temps que tu le veux, tu le sais. Sache également que tant que tu seras ici, personne ne pourra te faire de mal, je ne laisserai pas ça arriver.
La voix de Derek était aussi posée qu'assurée et ses pouces caressaient doucement le dos des mains fines de Stiles. La douce chaleur le traversait, irradiait des mains de Derek. Elle était rassurante, sécurisante au possible. Si l'on ajoutait à cela ses mots si tentateurs, il fallait bien comprendre que Stiles ne pouvait qu'avoir besoin de la présence du loup. Elle commençait sérieusement à lui devenir indispensable. Mais pas que.
- On peut considérer que tu n'as plus à te soucier de ces détails et que tu n'as plus qu'à t'occuper de la petite, lui dit Derek comme si c'était facile.
- C'est pas aussi simple, soupira Stiles même s'il savait qu'il avait raison.
Doucement, il retira ses mains de celles de Derek qui le regarda, surpris. Tout de suite, Stiles choisit de s'assoir près de Derek après l'avoir contourné et posa instantanément sa tête sur ses épaules. Il ferma les yeux et son esprit fut aussitôt assailli par certaines images des souvenirs qui le hantaient.
- Elle est si… Innocente, souffla Stiles. J'aimerais vraiment qu'elle… Qu'elle garde ça. Son innocence, c'est sans doute son bien le plus précieux et c'est ça que je dois protéger.
Stiles sentit aussitôt la main de Derek passer dans son dos, jusqu'à se poser sur sa hanche pour y rester. Il faillit soupirer d'aise et ne fit qu'à peine attention à ses mots.
- Meadow, elle est jeune, pas vrai ? Elle a pas eu une vie facile, enchaîna l'adolescent. Elle avait quatorze ans quand un mec s'est joué d'elle pour avoir son cul. Il lui a fait croire qu'il était amoureux et puis, lorsqu'elle lui a annoncé sa grossesse, il s'est barré comme un lâche. Ses parents ont voulu qu'elle avorte mais elle a toujours refusé. Elle avait déjà un lien avec ce bébé, elle ne se voyait pas l'abandonner comme ça, même malgré sa jeunesse. Alors, ses parents l'ont reniée, petit à petit. Ce qu'il s'est passé ensuite… Ça n'a rien arrangé. Si je peux l'aider, je le ferai, bien sûr, mais je suis pas sûr d'être la bonne personne pour ça.
- Dis pas n'importe quoi, si elle t'a choisi, ce n'est pas pour rien.
Stiles se décolla légèrement de Derek et releva la tête pour le regarder. Le loup fut étonné de voir un très léger sourire étirer ses lèvres, accompagnant son regard espiègle.
- J'ai l'impression que plus tu me fréquentes, plus la gentillesse te gagne, dit-il, l'air moqueur.
- Je l'ai toujours été, enfin… Plus ou moins, concéda Derek.
- Nan, ça je peux te l'assurer, ricana Stiles. Avant, tu me plaquais contre un mur pour un oui ou pour un non. Maintenant, c'est câlin toutes les heures.
- Si tu insistes, je peux recommencer à être détestable.
- Surtout pas ! T'es parfait comme ça.
Parfait tout court.
En riant doucement, l'hyperactif se recolla à Derek pour mieux profiter de ses caresses, sans réellement se rendre compte de la portée de son comportement. Sans non plus remarquer le très léger changement de couleur des joues du lycan, ni l'emballement soudain .
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Stiles referma doucement le livre après avoir constaté qu'Amelia avait fini par s'endormir. Il lui avait narré l'une des histoires que sa mère avait mise dans son sac et il fallait dire que c'était diablement efficace. Il se leva et sortit sans faire de bruit dans la chambre de Peter qui, lui, était forcé de dormir dans le salon. Au départ, Stiles avait proposé de dormir à cet endroit-là avec la petite, mais Derek s'était tout de suite interposé, pour une raison qui lui était obscure. Il était parti discuter avec Peter dans la cuisine. Quelques minutes plus tard, oncle et neveu étaient tombés d'accord et étaient revenus vers l'adolescent, qui jouait avec la gamine avec une patience étonnante.
- Elle dormira dans ma chambre, moi dans le salon et toi tu restes en haut, l'avait informé Peter.
Ce qui avait surpris Stiles n'était pas tant l'accord des deux loups sur ce sujet que l'acceptation complète de Peter.
- Tu vas me faire croire que ça te fait pas chier de laisser ton lit à une liliputienne ? Avait-il demandé, un sourcil haussé.
- C'est provisoire, avait simplement répondu l'oncle de Derek.
Stiles avait regardé étrangement Peter, comme si sa réponse était trop saugrenue pour être véridique, avant d'hausser les épaules. Et voilà que la petite dormait dans le grand lit du psychopathe de la famille Hale. Elle avait sans doute réussi à amadouer le cœur de glace de Peter, car ce n'était pas à tout le monde qu'il cèderait son saint lit. Pour lui, c'était le confort avant tout. Et autant dire que le canapé n'était pas ce qu'il y avait de mieux dans cette matière.
Stiles se dirigea vers la chambre de Derek et rit intérieurement en se faisant la réflexion qu'il commençait à bien connaître le chemin, à force. Il se stoppa toutefois devant la porte, close. Il savait que Derek était à l'intérieur, il était parti bouquiner lorsque Stiles avait dû s'occuper de coucher la petite Amelia qui, par chance, avait rendu ce moment facile et presque agréable. Elle parlait très peu mais montrait une sagacité et une docilité hors normes pour une enfant. En somme, elle était facile à vivre et il fallait avouer que ça arrangeait Stiles. Lui qui ne s'était jamais occupé d'enfants voyait sa tâche un peu facilitée et c'était fort agréable.
Stiles toqua. Bien sûr, Derek avait déjà dû l'entendre arriver depuis le début, mais l'hyperactif avait encore un semblant de savoir-vivre, contrairement à la plupart des loups-garous de cette meute qui passaient généralement par sa fenêtre pour aller chez lui. Il songea avec amusement que c'était exactement ce que faisait Derek, avant. Leur relation avait bien changé, n'est-ce pas ? La porte s'ouvrit sur le concerné, qui l'invita à entrer d'un geste de la main avant de retourner s'installer sur le lit, reprenant son livre. Stiles s'avança un peu, avant de s'arrêter. L'hésitation le tiraillait, comme toujours.
- Tu sais, je peux toujours remplacer Peter sur le canapé, proposa-t-il.
La peur de déranger Derek et de profiter de sa gentillesse était toujours là, bien présente. Le concerné releva aussitôt la tête de son livre, un air presque outré collé au visage.
- Je préfère dormir avec toi qu'avec ce taré, personnellement. Hors de question aussi que tu dormes avec lui. La question c'est si cette situation te dérange, rétorqua Derek en désignant le lit d'un geste de la main.
- Non, non, pas du tout ! Tu me connais, je… 'Fin tu sais, bredouilla Stiles.
- Viens t'assoir, l'invita Derek en tapotant la place à côté de lui.
Alors que Stiles s'exécutait, il vit le loup se saisir d'une télécommande et allumer la télévision avant de sélectionner une plateforme de streaming bien connue. Bien que le fait de voir que Derek s'était mis à la page niveau technologie, l'hyperactif garda le silence sur ce sujet et mit un coussin entre son dos et le mur, s'installant confortablement aux côtés du loup.
- Qu'est-ce qui te tenterait comme film ? Lui demanda-t-il sans cesser de fixer l'écran, faisant défiler plusieurs images.
Stiles comprit aussitôt.
- Star Wars ! S'exclama-t-il.
- Un film que tu n'as pas encore vu, corrigea Derek.
- Ah, euh… Venom, peut-être. T'as ça ?
Lorsque le loup hocha la tête, il ne put que voir les étincelles brillant dans le regard noisette éclairé d'or de l'adolescent.
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Derek éteignit la télévision et la chambre se retrouva dans le silence le plus complet. Seule la respiration légère de Stiles pouvait se faire entendre si le loup utilisait ses sens exacerbés, ce qu'il choisit de ne pas faire. Il était bien, alors il n'en avait pas besoin. Après avoir posé sans un bruit la télécommande sur sa table de nuit, Derek tourna la tête vers celle, posée sur son épaule, de l'hyperactif. Il dormait si profondément contre lui que les petits mouvements de son aîné ne l'avaient pas réveillé le moins du monde. Il ne cilla même pas lorsqu'il lui retira sa veste avant de l'allonger correctement sous les draps avec une délicatesse qui en aurait étonné plus d'un. Derek se surprenait d'ailleurs parfois lui-même. Stiles avait cet effet-là sur lui : et le loup avait tellement envie d'être doux et de le protéger qu'il se dépassait dans ce premier domaine. Il éveillait en lui des instincts dont il se croyait parfois dépourvu et ce n'était pas si mal. Parce que Derek aimait être comme il était avec Stiles, parce que c'était naturel et qu'il ne se posait aucune question. Il ne se forçait pas à jouer un rôle, à rester distant. Il agissait à sa guise et acceptait de montrer son côté sentimental, chose qu'il n'aurait jamais faite par le passé. Mais c'était facile, avec lui. Néanmoins, ça ne devrait pas. Pas avec tout ce qu'il savait concernant ses problèmes, pas avec toutes les larmes qui avaient coulé sur ses joues. Et pourtant, c'était simple. Derek avait hésité mais Stiles lui avait fait comprendre que ça allait. Alors, autant rester naturel.
Derek finit par s'allonger dans le lit et prendre Stiles dans ses bras, jouant le rôle de la grande cuillère. Il adorait dormir ainsi, c'était un pur plaisir. Avait-on déjà dit qu'il voulait protéger Stiles ? C'était l'impression qu'il avait en étant de cette manière. C'était comme si son étreinte était un cocon autour de l'hyperactif, quelque chose de sécurisant.
Il adorait ça, et Stiles aussi puisque, dos à Derek, il se blottit d'autant plus contre lui et posa sa main sur la sienne sans en avoir conscience. Le loup enfouit son nez dans les cheveux de l'hyperactif et son odeur si douce lui apporta une vague de sérénité telle qu'il s'endormit sans aucun problème, calant inconsciemment ses battements de cœur à ceux du jeune homme dans ses bras.
