Epilogue

« Tu crois que c'est une bonne idée ? Tu ne te rappelles pas de la dernière fois ? »

Maria se retourna et posa l'arrosoir incriminé. L'amiral Sakazuki se tenait sur le palier de son jardin.

« Je ne vais pas passer mes journées à tricoter ou lire, j'ai besoin de bouger et Anne fait la sieste…
- Tu te cherches des excuses, le médecin ne t'avait pas dit de rester tranquille ? Pour éviter de te retrouver dans la même situation que la dernière fois…
- C'était un malheureux concours de circonstance et puis ça c'est bien fini. En plus arroser un jardin et faire la toiture d'un abri de jardin c'est pas la même chose.
- Je ne m'en remettrais pas… Faire une toiture à deux jours de ton terme mais quelle idée.
- Si tu me vexes je ne t'inviterais pas à boire un verre, prévint-elle. »

Il leva les mains et rendit les armes.

« Je ne faisais que passer pour savoir comment tu allais. Je n'ai pas le temps de me battre avec toi.
- Je préfère ça, sourit-elle. »

Il pénétra dans le jardin et elle invita à entrer dans la maison. Une maison d'officier. Elle n'avait rien de spéciale. Les maisons des bases militaires étaient toutes identiques : elles avaient les mêmes plans, petit jardin et le même mobilier de base. Les seuls différences notables étaient que les hauts gradés avaient droit à de plus grandes maisons et des quartiers plus calme et fleuri. On pourrait presque se croire dans un quartier civil.

La vie y était tranquille et le voisinage presque inexistant. Borsalino avait raison en disant que peu d'officier avaient de famille. Elle connaissait tout le monde mais elle était crainte : la seule épouse d'amiral et l'amiral le plus craint venait régulièrement les voir. Autant dire qu'il valait mieux faire attention à ce qui se disait en sa présence. De plus elle continuait de travailler dans le monde civil. Elle avait conservé son poste de serveuse mais avait changé d'établissement pour quelque chose de plus officiel dans son rapport à la clientèle.

Sakazuki suivit Maria dans la cuisine.

« Laisse-moi faire.
- T'es pas obligé, tu sais.
- Une tisane pour toi ?
- Malheureusement oui. J'ai hâte de pouvoir boire un vrai café.
- Tu n'auras qu'à prendre une gorgée dans ma tasse… Je le répéterais pas Borsalino.
- T'es adorable.
- Anne fait la sieste ?
- Oui, elle m'a aidé à planter des patates ce matin, ça l'a épuisé la pauvre.
- Elle est contente d'avoir un petit frère ou une petite sœur ?
- Oh tu sais… »

Ils continuèrent à discuter de tout et de rien et le temps passa rapidement. Sakazuki avait encore des rapports à remplir et vérifier. Ces incompétents de sous-fifres demandaient son attention pleine et entière dans la relecture. L'arrivée de Borsalino les sortit de leur discussion.

« Mince, j'ai pas vu l'heure passé.
- Ça n'a pas fini de jaser dans le voisinage, ma femme avec un de mes collègues… Déjà que le petit deuxième ne va pas beaucoup me ressembler…
- Y a pas de raison.
- Il faut que j'y aille maintenant.
- Dis tu veux pas que je t'accompagne… Je crois avoir oublié des dossiers, j'aimerais vérifier. »

Maria soupira.

« Allez filez tous les deux mais chéri rappelle-toi de rentrer à l'heure pour manger. Anne aimerait bien voir son papa de temps en temps avant de de se coucher. »

Elle n'était pas dupe et savait très bien ce qui allait se passer entre ces deux-là. Borsalino n'aimait pas travailler plus que de raison surtout lorsqu'il venait de finir des voyages ou nuit de garde. Il avait besoin de compagnie et Saki l'avait bien compris. Il n'avait pas râlé non plus, il devait avoir besoin de relâcher la pression et elle ne pouvait s'occuper de lui.

Son mari s'approcha et embrassa sa joue. Après un temps de réflexion, son amant fit de même. Il en profita pour lui glisser un mot à l'oreille : « Prend soin de toi. » Cela la fit glousser. Ces deux-là étaient toujours au petit soin avec elle et encore plus pendant ses grossesses. À croire qu'un ventre rond avait le pouvoir magique de les attendrir.

Elle les regarda partir avec un sourire. Il est vrai qu'elle aimait les regarder faire, c'était toujours très excitant mais ils devaient prendre certaines dispositions. Il serait fâcheux et difficile d'expliquer à leur petite fille adorée pourquoi son papa et son tonton s'amusent tous nus. Elle avait aménagé et sécurisé au cours des années. Il était destiné à ses activités avec Saki mais elle devait faire une croix dessus pour le moment.

Elle adorait sa vie et en particulier la partager avec ces deux hommes aussi dévoués et attentionnés l'un que l'autre.

« Maman ? »

Une petit voix s'éleva derrière, elle se retourna et vit une porte s'ouvrir.