Petit mot de l'autrice : jvisite en anglais aujourd'hui (pour des gens qui parlaient tous français, cherchez la logique)
Jour 7 : Je t'aime
contexte : pas de contexte précis
Edmund était un médecin extraordinaire. Un vrai dirigeant, dont l'audace n'avait d'égal que ses connaissances scientifiques. En revanche, ce n'était pas vraiment une bonne personne. Et encore moins un bon mari.
Quand Richard Alpert était venu l'engager, elle lui avait dit en rigolant que jamais Edmund n'accepterait qu'elle parte ; la seule façon pour qu'elle soit en mesure de le faire étant sa mort. Elle avait bien vu dans les yeux du recruteur son incompréhension. Edmund et elle n'étaient plus mariés, depuis longtemps. Pourquoi donc se soucier tant de son avis ? Un instant, Juliet avait ressentit de la honte, comme à chaque fois que le regard d'un tiers lui faisait prendre conscience de la situation d'emprise sous laquelle elle était. Car même si elle refusait de vraiment l'admettre à cette époque, c'était bel et bien le cas. Durant toutes leurs années de vie commune, Edmund n'avait jamais cessé de la rabaisser. La moindre de ses suggestions devenait idiote ou futile ; car elle-même était idiote et futile, d'après lui. Il n'y avait qu'au travail qu'elle trouvait grâce à ses yeux. Juliet s'était alors emprisonnée dans le travail, déterminée à lui prouver sa valeur. Par conséquence, elle s'était isolée du monde, dépendant encore plus d'Edmund qui, à l'exception de sa sœur, restait la seule personne qu'elle voyait en dehors... Ce dont, bien évidemment, il tirait parti. Il avait si bien joué ses cartes que même lorsqu'ils avaient divorcés – à son initiative à lui, bien sûr – elle n'avait pu s'en détacher. Il avait fallu un bus pour qu'elle y parvienne.
Benjamin n'avait pas vraiment été meilleur. Marquée par son expérience avec Edmund, elle avait toujours refusé de développer la moindre relation autre que professionnelle avec lui. Malgré tout, Ben avait réussi à s'imposer, à contrôler ses horaires, ses objectifs, sa vie. Les quelques mois initiaux de son séjour sur l'île s'étaient alors transformés en années...
Dire qu'elle avait quelque peu perdu confiance dans les hommes était donc un euphémisme. Son corps et son cœur recherchant toujours leur compagnie, elle n'avait pas hésité à se plonger dans quelques histoires sans lendemains, comme avec Jack. Mais il était hors de question pour elle de perdre le contrôle.
Mais ça, c'était avant James.
James et elle avaient beau sortir ensemble depuis trois mois, elle n'avait jamais vraiment baissé sa garde. Elle aimait passer du temps avec lui, aimait coucher avec lui, aimait le savoir près d'elle, mais l'aimer tout court... c'était une étape qu'elle n'était pas prête à franchir.
Jusqu'à ce que James fasse quelque chose d'extraordinaire : qu'il dise « Pardon. Tu avais raison ».
Quatre petits mots.
Quatre mots tout à fait banals mais qui, pour elle, étaient tout à fait nouveau. Edmund ne s'était jamais excusé. Lorsqu'ils étaient en désaccord, il n'hésitait pas à lui rappeler que c'était lui le spécialiste de renommée mondiale, pas elle. Qu'il savait donc forcément mieux. Et même lorsqu'il apparaissait qu'elle avait eu raison, il ne s'excusait pas, ne faisait pas amende honorable, non, il se contentait de ne plus jamais revenir sur le sujet. Benjamin, quant à lui, tâchait de minimiser – oui, elle pouvait avoir eu raison, mais seulement en partie, la réalité était en fait assez complexe, trop complexe pour elle... Deux stratégies différentes mais à la même finalité : la faire rester à sa place, garder le contrôler.
James, lui, en s'apercevant son erreur, n'avait pas essayé de fuir. Il avait affronté la réalité, admit s'être trompé, avait relevé qu'il aurait dû l'écouter. C'était la réaction la plus mature qui lui avait été donné de voir. La plus saine, également.
Et là, Juliet avait su.
Elle pouvait se permettre de perdre le contrôle avec lui.
Et si elle pouvait faire cela, alors elle pouvait se laisser à lui dire un jour Je t'aime.
