La soirée de samedi avait été agréable tout comme le dimanche. Un week-end calme comme Stiles en avait rarement eu. Vivre avec Derek était diablement agréable et la douce présence d'Amelia participait à l'apaisement de ses maux, si bien que Stiles pensa à peine au rejet de son père. De plus, Peter rentrait de moins en moins souvent au loft et c'était une bonne chose parce qu'ainsi, l'hyperactif pouvait plus facilement profiter de son loup et de sa petite princesse. Ça lui donnait l'impression d'être une petite famille et il savait que l'oncle Hale avait mieux à faire que de rester là à dormir sur le canapé. Défoncer le cul d'Isaac, par exemple. Oui, Stiles avait peut-être deviné par accident depuis un moment. Surprendre involontairement et discrètement un baiser volé dans la rue était une bonne preuve de l'attachement particulier qu'il semblait y avoir entre eux.

Ainsi, sa petite bulle se brisa lundi matin lorsque son alarme retentit. Derek grogna et se retourna pour prendre Stiles dans ses bras. Sans être complètement réveillé, il savait que son humain devait aller en cours mais il n'en avait pas envie. Tout ce qu'il voulait c'était le garder avec lui, dans ses bras, là où son humain ne ferait que sourire. C'était également l'envie de Stiles, mais il devait se motiver et motiver son loup par la même occasion. En se redressant légèrement, il put voir en allumant la lampe de chevet, les traits doux de Derek. Qu'est-ce qu'il était beau, même à moitié endormi… La perfection au masculin. Son homme. Esquissant un léger sourire, il s'écarta toutefois de lui enfin… Il essaya. Les bras du lycanthrope s'enroulèrent plus fortement autour de sa taille et Stiles rit de bon cœur malgré la fatigue qu'il ressentait. Malgré le repos qu'il prenait chez Derek, il avait encore des tas d'heures de sommeil en retard et ses cauchemars plus ou moins réguliers ne l'aidaient pas. Cette nuit faisait partie des rares moments où ils n'en faisaient pas.

- Derek, je dois y aller et tu le sais, j'ai cours, lui rappela-t-il doucement.

Sur ces quelques mots, ses doigts s'en allèrent caresser la joue barbue avec tendresse. Stiles se fit alors l'amusante réflexion que c'était la première fois qu'il avait un geste de ce type envers Derek. Il inversait la situation car d'ordinaire, c'était son loup qui lui caressait la joue. Il aimait bien. Echanger les rôles n'était pas désagréable et puis… En tant que petit-ami, puisque c'était au final ce qu'ils étaient, il avait le droit, non ? Comble de la douceur, Derek frotta mollement sa joue barbue contre la main de Stiles comme pour l'empêcher de partir en utilisant un moyen simple : il jouait de son côté à la fois mignon et protecteur pour le persuader de rester. Dire qu'il n'était même pas complètement réveillé… Stiles faillit tomber dans le panneau et se recoucher, mais sa raison le rattrapa. Il avait déjà manqué beaucoup de cours et n'avait pas encore tout rattrapé. Pour être honnête, il commençait à s'inquiéter pour son année scolaire. Il ne pouvait pas se permettre de tout lâcher, même si l'envie ne manquait pas. Stiles préfèrerait mille fois rester au lit dans les bras de Derek, mais son avenir était potentiellement en jeu, à force. S'il avait la chance d'en avoir un, s'il ne mourrait pas avant, autant bien le préparer. Sait-on jamais. Ecartant toute pensée négative, Stiles se leva à regret et Derek grogna d'autant plus fort, mécontent. Il était bien au lit, avec son humain. Il sentait bon.

- Rendors-toi mon loup, je prendrai la Jeep, dit-il d'un ton doux en s'habillant rapidement.

Quelques jours plus tôt, Derek avait fait ramener Roscoe par Peter à qui il avait passé les clés, et qui l'avait garée dans le parking souterrain de l'immeuble. C'était Derek qui avait instauré ce rituel, de l'amener au lycée et de venir le chercher à la fin des cours. Y aller seul n'enchantait pas Stiles mais il savait que son loup avait besoin de repos. L'hyperactif ne se réveillait généralement pas seul la nuit, Derek entendait chaque changement dans le rythme de son palpitant et agissait en conséquence. D'un pas léger et évitant de faire du bruit, Stiles sortit de la chambre après avoir déposé un petit baiser sur le front de Derek. Il descendit alors les escaliers et s'en alla dans la cuisine pour déjeuner. En voyant l'heure sur son téléphone, Stiles se fit la remarque qu'il avait une bonne demi-heure devant lui, ce qui était largement suffisant pour manger tranquillement. A vrai dire, il n'avait pas vraiment faim mais il fallait qu'il mange quelque chose, histoire de ne pas tourner de l'œil. Après s'être fait une tartine de beurre saupoudré de Nutella, Stiles choisit de rester debout, commença à manger et regarda son emploi du temps sur son téléphone. Il grimaça en constatant qu'il commençait par mathématiques. Ce n'était pas la matière le problème, mais plutôt son retard. Disons que ce week-end, Stiles avait préféré décompresser et profiter de Derek et Amelia plutôt que continuer de rattraper son retard concernant les cours. Il avait avancé… Mais pas trop. Il soupira, termina sa tartine et s'en fit une nouvelle tout en réfléchissant à ce qu'il connaissait déjà. Bon, il ne se souvenait pas de grand-chose concernant le programme, ce qui n'annonçait pas la meilleure des journées mais il ferait avec.

Deux bras forts encerclèrent sa taille avec douceur et un nez se nicha dans son cou. L'odeur de forêt de Derek parvint tout de suite à ses narines et l'apaisa aussitôt. Il se laissa lascivement reculer contre le torse de son loup et posa l'une de ses mains sur les siennes. Son contact était si bon… Quelle belle surprise de se faire enlacer à la fin du petit-déjeuner. Stiles pourrait passer des heures dans ses bras, l'oubli que ce genre d'étreintes provoquaient était si puissant qu'il se sentait beaucoup mieux. Avec Derek, l'hyperactif avait l'impression d'être une meilleure version de lui-même. Bien vite cependant, sa raison prit le dessus et il se retourna. Passant ses bras autour du cou de son loup, Stiles l'embrassa chastement avant de lui dire de retourner se coucher avec douceur.

- Je t'amène au lycée, grommela Derek, pas encore complètement réveillé.

Ce côté grincheux lui avait manqué et le matin, ça le rendait diablement mignon aux yeux de Stiles. Un savant mélange entre « grognon » et « protecteur » qui ne le rendait que plus adorable aux yeux de l'hyperactif. Quand même, il avait de la chance de connaître ces facettes-là de Derek, qu'il n'aurait jamais imaginées de prime abord. En remontant le temps de ne serait-ce quelques mois, si on lui avait dit que Derek Hale prendrait soin de lui, l'embrasserait comme s'il était la huitième merveille du monde et ferait tout pour le protéger, jamais il ne l'aurait cru. En fait, il aurait carrément ri à gorge déployé. Mais c'était un fait. Il sortait avec ce loup particulier dont les qualités étaient si nombreuses qu'il ne pouvait même pas les compter. Avait-il déjà dit que Derek était patient et gentil ? Qu'il embrassait comme un dieu ? Qu'il était magnifique ? Qu'il était le meilleur ? Bon dieu, il l'aimait.

- Je peux y aller seul, rétorqua gentiment Stiles en ignorant superbement l'haleine du matin de son loup. J'ai Roscoe.

- Nan, je t'amène, maugréa Derek en le serrant contre lui.

Et Stiles ne put résister.

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Stiles passa les portes de l'établissement avec appréhension. Le trajet en compagnie de Derek avait été rapide. Trop court. Et puis ses lèvres lui manquaient déjà. Le baiser qu'ils avaient échangé avant que l'hyperactif sorte de la voiture avait été trop bref à son goût. Embrasser Derek était un tel délice qu'il ne pouvait plus s'en passer. Un léger sourire fleurit sur ses lèvres. Son loup était tellement adorable avec lui. Inquiet à son sujet, il refusait toujours autant de le laisser aller au lycée seul par peur qu'il lui arrive malheur sur le chemin. Et c'était d'autant plus justifié depuis que Parrish leur avait montré la liste des sept victimes prédéfinies du tueur en série. Pour cette raison, Stiles ne serait pas surpris s'il apprenait que Derek avait demandé à ses amis de rester avec lui au lycée. Comme pour confirmer sa réflexion précédente, il croisa Isaac qui choisit de faire le chemin jusqu'au cours de mathématiques avec lui. Jackson vint également se greffer au duo. D'abord un peu réticent à cette idée car elle lui donnait l'impression de passer pour un enfant incapable de faire deux pas sans ses parents, Stiles finit par se détendre un peu. Au fond, il comprenait : ses amis s'inquiétaient pour lui et étaient conscients de la menace qui planait sur ses épaules. Et lui, de son côté, commençait à se dire que ce n'était pas si mal. Ne pas être seul, c'était ne pas risquer de se faire emmerder par Emile si celui-ci se pointait. Il eut ainsi moins peur et envisagea ses cours de manière plus sereine.

En mathématiques, Lydia, qui venait de nulle part, s'assit d'autorité à côté de lui et il sourit. Leur conversation de l'autre soir, il l'avait toujours en tête. De par ses mots justes, la banshee s'était frayé une place non négligeable dans son cœur et était en cet instant la personne avec qui il se sentait le plus à l'aise, après Derek bien sûr. Personne ne pouvait le détrôner.

Ainsi, une bonne semaine plutôt rapidement et sereinement. Le midi, Stiles mangeait avec Lydia, Isaac et Jackson. Il voyait régulièrement Scott se placer le plus loin possible de lui, en compagnie de Liam qui semblait s'être entiché de son alpha. Ça lui faisait mal, parce qu'il avait l'impression que les paroles de Lydia et Derek sonnaient faux le concernant. En fait, l'hyperactif commençait sérieusement à se demander si Scott tenait vraiment à lui. Le concernant, la réponse était claire, mais Scott... Est-ce qu'il lui manquait ? Stiles crevait d'envie de lui envoyer un message. Cependant, il fallait avouer qu'il avait peur de sa réaction. De sa réponse, aussi. Comment Stiles réagirait-il si Scott lui opposait un refus alors qu'il tentait de renouer leur amitié ? Encore bien fragile mentalement, l'hyperactif préférait prendre son mal en patience et attendre de voir ce que ferait l'alpha. Il n'était pas encore assez remis pour essuyer un échec concernant ce sujet. Il avait besoin de tout, sauf de remous dans sa vie actuelle. Quand il y repensait, il avait quand même de la chance. Derek lui apportait une stabilité qui lui avait longtemps manqué et que ses amis consolidaient sans le savoir.

Et à force, Stiles commençait à songer sérieusement à la possibilité de s'ouvrir. Pas à tous bien sûr, pas tout de suite non plus. En fait, il pensait plus particulièrement à Lydia. Cette semaine, ils s'étaient un peu rapprochés et la jeune femme ne cessait de se montrer digne de confiance. Elle se mettait la plupart du temps à côté de lui et l'aidait à rattraper ou lui soufflait les réponses quand le professeur lui posait une question à laquelle il ne savait pas quoi répondre à cause de son retard. Lydia y allait doucement avec lui et faisait en sorte qu'il se sente bien. Elle ne remplacerait jamais Scott, bien sûr, mais elle était là et c'était tout ce qui comptait.

Même si les cours se passaient plutôt bien, ce qu'appréciait Stiles par-dessus tout, c'était rentrer au loft et retrouver sa petite princesse, ainsi que son loup. Ce dernier continuait de l'amener et de le ramener, sans montrer aucun signe d'agacement. Stiles aimerait bien qu'il puisse dormir le matin au lieu de se lever pour le conduire au lycée. Il lui en avait parlé à plusieurs reprises mais Derek restait inflexible : tant que la menace ne serait pas écartée, il continuerait son petit manège.

Stiles se mit sur la pointe des pieds et embrassa chastement le loup qu'il aimait tant. En réponse, Derek passa un bras autour de lui, l'autre tenant un gros sac de course. Ils étaient passés à la superette avant de rentrer parce que, l'air de rien, un frigo, ça se vidait vite. Ils avaient également découvert que de temps à autres, la petite Amelia avait un appétit monstre. Pour le plus grand plaisir de Derek, Stiles commençait à mieux manger, à prendre des parts un peu plus importantes. Auparavant, il semblait se retenir et il n'aimait pas ça. Comme quoi, l'hyperactif commençait à réellement être à l'aise et, peut-être, à aller mieux.

-Tonton Stiles, tonton Derek ! Vous tombez bien, j'ai faim.

La petite fille déboula et mit ses poings sur ses hanches. Stiles se détacha de Derek en riant et prit Amelia dans ses bras, la porta comme une princesse en direction de la cuisine. Elle avait été d'une patience exemplaire selon Peter, qui était venu la garder le temps de l'absence de Derek. Stiles et son loup s'étaient mis d'accord sur ce point : il était hors de question de laisser Amelia seule au loft. Elle n'avait pas de téléphone en raison de son âge et l'hyperactif avait peur pour elle. Il avait toutefois omis de préciser pourquoi à Derek, mettant en lumière son inquiétude pour cette petite qui le faisait craquer.

Alors qu'il faisait de généreuses tartines à Amelia, Stiles croisa le regard de son loup, à l'entrée de la cuisine. Avait-il déjà dit que Derek avait un regard magnifiquement tendre quand il le voulait ?

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Ce matin-là, Stiles était fatigué. Il avait subi sa nuit qui avait été plus qu'affreuse. Heureusement, Derek était là. Entre chaque cauchemar, il s'était montré doux et patient, alternant entre caresses et paroles apaisantes. Un ange au sens littéral du terme.

Stiles regarda la Camaro s'en aller et eut un étrange nœud au ventre. Il avait toujours ressenti un petit vide quand Derek partait après l'avoir amené au lycée mais là, c'était différent. Sans savoir comment décrire ce sentiment, Stiles resserra ses mains sur les hanses de son sac et s'engouffra à l'intérieur du lycée sans attendre. Il regarda tout autour de lui, peu tranquille. Un frisson désagréable parcourut son corps et le jeune homme ne se détendit que lorsque Lydia entra dans son champ de vision. Il soupira discrètement de soulagement et prépara son sourire. Il fallait qu'il joue la comédie, juste un peu. Pour se pousser à se détendre. Parce que tout allait bien, il était juste un peu parano. Pourtant, ce sentiment désagréable ne le quittait pas.

Lydia l'aperçut et vint vers lui en souriant. Ils se saluèrent, commencèrent à discuter et Stiles oublia peu à peu son impression, Lydia étant particulièrement efficace pour lui changer les idées. Pour sûr, il finirait par lui parler de son passé.

Stiles alla alors en cours, sans se douter un seul instant que la suite de sa journée s'apprêtait à être un cauchemar.