Celui que tous craignait

Sakazuki n'avait jamais été du genre à faire dans la dentelle.

C'était une brute qui bouillonnait continuellement. Il aimait l'ordre, la discipline et la justice. Des concepts qu'il voyait comme droit, strict et inébranlable. Des idéaux qui ne s'obtenaient qu'après du travail et de la douleur et qu'il avait érigé en règles de vie.

Il adorait ça.

Se battre, s'entrainer à s'en briser les os. Cela provoquait en lui une sensation de plénitude exquise mais un tel bien-être et ce sentiment réconfortant ne s'obtenait qu'avec des efforts. Il devait mériter son plaisir. Plus la frustration montait en lui plus il prenait son pied, et lorsque ses objectifs n'étaient pas atteints il devait bien se punir… Alors il retournait au travail et se plongeait dans ses dossiers jusqu'à ce que la pile diminue de manière satisfaisante ou soit totalement éradiquée.

Cependant au fil du temps sa frustration devint inévitable. Ses objectifs étaient toujours plus grands, plus difficiles à atteindre et lorsqu'il les réalisait enfin il n'en tirait aucune satisfaction et son humeur en pâtissait. Il était constamment en colère, constamment frustré. Il brûlait de l'intérieur en permanence et rien ne pouvait l'apaiser.

Il rageait et se vengeait sur ses hommes ou de manières bien plus cruelles sur les pirates qui lui tombaient sous la main. Ses nerfs restaient tendus, à fleur de peau. Des tremblements parcouraient ses muscles et ses mouvements l'empêchaient de se tenir en place. Le repos refusait de le récompenser. Tous ses efforts ne méritaient aucune contrepartie, il ne souffrait pas suffisamment.

À force de recevoir des remarques de Borsalino il finit par, à contre cœur, se rendre dans un bar… Enfin un bar qui maquillait un bordel ou bien un bar avec des filles « disponibles ».

Mais rien.

Un vague apaisement physique. Il n'avait pas le droit à une réelle jouissance. Pourtant son corps avait cessé de trembler.

Il y retourna donc sous le regard moqueur de Borsalino mais comme le reste cela ne dura qu'un temps avant qu'il ne se remette à rager, à grogner et devenir violent. Les filles ne voulait plus de lui entre leurs cuisses. Il leur faisait bien trop de marques, pas assez vendeur pour elles et le tenancier en était bien embêté. Il osa même lui faire la morale et Sakazuki lui aurait bien écrasé la tête mais sa main se stoppa quand une voix douce l'invita à monter à l'étage. Il se tourna et toisa de toute sa hauteur la jeune femme qui venait de l'inviter. La serveuse. Elle était drôlement petite à côté de lui.

« Maria… T'es sûr ? Murmura le tenancier.
- Chambre treize, répondit-elle simplement. »

Sakazuki grogna mais fut tout de même content de ne pas devoir rentrer chez lui tout de suite. Il se dirigea donc vers l'escalier non sans remarquer les regards inquiets que lui lançait le tenancier. Il se demanda pourquoi ses regards lui étaient destinés. Après tout n'était-ce pas la demoiselle qui avait à craindre ? Il la regarda discrètement enlever son tablier et le glisser derrière le comptoir. Elle flottait gracieusement au-dessus du parquet. Elle ne devait pas souvent passer au travail de chambre car il sentit des regards envieux le suivre alors qu'elle le rejoignait.

« Vous m'attendez ? Demanda-t-elle. »

Il ne fit que grogner en guise de réponse mais étonnamment elle lui sourit. Un sourire doux et bienveillant. Elle passa devant lui et monta l'escalier. Il lui embrailla le pas et observa le balancement de ses hanches. Cette femme semblait si fragile, s'il ne faisait pas attention il risquait de la briser. Il la suivit en silence jusqu'à la chambre treize au bout du couloir de l'étage. Il semblait que ce soit la plus grande des chambres, cela se confirma lorsqu'il y entra.

Des placards, des rideaux, des paravents, un grand lit… Aurait-il droit à un traitement particulier ? Il n'avait pas spécialement envie de parler ou s'amuser. Il venait parce que ses nerfs étaient à vifs et avaient besoin de se relâcher un peu.

« Je ne suis pas contre commencer par une fellation puis baiser après. »

S'il avait bien apprit une chose, c'est que faire des détours ça ne servait à rien. Ce n'était peut-être pas délicat mais au moins elles n'avaient pas de mauvaises surprises.

« Navrée mais le programme va être légèrement différent. »

Le ton employé était bien plus assuré et moins doux.

« Pardon ? »

C'était tellement inattendu qu'il ne comprenait pas ce qu'elle voulait lui dire.

Elle s'avança tranquillement vers lui avec un pas assuré, cette femme avait changé en l'instant de quelques secondes. Elle saisit deux chaises et les amena au centre de la pièce puis s'assit tout aussi tranquillement.

« Vous pouvez vous assoir, dit-elle, à moins que vous ne préfériez rester debout. »

Sakazuki se sentit soudainement mal à l'aise. Il eut l'impression de se retrouver face à ses supérieurs. Cette femme était devenue intimidante. Il n'arrivait pas à savoir s'il devait s'assoir ou non. Il ne savait pas dans quoi il avait mis les pieds.

« Tout d'abord, vous devez savoir que je choisis mes partenaires et non l'inverse. Deuxième je ne couche pas, du moins au sens conventionnel, mais mes partenaires trouvent ce qu'ils cherchent et repartent contents… Les filles m'ont parlé de vous, vous couchez avec elles pourtant elles vous trouvent frustré et jamais satisfait… Dites-m'en plus.
- C'est quoi ces conneries ? Je viens pas pour discuter !
- Plus vite je saurais ce que vous voulez, plus vite je pourrais savoir si je peux faire quelque chose pour vous. Vous ne vous laissez pas aller facilement… Pourquoi ? Vous n'y arrivez pas ? Vous n'avez pas le droit ? Hum… On dirait que j'ai touché un point sensible…
- Ce n'est pas une question de droit… C'est une question de mérite, marmonna-t-il. »

Elle sourit. Avec l'expérience elle savait quels mots employer pour déclencher des réactions et savaient ce qu'elles cachaient. Avoir le droit, mériter quelque chose, les envies particulières… C'était son domaine de maitrise.

« Vous êtes militaire, il me semble ? Vous aimez la justice, la discipline… On n'a rien sans rien en somme. »

Cette fois elle avait visé juste. Elle le vit frissonner à ses évocations, un frisson imperceptible aux yeux de non initié et très certainement involontaire ou inconscient.

« Où voulez-vous en venir ?
- Vous dîtes ne pas mériter… Vous n'avez pas d'idées de comment mériter une forme de satisfaction ?
- Mais qui êtes-vous au juste ? S'inquiéta-t-il.
- Je m'appelle Maria, je suis serveuse ici… Mais je m'occupe aussi de cas particulier… Et vous semblez entrer dans les cases.
- C'est-à-dire ?
- Eh bien je suis surtout tourné vers des pratiques à tendance sadomasochisme, bondage, fétichisme selon… »

Sakazuki la regarda ou plutôt la dévisagea d'un air incrédule.

« Plait-il ?
- Vous n'en avez jamais entendu parler ?
- Euh… J'ai… Je… J'ai du mal à voir dans quelle configuration… Quel contexte de ? Vous ? Vous appréciez avoir mal ?
- Non, sourit-elle, pas moi… Vous par contre, j'ai de gros doute sur le fait que vous ne seriez pas contre une bonne correction, non ?
- Je… »

Il se racla la gorge. Il avait la bouche étonnement sèche et vide de mot.

« Je ne vous voyais pas ainsi mais… Euh… Je ne sais pas quoi dire.
- Vous n'êtes pas le premier à me dire ça. Sachez que je ne vais jamais contre les désirs, ni les demandes de mes partenaires d'où la discussion avant de commencer. Je n'accepte pas tout non plus. Les séances commencent doucement puis montent en puissance. Cela vous convient ? Ça va peut-être un peu vite, vous préfériez réfléchir tranquillement ? »

Elle venait de sérieusement piquer sa curiosité.

« Hum, il déglutit, ce… Ce serait pour quel genre de correction ? »

Sakazuki se balançait d'un pied sur l'autre. Ces évocations avaient tout de même eut le mérite de calmer son tremblement nerveux. Il se sentait étonnement calme. Elle se leva et lui tourna autour en le détaillant. Il se sentit frissonner sous son regard inquisiteur.

« Vous pouvez me montrer vos mains ? »

Il retira ses gants et tendit ses mains devant lui mécaniquement pour se soumettre à l'inspection.

« Vous avez la peau des mains plutôt épaisse comme je m'y attendais… On vous a déjà tapé sur les doigts ? On peut éventuellement «élargir » la zone de frappe aux épaules ou bien descendre vers les fesses ? »

Sakazuki resta circonspect. Il ne savait que répondre à cela. C'était tentant. Il secoua la tête et si c'était un coup fourré ? Elle sembla lire dans ses pensées.

« Si vous voulez vérifier et faire le tour de la chambre : fouillez. Je ne garde pas d'information et j'ai assez peu de partenaires pour m'en rappeler.
- Vous en avez combien ?
- Ça, ça ne vous concerne pas. Et puis sachez que tous font des demandes différentes alors si vous ne voulez pas laisser échapper d'information que vous souhaitez garder secrète… N'en dîtes pas trop. Bien, maintenant souhaitez-vous y réfléchir ? Vous préférez vous laisser faire ou vous avez une idée en tête peut-être ? Un contexte qui vous plairez ?
- Je vais m'en tenir à votre proposition… Et concrètement, comment ça se passe ?
- Alors il y a une chose important à définir, un code ou mots de passe, c'est-à-dire un mot qui permet d'arrêter instantanément l'action. Vous ne vous sentez pas à l'aise, vous avez peur, vous ne vous sentez pas en sécurité, quelque chose ne va… Vous prononcez ce mot, tout s'arrête et on se calme. Il faut un mot dont vous vous souviendrez mais qui ne puisse pas prêter à confusion, par exemple : un fruit, une fleur, laine, jardiner… Que sais-je encore. Il permettra aussi de démarrer la séance et entrer dans le scénario à moins que vous ne préfériez en choisir un autre ? Ensuite… Eh bien, la séance en elle-même… Ne vous inquiétez pas, je ne vous lâche pas comme ça dans la nature… Je prends le temps de soigner les blessures et d'aider à relâcher les muscles ou tout ce qui peut vous aider à « redescendre » en pression. Vous pouvez prendre un bain tranquillement ou bien passer la nuit ici et vous reposer dans mes bras. Je fais selon vos besoins.
- Toute la nuit ? Mais quels sont vos tarifs au juste ?
- Mes ? Oh non… La location de la chambre est à régler au tenancier, c'est tout.
- Et vous ? Vous ne gagnez rien ?
- Je suis serveuse ici mais il est vrai que j'ai quelques suppléments… Et puis j'apprécie, sourit-elle.
- D'accord… Je… Cette situation me laisse perplexe.
- Je vous l'ai dit, ne vous sentez pas obligé de…
- Non, la coupa-t-il, c'est juste que je n'avais pas cette vision des choses. Je me serais attendu à trouver ce genre de service dans un bar sombre avec des chaines pendues au plafond, une croix, une dominatrice sur talon haut, tout en noir, flippante et pas du genre à discuter.
- Ne vous inquiétez pas, les talons arriveront… Je peux me mettre en noir aussi mais je préfère les vêtements confortables et pour les chaines… Eh bien… Il y a des crochets au plafond alors cela peut s'arranger.
- Hein ? Vraiment ? »

Il leva les yeux vers le plafond pour constater qu'elle disait vrai. Il frissonna. Ces crochets au plafond avaient quelque chose de vraiment inquiétant dans la banalité de la pièce mais en même temps… Se dire que de petits éléments comme ceux-là pouvaient se camoufler dans le décor offrait une occasion d'être surpris.

« On en est pas encore là, il me semble… Alors dîtes-moi, reprit-elle avec une voix rassurante, vous souhaitez commencer ? En parler encore un peu ? Y réfléchir maintenant que c'est plus clair ?
- Hum… Juste une derrière question… Je dois m'adresser à vous d'une manière particulière ou pas ?
- Bonne question ! En général c'est Madame, je ne suis pas partisane du « Maitresse ». J'utilise aussi un surnom ou diminutif pour m'adresser à vous, cela permet de marquer la coupure dans le temps et signaler la séance. Je passe aussi au tutoiement durant la séance mais je vous demanderais de me vouvoyez et de ne parler que lorsque vous y êtes invité ou autorisé. Cela me semble convenir à vos attentes.
- Cela me parait convenable… Alors je dois choisir un mot de passe c'est ça ?
- Oui mais n'oubliez pas qu'il faut choisir un mot que vous n'êtes pas susceptible de prononcer involontairement.
- Hum… Je crois que je vais rester sur le « pelote » de tout à l'heure. C'est court et je devrais m'en rappeler.
- Pelote ? Pourquoi pas… Je tiens juste à vous rappeler que si quelque chose vous gêne dites-le, on est plutôt sur la découverte qu'une séance strict, c'est compris ?
- Oui… Madame. »

Maria lui sourit avant de prendre une mine plus sévère.

« Pelote ?
- Pelote.
- Bien… Saki, tu vas ranger les chaises, te mettre en sous-vêtement et t'agenouiller. Je ne veux pas t'entendre et ne traine pas.
- Oui Madame. »

Maria se leva et se retourna avec un léger sourire. Les réflexes militaires de Sakazuki lui plaisaient. Cette obéissance aveugle promettait d'être intéressante. Sakazuki s'exécuta sans broncher. Les demandes étaient très largement accessibles mais avaient ce pouvoir de conditionnement. Il se sentait calme, un calme qui devançait la tempête. Il devait bien reconnaitre que la curiosité le tenait en haleine. Il retira ses vêtements et les plia mécaniquement avant de les poser dans un coin. Il jeta un coup d'œil vers le paravent derrière lequel Maria avait disparu mais aucun signe. Il sentit des frisons le parcourir. Il avança au milieu de la pièce à l'endroit même où les chaises se trouvaient quelques minutes auparavant. Il s'agenouilla comme requit. Les genoux serrés, les talons bien calés sous les fesses, les mains sur les cuisses et le dos bien droit.

Il attendait le corps tendu et prêt à obéir à la moindre demande. Il serait inacceptable de faire attendre Maria. Il était passé en mode automatique, le mode soldat obéissant qu'il n'avait plus souvent l'occasion d'utiliser. Il ne recevait plus autant d'ordres que ça, était-ce ça qui le frustrait ? Ne plus sentir l'attente de ses supérieurs, ne plus ressentir la pression qu'il ressentait en rejoignant la Marine ?

Cette séance aurait le mérite de lui apporter des réponses.

Il n'aurait pas cru avoir des tendances masochistes ou bien même juste en être curieux. Il aurait penché pour l'extrême inverse mais cette proposition l'avait immédiatement séduit. Cette envie de repousser ses limites, satisfaire la demande…

Il sursauta en entendant un bruit de talons. Ils arrivaient finalement… Cela l'aurait presque fait sourire mais il évita. Personne ne lui demandait son avis par conséquent il n'avait pas à l'exprimer. Il gardait les yeux fixés au sol et ne les releva pas lorsqu'il entendit les pas manifester le retour de Maria. Elle s'avança vers lui, au son régulier de ses pas comme un décompte qui le rapprochait de plus en plus de sa punition. Il trouva cela terriblement angoissant et… Excitant.

Elle ne dit rien et commença à lui tourner autour. Il n'entendait que le claquement régulier sur le sol qui l'abrutissait lentement et le plongeait de plus en plus dans l'abîme. Au deuxième tour, elle lui ordonna de tendre les mains paume vers le haut devant lui et bien à plat. Il s'attendait à ce que le courroux tombe mais rien ne vint. Elle continua nonchalamment à faire claquer ses chaussures au sol avec précision.

Il resta droit comme un piquet à attendre que la sentence tombe. Il regarda les talons passaient devant lui, à chaque arrêt, chaque ralentissement, il frissonnait d'impatience. Il observait avec attention ces chaussures noires et laquées d'une netteté irréprochable. Etait-ce elle qui s'en occupé ou bien le faisait-elle faire à un de ses soupirants ? Il grogna à cette idée et dans l'instant qui suivit un éclair noir et douloureux s'abattit sur ses paumes. La réponse avait été instantanée et cinglante mais il resta silencieux.

« Plus haut les mains. »

Elle continua ses tours telle l'aiguille d'une horloge. Plus elle avançait, plus il perdait la notion du temps. Ses mains se rappelèrent pourtant à lui. Elles picotaient et une marque se dessina sur sa peau. Elle n'y allait pas de mains mortes.

Il porta sa réflexion sur l'objet de sa torture, cela ressemblait à une cravache mais difficile de le confirmer. Le choque avait été trop rapide et bref pour qu'il le voit venir. Il décida de tenter un regard pour vérifier cette supposition. Lorsqu'elle passa à nouveau devant lui, il releva légèrement les yeux et aperçu la blancheur de ses jambes, un short noir en tissu et une chemise blanche trop large pour elle. Elle ne remarqua pas sa petite transgression et il en tira une certaine satisfaction. Combien de temps pouvait-il le faire sans être puni ? Il retenta l'expérience et la réponse fut claire. Une nouvelle marque rouge apparut sur ses mains. Cette fois par contre il perçut le sifflement singulier de la cravache.

« Qui t'as permis de relever les yeux ? »

Il se retrouva dans l'incertitude, devait-il répondre ? Etait-ce considéré comme une autorisation à parler ? Un coup cinglant et une nouvelle question l'invitèrent à donner une réponse.

« Personne, madame.
- Qu'est-ce que cela signifie alors ? Tu peux me le dire ?
- Que je mérite d'être sanctionné pour mon comportement… Madame.
- On dirait que tu apprends vite… Puisque tu sembles t'impatienter tu vas compter pour moi. »

Il ne comprit pas ce qu'elle voulait dire par là.

« Compris ? reprit-elle sèchement.
- Oui, Madame. »

Un nouveau claquement résonna sur sa peau, un peu plus doux que les deux premiers mais suffisant pour lui réchauffer les paumes des mains.

« Si tu comptes pas, cela peut durer longtemps, tu sais… Et haut et fort !
- Oui, Madame. Un ! »

Il la vit sourire et il en tira de la satisfaction. Il arrivait à la faire sourire. Une soudaine bouffée d'euphorie l'envahit et il se mit à compter et attendre le prochain coup avec envie. Il voulait la rendre fière et répondre à ses demandes.

Deux !

Trois !

Elle se remit à tourner autour de lui et elle laissa glisser nonchalamment le plat de la cravache d'une épaule à l'autre. Il sentit la chaleur irradier dans ses mains alors qu'il tentait de capter son regard en la suivant mais rien. Elle fut à nouveau en face de lui.

Quatre !

Celui-là fut un peu plus fort mais il ne s'en souciait plus. Sa respiration s'était accélérée sans qu'il ne puisse l'expliquer ni même la réguler.

Cinq !

Il ne savait pas jusqu'où ça irait mais cela ne l'angoissait pas plus que ça. Dans ses gestes, dans sa manière de faire, il percevait tout le contrôle que Maria avait sur la situation et cela le rassurait.

Six !

Il se tendit un peu plus à ce coup-là et dut se mordre les lèvres pour retenir et étouffer un gémissement. Ses membres tremblèrent mais se relâchèrent tout aussi rapidement. Il ne tenait plus en place.

Maria vit que cela devenait difficile pour lui. Elle se plaça dans son dos et d'une main elle caressa son épaule. Elle le sentit se tendre mais elle continua, plus tendrement cette fois. Elle prit ce temps pour faire une petite pause et calmer le rythme. Elle se calla derrière lui et se rapprocha. Elle profita de cette occasion pour découvrir son torse. Elle le survola sans le brusquer et elle marqua un léger arrêt sur un téton. Elle avait bien le droit d'avoir quelque petite préférence aussi… La réaction qu'elle obtint dépassa ses prévisions. Il sembla que cela surprit tout autant le concerné, il n'arriva pas retenir le gémissement qui franchi ses lèvres. Il se tourna vers elle, mortifié.

Elle se pencha vers son oreille : « Ce n'est rien… Si tout va bien on continue. Ne vous mettez pas trop de pression, on est sur une première séance pas la peine de forcer trop. Si ça va hochez la tête et on reprend. »

Sakazuki n'hésita pas et hocha vigoureusement la tête. Cela ne pouvait pas s'arrêter ainsi. Elle cessa de le flatter de sa main et termina son implacable tour. Un nouveau coup s'abattit sur ses mains rougies.

Sept !

Les picotements se répandirent sous sa peau telle une vague glacée. Le mordant du cuir laissa place à une chaleur agréable.

Huit !

Ce coup plus vif forma un léger creux dans ses paumes pour marquer la visite.

Neuf !

Ses bras tremblèrent sous cet assaut et il dut lutter pour garder ses doigts bien tendus et offerts. La tension montait à nouveau en lui.

Dix !

Une plainte étouffée. Une grimace douloureuse sur ses traits mais aucun mouvement. Il restait en place et obéissant.

« Cela devrait suffire… Pour le moment, annonça Maria. »

Il sentit la tension s'évaporer, seuls les picotements et le rouge vif sur ses mains restèrent pour lui rappeler la punition infligée.

Elle s'écarta quelques instants, il le remarqua à peine trop occupé à reprendre un semblant de raison et de souffle. Il était plongé dans un état second, l'esprit embrumé et le corps en tension prêt à recevoir et se confronter à nouveau.

Maria revint avec deux gros livres vers lui.

« Les bras tendus de chaque côté, tu te redresses sur les genoux, bien droit et écarte un peu les jambes.
- Oui, Madame. »

Il ne se posait plus de question. Il écoutait et obéissait point barre. Une obéissance absolue qui rendait toute pensée inutile, ses ordres coulaient sur son corps et ses muscles bougeaient bien docilement en réponse.

Ses genoux frottaient contre le plancher maintenant que son poids reposait dessus. Les bras bien tendus, il attendit la suite prévisible. Elle déposa un livre sur chacune ses paumes sensibles. Le contact de sa peau meurtrie contre les couvertures rugueuses fut désagréable. Elles embrassaient sa peau et attisaient les picotements. Le poids des livres provoqua des tensions tout le long de ses bras.

Le battement des talons reprit la mesure contre le sol et le temps s'égraina lentement contre le plancher. La cravache survolait les parcelles de peau exposée, suivait le long de ses bras, chatouillait ses aisselles bien trop sensibles et glissait sur ses flancs nus. Le cuir s'égarait sur ses cuisses ou même ses fesses. Il ne savait pas sur quelle zone la foudre allait s'abattre mais la certitude qu'elle tomberait le tenaillait.

« Eh bien, eh bien… Quelle belle érection, siffla-t-elle. »

Etait-ce un compliment ? Il ne savait pas mais le morceau de tissu qui le préservait d'une nudité complète avait perdu de son intérêt. Le malheureux sous-vêtement ne le cachait plus vraiment avec la proéminence qui l'étirait. Le regard de Maria était perçant, il aurait été complétement nu qu'il n'aurait pas senti de différence.

Le temps continua sa course et tout doucement les caresses de la cravache devinrent des baisers. Des tapotements qui chauffaient sa peau et lui donnaient un avant-gout de ce qu'il pouvait suivre. Puis les baisers devinrent morsures. Certaines s'égarèrent pour attiser le creux de ses reins mais les morsures les plus violentes attaquèrent la chaire la plus tendre. Le bas de ses fesses et le haut de ses cuisses durent prendre des teintes étonnantes de rouge.

Il tremblait tout entier. Il n'arrivait plus à tenir ces livres en place. Ses poignet quémandaient de se retourner, ses bras réclamaient une trêve et ses épaules demandaient de l'aide et tiraient sur la nuque. La tension de ses cuisses et de son ventre ne suffisait pas à masquer celle qui irradiait son aine et qui suppliait de pouvoir se relâcher. Ses poids lui furent retirés mais si ses bras se détendirent et se replièrent naturellement, son esprit ne comprit pas. Maria s'approcha face à lui. Il ne sentit que le contact du cuir qui alla se poser contre son caleçon et remonta très lentement. Sa main libre vint sur sa joue et elle colla son front contre le sien.

« Voilà un bon soldat, sourit-elle. Repos Saki. »

L'effet fut immédiat. Un éclair passa devant les yeux de Sakazuki et son corps se relâcha brutalement. Il retomba sur les fesses exténué. Il n'arriva pas ouvrir les yeux et ne savait que faire de ses bras venus se replier contre son torse. Il était submergé d'émotions et sensations. Les tensions l'avaient quitté si brutalement qu'il ne savait plus quoi faire de son propre corps. Il se sentait vidé et apaisé. Des mains lui caressèrent la tête et il sentit un corps près du sien. Les signaux ne parvenaient plus à son cerveau. La liaison était rompue. Maria était près de lui et il pouvait enfin apprécier ses caresses à leur juste valeur. Il avait droit à sa récompense après les efforts.

« Montrez-moi vos mains, je vais passer de l'onguent. Cela évitera les rougeurs. »

Il ne comprit pas tout mais il obéit docilement. Il tendit ses mains encore tremblantes vers elle et grimaça lorsqu'elle appliqua une substance froide dessus.

« Essayez de garder les mains ouvertes pour le moment. »

Elle glissa ses mains le long de ses bras mais il ne s'en plaint et la laissa les manipuler à sa guise. Elle les tendit et les replia à plusieurs reprises tout en les massant et répéta ces actions de chaque côté puis vers l'arrière. Il s'en rendait à peine compte tellement elle était douce. Ou bien était-il trop asphyxié de sensations ? Elle passa aux épaules et il se détendit encore plus si cela était possible. Il soupira d'aise et manqua de basculer vers l'avant tellement il était enivré. Les palpations pour vérifier les zones meurtries passèrent inaperçues.

Elle l'invita finalement à la suivre pour aller sur le lit, il suivit sans poser de questions et s'allongea presque aussitôt sur elle. Elle était si petite comparée à lui quand il y réfléchissait. Et pourtant… En ce moment même, il était celui qui avait besoin d'être rassuré pour reprendre pieds. Le contact de cette femme était un besoin après ce moment intense plutôt qu'éprouvant. Le niveau de douleur était bien inférieur à ce qu'il pouvait supporter mais cela n'en était pas moins difficile.

Le brouillard devant ses yeux s'évapora mais il flottait toujours dans l'euphorie. Il était tellement léger, tellement bien, tellement apaisé. Il comprenait maintenant pourquoi certains restaient la nuit complète. Il serait bien incapable de se relever et de rentrer à la base dans cet état second. Il peinait déjà à se replacer pour s'installer plus confortablement contre Maria. Elle lui caressait la tête et frottait son cuir chevelu avec tendresse. Il pourrait s'endormir dans les minutes suivantes sans le moindre problème. Comment ces mains pouvaient être si violentes et douces à la fois ? Cela relevait d'un équilibre étonnant.

« Vous êtes avec moi ? »

Il grogna pour stipuler que oui. Il remua la tête et parvint à croiser son regard.

« Ça va ? Vous vous sentez bien ? Vous avez besoin de quelque chose en particulier ?
- Rien ne me vient à l'esprit tout de suite, j'ai juste envie de dormir maintenant. Je pense rester ici, si vous ne voyez pas d'inconvénient.
- Pas de problème pour moi. J'aurais aimé discuter un peu de cette séance mais si c'est trop tôt alors on peut en discuter demain matin. Avec un peu de recul ce sera peut-être plus facile pour vous. »

Il opina du chef et installa confortablement sa tête contre sa poitrine puis il perdit le fil.

o~~O~~o

Sakazuki se réveilla paisiblement. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas si bien dormi. Il était apaisé et calme, il avait cette sensation de plénitude dans le cœur comme après avoir trop pleuré ou couru. Il mit quelques secondes à se souvenir de la veille et de sa surprenante découverte. Il se redressa mais grimaça lorsqu'il prit appui sur sa main droite. Il la regarda pour trouver une réponse, il tomba sur une marque rouge et diffuse en plein milieu de la paume. Par instinct il jeta un coup d'œil à l'autre mais ne vit rien. Il redessina prudemment la marque rouge avec son pouce. Elle picota sous la pression mais il se douta qu'elle ne resterait pas longtemps visible. Cela serait peut-être un peu gênant pour écrire mais il ne s'en formalisa pas trop.

Il releva la tête et balaya la pièce. Ses yeux accrochèrent finalement la silhouette tant recherchée de Maria. Elle était installée dans un fauteuil et lisait paisiblement. Il se releva et le froissement du tissu lui fit relever la tête de son livre. Un sourire se porta aussitôt à ses lèvres.

« Bien dormi ? Demanda-t-elle.
- Oui… On peut dire que j'ai connu pire.
- J'imagine. Vous vous sentez comment ce matin ?
- Bien, je dois dire que je suis assez surpris de la tournure des évènements et du fait… D'avoir autant apprécié. Je pense que je reviendrais tenter l'expérience à nouveau.
- C'est bon à entendre, reprit-elle. Au niveau de la séance vous avez trouvé cela comment ? Difficile ? Suffisant ?
- Je pense qu'il faut rester sur ce genre-là, éventuellement plus sur… Les fesses mais… Quoique… Si on compare avec hier… Plus souvent sur cette zone ça ne serait pas trop dérangeant.
- D'accord, je note. Concernant la longueur de la séance et le rythme, vous vous situez comment ? Une séance plus longue et plus progressive ou bien plus courte et intense ? Pour tout dire j'ai été surprise que vous soyez si rapidement réceptif mais vous l'avez vécu comment ?
- Cela m'a paru bien ainsi. Après je ne sais pas trop… Je pense que rester dans cette temporalité-là est bien. Plus long cela aurait été difficile.
- Pas de problème pour moi, je fais selon vos envies vous savez ? Si vous voulez essayer quelques choses dîtes le moi, si cela devint trop compliqué vous me le dîtes aussi… Je ne suis pas aussi strict que certain Maitre ou Maitresse, je reste à l'écoute durant la séance pour ajuster ou changer de cap. Si vous souhaitez continuer la séance mais faire autre chose vous pouvez, le code sert surtout en cas d'urgence ou si tout doit s'arrêter immédiatement.
- Bien, je m'en souviendrais…
- Pour la fin de séance cela vous va ainsi ? Vous voulez que je reste avec vous ou vous préfériez un moment un peu seul ? Je me répète encore mais si vous avez la moindre remarque ou question n'hésitez pas.
- Je préfère que vous restiez et que vous soyez proche, je sentais que j'avais besoin d'une présence proche pour me… Pour être à l'aise, corrigea-t-il.
- Vous n'avez pas à avoir honte… Pas avec moi surtout. Tout le monde ne réagit pas de la même façon et même d'une situation à l'autre ce n'est pas pareil. La séance est physique et intime, cela peut provoquer une certaine détresse qu'il ne faut pas nier mais plutôt cerner pour la calmer et la faire disparaitre. Je ne laisse pas partir mes partenaires en souffrance psychologique. On peut prendre le temps qu'il faut, même en discuter et se revoir sur plusieurs jours si vous en avez besoin pour être rassuré ou en sécurité. Je tiens à ce que ceci soit très clair dans votre esprit. Formulez vos demandes de manières claires et aussi précises que possible, je veux que vous les visualisez pour que je puisse y répondre.
- Cela me parait clair et… Je vous remercie pour ça. Pour se revoir comment doit-on procéder ? Je veux dire, c'est assez particulier alors… Il faut prendre rendez-vous ? Vous prévenir à l'avance ou bien cela dépends ? »

La remarque la fit sourire. Elle ne pensait pas qu'il serait si pressé.

« Déjà prenez le temps de vous poser et d'y réfléchir calmement, et éventuellement penser à quelque chose qui vous ferez envie ensuite… Pour les demandes particulières ou avec scénario, il faut s'y prendre à l'avance soit à la séance précédente soit une semaine à l'avance pour que je m'organise et que je trouve un moment. Ensuite si vous souhaitez rester sur quelques choses qu'on définit ensemble, une sorte de séance « classique », cela sera plutôt deux jours avant. Après cela se complique ou alors vous avez beaucoup de chance et je suis disponible le soir même. C'est assez rare je ne vous le cache pas alors je vous le déconseille.
-Je n'ai pas d'autres questions à part peut-être l'heure… Quelle heure est-il ? »

Il n'était pas en retard. Il se fit la remarque qu'il devrait penser à des vêtements et sous-vêtements de rechanges pour la prochaine fois. Son malheureux caleçon était maculé de taches. Il se rappelait pas vraiment avoir éjaculé dans le feu de l'action mais soit. Les souvenirs n'étaient pas très nets. Des courbatures dans les bras lui rappelèrent tout de même sa rencontre avec les pavés de littératures que Maria leur avait présentés mais rien de plus. La seule marque qu'il garda était la trace rouge sur sa main droite mais elle disparut au cours de sa journée de travail.

o~~O~~o

Les bienfaits de cette séance durèrent presque deux semaines sans qu'il n'y prêtât vraiment attention. Il se retrouva surchargé de travail et en oublia le reste. Cependant lorsque le calme revint, la frustration s'installa à nouveau et il décida de la recontacter.

Les séances s'enchainèrent doucement et il finit par trouver son rythme d'équilibre. Il ne voulait pas tomber dans une dépendance aveugle, d'ailleurs Maria lui conseilla de continuer à voir des femmes pour des rapports plus « conventionnelles ». Il dut reconnaitre l'efficacité redoutable de Maria. Il arrivait de nouveau à avoir des relations sexuelles plus posés, moins empressés et moins violente. Le changement était radical et très plaisant. Il commença enfin à se dire qu'il n'avait plus besoin d'aller voir des prostituées. Il pouvait reprendre une vie plus « normale ». Il avait cessé de séduire les dames et les rendez-vous galants à cause des pulsions qu'il avait finies par développer.

Il se sentait enfin calme. Une forme de sérénité avait enfin gagné son esprit. Un équilibre qui se maintint au cours des mois mais son petit nuage fut un jour menacé par l'apparition d'un collègue trop fouineur et peu discret.

« Alors… Sakazuki, j'ai entendu des rumeurs à ton sujet. »

Cette voix et attitude trainante, il ne les connaissait que trop bien.

« Borsalino, que me vaux ta présence ?
- Tellement méchant alors que je viens pour discuter… D'un centre d'intérêt commun.
- La Marine ?
- Oh non… Mais il est vrai qu'en le disant les sons se ressemblent. Je voulais te parler de Maria-chérie. Un joli brin de femme pas vrai ? Elle peut être si terrible quand elle veut… »

Sakazuki n'entendit pas la suite et resta bloqué sur le nom de Maria. Il n'avait pas besoin que ce fouineur vienne mettre son nez dans ce dossier trop sensible. Il sentait encore les marques de sa dernière séance sur son fessier. Personne ne devait être au courant de ça. Jamais ! Et surtout pas ce singe-là !

« De quoi tu me parles ?
- Maria, la jolie serveuse du bar que je t'ai conseillé, dit-il avec un clin d'œil. Elle est drôlement belle, tu ne trouves pas ?
- Pourquoi tu viens me parler d'elle ?
- Eh bien, tu sais au bar… Les clients sont vite jaloux, tu sais combien elle a de soupirants ? Ils ne sont pas nombreux ceux qu'elle invite dans son lit alors les autres sont vites jaloux et ils râlent beaucoup. Un grand type, sévère, qui ne relâche jamais les dents et petit nouveau dans le bar en plus… Ça les agace vite, tu saisis ? Si tu savais le temps qu'il m'a fallu avant de pouvoir m'approcher d'elle. Quoique ce fut un scénario que je n'avais pas imaginé pour tout dire ! Ces critères sont surprenants.
- Toi ? J'y crois pas, j'espère que c'est pas un de tes coups tordus ? Je te jure que je vais te tuer si tu dis quoi que ce soit !
- Allons, allons… J'ai eu raison de te conseiller cet endroit, non ? Tu as trouvé une solution auquel tu n'aurais pas pensé et qui a réglé ton problème, non ? »

Sakazuki fronça les sourcils. Il se moquait de lui ou il avait réellement cherché à l'aider ? Peut-être même les deux… Difficile à dire avec ce type. Il le connaissait depuis longtemps maintenant mais il n'arrivait toujours pas à le cerner. Son esprit comme son corps était bien trop volatile et instable. Il se calma.

« Qu'est-ce que tu sais ?
- Mais rien voyons… Je sais que tu es un de ses partenaires c'est tout. J'avoue que cela me rend curieux de savoir ce que tu peux bien lui demander mais si je demandais quelque chose je me ferais virer. Elle est stricte... sur ça aussi, sourit-il. Elle tient ses informations bien confidentielles, bien plus sécrète et discrète que nos agents infiltrés… Tout ce que j'apprends, je le découvre par hasard… Ou bien en laissant trainer mes oreilles dans la salle du bar. Je te le dis au cas où mais si elle te voit faire t'auras des ennuis… Elle ne s'occupera plus de toi pendant un moment, bouda-t-il.
- Tu parles par expérience j'imagine…
- Ce n'était même pas fait exprès.
- Même moi je ne te crois pas. Tu ne sais pas mentir de toute façon et ça c'est un problème… Je ne veux pas que qui que ce soit aient le moindre doutes sur… Des préférences éventuelles… Si j'entends le moindre bruit, le moindre murmure de couloir laissant entendre que… Je te retrouve et tu vas avoir des problèmes… Tu peux être sûr que ça, tu ne vas pas aimer.
- Ho, Ho ! Tu donnes des indices tu sais… Tu devrais faire attention, je n'ai rien demandé et j'en sais déjà beaucoup.
- Tu cherches les ennuis ?
- Mais non voyons ! Tu es déjà devant moi… Non, non, je voulais simplement discuter tu sais… C'est vrai que je suis quand même curieux de savoir ce qu'elle te fait mais t'obliger à le dire ou te piéger ne serait pas très juste.
- Eh bien moi je ne tiens pas à savoir… Elle est trop bien pour toi de toute manière.
- Tu me vexes… Moi qui voulais t'apprendre une bonne nouvelle.
- Venant de toi je ne suis pas sûr qu'elle le soit.
- Oh si ! J'ai découvert que nous étions ses seuls partenaires en ce moment… Cela veut dire plus d'attention pour nous, dit-il en faisant un clin d'œil.
- Elle a surement autre chose à faire que de s'occuper de toi ! Et ne me joint pas à toi, je ne sais pas à quel point tu es tordu.
- Tellement méchant… Si ça se trouve c'est toi le plus tordu de nous deux. Je te verrais bien fétichiste des chaussures ou même du genre à aimer porter du cuir… Un petit côté maso. Sous tes aires sévères ce serait… Sympa. Qui sait peut-être quel fait aussi les plans à trois. »

Sakazuki resta de marbre face aux divagations de son collègue, pas question de lui donner le moindre indice qu'il s'approchait dangereusement de la vérité. Il fut lui aussi piqué par la curiosité de savoir ce que Maria pouvait lui réserver ou bien ce qu'il pouvait lui demander. Ce type avait toujours eu d'étranges manies et maintenant il osait même lui évoquer l'idée d'un plan à trois. Il n'était même pas sûr qu'elle accepte de ce genre de chose-là. Elle choisissait ses partenaires et préservait leurs penchants, comment pourrait-elle… À moins qu'un partenaire ne le demande lui-même et qu'elle évoque l'idée à une autre potentiellement intéressé ? Même ainsi cela clochait… Et maintenant il réfléchissait à cette idée saugrenue que l'autre idiot avait jeté sans prévenir sur le tas. Il se sentait obligé de demander à Maria si elle faisait ce genre de chose ! Il ne pouvait pas faire ça…

« Abruti… »

Le mot lui échappa bien qu'il se le destinait pour se faire autant mener par le bout du nez.

« Tu as mis un de ces temps à répondre, je vais croire que tu n'es pas totalement désintéressé… Petit coquin va. »

L'homme-lumière disparut avant de se prendre un point en pleine face. Avec Sakazuki il avait à craindre des dégâts important s'il était touché.

« Je te laisse y réfléchir, rit-il. »

Il partit pour de bon avant que l'autre homme ne se mette en chasse après lui et décide de le rôtir. Il ne resta plus que Sakazuki, un point suspendu dans le vide et de la colère sur le visage. Ce que Borsalino pouvait être agaçant lorsqu'il voulait. Comment pouvait-il encore le compter parmi ses amis après tout ce temps à vouloir le tuer ? Il gardait cette attitude masochiste même sans le savoir ou bien était-ce des indices qu'il n'avait jamais perçus ? Conserver ce fléau chaotique comme ami alors qu'il l'agaçait au plus haut point depuis des années n'était-ce pas la preuve qu'il aimait se faire du mal ?

Cette idée que Borsalino soit aussi un partenaire de Maria lui trotta dans la tête toute la semaine. Ces autres partenaires ne le concernaient pas et il le savait très bien mais la question l'obsédait. Devait-il lui poser la question ? Ainsi elle lui répondrait non et le punirait pour que cela disparaisse de ses pensées… Ou bien devait-il patienter jusqu'à ce que cela sorte de son esprit ? À cela s'ajouta des suppositions sur les pratiques qu'ils pouvaient avoir tous les deux… Etait-ce des séances dans le même genre que les siennes ? Etait-ce beaucoup plus poussé ? Borsalino semblait la connaitre depuis un certain temps déjà… Aimait-il être attaché ? Bâillonné ? Suspendu au plafond ? Lui lécher les chaussures ? Des images dont il se passerait bien.

Cela finit par lui sortir de l'esprit mais… Il ne fut pas sûr que son vœu soit exaucé de la manière dont il l'aurait voulu.

Il rêvait d'être attaché, pas pour se retrouver dans des positions étranges et alambiquées non… Juste assez pour être contraint… Être à sa merci… Implorer qu'elle arrête ses supplices mais pas des supplices douloureux comme il avait eu droit… Quelque chose de plus vicieux… Des caresses. Des caresses d'une douceur exquise auxquelles il ne pouvait se soustraire. Des caresses qui ne faisaient que le frustrer, qui lui refusaient la moindre libération et le laissaient dans un état d'excitation qui le poussait à supplier pour obtenir une libération et la jouissance.

Voilà de quoi il rêvait depuis une semaine.

Il regrettait son vœu.

Sa frustration augmenta à mesure que sa capacité à refreiner ses envies s'estompait. Il n'arrivait même plus se concentrer au travail. Sa pile de dossier grimpait aussi vite que ses érections nocturnes et refusait de descendre avec la même paresse. Il devait faire quelque chose avant de devenir fou.

Il se rendit au bar le soir même. Il dut patienter avant que Maria ne s'approche suffisamment de lui. Elle s'étonna de le voir ici : leur dernière séance était plutôt récente. Elle se douta qu'un élément devait déranger l'homme. Elle entama la discussion par des salutations amicales puis lui proposa de prendre un verre. Ce qu'il fit. Lorsqu'elle le lui ramena il lui stipula que sa venue n'était pas si désintéressée et qu'il aurait besoin de « discuter » prochainement avec elle. Elle prit le temps de réfléchir puis lui indiqua qu'elle serait disponible dès le lendemain pour parler.

« Et… Si vous pouvez avoir des gants… Eventuellement… »

Elle arqua un sourcil puis hocha la tête. Sakazuki n'avait jamais fait de demande particulière jusqu'à maintenant, il suivait ses propositions et s'en accommodait très bien. Quelques idées devaient s'être logées dans son esprit : un peu plus d'action pour elle.

o~~O~~o

Sakazuki trépignait d'impatience à l'idée de partager son fantasme et de savoir ce que Maria lui proposerait. Il ne tenait plus en place. Il rêvait de faire sortir une bonne fois pour toutes ces idées brûlantes qui l'empêchaient de se concentrer au quotidien.

Maria le voyait se tortiller dans tous les sens. Cela l'amusa. Elle ne savait pas ce qu'il allait lui demander mais elle avait pris sa paire de gants préférée. Elle se tenait prête à écouter la demande de son client.

« Alors ? Vous aviez quelque chose de particulier à me demander aujourd'hui ?
- Oui, j'aimerais essayer quelque chose de nouveau. Je ne sais pas trop comment cela pourrait se passer en détail mais dans l'idée, ce serait… »

Il lui expliqua alors ses rêves et l'idée générale qui en ressortait, les choses qu'il ne voulait pas et celle qu'il serait éventuellement prêt à tester sous réserve que cela soit graduelle. Maria écouta attentivement et demanda des précisions sur certains points. Elle lui fit une proposition de déroulement qu'il accepta sous réserve de quelques étapes pour évaluer la situation. Une fois que tout fut éclairci la séance commença de manière « classique ».

Ils échangèrent le mot de passe et Maria lui ordonna de se déshabiller puis de s'agenouiller devant le lit. Elle partit se changer comme elle en avait l'habitude et sélectionna ses accessoires. Saki avait opté pour les cordes plutôt que les liens en cuir. Elle les saisit puis se dirigea vers sa victime consentante. Elle garda la corde dont elle avait besoin et jeta les autres sur le lit derrière.

« Les mains derrière la tête, Saki.
- Oui, Madame. »

Il s'exécuta et elle ne perdit pas de temps pour ficeler ses poignets ensemble bien serrés. Elle prit le temps de positionner ses mains attachées en lui intimant de ne plus les bouger. Elle caressa son torse puis attrapa une deuxième corde plus longue qu'elle glissa autour de sa taille avant de la remonter et la nouer dans son dos. Elle fit un deuxième tour de son torse au niveau des aisselles puis noua le tout dans le dos. Elle bougea et les deux anneaux se resserrèrent autour de son torse ou était-ce juste une impression ? Elle continua de travailler dans son dos puis il sentit qu'elle liait ses poignets à cet ancrage dans le dos. Elle y œuvra quelques secondes de plus et il ne put plus déplier les bras. Elle avait immobilisé le haut de son corps en à peine quelques minutes. Il sentit le stress s'immiscer dans ses veines.

Il entendit un cliquetis et la vit refermer un anneau de granit marin autour de son cou. Ils en avaient discuté auparavant, une mesure de précaution pour Maria. L'effet fut immédiat : il se sentit piégé. Elle le poussa sur le lit et il bascula sans broncher. Il se laissa faire sans réagir. Cette femme faisait ce qu'elle voulait de lui. Elle prit une nouvelle corde et saisit un de ses genoux pour l'attacher. Elle créa une liaison entre le haut et le bas de l'articulation puis attacha sa cheville contre sa cuisse. Elle laissa tout de même un peu de marge de manœuvre. La jambe ne serait pas complétement pliée ni immobile. Elle fit de même avec l'autre jambe.

Saki tenta de contrôler sa respiration et de garder son calme. La situation était nouvelle et étrange. La pression montait et l'angoisse tétanisait ses muscles. Maria monta sur le lit et calla ses genoux de part et d'autre de sa tête puis prit son visage entre ses mains. Elle le caressa doucement.

« Ferme les yeux pour le moment. »

Il obéit et prit le temps de respirer. Il ne pouvait pas faire de grande inspiration à cause des cordes, il devait respirer avec le ventre pour respirer profondément. Elle descendit ses mains contre sa mâchoire et caressa des pouces ses joues creuses. Il parvint à se calmer et rouvrit les yeux pour croiser le regard tendre de Maria.

« Ça va ? Murmura-t-elle.
- C'est bon… juste commencez doucement. »

Elle sourit et lui laissa encore un moment pour se calmer et s'habituer. Elle veillait à ce que l'angoisse ne monte pas trop. Il cherchait de la frustration mais devait rester en confiance et se sentir en sécurité. Il ne cherchait pas le frisson d'une peur contrôlée. Tout le monde ne supportait pas bien d'être contraint ou attaché, encore moins un marine entrainé à réagir par réflexe dans une situation d'urgence.

Le collier en granit marin était là pour sa sécurité, un fruit du démon aussi dangereux que celui de Saki ne pouvait être pris à la légère. Un client qui se transforme un lion c'est une chose, Saki qui passe d'une température de peau normale à une température de plusieurs centaines de degrés en une seconde, les effets sont différents… Surtout pour ses petites mains !

Saki avait réussi à reprendre une respiration régulière. Elle mit alors ses mains en mouvement et caressa ses joues, sa mâchoire et la naissance de son cou. Elle fit des mouvements doux et le vit se détendre sous son touché. Elle continua jusqu'à ce que les tensions disparaissent sous ses doigts. Elle déplaça ses mains et suivit la formes des bras restreints de Saki, il eut un sursaut dès qu'elle passa au niveau des aisselles mais elle n'insista pas. Pour le moment. Elle évita aussi soigneusement le torse. La zone était très sensible alors elle préféra faire monter la pression avant de venir le torturer. Elle se mordit les lèvres, elle le ferait supplier. Cela lui tira un sourire sadique.

Elle aimait sentir le pouvoir qu'elle avait sur ses clients, elle veillait à ne pas en abuser et suivait leurs demandes mais elle aurait menti si elle disait ne pas en tirer du plaisir. Elle appréciait les toucher et voir à quel point ils prenaient leur pieds entre ses mains. Le genre de plaisir qu'elle n'avait pas ou plutôt qu'elle ne tirait pas dans des ébats plus classique. Elle ne savait pas pourquoi elle ne prenait pas de plaisir à être touchée. Elle préférait être à l'initiative et garder le contrôle. De plus elle préférait être câlinée à l'acte en lui-même. Seulement il lui était difficile de trouver des partenaires qui s'accordaient à ses goûts, alors cette option-là était un bon compromis. Ses clients trouvaient ce qu'ils cherchaient et elle aimait le leur offrir. Pas besoin de sentiments juste une confiance intense et absolue. Tout le monde y trouvait son compte.

Ses mains se frayèrent un chemin sur son ventre et glissèrent sur ses hanches. Il se contracta et arqua le dos. Ses mains devinrent plus taquines et flattèrent ses hanches. Du bout des doigts elle traça des arabesques invisibles sur son aine. Il montra des signes d'inconfort et tenta de fuir les effleurements.

Saki tenta de bouger mais il rendit compte qu'il était piégé. Il prenait conscience du peu de liberté de mouvement qu'il lui restait. Il tira sur les liens mais il n'arrivait pas avoir suffisamment de force dans cette position. À croire que tout était pensé pour le rendre docile. Des frissons le parcouraient dès qu'elle touchait un point sensible. Il ne pouvait se soustraire à sa volonté et devait se plier à ses envies. Elle avait le contrôle absolu sur son corps et il adorait les sensations que ça lui provoquaient. Il sentait un brin de peur au fonds de son cerveau face à ce lâcher prise mais il éprouvait un tel bien être à la laisser décider pour lui qu'il ne voulait pas arrêter. Il lui était dévoué mais il n'arrivait pas encore à abandonner.

Et le contact du cuir des gants sur sa peau… Il en trembla. Il y avait cette tension, cette discipline qui le faisait rêver. Ce touché rugueux qu'il l'empêchait d'être en contact avec la douceur de sa peau. Une barrière qui le frustrait et faisait monter la température. Il n'était pas encore à la hauteur pour qu'elle daigne poser les mains directement sur lui. Il se tordait sous ses mains et ses doigts pour lui plaire. Il ne cherchait plus à fuir les contacts mais au contraire à les appuyer et les approfondir. De lui-même il se tordait pour sentir le plat de ses mains sur son ventre et ses hanches. L'exercice était ardu car le mouvement de ses jambes était limité mais il prouvait son engagement à lui plaire.

Il voulait que le spectacle la satisfasse et la convainque de son enrôlement. Il devait plaire à ses regards et veiller à ce qu'elle ne le quitte pas des yeux. Il voulait voir le désir dans ses yeux, la discipline et la rigueur.

Il gémit. Il ne savait pas s'il en avait le droit ou non. Voulait-elle l'entendre ? Ses gémissements sonneraient-il comme des compliments à ses oreilles ? Elle ne lui avait pas interdit mais l'autorisation ne lui avait pas été explicitement donnée… Pouvait-il le lui demander sans risquer de la froisser ou de briser son intérêt pour lui ? Son regard devait continuer à le cajoler. Il aimait sentir ses yeux le dévorer et se délecter de ses frissons.

Il se tendit et tira plus fort sur ses entraves. Son souffle se coupa mais il ne put retenir un long gémissement. Elle lui laissa le temps de reprendre son souffle avant que ses mains ne reprennent leur torture.

Il ne tenait plus en place et ses réactions étaient complètement contradictoires. Dès que ses mains s'éloignaient ou ne faisaient que l'effleurer il se tordait pour qu'elles le touchent plus et dès qu'elles venaient se nicher contre lui il se recroquevillait pour les éviter. Il ne savait même plus ce qu'il voulait. Il désirait ses caresses mais les voulait où il le souhaitait. La frustration montait en lui.

Il savait qu'il finirait par la supplier mais il voulait lui prouver qu'il pouvait être patient pour elle et résister à ses propres désirs. Elle arrêta ses gestes et il sursauta en se demandant s'il lui avait déplu. Elle bougea et se leva. Il sentit la panique l'envahir. Il craignit d'être puni mais l'interpella malgré tout :

« Madame, s'il vous plait, gémit-il.
- Je ne t'ai pas autorisé à parler, il me semble, répliqua-t-elle. Continue de couiner. »

Saki se tordit un peu plus sous la dureté de son regard. Il continua de se tortiller en espérant qu'elle revienne. Il « couina » comme elle semblait l'appeler. Elle s'éloigna et fit le tour du lit pour se placer entre ses jambes. Il les referma instinctivement, honteux qu'elle puisse le voir ainsi.

« Saki, gronda-t-elle. Ecarte les jambes… Ne m'oblige pas à te les ouvrir de force. »

Ses cuisses tremblaient sous la tension. Il obéit mais il se sentait terriblement nu sous son regard et dans cette position. Elle sembla comprendre ses doutes. Elle s'avança sur le côté pour ne plus être en face de lui et sans mouvement brusque, elle posa la main sur son genou gauche. Elle glissa sa main sur l'extérieur de sa cuisse et le cajola. Lentement, elle l'invita à ouvrir les cuisses et il se laissa guider. Il avait honte. Il savait bien que son corps pouvait faire des envieux mais il se sentait si peu à l'aise ainsi exposé.

« C'est bien, Saki… Très bien… »

Il hocha la tête, toujours à court de souffle. Ses muscles restaient tendus, seule son endurance empêchait la fatigue de prendre place. Elle se replaça entre ses jambes et posa ses deux mains sur ses genoux pour reprendre ses caresses. Il se tendit lorsqu'elle s'approcha un peu plus mais il réussit à garder sa position. Elle continua de masser et caresser le dessus et l'extérieur de ses cuisses. Elle fixait ses réactions et cherchait à repousser ses limites. Elle suivait les demandes qu'il lui avait faites mais elle restait prête à changer si cela devait trop pour lui. Lorsqu'elle vit les tensions disparaitre sous sa peau, elle commença à glisser vers l'intérieur en partant des genoux et descendit peu à peu vers son bassin. Elle constata qu'il appréciait le traitement. Il ouvrait de plus en plus les cuisses de sa propre initiative jusqu'au point où il redressait le bassin pour augmenter le contact.

Il se mit à gémir sous ses assauts. Elle réduit les caresses pour ne plus que lui offrir que des effleurements et tapotements du bout des doigts. Il était temps d'attiser un peu plus sa frustration.

De son côté, Saki continua à redresser le bassin, tordre les hanches et tirer sur ses liens. Une bouffée d'euphorie monta dans sa gorge. Il perdait la tête et ne retenait plus le moindre son qui pouvait sortir de sa bouche. Il en voulait encore, il en voulait plus. Il sentit son cœur s'accélérer et la tension augmenter dans tout son corps. Ses gémissements devinrent des cris presque des sanglots. Tout son corps se relâcha brutalement. Il perdit toute notion de temps et d'espace quelques instants, submergé par ce qu'il venait de lui arriver. La voix de Maria lui parut très lointaine.

« Eh bien, eh bien… Je n'ai pas vu ça souvent mais ça à l'air de t'avoir plus. Par contre j'aimerais savoir qui t'as donné l'autorisation de jouir ? »

Saki était bien trop perdu dans les limbes de son plaisir pour entendre quoi que ce soit. C'était bon. Aucun doute la dessus mais c'était aussi frustrant de se rendre qu'une érection tressautait toujours et le fixait. Depuis quand était-elle là en plus ? Il commença à refaire surface et se rendit compte de ce qu'il venait d'arriver. Il n'en croyait pas ses oreilles, il ne pouvait pas réellement avoir… Si ? Il en fut mortifié et chercha aussitôt à se faire pardonner.

« Veuillez m'excuser Madame, je ne saurais expliquer ce qui vient d'arriver, bégaya-t-il.
- Je vais devoir sévir alors. »

Elle continua ses caresses et les porta sur la jonction des cuisses et du bassin. Le désir se ranima aussitôt dans les reins de Saki. Il aurait dû chercher à fuir les flatteries pourtant il ne faisait qu'écarter encore plus les cuisses pour sentir ses attentions. Il en voulait encore et semblait complètement insatiable. Il avait faim de son attention, faim de ses caresses et cajoleries, faim de la douceur et de la dureté qu'elle pouvait lui offrir. Il se montrait bien sage et docile pour mériter ses flatteries. Il ne pouvait la décevoir et devait se montrer à la hauteur de ses exigences pour la satisfaire elle, avant de pouvoir en tirer des louanges. Son écart ne devait pas se reproduire.

Il était un vilain garçon…

Cela le fit frissonner et sourire bien qu'il le dissimula rapidement. Maria s'attaqua à le torturer. Elle effleurait du bout des doigts des zones encore inexplorées qui ne rêvaient que d'être possédées et découvertes. Elle s'appliquait à ne pas toucher son membre tendu et s'amusa à en faire le contour. Il aimerait qu'elle l'empoigne avec la même fermeté avec laquelle elle le flagellait. Il voulait qu'elle s'amuse autant qu'elle le souhaitât avec son corps. Qu'elle le martyrise, le fasse jouir jusqu'à l'épuisement si cela pouvait la satisfaire. Il aimait être possédé, n'être maître de rien et la laisser décider pour lui. Il s'abandonnait à elle avec volupté.

Il retenait tant bien que mal ses cuisses alors qu'elle décidait enfin de lui accorder quelques plaisirs. Elle caressa ses bourses. Il espérait qu'elle remontât sa main et lui accordât une douceur mais au contraire elle descendit sa main. Un frisson le parcourut mais la pression ne redescendit pas et il continua de couiner. La main gantée continua de descendre et il commença à paniquer et se tordre un peu plus.

Il eut peur.

Elle ne fit que l'effleurer mais il trembla d'appréhension et d'excitation. Terrible paradoxe dans son esprit. Il remarqua que Maria le fixait. Elle scrutait son visage et ses réactions. Elle continua lentement son exploration. De son autre main, elle palpait ses fesses et l'exposa complètement. Il se sentait complètement nu sous ses yeux mais malgré tout il se sentait en sécurité. Il voyait qu'elle lui prêtait attention pour ne pas le blesser, il en était reconnaissant. Elle effleura doucement cette zone totalement vierge et il dût se rendre à l'évidence : il aimait être livré à son bon vouloir car il continuait de se laisser faire. Elle vint appuyer un peu plus ses touchés et il gémit de plus bel.

Cette femme allait le rendre fou.

Elle appuya un peu plus ses doigts et il la regarda avec appréhension, figé à l'idée de ce qu'elle pouvait lui faire en cet instant. Elle pouvait le pénétrer en un seul mouvement et le soumettre pour de bon. Il craignait que ce pas là soit franchi. Elle se pencha sur lui pour embrasser son torse. Il se détendit aussitôt face à cette marque d'affection dans le tumulte de la séance. Elle lui sourit comme pour l'avertir de la suite pourtant elle arrêta son mouvement et retira sa main. Sans qu'il ait le temps de comprendre ce qu'il arrivait, elle saisit de son sexe. Il crut rêver l'espace d'un instant. Lui accordait-elle une récompense ?

Se pourrait-il qu'il ait bien agi et l'ait convaincu ?

D'une main elle lui accordait les plaisirs d'un touché intime et de l'autre elle remontait explorer son ventre et son torse. Elle offrait des baisers à sa peau qu'il n'aurait pu espérer. Elle se redressa pourtant et ne lui laissa que du manque. Il commençait à devenir gourmant de ses lèvres. Elle cessa de flatter son ventre et vint porter sa main et à sa bouche. D'un cout de dent net et précis et elle retira son gant. Il la regarda hypnotisé et fasciné par sa sensualité. Une fois le gant jeté au loin elle ramena sa main nue sur son ventre et le survola. Elle remonta lentement et il crut défaillir à son contact. Sa peau contre la sienne le brûlait. Lui, l'homme-magma, sentait la brûlure d'une peau nue contre la sienne, quelle ironie. Il se sentait partir à nouveau et recommença à couiner et gémir comme le chien en chaleur qu'il était. Il sentait la tension revenir dans son corps et les va-et-vient qu'elle lui offrait lui promettaient une libération prochaine. Cependant elle arrêta son mouvement.

À dire vrai elle arrêta tout mouvement mais il n'aurait su dire lequel le rendit le plus désespéré : la caresse de sa peau nu contre la sienne ou le cuir qui entourait son sexe. Il couina et comprit alors tout le sens du mot frustration. Alors qu'elle bougea à nouveau et se mit debout sur le lit il recommença à se tordre pour réclamer ses attentions et protester contre cet arrêt si injuste.

Pourquoi s'éloignait-elle autant de lui ? Il voulait la sentir contre lui.

Il continua de se tordre entre ses pieds et elle s'avança sur lui pour se placer juste au-dessus de son ventre. Il admira ses jambes de toute leur longueur et en fut fasciné. Comment pouvait-elle être aussi belle ? Elle s'agenouilla lentement puis elle s'assit à califourchon sur lui et il la regarda faire, tremblant. Elle allait le rendre fou. Il allait perdre la tête. Elle était si magnifique, si désirable. Elle lui offrait ce qu'il voulait sans le repousser. Elle lui donnait la sévérité qu'il souhaitait, lui donnait les corrections qu'il méritait.

Son cœur manqua un battement lorsqu'elle fut pleinement installée sur lui. Ses cuisses l'enserraient délicieusement et épousaient parfaitement son ventre. Elle le fixait avec une lueur prédatrice dans les yeux et il frissonna d'appréhension. Il semblait qu'il ne soit pas au bout de ses peines. Elle se pencha au-dessus de lui et il put admirer la courbure de ses seins. Il aimerait tellement pouvoir les toucher en cet instant. Déchirer ce haut ridicule et les prendre dans ses mains. Que pouvait-elle bien porter en dessous ? Portait-elle seulement quelque chose en dessous ? Il rêva de ses seins qui se mouvaient librement sous ce haut, à leur peau qui frottait le tissu et leur accordait un contact auquel lui n'avait pas droit… De plus le tissu lui coupait la vue. Ce morceau de fibre était vraiment désagréable et peu coopératif.

Il fut tiré de ses réflexions par une main gantée qui s'abattit dans ses cheveux et lui plaqua le crâne contre le lit ainsi qu'à la réalité. La pression était telle qu'il offrit son cou sans broncher. Son cuir chevelu s'irrita de cet affront et il grimaça. Cela était douloureux autant pour son crâne que son égo. C'était humiliant d'être remis à sa place si violement. Il offrit plus largement sa gorge en sédition pour prouver sa bonne foi et son obéissance. Elle dut être comblée car elle relâcha son emprise mais garda la main ferme.

Il se demanda à quelle sauce il serait mangé.

« Ne bouge pas, siffla-t-elle. »

Il n'avait pourtant pas l'impression de bouger mais stabilisa sa position. Il ne bougerait pas d'un pouce.

Elle leva sa main libre et l'approcha de son visage. Il craignit de se faire gifler, il ferma les yeux mais rien ne tomba. Un frisson couru le long de sa gorge et il dut faire preuve de concentration pour ne pas refermer le menton et lutter contre le doigt taquin qui s'égarait sur sa trachée. Il se maintint immobile avec peine. L'index continua sa route jusqu'au menton sans ralentir et glissa lentement vers sa bouche. Il vint tourner autour de ses lèvres, à peine un effleurement du bout de l'ongle.

Il frissonna.

Elle continua ce petit manège jusqu'à ce qu'il tente de se soustraire à ce touché. Elle resserra sa prise sur ses cheveux et il laissa échapper un gémissement douloureux.

« Ne bouge pas je t'ai dit… Ne m'oblige pas à le répéter encore une fois. »

Il se figea sous la menace implicite. Il se tint tranquille mais tordait les pieds à chaque fois que la caresse devenait un supplice. Cela le démangeait. Cet ongle qui touchait à peine sa peau, l'irritait de frissons et picotements à chaque passage. Il gémissait en gardant les dents bien serrées de peur qu'elle ne le gronde ou ne considère ce mouvement comme parasite dans son jeu.

Le doigt s'arrêta à la commissure de ses lèvres et cessa ses cercles infernaux. Il se relâcha l'espace d'un instant mais se tendit à nouveau en sentant la pulpe de l'index venir caresser sa lèvre inférieure et rejoindre l'autre commissure. Il restait immobile malgré l'envie d'ouvrir la bouche pour gémir. Si elle s'amusait à cela il ne tiendrait pas longtemps avant de s'abrutir complètement dans ses bras.

Sa raison le quittait peu à peu sous les assauts et il rêvait de la libération qui ne s'annonçait toujours pas. La peau qui caressait ses lèvres sensibles à force des passages répétées envoyait des décharges de désir frustré dans son corps. Il aimerait tant qu'elle s'applique autant à caresser d'autre partie de son corps avec autant d'attention. Il perdait pied, se noyait dans des vagues d'envie frustrée. Elle frottait avec attention ses lèvres et s'approchait de plus en plus de la faille qu'elles couvraient. Son doigt s'appuya un plus pour chercher un passage à travers la barrière de chair. Elle continua ses attaques jusqu'à ce que Saki relâche enfin les dents et ouvre le passage de cet antre humide.

Elle joua encore avec son doigt humide sur ses lèvres avant de plonger plus profondément dans l'antre. Il ne réagit pas sur le coup et laissa l'intrus glisser sur le creux de sa langue. Il commença à comprendre lorsqu'un deuxième doigt envahit sa bouche. Il était déjà trop tard pour reculer.

« Ouvre la bouche en grand Saki, sois un bon soldat. »

Il obéit machinalement et ouvrit la bouche. Il la laissa l'envahir. Il la laissa prendre possession de lui et de cette cavité que personne n'avait jamais visitée ainsi. Ses doigts glissaient avec aisance sur sa langue offerte. Il se surprit même à chercher à épouser la forme de ses doigts et encourager leur va-et-vient. La salive commença à couler sur son menton entrainée par les doigts-inquisiteurs. Les envahisseurs imposèrent leur rythme et gagnèrent du terrain.

Ils s'éloignaient de l'entrée et s'enfonçaient plus profondément dans des zones inexplorées. Saki n'arrivait pas résister, il ne lutta même pas lorsqu'un troisième fit son apparition et remplit sa bouche. Il était dans le flou complet. Il aimait qu'elle le possède ainsi, qu'elle le soumette à son gré. Il adorait être à son service.

Il craqua.

Sans la moindre autorisation il referma ses lèvres et lui lécha les doigts. Il les suça avec envie et accompagna leur mouvement. Il voulait la dévorer, l'avaler, la consommer. Cet échange était peut-être la seule pénétration qu'il y aurait entre eux. Alors il la savourait, se délectait de sa peau et de son goût. Il en voulait encore en plus. Sa raison s'était définitivement fait la malle avec le peu de neurones actifs qui lui restaient. Il ne réfléchissait plus et faisait ce dont il avait envie.

Il la suçait.

Qui aurait pu croire que sa première gorge profonde serait pour une femme ?

C'était hilarant.

L'euphorie montait alors qu'il offrait volontiers plus de terrain à envahir. Les envahisseurs ravageaient tout sur leur terrain, ils étouffaient ses cris et ne laissaient filler que des gémissements obscènes. Des torrents de salive coulaient sur son menton et ses joues mais il n'en avait rien à cirer. Il voulait la sucer, être à elle. Devenir le seul être qui comptait pour elle en ce moment. Un mouvement plus brusque le ramena à la réalité. Il n'avait pas l'habitude de ça et son corps n'appréciait pas autant l'intrusion. Il eut un hoquet et mouvement de rejet. Les doigts l'abandonnèrent pour le laisser respirer et reprendre son souffle après ce soudain haut le cœur.

Fichu réflexe.

Il rouvrit presque aussitôt en grand la bouche pour qu'elle continue mais rien ne revint. Il eut un spasme de sanglot et couina pathétiquement.

« Veuillez m'excuser Madame, je ne voulais pas vous décevoir. Je me contrôlerais mieux la prochaine fois mais n'arrêtez pas, s'il-vous-plait. »

Il ne reconnaissait même pas sa propre voix tant elle était suppliante. Il voulait qu'elle le touche encore, il voulait qu'elle l'envahisse encore, il la voulait en lui.

« Encore, s'il-vous-plait, chouina-t-il. »

Il ne ressentait aucune honte. Il la désirait. Son corps était tellement tendu qu'il tremblait tout entier. Il voulait être touché encore une fois. Il voulait ses touchés intimes rien que pour lui.

Entre elle et lui.

Personne d'autre. Il était sa chose et elle sa propriétaire. Il la supplierait à genoux pour qu'elle le flatte quelques instants, qu'elle le regarde avec attention et qu'elle daigne le féliciter d'un geste ou d'une parole.

Il allait craquer. Il allait finir par pleurer tant il se sentait frustré. Son corps était douloureux. Des tensions se faisaient sentir un peu partout. Il voulait bouger les jambes, relâcher ses bras mais il n'aurait droit à rien avant qu'elle ne soit satisfaite de lui.

Quand ce supplice finirait-il ?

Il manqua de sangloter mais s'arrêta en sentant son odeur bien plus proche qu'elle ne l'avait jamais été. Il rouvrit les yeux et la vit penchée sur lui. Elle vint l'embrasser.

Ses lèvres se posèrent sur les siennes. Il sentit sa langue caresser la sienne mais il resta complètement figé et redevint calme.

Elle venait de le récompenser ou bien de le rassurer ?

Il ne savait pas mais pour la première fois elle l'avait embrassé. Elle avait embrassé ses lèvres. Ses lèvres s'étaient posé sur les siennes. La pression qui l'oppressait quelques secondes auparavant venait de s'alléger. La frustration ne le quittait pas pour autant mais il se sentait à prêt à tenir le coup encore pour quelques assauts. Il oublia la raison de sa détresse et la regarda ébahi. Allait-elle recommencer ? Avait-il droit à un moment de douceur avant le final ? Etait-ce le calme avant la tempête ?

Il ne bougea pas et l'observa. Il décortiqua ses moindres gestes et expressions qui pourraient trahir ce qui allait suivre. Elle se redressa et lui fit un sourire qui le fit frissonner des pieds à la tête. Le pire arrivait. Une lueur sadique brillait dans son regard, il ne l'avait jamais vu ainsi. La fierté et l'inquiétude se battaient dans sa tête pour savoir qui avait raison.

Etait-ce une bonne ou mauvaise nouvelle ?

Il n'en était pas sûr. Elle se pencha à nouveau vers lui et il espéra qu'un nouveau baiser vienne se perdre sur ses lèvres mais son regard ne se portait pas sur lui. Elle tendit le bras vers la tête du lit et elle attrapa quelque chose sur la table de nuit. Il ne pouvait pas voir ce qu'elle faisait. Elle se réinstalla sur lui et il put voir le nouvel instrument de torture : une corde épaisse avec un nœud au milieu.

Un bâillon.

Ils en avaient discuté et il avait accepté l'accessoire pour cette séance. Elle lui avait malgré tout rappelé que s'il le voulait il pourrait changer d'avis. Elle lui laisserait le choix.

« Puisque tu ne sais pas te taire je vais devoir sévir. »

Il ne protesta pas et ouvrit en grand la bouche pour signifier son accord. Il avait besoin d'une occupation pour sa bouche. Elle plaça le nœud derrière ses dents et le noua à l'arrière de sa tête. Presque aussitôt il mordit dans le nœud pour tester la corde et dut se rendre à l'évidence qu'il n'en viendrait pas à bout.

Il devait se préparer à crier. Une fois qu'elle eut terminé de le bâillonner, elle se réinstalla lentement sur son ventre. Elle le regarda quelques instants et laissa ses mains tracer des lignes imaginaires sur son torse. Se doutait-il de ce qu'elle lui préparait ? Elle ne pensait pas qu'il réagirait si bien durant cette séance. Cela lui faisait plaisir et elle devait bien reconnaître qu'elle était très excitée de le voir ainsi. Il s'abandonnait si aisément à ses soins. Elle se demandait parfois s'il n'avait vraiment eu aucune expérience de ce genre avant. Il se soumettait si facilement. Il cédait à ses désirs mais luttait avec entêtement dès qu'il s'agissait de lui faire plaisir. Cette obéissance absolue la flattait terriblement et lui faisait monter le sang à la tête. Elle s'étourdissait de tant de pouvoirs. C'était si grisant de voir cet homme complètement soumis, ramené à l'état de chien bien docile et obéissant qui remuait la queue dès qu'elle l'encourageait un peu. Peu importe la raclée pour peu qu'il ait des félicitations.

Elle ne pouvait connaître ça qu'avec ses clients. En particulier Saki qui se montrait d'une obéissance aveugle face à ses envies. Il était si facile à soumettre que ça la faisait fondre de plaisir. Rien que l'observer à sucer ses doigts avec un tel engouement…C'était splendide de voir à quel point elle pouvait lui faire perdre la tête. C'était loin d'être fini, elle se mordit les lèvres d'anticipation. Elle allait le faire couiner.

Il gémit dès qu'elle commença à appuyer un peu plus ses gestes. Elle avait pu juger de la sensibilité de ses tétons et des zones mitoyennes. L'occasion était trop belle pour ne pas être saisie. Elle s'en rapprocha doucement et méthodiquement pour faire monter la pression. Il ne tiendrait pas longtemps à ce rythme et dans son état d'excitation avancé. Elle n'aurait pas besoin d'insister pour qu'il couine et gémisse, le voir se tordre misérablement pour lui échapper lui donnait envie de le malmener un peu plus.

Elle fit tourner ses doigts autour de cette chair qui se dressait et se durcissait sans qu'elle n'ait à en faire plus. Elle le sentait se soulever sous elle pour augmenter le contact qu'il pouvait avoir contre elle. Elle le laissa faire et ne chercha pas l'en empêcher… Ce n'était pas désagréable pour elle.

Elle cessa de tourner autour et saisit ses deux tétons. Il jeta la tête vers l'arrière et poussa un cri qui fut étouffé. Il tremblait et ne savait plus que faire de son corps, il semblait possédé et perdu dans un ailleurs lointain. Elle les massa entre ses doigts sans chercher à les serrer. Leur sensibilité se suffisait pour le briser de plaisir.

Il en réclamait plus cet effronté.

Elle continuerait bien jusqu'à ce qu'il la supplie pour lui rappeler que c'était elle qui décidait mais cela ne serait plus très long. Elle sentait qu'il était sur le fil et que tout pouvait basculer. Elle restait lucide sur la situation et l'après, elle ne devait pas trop le stimuler car il risquait de ne pas s'en remettre si elle le poussait trop loin dans ses retranchements. Il voulait repousser ses limites certes mais elle savait que le pousser trop loin serait difficile à vivre et accepter une fois la séance terminée.

Il ne manquait plus grand-chose pour qu'il plonge.

Il se tortillait de plus en plus et relevait le bassin. Il ne se tenait plus en place. Saki était bien loin et ne répondait plus que par des gémissements hérétiques. Il planait très loin au-dessus de tout, il nageait dans l'euphorie la plus totale. Il tirait sur ses liens comme un dératé dans l'espoir de se libérer et pouvoir prendre Maria dans ses bras avant de sombrer dans l'orgasme.

Un sanglot s'étouffa dans sa gorge, il ne contrôla plus rien. Il sentit les larmes lui monter aux yeux et couler sans qu'il n'ait vu venir quoique ce soit. Il commença à paniquer et eut l'impression d'étouffer. Maria le remarqua tout de suite et retira le bâillon pour l'aider à reprendre son souffle. Elle se pencha vers son oreille et lui chuchota des mots rassurants alors qu'elle reprenait son sexe en main.

« C'est bien Saki, tu es un bon soldat… Tu as mérité ta récompense. »

Il continua de pleurer mais ses sanglots s'entrecoupèrent de gémissements. Il se sentait proche de la délivrance et la présence de Maria contre lui était rassurante. Au moins elle n'était pas déçue. Elle le cajola et l'autorisa enfin à jouir. Il aurait aimé étendre son corps et se détendre mais les liens l'en empêchaient. Les sanglots s'intensifièrent mais pas une seconde il songea à prononcer le mot de passe. Il ne voulait pas couper l'instant qui le liait à elle malgré l'angoisse et la frustration qui l'habitaient. Elle arrêta le mouvement de sa main et il faillit hurler pour la supplier de continuer. Il la voulait, il voulait jouir, il ne voulait pas rester ligoté à attendre.

Elle le rassura et se recula pour avoir un meilleur accès et faciliter sa libération, autant physique que mentale. Alors qu'elle reprenait son mouvement de main et elle se servit de celle libre pour défaire les nœuds qui maintenait captive sa jambe gauche. Elle l'aida à la déplier doucement. Il sentait la pression se relâcher dans son corps. Il reprenait la notion de contrôle qu'il avait sur ses membres. Il n'était pas encore capable de bouger sans l'aide et l'accord de Maria mais cela lui enlevait un poids. Elle fit de même avec l'autre jambe. Il osa à peine les étendre malgré l'envie qui le rongeait la seconde d'avant. Il garda sa position soumise mais les larmes se calmèrent.

« Saki tu as bien travaillé, repos maintenant. »

Il tira sur ses poignets toujours captifs et sentit tout son corps se tendre dans un dernier élan. Le vide l'envahit alors et il dut perdre connaissance quelques instants car lorsqu'il ouvrit les yeux les liens avaient tous disparu. Maria n'avait pas dû s'inquiéter de le voir perdre pieds, peut-être même que ce n'était pas la première fois qu'elle assistait à quelque chose comme ça…

Il essaya d'observer autour de lui mais tous ses muscles étaient douloureux. Son corps était lourd et épuisé. Pour être intense, cela avait été intense. Une nuit de sommeil suffirait-elle à le remettre sur pied ? Il n'en était pas sûr.

« Maria… »

Sa voix était complètement cassée. Où pouvait-elle bien être ? Elle avait dit qu'elle serait toujours là avec lui après les séances. Il se remit à trembler de panique, l'avait-il dégouté avec son comportement ? L'avait-il déçue ? Il croyait pourtant avoir bien fait. Il angoissait et avait mal au ventre. Il s'était tellement humilié. Il avait besoin de sa chaleur et de ses gestes tendres.

« Maria… Sanglota-t-il. »

Il entendit des pas à sa droite et tourna la tête. Il tomba directement sur sa silhouette, elle tenait une bassine d'eau entre ses mains. Elle la posa avec empressement sur la table de chevet et s'assit aussitôt à côté de lui.

« Je suis là, murmura-t-elle. Je suis allé chercher de l'eau chaude et récupérer des serviettes. Je voulais vous laver comme vous avez beaucoup transpiré, je ne souhaitais pas que vous tombiez malade, expliqua-t-elle. Je ne pars jamais très loin, ne vous inquiétez pas… Je suis là maintenant, ne vous inquiétez de rien. »

Elle caressa sa joue doucement et il se colla un peu plus contre elle.

« J'ai cru que… Que vous m'aviez laissé. J'ai eu peur de vous perdre, bégaya-t-il.
- Je suis là et il n'y a rien à craindre. Dîtes moi ce dont vous avez besoin. Je m'allonge avec vous tout de suite si vous voulez. Je voulais juste que vous soyez plus à l'aise… La séance était difficile aujourd'hui, on va prendre le temps. »

Il hocha la tête. Sa présence l'aidait déjà à voir plus claire. Il était vraiment poisseux et n'avait pas la force de bouger ses membres.

« Je veux bien que vous m'aidiez à faire une toilette avant...
- Bien sûr, l'eau est chaude autant en profiter. »

Elle lui fit un petit clin d'œil puis s'appliqua à le laver. Elle l'aida à étendre ses jambes et massa les zones meurtries par les cordes. Il garderait quelques marques mais rien d'inquiétant. Elle vérifia qu'il n'avait pas de blessures et lui fit faire quelques petits mouvements. Elle séchait la peau juste après son passage. Elle fit de même avec les bras et les inspecta minutieusement. Il aurait des courbatures c'était certain.

Au fur à mesure qu'elle le nettoyait il se sentait plus léger. Comme si les souvenirs de la séance s'effaçaient avec la sueur et les larmes. Il était enfin apaisé. Il se détendit et profita de la chaleur et de l'abri que lui procurèrent les draps propres.

Il se sentait bien.

Pleurer l'avait soulagé. Cette femme avait le don de le faire céder et abandonner tout ce qu'il croyait. Il se laissait aller devant elle comme il n'aurait jamais pu l'imaginer. C'était épuisant mais très plaisant…

Grisant même.

Lorsqu'elle eut fini, il se sentit propre. Il la regarda avec appréhension ramener la bassine et la vider. Il demeurait dans une certaine insécurité. L'équilibre dans son esprit restait fragile et un rien pourrait le refaire basculer. Elle revint vers lui tout guillerette et s'allongea à côté de lui. Elle posa une main sur son torse et posa la question tant redoutée.

« Comment vous sentez-vous ? Vous voulez en discuter maintenant ou vous préférez attendre demain pour être plus posé ?
- Demain ce sera mieux je pense… Je ne sais pas trop quoi dire pour le moment, c'est trop flou pour dire.
- C'était une séance très intense, vous pouvez revenir demain soir si vous en ressentez le besoin. Je garderais le créneau pour vous sachez-le.
- Merci Maria… Et il est vrai que je ne pense pas recommencer tout de suite. »

Elle lui sourit. Il se retourna et vint s'allonger contre elle. Elle resserra son étreinte autour de lui mais quelque chose l'intrigua.

« Vous êtes chaud, remarqua-t-elle. Vous avez de la fièvre ? »

Elle posa une main inquiète sur son front. Sa main était froide en comparaison.

« Non, c'est moi… Enfin, c'est mon fruit de démon, corrigea-t-il. Ma température a tendance à être plus élevée après des efforts. Ça me fait du bien… »

Il prit un moment de réflexion avant de reprendre : « Cela vous dérange ? Je suis trop chaud ? J'ai du mal à évaluer.
- Non, c'est très bien, sourit-elle. C'est agréable, une vrai petite bouillote ! Je m'inquiétais que vous ne tombiez malade. J'ai essayé de vous couvrir comme il faut pendant votre absence mais ne sait-on jamais.
- Je suis resté longtemps dans les vapes ? Demanda-t-il.
- Non, quelques petites minutes. Cela peut arriver mais vous n'étiez pas totalement inconscient j'ai réussi à vous faire boire et vous marmonniez quelques trucs… Vous n'êtes pas tombé complètement inerte si c'est votre question.
- Vous avez l'habitude de ce genre d'évènement ?
- Habitude est un bien grand mot… Je sais que cela peut arriver et je sais le gérer. Ce n'est pas quelque chose de grave mais cela reste impressionnant et il faut prendre des précautions.
- Cela… Arrive souvent ?
- Je ne crois pas que ce soit là votre réelle question… Vous n'avez pas à vous inquiéter ! »

Il devint silencieux. Cette femme lisait en lui comme dans un livre ouvert. Ses petites mains s'activaient dans ses cheveux et envoyaient des ondes de bien être dans son dos. Mais quelque chose manquait à son bonheur.

« Maria… Je sais… Je sais bien que vous ne voulez pas devenir plus intime avec vos clients mais est-ce que je pourrais juste… Juste vous toucher un peu ? Demanda-t-il timidement. Vous n'avez pas à retirer votre haut mais j'aimerais bien pouvoir… »

Elle le fit taire d'un geste et le poussa pour qu'il se recule. Il la regarda en se demandant ce qu'il allait se passer. Elle se redressa et sous son regard médusé elle retira son haut avant de retourner.

« On ne touche pas en dessous de la ceinture et ça ira. »

Il osait à peine y croire ni même poser les yeux sur ses petits seins blancs. Il n'y croyait pas et n'arrivait pas à amorcer le moindre mouvement. C'est elle qui prit sa main dans la sienne et l'attira vers elle. Il se laissa guider contre sa poitrine, ses bras s'accrochèrent à sa nuque et elle les refit basculer contre le lit. Il devait rêver. Il humait sa peau et la découvrait pour la première fois de si près. Son contact était délicieux. Elle était douce et chaude contre lui. Une chaleur réconfortante et non oppressante comme l'était la sienne. Il aimerait que cet instant soit éternel.

Il l'avait demandé mais était absolument incapable de la toucher. Il pensait qu'il aurait le droit de la découvrir en touchant le dessus de sa chemise et qu'il pourrait éventuellement passer la main dessous mais rien de plus.

Il n'imaginait pas qu'il pourrait poser ses lèvres sur sa peau et toucher ses seins ou son ventre sans plus de restriction. Maintenant que l'occasion se présentait, il n'arrivait pas à la saisir tellement c'était irréel. Maria prit la situation en main pour lui. Elle prit gentiment ses mains dans les siennes et les guida vers l'objet de leur désir.

« Vous vouliez les toucher, non ? Vous avez demandé poliment en plus et je vous y ai autorisé… Quelque chose vous gêne ? Mes seins ne vous plaisent pas ou vous êtes trop surpris pour faire quoi que ce soit ?
- Vous êtes vraiment sûre que je peux ?
- Je ne vous y aurais pas autorisé sinon… »

Il n'y croyait toujours pas… Il posa ses mains mais n'arrivait pas à les bouger par peur de la blesser ou qu'elle ne disparaisse sous lui s'il la touchait. Il l'avait tellement placé sur un piédestal qu'il craignit d'être déçu ou qu'elle ne lui accorde plus sa confiance.

Et si il la trahissait sans le voir ?

Et s'il la blessait ?

Et s'il dépassait les limites avec elle et qu'elle ne veuille plus le revoir ?

Comment ferait-il si elle sortait de sa vie maintenant ? Il avait trouvé l'équilibre grâce à elle. Il ne pouvait pas la perdre maintenant. Il se résigna et abandonna l'idée de profiter de l'occasion par crainte de représailles. Elle dut lire dans ses pensées en cet instant car elle resserra sa prise sur lui et l'empêcha de se reculer.

« Tout va bien, murmura-t-elle. Vous n'avez rien craindre ni à perdre, je ne propose rien que je ne puisse offrir. »

Elle le cajola et il finit par la croire. Il se détendit et se laissa aller à caresser sa peau. Il la palpa dans ses grandes mains. Elle était si petite, si fragile dans ses bras. Il se demandait comment cela était possible qu'autant de charisme et prestance puissent se camoufler dans une enveloppe si menue. Il lâcha prise et posa sa tête contre ses seins. Il se délectait de son odeur et de sa présence. Il découvrait son buste timidement. Il cherchait avant tout son contact. Il se situait en première ligne pour en profiter. Il osa même déposer quelques baisers sur sa peau mais s'arrêta là. Il n'avait pas besoin de plus pour être rassasié et rassuré.

Il pourrait passer des heures à regarder le temps s'égrainer pour peu qu'il soit niché dans ses bras et contre son corps comme en cet instant béni. Il finit par s'endormir submergé par ses cajoleries et serré contre elle. Ses lèvres s'étiraient en un sourire béat.

Il était heureux.

o~~O~~o

Le réveil fut d'une facilité déconcertante. Il volait au-dessus du sol malgré les courbatures qui couraient dans ses muscles. Les douleurs de la veille lui paraissaient bien lointaines et dérisoires en comparaison avec la grâce qu'il avait obtenue. Une forme étrange déformait son visage sévère : il souriait. Pas un de ses rictus, non. Un sourire béat d'abruti heureux. Il devrait effacer cet accessoire inutile mais il planait tellement qu'il n'y parvenait pas.

C'était très dérangeant.

De toute manière, dès que Maria entrait dans son champ de vision, son expression se détendait aussitôt. Il était d'une niaiserie et d'une bêtise affolante. Il avait de quoi s'inquiéter pour son état mental. Il n'arrivait pas à se résoudre à se décoller de Maria et se lever. Il n'avait aucune envie d'aller travailler non plus, encore moins avec un sourire pareil figé sur les lèvres !

« Alors, comment ça va ce matin ? Murmura Maria dans son oreille.
- Je n'ai pas envie de me lever, répliqua-t-il. J'ai mal partout pourtant je ne me suis jamais senti aussi bien. C'est plutôt étrange, non ?
- Attendez la fin de la journée, vous aurez encore plus mal partout. Même si vous avez des courbatures, essayez de bouger et de vous étirer cela les fera passer plus vite.
- Merci des conseils mais je sais gérer des courbatures.
- Méfiez-vous, même les plus entrainés découvrent parfois l'existence de muscles qu'ils ne soupçonnaient pas !
- Je ferais attention alors.
- Et… Concernant la séance ? »

Il y réfléchit quelques instants avant de prendre la parole. Il évoqua son ressenti et les sensations qu'il avait eues. Il n'était pas contre de recommencer mais préférait tout de même les séances de correction. Elle lui proposa de lier les deux : quelques contraintes et restrictions physiques puis une correction. Ils pourraient commencer plus doucement et graduellement. L'idée lui parut assez séduisante mais il préféra y réfléchir. Il tenait à voir comment la journée et les prochains jours allaient se passer. Il demanda aussi à prendre le rendez-vous du soir qu'elle lui avait proposé la veille. Au fond de lui, il sentait encore une certaine fragilité qu'il n'arrivait pas expliquer ou exprimer pleinement. Il se dit qu'avec un peu plus de recul, ces idées seraient plus claires.

Maria l'écouta attentivement et en prit note pour les prochaines fois. Les prochaines séances s'annonçaient musclés.

Elle l'aida à s'habiller et en profita pour observer les marques laissées par les cordes. Elle vérifia et revérifia plusieurs fois pour s'assurer que tout allait bien. Elle maitrisait l'art des cordes mais elle craignait toujours de manquer un petit détail qui pourrait tout faire basculer. Elle ne prenait pas ce genre de jeu extrême à la légère. Ses clients mettaient l'intégrité de leur corps et leur vie entre ses mains, elle ne pouvait se permettre la moindre erreur.

Elle soupira de soulagement : rien à signaler. Il garderait des marques deux ou trois jours sur les jambes car il avait tiré et elle devrait changer de cordes. Elle n'avait pas pris en compte la force brute que dégageait l'homme, les réutiliser seraient dangereux. Elle devrait prévoir un diamètre plus important pour améliorer le confort. Elle eut un léger sourire.

« Je ne sais pas à quoi vous pensez mais cela m'inquiètes.
- Vous avez raison de vous inquiéter. »

Il fronça les sourcils. Elle lui fit froid dans le dos. Cette femme resterait un mystère. Il la suivit et sortit de la chambre. Lorsqu'elle eut fermé la porte à clef, il redevint le vice-amiral que tous craignaient.